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Likkutei Torah · Parshas Shir HaShirim · Maamar 32

ששים המה מלכות ושמונים פילגשים כו׳

Il y a soixante reines et quatre-vingts concubines

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L’idée centrale

Puisqu’il n’existe aucune comparaison entre D.ieu et les mondes, Sa lumière transcendante ne peut les atteindre que par un « saut », et non par un enchaînement de cause à effet. L’étude de la Torah est ce saut : les paroles de Torah qu’un Juif prononce sont la parole même de D.ieu et unissent le Saint béni soit-Il à Sa Chekhina. C’est pourquoi les Dix Commandements furent donnés « en disant » : après le sacrifice de soi du Chema, l’étude de chacun renouvelle chaque jour la voix du Sinaï.

Le maamar en bref

Le maamar pose deux questions : pourquoi les Sages appellent-ils les Michnayot « reines » et les Baraïtot « concubines », et que signifie « en disant » dans les Dix Commandements, que tout Israël entendit de D.ieu Lui-même ? La réponse s’appuie sur les mots « La voix de mon bien-aimé ! Le voici, il vient en bondissant » : la voix du Sinaï retentit de nouveau chaque fois qu’une personne étudie. Le Rabbi Chnéour Zalman montre d’abord que la création ne procède pas d’un enchaînement de cause à effet, comme le soutenaient les philosophes, car les mondes seraient alors infinis et modifieraient D.ieu ; il n’existe « aucune comparaison ». D.ieu est « saint », c’est-à-dire séparé (sovev kol almin), et ne donne vie aux mondes que par Sa souveraineté, la Chekhina ; ainsi, Sa grandeur et Son humilité ne font qu’un. L’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina, la révélation du sovev en bas, s’accomplit par l’étude de la Torah, car les paroles de Torah d’une personne sont la parole même de D.ieu, qui tranche comme le décret d’un roi. La Michna révèle ouvertement la Lumière infinie, la Baraïta discrètement, et les raisons cachées du Talmud sont les « jeunes filles », révélées par une étude approfondie. Tout cela ne se réalise pleinement qu’après le sacrifice de soi du Chema, « Unique est ma colombe » ; alors la Torah est dite à nouveau chaque jour.

Plan

  1. Deux questions et la voix qui retentit encorePourquoi les Michnayot sont-elles des « reines » et les Baraïtot des « concubines », et que signifie « en disant » lorsque tout Israël entendit directement D.ieu ? Le présent de « Le voici, il vient » montre que la voix du Sinaï retentit chaque fois qu’une personne étudie.¶1–2
  2. Aucune comparaison : la création ne procède pas de cause à effetLes philosophes reconnaissent D.ieu, mais se représentent la création comme une relation de cause à effet, dans laquelle l’effet est proportionné à sa cause et la modifie. « Il n’existe aucune comparaison avec Toi », dit le roi David : la création ne change rien en D.ieu, et des mondes finis ne peuvent procéder de l’Infini par cause à effet, mais seulement par un saut et d’innombrables contractions.¶3–8
  3. Le Saint béni soit-Il« Saint » signifie séparé : sovev kol almin, une influence cachée aux mondes, ce qui explique pourquoi les créatures se sentent séparées. Les mondes ne vivent que par la Mal'hout de D.ieu, à l’image du règne d’un roi ou d’une couronne qui ne touche pas à son essence ; Mal'hout est Son Nom, par lequel Il est « béni », étant attiré dans les mondes.¶9–15
  4. Grandeur et humilité réunies en un même lieuD.ieu a désiré une demeure ici-bas, ce qui est possible parce que, devant le sovev, le haut et le bas sont égaux. Sa providence sur les plus petits détails matériels exprime à la fois Son humilité et Sa grandeur ; Bilaam, qui adoptait la conception de la cause et de l’effet, pensait que cela était indigne de Lui. Comme un cercle extérieur qui entoure aussi par en dessous, Celui qui dépasse tout s’abaisse pour regarder.¶16–22
  5. L’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina par la TorahLa Chekhina est Mal'hout, memalé kol almin ; leur union est la révélation du sovev en son sein, la demeure ici-bas. Elle s’accomplit par l’étude de la Torah, car D.ieu étudie en face de celui qui étudie et parle par sa bouche (« Je mentionne Mon Nom »). Ses décisions concernant ce qui est permis et interdit, 'Hessed et Guevoura guidés par 'Hokhma, élèvent ou rejettent les étincelles tombées, comme le décret d’un roi.¶23–28
  6. Concubines et jeunes fillesLa Baraïta explicite la Michna à l’intention des étudiants moins avancés, enseignant « hors du corps » ; la lumière y est donc dissimulée, comme une concubine que l’on visite discrètement. Les halakhot du Talmud sont les « jeunes filles », car leurs raisons les plus profondes, comme dans le cas du vêtement de nuit et des tsitsit, demeurent cachées ; l’étude approfondie qui élucide la halakha révèle ce qui était caché, et tout cela advient par un saut.¶29–35
  7. Unique est ma colombe : le sacrifice de soi avant la TorahLa révélation ne se réalise pleinement qu’après « Unique est ma colombe » : la méditation dans les Pessouké déZimra et le Chema, jusqu’à ce que l’unité de D.ieu pénètre au cœur de la personne, l’amour « de toute ton âme », rendu possible parce que l’âme prend racine si haut, et « de toute ta force », accompli par la tsédaka. Alors, « ces paroles » de Torah attirent le sovev, comme dans le compte du Cohen Gadol : un vers le haut et sept vers le bas, renouvelées chaque jour.¶36–42
  8. « En disant », et ma parfaite« En disant » signifie que les Dix Commandements sont de nouveau prononcés à chaque génération, tandis que D.ieu parle par chaque étudiant, et que le « Je » du sovev devient « ton D.ieu ». Israël devient la « parfaite » de D.ieu, Son « double », et achève Son union ; l’obscurité se transforme en lumière.¶43–44

Notions clés

Aucune comparaison (ein aroch)אין ערוך
Il n’existe aucune proportion entre D.ieu et les mondes, pas même la proportion partielle qui existe entre une cause et son effet ; les mondes ne changent donc rien en Lui.
Cause et effetעילה ועלול
Un enchaînement dans lequel chaque niveau procède du précédent, lui est proportionné et le modifie, comme l’intellect produit l’émotion. Le maamar montre que la création ne relève pas de ce type de relation.
La lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin)סובב כל עלמין — קדוש ומובדל
Il ne s’agit pas d’une lumière située au-dessus des mondes, mais de la puissance de D.ieu qui agit en eux tout en demeurant cachée et au-delà d’eux, « sainte et séparée ». Devant elle, le haut et le bas sont égaux.
Mal'hout, le Nom et la Chekhinaמלכות, שם, שכינה
La souveraineté de D.ieu, par laquelle les mondes reçoivent la vie, à l’image du règne d’un roi qui ne touche pas à son essence. Elle est Son Nom, qui Le révèle, et la Chekhina qui réside ici-bas en tant que memalé kol almin.
L’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhinaיחוד קודשא בריך הוא ושכינתיה
La révélation de la lumière transcendante (sovev) au sein de la lumière qui réside dans les mondes (memalé), accomplie par l’étude de la Torah ; c’est la demeure dans les mondes inférieurs.
Le sautדילוג — מדלג על ההרים
Puisqu’il n’existe aucune comparaison entre D.ieu et les mondes, Sa lumière les atteint non par une descente graduelle, mais par un saut, comme dans « bondissant par-dessus les montagnes ».
Reines, concubines et jeunes fillesמלכות, פילגשים ועלמות
La Michna, où la Lumière infinie brille ouvertement et constamment ; les Baraïtot, où elle brille discrètement, sous le voile de la dissimulation ; et les halakhot du Talmud, dont les raisons les plus profondes demeurent cachées.
L’élucidation de la halakha (liboun hil'héta)ליבון הלכתא
Une étude approfondie qui résout les contradictions et met au jour les raisons cachées ; elle révèle ce qui était dissimulé et attire la Blancheur suprême.
Unique est ma colombe (a'hat)אחת היא יונתי
L’âme qui reçoit l’unité de D.ieu (e'had), atteinte par la méditation dans la prière et le sacrifice de soi ; elle doit précéder l’étude de la Torah pour que la révélation se réalise pleinement.

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Deux questions et la voix qui retentit encore ¶1–2

1ששים המה מלכות ושמונים פילגשים כו׳. וארז״ל [ואמרו רבותינו זכרונם לברכה] ס׳ מלכות אלו ס׳ מסכתות ושמנים פיגלשים אלו הברייתות.

« Il y a soixante reines et quatre-vingts concubines », etc. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Les soixante reines » — ce sont les soixante traités ; « et les quatre-vingts concubines » — ce sont les Baraitot.

Explication

Le maamar s’ouvre sur le Cantique des Cantiques 6:8, qui parle de soixante reines, de quatre-vingts concubines et de jeunes filles sans nombre. Les Sages y voient différentes parties de la Torah orale : les soixante reines sont les soixante traités de la Michna, et les quatre-vingts concubines sont les Baraitot, enseignements des Tannaïm qui n’ont pas été inclus dans la Michna.

ועלמות קאי על הלכות (היינו מימרות האמוראים. ולשון מדרש שיר השירים רבה ועלמות אין מספר אין קץ לתוספת). וצ״ל [וצריך להיות / וצריך לומר / וצריך להבין] למה נק׳ המשניות בשם מלכות וברייתות פילגשים כו׳.

Et les « jeunes filles » désignent les halakhot (c’est-à-dire les propos des Amoraïm ; le Midrach Chir Hachirim Rabba formule ainsi : « “Et les jeunes filles sans nombre” — il n’y a pas de fin aux ajouts »). Il faut maintenant comprendre pourquoi les Michnayot sont appelées « reines », et les Baraitot « concubines », etc.

Explication

Les « jeunes filles » sont les halakhot, que l’Alter Rebbe identifie aux propos des Amoraïm, les Sages de la Guemara ; dans la parenthèse, il relève que le Midrach Chir Hachirim Rabba les formule autrement : « il n’y a pas de fin aux ajouts ». Vient ensuite la première question du maamar : pourquoi les Michnayot sont-elles appelées « reines » et les Baraitot « concubines » ?

גם להבין מ״ש בתחלת עשרת הדברות וידבר אלהים את כל הדברים האלה לאמר דמאחר שעשרת הדברות שמעו כל ישראל מפי הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] א״כ [אם כן] איך שייך תיבת לאמר.

Il faut également comprendre ce qui est écrit au début des Dix Commandements : « Et D.ieu prononça toutes ces paroles, en disant. » Puisque tout Israël entendit les Dix Commandements de la bouche du Saint béni soit-Il, comment le mot « en disant » peut-il s’appliquer ?

Explication

Une deuxième question se pose : les Dix Commandements commencent par ces mots : « Et D.ieu prononça toutes ces paroles, en disant » (leimor). Le mot leimor signifie généralement « dire à d’autres » ; or, tout Israël entendit les Dix Commandements de D.ieu Lui-même. Il ne restait donc personne à qui les transmettre.

דבשלמא בשאר מצותיה של תורה שישראל שמעו מפי משה. ומשה הוא ששמע מפי הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] שייך לשון לאמר היינו שהקב״ה [שהקדוש ברוך הוא] אמר למשה לחזור הוא ולאמרו לישראל

Certes, pour les autres mitsvot de la Torah, qu’Israël entendit de la bouche de Moché, et que Moché avait entendues de la bouche du Saint béni soit-Il, l’expression « en disant » convient : autrement dit, le Saint béni soit-Il dit à Moché de les répéter à son tour et de les transmettre à Israël.

Explication

Pour les autres mitsvot, l’expression a un sens. D.ieu les transmit à Moché, et « en disant » signifie que Moché devait les répéter au peuple.

אבל בעשרת הדברות שכל ישראל שמעו מפי הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] אין לומר כן (וכה״ג [וכהאי גוונא] איתא במשנה פ״ה דסוטה דף כ״ז ע״ב על לאמר שבאז ישיר משה ובנ״י [ובני ישראל] את השירה הזאת לאמר שאין תלמוד לומר לאמר):

Mais, pour les Dix Commandements, qu’Israël entendit tout entier de la bouche du Saint béni soit-Il, on ne peut pas donner cette explication. (On trouve une question semblable dans la Michna, chapitre 5 de Sotah, folio 27b, à propos du mot « en disant » dans « Alors Moché et les enfants d’Israël chantèrent ce cantique, en disant » : il n’était pas nécessaire que l’Écriture ajoute « en disant ».)

Explication

Au Sinaï, il n’y avait aucun intermédiaire ; cette explication ne convient donc pas ici. La parenthèse cite un parallèle dans la Michna de Sotah (27b) : dans « Alors Moché et les enfants d’Israël chantèrent ce cantique… en disant », le mot « en disant » semble lui aussi superflu ; la Michna en déduit qu’Israël répondit au chant après Moché, phrase après phrase.

Le paragraphe 1 en bref

Le maamar s’ouvre sur deux questions : pourquoi les Sages ont comparé la Michna à des reines et les Baraitot à des concubines, et ce que signifie le mot « en disant » au début des Dix Commandements, qu’Israël entendit directement de D.ieu.

Pour aller plus loin

Comme le maamar le montrera, ces deux questions ont une seule réponse. Lorsqu’un Juif étudie la Torah, la parole même de D.ieu se prolonge dans ses paroles ; les Dix Commandements sont donc « dits » à nouveau à chaque génération. Quant à la hiérarchie qui place la Michna, les Baraitot et les halakhot du Talmud au rang de reines, de concubines et de jeunes filles, elle mesure la manière plus ou moins manifeste dont la Lumière infinie se révèle en chacun.

Maré mekomot

  1. 1
    ששים המה מלכות · הנחת כ״ק אדמו״ר האמצעי נדפס בסה״מ תק״ע ע׳ א. וראה הערת כ״ק אדמו״ר לעיל בהערות וציונים יט, ד. ולכללות המאמר ראה ד״ה וידבר וגו׳ וארא מכ״ד טבת ה׳תשל״ב (נדפס בקונטרס מאמרים ע׳ קכג). ובד״ה הנ״ל מש״פ וארא ה׳תשל״ב (הנחה). תו״א מט, ב ואילך.
  2. 2
  3. 3
  4. 4
    וארז״ל ס׳ מלכות · שהש״ר במקומו.
  5. 5
    ולשון מדרש שהש״ר · פ״ו, ט.
  6. 6
    ועלמות אין מספר אין קץ · Shir HaShirim Rabbah 6:9:2
  7. 7
    איך שייך תיבת לאמר · ראה תו״א סז, ב.
  8. 8
    דבשלמא בשאר מצותיה של תורה · ראה לקו״ש ח״ו ע׳ 119 הערה 3.
  9. 9
    אז ישיר משה · Exodus 15:1
  10. 10
  11. 11
    וידבר אלקים את כל הדברים · Exodus 20:1

2והנה צריך להקדים פי׳ הפסוק קול דודי הנה זה בא מדלג על ההרים מקפץ על הגבעות. קול דודי קאי על מתן תורה כי במ״ת [במתן תורה] כתיב וכל העם רואים את הקולות.

Il faut maintenant commencer par expliquer le verset : « La voix de mon bien-aimé ! Le voici qui vient, bondissant par-dessus les montagnes, sautant par-dessus les collines. » « La voix de mon bien-aimé » fait référence au don de la Torah, car, au sujet du don de la Torah, il est écrit : « Et tout le peuple voyait les voix. »

Explication

Avant de répondre, le maamar présente le verset « La voix de mon bien-aimé ! Le voici qui vient, bondissant par-dessus les montagnes » (Chant des chants 2:8). Cette « voix » est celle du Sinaï, où « tout le peuple voyait les voix » (Exode 20:15).

ומה שנאמר הנה זה בא שהוא לשון הוה ולא אמר לשון עבר הוא לפי כי באמת קול זה

Quant aux mots « Le voici qui vient », qui sont au présent, et non au passé, c’est parce qu’en vérité, cette voix…

Explication

Le verset dit « il vient », au présent, et non « il est venu ». L’Alter Rebbe considère que le temps employé est précis.

הנה זה בא גם עכשיו בכל עת ובכל זמן שאדם יושב ועוסק בתורה אזי בא ונמשך אותו הקול עצמו שהיה בעת מ״ת [מתן תורה] וכמשי״ת [וכמו שיתבאר] לקמן אי״ה [אם ירצה השם].

« Le voici qui vient » même aujourd’hui. À chaque instant et à chaque moment où une personne s’assied et s’adonne à l’étude de la Torah, cette même voix qui se fit entendre lors du don de la Torah vient et se répand, comme nous l’expliquerons plus loin, avec l’aide de D.ieu.

Explication

La voix du Sinaï n’est pas seulement un événement passé : chaque fois qu’une personne s’assied pour étudier la Torah, cette même voix vient et se répand. Le maamar expliquera plus loin comment cela se produit et ce qu’ajoutent les mots « bondissant par-dessus les montagnes ».

Le paragraphe 2 en bref

Le verset « La voix de mon bien-aimé, le voici qui vient » fait référence au don de la Torah, et le présent indique que la voix du Sinaï se fait entendre à nouveau chaque fois qu’une personne étudie la Torah.

Pour aller plus loin

Cela prépare la réponse à la question concernant le fait de « dire » : les Dix Commandements furent donnés pour être « dits » à nouveau, car la même voix divine se renouvelle dans l’étude de chaque personne. Le « bondissement » sera expliqué comme une révélation qui ne passe pas par un enchaînement graduel de cause à effet.

Maré mekomot

  1. 1
    והנה צריך להקדים פי׳ הפסוק · קטע מכאן מובא באוה״ת מג״א (הוצאת תש״נ) ע׳ רנג (הוצאה ראשונה ע׳ ב׳תיג) ע״ש שמציין לכ״מ בדא״ח בענין זה.
  2. 2
    קול דודי הנה זה בא · Song of Songs 2:8
  3. 3
    קול דודי קאי על מתן תורה · ראה אוה״ת מג״א ע׳ ב׳תיג.
  4. 4
    וכל העם רואים את הקולות · Exodus 20:15

Aucune comparaison : la création ne procède pas de cause à effet ¶3–8

3ולהבין כל זה וגם ענין מדלג על ההרים. צריך להבין תחלה ענין ההשתלשלות דהנה כתיב בכל חכמי הגוים ובכל מלכותם מאין כמוך.

Pour comprendre tout cela, ainsi que le sens de « sautant par-dessus les montagnes », il faut d’abord comprendre l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout). En effet, il est écrit : « Parmi tous les sages des nations et dans tous leurs royaumes, nul n’est comme Toi. »

Explication

Pour expliquer le verset, et en particulier l’expression « sautant par-dessus les montagnes », le maamar commence par exposer l’hichtalchelout, l’ordre selon lequel les mondes descendent de D.ieu. Il s’ouvre sur Jérémie 10:7 : « Parmi tous les sages des nations et dans tous leurs royaumes, nul n’est comme Toi. »

אמנם דוד המלך ע״ה [עליו השלום] אמר רבות עשית אתה ה׳ אלהי נפלאותיך ומחשבותיך אלינו אין ערוך אליך כו׳.

Le roi David, toutefois, que la paix soit sur lui, a dit : « Tu as accompli tant de merveilles, Toi, Havaya, mon D.ieu ; Tes merveilles et Tes pensées en notre faveur : nul ne peut T’être comparé », etc.

Explication

Le roi David dit quelque chose de plus : « Tes merveilles et Tes pensées en notre faveur ; nul ne peut T’être comparé » (Psaumes 40:6). Le maamar montrera que « nul ne peut T’être comparé » va plus loin que « nul n’est comme Toi ».

והענין דהנה באמת גם חכמי אומות מודים באלקותו ית׳ וזהו בכל חכמי הגוים כו׳ מאין מכוך.

Voici l’explication : en vérité, même les sages des nations reconnaissent Sa divinité, qu’Il soit béni ; c’est là [le sens de] « Parmi tous les sages des nations », etc. : « nul n’est comme Toi ».

Explication

Le verset de Jérémie reconnaît que les sages des nations reconnaissent eux aussi la divinité de D.ieu. Eux aussi disent que nul n’est comme Lui.

ופי׳ בזהר (משפטים צ״ו א׳) דהכוונה שגם הם יודעים שאין כמוך כו׳. רק שאומרים שהבריאה היא בדרך השתלשלות עילה ועלול.

Le Zohar (Mishpatim 96a) explique que le sens est qu’eux aussi savent que « nul n’est comme Toi », etc. ; seulement, ils disent que la création procède par un enchaînement descendant de cause à effet.

Explication

Citant le Zohar (Mishpatim 96a), l’Alter Rebbe expose leur erreur : ils pensent que la création s’est faite par un enchaînement de cause à effet, chaque niveau produisant le suivant.

וידוע כי לכל עילה יש ערך ויחוס עם העלול איזה ערך שהוא עכ״פ [על כל פנים] עד״מ [על דרך משל] באדם יש שכל ומדות ומחשבה ודבור וכל א׳ נתהווה מחבירו.

Or, il est connu que toute cause présente avec son effet une certaine mesure de comparabilité et de rapport, quelle qu’elle soit, du moins. À titre d’exemple, chez l’homme, il y a l’intellect, les attributs émotionnels (midot), la pensée et la parole, et chacun provient de l’autre.

Explication

Une cause et son effet ont toujours entre eux une certaine proportion, une certaine comparabilité. L’âme humaine en donne l’exemple : l’intellect, les émotions, la pensée et la parole proviennent chacun de ce qui le précède.

דהיינו מההתבוננות בשכלו נולדה המדה לעשות חסד וכה״ג [וכהאי גוונא]. הנה הגם שאין המדה ממהות השכל. מ״מ [מכל מקום] יש שייכות זה לזה שכפי ערך השכל איך ומה הוא כך היא המדה בהתגלות לעושת חסד.

Ainsi, de la réflexion de l’intellect naît l’attribut qui pousse à faire preuve de bonté, et ainsi de suite. Certes, l’attribut n’est pas de l’essence de l’intellect ; néanmoins, ils sont liés l’un à l’autre : selon la mesure de l’intellect, selon sa nature et son contenu, ainsi se manifeste l’attribut qui pousse à faire preuve de bonté.

Explication

Une émotion, telle que l’élan à faire preuve de bonté, naît de la réflexion. Bien qu’elle soit autre que l’intellect, elle lui correspond : l’émotion produite dépend de la nature de la compréhension.

Le paragraphe 3 en bref

Le maamar met en regard deux conceptions de la création : celle des sages des nations, qui reconnaissent D.ieu mais se représentent la création comme un enchaînement de cause à effet, et celle du roi David, pour qui « nul ne peut T’être comparé ». Il commence par définir le rapport de cause à effet à l’aide de l’exemple de l’intellect et des émotions.

Pour aller plus loin

Même une philosophie qui reconnaît une Cause suprême place D.ieu dans un rapport de proportion avec Ses effets, comme le premier maillon d’une chaîne. Le maamar montrera que cela ferait dépendre D.ieu des mondes et Le rendrait sujet au changement, tandis que la création ex nihilo est plutôt un « saut », sans aucune proportion.

Maré mekomot

  1. 1
    ענין ההשתלשלות · ראה אוה״ת ראה ע׳ תשפא ואילך. ע׳ תשפו ואילך.
  2. 2
    בכל חכמי הגוים ובכל מלכותם מאין כמוך · Jeremiah 10:7
  3. 3
    בכל חכמי הגוים ובכל מלכותם מאין כמוך · Zohar, Mishpatim 3:34–43
  4. 4
    רבות עשית אתה ה׳ אלקי נפלאותיך ומחשבותיך אלינו · Psalms 40:6
  5. 5

4ולכן הקטן מתאוה לדברים קטנים לפי עניות דעתו והגדול ששכלו גדול מואס בהן וכמ״ש לפי שכלו יהולל איש.

C’est pourquoi un enfant désire de petites choses, selon la pauvreté de son esprit, tandis qu’un adulte, dont l’intellect est grand, les méprise, comme il est écrit : « Un homme est loué selon son intellect. »

Explication

Puisque l’émotion suit l’intellect, un enfant, dont la compréhension est limitée, désire de petites choses, tandis qu’un adulte, dont la compréhension est plus grande, les trouve sans valeur. Le verset des Proverbes 12:8, « Un homme est loué selon son intellect », enseigne que la valeur d’une personne dépend de son esprit.

הרי המדה אהוי״ר [אהבה ויראה] וכיוצא היא לפי השכל גם השכל מתלבש אח״כ [אחר כך] בהמדה איך לעשות החסד כו׳.

Ainsi, l’attribut — amour et crainte, et les autres de même — est fonction de l’intellect. L’intellect, lui aussi, s’investit ensuite dans l’attribut, pour déterminer comment exercer la bonté, etc.

Explication

Ainsi, l’amour, la crainte et les autres émotions suivent la mesure de l’intellect. La relation fonctionne aussi dans l’autre sens : l’intellect pénètre alors l’émotion et oriente la manière d’exercer la bonté.

Le paragraphe 4 en bref

L’enfant et l’adulte montrent qu’une émotion est proportionnelle à l’intellect qui la suscite et que, réciproquement, l’intellect pénètre l’émotion et la guide.

Maré mekomot

  1. 1
    לפי שכלו יהולל איש · Proverbs 12:8

5וזהו בחי׳ עילה ועלול שהעלול יש לו ערך ויחוס להעילה. וכמ״כ [וכמו כן] המדה לגבי המחשבה שמתלבשת בהמחשבה והמחשבה בדבור וכל א׳ נתהווה זה מזה בהשתלשלות

Voilà l’aspect de la relation de cause à effet : l’effet est proportionné à sa cause et lui est lié. De même, l’attribut par rapport à la pensée : il se revêt dans la pensée, et la pensée dans la parole ; chacun vient à l’existence à partir de l’autre, selon un enchaînement descendant.

Explication

C’est cela, une relation de cause à effet : l’effet entretient avec sa cause un rapport de proportion. Il en va ainsi à tous les degrés : l’émotion entre dans la pensée, la pensée entre dans la parole, chacune venant de celle qui la précède.

ולכן פועל כל אח׳ [אחד] שינויים בחבירו שיש שינוי בהעילה ע״י שמתלבש בהעלול ואינו כמו שהיה במהותו קודם לזה.

C’est pourquoi chacune produit des changements dans l’autre : la cause subit un changement en se revêtant dans l’effet, et elle n’est plus telle qu’elle était dans son essence auparavant.

Explication

Puisque la cause entre dans l’effet, elle-même se trouve changée. Une fois revêtue dans l’effet, elle n’est plus telle qu’elle était en elle-même.

כמו כשמתבונן בשכלו באיזו אהבה הרי בהכרח השכל מלובש בזה ואינו יכול להתבונן אז במושכלות לפי של שכלו ממולא מענין המדה.

Ainsi, lorsqu’une personne médite intellectuellement sur un certain amour, son intellect est nécessairement revêtu en lui ; elle ne peut alors méditer sur des concepts intellectuels, car son intellect est rempli du contenu de l’attribut.

Explication

Par exemple, lorsqu’une personne tourne son esprit vers un certain amour, son intellect est absorbé par cette émotion. Tant qu’il en est ainsi, elle ne peut réfléchir à des idées abstraites.

נמצא יש שינוי בהשכל למה שהיה תחלה בפ״ע [בפני עצמו] בציור המושלות ובין למה שנמשך אח״כ [אחר כך] בהלול שהוא בענין האהבה כו׳. וכך הוא בכל בחי׳ עילה ועלול.

Il s’ensuit que l’intellect a changé : il n’est plus ce qu’il était d’abord, en lui-même, lorsqu’il formait les concepts, mais ce qu’il devient ensuite en se prolongeant dans l’effet, c’est-à-dire dans le domaine de l’amour, etc. Il en va ainsi dans tout rapport de cause à effet.

Explication

L’intellect lui-même change donc : il passe de son état antérieur, où il formait des concepts purs, à l’état où il se prolonge dans l’amour. Toute relation de cause à effet fonctionne ainsi : la cause est affectée par son propre effet.

Le paragraphe 5 en bref

La relation de cause à effet va dans les deux sens : l’effet est proportionné à sa cause, et la cause, en se revêtant dans l’effet, se trouve elle-même changée.

Pour aller plus loin

C’est la prémisse de l’argument qui suit. Si D.ieu avait créé les mondes comme une cause produit ses effets, les mondes Le changeraient ; or, puisque « Moi, Havaya, Je n’ai pas changé », la création ne peut relever de ce type de relation.

6והנה מאחר שהעולמות והנבראים נתהוו מחשבתו ית׳ היה יכול לעלות על הדעת ח״ו [חס ושלום] שגם הם נבראו ע״י השתלשלות עילה ועלול.

Or, puisque les mondes et les êtres créés sont venus à l’existence à partir de Sa pensée, béni soit-Il, on aurait pu penser, à D.ieu ne plaise, qu’eux aussi furent créés par un enchaînement descendant de cause à effet,

Explication

Puisque les mondes sont venus à l’existence à partir de la « pensée » de D.ieu, on pourrait supposer qu’il s’agit là aussi d’un enchaînement de cause à effet, comme lorsque l’intellect d’une personne produit ses émotions.

וכדעת חכמי האומות הקדמונים. ע״ז [על זה] אמר דוד המלך עליו השלום רבות עשית כו׳ אין ערוך אליך. כי כל העולמות אין פועלים שום שינוי בו ית׳.

conformément à l’opinion des anciens sages des nations. À ce sujet, le roi David, que la paix soit sur lui, a dit : « Tu as accompli de nombreuses choses », etc., « rien n’est comparable à Toi ». Car tous les mondes ne produisent en Lui, béni soit-Il, absolument aucun changement.

Explication

Telle était l’opinion des anciens philosophes des nations. La parole du roi David, « rien n’est comparable à Toi », la réfute : les mondes ne produisent absolument aucun changement en D.ieu, ce qui ne pourrait être dit d’une cause et de ses effets.

Le paragraphe 6 en bref

Le maamar nomme l’erreur contre laquelle il met en garde : l’idée que la « pensée » de D.ieu aurait produit les mondes comme l’esprit d’une personne produit ses émotions.

Maré mekomot

  1. 1

7וכמאמר אתה הוא עד שלא נברא העולם ואתה הוא משנברא. כו׳ ר״ל [רוצה לומר] בשוה בלי שינוי כמ״ש אני הוי׳ לא שניתי.

Comme le dit l’adage : « Tu es Lui avant que le monde ait été créé, et Tu es Lui depuis qu’il a été créé », etc. C’est-à-dire : de manière égale, sans changement, comme il est écrit : « Moi, Havaya, je n’ai pas changé. »

Explication

Les prières du matin disent : « Tu es Lui avant que le monde ait été créé, et Tu es Lui depuis qu’il a été créé » : D.ieu est exactement le même avant et après la création. Malachie 3:6, « Moi, Havaya, je n’ai pas changé », exprime la même idée.

והיינו משום שהעולמות אין ערוך כלל להבורא ית׳ וא פילו לגבי החיות הנמשך להן ממחשבתו ית׳ והתהוותם ע״י בחיי׳ [בחינת] דילוג וצמצום ולא בבחי׳ עילה ועלול ח״ו [חס ושלום] וכמשי״ת [וכמו שיתבאר] אי״ה [אם ירצה השם].

Cela tient au fait que les mondes n’ont absolument aucune commune mesure avec le Créateur, qu’Il soit béni, ni même avec la force vitale qui leur est attirée de Sa pensée, qu’Il soit béni ; leur venue à l’existence s’opère par un saut et un tsimtsoum (contraction), et non selon le rapport de cause à effet, à D.ieu ne plaise, comme nous l’expliquerons, si D.ieu le veut.

Explication

Cela tient au fait que les mondes n’ont absolument aucune commune mesure avec le Créateur, ni même avec la force vitale qui leur parvient de Sa pensée. Ils sont venus à l’existence par un saut et un tsimtsoum, une contraction qui dissimule la lumière, et non par un rapport de cause à effet, comme le maamar l’expliquera.

Le paragraphe 7 en bref

La création ne change rien en D.ieu, ce qui montre que les mondes sont apparus non par un rapport de cause à effet, mais par un « saut » et une contraction.

Pour aller plus loin

Le terme « saut » (diloug) annonce l’expression « sauter par-dessus les montagnes » : la révélation qui vient de l’étude de la Torah sera décrite de la même manière, comme ne progressant pas pas à pas selon l’ordre des niveaux.

Maré mekomot

  1. 1
    אתה הוא עד שלא נברא העולם · נוסח ברכת השחר.
  2. 2
    אני הוי׳ לא שניתי · Malachi 3:6
  3. 3
    שהעולמות אין ערוך . . המחיה אותן · ראה אוה״ת ראה ע׳ תשפז. ולכאורה כיון שהתהוותן מכלים דאצי׳ אשר הכלים הם מבחי׳ גבול ותכלית . . וא״כ יש להם ערך עכ״פ כטפה באוקיינוס, אך לפי . . יובן שהכח המהווה ומחי׳ אותן הוא א״ס ב״ה הבלי גבול ורק שמהווה ע״י הכלים דאצי׳ ולכן לגבי א״ס אינן ערוך כלל, ע״ש.

8ולכן כלא ממש חשובים קמי׳ [קמיה] ית׳ וכמו קודם שנברא העולם ממש וזהו נפלאותיך ומחשבותיך אלינו. פי׳ שע״י מחשבתו ית׳ נעשה התהוות והשתלשלות העולמות.

C’est pourquoi ils sont véritablement considérés comme rien devant Lui, béni soit-Il, exactement comme avant la création du monde. Et c’est là le sens de « Tes merveilles et Tes pensées envers nous » : par Sa pensée, béni soit-Il, les mondes sont venus à l’existence et se sont déployés dans l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout).

Explication

Puisque les mondes ne peuvent être comparés à D.ieu, ils sont comme rien devant Lui, exactement comme avant la création. L’Alter Rebbe interprète maintenant « Tes merveilles et Tes pensées envers nous » comme une description de la création : les mondes sont venus à l’existence et se sont déployés selon leur ordre par la « pensée » de D.ieu.

וז״ש [וזהו שכתוב] רבות עשית אתה ה׳ אלהי נפלאותיך ומחשבותיך אלינו ר״ל [רוצה לומר] שריבוי העולמות והברואים כולם נתהוו ע״י מחשבתו ית׳.

Et c’est là le sens de ce qui est écrit : « Tu as accompli de nombreuses choses, Toi, Havaya, mon D.ieu ; Tes merveilles et Tes pensées envers nous » ; c’est-à-dire que la multitude des mondes et de toutes les créatures est venue à l’existence par Sa pensée, béni soit-Il.

Explication

Le début du verset, « Tu as accompli de nombreuses choses », fait référence à la multitude des mondes et des créatures. Tous sont venus à l’existence par cette pensée divine.

אך אעפ״כ [אף על פי כן] אין ארוך אליך ממש היינו שהתהוות העולמות ממחשבתו ית׳ אינו בבחי׳ עילה ועלול רק שהם אין ערוך ממש לגבי מחשבתו ית׳ המהווה ומחייה אותן מאין ליש.

Pourtant, malgré cela, « il n’est rien qui puisse être comparé à Toi », véritablement. C’est-à-dire que la venue à l’existence des mondes à partir de Sa pensée, béni soit-Il, ne se fait pas selon le mode de la cause et de l’effet ; au contraire, ils ne peuvent véritablement être comparés à Sa pensée, béni soit-Il, qui les fait venir à l’existence et leur donne vie, du néant à l’existence.

Explication

Pourtant, le même verset poursuit : « il n’est rien qui puisse être comparé à Toi ». Les mondes proviennent de Sa pensée, mais non comme un effet provient de sa cause : cette pensée les fait venir à l’existence à partir du néant et les maintient en vie, tandis qu’ils ne sont nullement proportionnés à elle.

אגידה ואדברה עצמו מספר פי׳ כי מאחר שהוא ית׳ אין סוף א״כ [אם כן] אם הי׳ [היה] התהוות העולמות ממחשבתו ית׳ ע״י השתלשלות עילה ועלול לא היה כלל העולמות בבחי׳ גבול ותכלית

« Que je le raconte et le dise, ils sont au-delà du nombre. » Le sens est le suivant : puisqu’Il, béni soit-Il, est infini, si la venue à l’existence des mondes à partir de Sa pensée, béni soit-Il, s’était faite par un enchaînement descendant de cause à effet, les mondes ne se trouveraient nullement dans un état de limite et de fin,

Explication

Le verset s’achève par : « Que je le raconte et le dise, ils sont au-delà du nombre. » L’Alter Rebbe explique que si les mondes étaient venus de l’Infini par un enchaînement de cause à effet, ils ne pourraient avoir aucune limite.

כמו שהן עתה אלא הי׳ [היה] הכל א״ס [אין סוף] ובלי גבול וזהו עצמו מספר דהיינו שהיו בבחי׳ בלי גבול וזהו נפלאותיך ומחשבותיך אלינו אין ערוך אליך אגידה ואדברה.

comme ils le sont à présent ; au contraire, tout serait infini et sans limite. Et c’est là le sens de « au-delà du nombre » : ils seraient dans un état sans limite. Et c’est là le sens de « Tes merveilles et Tes pensées envers nous ; il n’est rien qui puisse être comparé à Toi ; que je le raconte et le dise ».

Explication

Un effet qui se déploierait étape après étape à partir d’une cause infinie serait lui-même infini ; les mondes seraient donc « au-delà du nombre », sans limite. Le fait qu’ils soient limités montre que la création ne s’est pas produite selon le mode de la cause et de l’effet.

שההמשכה ממחשבתו ית׳ אלינו הוא ע״ד [על דרך] שאין ערוך ממש ולא בבחי׳ עילה ועלול ח״ו [חס ושלום] (או י״ל [יש לומר] הפי׳ כי הנה נפלאותיך ומחשבותיך אלינו אין ערוך היינו בחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] וכדלקמן בפי׳ קדוש ומובדל

C’est-à-dire que l’émanation depuis Sa pensée, béni soit-Il, jusqu’à nous se fait selon le mode de l’absence véritable de comparaison, et non selon celui de la cause et de l’effet, à D.ieu ne plaise. (Ou bien on peut expliquer le sens ainsi : « Tes merveilles et Tes pensées envers nous ; il n’est rien qui puisse être comparé à Toi » désigne le niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), comme cela sera expliqué plus loin dans l’explication de « saint et séparé » ;

Explication

Ainsi, le flux qui va de la pensée de D.ieu jusqu’à nous relève de l’« absence de comparaison », et non de la cause et de l’effet. Une parenthèse propose ensuite une seconde lecture : l’« absence de comparaison » désigne sovev kol almin, la lumière qui entoure tous les mondes, que le maamar expliquera bientôt par les termes « saint et séparé ».

אך להיות נמשך הארה בתוך העולמות ע״ז [על זה] אמר אגידה ואדברה עצמו מספר הצמצומים רבוא רבבות מדרגות עד אין מספר כו׳ עד שנמשך הארה להתלבש בהעולמות ועמ״ש בפי׳ פסוק זה בד״ה כי ביום הזה יכפר בפ׳ אחרי ובד״ה ויהי מקץ כו׳):

mais, pour qu’un rayonnement soit amené à l’intérieur des mondes, il est dit à ce propos : « Que je le raconte et le dise, ils sont au-delà du nombre » : les contractions (tsimtsoumim), des myriades de myriades de niveaux, sans nombre, etc., jusqu’à ce qu’un rayonnement soit amené à se revêtir dans les mondes. Voir aussi ce qui est écrit dans l’explication de ce verset, dans le discours commençant par « Car en ce jour Il fera expiation », dans la paracha d’A’harei, et dans le discours commençant par « Et il arriva à la fin », etc.)

Explication

Selon cette seconde lecture, « au-delà du nombre » décrit la manière dont un rayonnement de lumière pénètre dans les mondes : par d’innombrables contractions (tsimtsoumim), niveau après niveau, sans nombre. L’Alter Rebbe renvoie à son développement plus complet de ce verset dans le discours « Car en ce jour Il fera expiation », dans la paracha d’A’harei, ainsi que dans le discours « Et il arriva à la fin ».

Le paragraphe 8 en bref

En lisant le Psaume 40,6 expression par expression, l’Alter Rebbe montre que les mondes proviennent de la pensée de D.ieu, mais non comme des effets provenant d’une cause : s’ils s’étaient déployés à partir de l’Infini selon le mode de la cause et de l’effet, ils auraient été infinis ; leurs limites ne résultent que d’innombrables contractions.

Pour aller plus loin

La note de Kehot renvoie au Tanya, chapitre 48, qui développe le même raisonnement : si les mondes descendaient de la Lumière infinie niveau après niveau, selon le mode de la cause et de l’effet, sans contractions, ce monde limité n’aurait jamais pu être créé. La seconde lecture proposée dans la parenthèse prépare la section suivante, où « il n’est rien qui puisse être comparé » devient la désignation d’un niveau, sovev kol almin.

Maré mekomot

  1. 1
  2. 2
    אם הי׳ התהוות העולמות . . ע״י השתלשלות עילה ועלול · ראה תניא פרק מח. אוה״ת ואתחנן ע׳ קצח.

Le Saint béni soit-Il ¶9–15

9ב והנה לכן קראו חז״ל [חכמינו זכרונם לברכה] הבורא ית׳ בשם הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] היינו שהוא קדוש ומובדל מכל העולמות ואין העולם ומלואו פועלים בו שום שינוי והיינו משום שאין להם כלל ערך ויחוס אליו ית׳.

2. Voilà pourquoi nos Sages, de mémoire bénie, ont appelé le Créateur, qu’Il soit béni, « le Saint béni soit-Il » : cela signifie qu’Il est saint et séparé de tous les mondes, et que le monde et tout ce qu’il contient n’opèrent en Lui aucun changement, quel qu’il soit. En effet, ils n’ont absolument aucune mesure commune ni aucun rapport avec Lui, qu’Il soit béni.

Explication

La section 2 commence. Le nom habituellement donné à D.ieu par les Sages, « le Saint béni soit-Il », exprime ce qui vient d’être établi : « saint » (kadoch) signifie séparé, et D.ieu est séparé de tous les mondes. Ceux-ci n’opèrent aucun changement en Lui, car ils n’ont absolument aucun rapport avec Lui.

Le paragraphe 9 en bref

Le nom « le Saint béni soit-Il » exprime la transcendance absolue de D.ieu : les mondes n’ont aucune incidence sur Lui, car ils n’ont aucun rapport avec Lui.

Pour aller plus loin

Plus loin dans le maamar, les deux mots de ce nom seront considérés séparément : « saint » désigne Son essence, séparée des mondes, et « béni » (baroukh), le fait qu’Il se déploie en eux par Sa souveraineté (paragraphe 15).

Maré mekomot

  1. 1
    הבורא ית׳ בשם הקב״ה · ראה לעיל כא, ב ובמ״מ לשם.

10וזהו ענין שנק׳ סובב כולא עלמין וידוע דאין הפי׳ סובב ומקיף מלמעלה דהא את השמים ואת הארץ אני מלא כתיב.

Tel est le sens de ce que l’on appelle « la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) ». Or, il est connu que cela ne signifie pas qu’elle entoure et enveloppe les mondes d’en haut, car il est écrit : « Je remplis les cieux et la terre. »

Explication

Cette transcendance est ce que l’on appelle sovev kol almin, « la lumière qui entoure tous les mondes ». Il ne peut s’agir d’une lumière qui entourerait les mondes d’en haut, comme une coupole, car D.ieu dit : « Je remplis les cieux et la terre » (Jeremiah 23:24).

רק הענין שאין ההשפעה ממנו באה בבחי׳ גילוי בהעולמות כמו בחי׳ עילה ועלול הנ״ל כי בהשתלשלות עילה ועלול הנה העלול יודע ומשיג איזה השגה בעילתו ובטל אצלו ע״י השגה זו

Le sens est plutôt que l’influence qui vient de Lui ne se manifeste pas dans les mondes, contrairement à ce qui se passe dans une relation de cause à effet, évoquée plus haut. En effet, dans un enchaînement descendant (hichtalchelout) de cause à effet, l’effet connaît et saisit quelque chose de sa cause, et s’annule devant elle grâce à cette compréhension ;

Explication

Le terme « qui entoure » décrit la manière dont l’influence se manifeste : elle n’est pas révélée au sein des mondes. Dans une relation de cause à effet, l’effet connaît quelque chose de sa cause et s’annule devant elle grâce à cette connaissance.

והיינו ששפע העילה בעלול היא בבחי׳ גילוי ממש משא״כ בנבראים לגבי האור והכח השופע בו מא״ס [מאין סוף] ב״ה להוותו מאין ליש שהכח השופע בו אינו מושג אצלו כלל וכלל.

autrement dit, le flux de la cause dans l’effet se manifeste véritablement. Il n’en va pas ainsi des êtres créés par rapport à la lumière et à la force qui se répand en [chacun d’]eux depuis l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, pour le faire advenir de néant à existence : la force qui se répand en lui n’est absolument pas saisie par lui.

Explication

Dans une relation de cause à effet, le flux de la cause dans l’effet est ouvertement révélé. Un être créé, en revanche, ne saisit absolument pas la force venue de l’Infini qui le fait advenir de néant.

Le paragraphe 10 en bref

Sovev kol almin ne signifie pas que la lumière se trouve au-dessus des mondes ; cela désigne une force divine qui crée les mondes tout en leur demeurant entièrement cachée, contrairement à une cause, que son effet connaît.

Pour aller plus loin

La formulation de la deuxième partie reprend les termes d’Iggeres HaKodesh 20, où l’Admour Hazaken oppose la cause et l’effet — l’effet saisit quelque chose de sa cause — à la création ex nihilo, où la force créatrice échappe entièrement à la saisie de la créature. Parce que sa source lui est cachée, la créature peut se ressentir comme une existence séparée, comme l’indique le paragraphe suivant.

Maré mekomot

  1. 1
    את השמים ואת הארץ אני מלא · Jeremiah 23:24
  2. 2
    הנה העלול יודע . . השגה זו · לשון אגה״ק סי׳ כ (קכט, ב).

11ולכן הנברא הוא יש ודבר נפרד בעיני עצמו מחמת הסתר זה רק שבאמת הוא כמו דקמי׳ [דקמיה] ית׳ כולא כלא חשיבי

C’est pourquoi l’être créé est, à ses propres yeux, une existence et une chose distincte, en raison de cette dissimulation ; pourtant, en vérité, il est comme il est dit : « Devant Lui, béni soit-Il, tout est considéré comme rien. »

Explication

Parce que la force créatrice est cachée, la créature se voit comme une existence à part entière, distincte de D.ieu. En vérité, « devant Lui, tout est considéré comme rien ».

וזהו בחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] שההשפעה ממנו ית׳ באה בבחי׳ הסתר כי אלו היה בבחי׳ גילוי לא הי׳ [היה] יכול להשתלשל ולהיות כלל עלמין

Et tel est le niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) : l’influence venant de Lui, béni soit-Il, se transmet de manière cachée. Car si elle était révélée, elle ne pourrait pas descendre selon un enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) et donner naissance aux mondes ;

Explication

Cette dissimulation est ce que signifie sovev kol almin. Si l’influence se manifestait ouvertement, elle ne pourrait pas descendre par étapes et donner naissance aux mondes.

אלא הי׳ [היה] הכל בחי׳ א״ס [אין סוף] כנ״ל אבל באמת לית אתר פנוי מיני׳ כמו קודם שנברא העולם.

au contraire, tout serait dans un état d’infinité, comme mentionné plus haut. Mais en vérité, « aucun lieu n’est dépourvu de Lui », comme avant la création du monde.

Explication

Tout serait demeuré infini, comme expliqué plus haut. Pourtant, « aucun lieu n’est dépourvu de Lui », et le monde est aujourd’hui comme il l’était avant la création.

Le paragraphe 11 en bref

La dissimulation de sovev kol almin permet l’existence de mondes finis et de créatures qui se perçoivent comme des existences à part entière, alors qu’en vérité D.ieu remplit tout et que rien n’existe en dehors de Lui.

Pour aller plus loin

Le sentiment qu’a la créature d’être une « chose » (yesh) distincte est la conséquence directe de la dissimulation de la lumière. Plus loin, le maamar montre comment l’étude de la Torah, où la sagesse de D.ieu est présente sans dissimulation, révèle la vérité : ce yesh est annulé (paragraphes 25–26).

12וזהו שנק׳ הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] דהיינו שהוא ית׳ קדוש ומובדל מהעולמות. והבריאה היא יש מאין ממש שהאור וחיות המתלבש בהעולמות היא כלא חשיבא קמי׳ [קמיה] ית׳

C’est pourquoi Il est appelé « le Saint béni soit-Il » : c’est-à-dire que Lui, béni soit-Il, est saint et séparé des mondes. Et la création est véritablement quelque chose à partir du néant, car la lumière et la force vitale qui s’habillent dans les mondes sont considérées comme rien devant Lui, béni soit-Il ;

Explication

Ainsi, « le Saint » signifie que D.ieu est séparé des mondes. La création est donc véritablement quelque chose à partir du néant, car la lumière et la force vitale qui se trouvent dans les mondes sont comme rien devant Lui.

דהיינו שעיקר התהוות העולמות הוא ע״י מדת מלכותו ית׳ כמאמר יחיד חי העולמים מלך היינו שבאמת הוא יחיד ומיוחד כמו קודם בריאת העולם.

c’est-à-dire que l’existence des mondes advient principalement par l’attribut de Sa souveraineté, Mal'hout, béni soit-Il, comme dans la formule : « L’Unique, Vie des mondes, Roi » ; c’est-à-dire qu’en vérité, Il est unique et sans pareil, exactement comme avant la création du monde.

Explication

Les mondes viennent principalement à l’existence par l’attribut de Mal'hout, la souveraineté de D.ieu. La formule de la prière « L’Unique, Vie des mondes, Roi » exprime ceci : D.ieu demeure l’Unique, sans pareil, exactement comme avant la création.

Le paragraphe 12 en bref

Le nom « le Saint » exprime la séparation de D.ieu, et les mondes viennent à l’existence par Son attribut de souveraineté, Mal'hout, qui Le laisse aussi seul et unique qu’avant la création.

Pour aller plus loin

La formule de la prière se lit comme une succession : « l’Unique » décrit D.ieu Lui-même, tandis que « Vie des mondes » ne s’applique à Lui qu’en vertu de « Roi », comme l’explique le paragraphe suivant.

13וחי העולמים הוא רק מבחי׳ מלך. כמו עד״מ [על דרך משל] מלך בשר ודם שבחי׳ היותו מלך על המדינה אינו בחי׳ ממהותו ועצמותו

Et [Il est] la « Vie des mondes » uniquement selon le niveau de « Roi ». Ainsi, à titre d’analogie, pour un roi de chair et de sang, le fait qu’il soit roi sur le pays ne relève pas de son être et de son essence,

Explication

D.ieu est la « Vie des mondes » uniquement en tant que « Roi ». Un roi humain fournit une analogie : le fait qu’il soit roi sur le pays ne fait pas partie de son être et de son essence.

כי מהותו ועצמותו הוא מה שהוא חכם ונבון ורק ענין מלכותו הוא מה ששמו נקרא עליהם שמולך על הארץ.

car son être et son essence résident dans le fait qu’il est sage et intelligent ; sa royauté, elle, tient uniquement à ce que son nom soit appelé sur eux, en ce qu’il règne sur le pays.

Explication

Son essence réside dans sa sagesse et son intelligence. Sa royauté tient uniquement à ce que son nom soit appelé sur le peuple, puisqu’il règne sur le pays.

Le paragraphe 13 en bref

L’analogie du roi humain montre que la souveraineté est une relation aux autres, extérieure à son essence ; c’est ainsi que D.ieu donne la vie aux mondes sans que ceux-ci touchent à Son essence.

14וכך יובן למעלה שהתההות ובריאת כל העולמות עליונים ותחתונים הוא רק ע״י מדת מלכות שאין לכל העולמות ערך ושייכות למהותו ועצמותו ית׳

Ainsi peut-on comprendre ce qui se passe dans les mondes supérieurs : l’émergence et la création de tous les mondes, supérieurs et inférieurs, ne s’effectuent que par l’attribut de Mal'hout (souveraineté), car les mondes n’ont aucune commune mesure ni aucun lien avec Son être et Son essence, béni soit-Il,

Explication

De même, tous les mondes, supérieurs et inférieurs, ne viennent à l’existence que par l’attribut de Mal'hout. Ils sont sans commune mesure avec l’être et l’essence de D.ieu, et n’ont aucun lien avec eux.

שהוא רם ומתנשא מהם והחיות והתהוות העולמות נמשך להם רק ממה שנק׳ הוא ית׳ מלך עליהם ואין מלך בלא עם

puisqu’Il est élevé et exalté au-dessus d’eux ; la force vitale et l’émergence des mondes leur sont communiquées uniquement du fait qu’Il est appelé leur Roi, et « il n’est pas de roi sans peuple ».

Explication

D.ieu est exalté au-dessus des mondes, qui ne reçoivent la vie que du fait qu’Il est appelé leur Roi. Un roi a besoin de sujets : « il n’est pas de roi sans peuple ».

ולכן נק׳ בחי׳ מלכות בשם כתר מלכות כמו כתר שהיא עטרה על הראש ונעשה מאבנים טובות ואין לה שייכות עם עצם הלובשה מ״מ [מכל מקום]

C’est pourquoi le niveau de Mal'hout est appelé Kéter Mal'hout (la Couronne de la royauté) : à l’image d’une couronne, diadème posé sur la tête et fait de pierres précieuses, qui n’a aucun lien avec l’essence même de celui qui la porte ; néanmoins,

Explication

Voilà pourquoi Mal'hout est appelé Kéter Mal'hout, « la Couronne de la royauté ». Une couronne de pierres précieuses repose sur la tête, mais n’a aucun lien avec l’essence de celui qui la porte.

בהיות הכתר עליו אז נגלה וניכר בחי׳ מלכותו מכ״כ [מכל כך] ענין בחי׳ מלכות דאצי׳ [דאצילות] הוא שכל העולמות אין שייכים לעצמותו שיהיו פועלים בו איזה שינוי ח״ו [חס ושלום]

lorsque la couronne est posée sur lui, sa royauté se révèle et devient manifeste. De même, le niveau de Mal'hout du Monde d’Atsilout (Émanation) signifie que les mondes n’ont aucun lien avec Son essence qui puisse entraîner en Lui le moindre changement, à D.ieu ne plaise ;

Explication

Pourtant, lorsque le roi porte la couronne, sa royauté se révèle et devient manifeste. De même, Mal'hout d’Atsilout signifie que les mondes n’ont aucun lien avec l’essence de D.ieu qui puisse entraîner en Lui le moindre changement.

רק חיות והתהוות העולמות והנבראים הוא מבחי׳ מדת מלכותו ית׳ שע״י העולמות ניכר מדת מלכותו ונקרא אז מלך עליהם

la force vitale et l’émergence des mondes et des êtres créés proviennent uniquement du niveau de l’attribut de Sa souveraineté, béni soit-Il : par les mondes, cet attribut de Sa souveraineté est reconnu, et Il est alors appelé leur Roi.

Explication

Les mondes ne reçoivent vie et existence que de Son attribut de souveraineté. Par eux, cette souveraineté devient connue, et Il est appelé leur Roi.

כי אין מלך בלא עם הו מלשון עוממות היינו בחי׳ צמצומים והסתרות שע״י צמצומים אלו אז שייך להיות בחי׳ מלך.

Car « il n’est pas de roi sans peuple » — am, « peuple », vient du terme omémot, « assombri », c’est-à-dire du niveau des contractions (tsimtsoumim) et des dissimulations ; c’est par ces contractions que devient alors possible le niveau de Roi.

Explication

Le mot am, « peuple », est rapproché de omémot, « assombri » : le peuple est une réalité assombrie et éloignée du roi. Ce n’est que par les contractions et les dissimulations que D.ieu peut être Roi de sujets distincts.

אבל באמת הוא סכ״ע [סובב כל עלמין] ואני הוי׳ לא שניתי כמו קודם שנברא העולם ואת השמים ואת הא רץ אני מלא.

Mais en vérité, Il entoure tous les mondes (sovev kol almin), et « Moi, Havaya, Je n’ai pas changé » : Il est comme avant la création du monde ; et « Je remplis les cieux et la terre ».

Explication

Pourtant, en vérité, D.ieu Lui-même demeure sovev kol almin, inchangé depuis avant la création, comme Il le dit : « Moi, Havaya, Je n’ai pas changé ». Et Il remplit les cieux et la terre.

Le paragraphe 14 en bref

Mal'hout est comme la couronne d’un roi : elle révèle son règne sans toucher à son essence, et elle requiert un « peuple », des êtres rendus lointains par les contractions ; tandis que D.ieu Lui-même demeure inchangé.

Pour aller plus loin

Qualifier Mal'hout de « couronne » en fait quelque chose que l’on porte, plutôt qu’une partie de celui qui la porte. Le rapprochement entre am et omémot fait de l’existence même d’êtres distincts — le « peuple » sur lequel D.ieu règne — le produit d’une dissimulation.

Maré mekomot

  1. 1
    אין מלך בלא עם · בחיי וישב לח, ל. ר״פ בלק. כד הקמח ר״ה (ב) ד״ה ועוד (ע׳ שעט). וראה סה״מ תש״ד ע׳ 17 בהערה.
  2. 2
    אין מלך בלא עם · Rabbeinu Bahya, Bereshit 38:30
  3. 3
    אין מלך בלא עם · Rabbeinu Bahya, Bamidbar 22:2
  4. 4
    אין מלך בלא עם · Kad HaKemach, Rosh HaShanah 2:3
  5. 5
    ואני הוי׳ לא שניתי · Malachi 3:6
  6. 6
    ואת השמים ואת הא רץ אני מלא · Jeremiah 23:24

15ולכן בחי׳ מל׳ [מלכות] נק׳ ג״כ שם כי שם מורה על גילוי כי מה שנק׳ מלך הוא רק שנגלה בחי׳ מלך ע״י הסתר והעלם עצמותו. ולכן נק׳ הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] פי׳ שהוא ית׳ קדוש וברוך.

C’est pourquoi le niveau de Mal'hout est lui aussi appelé « Nom », car un nom indique une révélation ; s’Il est appelé Roi, c’est uniquement parce que le niveau de Roi se révèle par le voilement et la dissimulation de Son essence. C’est pourquoi Il est appelé « le Saint béni soit-Il », c’est-à-dire que Lui, qu’Il soit béni, est saint et béni.

Explication

Mal'hout est aussi appelée « Nom », parce qu’un nom exprime une révélation : le fait que D.ieu soit appelé Roi est une révélation qui advient par le voilement de Son essence. D’où le double nom « le Saint béni soit-Il » : D.ieu est à la fois « saint » et « béni ».

היינו כי הוא במהו״ע [במהותו ועצמותו] קדוש ומובדל מהעולמות ואעפ״כ [ואף על פי כן] הוא ג״כ ברוך פי׳ לשון ברכה והמשכה ונמשך בתוך העולמות ע״י בחי׳ שמו ומלכותו שמבחי׳ מל׳ [מלכות] נמשך התהוות כל העולמות כנ״ל:

Cela signifie qu’en Son être et Son essence, Il est saint et séparé des mondes ; néanmoins, Il est également « béni » (baroukh), expression qui renvoie à la bénédiction (berakha) et à l’effusion ; Il se répand dans les mondes par le niveau de Son Nom et de Sa souveraineté, car c’est du niveau de Mal'hout que découle la venue à l’existence de tous les mondes, comme mentionné plus haut.

Explication

« Saint » signifie qu’en Son être et Son essence, D.ieu est séparé des mondes. « Béni » (baroukh) est compris comme berakha, au sens d’effusion : Il se répand dans les mondes par Son Nom et Sa souveraineté, d’où vient à l’existence l’ensemble des mondes.

Le paragraphe 15 en bref

Les deux mots de « le Saint béni soit-Il » désignent les deux aspects de la création : l’essence de D.ieu demeure sainte et séparée, tandis que, par Son Nom, Mal'hout, Il est « béni », c’est-à-dire qu’Il se répand dans les mondes.

Pour aller plus loin

Un nom n’est pas la personne elle-même, mais la manière dont les autres la connaissent ; ainsi, Mal'hout, le Nom, révèle D.ieu aux mondes sans être Son essence.

Grandeur et humilité réunies en un même lieu ¶16–22

16וזהו שאמרו נתאוה הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] להיות לו דירה בתחתונים דהיינו שיהיה התהוות עולמות תחתונים ע״י ריבוי הצמצומים אשר עצמו מספר ואעפ״כ [ואף על פי כן] שם ג״כ יהיה

Et c’est [le sens de] ce qu’ils ont dit : « Le Saint béni soit-Il désira avoir une demeure dans les mondes inférieurs. » C’est-à-dire que les mondes inférieurs viennent à l’existence par une multitude de contractions (tsimtsoumim), qui sont « au-delà de tout dénombrement », et que, néanmoins, là aussi, il y ait

Explication

Voilà ce que signifie la parole du Midrach : « Le Saint béni soit-Il désira avoir une demeure dans les mondes inférieurs. » Les mondes inférieurs devaient venir à l’existence au moyen d’innombrables contractions, « au-delà de tout dénombrement » ; pourtant, D.ieu résiderait là aussi.

דירה והשראת אור א״ס [אין סוף] ב״ה ונגלה כבוד ה׳ עין בעין יראו כו׳ והיינו ע״י המשכה מבחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] אשר קמיה רוחניות וגשמיות ועליונים ותחתונים הכל שוין.

une demeure et la résidence de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, et « la gloire de Havaya sera dévoilée », « car œil à œil ils verront », etc. Cela se réalise par un influx provenant du niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), devant laquelle le spirituel et le matériel, les mondes supérieurs et inférieurs, sont tous égaux.

Explication

Il y aurait une demeure et la résidence de la Lumière infinie, comme l’annoncent les prophètes : « La gloire de Havaya sera dévoilée » et « œil à œil ils verront ». Cela provient d’un influx de sovev kol almin, devant lequel le spirituel et le matériel, le supérieur et l’inférieur, sont identiques.

Le paragraphe 16 en bref

Le dessein de D.ieu dans la création — avoir une demeure dans les mondes les plus bas — peut s’accomplir parce que la lumière qui entoure tous les mondes est présente de façon égale en haut et en bas ; c’est par elle que la Lumière infinie peut se révéler jusque dans le monde formé au moyen du plus grand nombre de contractions.

Pour aller plus loin

Puisque sovev kol almin transcende tous les niveaux, il est présent de façon égale en chacun d’eux. C’est pourquoi la demeure en bas dépend de l’influx de cette lumière, et non de la lumière qui pénètre chaque monde selon sa mesure.

Maré mekomot

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    נתאוה הקב״ה להיות לו דירה בתחתונים · Bamidbar Rabbah 13:6
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    נתאוה הקב״ה להיות לו דירה בתחתונים · Midrash Tanchuma, Nasso 16:1
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    ונגלה כבוד ה׳ · Isaiah 40:5
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    עין בעין יראו · Isaiah 52:8

17והוא ע״ד [על דרך] מארז״ל [מאמר רבותינו זכרונם לברכה] במקום גדולתו שם אתה מוצא ענותנותו. פי׳ ענותנותו הוא מה שהוא ית׳ משפיל עצמו להשגיח בשמים וארץ הגשמיות כ״כ [כל כך] בפרטי פרטיות להיות

Et cela s’inscrit dans la ligne de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Au lieu de Sa grandeur, là vous trouvez Son humilité. » Le sens de « Son humilité » est qu’Il, béni soit-Il, S’abaisse pour veiller sur les cieux et la terre physiques, jusque dans leurs moindres détails, au point d’être

Explication

Les Sages enseignent : « Au lieu de Sa grandeur, là vous trouvez Son humilité. » L’humilité de D.ieu consiste à S’abaisser pour veiller sur les cieux et la terre physiques jusque dans les moindres détails.

בוחן כליות ולב ומה׳ מצעדי גבר כוננו הכל בהשגחה פרטיות שזהו ענוה גדולה שהוא ית׳ א״ס [אין סוף] ומשפיל א״ע [את עצמו] להשגיח בבריות שפלים כו׳ וזהו ג״כ גדולתו.

« Celui qui scrute les reins et le cœur », et « C’est de Havaya que les pas de l’homme sont affermis » : tout relève d’une Providence particulière. Voilà une grande humilité : Lui, béni soit-Il, est l’Infini (Ein Sof) et S’abaisse pour veiller sur des créatures insignifiantes, etc. ; et cela est aussi Sa grandeur.

Explication

Il « scrute les reins et le cœur » et affermit les pas de chacun : tout relève d’une Providence particulière. Que l’Infini se soucie de créatures insignifiantes est une grande humilité, et c’est aussi Sa grandeur.

כי באמת מאחר שהוא ית׳ קדוש ומובדל וסכ״ע [וסובב כל עלמין] אין שייך לומר שזהו גדולתו דוקא מה שברא עולמות עליונים

Car, en vérité, puisqu’Il, béni soit-Il, est saint et séparé, et qu’Il entoure tous les mondes (sovev kol almin), il ne convient pas de dire que Sa grandeur réside précisément dans le fait d’avoir créé les mondes supérieurs ;

Explication

Puisque D.ieu est saint, séparé et qu’Il entoure tous les mondes, Sa grandeur ne peut résider précisément dans le fait d’avoir créé les mondes supérieurs.

כי אפילו ג״ע [גן עדן] העליון הוא רק זיו והארה בעלמא ולפניו כחשיכה כאורה ואפי׳ [ואפילו] אור צח אוכם הוא קדם עילת העילות. רק אדרבה מה שהוא ית׳ משפיל א״ע [את עצמו] לראות בשמים ובארץ זהו גדולתו.

car même le Gan Éden supérieur n’est qu’un simple rayonnement, une lueur, et devant Lui « l’obscurité est comme la lumière » ; et même « la Lumière limpide est obscure devant la Cause des causes ». Bien au contraire : c’est parce qu’Il, béni soit-Il, S’abaisse pour regarder les cieux et la terre que réside Sa grandeur.

Explication

Même le Gan Éden supérieur n’est qu’une lueur ; devant Lui, « l’obscurité est comme la lumière », et même « la Lumière limpide » est obscure devant la Cause des causes. Sa grandeur réside donc plutôt dans le fait qu’Il S’abaisse pour regarder les cieux et la terre.

Le paragraphe 17 en bref

La grandeur de D.ieu et Son humilité ne font qu’un : puisque même les mondes les plus élevés ne sont rien devant Lui, Sa grandeur se manifeste précisément dans l’attention qu’Il porte aux moindres détails du monde physique.

Pour aller plus loin

L’argument renverse l’idée intuitive. Si D.ieu n’était que le maillon le plus élevé d’une chaîne, s’occuper de ce qui est le plus bas Le diminuerait ; parce qu’Il dépasse tout niveau, le haut et le bas sont égaux devant Lui, et le soin qu’Il porte aux êtres inférieurs témoigne de Son infinité. Les paragraphes 18–22 développent ce point.

Maré mekomot

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    במקום גדולתו שם אתה מוצא ענותנותו · Megillah 31a:12–13
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    אור צח אוכם הוא · ת״ז ת״ע (קלה, ב).
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    ואפי׳ אור צח אוכם הוא קדם עילת העילות · Tikkunei Zohar 135b:1
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    לראות בשמים ובארץ · Psalms 113:6

18והענין כי הנה איתא בגמ׳ [בגמרא] ע״פ ומספר את רובע ישראל זרע היוצא מהן מן התשמיש שלהן ועל דבר זה נסמית עינו של בלעם הרשע באמרו טהור עינים מראות ברע כו׳.

L’explication est la suivante : il est rapporté dans la Guemara, à propos du verset « Et le nombre du *rova* d’Israël » : [il s’agit] de la semence qui provient d’eux lors de leurs relations conjugales ; et c’est à cause de cela que l’œil de Bilaam le méchant fut aveuglé, lorsqu’il dit : « Trop pur de regard pour voir le mal », etc.

Explication

La Guemara comprend « qui a compté le *rova* d’Israël » comme signifiant que D.ieu compte les moments de l’union conjugale d’Israël, dans l’attente de la goutte de semence à partir de laquelle se formera un juste. L’œil de Bilaam fut aveuglé à ce sujet, car il objectait que le Pur ne devrait pas regarder une telle chose ; objection que le maamar exprime par les mots « Trop pur de regard pour voir le mal ».

והיינו כי לפי טעותם שהתהוות העולמות ממנו ית׳ הוא דרך השתלשלות עילה ועלול א״כ [אם כן] נמשך מזה שראוי שיהיה הוא ית׳ בבחי׳ רם על כל גוים ה׳ בלי שישפיל עצמו לראות בהשגחה פרטית בעוה״ז [בעולם הזה].

Autrement dit, selon leur erreur — selon laquelle la venue à l’existence des mondes à partir de Lui, béni soit-Il, s’effectue par un enchaînement descendant (hichtalchelout) de cause à effet — il s’ensuit qu’il conviendrait qu’Il soit dans l’état de « Havaya est élevé au-dessus de toutes les nations », sans s’abaisser à regarder ce monde par une providence particulière.

Explication

L’erreur de Bilaam venait de sa conception selon laquelle les mondes proviennent de D.ieu par un rapport de cause à effet. Selon cette conception, il conviendrait que D.ieu demeure « élevé au-dessus de toutes les nations » et ne s’abaisse pas à exercer une providence particulière sur ce monde.

כי מה שהוא בדרך השתלשלות עילה ועלול הנה התלבשות העילה בהעלול פועל בו שינוי לכן אמר אין נכון

Car, dans tout ce qui relève d’un enchaînement descendant de cause à effet, l’enveloppement de la cause dans l’effet produit un changement en elle. C’est pourquoi il déclara que cela ne convient pas

Explication

Dans un enchaînement de cause à effet, la cause qui s’enveloppe dans son effet se trouve changée par lui. Voilà pourquoi Bilaam estimait que cela ne convenait pas.

שיתלבש הוא ית׳ כ״כ [כל כך] בעלולים השפלים שבעוה״ז [שבעולם הזה] להיותו טהור עינים מראות ברע והיה ראוי יותר שיהיה רם ומרומם בלי שישפיל א״ע [את עצמו] כ״כ [כל כך] למטה.

qu’Il, béni soit-Il, s’enveloppe à ce point dans les effets inférieurs de ce monde, puisqu’Il est « trop pur de regard pour voir le mal » ; il serait plus convenable qu’Il demeure élevé et exalté, sans s’abaisser aussi bas.

Explication

Selon sa conception, pour D.ieu, s’envelopper si profondément dans les effets inférieurs de ce monde reviendrait à s’abaisser, puisqu’Il est « trop pur de regard pour voir le mal ». Il serait plus convenable qu’Il demeure élevé et exalté, loin de tout cela.

אבל לפי האמת שהוא ית׳ קדוש ומובדל מכל העולמות ואין ההשפעה ממנו בבחי׳ התלבשות ועילה ועלול.

Mais, en vérité, Il, béni soit-Il, est saint et séparé de tous les mondes, et l’influence qui émane de Lui ne se fait pas par enveloppement ni selon un rapport de cause à effet.

Explication

La vérité est que D.ieu est saint et séparé de tous les mondes. Son influence ne s’exerce pas en s’enveloppant en eux, comme une cause dans son effet.

Le paragraphe 18 en bref

L’objection de Bilaam à la providence de D.ieu sur les actes les plus matériels repose sur une conception de la création en termes de cause à effet, selon laquelle une cause qui s’enveloppe dans un effet inférieur s’en trouve abaissée. Puisque D.ieu n’est pas une cause de cette sorte, Sa providence sur les choses les plus inférieures ne L’affecte pas.

Pour aller plus loin

Le maamar relie la formule des philosophes « Nul n’est comme Toi » (paragraphe 3) à Bilaam : tous deux reconnaissent D.ieu, mais, en Le plaçant à la tête d’une chaîne, Le maintiennent éloigné de ce monde. C’est précisément l’absence de comparaison qui Lui permet d’être proche de toute chose.

Maré mekomot

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19וכמש״ל [וכמה שכתוב לעיל] באריכות בענין נפלאותיך ומחשבותיך אלינו אין ערוך אליך. אין ערוך ממש ולא מיני׳ ולא מקצתי׳ [מקצתיה] מהערך שבהשתלשלות עילה ועלול עד שאע״פ [שאף על פי]

Comme il a été expliqué plus haut en détail à propos de « Tes merveilles et Tes pensées envers nous ; il n’y a aucune comparaison avec Toi » : il n’y a véritablement aucune comparaison, ni dans son ensemble ni en partie, avec la comparabilité qui existe dans l’enchaînement descendant (hichtalchelout) d’une cause et de son effet, si bien que, bien que

Explication

Cela a été expliqué en détail plus haut à propos de « il n’y a aucune comparaison avec Toi » : il n’existe aucune des comparabilités que l’on trouve, ni dans son ensemble ni en partie, entre une cause et son effet.

שהוא ית׳ מחיה ומהוה העולמות מאין ליש עכ״ז [עם כל זה] אין פועלים בו שום שינוי ע״י חיות זה שמשפיע הוא ית׳ אליהן וכמאמר יחיד וחי העולמים רק מבחי׳ מלך כו׳.

Lui, béni soit-Il, donne la vie aux mondes et les fait advenir à l’existence à partir du néant, néanmoins ceux-ci n’opèrent en Lui aucun changement, quel qu’il soit, par cette force vitale qu’Il, béni soit-Il, leur dispense ; comme le dit la formule : « L’Unique et Vie des mondes » — seulement au niveau de « Roi », etc.

Explication

Ainsi, bien que D.ieu donne la vie aux mondes et les crée à partir du néant, la force vitale qu’Il leur dispense ne change rien en Lui. Comme le dit la prière : « L’Unique et Vie des mondes », Il est la Vie des mondes uniquement en tant que « Roi ».

Le paragraphe 19 en bref

Le maamar rappelle son idée exposée plus haut : puisqu’il n’y a aucune comparabilité entre D.ieu et les mondes, le fait de les soutenir ne Le change pas ; Il ne leur donne la vie que par Sa souveraineté.

20ושלכן הוא ית׳ בשוה ממש גם עתה כמו קודם שנברא העולם ממש. א״כ [אם כן] כיון שמה שהוא מחיה העולמות אין פועל בו שום שינוי כלל.

Et c’est pourquoi Il, béni soit-Il, est exactement le même, même à présent, qu’avant la création effective du monde. Dès lors, puisque le fait qu’Il donne la vie aux mondes n’entraîne en Lui aucun changement,

Explication

D.ieu est exactement le même à présent qu’avant la création du monde, puisque le fait qu’Il donne la vie aux mondes ne change rien en Lui.

ולכן אין שום דבר גדול וקטן נעשה חוץ ממנו בכל העולמות עליונים ותחתונים וכמארז״ל [וכמאמר רבותינו זכרונם לברכה] אין אדם נוקף אצבעו מלמטה

rien, ni grand ni petit, ne se fait donc dans tous les mondes, supérieurs et inférieurs, indépendamment de Lui. Comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Un homme ne se heurte pas le doigt ici-bas

Explication

Rien, ni grand ni petit, ne se produit donc dans aucun monde indépendamment de Lui. Les Sages disent : « Un homme ne se heurte pas le doigt ici-bas sans qu’on l’ait proclamé à son sujet là-haut. »

אלא א״כ [אם כן] מכריזין עליו מלמעלה וכתיב שאול ואבדון נגד ה׳ כו׳ ידע מה בחשוכא כו׳

sans qu’on l’ait proclamé à son sujet là-haut. » Et il est écrit : « Le Chéol et l’Abaddon sont devant Havaya », etc. ; « Il sait ce qui se trouve dans les ténèbres », etc. ;

Explication

Les versets disent la même chose : « Le Chéol et l’Abaddon sont devant Havaya » — les profondeurs du monde souterrain incluses — et « Il sait ce qui se trouve dans les ténèbres. »

אם יסתר איש במסתרים ואני לא אראנו נאם ה׳ וכל אלו ההשגחות הפרטיים אין פועלים בו שום שינוי ח״ו [חס ושלום]

« Un homme pourrait-il se cacher dans des lieux secrets sans que Je le voie ? dit Havaya. » Et toutes ces [manifestations de] la Providence particulière n’entraînent en Lui aucun changement, à D.ieu ne plaise,

Explication

Et encore : « Un homme pourrait-il se cacher dans des lieux secrets sans que Je le voie ? » Aucune de ces manifestations de la Providence particulière ne change D.ieu en quoi que ce soit.

כמו שהיותו מחיה ומהווה אותן מאין ליש אין פועל בו שינוי ח״ו [חס ושלום] מטעם הנ״ל דאין ערוך כו׳

tout comme le fait qu’Il leur donne la vie et les fait exister, les faisant passer du néant à l’existence, n’entraîne en Lui aucun changement, à D.ieu ne plaise, pour la raison mentionnée plus haut : « il n’y a pas de commune mesure », etc.

Explication

Cela ne Le change pas, de même que la création et le maintien des mondes ne Le changent pas, car, comme cela a été expliqué, il n’y a pas de commune mesure entre eux et Lui.

ולכן זה שהוא ית׳ משפיל א״ע [את עצמו] להשגיח בשמים וארץ גשמיי׳ [גשמיים] זהו גדולתו יותר ממה שברא עולמות עליונים כי כל השבחים וגדולותיו ועולמות עליונים כו׳

C’est pourquoi le fait qu’Il, béni soit-Il, s’abaisse pour veiller sur les cieux et la terre physiques constitue une grandeur supérieure au fait qu’Il ait créé les mondes supérieurs. Car toutes les louanges, toutes Ses grandeurs et les mondes supérieurs, etc.,

Explication

Ainsi, le fait qu’Il s’abaisse pour veiller sur les cieux et la terre physiques manifeste Sa grandeur davantage que la création des mondes supérieurs. En voici la raison : toutes Ses louanges et les mondes supérieurs ne sont eux-mêmes que néant devant Lui.

באמת כלא חשיבי קמי׳ [קמיה] ית׳ רק זהו גדולתו שמשפילי א״ע [את עצמו] לראות בשמים ובארץ שהוא מפני כי אני הוי׳ לא שניתי כו׳

sont en vérité considérés comme néant devant Lui, béni soit-Il. Sa grandeur consiste plutôt en ceci : Il s’abaisse pour regarder les cieux et la terre, car « Moi, Havaya, Je n’ai pas changé », etc.,

Explication

Puisque tout est comme néant devant Lui, Sa véritable grandeur est qu’Il s’abaisse pour regarder les cieux et la terre. Cela est possible parce que « Moi, Havaya, Je n’ai pas changé » : veiller sur le monde ne Le change pas.

ושאין ערוך אליו ב״ה ואת השמים ואת הארץ אני מלא והתהוות העולמות הוא רק מבחי׳ שם מלכותו והוא ית׳ סכ״ע [סובב כל עלמין].

et parce qu’il n’y a pas de commune mesure avec Lui, béni soit-Il, et que « Je remplis les cieux et la terre » ; les mondes ne viennent à l’existence que du niveau du Nom de Sa souveraineté (Mal'hout), tandis que Lui, béni soit-Il, entoure tous les mondes (sovev kol almin).

Explication

Parce qu’il n’y a pas de commune mesure avec Lui, Il remplit les cieux et la terre. Les mondes ne viennent à l’existence que par le Nom de Sa souveraineté, tandis que Lui-même entoure tous les mondes.

Le paragraphe 20 en bref

Puisque la création et la Providence ne changent rien en D.ieu, Sa Providence s’étend à chaque détail, jusque dans les lieux les plus obscurs ; cette Providence sur ce qui est bas constitue Sa véritable grandeur.

Pour aller plus loin

Cela répond à Bilaam : ce qu’il croyait devoir diminuer D.ieu est précisément l’expression de Son infinité.

Maré mekomot

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    אין אדם נוקף אצבעו מלמטה · Chullin 7b:15–16
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    ואת השמים ואת הארץ אני מלא · ירמי׳ שם.

21ויובן עוד ענין זה עפמ״ש [על פי מה שכתוב] ומתחת זרועות עולם פי׳ כי הנה עד״מ [על דרך משל] אופן בתוך האופן היינו עיגול בתוך עיגול שהעיגול הגדול שמבחוץ

Cette idée peut encore être comprise à partir de ce qui est écrit : « Et en dessous sont les bras éternels. » Le sens est le suivant : à titre d’analogie, « une roue dans une roue », c’est-à-dire un cercle dans un cercle : le grand cercle extérieur,

Explication

On peut comprendre cette idée d’une autre manière à partir de « Et en dessous sont les bras éternels ». L’analogie est celle d’« une roue dans une roue », d’un cercle dans un cercle, où le cercle extérieur entoure le cercle intérieur.

כמו שמקיף למעלה בגובה העיגול הפנימי כך הוא מקיף ג״כ בתחתיתו למטה ושם הוא נמוך מעיגול הפנימי ונשפל יותר ממנו כך בו ית׳ כתיב ומתחת זרועות עולם כו׳.

de même qu’il l’entoure au-dessus, à la hauteur du cercle intérieur, il l’entoure aussi au-dessous, dans sa partie inférieure ; et là, il est plus bas que le cercle intérieur et se trouve plus bas que lui. De même, à propos de Lui, béni soit-Il, il est écrit : « Et en dessous sont les bras éternels », etc.

Explication

Le cercle extérieur, qui entoure le cercle intérieur par le haut, l’entoure également par le bas ; et là, il est plus bas que le cercle intérieur. De même, à propos de D.ieu, qui englobe tout, il est dit que Ses bras sont aussi « en dessous ».

Le paragraphe 21 en bref

L’image d’un cercle dans un cercle montre pourquoi Celui qui est au-dessus de tout est aussi en dessous de tout : ce qui englobe par le haut englobe tout autant par le bas, comme dans « en dessous sont les bras éternels ».

Pour aller plus loin

Sovev kol almin est figuré par le cercle extérieur : la même transcendance qui place D.ieu au-dessus des mondes les plus élevés le place « en dessous » des mondes les plus bas ; c’est pourquoi Sa grandeur et Son humilité se trouvent en un même lieu (paragraphe 22).

Maré mekomot

  1. 1
    ומתחת זרועות עולם · Deuteronomy 33:27

22ואף שאין לו דמות הגוף מ״מ [מכל מקום] הוא עד״מ [על דרך משל] דהיינו לפי שהוא ית׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] ומרומם ונשגב מכל העולמות ואין ערוך כו׳ א״כ [אם כן] מה״ט [מהאי טעמא] הוא משפילי לראות גם למטה מטה.

Et bien qu’Il n’ait aucune ressemblance avec un corps, cela ne vaut néanmoins que par analogie. C’est-à-dire que, puisqu’Il, béni soit-Il, entoure tous les mondes (sovev kol almin) et qu’Il est exalté et élevé au-dessus de tous les mondes, « sans aucune comparaison », etc., alors, pour cette raison même, Il « s’abaisse pour voir » jusque dans les lieux les plus bas.

Explication

D.ieu n’a pas de forme corporelle : il ne s’agit donc que d’une analogie. Parce qu’Il entoure tous les mondes et les dépasse par Son exaltation, sans aucune comparaison possible avec eux, c’est précisément pour cette raison qu’Il « s’abaisse pour voir » jusque dans les lieux les plus bas.

וז״ש [וזהו שכתוב] רם על כל גוים כו׳ מי כה׳ אלקינו המגביהי לשבת המשפילי כו׳ שמה שהוא ית׳ משפילי לראות כו׳

Et c’est le sens de ce qui est écrit : « Havaya est élevé au-dessus de toutes les nations », etc. ; « Qui est comme Havaya, notre D.ieu, qui siège dans les hauteurs, qui s’abaisse », etc. : le fait qu’Il, béni soit-Il, s’abaisse pour voir, etc.,

Explication

Tel est le sens du psaume : « Havaya est élevé au-dessus de toutes les nations… Qui est comme Havaya, notre D.ieu, qui siège dans les hauteurs, qui s’abaisse pour voir. »

זהו מפני שהוא ית׳ מגביהי שמהו״ע [שמהותו ועצמותו] ית׳ רם ונשא עד שאין ערוך אליו ממש ולא כעו״ג [כעובדי גלולים] שאומרים רם כו׳

s’explique par le fait qu’Il, béni soit-Il, est « dans les hauteurs » : Son être et Son essence, béni soit-Il, sont élevés et sublimes, au point qu’il n’existe véritablement aucune comparaison avec Lui ; et cela n’est pas comme le prétendent les idolâtres, lorsqu’ils disent qu’Il est « élevé », etc.,

Explication

Il s’abaisse pour voir parce qu’Il est véritablement « dans les hauteurs » : Son essence est si sublime qu’il n’existe aucune comparaison avec Lui. Il ne s’agit pas de l’élévation que les idolâtres entendent lorsqu’ils Le qualifient d’« élevé ».

לפי שהיו סוברים שההשתלשלות עילה ועלול. אלא דאין ערוך ממ. וזהו שהגדולה והענוה הם במקום א׳ כנ״ל:

car ils pensaient que l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) procède selon un rapport de cause à effet. En réalité, il n’existe aucune comparaison. C’est pourquoi la grandeur et l’humilité se trouvent en un même lieu, comme on l’a vu plus haut.

Explication

Ils Le qualifiaient d’élevé parce qu’ils pensaient que l’enchaînement des mondes relève d’un rapport de cause à effet, de sorte que le plus haut est éloigné du plus bas. En vérité, il n’existe aucune comparaison ; ainsi, grandeur et humilité se trouvent en un même lieu.

Le paragraphe 22 en bref

Les mots du psaume « qui siège dans les hauteurs, qui s’abaisse pour voir » expriment une seule idée : parce que D.ieu est au-delà de toute comparaison, Il est tout aussi présent auprès des choses les plus basses ; Sa grandeur et Son humilité coïncident donc.

Pour aller plus loin

« Élevé au-dessus de toutes les nations », selon l’interprétation des idolâtres, et « dans les hauteurs », selon le Psalmiste, se ressemblent en apparence, mais signifient le contraire. Le premier désigne une hauteur sur une échelle, laquelle implique une distance ; le second se situe au-delà de toute échelle, ce qui rend possible la proximité avec tout.

Maré mekomot

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    משפילי לראות · Psalms 113:6
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    רם על כל גוים · Psalms 113:4
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    מי כה׳ אלקינו המגביהי לשבת · Psalms 113:5

L’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina par la Torah ¶23–28

23ג והנה ע״פ כל הנ״ל יובן ענין יחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] ושכינתיה כי שכינה הוא בחי׳ מלכותו ית׳ השוכן בתחתונים

3. À présent, à la lumière de tout ce qui a été dit plus haut, on peut comprendre le sens de l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina (Présence divine). Car la Chekhina est le niveau de Sa souveraineté (Mal'hout), béni soit-Il, qui réside dans les mondes inférieurs ;

Explication

La section 3 commence. Sur cette base, le maamar explique l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina : la Chekhina est la souveraineté de D.ieu (Mal'hout), qui réside dans les mondes inférieurs.

כי מלכותך מלכות כל עולמים והוא בחינת ממכ״ע [ממלא כל עלמין] שהוא רק הארה בעלמא מבחי׳ מהו״ע [מהותו ועצמותו] ית׳ הסוכ״ע [הסובב כל עלמין] כנ״ל.

car « Ta royauté est une royauté sur tous les mondes » ; et elle est le niveau de la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin), qui n’est qu’un simple reflet du niveau de Son être et de Son essence, béni soit-Il, qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), comme indiqué plus haut.

Explication

Comme le dit le verset : « Ta royauté est une royauté sur tous les mondes. » Mal'hout est memalé kol almin, la lumière qui remplit tous les mondes, laquelle n’est qu’un reflet de l’essence de D.ieu, sovev kol almin.

Le paragraphe 23 en bref

Le maamar définit les deux partenaires de l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina : la Chekhina est Mal'hout, la lumière qui remplit les mondes, simple reflet de l’essence transcendante.

Pour aller plus loin

« Le Saint béni soit-Il » et « la Chekhina » sont à présent associés respectivement à sovev et à memalé ; le paragraphe suivant définira leur union comme la révélation du premier dans la seconde.

Maré mekomot

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    מלכותך מלכות כל עולמים · Psalms 145:13

24ובחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] הוא קדוש ומובדל. ויחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] ושכינתיה היינו כאשר יש התגלות בחינת סוכ״ע [סובב כל עלמין] מה שהוא קדוש ומובדל ונמשך ונתגלה בעולמות תחתונים וזהו ענין דירה בתחתונים שהיא תכלית בריאת כל העולמות.

Et le niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) est « saint et séparé ». L’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina (Présence divine) a lieu lorsque le niveau de sovev kol almin — ce qui est saint et séparé — se révèle, puis est attiré et révélé dans les mondes inférieurs. Voilà ce qu’est une demeure dans les mondes inférieurs, qui constitue le but de la création de tous les mondes.

Explication

Sovev kol almin désigne ce qui est « saint et séparé ». L’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina a lieu lorsque ce niveau transcendant est attiré et révélé dans les mondes inférieurs : c’est la demeure d’en bas, le but de la création de tous les mondes.

אך ע״י מה נעשה התגלות זה הנה ע״ז [על זה] נאמר ששים המה מלכות כו׳ כי משניות נק׳ מלכות כמארז״ל [כמאמר רבותינו זכרונם לברכה] מתניתא מלכתא כי

Mais par quel moyen cette révélation se produit-elle ? À ce sujet, il est dit : « Il y a soixante reines », etc. Car les Michnayot sont appelées « reines », comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « La Michna est reine. » Car

Explication

Qu’est-ce qui rend cette révélation possible ? Le verset « Il y a soixante reines » apporte la réponse : les Michnayot sont appelées reines, comme le disent les Sages : « La Michna est reine. »

הנה אמרז״ל [אמרו רבותינו זכרונם לברכה] כל הקורא ושונה הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] יושב ושונה כנגדו וכמ״ש המגיד להב״י [להבית יוסף] אני המשנה המדברת בפיך.

nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Quiconque lit et étudie, le Saint béni soit-Il s’assied et étudie en face de lui » ; et, comme le Maguid l’a dit au Beit Yossef : « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche. »

Explication

Les Sages ont enseigné : « Quiconque lit et étudie, le Saint béni soit-Il s’assied et étudie en face de lui », et le Maguid céleste a dit à Rabbi Yossef Karo, le Beit Yossef : « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche. » Lorsqu’un Juif étudie la Torah, D.ieu Lui-même étudie avec lui et parle par sa bouche.

Le paragraphe 24 en bref

La révélation de la lumière transcendante dans le monde inférieur, l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina, s’accomplit par l’étude de la Torah, à commencer par la Michna, la « reine », dans laquelle D.ieu Lui-même parle par la bouche de celui qui étudie.

Pour aller plus loin

Les paroles du Maguid rendent cette idée concrète : la Michna n’est pas seulement étudiée par une personne, elle parle par sa bouche. C’est ainsi que le maamar répondra à la question initiale concernant le mot « dire » (paragraphe 43).

Maré mekomot

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    מתניתא מלכתא · Beitzah 28b:14–15
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    כל הקורא ושונה · תדא״ר פי״ח. יל״ש איכה רמז תתרלד.
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    כל הקורא ושונה הקב״ה יושב ושונה כנגדו · Tanna DeBei Eliyahu Rabbah 18:1–2
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    כל הקורא ושונה הקב״ה יושב ושונה כנגדו · Yalkut Shimoni on Nach 1034
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    וכמ״ש המגיד להב״י אני המשנה המדברת · מגיד מישרים פ׳ ויקרא. ובכ״מ.

25וזהו מ״ש בכל מקום אשר אזכיר את שמי אבא אליך כו׳ דהל״ל [דהוה ליה למימר] תזכיר. אך הוא

Et c’est là le sens de ce qui est écrit : « En tout lieu où Je mentionnerai Mon Nom, Je viendrai vers toi », etc. Car il aurait fallu dire : « où tu mentionneras Mon Nom ». Mais il en est ainsi

Explication

Ce passage explique le verset : « En tout lieu où Je mentionnerai Mon Nom, Je viendrai vers toi. » On s’attendrait à lire : « où tu mentionneras Mon Nom », puisque c’est la personne qui le mentionne.

כמאמר דוד רוח ה׳ דיבר בי ומלתו על לשוני. שהדבור שהאדם מדבר בד״ת [בדברי תורה] הוא ממש דיבורו ית׳.

comme l’a dit David : « L’esprit de Havaya a parlé par moi, et Sa parole est sur ma langue » : la parole qu’une personne prononce dans les paroles de Torah est véritablement la parole de D.ieu, béni soit-Il.

Explication

La réponse se trouve dans les paroles du roi David : « L’esprit de Havaya a parlé par moi, et Sa parole est sur ma langue. » Lorsqu’une personne prononce des paroles de Torah, sa parole est véritablement celle de D.ieu.

היינו שה׳ מדבר בו ממש ע״י פיו של האדם וכמ״ש דוד המלך ע״ה [עליו השלום] אדני שפתי תפתח ופי יגיד תהלתך.

C’est-à-dire que D.ieu parle véritablement en lui, par la bouche de la personne ; ainsi que l’a écrit le roi David, de mémoire bénie : « Ado-nai, ouvre mes lèvres, et ma bouche proclamera Ta louange. »

Explication

D.ieu Lui-même parle par la bouche de la personne. C’est pourquoi David a dit : « Ado-nai, ouvre mes lèvres, et ma bouche proclamera Ta louange. »

כי הכל מאתו יתברך רק פי יגיד יגיד הוא לשון המשכה כמו נגד ונפק מן קדמוהי שהפה הוא רק הכלי שיומשך על ידו ויתגלה דבורו ית׳ וחכמתו ורצונו ממש

Car tout vient de Lui, béni soit-Il ; seulement, « ma bouche proclamera » — le terme proclamera, yagid, exprime une transmission vers le bas, comme dans « un fleuve de feu coulait et sortait de devant Lui », nagid. La bouche n’est que le réceptacle par lequel Sa parole, béni soit-Il, ainsi que Sa sagesse et Sa volonté mêmes, sont transmises vers le bas et révélées.

Explication

Tout vient de D.ieu ; « ma bouche proclamera » (yagid) signifie simplement une transmission vers le bas, comme nagid dans « un fleuve de feu coulait et sortait de devant Lui ». La bouche est le réceptacle par lequel la parole, la sagesse et la volonté de D.ieu sont transmises vers le bas et révélées.

כי באמת לית אתר פנוי מיניה ואתה מחיה את כולם ולך הוי׳ הגדולה כו׳ ואין עוד מלבדו ממש.

Car, en vérité, « aucun lieu n’est dépourvu de Lui », et « Tu donnes la vie à tous », et « À Toi, Havaya, la grandeur », etc., et « il n’y a rien d’autre que Lui », véritablement.

Explication

En vérité, « aucun lieu n’est dépourvu de Lui », « Tu donnes la vie à tous », « À Toi, Havaya, la grandeur » et « il n’y a rien d’autre que Lui ».

רק שהעולמות נראים ליש ודבר נפרד בפ״ע [בפני עצמו] לעינינו לבד מחמת ההסתרות ורבוי הצמצומים. אכן קמיה ית׳ שאין שייך שום צמצום והסתר לפניו הרי באמת אין ואפס זולתו ית׳ אחד האמת.

Seulement, les mondes apparaissent à nos seuls yeux comme une réalité existante, une entité séparée en soi, à cause des dissimulations et de la multiplicité des contractions (tsimtsoumim). Mais devant Lui, béni soit-Il, auquel aucune contraction ni dissimulation ne s’applique, il n’y a véritablement rien, néant, en dehors de Lui, béni soit-Il, l’Un véritable.

Explication

Les mondes ne nous apparaissent comme des réalités séparées qu’à cause des dissimulations et des contractions. Devant D.ieu, auquel aucune contraction ni dissimulation ne s’applique, il n’existe rien en dehors de Lui.

Le paragraphe 25 en bref

Le verset dit « où Je mentionnerai Mon Nom » parce que, lorsqu’un Juif prononce des paroles de Torah, c’est D.ieu qui parle par sa bouche ; la personne est le réceptacle de la parole même de D.ieu, puisque, en vérité, rien n’existe séparément de Lui.

Pour aller plus loin

Cette affirmation doit être prise au sens littéral, et non comme une figure de style : puisque la séparation du monde n’est qu’un produit de la dissimulation, la parole de Torah d’une personne, qui porte la sagesse et la volonté de D.ieu sans dissimulation, est la parole même de D.ieu.

Maré mekomot

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    בכל מקום אשר אזכיר את שמי · Exodus 20:21
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    רוח ה׳ דיבר בי ומלתו על לשוני · II Samuel 23:2
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    אד׳ שפתי תפתח · Psalms 51:17
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    יגיד הוא לשון המשכה · ראה גם לעיל ב, ג.
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    נגד ונפק מן קדמוהי · דניאל (ז, י). [כ].
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    נגד ונפק מן קדמוהי · Daniel 7:10
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    ואתה מחי׳ את כולם · Nehemiah 9:6
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    ואין עוד מלבדו · Deuteronomy 4:35
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    ולך הוי׳ הגדולה · I Chronicles 29:11

26והכל רק אלהותו ית׳ המהווה הכל והיש בטל לגמרי באמת. והלכך כשהאדם עוסק בתורה שהיא חכמתו ורצונו בלי הסתר פנים אזי גורם לאהפכא חשוכא לנהורא שמתבטלים הצמצומים וההסתרות ואז הוא גילוי האמת.

Et tout n’est que Sa divinité, béni soit-Il, qui fait exister toute chose, tandis que l’existence (yesh) est, en vérité, entièrement annulée. C’est pourquoi, lorsqu’une personne s’adonne à la Torah, qui est Sa sagesse et Sa volonté, sans aucune dissimulation de la Face, elle provoque la transformation des ténèbres en lumière : les contractions (tsimtsoumim) et les dissimulations sont annulées, et la vérité se révèle alors.

Explication

Tout n’est que la divinité de D.ieu qui le fait exister, et l’existence (yesh) est en vérité annulée. La Torah est la sagesse et la volonté de D.ieu sans dissimulation de Sa Face ; ainsi, lorsqu’une personne l’étudie, elle « transforme les ténèbres en lumière » : les contractions et les dissimulations disparaissent, et la vérité se révèle.

Le paragraphe 26 en bref

L’étude de la Torah écarte la dissimulation qui fait paraître le monde comme existant indépendamment de D.ieu, et transforme ainsi les ténèbres en lumière.

Pour aller plus loin

Dans la Torah, contrairement au monde, la sagesse et la volonté de D.ieu sont présentes sans dissimulation. Son étude en apporte donc la révélation à la personne qui la prononce, comme l’expliquent les paragraphes suivants.

Maré mekomot

  1. 1
    לאהפכא חשוכא לנהורא · Zohar, Introduction 9:48–10:56

27ונמצא שדיבור האדם בתורה הוא ממש דבר ה׳ הדובר בו חכמתו ורצונו וזהו אזכיר את שמי שמה שהאדם קורא ושונה הוא באמת בחינת אזכיר את שמי כמו שהשי״ת [שהשם יתברך] דיבר בו.

Il en résulte que la parole de l’homme dans la Torah est véritablement la parole de D.ieu, qui énonce en lui Sa sagesse et Sa volonté. Tel est le sens de « Je mentionne Mon Nom » : ce que l’homme lit et étudie relève véritablement de « Je mentionne Mon Nom », tout comme le Saint béni soit-Il a parlé en lui.

Explication

Ainsi, la parole de l’homme dans la Torah est véritablement celle de D.ieu, qui énonce en lui Sa sagesse et Sa volonté. C’est là « Je mentionne Mon Nom » : ce que l’homme lit et étudie, c’est D.ieu qui mentionne Son propre Nom, comme si D.ieu parlait en lui.

וזהו ענין מהפכין חשוכא לנהורא ומרירו למיתקא. פי׳ מרירו למיתקא הוא קאי על שבירת התאוה שיהפוך כל מדותיו ורצונותיו לה׳

Tel est le sens de « transformer l’obscurité en lumière et l’amertume en douceur ». L’expression « l’amertume en douceur » désigne le brisement du désir, par lequel il transforme tous ses attributs émotionnels (midot) et ses volontés en les tournant vers D.ieu ;

Explication

C’est ce que dit le Zohar : « transformer l’obscurité en lumière et l’amertume en douceur ». « L’amertume en douceur » désigne le brisement du désir, qui consiste à tourner vers D.ieu toutes ses émotions et ses volontés.

וחשוכא לנהורא הוא כשמחשבתו ודיבורו בתורה אז במקום החשך יאיר אור ה׳ להיות גילוי חכמתו ורצונו בדבור שמדבר האדם שהוא בחי׳ רוח ה׳ דיבר בי

et « l’obscurité en lumière » désigne le moment où sa pensée et sa parole sont dans la Torah : alors, à la place de l’obscurité, la lumière de D.ieu brille, et Sa sagesse et Sa volonté se révèlent dans la parole de l’homme, qui est le niveau de « L’esprit de Havaya a parlé à travers moi »,

Explication

« L’obscurité en lumière » désigne le moment où la pensée et la parole sont dans la Torah : à la place de l’obscurité, la lumière de D.ieu brille, et Sa sagesse et Sa volonté se révèlent dans la parole de l’homme. C’est là « L’esprit de Havaya a parlé à travers moi ».

כי אני המשנה המדברת בפיך כנ״ל ועי״ז מהפך ממש חשוכא כו׳ כי הוא כמלך הגוזר ואומר שיהיה כך וכך שדבר מלך שלטון להיות נעשה עי״ז כך וכך.

car « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche », comme expliqué plus haut. Par ce moyen, il transforme véritablement l’obscurité, etc. Il est semblable à un roi qui décrète et dit que telle ou telle chose sera : « la parole du roi fait autorité », si bien que telle ou telle chose advient par elle.

Explication

C’est « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche » ; par elle, l’homme transforme véritablement l’obscurité en lumière. Il est semblable à un roi dont le décret s’accomplit, car « la parole du roi fait autorité ».

כך כשעוסק בתורה ואומר מותר עד״מ [על דרך משל] הוא בחי׳ חסד שמתיר את הדבר שהי׳ [שהיה] קשור בידי החיצונים שנפל לשם ע״י שבה״כ [שבירת הכלים] וכעת הוא מתיר

De même, lorsqu’on s’adonne à la Torah et que l’on dit, par exemple, « permis » (moutar), cela relève de 'Hessed (bonté) : il libère (matir) la chose qui était liée aux mains des forces extérieures, où elle était tombée à la suite du brisement des réceptacles ; et maintenant, il la libère

Explication

Lorsqu’une personne qui étudie la Torah statue qu’une chose est « permise » (moutar), cela relève de 'Hessed. Elle libère (matir) une chose qui était liée aux mains des forces extérieures, où elle était tombée à la suite du brisement des réceptacles, événement primordial par lequel des étincelles de sainteté sont tombées dans le domaine de la kelipa.

אותו שיתהפך מחשוכא לנהורא ויוכ לל באל קות ע״י שיאכל את הבשר היתר ויעבוד את ה׳ בכחו זה ועי״ז יתבטל ויתכלל למעלה באלקות.

afin qu’elle passe de l’obscurité à la lumière et soit incluse dans la divinité : cela se réalise lorsque [l’homme] mange la viande permise et sert D.ieu grâce à la force qu’il en tire ; ainsi, elle sera annulée et incluse en haut dans la divinité.

Explication

Une fois libérée, elle peut passer de l’obscurité à la lumière et être incluse dans la divinité. Lorsque l’homme mange de la viande permise et sert D.ieu grâce à la force qu’elle lui procure, elle est annulée et incluse en haut dans la divinité.

Le paragraphe 27 en bref

Puisque la parole de l’homme dans la Torah est la parole même de D.ieu, elle possède l’autorité d’un roi : statuer qu’une chose est « permise » la libère des forces extérieures ; lorsqu’elle est alors mise au service de D.ieu, elle s’élève et s’inclut dans la divinité.

Pour aller plus loin

Le jeu de mots entre moutar et matir, « permis » et « libérer », fait de la décision halakhique elle-même l’acte qui libère l’étincelle. À l’image d’un décret royal, cette décision ne se contente pas de décrire la chose : elle détermine ce qu’elle devient.

Maré mekomot

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    רוח ה׳ דיבר בי · II Samuel 23:2
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    מהפכין חשוכא לנהורא · Zohar I, 4a
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    שדבר מלך שלטון · קהלת (ח, ד). [כ].
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    שדבר מלך שלטון · Ecclesiastes 8:4

28וכשפוסק אסור הוא מצד הגבורה שמאל דוחה שלא יוכל המאכל לעלות ולהבטל וליכלל באין ועד״ז [ועל דרך זה] אמרו מאן מלכי רבנן

Et lorsqu’il statue « interdit » (assour), cela relève de la Guevoura (retenue), du « côté gauche qui repousse », afin que l’aliment ne puisse pas s’élever, s’annuler et s’inclure dans le Ayin (Néant). C’est dans ce sens qu’ils ont dit : « Qui sont les rois ? Les Rabbins. »

Explication

Lorsqu’il statue qu’une chose est « interdite » (assour), cela relève de la Guevoura, du « côté gauche qui repousse » : l’aliment ne peut s’élever, s’annuler et s’inclure dans le Ayin divin, le Néant. C’est dans le même sens que les Sages ont dit : « Qui sont les rois ? Les Rabbins. »

היינו שעל ידי דיבורם בתורה הרי גורמים וגוזרים עליית הניצוצים שנפלו בשבה״כ [בשבירת הכלים] שיתהפכו מחשוכא לנהורא או להפך וזהו מבחי׳ חו״ג [חסד וגבורה]

C’est-à-dire que, par leur parole dans la Torah, ils provoquent et décrètent l’élévation des étincelles tombées lors du brisement des réceptacles, afin qu’elles soient transformées des ténèbres en lumière, ou inversement. Cela relève du niveau de 'Hessed et de Guevoura.

Explication

Par leur parole dans la Torah, les Sages provoquent et décrètent l’élévation des étincelles tombées lors du brisement des réceptacles, les transformant des ténèbres en lumière, ou inversement. Leurs décisions relèvent de 'Hessed et de Guevoura.

כי מצד החסד מים יורדים מגבוה לנמוך שמתפשט החסד למטה חסד דרועא ימינא מתיר את הדבר שיוכל ליכלל באחד כי ימין מקרבת ומצד הגבורה שמאל דוחה כו׳

Car, du côté de 'Hessed — l’eau descend d’un lieu élevé vers un lieu bas —, 'Hessed se répand vers le bas : 'Hessed, « le bras droit », libère la chose afin qu’elle puisse s’inclure dans l’Un, car « la droite rapproche » ; et du côté de la Guevoura, « le côté gauche repousse », etc.

Explication

Comme l’eau qui coule d’un lieu élevé vers un lieu bas, 'Hessed se répand vers le bas : 'Hessed, « le bras droit », libère une chose afin qu’elle puisse s’inclure dans l’Un, car « la droite rapproche ». La Guevoura, « le côté gauche », repousse.

וכ״ז [וכל זה] הוא על ידי החכמה שמתלבשת בהמדות ובחכמה אתברירו דאורייתא מחכמה נפקת ומה שראוי ע״פ החכמה שיכול לעלות באחד נמשך עי״ז מדת החסד להתיר

Tout cela se fait par la 'Hokhma (sagesse), qui s’habille dans les attributs émotionnels (midot) ; et « c’est par la 'Hokhma qu’ils sont affinés », car « la Torah émane de la 'Hokhma ». Tout ce qui, selon la 'Hokhma, peut s’élever dans l’Un attire ainsi l’attribut de 'Hessed, qui le rend permis ;

Explication

Tout cela passe par la 'Hokhma, qui s’habille dans les attributs émotionnels : les choses sont affinées par la 'Hokhma, et la Torah émane de la 'Hokhma. Ce que la 'Hokhma juge apte à s’élever vers l’Un attire le 'Hessed, qui le rend permis.

וכן להיפך נמשך מדת הגבורה והכל ע״י חכמתו ורצונו ומ״ש ששים המה מלכות הוא נגד ששה מדות וכל אחד כלול מעשר כנודע

et, inversement, l’attribut de la Guevoura est attiré ; tout cela se fait par Sa sagesse et Sa volonté. Quant à ce qui est écrit : « Soixante reines », cela correspond aux six attributs, dont chacun comprend dix éléments, comme on le sait.

Explication

Dans le cas inverse, la Guevoura est attirée afin de déclarer la chose interdite, le tout par la sagesse et la volonté de D.ieu. Les « soixante reines » correspondent aux six attributs émotionnels, dont chacun en comprend dix.

(וע׳ [ועיין] בזהר פ׳ שמות י״ד ב׳ ובמק״מ [ובמקדש מלך] שם בשם הרח״ו [הרבי חיים ויטאל] ז״ל [זכרונו לברכה / זכרונם לברכה] בפי׳ ששים המה מלכות)

(Voir le Zohar, Parachath Chemot, 14b, et le Mikdach Mélekh à cet endroit, au nom de Rabbi ‘Haïm Vital, que sa mémoire soit bénie, dans son explication de « Soixante reines ».)

Explication

Entre parenthèses, l’Admour Hazakène renvoie au Zohar sur Parachath Chemot (14b), qui commente « Soixante reines », ainsi qu’au commentaire Mikdach Mélekh à cet endroit, qui explique le verset au nom de Rabbi ‘Haïm Vital.

והכח הזה בדבור האדם בתורה הוא לפי שדיבורו הוא ממש דבר ה׳ וכמ״ש ואשים דברי בפיך וכנ״ל.

Et ce pouvoir de la parole d’un homme dans la Torah tient au fait que sa parole est véritablement la parole de D.ieu, comme il est écrit : « J’ai placé Mes paroles dans ta bouche », ainsi qu’il a été dit plus haut.

Explication

La parole d’un homme dans la Torah possède ce pouvoir parce qu’elle est véritablement la parole de D.ieu, comme dans le verset : « J’ai placé Mes paroles dans ta bouche. »

וזהו יחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] ושכינתיה כי שכינתיה הוא בחי׳ ההארה שנמשך ממנו ית׳ להיות שוכן בתחתונים בבחי׳ ממכ״ע [ממלא כל עלמין] וע״י לימוד התורה נמשך להיות יחוד וגילוי אור ה׳ הסוכ״ע [הסובב כל עלמין] שהוא בחי׳ קדוש ומובדל

C’est là l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina. Car Sa Chekhina est le niveau de l’émanation qui est attirée de Lui, béni soit-Il, pour résider dans les mondes inférieurs, sous la forme de la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin) ; et, par l’étude de la Torah, sont attirées une union et une révélation de la lumière de D.ieu qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), laquelle relève du niveau de « saint et séparé » :

Explication

C’est là l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina. La Chekhina est l’émanation qui réside dans les mondes inférieurs sous la forme de memalé kol almin ; l’étude de la Torah y attire une révélation de sovev kol almin, le niveau de ce qui est « saint et séparé ».

הנה הוא נמשך ומתגלה למטה בשכינתיה היינו בבחי׳ ההארה מה ששכון בתחתונים שם נגלה אור ה׳ הסוכ״ע [הסובב כל עלמין] ממש והיינו מטעם הנ״ל שבשעה שהאדם קורא ושונה הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] קורא ושונה כנגדו.

Il est attiré vers le bas et révélé ici-bas dans Sa Chekhina. C’est-à-dire au niveau de l’émanation qui réside dans les mondes inférieurs : là se révèle la lumière même de D.ieu qui entoure tous les mondes (sovev kol almin). Cela s’explique par la raison mentionnée plus haut : lorsque l’homme lit et étudie, le Saint béni soit-Il lit et étudie face à lui.

Explication

Cette lumière transcendante se révèle ici-bas dans la Chekhina, l’émanation qui réside dans les mondes inférieurs. Cela se produit parce que, lorsqu’un homme lit et étudie, le Saint béni soit-Il lit et étudie face à lui.

אזכיר את שמי כמו שהקב״ה [שהקדוש ברוך הוא] בעצמו אומר הדין בפיו כי אני המשנה המדברת בפיך א״כ [אם כן] היינו ממש גילוי בחי׳ אור א״ס [אין סוף] הסוכ״ע [הסובב כל עלמין] בשכינתיה ונק׳ יחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] ושכינתיה וזהו ענין מהפכין חשוכא לנהורא:

« Je mentionne Mon Nom » : c’est comme si le Saint béni soit-Il Lui-même énonçait la loi dans sa bouche, car « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche ». Dès lors, c’est véritablement la révélation du niveau de la Lumière infinie (Or Ein Sof), la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), dans Sa Chekhina ; on appelle cela l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina. Et c’est là le sens de « transformer l’obscurité en lumière ».

Explication

C’est cela, « Je mentionne Mon Nom » : c’est comme si D.ieu Lui-même énonçait la loi dans la bouche de l’homme : « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche ». La révélation de la Lumière infinie du sovev dans la Chekhina est l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina ; c’est là transformer l’obscurité en lumière.

Le paragraphe 28 en bref

Les décisions de la Torah, qu’elles déclarent une chose permise ou interdite, expriment 'Hessed et Guevoura sous la direction de la 'Hokhma, et déterminent le sort des étincelles tombées ; c’est pourquoi les Sages sont appelés rois et les Michnayot, « soixante reines ». Par cette étude, la lumière transcendante se révèle dans la Chekhina : c’est l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina.

Pour aller plus loin

Le nombre soixante est interprété comme désignant les six attributs émotionnels, dont chacun en comprend dix. Selon la note de Kehot, Or HaTorah rapporte l’explication de Rabbi ‘Haïm Vital selon laquelle les soixante reines sont les six palais de Béria ; le Tséma’h Tsédek ajoute que l’étude de la Michna attire Tiferet, qui comprend les six attributs, dans Mal'hout, et que la révélation atteint ainsi les six palais de Béria.

Maré mekomot

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    מאן מלכי רבנן · Gittin 62a:14
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    ששים המה מלכות · Zohar, Shemot 25:240–26:249
  3. 3
    בזהר פ׳ שמות . . ובמק״מ · ראה אוה״ת שה״ש כרך ב ע׳ תקעו ואילך. ובאוה״ת פ׳ שמות ע׳ יז מביא הזהר והמק״מ ומציין: ”ושם הביאו ג״כ פסוק ששים המה מלכות ופי׳ הרח״ו שהם ו׳ היכלות דבריאה ונ׳ לפרש . . שע״י לימוד ש״ס משנה ממשיכים יחוד ו״ה שממשיכים הו׳ שהוא ת״ת הכולל ו״ק שיהי׳ נמשך בבחי׳ מל׳ שהו״ע הקול קול יעקב כמ״ש בד״ה וישב יעקב, ומזה נמשך ג״כ הגילוי בו׳ היכלות דבריאה” ע״ש.
  4. 4
    ואשים דברים בפיך · Isaiah 51:16

Concubines et jeunes filles ¶29–35

29ושמנים פילגשים אלו ברייתות. הנה הענין הברייתא היא לבאר המשנה בפרטיות יותר כדי שיובן גם לתלמידים שאינן גדולים כל כך

« Et quatre-vingts concubines » : ce sont les Baraïtot. Voici de quoi il s’agit : la Baraïta sert à expliquer la Michna de façon plus détaillée, afin qu’elle puisse être comprise également par des élèves qui ne sont pas aussi grands.

Explication

Le maamar aborde la deuxième expression du verset : les « quatre-vingts concubines » sont les Baraïtot. Une Baraïta explicite la Michna plus en détail, afin que des élèves qui ne sont pas aussi grands puissent eux aussi la comprendre.

כי לחכמים גדולים היה די במשנה לחוד שבאמת נרמז במשנה כל פרטי הדינים שבברייתא כמאמר אילפא מי איכא מידי בברייתא דלא פשיטנא ליה ממתניתין כו׳

Car, pour de grands sages, la Michna seule aurait suffi, puisque, en vérité, tous les détails des lois contenus dans la Baraïta sont suggérés dans la Michna, comme l’énonce Ilfa : « Y a-t-il quelque chose dans une Baraïta que je ne puisse résoudre à partir de notre Michna ? » etc.

Explication

Les grands sages n’avaient besoin que de la Michna, puisque chaque détail des lois figurant dans une Baraïta y est suggéré. Ilfa déclara donc qu’il n’y avait rien dans une Baraïta qu’il ne puisse résoudre à partir de la Michna.

רק היינו אילפא דוקא שהיה חכם גדול יוכל להבין ברמז ושמו מעיד עליו לשון אאלפך חכמה.

Mais cela ne concernait précisément qu’Ilfa, qui était un grand sage et pouvait comprendre à partir d’une allusion ; son nom en témoigne, car il évoque l’expression « Je t’enseignerai (a’alefkha) la sagesse ».

Explication

Seul un grand sage comme Ilfa pouvait comprendre à partir d’une allusion, et son nom l’indique : Ilfa rappelle a’alefkha, « Je t’enseignerai la sagesse ».

אבל שאר תלמידים לא יבינו כלל וכ״ש [וכל שכן] כשנתמעטו הלבבות לכן הוצרכו לבאר המשנה בפרטיות יותר ועד״מ [ועל דרך משל] בהשפעה מרב לתלמיד שכדי שיבין התלמיד צריך

Mais les autres élèves ne comprendraient pas du tout, et à plus forte raison lorsque les cœurs se sont amoindris. Il fallut donc expliquer la Michna de façon plus détaillée. C’est comparable, par exemple, à la transmission d’un maître à un élève : pour que l’élève comprenne, le maître doit

Explication

Les autres élèves ne comprendraient pas du tout, à plus forte raison lorsque les cœurs se sont amoindris au fil des générations ; il fallut donc expliquer la Michna de façon plus détaillée. La transmission d’un maître à un élève en fournit un exemple.

הרה לשישת עצות בנפשו איך להשפיע לו שיוכל לקבל וציך לומר לו פסקי פסקי ולקצר ולהעלים עומק המושכל עד שיהיה ביכולת המקבל להכיל ההשפעה.

« disposer des conseils en son âme » quant à la manière de lui transmettre l’enseignement afin qu’il puisse le recevoir ; il doit lui exposer les choses morceau par morceau, abréger et dissimuler la profondeur du concept, jusqu’à ce que le récepteur soit en mesure de contenir ce qui lui est transmis.

Explication

Le maître doit « disposer des conseils en son âme » quant à la manière de transmettre l’enseignement afin que l’élève puisse le recevoir. Il expose l’idée morceau par morceau, l’abrège et en dissimule la profondeur, jusqu’à ce que l’élève soit en mesure de la contenir.

Le paragraphe 29 en bref

La Baraïta est destinée aux élèves moins avancés : ce que les grands sages percevaient comme suggéré dans la Michna devait être explicité, tout comme un maître doit limiter et dissimuler ses idées pour qu’un élève puisse les recevoir.

Pour aller plus loin

Comme le cite la note de Kehot, Or HaTorah compare la Michna et la Baraïta à une formulation générale et à ses détails : une personne éminente n’a pas besoin que les détails soient explicités. Ces détails constituent un aménagement en faveur du récepteur et, comme l’indique le paragraphe suivant, impliquent une dissimulation de la lumière.

Maré mekomot

  1. 1
    ושמנים פלגשים אלו ברייתות · לקטע זה ראה אוה״ת פ׳ שמות ע׳ יח ואילך.
  2. 2
    כמאמר אילפא מי איכא מידי · Taanit 21a:3–4
  3. 3
    אאלפך חכמה · Job 33:33
  4. 4
    עצות בנפשו · Psalms 13:3

30וזהו לשון ברייתא דהיינו לשון חוץ הוא ההשפעה לזולתו לבר מגופא. וע״כ [ועל כן] אין הגילוי אור א״ס [אין סוף] כ״כ [כל כך] בדיני הברייתא

Et voici [le sens de] l’appellation Baraita : elle désigne ce qui est « extérieur », c’est-à-dire la transmission à autrui, « en dehors du corps ». C’est pourquoi la révélation de la Lumière infinie (Or Ein Sof) n’est pas aussi grande dans les lois de la Baraita

Explication

Le mot Baraita signifie « extérieur » : il s’agit d’un enseignement transmis à autrui, « en dehors du corps ». Ainsi, la Lumière infinie est moins révélée dans les lois de la Baraita.

כמו בהמשנה שהוא גילוי אור א״ס [אין סוף] ממש. אבל בהברייתא הוא בהסתר קצת כנ״ל במשל שההשפעה למקבל צ״ל [צריך להיות / צריך לומר / צריך להבין] ע״י הסתר והעלם.

que dans la Michna, où la Lumière infinie elle-même est révélée. Mais dans la Baraita, elle est quelque peu dissimulée, comme [cela a été expliqué] plus haut dans l’analogie : pour transmettre à un récepteur, il faut passer par la dissimulation et le voilement.

Explication

Dans la Michna, la Lumière infinie elle-même est révélée ; dans la Baraita, elle est quelque peu dissimulée. Cela correspond à l’analogie du maître, qui doit dissimuler et voiler son enseignement pour le transmettre.

Le paragraphe 30 en bref

Le nom Baraita, « extérieur », décrit la Torah transmise à autrui ; cette transmission exige une dissimulation. C’est pourquoi la Lumière infinie rayonne moins ouvertement dans la Baraita que dans la Michna.

Pour aller plus loin

Dans l’analogie, la Michna représente la sagesse telle qu’elle se trouve chez le maître, tandis que la Baraita représente cette sagesse adaptée à un récepteur. Cette adaptation constitue une contraction, qui entraîne une dissimulation.

31וכן אנו רואים ג״כ בחוש שהטעמים של דיני המשנה נגלים ומבוארים יותר מטעמים של הדינים שבברייתות כגון ע״ד [על דרך] דוגמא דין המשנה סוכה שהיא גבוה למעלה מעשרים אמה פסולה יכולים למצוא הטעם של דין זה.

Ainsi, nous constatons également de manière tangible que les raisons des lois de la Michna sont plus manifestes et mieux expliquées que celles des lois des Baraïtot. À titre d’exemple, on peut trouver la raison de cette loi de la Michna : « Une soukka dont la hauteur dépasse vingt coudées est invalide. »

Explication

L’expérience le confirme : les raisons des lois de la Michna sont plus apparentes que celles des Baraïtot. Par exemple, on peut trouver la raison de la loi de la Michna selon laquelle « une soukka dont la hauteur dépasse vingt coudées est invalide ».

משא״כ סוכת גנב״ך ורקב״ש א״א [אי אפשר] למצוא כל כך הטעם של דין זה. ולפיכך נק׳ המשנה מלכתא והברייתא פלגש.

Il n’en va pas de même pour les soukkot de « GaNBaKh » et de « RaKBaSh » : on ne peut pas trouver la raison de cette loi dans la même mesure. C’est pourquoi la Michna est appelée « reine » et la Baraïta, « concubine ».

Explication

Pour les soukkot de GaNBaKh et de RaKBaSh mentionnées dans la Baraïta, on ne peut pas trouver la raison de la loi dans la même mesure. Aussi la Michna est-elle appelée « reine » et la Baraïta, « concubine ».

כי עד״מ [על דרך משל] המלך עם המלכה הם דרים תדיר יחד משא״כ עם פלגשו הולך אליה בצנעה ולא בגילוי גם היחוד אינו בתדירא רק באקראי.

Car, à titre de comparaison, le roi et la reine vivent constamment ensemble, tandis que le roi se rend auprès de sa concubine discrètement et non au grand jour ; leur union n’est pas non plus constante, mais seulement occasionnelle.

Explication

Dans cette comparaison, le roi et la reine vivent constamment ensemble, tandis que le roi se rend auprès de sa concubine discrètement, non au grand jour, et seulement de manière occasionnelle.

כמ״כ [כמו כן] במשנה אור א״ס [אין סוף] מאיר שם בחינת גילוי ובתדירא כידוע שהתגלות אור א״ס [אין סוף] הוא בחכמה (ועמ״ש סד״ה מה טובו וסד״ה ביאור ע״פ וכל בניך למודי) לפיכך נק׳ מתניתין מלכתא.

De même, dans la Michna, la Lumière infinie (Or Ein Sof) brille selon un mode de révélation et de façon constante, car, comme on le sait, la révélation de la Lumière infinie se fait dans 'Hokhma (sagesse) (voir aussi ce qui est écrit à la fin du discours commençant par « Que tes demeures sont belles », ainsi qu’à la fin du discours « Explication du verset : “Et tous tes enfants seront instruits par D.ieu” ») ; c’est pourquoi la Michna est appelée « reine ».

Explication

De même, la Lumière infinie brille ouvertement et constamment dans la Michna, car elle se révèle dans 'Hokhma ; c’est pourquoi la Michna est appelée « reine ». Entre parenthèses, l’Alter Rebbe renvoie à la fin du discours « Que tes demeures sont belles » et à la fin du discours expliquant le verset « Et tous tes enfants seront instruits par D.ieu ».

אבל ברייתא היא בחינת השפעה דלבר מגופא שם אין הגילוי כ״כ [כל כך] רק ע״י הסתר ולבוש וצנעא ע״כ [על כן] נקרא פלגשים שהיחוד בצנעא ובאקראי

Mais la Baraïta est le niveau d’une transmission qui se situe « hors du corps » ; là, la révélation est moins grande et ne s’effectue qu’au moyen d’une dissimulation, d’un vêtement et dans la discrétion. C’est pourquoi les Baraïtot sont appelées « concubines », car l’union a lieu dans la discrétion et de manière occasionnelle.

Explication

La Baraïta enseigne ce qui se situe « hors du corps », où la révélation est moindre et ne se produit qu’au moyen d’une dissimulation, d’un vêtement et dans la discrétion. Les Baraïtot sont donc appelées « concubines », car l’union avec elles a lieu dans la discrétion et de manière occasionnelle.

(ועמ״ש עוד מזה מזה בפ׳ שמות בדבור המתחיל ואלה שמות ובד״ה קול דודי ובפ׳ חיי שרה בד״ה ויצא יצחק לשוח בשדה):

(Voir aussi ce qui est écrit à ce sujet dans la paracha de Chemot, dans le discours commençant par « Voici les noms », ainsi que dans le discours commençant par « La voix de mon bien-aimé », et dans la paracha de 'Hayé Sarah, dans le discours commençant par « Its'hak sortit pour méditer dans les champs ».)

Explication

L’Alter Rebbe renvoie à d’autres développements dans la paracha de Chemot, dans les discours « Voici les noms » et « La voix de mon bien-aimé », ainsi que dans la paracha de 'Hayé Sarah, dans le discours « Its'hak sortit pour méditer dans les champs ».

Le paragraphe 31 en bref

Les raisons des lois de la Michna sont plus accessibles que celles des Baraïtot ; la Michna est donc la « reine », unie à la Lumière infinie ouvertement et constamment, tandis que la Baraïta est la « concubine », unie à elle seulement dans la discrétion et de manière occasionnelle.

Pour aller plus loin

La note de Kehot montre que le Tséma'h Tsédek, dans Or HaTorah, rattache l’image du roi avec son épouse et sa concubine à Vayikra Rabbah, où les visites au grand jour et en secret représentent une révélation manifeste et une révélation cachée.

Maré mekomot

  1. 1
    סוכה שהיא גבוה למעלה מעשרים אמה פסולה · Sukkah 2a:1–3
  2. 2
    סוכת גנב״ך ורקב״ש · Sukkah 8b:8–10
  3. 3
    נק׳ המשנה מלכתא · Ketubot 73b
  4. 4
    עד״מ המלך עם המלכה . . משא״כ עם פלגש · באוה״ת פ׳ שמות ע׳ יח מציין הצ״צ לרבות פ׳ ויקרא פ״א: ”משל למלך שהי׳ לו אשה ופלגש כשהוא הולך אצל אשתו הוא הולך בפרהסיא וכשהוא הולך אצל פלגשו הוא הולך במטמונים”.
  5. 5
    עם פלגשו הולך אליה בצנעה ולא בגילוי · Vayikra Rabbah 1:13
  6. 6
    נק׳ מתניתין מלכתא · Beitzah 28b:14–15

32ד ועלמות אין מספר הם הלכות שבגמרא ומימרות האמוראים ונקרא עלמות לשון העלם. בתולה ואיש לא ידעה שלא היה עדיין עמה יחוד כלל.

4. « Et les jeunes filles (alamos) sans nombre » désignent les halakhot de la Guemara et les propos des Amoraïm. Elles sont appelées alamos, terme lié à he’elem (dissimulation) : « une vierge qu’aucun homme n’avait connue », avec laquelle il n’y avait encore eu aucune union.

Explication

La section 4 commence. Les « jeunes filles sans nombre » désignent les halakhot de la Guemara et les propos des Amoraïm. Elles sont appelées alamos, de he’elem, la dissimulation, comme « une vierge qu’aucun homme n’avait connue », avec laquelle il n’y a eu aucune union.

והענין כי התלמוד עיקרו להבין הטעמים והטעמים הם באמת בבחינת העלם שאין יכולים לעמוד על שרשו של הטעם ועיקרו שלא יכול כלל לבא בהתגלות למטה (רק לעתיד יתגלו טעמי תורה).

Voici l’explication : l’essentiel du Talmud consiste à comprendre les raisons, et celles-ci sont en vérité dans un état de dissimulation ; on ne peut saisir la racine et l’essence de la raison, qui ne peut en aucune façon se révéler ici-bas (ce n’est que dans les temps futurs que les raisons de la Torah seront révélées).

Explication

Le Talmud s’attache principalement à comprendre les raisons des lois, et celles-ci sont en vérité dissimulées : leur racine ne peut être saisie ni révélée ici-bas. Ce n’est que dans les temps futurs que les raisons de la Torah seront révélées.

ואף שבגמרא מפרש הטעם מ״מ [מכל מקום] בעיון ובעמקות לא בא הטעם בהשגה כגון ע״ד [על דרך] דוגמא קיי״ל [קיימא לן] כסות לילה פטור מציצית מדכתיב וראיתם אותו פרט לכסות לילה וכסות סומא חייב בציצית שישנו בראיה אצל אחרים.

Et bien que la Guemara explique la raison, celle-ci, lorsqu’on l’étudie avec une profonde réflexion, n’est pourtant pas saisissable. Par exemple, nous retenons qu’un vêtement de nuit est exempt de tsitsit, puisqu’il est écrit : « Et vous le verrez », ce qui exclut un vêtement de nuit ; tandis que le vêtement d’un aveugle est soumis à l’obligation des tsitsit, puisqu’il peut être vu par d’autres.

Explication

La Guemara donne bien des raisons, mais celles-ci ne sont pas saisissables au terme d’une réflexion approfondie. Par exemple, un vêtement de nuit est exempt de tsitsit en vertu de « et vous le verrez », tandis que le vêtement d’un aveugle est soumis à l’obligation, car d’autres peuvent le voir.

והנה באמת אם באנו לפסוק רק מצד השכל הנה אדרבה לפי שכלו יותר היה ראוי לחייב כסות לילה

Or, en vérité, si nous devions statuer d’après la seule raison, alors, au contraire, la raison ferait plutôt conclure qu’il conviendrait d’assujettir un vêtement de nuit à l’obligation

Explication

D’après la seule raison, on assujettirait plutôt le vêtement de nuit à l’obligation.

(שישנו בראיה אצלו ע״י הנר משא״כ סומא אינו רואה כלל. אלא שע״פ חכמת התורה נתחייב כסות מפני שישנו בראיה אצל אחרים אף שהוא אינו רואה כלל.

(car il peut être vu par celui qui le porte à la lumière d’une lampe, tandis qu’un aveugle ne voit absolument rien. Cependant, selon la sagesse de la Torah, le vêtement [d’un aveugle] est soumis à l’obligation parce qu’il peut être vu par d’autres, bien que lui-même ne voie absolument rien.

Explication

Celui qui porte un vêtement de nuit peut le voir à la lumière d’une lampe, tandis qu’un aveugle ne voit absolument rien. Pourtant, selon la sagesse de la Torah, le vêtement d’un aveugle est soumis à l’obligation parce que d’autres peuvent le voir.

וא״כ [ואם כן] זה שנתפוס טעם זה לעיקר היינו מה שישנו בראיה אצל אחרים יותר ממה שכסות לילה נראה ע״י אור הנר לא בא כלל בהתגלות למטה) לכך

Ainsi, le fait que nous retenions comme raison principale qu’il peut être vu par d’autres, plutôt que le fait qu’un vêtement de nuit est visible à la lumière d’une lampe, ne s’est aucunement révélé ici-bas.) C’est pourquoi

Explication

La raison pour laquelle la Torah retient comme critère décisif le fait d’être vu par d’autres, plutôt que la visibilité du vêtement de nuit à la lumière d’une lampe, ne s’est pas révélée ici-bas. Voilà ce que montre cet exemple.

הנה אף שאנו יכולים ללמוד התלמוד בעמקות כגון להעמיק אח״כ [אחר כך] מהו כסות לילה מ״מ [מכל מקום] עצם שרש הטעם דכסות לילה פטור הוא בבחי׳ העלם מאתנו.

bien que nous puissions étudier le Talmud en profondeur — en examinant, par exemple, ce qui constitue un vêtement de nuit —, la racine même de la raison pour laquelle un vêtement de nuit est exempt demeure néanmoins dissimulée à nos yeux.

Explication

Nous pouvons étudier le Talmud en profondeur, par exemple en analysant ce qui constitue un vêtement de nuit. Pourtant, la racine même de la raison pour laquelle un vêtement de nuit est exempt nous demeure cachée.

כי הטעם שבא בתלמוד הוא רק דרך כלל מדכתיב וראיתם אותו פרט כו׳ אבל לא בא בהתגלות כל פרטי עני ני הטעם בעמקות

Car la raison donnée dans le Talmud ne l’est que de manière générale : « puisqu’il est écrit : “Et vous le verrez”, ce qui exclut », etc. ; mais tous les aspects particuliers de la raison, dans leur profondeur, ne se sont pas révélés

Explication

La raison donnée par le Talmud — « puisqu’il est écrit : “Et vous le verrez”, ce qui exclut un vêtement de nuit » — n’est formulée que de manière générale. Les aspects particuliers de cette raison, dans leur profondeur, ne se sont pas révélés.

(מדוע לא נתמעט כסות סומא כנ״ל) כי זה אינו יכול לבא כלל בהתגלות בעולמות וכמ״ש מאד עמקו מחשבותיך.

(pourquoi le vêtement d’un aveugle ne fut pas exclu, comme mentionné plus haut) ; car cela ne peut en aucun cas venir à se révéler dans les mondes, comme il est écrit : « Tes pensées sont très profondes. »

Explication

L’un de ces aspects est la raison pour laquelle le vêtement de l’aveugle ne fut pas exclu. Une telle profondeur ne peut en aucun cas se révéler dans les mondes, comme il est écrit : « Tes pensées sont très profondes. »

ואף שבהשתלשלות נמשך ונשתלשל איזו השגה עד שיוכל האדם להשיג הטעם של המשנה וא״כ [ואם כן] לכאורה איך שייך ע״ז [על זה] מאד עמקו כו׳

Et bien que, dans l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), une certaine compréhension ait été attirée et soit descendue, de sorte qu’un homme puisse saisir la raison de la Michna — et, dans ce cas, à première vue, comment l’expression « très profondes », etc., peut-elle s’appliquer à cela ? —

Explication

On pourrait objecter que, par l’enchaînement descendant des mondes, une certaine compréhension est descendue, de sorte qu’un homme puisse saisir la raison d’une Michna. Comment, dès lors, l’expression « très profondes » peut-elle s’appliquer ?

אבל באמת אדרבה מה שנשתלשל יותר למטה הנה שרשו ממקום גבוה יותר. ולכן גם כשנשתלשל למטה מ״מ [מכל מקום] אינו יכול להתגלות עומק המושג.

Mais, en vérité, c’est au contraire : plus une chose est descendue bas, plus sa racine se trouve en un lieu élevé. Par conséquent, même après être descendue, la profondeur du concept ne peut néanmoins se révéler.

Explication

La réponse est inverse : ce qui est descendu plus bas a sa racine en un lieu plus élevé. Ainsi, même après sa descente, la profondeur de l’idée ne peut se révéler.

ולכן נקראו המימרות עלמות לשון עלמה בתולה ואיש לא ידעה שלא קיבלה עדיין טפת דכר שלא בא התגלות הטעם ועומקו למטה רק נשאר בהעלם

C’est pourquoi les propos [des Amoraïm] sont appelés alamos, terme apparenté à almah (jeune fille) : « une vierge qu’aucun homme n’avait connue », qui n’a pas encore reçu la goutte du mâle ; car la raison et sa profondeur ne se sont pas révélées en bas, mais demeurent cachées.

Explication

Voilà pourquoi les propos des Amoraïm sont appelés alamos, « jeunes filles » : comme « une vierge qu’aucun homme n’avait connue », qui n’a pas encore reçu la goutte du mâle. La raison et sa profondeur ne se sont pas révélées en bas et demeurent cachées.

(וע׳ [ועיין] עוד מענין ועלמות אין מספר בפ׳ פנחס דרט״ז סע״א [סוף עמוד א] ובת״ז [ובתיקוני זהר] תיקון כ״א וע׳ [ועיין] עוד בפ׳ ויצא דקנ״ט ע״א ובפ׳ פקודי דרכ״ז סע״ב [סוף עמוד ב])

(Voir aussi, à propos de « Et des jeunes filles sans nombre », dans [le Zohar,] Parachat Pin’has, fin de 216a, et dans le Tikounei Zohar, Tikoun 21 ; voir également Parachat Vayetse, 159a, et Parachat Pekoudei, fin de 227b.)

Explication

Cette parenthèse renvoie au Zohar à propos de « jeunes filles sans nombre » dans Parachat Pin’has (fin de 216a), au Tikounei Zohar (Tikoun 21), à Parachat Vayetse (159a) et à Parachat Pekoudei (fin de 227b).

והנה בזה יובן ענין מעלת עסק ההלכה בעיון ועומק הדעת ועי״ז מוציא דין חדש או שעומד על טעם של איזה דין שהיה נעלם תחלה.

À présent, on comprendra par là la supériorité de l’étude de la halakha avec réflexion et profondeur de l’esprit : elle permet de faire émerger une loi nouvelle, ou de saisir la raison d’une loi qui était auparavant cachée.

Explication

Cela explique la valeur particulière de l’étude de la halakha menée avec profondeur d’esprit : elle permet de faire émerger une loi nouvelle ou de saisir la raison d’une loi qui était jusque-là cachée.

הנה זהו בחי׳ הליבון היינו שמה שהיה תחלה בחי׳ עלמות והעלם גמור כעת נמשך בבחי׳ גילוי ועי״ז נמשך בגילוי אור א״ס [אין סוף] בחי׳ לובן העליון שהלובן מורה על גילוי אחדות הפשוטה כמ״ש במ״א.

Voilà le niveau du liboun (clarification, « blanchiment ») : ce qui était d’abord au niveau des alamos, dans une dissimulation totale, est maintenant attiré au niveau de la révélation. Par là est aussi attirée dans la révélation la Lumière infinie (Or Ein Sof), le niveau de la Blancheur suprême ; car la blancheur indique la révélation de l’Unité simple, comme cela est expliqué ailleurs.

Explication

Une telle étude est le liboun, le « blanchiment » ou la clarification : ce qui était caché, comme les alamos, vient à se révéler. Par elle est attirée la Lumière infinie (Or Ein Sof) sous la forme de la Blancheur suprême, car la blancheur signifie la révélation de l’Unité simple de D.ieu.

Le paragraphe 32 en bref

Les halakhot du Talmud sont des « jeunes filles », car les raisons les plus profondes des lois demeurent dissimulées, comme le montre l’exemple du vêtement de nuit. Une étude approfondie, qui clarifie une loi, fait passer à la révélation ce qui était caché : c’est le « blanchiment » de la halakha.

Pour aller plus loin

La règle selon laquelle ce qui descend au niveau le plus bas possède la racine la plus élevée explique pourquoi les halakhot des Amoraïm, plus tardives et plus détaillées que celles de la Michna, ont des raisons si profondément dissimulées. C’est pourquoi les clarifier est appelé « blanchiment » : la révélation de ce qui était caché.

Maré mekomot

  1. 1
    ועלמות אין מספר · Zohar, Vayetzei 25:254–26:264
  2. 2
    ועלמות אין מספר · Zohar, Pekudei 16:121–130
  3. 3
    ועלמות אין מספר הם הלכות · Zohar, Pinchas 10:48–58
  4. 4
    ועלמות אין מספר הם הלכות · Tikkunei Zohar 43b:4–7
  5. 5
    בתולה ואיש לא ידעה · Genesis 24:16
  6. 6
    וראיתם אותו · Numbers 15:39
  7. 7
    וראיתם אותו פרט לכסות לילה · Menachot 43a:19–21
  8. 8
    מאד עמקו מחשבותיך · Psalms 92:6

33ואף שנת׳ [שנתבאר] שעומק הטעם של ההלכות א״א [אי אפשר] לעמוד עליו מ״מ [מכל מקום] זהו שרשו ועיקרו של הטעם כנ״ל בענין כסות לילה כו׳.

Et bien qu’il ait été expliqué que la profondeur de la raison des halakhot ne peut être sondée, cela ne concerne toutefois que la racine et l’essence de la raison, comme indiqué plus haut à propos du vêtement nocturne, etc.

Explication

L’affirmation selon laquelle la profondeur des raisons des halakhot ne peut être sondée ne s’applique qu’à la racine et à l’essence de la raison, comme dans l’exemple du vêtement nocturne.

אבל זה יכולים אנו לפלפל בקושיות ופירוקים בטעמי הגמ׳ [הגמרא] עצמן שלא יה יה סתירה ממקום למקום וה״ז [והרי זה] ג״כ גילוי ההעלם ונק׳ ליבון הלכתא.

Mais voici ce que nous pouvons faire : nous livrer au pilpoul, en soulevant des questions et en proposant des résolutions au sujet des raisons mêmes de la Guemara, afin qu’il n’y ait pas de contradiction d’un passage à l’autre ; cela aussi est une révélation de ce qui était caché, et cela s’appelle liboun hilkheta (la clarification de la halakha).

Explication

Ce que nous pouvons faire, c’est analyser les raisons mêmes de la Guemara au moyen de questions et de réponses (pilpoul), afin qu’aucun passage ne contredise un autre. Cela aussi révèle quelque chose qui était caché, et s’appelle liboun hilkheta, la clarification de la halakha.

Le paragraphe 33 en bref

La dissimulation des raisons ne concerne que leur racine ; le travail analytique qui consiste à résoudre les contradictions au sein de la Guemara est en soi une révélation de ce qui était caché : la « clarification de la halakha ».

34ונמצא גם ע״י עסק התורה שבבחינת עלמות שהם גמרא ופוסקים ראשונים ואחרונים לעמוד על עומקי הסברות נמשך ג״כ גילוי אור א״ס [אין סוף] ב״ה להיות יחוד קודשא בריך

Il s’ensuit que, par l’étude de la Torah relevant de la catégorie des alamos — c’est-à-dire la Guemara et les décisionnaires de la halakha, les Rishonim et les A’haronim — lorsqu’on s’attache à pénétrer la profondeur des raisonnements, se révèle également la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, de sorte qu’advient l’union du Saint béni soit-Il

Explication

Ainsi, l’étude de la Torah des alamos — la Guemara et les décisionnaires de la halakha, anciens et tardifs — lorsqu’on approfondit leurs raisonnements, fait elle aussi se révéler la Lumière infinie et réalise l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina.

הוא ושכינתיה כנ״ל בענין מתניתין מלכתא ואדרבה ליבון הלכתא היא מעלה יתירה שמגלה הנעלם ותעלומות חכמה וכמ״ש במ״א ע״פ מאמר הרע״מ [הרעיא מהימנא] והמשכילים יזהירו כו׳ ועיקר פי׳ ליבון הלכתא נתבאר בפ׳ שמות בד״ה קול דודי ע״ש [עיין שם].

et de Sa Chekhina (Présence divine), comme cela a été dit plus haut à propos de « La Michna est une reine ». Bien au contraire, l’éclaircissement de la halakha constitue un avantage supplémentaire, car il révèle ce qui est caché et « les secrets de la sagesse », comme il est expliqué ailleurs au sujet de l’enseignement du Raaya Mehemna sur « Les sages resplendiront », etc. L’explication principale de l’éclaircissement de la halakha a été donnée dans la paracha de Chemot, dans le discours commençant par « La voix de mon bien-aimé » ; voyez là-bas.

Explication

Il s’agit de la même union que celle décrite pour la Michna, la « reine » ; bien plus, l’éclaircissement de la halakha présente un avantage supplémentaire, puisqu’il révèle ce qui était caché, « les secrets de la sagesse ». L’Alter Rebbe renvoie à son explication, donnée ailleurs, de l’enseignement du Raaya Mehemna sur « Les sages resplendiront », ainsi qu’à l’explication principale de cette expression dans le discours « La voix de mon bien-aimé », dans la paracha de Chemot.

(ועמ״ש בד״ה תורה צוה ארוסין ונשואין) והנה כשהאדם לומד ע״ד [על דרך] הנ״ל ע״ז [על זה] נאמר קול דודי

(Voyez aussi ce qui est écrit dans le discours commençant par « La Torah qu’Il a ordonnée », [au sujet] des fiançailles et du mariage.) Or, lorsqu’une personne étudie de la manière décrite plus haut, c’est à son propos qu’il est dit : « La voix de mon bien-aimé !

Explication

Il renvoie également au discours « La Torah qu’Il a ordonnée », consacré aux fiançailles et au mariage. Puis il revient au verset : de celui qui étudie de cette manière, il est dit : « La voix de mon bien-aimé !»

הנה זה בא שע״י עסק התורה בא ונמשך קול דודי הוא התגלות אור א״ס [אין סוף] גם עתה ממש.

Voici, il vient » : par l’étude de la Torah, « la voix de mon bien-aimé » — c’est-à-dire la révélation de la Lumière infinie — vient et se révèle, même maintenant, réellement.

Explication

« Voici, il vient » : par l’étude de la Torah, la voix du bien-aimé, qui est la révélation de la Lumière infinie, vient et se révèle, même maintenant.

וזהו הנה זה בא לשון הוה כי הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] קורא ושונה כנגדו (ועמ״ש סד״ה מצה זו גבי בעבור זה ומ״ש בפ׳ יתרו סד״ה משה ידבר בענין ידבר ויעננו לשון הוה)

C’est pourquoi « Voici, il vient » est au présent : car le Saint béni soit-Il lit et étudie en face de lui. (Voyez aussi ce qui est écrit à la fin du discours commençant par « Cette matsa », à propos de « à cause de ceci », ainsi que ce qui est écrit dans la paracha de Yitro, à la fin du discours commençant par « Moïse parlait », au sujet de « parlait » et « lui répondait », employés au présent.)

Explication

C’est pourquoi le verset emploie le présent, « il vient » : le Saint béni soit-Il lit et étudie en face de celui qui étudie. La parenthèse renvoie à la fin du discours « Cette matsa », à propos de « à cause de ceci », et à la fin du discours « Moïse parlait », dans la paracha de Yitro, où « parlait » et « lui répondait » sont expliqués comme étant au présent.

והמשכה זו הוא בבחי׳ מדלג על ההרים כי א״א [אי אפשר] להיות ההמשכה בדרך השתלשלות עילה ועלול כמבואר למעלה באריכות ע״פ נפלאותיך ומחשבותיך אלינו אין ערוך אליך כו׳

Et cette révélation se fait selon le mode de « sauter par-dessus les montagnes », car elle ne peut s’opérer selon un enchaînement descendant (hichtalchelout) de cause à effet, comme cela a été longuement expliqué plus haut à propos du verset : « Tes merveilles et Tes pensées envers nous ; rien n’est comparable à Toi », etc.

Explication

Cette révélation se fait en « sautant par-dessus les montagnes », car elle ne peut procéder selon un enchaînement de cause à effet, comme cela a été expliqué longuement à propos de « rien n’est comparable à Toi ».

דאין ערוך ממש ולא מיניה ולא מקצתיה מהערך שבין עלול לעילתו אפי׳ [אפילו] בריבוי השתלשלות עילה

Car il n’existe réellement aucune comparaison — ni en totalité ni même en partie — avec le rapport qui existe entre un effet et sa cause ; même à travers une multitude [d’étapes] d’un enchaînement de causes

Explication

Il n’existe aucune comparaison, ni en totalité ni même en partie, avec le rapport qui existe entre un effet et sa cause, même au terme d’un long enchaînement de causes.

ועלול רבבות אין שיעור מ״מ [מכל מקום] שייך ערך מהעלול היותר נמוך לעילה הראשונה אבל נפלאותיך ומחשבותיך אלינ ו אין ערוך ממש עצמו מספר כו׳.

et d’effets, innombrables, il subsiste néanmoins un certain rapport entre l’effet le plus bas et la première cause ; mais pour « Tes merveilles et Tes pensées envers nous », il n’existe réellement aucune comparaison : elles sont « au-delà de tout dénombrement », etc.

Explication

Même à travers d’innombrables étapes de cause à effet, l’effet le plus bas conserve un certain rapport avec la première cause. Mais entre D.ieu et les mondes, il n’existe réellement aucune comparaison ; ils sont « au-delà de tout dénombrement ».

Le paragraphe 34 en bref

L’étude de la Guemara et des décisionnaires de la halakha, lorsqu’elle éclaire la profondeur des raisonnements, fait elle aussi se révéler la Lumière infinie et advenir l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina. C’est là « La voix de mon bien-aimé, voici, il vient, en sautant » : la voix de D.ieu vient maintenant, au présent, par un saut et non selon un rapport de cause à effet.

Pour aller plus loin

La référence au Raaya Mehemna renvoie à Iggeres HaKodesh 26, où l’Alter Rebbe écrit que chaque Juif peut révéler des « secrets de la sagesse » et des compréhensions nouvelles en halakha, élevant les étincelles qui appartiennent à son âme. La remarque sur le présent prépare la réponse à la question du maamar concernant le mot « dire » (leimor).

Maré mekomot

  1. 1
    והמשכילים יזהירו · Daniel 12:3
  2. 2
    בד״ה תורה צוה · לעיל פ׳ ברכה.
  3. 3
    הנה זה בא · Song of Songs 2:8
  4. 4
    סד״ה מצה זו · לעיל פ׳ צו יב, ד.
  5. 5
    בפ׳ יתרו סד״ה משה ידבר · תו״א סט, ב.
  6. 6
    נפלאותיך ומחשבותיך אלינו אין ערוך אליך · Psalms 40:6
  7. 7
    ע״פ המאמר הרע״מ והמשכילים יזהירו · באגה״ק (סי׳ כו). [כ].

35ולכן להיות ההמשכה מאור א״ס [אין סוף] ב״ה להתלבש בתורה ולהיות קורא ושונה כנגדו אזכיר את שמי וכו׳ הוא ע״י דילוג מדלג על ההרים כו׳. דהיינו שבא ההתגלות דרך דילוג וקפיצה שלא על ידי השתלשלות עילה ועלול:

Par conséquent, pour que la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, soit attirée et revête la Torah, et pour que [le Saint béni soit-Il] lise et étudie en regard de celui qui étudie — « Je mentionne Mon Nom », etc. — cela se fait par un bond : « sautant par-dessus les montagnes », etc. Autrement dit, la révélation vient par un bond et un saut, non par un enchaînement descendant (hichtalchelout) de cause à effet.

Explication

Ainsi, pour que la Lumière infinie soit attirée dans la Torah et que D.ieu étudie en regard de celui qui apprend (« Je mentionne Mon Nom »), un bond est nécessaire : « sautant par-dessus les montagnes ». La révélation vient par un bond et un saut, non par un enchaînement de cause à effet.

Le paragraphe 35 en bref

La révélation de la lumière de D.ieu dans l’étude de la Torah est un « bond », et non le terme d’un enchaînement graduel ; c’est pourquoi le verset dit : « sautant par-dessus les montagnes ».

Pour aller plus loin

Ce bond répond à la difficulté exposée aux paragraphes 3 à 8 : puisqu’il n’existe aucune proportion entre D.ieu et les mondes, Sa lumière ne peut les atteindre par une descente graduelle et ne peut venir que par un bond.

Maré mekomot

  1. 1
    אזכיר את שמי · Exodus 20:21
  2. 2
    מדלג על ההרים · Song of Songs 2:8

Unique est ma colombe : le sacrifice de soi avant la Torah ¶36–42

36ה אך עוד אחת היא העולה כל כולנה. והוא כי מתי בא התגלות הנ״ל ע״י עסק התורה שיהיה בחי׳ קול דודי

5. Mais il est encore un point, qui les dépasse tous. À savoir : quand cette révélation mentionnée plus haut se produit-elle par l’étude de la Torah, de sorte qu’il y ait le niveau de « La voix de mon bien-aimé ! »

Explication

La section 5 commence. Un point supplémentaire dépasse tous les autres : quand la révélation par l’étude de la Torah, « La voix de mon bien-aimé ! », se produit-elle effectivement ?

הנה זה בא להיות יחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] ושכינתיה ע״י עסק התורה שהן ס׳ מסכתות הנק׳ ס׳ מלכות כו׳.

« Le voici qui vient », de sorte qu’il y ait l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina (Présence divine), par l’étude de la Torah, qui consiste en les soixante traités appelés les « soixante reines », etc. ?

Explication

Autrement dit, quand l’étude de la Torah, les soixante traités appelés les « soixante reines », réalise-t-elle l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina ?

כ״ז [כל זה] הוא דוקא בהקדים תחלה בחי׳ אחת היא יונתי דהיינו שיהיה אצל האדם בחי׳ ומדרגת הנק׳ אחת. פי׳ אחת הוא לשון נוקבא שהוא בחי׳ מקבל מבחי׳ אחד.

Tout cela n’est possible que si le niveau de « Une (achas) est ma colombe » le précède d’abord ; c’est-à-dire qu’une personne possède le niveau et le rang appelés achas (« une », au féminin). En effet, achas est une forme féminine (nukva) : elle désigne le niveau de celui qui reçoit du niveau d’echad (« Un », au masculin).

Explication

Cela n’est possible que si le niveau de « Une (achas) est ma colombe » le précède. Achas est le féminin d’echad, « Un », et désigne celui qui reçoit du niveau d’echad.

Le paragraphe 36 en bref

Le maamar ajoute une condition : l’étude de la Torah ne suscite la révélation de la Lumière infinie que si elle est précédée par l’état de « Une est ma colombe », où l’homme reçoit l’unité de D.ieu.

Pour aller plus loin

Le féminin achas décrit l’âme comme recevant de l’unité de D.ieu, echad ; les paragraphes suivants relient cela au Chema, « Havaya est Un (echad) ».

Maré mekomot

  1. 1
    קול דודי · Song of Songs 2:8
  2. 2
    אחת היא יונתי · Song of Songs 6:9

37והוא כשמקבל האדם בפנימיותו בחינת יחודו ית׳ באמרו שמע ישראל וכו׳ הוי׳ אחד כי שמע הוא לשון אסיפה בתוך תוכו ולא ידיעה לבד כ״א [כי אם] ע״י העמקת דעתו בהתבוננות ובבחי׳ לאסתכלא ביקרא דמלכא

C’est lorsque l’homme reçoit dans sa dimension intérieure (pnimiyout) le niveau de Son unité, béni soit-Il, en disant : « Écoute, Israël… Havaya est Un. » Car shema (« écoute ») exprime le fait de rassembler au plus profond de soi ; il ne s’agit pas d’une simple connaissance, mais d’une compréhension approfondie par la contemplation, selon l’idée de « contempler la gloire du Roi ».

Explication

Cela se produit lorsque l’homme accueille l’unité de D.ieu au plus profond de son être, en disant : « Écoute, Israël… Havaya est Un. » Shema signifie rassembler en soi, jusque dans son être le plus intime : il ne s’agit pas d’une simple connaissance, mais d’une contemplation profonde, de « contempler la gloire du Roi ».

(דלשון לאסתכלא היינו כמו מי שמסתכל על דבר הפלא ופלא שלא תשבע עינו מהסתכל בו כך ויותר מזה לאין קץ כשיתבונן המשכיל בעין השכל בגדולתו ית׳ שהוא למעלה עד אין קץ כו׳

(Car le terme « contempler » désigne l’attitude de quelqu’un qui regarde une chose merveilleuse au plus haut point et dont l’œil ne se lasse pas de la regarder. Il en va ainsi, et à l’infini davantage, lorsque l’homme doté d’intelligence contemple avec l’œil de l’intellect Sa grandeur, béni soit-Il, Lui qui est au-delà de toute limite, etc.,

Explication

Cette parenthèse explique le terme « contempler » : c’est comme quelqu’un qui regarde un spectacle merveilleux, sans que son œil se lasse de le regarder. Ainsi, et à l’infini davantage, l’homme doté d’intelligence considère avec l’œil de son esprit la grandeur de D.ieu, qui est sans limite.

ובנפלאותיו הגדולים ואשר ברא עולמות עליונים לאין קץ ותכלית ורגלי החיות כנגד כולן כו׳ היינו שסוף בחי׳ שבעליון כוללת כל מה שלמטה ממנה שהוא כאין לגבי הגבוה מהם.

ainsi que Ses grandes merveilles, et le fait qu’Il a créé des mondes supérieurs sans fin ni limite, tandis que « les pieds des ‘Hayot les égalent tous », etc. Autrement dit, le niveau le plus bas d’un degré supérieur englobe tout ce qui est au-dessous de lui, lequel n’est rien en comparaison de ce qui lui est supérieur.

Explication

Il contemple les merveilles de D.ieu, les mondes supérieurs sans fin, ainsi que le fait que « les pieds des ‘Hayot les égalent tous » : le point le plus bas d’un niveau supérieur contient tout ce qui se trouve en dessous, lequel n’est rien en comparaison de ce qui est au-dessus.

ועד״ז [ועל דרך זה] יש עולמות לאין קץ גבוה מעל גבוה שומר כו׳ והכל כאין ואפס אצלו ית׳ ממש. ואין ערוך אליך ממש שהוא ית׳ אדון הנפלאות.

De même, il existe des mondes sans fin, « un haut placé au-dessus d’un autre, qui veille », etc., et tout est véritablement comme rien et néant devant Lui, béni soit-Il. « Il n’est rien qui puisse être comparé à Toi », véritablement, car Lui, béni soit-Il, est le Maître des merveilles.

Explication

Il existe ainsi des mondes sans fin, « un plus élevé que l’élevé veille », et tous sont véritablement comme rien devant D.ieu. « Il n’est rien qui puisse être comparé à Toi », car Il est le Maître des merveilles.

אזי לא תשבע עין השכל מלהסתכל ולהתבונן בזה היטב ולהתענג תענוג נפלא לאין שיעור מזה).

Alors l’œil de l’intellect ne se lassera pas de contempler et d’examiner cela en profondeur, ni d’en éprouver un plaisir merveilleux et incommensurable.)

Explication

Alors l’œil de l’intellect ne se lassera jamais de contempler cela et d’y réfléchir, et en éprouvera un plaisir incommensurable.

וזהו בחי׳ יונת י כמו יונים מסתכלים זה בזה וזהו התענוג שלהם ממה שמסתכלים זה בזה. כמ״כ [כמו כן] תקנו פסוד״ז [פסוקי דזמרה] הוא ענין התבוננות כל חד לפום שיעורא דיליה.

Tel est le niveau de « ma colombe » : les colombes se regardent l’une l’autre, et leur plaisir vient de ce regard réciproque. De même, les Sages ont institué les Pesouké déZimra (Versets de louange), qui sont une forme de contemplation, « chacun selon sa mesure ».

Explication

C’est là « ma colombe » : les colombes se regardent l’une l’autre, et c’est là leur plaisir. C’est pourquoi les Sages ont institué les Pesouké déZimra, versets de louange destinés à la contemplation, « chacun selon sa mesure ».

ברוך שאמר והיה העולם אשר באמירה אחת ברא כל העולמות ומחדש בטובו בכל יום תמיד מעשה בראשית.

« Béni soit Celui qui a parlé et le monde fut » : par une seule parole, Il a créé tous les mondes, et « dans Sa bonté, Il renouvelle chaque jour, constamment, l’œuvre de la Création ».

Explication

Les Pesouké déZimra s’ouvrent par : « Béni soit Celui qui a parlé et le monde fut », Lui qui a créé tous les mondes par une seule parole. Les mots « dans Sa bonté, Il renouvelle chaque jour, constamment, l’œuvre de la Création » proviennent de la bénédiction qui précède le Chema.

Le paragraphe 37 en bref

On parvient à « ma colombe » par la contemplation dans la prière : une réflexion profonde sur la grandeur infinie de D.ieu, en « contemplant la gloire du Roi », dans les Pesouké déZimra et le Chema, jusqu’à ce que l’unité de D.ieu pénètre l’être intérieur de l’homme.

Pour aller plus loin

La colombe ajoute l’élément du plaisir : elle contemple sans se lasser. La contemplation n’est pas ici une simple analyse, mais un regard qui devient plaisir et par lequel l’âme devient réceptacle de l’unité de D.ieu.

Maré mekomot

  1. 1
    שמע ישראל וכו׳ הוי׳ אחד · Deuteronomy 6:4
  2. 2
    שמע הוא לשון אסיפה בתוך תוכו · ראה להלן פ׳ ואתחנן יא, ב.
  3. 3
    לאסתכלא ביקרא דמלכא · Zohar II, 247b
  4. 4
    לאסתכלא ביקרא דמלכא · Zohar, Miketz 8:127–9:138
  5. 5
    לאסתכלא ביקרא דמלכא · Zohar, Bereshit 51:6–54:17
  6. 6
    לאסתכלא ביקרא דמלכא · Zohar, Vayikra 27:200–29:209
  7. 7
    ורגלי החיות כנגד כולן · Chagigah 13a:4
  8. 8
    גבוה מעל גבוה שומר · Ecclesiastes 5:7
  9. 9
    ואין ערוך אליך ממש · Psalms 40:6

38ולשון והיה העולם דמשמע ממילא הוא ע״ד [על דרך] מ״ש כי הוא צוה ונבראו דלשון ונבראו משמע ג״כ כן

Et l’expression « et le monde advint », qui laisse entendre qu’il advint de lui-même, s’apparente à ce qui est écrit : « Car Il ordonna, et ils furent créés » ; l’expression « ils furent créés » laisse elle aussi entendre cela ;

Explication

Les mots de Baroukh Chéamar, « et le monde advint » (vehayah ha’olam), suggèrent que le monde apparut comme de lui-même. « Car Il ordonna, et ils furent créés » implique la même chose.

וכן אתה הוא עד שלא נברא העולם ומשנברא וכו׳ והכוונה בזה הוא דלפי שאין ערוך כלל כל העולמות שהם בעלי גבול לא״ס [לאין סוף] ב״ה אשר אין לו תחלה וכו׳.

et de même : « Tu es Celui qui était avant que le monde fût créé, et depuis qu’il fut créé », etc. Voici l’intention : puisque tous les mondes, qui sont limités, sont sans aucune commune mesure avec l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, qui n’a pas de commencement, etc.,

Explication

Il en va de même de « Tu es Celui qui était avant que le monde fût créé, et depuis qu’il fut créé ». Toutes ces expressions indiquent que les mondes limités sont sans commune mesure avec l’Infini, qui n’a pas de commencement.

והתהוותם ממנו ית׳ הוא ע״י צמצומים רבים ועצומים להסתיר ולהעלים האור עד שיוכל להבראות עולמות כו׳

leur venue à l’existence à partir de Lui, qu’Il soit béni, s’opère par de nombreuses et puissantes contractions (tsimtsoumim), afin de cacher et de voiler la lumière jusqu’à ce que des mondes puissent être créés, etc.,

Explication

Leur venue à l’existence à partir de Lui s’opère par de nombreuses et puissantes contractions, qui cachent et voilent la lumière jusqu’à ce que des mondes puissent être créés.

לכך נאמר נבראו כאלו הוא ממילא להורות על ריחוק הערך ושהוא ית׳ סתימו דכל סתימין

c’est pourquoi il est dit : « ils furent créés », comme si cela s’était produit de soi-même, afin d’indiquer combien ils sont éloignés de toute commune mesure avec Lui, qu’Il soit béni, qui est « le plus caché de tous les cachés ».

Explication

C’est pourquoi l’Écriture dit « ils furent créés », comme si cela s’était fait de soi-même : pour montrer à quel point les mondes sont sans commune mesure avec D.ieu, qui est « le plus caché de tous les cachés ».

(כי כשההשפעה בגילוי מן המשפיע למקבל בבחי׳ עילה ועלול שהעלול יש לו השגה בעילתו הרי המקבל יודע מי הוא המשפיע לו.

(Car lorsque l’influence se manifeste ouvertement du dispensateur au récepteur, selon le rapport de la cause à l’effet, l’effet ayant une certaine compréhension de sa cause, le récepteur sait qui lui dispense cette influence.

Explication

Une parenthèse explique que lorsque l’influence passe ouvertement du dispensateur au récepteur, selon le rapport de cause à effet, l’effet saisit sa cause et sait qui lui donne.

משא״כ ההארה מבחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] א״ס [אין סוף] ב״ה בהעולמות שהוא באה בבחינת העלם והסתר ולית מחשבה תפיסא ביה כלל כנ״ל לכך שייך ע״ז [על זה] לשון נברא כאלו הוא ממילא ר״ל [רוצה לומר] שאין העולמות משיגים הכח השופע בהם ומהווה אותם מאין

Il n’en va pas ainsi du rayonnement du niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), l’Infini, béni soit-Il, dans les mondes : il leur parvient dans le mode du voilement et de la dissimulation, et « aucune pensée ne peut Le saisir », comme mentionné plus haut. C’est pourquoi l’expression « fut créé », comme si cela s’était produit de soi-même, s’applique ici ; c’est-à-dire que les mondes ne saisissent pas la puissance qui se déverse en eux et les fait advenir à partir du néant.

Explication

Le rayonnement de sovev kol almin dans les mondes leur parvient de façon voilée et dissimulée, et « aucune pensée ne peut Le saisir ». Les mondes ne perçoivent donc pas la puissance qui les crée à partir du néant ; la création est ainsi décrite comme si elle s’était produite d’elle-même.

וזהו ברוך שאמר והיה העולם דאיתא ע״ז [על זה] בכוונת האריז״ל [האר״י זכרונו לברכה] רדל״א [רישא דלא אתידע]. פי׳ לא אתיידע הוא כמ״ש והחכמה מאין תמצא נזכר לשון מציאה שאין ה מוצא מציאה יודע ממי בא לו המציאה והוא ענין אחד עם בחי׳ נבראו והמ״י [והמשכיל יבין]).

Voilà ce que signifie « Béni soit Celui qui a parlé, et le monde advint », au sujet duquel il est indiqué, dans les intentions du Ari Zal, qu’il s’agit de Radla (la Tête qui n’est pas connue). « N’est pas connue » signifie, comme il est écrit : « Et la sagesse, d’où (me’ayin) sera-t-elle trouvée ? » Le terme « trouvée » est employé, car celui qui trouve un objet ne sait pas de qui cet objet lui est venu ; et cela correspond au même concept que le niveau de « ils furent créés ». Et l’initié comprendra.)

Explication

Les intentions du Ari Zal associent « Béni soit Celui qui a parlé, et le monde advint » à Radla, la « Tête qui n’est pas connue ». « N’est pas connue » se comprend à la lumière de « Et la sagesse, d’où (me’ayin) sera-t-elle trouvée ? » : celui qui trouve quelque chose ne sait pas d’où cela lui vient. C’est le même concept que « ils furent créés », comme si cela s’était produit de soi-même.

וז״ש [וזהו שכתוב] יהללו את שם הוי׳ כי הוא צוה כו׳. דהיינו שנבראו כדי שיתגלה שם ה׳ ומלכותו. ופי׳ כי הוא צוה היינו כי דבר מלך שלטון כי הוא אמר ויהי.

C’est ce que signifie ce qui est écrit : « Qu’ils louent le Nom Havaya, car Il a ordonné », etc. : ils furent créés afin que le Nom de D.ieu et Sa souveraineté se révèlent. « Car Il a ordonné » signifie que « la parole du roi fait autorité » : « Car Il a parlé, et cela fut. »

Explication

Ainsi, « Qu’ils louent le Nom Havaya, car Il a ordonné » signifie que les créatures furent créées afin que le Nom de D.ieu et Sa souveraineté se révèlent. « Car Il a ordonné » signifie « la parole du roi fait autorité », comme dans « Car Il a parlé, et cela fut. »

וכ״ז [וכל זה] מפני שכך עלה ברצונו שאין מלך בלא עם הללוהו כל מלאכיו היינו שהמלאכים הם תמיד בביטול מחמת התבוננות בהתהוותם תמיד מאין ליש

Et tout cela tient à ce que telle fut Sa volonté, car « il n’est pas de roi sans peuple ». « Louez-Le, vous tous, Ses anges » : cela signifie que les anges sont constamment dans un état d’annulation de soi (bitoul), parce qu’ils contemplent leur venue à l’existence, constamment, du néant à l’être ;

Explication

Tout cela tient à ce que D.ieu l’a voulu, car « il n’est pas de roi sans peuple ». « Louez-Le, vous tous, Ses anges » : les anges sont toujours dans un état d’annulation de soi, parce qu’ils contemplent constamment leur propre venue à l’existence à partir du néant.

וכמאמר אתה קדוש וכו׳ וקדושים הם המלאכים יהללוך סלה שההילול שלהם הוא סלה בלי הפסק מחמת התבוננות שלהם בבחי׳ שמך קדוש המהווה ומחיה אותם כנ״ל.

comme le dit la prière : « Tu es saint », etc. — et les « saints » sont les anges — « Te louent, selah » : leur louange est « selah », sans interruption, parce qu’ils contemplent le niveau de « Ton Nom est saint », qui les fait venir à l’existence et leur donne la vie, comme mentionné plus haut.

Explication

Comme le dit la prière : « Tu es saint… et les saints Te louent, selah » : les « saints » sont les anges, et leur louange est « selah », sans interruption, parce qu’ils contemplent « Ton Nom est saint », le niveau qui les crée et les fait vivre.

Le paragraphe 38 en bref

Les expressions « et le monde advint » et « ils furent créés » décrivent la création comme si elle s’était produite d’elle-même, car les mondes ne perçoivent pas la puissance créatrice ; pourtant, le dessein de la création est que le Nom de D.ieu et Sa souveraineté se révèlent, comme le montre la louange incessante des anges.

Pour aller plus loin

Radla, « la Tête qui n’est pas connue », désigne une source si élevée qu’elle ne peut être connue. Le lien établi entre elle, « et le monde advint » et la sagesse qui est « trouvée » à partir de ayin souligne que la source de la création est si cachée que le monde se vit simplement comme étant là, comme une chose trouvée dont la source demeure inconnue.

Maré mekomot

  1. 1
    כי הוא צוה ונבראו · Psalms 148:5
  2. 2
    בכוונת האריז״ל רדל״א · ראה סידור עם דא״ח בפי׳ ברוך שאמר.
  3. 3
    והחכמה מאין תמצא · Job 28:12
  4. 4
    יהללו את שם ה׳ · Psalms 148:13
  5. 5
    כי דבר מלך שלטון · Ecclesiastes 8:4
  6. 6
    כי הוא אמר ויהי · Psalms 33:9
  7. 7
    הללוהו כל מלאכיו · Psalms 148:2

39והנה ע״י התבוננות כל אחד ואחד לפי ערכו בכל פסוקי דזמרה וקריאת שמע וברכותיה ע״ד [על דרך] מ״ש בהעמקת הדעת לאסתכלא ביקרא דמלכא יקבל יחודו ית׳ בתוך תוכו לאמתו ויבא מזה לבחי׳ ואהבת כו׳

À présent, grâce à la contemplation de chacun selon sa mesure, tout au long des Pessouké deZimra, de la lecture du Chema et de ses bénédictions, selon la description donnée — en approfondissant l’esprit, « contempler la gloire du Roi » —, il recevra véritablement l’unité de D.ieu béni soit-Il au plus profond de lui-même, et parviendra ainsi au niveau de « Tu aimeras… »,

Explication

Par la contemplation, chacun selon son niveau, tout au long des Pessouké deZimra et du Chema avec ses bénédictions, en contemplant profondément « la gloire du Roi », reçoit véritablement l’unité de D.ieu au plus profond de lui-même. Il parvient ainsi au niveau de « Tu aimeras ».

בכל נפשך אפילו נוטל את נפשך וכמ״ש אליך ה׳ נפשי אשא. כי זה יכול כל אדם להיות לו מס״נ [מסירות נפש] כי נשמת ישראל שרשה למעלה מעלה

« De toute ton âme » — même s’Il prend ton âme ; comme il est écrit : « Vers Toi, Havaya, j’élève mon âme. » Car chacun peut parvenir à cela : au sacrifice de soi (messirout néfech) ; car l’âme d’Israël a sa racine très, très haut au-dessus,

Explication

L’amour dont il est question est « de toute ton âme », ce que les Sages expliquent par « même s’Il prend ton âme », comme le dit David : « Vers Toi, Havaya, j’élève mon âme. » Chacun peut parvenir à un tel sacrifice de soi, car l’âme juive a sa racine très haut au-dessus.

כמאמר נשמה שנתת בי טהורה היא מבחי׳ טהירו עילאה ומשם נמשכה ע״י השתלשלות רבות אתה בראתה וכו׳ עד שנפחת בי והירידה צורך עליה ואתה עתיד ליטלה כו׳ ולהחזירה וא״כ [ואם כן] אליך ה׳ נפשי אשא עכשיו.

comme le dit la formule : « L’âme que Tu as placée en moi est pure » : elle provient du niveau de la Pureté suprême (tehirou ila'a) ; de là, elle est descendue par de nombreux degrés de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) — « Tu l’as créée », etc. — jusqu’à ce que « Tu l’insuffles en moi ». Et cette descente a pour but une élévation : « Et Tu la prendras à l’avenir », etc., « et Tu la rétabliras ». Dès lors, « Vers Toi, Havaya, j’élève mon âme » dès à présent.

Explication

La bénédiction du matin dit : « L’âme que Tu as placée en moi est pure » ; sa source est la Pureté suprême (tehirou ila'a), et de là elle est descendue par de nombreux degrés : « Tu l’as créée… Tu l’as insufflée en moi. » Sa descente a pour but une élévation : « Tu la prendras… et Tu la rétabliras » ; ainsi, dès à présent, « Vers Toi, Havaya, j’élève mon âme ».

Le paragraphe 39 en bref

La contemplation dans la prière conduit à aimer D.ieu « de toute son âme », jusqu’au sacrifice de soi. Cela est à la portée de chaque Juif, car l’âme a sa racine dans la Pureté suprême et n’est descendue que pour s’élever.

Pour aller plus loin

La bénédiction « L’âme que Tu as placée en moi » est lue comme une carte de la descente de l’âme et de son retour ; le maamar en déduit que la disposition à donner dès maintenant son âme à D.ieu est le mouvement même de l’âme vers sa source.

Maré mekomot

  1. 1
    בכל נפשך · Deuteronomy 6:5
  2. 2
    בכל נפשך אפילו נוטל את נפשך · Mishnah Berakhot 9:5
  3. 3
    אליך ה׳ נפשי אשא · Psalms 25:1
  4. 4
    נשמה שנתת בי טהורה היא · Berakhot 60b:4

40ומחמת ששרש הנשמה גבוה מאד נעלה לכך יש בכח כל איש למסור נפשו ע״י התבוננות בהעמקת דעתו שעי״ז יאיר בו אור נשמתו.

Et parce que la racine de l’âme est très élevée et sublime, chaque homme a donc le pouvoir de livrer son âme, par la contemplation et l’approfondissement de son esprit ; ainsi, la lumière de son âme brillera en lui.

Explication

Parce que la racine de l’âme est si élevée, chacun peut livrer son âme par une profonde contemplation ; alors, la lumière de son âme brille en lui.

לכך אחר שאמר שמע ישראל וכו׳ לשון הסכת ושמע היינו שהתבונן והאזין וקיבל היטב במוחו ותבונתו יחודו ית׳ שהוא הוי׳ אחד ושהוא אלקים ממש כי ברא כרעא כו׳.

Ainsi, après avoir dit : « Écoute, Israël », etc. — expression qui signifie « prête attention et écoute » — c’est-à-dire après avoir contemplé, écouté et bien reçu dans son esprit et son entendement Son unité, béni soit-Il : qu’Il est « Havaya est Un » et qu’Il est véritablement Elokim, car « le fils est la jambe », etc. —

Explication

Ainsi, après avoir dit « Écoute, Israël », où shema s’entend comme « prête attention et écoute », il a écouté et accueilli dans son esprit que D.ieu est « Havaya est Un » et qu’Il est véritablement Elokim. Elokim, la force cachée dans la nature, ne fait qu’un avec Havaya, comme le dit l’expression : « le fils est la jambe de son père », c’est-à-dire qu’il est son prolongement.

Le paragraphe 40 en bref

Puisque chaque âme a une racine si élevée, quiconque « écoute » véritablement le Chéma et accueille en lui que Havaya est Un et qu’Il est également Elokim peut en venir à livrer son âme à D.ieu.

Maré mekomot

  1. 1
    שמע ישראל · Deuteronomy 6:4
  2. 2
    הסכת ושמע · Deuteronomy 27:9
  3. 3
    ברא כרעא · Yevamot 3a:2–4
  4. 4
    ברא כרעא · Tosafot on Yevamot 3a:7

41ועי״ז נתגלה אור נשמתו בגופו שלא יסתיר שום דבר ואזי גם נפש השכלי׳ [השכלית] תסכים ע״ז [על זה] שלא יהיה מניעה משום דבר.

Et par là, la lumière de son âme s’est révélée dans son corps, de sorte que rien ne la dissimule — et alors l’âme intellectuelle aussi y consentira, si bien que rien ne fera obstacle.

Explication

Par là, la lumière de son âme se révèle dans son corps, sans que rien la dissimule ; alors même l’âme intellectuelle y consent, si bien que rien ne s’y oppose.

ואח״כ [ואחר כך] אומרים בכל מאדך בכל ממונך כי יש לך אדם שממונו חביב עליו מגופו. מה גם

Ensuite, nous disons : « de toute ta force (me’odecha) » — de toute ta fortune ; car il est des personnes pour qui l’argent est plus cher que leur corps. Bien plus,

Explication

Vient ensuite « de toute ta force (me’odecha) », que les Sages expliquent par « de toute ta fortune », car il est des personnes pour qui l’argent est plus cher que leur corps.

כי כל המס״נ [המסירות נפש] אינו בפועל ממש רק הסכם ורצון על מס״נ [מסירות נפש] אכן כשנותן אח״כ [אחר כך] צדקה

tout le sacrifice de soi (messirout néfech) ne consiste pas en un acte concret, mais seulement en une résolution et une volonté de se sacrifier ; cependant, lorsqu’ensuite il donne la tsédaka,

Explication

En outre, le sacrifice de soi du Chéma n’est qu’une résolution et une disposition, et non un acte concret. Il en va autrement du don de tsédaka, comme l’explique la partie suivante.

אזי הוא מקיים בפועל ממש מעין בחינת מס״נ [מסירות נפש] שנותן מיגיע כפיו מה שעמל ויגע בהם בגופו ונפשו ונותן מחמת מצות ה׳. ומה לי קטלי׳ [קטליה] כולא כו׳.

alors il accomplit concrètement quelque chose qui relève du sacrifice de soi : il donne le fruit du travail de ses mains, ce pour quoi il a peiné et travaillé de son corps et de son âme, et il le donne en raison du commandement de D.ieu. « Et qu’est-ce que cela peut bien me faire qu’il ait tout tué », etc.

Explication

Le don de tsédaka réalise concrètement quelque chose qui relève du sacrifice de soi : on donne le fruit du travail de ses mains, ce pour quoi on a travaillé de son corps et de son âme, parce que D.ieu l’a ordonné. L’expression talmudique « qu’est-ce que cela peut bien me faire qu’il ait tout tué » est appliquée ici : donner une partie de ce que sa vie a produit compte comme donner sa vie.

Le paragraphe 41 en bref

Après l’amour « de toute ton âme », qui demeure une résolution, vient « de toute ta force », accompli concrètement par la tsédaka : l’argent gagné par son propre labeur et donné pour D.ieu constitue une forme effective de sacrifice de soi.

Pour aller plus loin

Comme le cite la note de Kehot, le discours de l’Admour Hazaken de 5570 ajoute que cela s’applique lorsqu’on donne de l’argent à la tsédaka « en distribuant au-delà de ce qui est dans sa nature ».

Maré mekomot

  1. 1
    בכל מאדך · Deuteronomy 6:5
  2. 2
    בכל מאדך בכל ממונך · Mishnah Berakhot 9:5
  3. 3
    יש לך אדם שממונו חביב עליו מגופו · Berakhot 61b:5
  4. 4
    אכן כשנותן אח״כ צדקה · בסה״מ תק״ע ע׳ ט: ”וכשנותן ממונו לצדקה בפיזור יותר מכפי טבעו”.
  5. 5
    ומה לי קטלי׳ כולא · Bava Kamma 65a
  6. 6
    ומה לי קטלי׳ כולא · Chullin 35b

42והנה אחר שקיבל יחודו ית׳ בתוך תוכו להיות ואהבת בכל נפשך ומאדך וזהו בחינת אחת היא יונתי היינו שמקבל מבחינת אחד. אזי אומרים אח״כ [אחר כך] בק״ש [בקריאת שמע] והיו הדברים האלה אשר אנכי מצוך היום.

Or, après avoir reçu l’unité de Lui, béni soit-Il, au plus profond de lui-même, de sorte qu’il y ait « Tu aimeras de toute ton âme et de toute ta force » — et c’est le niveau de « Une est ma colombe », c’est-à-dire qu’il reçoit du niveau de E’had (Un) —, alors on dit ensuite dans le Chéma : « Et ces paroles que Je t’ordonne aujourd’hui seront… »

Explication

Une fois qu’une personne a fait pénétrer l’unité de D.ieu au plus profond d’elle-même et qu’elle L’aime « de toute son âme et de toute sa force », elle a atteint le niveau de « Une est ma colombe », recevant de E’had. Le Chéma poursuit alors : « Et ces paroles que Je t’ordonne aujourd’hui seront… »

שהוא להיות המשכת אור א״ס [אין סוף] הסכ״ע [הסובב כל עלמין] למטה שיתגלה בעולמות ע״י עסק התורה שעי״ז ממשיכים להיות יחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] ושכינתיה כנ״ל באריכות בענין ששים המה מלכות כו׳

Il s’agit de faire descendre ici-bas la Lumière infinie (Or Ein Sof), qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), afin qu’elle se révèle dans les mondes par l’étude de la Torah ; car, par celle-ci, on attire [de sorte qu’il y ait] l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina (Présence divine), comme [cela a été expliqué] plus haut en détail à propos de « Soixante reines », etc.

Explication

Ces paroles se rapportent à l’étude de la Torah, qui fait descendre la Lumière infinie du sovev kol almin afin qu’elle se révèle dans les mondes. Elle permet ainsi l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina, comme cela a été expliqué en détail à propos de « Soixante reines ».

משא״כ בעסק התורה לבד בלי קדימת בחינת מס״נ [מסירות נפש] הנ״ל לא ימשיך כ״כ [כל כך] גלוי אור א״ס [אין סוף] ב״ה הסכ״ע [הסובב כל עלמין] כו׳

Il n’en va pas de même lorsqu’on étudie la Torah seule, sans que le niveau de sacrifice de soi (messirout néfech) mentionné plus haut l’ait précédée : on ne fait pas descendre une révélation aussi grande de la Lumière infinie, béni soit-Il, qui entoure tous les mondes, etc.

Explication

L’étude de la Torah seule, sans le sacrifice de soi qui doit la précéder, ne fait pas descendre une révélation aussi grande de la Lumière infinie du sovev.

(ועמ״ש בביאור ע״פ הראיני את מראיך השמיעני את קולך כו׳ ומ״ש בד״ה והנה מנורת זהב בענין כדי שיקבל עליו עול מלכות שמים תחלה ואחר כך יקבל עליו עול מצות)

(Voyez ce qui est écrit dans l’explication du verset : « Montre-moi ton apparence, fais-moi entendre ta voix », etc., et ce qui est écrit dans le discours commençant par « Et voici un candélabre d’or », à propos de « afin qu’il accepte d’abord sur lui le joug du royaume des Cieux, puis qu’il accepte sur lui le joug des mitsvot ».)

Explication

Cette parenthèse renvoie à l’explication du verset « Montre-moi ton apparence, fais-moi entendre ta voix » et au discours « Et voici un candélabre d’or », au sujet de l’ordre de la Michna : on accepte d’abord le joug du royaume des Cieux, puis le joug des mitsvot.

ולכן דוקא ע״י בחי׳ אחת היא יונתי שהוא המס״נ [המסירות נפש] והעלאה ממטה למעלה ולהיות יחודו ית׳ בתוכיות הלב

C’est pourquoi, précisément par le niveau de « Une est ma colombe » — qui est le sacrifice de soi et l’élévation d’en bas vers le haut, et le fait que Son unité, béni soit-Il, réside au plus profond du cœur —,

Explication

C’est précisément par « Une est ma colombe », qui représente le sacrifice de soi, une élévation d’en bas vers le haut, et la présence de l’unité de D.ieu au plus profond du cœur, que l’étape suivante devient possible.

אזי יוכל להיות אח״כ [אחר כך] ההמשכה למטה ע״י עסק התורה מבחינת סכ״ע [סובב כל עלמין] להיות קול דודי הנה זה בא מדלג כו׳ כנ״ל.

il devient alors possible, ensuite, de faire descendre ici-bas, par l’étude de la Torah, depuis le niveau du sovev kol almin, de sorte qu’il y ait : « La voix de mon bien-aimé ! Le voici qui vient, bondissant… », etc., comme mentionné plus haut.

Explication

L’étude de la Torah peut alors faire descendre la lumière du sovev kol almin, de sorte qu’il y ait : « La voix de mon bien-aimé ! Le voici qui vient, bondissant… »

(ועד״ז [ועל דרך זה] יובן ענין הזאת כה״ג [כהן גדול] ביוהכ״פ [ביום הכפורים] אחת למעלה בינה ושבע למטה חג״ת [חסד גבורה תפארת] נהי״מ [נצח הוד יסוד מלכות] וכך היה מונה אחת כתר אחת ואחת חו״ב [חכמה ובינה] כו׳ עד אחת ושבע בינה וחג״ת [וחסד גבורה תפארת] נהי״מ [נצח הוד יסוד מלכות] והיינו

(On peut comprendre de la même manière la aspersion du Cohen Gadol à Yom Kippour : une fois vers le haut — Bina — et sept fois vers le bas — 'Hessed, Guevoura, Tiferet, Netsa'h, Hod, Yessod et Mal'hout. Il comptait ainsi : « un » — Kéter ; « un et un » — 'Hokhma et Bina, etc., jusqu’à « un et sept » — Bina, puis 'Hessed, Guevoura, Tiferet, Netsa'h, Hod, Yessod et Mal'hout. Et cela signifie

Explication

Cette parenthèse compare l’aspersion du Cohen Gadol à Yom Kippour : une fois vers le haut, correspondant à Bina, et sept fois vers le bas, correspondant aux sept attributs, de 'Hessed à Mal'hout. Il comptait « un » (Kéter), « un et un » ('Hokhma et Bina), et ainsi de suite jusqu’à « un et sept ».

כי אחת למעלה הוא המס״נ [המסירות נפש] דכנ״י [דכנסת ישראל] שע״ז [שעל זה] נאמר אחת היא לאמה היינו שעי״ז עולין לשרשן ישראל עלו במחשבה ע״ד [על דרך] המבואר בד״ה יונתי בפי׳ קומי לך רעיתי כו׳ וע״י העלאה זו נמשך גילוי אור א״ס [אין סוף]

que le « un vers le haut » est le sacrifice de soi (messirout néfech) de la Communauté d’Israël (Knesset Israël), à propos de laquelle il est dit : « Elle est une pour sa mère » ; c’est-à-dire que, par cela, ils s’élèvent jusqu’à leur racine — « Israël s’éleva dans la pensée » —, conformément à ce qui est expliqué dans le discours commençant par « Ma colombe », dans l’explication de « Lève-toi, mon aimée », etc. Et par cette élévation, une révélation de la Lumière infinie (Or Ein Sof) est attirée

Explication

Le « un vers le haut » est le sacrifice de soi de la Communauté d’Israël, dont il est dit : « Elle est une pour sa mère » ; par cela, ils s’élèvent jusqu’à leur racine, car « Israël s’éleva dans la pensée ». L’Admour Hazaken renvoie au discours « Ma colombe », à propos de « Lève-toi, mon aimée ».

מלמעלה למטה בח״ע [בחכמה עילאה] עד מל׳ [מלכות] דאצילות מקור דבי״ע [דבריאה יצירה עשיה] וזהו שגם בכל השבע שלמטה הוא מונה עמהם אותה אחת שלמעלה כי ההעלאה דאחת היא יונתי הוא הגורם שיומשך האור מבחי׳ סכ״ע [סובב כל עלמין] בכל השבע שלמטה כו׳).

d’en haut vers le bas, dans la 'Hokhma supérieure ('Hokhma Ila'a), jusqu’à Mal'hout du Monde d’Atsilout (Émanation), source des [mondes de] Béria, Yetsira et Assiya. C’est pourquoi, avec les sept d’en bas également, il compte avec elles ce « un » d’en haut : car l’élévation de « Ma colombe est unique » est ce qui entraîne que la lumière de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) soit attirée dans les sept d’en bas, etc.)

Explication

Cette élévation attire d’en haut une révélation de la Lumière infinie, à travers la 'Hokhma supérieure, jusqu’à Mal'hout d’Atsilout, source de Béria, Yetsira et Assiya. C’est pourquoi le « un » supérieur est compté avec chacun des sept : l’élévation de « Ma colombe est unique » fait pénétrer la lumière de sovev kol almin dans les sept d’en bas.

וזהו אשר אנכי מצוך היום ענין היום היינו בכל יום יהיו בעיניך כחדשים ואף שהתורה ניתנה מכבר זה יותר משלשה אלפים שנה.

Et c’est là [le sens de] « que je t’ordonne aujourd’hui ». Le sens du mot « aujourd’hui » est le suivant : « Chaque jour, elles seront à vos yeux comme nouvelles », bien que la Torah ait déjà été donnée il y a plus de trois mille ans.

Explication

« Que je t’ordonne aujourd’hui » : « aujourd’hui » signifie que « chaque jour, elles seront à vos yeux comme nouvelles », bien que la Torah ait été donnée il y a plus de trois mille ans.

אך הואיל וע״י מס״נ [מסירות נפש] ממשיך מבחי׳ אנכי מי שאנכי בחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] שאינו בגדר זמן ומקום וא״כ [ואם כן] בכל יום הם כחדשים ממש שהרי נמשך מבחי׳ שלמעלה מהזמן לגמרי.

Mais puisque, par le sacrifice de soi (messirout néfech), on attire du niveau de « Moi — Celui que Je suis » (Anochi mi she’anochi), le niveau de sovev kol almin, qui n’est pas soumis aux limites du temps et de l’espace, alors, effectivement, elles sont véritablement comme nouvelles chaque jour, car elles sont attirées d’un niveau entièrement au-delà du temps.

Explication

Par le sacrifice de soi, on attire du niveau de « Moi, Celui que Je suis » (Anochi mi she’anochi), le niveau de sovev kol almin, qui est au-delà du temps et de l’espace. Ainsi, les paroles sont véritablement nouvelles chaque jour, puisqu’elles proviennent d’un niveau entièrement au-delà du temps.

Le paragraphe 42 en bref

L’ordre du Chéma enseigne l’ordre du service divin : d’abord le sacrifice de soi — « Une est ma colombe » —, une élévation d’en bas ; ensuite seulement vient l’étude de la Torah — « ces paroles » — qui fait descendre la lumière transcendante. Comme cette lumière se situe au-dessus du temps, la Torah est nouvelle chaque jour.

Pour aller plus loin

Le compte de Yom Kippour, où le « un » supérieur est joint à chacun des sept, illustre que l’élévation par le sacrifice de soi permet à la lumière du sovev de pénétrer chacun des attributs inférieurs. Il en découle la nouveauté quotidienne de la Torah : ce qui vient d’au-dessus du temps ne vieillit pas.

Maré mekomot

  1. 1
    אחת היא יונתי · Song of Songs 6:9
  2. 2
    והיו הדברים האלה · Deuteronomy 6:6
  3. 3
    בד״ה מנורת זהב · לעיל בהעלותך לז, ד. ואילך.
  4. 4
    כדי שיקבל עליו עול מלכות שמים תחלה ואחר כך יקבל עליו עול מצות · Mishnah Berakhot 2:2
  5. 5
    קול דודי הנה זה בא מדלג · Song of Songs 2:8
  6. 6
    וכך היה מונה אחת · Mishnah Yoma 5:3
  7. 7
    בכל יום יהיו בעיניך כחדשים · ספרי ופרש״י ואתחנן ו, ו. ובסה״מ תק״ע ע׳ י׳ בארוכה יותר.
  8. 8
    בכל יום יהיו בעיניך כחדשים · Sifrei Devarim 33:1

« En disant », et ma parfaite ¶43–44

43ובזה יובן פי׳ וענין תיבת לאמר שבתחלת עשרת הדברות דלכאורה אינו מובן פירושו כנזכר לעיל.

Ainsi peut-on comprendre le sens et la portée du mot « dire » au début des Dix Commandements, dont le sens semble, à première vue, obscur, comme mentionné plus haut.

Explication

Cela explique le mot « dire » (leimor) au début des Dix Commandements, qui, comme on l’a demandé au début, semblait n’avoir aucun sens, puisque tout Israël avait entendu D.ieu directement.

אך הענין והפי׳ לחזור ולאומרו בכל זמן ולדוררות דהיינו גם עכשיו כשאדם לומד יהיה ממש

Mais voici le sens et l’explication : le répéter et le dire en tout temps et dans toutes les générations ; autrement dit, même maintenant, lorsqu’une personne étudie, ce sera véritablement

Explication

« Dire » signifie que ces paroles doivent être dites de nouveau en tout temps et dans chaque génération, de sorte que même maintenant, lorsqu’une personne étudie, c’est comme il est décrit dans la partie suivante.

כמו שהקב״ה [שהקדוש ברוך הוא] בעצמו אומר ומדבר כמו בשעת מ״ת [מתן תורה] כי כך הוא באמת הלימוד הוא המשכת סוכ״ע [סובב כל עלמין] אני המשנה המדברת בפיך כנ״ל

comme si le Saint béni soit-Il Lui-même disait et parlait, comme au moment du Don de la Torah. Car telle est bien la vérité : l’étude opère l’attraction de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) — « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche » — comme mentionné plus haut.

Explication

C’est comme si D.ieu Lui-même disait et parlait, comme lors du Don de la Torah. En vérité, l’étude fait descendre sovev kol almin : « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche. »

(ועמ״ש מזה ג״כ בד״ה וידבר משה אל ראשי המטות כו׳ גבי פי׳ לאמר זה הדבר כו׳ ובפ׳ יתרו בד״ה החדש השלישי כו׳)

(Voir également ce qui est écrit à ce sujet dans le discours qui commence par « Et Moché parla aux chefs des tribus », etc., au sujet de l’explication de « dire : voici la chose », etc., ainsi que dans la paracha de Yitro, dans le discours qui commence par « Le troisième mois », etc.)

Explication

Une parenthèse renvoie au discours « Et Moché parla aux chefs des tribus », au sujet de l’explication de « dire : voici la chose », ainsi qu’au discours « Le troisième mois » dans la paracha de Yitro.

והנה ז״ש [זהו שכתוב] לאמר אנכי הוי׳ אלקיך פי׳ שע״י עסק התורה בבחי׳ זו יהיה אנכי הוי׳ אלהיך שיומשך מבחי׳ אנכי מי שאנכי סוכ״ע [סובב כל עלמין] להיות אלקיך שלך ממש והוא יחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] ושכינתיה הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] שונה כנגדו וה״ע [וזהו ענין] דירה בתחתונים.

Et voici le sens de ce qui est écrit : « dire : Je suis Havaya ton D.ieu ». Cela signifie que, par l’étude de la Torah de cette manière, il y aura « Je suis Havaya ton D.ieu » : le niveau de « Moi — Celui que Je suis », sovev kol almin, sera attiré ici-bas pour devenir « ton D.ieu », véritablement le tien. C’est là l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina (Présence divine) : le Saint béni soit-Il étudie en face de lui. Et c’est là le sens d’une demeure dans les mondes inférieurs.

Explication

Ainsi, « dire : Je suis Havaya ton D.ieu » signifie que, par une telle étude de la Torah, « Moi », Anochi mi she’anochi, le niveau de sovev, est attiré ici-bas pour devenir « ton D.ieu », véritablement le tien. C’est l’union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina : D.ieu étudie en face de celui qui étudie. C’est là la demeure dans les mondes inférieurs.

Le paragraphe 43 en bref

La question initiale du maamar trouve sa réponse : « dire » signifie que les Dix Commandements sont redits dans chaque génération, car lorsqu’un Juif étudie la Torah, c’est comme si D.ieu Lui-même parlait par sa bouche, et le « Moi » transcendant devient « ton D.ieu ».

Pour aller plus loin

Comme le cite la note du Kehot, le discours de l’Admour Hazaken de 5570 présente la chose comme une question : celui qui étudie se trouve dans le temps, tandis que D.ieu est au-dessus du temps ; comment D.ieu peut-Il donc étudier « en face de lui » ? La réponse est que le niveau qui dépasse le temps et l’espace rayonne dans le temps et l’espace. Le présent de « voici, il vient » et le renouvellement quotidien de la Torah expriment la même idée.

Maré mekomot

  1. 1
    ובזה יובן פי׳ וענין תיבת לאמר · ראה ספר השיחות תשנ״ב ח״ב ע׳ 335.
  2. 2
    תיבת לאמר · Exodus 20:1
  3. 3
    וידבר משה אל ראשי המטות כו׳ גבי פי׳ לאמר זה הדבר · Numbers 30:2
  4. 4
    לאמר אנכי ה׳ אלקיך · Exodus 20:2
  5. 5
    אנכי מי שאנכי · ראה לעיל פנחס פ, ב. תניא מהדו״ק ע׳ תו.
  6. 6
    הקב״ה שונה כנגדו · בסה״מ תק״ע ע׳ י כתב בלשון קושיא: ”ומה שאמרו ז״ל דכל היושב וקורא ושונה הקב״ה יושב וקורא ושונה כנגדו אעפ״י שהאדם הקורא הוא בבחי׳ זמן, והקב״ה הוא למעלה מבחי׳ הזמן כו׳, הענין הוא דמלמעלה מן הזמן ומקום מאיר ונמשך בבחי׳ זמן ומקום והוא מ״ש דהקב״ה יושב ושונה כנגדו מלמעלה מן הזמן לבחי׳ זמן כו׳”.

44ולכן יהיה בכל יום כחדשים כמוכ אז בשעת מ״ת [מתן תורה] מאחר שהגילוי יהיה מבחי׳ אנכי סכ״ע [סובב כל עלמין] וכנ״ל.

C’est pourquoi chaque jour sera comme nouveau, comme ce fut alors, au moment du Don de la Torah, puisque la révélation viendra du niveau d’Ano’hi (« Je »), la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), comme indiqué plus haut.

Explication

La Torah sera donc nouvelle chaque jour, comme lors du Don de la Torah, puisque la révélation vient d’Ano’hi, le niveau de sovev kol almin.

ואזי יהי׳ [יהיה] בחינת תמתי פי׳ תמתי שישראל גורמים התמימות והשלימות יחוד קוב״ה [קודשא בריך הוא] מה שהוא קדוש ומובדל ואינו יכול לבוא בהתגלות תוך עלמין

Et alors se manifestera le niveau de « ma parfaite » (tamati). Le sens de tamati est qu’Israël fait advenir la plénitude et l’achèvement de l’union du Saint béni soit-Il — ce qui est saint et séparé, et ne peut se révéler au sein des mondes :

Explication

Il y a alors le niveau de « ma parfaite » (tamati) : Israël fait advenir la plénitude de l’union du Saint béni soit-Il, le niveau qui est saint et séparé et ne peut se révéler au sein des mondes.

הנה ע״י כל הנ״ל בעסק התורה יומשך ויתגלה להיות יחוד ותמימות ממש אחרי שמסרו נפשם בבחי׳ ביטול ממש שעי״ז יוכל להיות הגילוי כו׳

par tout ce qui précède, en s’adonnant à l’étude de la Torah, cela sera attiré vers le bas et révélé, de sorte qu’il y ait une union et une plénitude véritables, après qu’ils auront livré leur âme dans un état de véritable annulation de soi (bitoul), ce qui rend possible la révélation, etc.

Explication

Par tout ce qui a été décrit, en étudiant la Torah, ce niveau est attiré vers le bas et révélé : une union et une plénitude véritables. Cela vient après qu’ils se sont livrés dans une véritable annulation de soi, qui rend la révélation possible.

והיינו ג״כ מארז״ל [מאמר רבותינו זכרונם לברכה] תמתי תאומתי כו׳ ברה היא ליולדתה מלשון ברה כחמה היא בחי׳ אתהפכא חשוכא לנהורא כו׳ וזהו נעוץ תחלתן בסופן וסופן בתחלתן.

C’est également le sens de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Tamati (ma parfaite), te’omati (ma jumelle) », etc. « Elle est pure (bara) pour celle qui l’a mise au monde » — selon l’expression « claire (bara) comme le soleil » : c’est le niveau de la transformation des ténèbres en lumière, etc. Et c’est là « leur commencement est enchâssé dans leur fin, et leur fin dans leur commencement ».

Explication

Les Sages lisent tamati comme te’omati, « ma jumelle ». « Elle est pure (bara) pour celle qui l’a mise au monde » est rapproché de « claire (bara) comme le soleil » : la transformation des ténèbres en lumière. C’est là « leur commencement est enchâssé dans leur fin, et leur fin dans leur commencement ».

ראוהבנות ו יאשרוה מבואר בזהר ויחי (דרמ״ה סע״ב [סוף עמוד ב]) והוא כענין המבואר במ״א בפי׳ אשר קדשנו במצותיו. אשר הוא בחינת תענוג עליון כו׳:

« Les filles l’ont vue et l’ont déclarée heureuse (vaye’ashruha) » est expliqué dans le Zohar, Vayechi (fin de 245b) ; cela est analogue à ce qui est expliqué ailleurs au sujet du sens de « qui (asher) nous a sanctifiés par Ses commandements » : asher est le niveau du plaisir suprême, etc.

Explication

« Les filles l’ont vue et l’ont déclarée heureuse » est expliqué dans le Zohar sur la paracha Vayechi (fin de 245b). Cela ressemble à l’explication donnée ailleurs de « qui (asher) nous a sanctifiés par Ses commandements », où asher désigne le plaisir suprême.

Le paragraphe 44 en bref

Le maamar s’achève sur la suite du verset : par le sacrifice de soi et l’étude de la Torah, Israël devient la « parfaite » de D.ieu, Sa « jumelle », et complète l’union du Saint béni soit-Il, de sorte que Sa lumière transcendante se révèle ici-bas et que les ténèbres se transforment en lumière.

Pour aller plus loin

« Leur commencement est enchâssé dans leur fin » décrit le cercle que le maamar a tracé : le niveau le plus élevé, saint et séparé, se révèle précisément par le niveau le plus bas, l’étude de la Torah par l’homme en ce monde. L’image de la « jumelle » exprime un partenariat dans lequel Israël complète l’union de D.ieu.

Maré mekomot

  1. 1
    תמתי תאומתי · שהש״ר במקומו.
  2. 2
    תמתי תאומתי · Shir HaShirim Rabbah 5:2:2
  3. 3
    ברה היא ליולדתה · Song of Songs 6:9
  4. 4
    ברה כחמה · Song of Songs 6:10
  5. 5
    אתהפכא חשוכא לנהורא · Zohar, Introduction 9:48–10:56
  6. 6
    ראוהבנות ו יאשרוה · Zohar, Vayechi 72:742–751

Maamar terminé ?

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Dans la avoda

Avant d’étudier, une personne doit méditer sur la grandeur et l’unité de D.ieu dans les Pessouké déZimra et le Chema, jusqu’à être prête à donner son âme à D.ieu, puis traduire cette disposition en acte en donnant la tsédaka provenant du labeur de ses mains. Son étude de la Torah — Michna, Baraïta et Talmud — et surtout l’étude approfondie qui élucide la halakha, devient alors la parole même de D.ieu dans sa bouche, renouvelée chaque jour, et transforme l’obscurité en lumière.

Questions à discuter

  1. Pourquoi le maamar insiste-t-il sur le fait que la création ne peut procéder d’un enchaînement de cause à effet, et comment cela conduit-il à l’idée que la grandeur et l’humilité de D.ieu se trouvent en un même lieu ?
  2. En quel sens la parole d’une personne lorsqu’elle étudie la Torah est-elle « la parole de D.ieu », et comment cela explique-t-il « En tout lieu où Je mentionne Mon Nom » ?
  3. Pourquoi la Michna est-elle une « reine », la Baraïta une « concubine » et les halakhot du Talmud des « jeunes filles » ? Que révèle chacune sur la manière dont la Lumière infinie est dévoilée ?
  4. Pourquoi le sacrifice de soi du Chema et la tsédaka donnée sur le fruit de son propre labeur doivent-ils précéder l’étude de la Torah pour qu’elle puisse attirer la lumière du sovev kol almin ?
  5. Comment le maamar répond-il finalement à sa question sur le mot « en disant » dans les Dix Commandements, et que signifie le fait que la Torah soit renouvelée chaque jour ?

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Sommaire

Likkutei Torahלקוטי תורה

Parshas Shir HaShirimשיר השירים

  1. 1שיר השירים אשר לשלמה ישקנו מנשיקות…The Song of Songs, which is Solomon’s
  2. 2שיר השירים אשר לשלמהThe Song of Songs, which is Solomon’s
  3. 3לריח שמניך טובים שמן תורק שמך…For Fragrance, Your Oils Are Good
  4. 4לריח שמניך טובים שמן תורק שמך…For the fragrance of your goodly oils
  5. 5שחורה אני ונאוה בנות ירושלים וגו׳“I am black and comely, O daughters of Jerusalem”
  6. 6שחורה אני ונאוה בנות ירושלים כאהלי…“I Am Black, yet Comely, O Daughters of Jerusalem”
  7. 7ביאור ענין שחורה אני ונאוהAn Explanation of “I Am Black, yet Comely”
  8. 8ביאור הדברים ע״פ שחורה אני ונאוהAn Explanation of the Matters on “I Am Black, Yet Comely”
  9. 9לסוסתי ברכבי פרעה דמיתיך רעיתי“To My Mare Among Pharaoh’s Chariots I Have Likened You, My Beloved”
  10. 10לסוסתי ברכבי פרעה דמיתיך רעיתיTo My Mare Among Pharaoh’s Chariots
  11. 11נאוו לחייך בתורים צוארך בחרוזים“Your Cheeks Are Comely with Torim, Your Neck with Strings of Beads”
  12. 12הנך יפה רעיתי יפה עיניך יונים…“Behold, You Are Fair, My Beloved; Your Eyes Are Doves”
  13. 13קול דודי הנה זה בא מדלג…“The Voice of My Beloved! Behold, He Comes, Leaping over the Mountains”
  14. 14ולהבין ענין מדלג על ההרים מקפץ…To Understand “Leaping over the Mountains, Skipping over the Hills”
  15. 15יונתי בחגוי הסלע בסתר המדרגהMy dove, in the clefts of the rock, in the hidden place of the step: show me your appearance
  16. 16ביאור ע״פ יונתי בחגוי הסלע וגו׳An explanation of the verse “My dove, in the clefts of the rock”
  17. 17עוד ביאור הדברים ע״פ יונתי בחגוי…A further explanation of “My dove, in the clefts of the rock”
  18. 18צאינה וראינה בנות ציון במלך שלמה…Go Out and Gaze, O Daughters of Zion
  19. 19להבין ענין הטעם למה שהאתדל״ע הבאה…To Understand Why the Arousal from Above That Follows the Arousal from Below
  20. 20צאינה וראינה בנות ציון במלך שלמה…Go Out and Gaze, O Daughters of Zion
  21. 21ביאור הדבריםAn Explanation of the Matter: “Keser Is Above All the Ten Sefiros”
  22. 22לבבתני אחותי כלהYou Have Captured My Heart, My Sister, My Bride
  23. 23ביאור על פסוק לבבתניAn Explanation of the Verse “You Have Captured My Heart”
  24. 24באתי לגני אחותי כלה אריתי מורי…“I Have Come into My Garden, My Sister, [My] Bride”
  25. 25ביאור ע״פ באתי לגניAn Explanation of the Verse “I Have Come into My Garden”
  26. 26אני ישנה ולבי ער קול דודי…“I Am Asleep, but My Heart Is Awake”
  27. 27להבין ביאור הדברים ע״פ אני ישנה…To Understand the Explanation of “I Am Asleep, but My Heart Is Awake”
  28. 28הסבי עיניך וגו׳“Turn Away Your Eyes”
  29. 29שניך כעדר הרחלים שעלו מן הרחצה…Your Teeth Are Like a Flock of Ewes That Have Come Up from the Washing
  30. 30ששים המה מלכות ושמונים פילגשים ועלמות…There are sixty queens, and eighty concubines, and maidens without number
  31. 31לבאר הדברים ע״פ ששים המה מלכות…“There Are Sixty Queens”
  32. 32ששים המה מלכות ושמונים פילגשים כו׳There are sixty queens and eighty concubines
  33. 33הנה ענין מדלג על ההרים הוא…“Leaping upon the Mountains”
  34. 34מה יפו פעמיך בנעלים כו׳
  35. 35מי יתנך כאח לי יונק שדי…
  36. 36שימני כחותם על לבך כו׳
  37. 37ביאור על זה
  38. 38כי על כל כבוד חופה
  39. 39ביאור הדברים ע״פ כי על כל…
  40. 40תנו רבנן כיצד מרקדין לפני הכלה…
  41. 41כי כאשר השמים החדשים כו׳
  42. 42ביאור ע״פ כי כאשר השמים כו׳