Likkutei Torah · Parshas Bamidbar · Maamar 4
וידבר ה׳ אל משה במדבר סיני באוהל מועד…
« Et Havaya parla à Moché dans le désert du Sinaï »
L’idée centrale
L’âme descend dans un corps afin de s’élever plus haut qu’elle ne l’a jamais été dans le Gan Eden : par la Torah et les mitsvot, elle reçoit une lumière d’Atsilout même. Elle s’élève en deux étapes désignées dans le verset : « le désert du Sinaï », une soif de D.ieu née de la vision de chaque monde comme néant devant Lui, et « la Tente de la Rencontre », l’unité de D.ieu révélée dans l’âme par la Torah et les mitsvot, que Aharon et Moché attirent en chaque Juif, après qu’il a d’abord quitté « l’Égypte » en se détournant du mal.
Le maamar en bref
Le maamar interprète le recensement au début de Bamidbar comme l’élévation des âmes d’Israël. La descente d’une âme dans un corps semble être une perte ; pourtant, par la Torah et les mitsvot, elle attire une lumière d’Atsilout supérieure à tout ce qu’elle connaissait dans le Gan Eden supérieur. C’est pourquoi une heure de techouva et de bonnes actions ici-bas vaut mieux que tout le Monde futur. Cette grandeur s’atteint par deux niveaux. « Le désert du Sinaï » est midbar, la parole : la prière avec un amour ardent et une soif, qui naît de la méditation sur le fait que tous les mondes sont un désert sans vie devant D.ieu ; elle éveille un cri du cœur et la haine du mal. Les Pessouké deZimra et la bénédiction Yotser Or la développent. « La Tente de la Rencontre » est l’unité de D.ieu attirée dans l’âme par la « tente » de la Torah et des mitsvot ; elle étanche la soif dans la joie, comme dans Ahavat Olam. Moché, le chouchbin du Roi, fait descendre l’unité ; Aharon, le chouchbin de la Reine, embrase les âmes. Dans les deux cas, il faut d’abord sortir d’Égypte en se détournant du mal. Enfin, « Relevez la tête » marque l’ascension à travers les trois niveaux de la compassion de Yaakov, jusqu’à un amour qui dépasse l’intellect.
Plan
- Le recensement comme élévation des âmes« Selon leurs familles » et « toi et Aharon » : les âmes d’Israël sont élevées par Moché et Aharon, les chouchbin du Roi et de la Reine.¶1
- La descente en vue d’une ascensionPar la Torah et les mitsvot, l’âme attire une lumière d’Atsilout, supérieure au Gan Eden supérieur ; puis midbar est présenté comme la parole, la prière ardente et pleine de soif, qui affine l’âme animale.¶2
- Le désert du Sinaï : la soif et le cri du cœurVoir que D.ieu seul est la vie éveille la soif, un cri devant l’éloignement d’avec Lui et la haine du mal ; la prière quotidienne, les Pessouké deZimra et Yotser Or développent cette soif jusqu’à Ahavat Olam.¶3–5
- La Tente de la Rencontre : l’unité de D.ieu dans l’âmeMo’ed signifie être « connu » et uni : l’unité de D.ieu est révélée dans l’âme par la « tente » de la Torah et des mitsvot, Sa sagesse et Sa volonté, comme une étreinte atteint un ami à travers son corps.¶6–7
- Moché, Aharon et la sortie d’ÉgypteMoché fait descendre Daat, une connaissance vécue de D.ieu ; Aharon embrase l’amour ardent des âmes ; mais il faut d’abord sortir d’Égypte en se détournant du mal (itkafya), et le « deuxième mois » apporte alors la transformation des ténèbres en lumière.¶8–9
- Trois niveaux de compassionLa compassion provient de Daat ; la compassion de Yaakov, issue de la connaissance de D.ieu, se ramifie en la compassion des douze tribus, semblable aux eaux inférieures qui pleurent, puis en celle des soixante-dix âmes : la compassion pour l’âme parce qu’elle est revêtue d’un corps.¶10–14
- Élever l’âme jusqu’à « selon leurs crânes »L’âme est élevée à travers les trois niveaux, du bas vers le haut, comme dans les trois mentions de la compassion avant le Chema et dans le compte du Omer, jusqu’au grand amour qui dépasse l’intellect, révélé au Sinaï, « selon leurs crânes ».¶15
Notions clés
- Midbar (désert, parole)מדבר
- À lire de trois façons : comme dibbour, la parole de la prière ; comme « Il soumet », lorsque le Temple existait ; et comme un désert aride, l’état d’exil qui donne à l’âme soif de D.ieu.
- La Tente de la Rencontreאוהל מועד
- L’unité de D.ieu attirée et révélée dans l’âme ; elle passe par la « tente » de la Torah et des mitsvot, qui recouvrent Sa lumière comme une ombre recouvre, et étanche la soif de l’âme dans la joie.
- Les chouchbin du Roi et de la Reineשושבינא דמלכא, שושבינא דמטרוניתא
- Moché conduit le « Fiancé », D.ieu, jusqu’à l’âme par Daat ; Aharon élève la « fiancée », la Communauté d’Israël, en embrasant les âmes comme les lampes de la ménorah.
- Soumettre et transformer (itkafya et it’hap’ha)אתכפיא, אתהפכא
- Se détourner du mal en contraignant la sitra a’hra à céder constitue la première étape, la sortie d’Égypte ; transformer les ténèbres en lumière constitue la deuxième, la soif ardente du « désert du Sinaï ».
- Atsilout au sein d’Assiyaאצילות שבעשיה
- La lumière d’Atsilout dissimulée dans la dimension intérieure du monde le plus bas dépasse infiniment le niveau le plus élevé de Béria ; seule la Torah et les mitsvot, accomplies dans un corps, la font descendre.
- Trois niveaux de compassionג׳ מיני רחמנות
- La compassion de Yaakov, celle des douze tribus et celle des soixante-dix âmes descendent dans cet ordre ; l’âme s’élève à travers elles du bas vers le haut : « selon leurs familles », « selon la maison de leurs pères » et Yaakov.
- Le crâne (goulgolet)גלגולת
- Le crâne entoure la tête et le cerveau sans être revêtu en eux ; il représente le grand amour qui dépasse l’intellect, un « service de don » révélé au Don de la Torah.
Le recensement comme élévation des âmes ¶1
1וידבר ה׳ אל משה במדבר סיני12 באוהל מועד וגו׳ שאו את ראש כל עדת בנ״י [בני ישראל] למשפחותם3 וגו׳ תפקדו אותם לצבאותם אתה ואהרן.4
« Havaya parla à Moché dans le désert du Sinaï, dans la Tente d’assignation », etc. ; « Relève la tête de toute l’assemblée des enfants d’Israël, selon leurs familles », etc. ; « vous les dénombrerez selon leurs légions, toi et Aharon ».
Le maamar s’ouvre sur les premiers versets du livre de Bamidbar : D.ieu parle à Moché « dans le désert du Sinaï, dans la Tente d’assignation » et lui ordonne de dénombrer le peuple. Chacune de ces expressions sera interprétée comme une étape du service de l’âme : le « désert du Sinaï » et la « Tente d’assignation » comme deux niveaux, « Relève la tête » comme l’élévation des âmes, et « toi et Aharon » comme les deux dirigeants par l’intermédiaire desquels elle s’accomplit.
הנה למשפחותם פי׳ לבחי׳ ע׳ [שבעים] משפחות שיצאו מע׳ נפש יוצאי ירך יעקב5 וכדי להרים ולישא ראש ומוחין של נש״י [נשמות ישראל] המושרשים במקור חוצבם בחי׳ כנ״י [כנסת ישראל] להעלותם
Or, « selon leurs familles » signifie : au niveau des soixante-dix familles issues des soixante-dix âmes « qui sortirent de la hanche de Yaakov ». Et afin d’élever et de relever la tête et l’intellect (mo'hin) des âmes d’Israël, enracinées dans la source d’où elles ont été taillées, le niveau de la Communauté d’Israël (Knesset Israël), afin de les élever
« Selon leurs familles » désigne les soixante-dix familles issues des soixante-dix âmes qui descendirent en Égypte avec Yaakov. Le recensement est interprété littéralement comme une « élévation de la tête » : il s’agit d’élever l’intellect des âmes d’Israël, dont la racine est la Communauté d’Israël (Knesset Israël), la source collective de toutes les âmes juives, jusqu’au niveau que représentent les soixante-dix âmes.
לבחי׳ ע׳ [שבעים] נפש הנ״ל תפקדו אתה ואהרן שבחי׳ משה ואהרן הם המעלים ומנשאים בחי׳ כנ״י [כנסת ישראל] וכמ״ש נחית כצאן עמך6 ביד משה ואהרן כי משה הוא שושבינא דמלכא78 ואהרן שושבינא דמטרוניתא.91011
au niveau des soixante-dix âmes mentionnées ci-dessus : « vous les dénombrerez, toi et Aharon ». Car les niveaux de Moché et d’Aharon sont ceux qui élèvent et relèvent le niveau de la Communauté d’Israël, comme il est écrit : « Tu as conduit Ton peuple comme un troupeau, par la main de Moché et d’Aharon. » Car Moché est le chouchvina demalka, le compagnon du Roi, et Aharon le chouchvina dematronita, le compagnon de la Reine.
L’ordre « vous les dénombrerez, toi et Aharon » montre que cette élévation s’accomplit par l’intermédiaire de Moché et d’Aharon, comme le dit le verset des Psaumes : D.ieu a conduit Son peuple « par la main de Moché et d’Aharon ». Le Zohar appelle Moché le compagnon du Roi et Aharon le compagnon de la Reine ; le maamar expliquera plus loin (section 3) le rôle de chacun pour les unir.
Le maamar présente ses versets et son thème : le dénombrement d’Israël « selon leurs familles » consiste à élever les âmes d’Israël vers des niveaux supérieurs, et s’accomplit par l’intermédiaire de Moché et d’Aharon, les compagnons du Roi et de la Reine.
La note de Kehot sur les premiers mots indique que ce maamar figure dans Sefer HaMaamarim 5563 avec deux versions supplémentaires, dans Or HaTorah sur Bamidbar avec d’autres gloses et plusieurs abrégés, ainsi que sur le même verset dans Sefer HaMaamarim 5566 et 5570 ; elle précise également que la liste des manuscrits dans les additions montre qu’il fut aussi prononcé en 5557. L’image nuptiale des deux compagnons, dont l’un conduit le marié à la mariée et l’autre la mariée au marié, est expliquée par le maamar lui-même à la section 3.
Maré mekomot
- 1וידבר — במדבר סיני · בספר המאמרים — תקס״ג ע׳ תפא עוד ב׳ נוסחאות. באוה״ת במדבר ע׳ ט עם הגהות אחרות. קיצור שם טז. יז. כו. כט. ובכרך-ד ע׳ א׳תכא. סיום המאמר כרך-ה ע׳ א׳תקנא. א׳תקנד. קיצור הענין כרך-ו ע׳א׳תשא. (וראה ג״כ ד״ה זה בסה״מ תקס״ו ע׳ קצ. סה״מ תק״ע ע׳ צה). ראה להלן בהוספות ברשימת הכת״י שמאמר זה נאמר (ג״כ) בשנת תקנ״ז. וראה גם סו״ס מאמרים הקצרים ע׳ תרכה הע׳ 164.
- 2
- 3שאו את ראש כל עדת בנ״י למשפחותם · Numbers 1:2
- 4תפקדו אותם לצבאותם אתה ואהרן · Numbers 1:3
- 5שיצאו מע׳ נפש יוצאי ירך יעקב · Genesis 46:8
- 6נחית כצאן עמך · Psalms 77:21
- 7משה הוא שושבינא דמלכא · זח״ג ברע״מ כ, א. נג, ב. ערה, ב.
- 8משה הוא שושבינא דמלכא · Zohar, Vayikra 47:334–49:342
- 9ואהרן שושבינא דמטרוניתא · Zohar I, 266b
- 10ואהרן שושבינא דמטרוניתא · Zohar, Addenda, Volume I 50:362–373
- 11
La descente en vue d’une ascension ¶2
2וביאור הדבר הנה נודע שירידת נשמותיהם של ישראל להתלבש בגוף ונפש הבהמית בעוה״ז היא ירידה גדולה להן ממעלתן וממדרגתן שהיו מקודם
Explication de la chose : il est connu que la descente des âmes d’Israël, qui viennent s’envelopper dans un corps et une âme animale en ce monde, constitue pour elles une grande descente par rapport au rang et au niveau où elles se trouvaient auparavant.
L’Alter Rebbe commence à expliquer le thème de l’élévation des âmes. La venue de l’âme dans un corps, où elle vit avec une âme animale en ce monde, représente une grande chute par rapport au niveau qu’elle avait auparavant.
לכן שבעודן קשורות במקורן היו נהנין מזיו השכינה1 בג״ע [בגן עדן] עליון ותחתון אך הירידה צורך עלייה2 היא.
En effet, tant qu’elles étaient encore liées à leur source, elles jouissaient de l’éclat de la Chekhina (Présence divine) dans le Gan Eden supérieur et inférieur. Mais la descente a pour but une élévation.
Avant la naissance, l’âme, encore liée à sa source, jouissait de l’éclat de la Chekhina dans le Gan Eden supérieur et inférieur, le paradis spirituel. Pourtant, la descente a « pour but une élévation » : l’âme finira par atteindre un niveau supérieur à celui d’où elle est partie.
והנה ארז״ל [אמרו רבותינו זכרונם לברכה] דע מאין באת3 ולאן אתה הולך4 פי׳ שמקור הנשמה היא מאין בחי׳ ג״ע [גן עדן] העליון (וע׳ בליקוטי הש״ס [הששה סדרים] מהאריז״ל [מהאר״י זכרונו לברכה] ע״ז המאמר) והולכת לקבל שכרה לבחי׳ אן שהיא ג״ע [גן עדן] התחתון
Or, nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Sache d’où tu viens et où tu vas. » Cela signifie que la source de l’âme est dans le « d’où » (me’ayin), le niveau du Gan Eden supérieur (voir aussi Likkutei HaShas de l’Arizal, de mémoire bénie, à propos de cet enseignement), et qu’elle va recevoir sa récompense au niveau du « où » (le’an), qui est le Gan Eden inférieur.
La Michna dans Avot demande à l’homme de savoir « d’où tu viens et où tu vas ». L’Alter Rebbe comprend les deux termes désignant le « où » comme faisant référence à deux niveaux : me’ayin, la source de l’âme dans le Gan Eden supérieur, et le’an, le Gan Eden inférieur, où elle va recevoir sa récompense après sa vie ici-bas.
כי אן הוא מלשון אנה שהוא נופל על דבר שיש בו מקום וגבול כמו אנה פניך מועדות5 (ביחזקאל סי׳ כ״א)
Car an est apparenté au mot anah (« vers où »), qui s’applique à une chose ayant une place et une limite, comme dans « Vers où ton visage est-il tourné ? » (Ye’hezkel, chapitre 21),
Le mot an est lié à anah, « vers où », qui s’emploie pour un lieu aux limites définies, comme dans le verset de Ye’hezkel. Ainsi, le’an désigne un niveau qui comporte une place et une limite.
דהיינו בחי׳ ג״ע [גן עדן] התחתון שהוא בבחי׳ מקום וגבול כמארז״ל [כמאמר רבותינו זכרונם לברכה] בפ״ט דפסחים6 העולם א׳ מששים בגן7 כו׳ וא״כ מהו היתרון והמעלה.
c’est-à-dire le niveau du Gan Eden inférieur, qui est caractérisé par une place et une limite, comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie, au chapitre 9 de Pessa’him : « Le monde représente un soixantième du Jardin », etc. Dès lors, quel est l’avantage et la supériorité [de la descente] ?
Le Gan Eden inférieur est un niveau délimité : le Talmud mesure le monde comme un soixantième du Jardin, ce qui montre que le Jardin lui aussi possède une mesure. Cela soulève la question : si l’âme vient du Gan Eden supérieur et ne retourne qu’au Gan Eden inférieur, qu’a-t-elle gagné en descendant ?
אלא הענין שתכלית ירידת הנשמות לא היתה בשביל קיבול שכרן בעוה״ב [בעולם הבא] בלבד אלא הירידה היא צורך עליה גם בעודן בעוה״ז מלובשות בגוף הגשמי והוא ענין מארז״ל [מאמר רבותינו זכרונם לברכה] יפה שעה אחת בתשובה8 ומע״ט [ומעשים טובים] בעוה״ז מכל9 חיי העוה״ב [העולם הבא]10
Mais voici le propos : le but de la descente des âmes n’était pas seulement qu’elles reçoivent leur récompense dans le Monde futur ; la descente a pour but une élévation même lorsqu’elles sont encore en ce monde, enveloppées dans un corps physique. C’est le sens de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Une heure de techouva et de bonnes actions en ce monde vaut mieux que toute la vie du Monde futur. »
La réponse est que le gain de la descente ne se limite pas à la récompense du Monde futur ; l’élévation se produit déjà ici, tandis que l’âme est dans le corps. La Michna dans Avot le dit clairement : une heure de techouva et de bonnes actions en ce monde vaut mieux que toute la vie du Monde futur.
כי כל חיי העוה״ב [העולם הבא] הוא שנהנין מזיו השכינה ואין זה אלא זיו כו׳ משא״כ תשובה ומע״ט [ומעשים טובים] נק׳ בזוהר לאשתאבא בגופא דמלכא11
Car toute la vie du Monde futur consiste à jouir de l’éclat de la Chekhina, et ce n’est qu’un éclat, etc. En revanche, la techouva et les bonnes actions sont appelées dans le Zohar « être absorbé dans le corps du Roi » (le’ishtaava begufa demalka).
Le Monde futur consiste à jouir d’un « éclat » de la Chekhina, une lumière qui rayonne depuis D.ieu sans être D.ieu Lui-même. Le Zohar désigne la techouva et les bonnes actions comme le fait d’être « absorbé dans le corps du Roi » : une union avec D.ieu Lui-même, comme la nourriture est absorbée par le corps qui la consomme.
(וע׳ בפ׳ יתרו ע״פ זכור12 את יום השבת ובשיר השירים ע״פ אני ישנה1314 מענין פי׳ לאשתאבא בגופא דמלכא, והנה עם היות כי עיקר גילוי בחי׳ זו יהי׳ [יהיה] לעתיד וע״ז אמרו עתידים צדיקים שיאמרו לפניהם קדוש.15
(Voir à ce sujet la paracha de Yitro, sur le verset « Souviens-toi du jour du Chabbat », ainsi que le Cantique des Cantiques, sur le verset « Je dors », au sujet du sens de « être absorbé dans le corps du Roi ». Or, bien que la révélation essentielle de ce niveau n’ait lieu que dans les Temps futurs, c’est à ce sujet qu’ils ont dit : « Les justes sont destinés à ce que l’on dise devant eux : “Saint” »,
Une longue parenthèse commence ici : elle renvoie le lecteur à deux autres maamarim qui expliquent l’expression « être absorbé dans le corps du Roi ». La pleine révélation de cette union appartient aux Temps futurs ; à son propos, le Talmud dit que l’on dira « Saint » devant les justes, comme on le dit devant D.ieu.
מ״מ הארה מבחי׳ זו מאיר ג״כ בג״ע [בגן עדן] וכמ״ש בסש״ב [בספר של בינונים] פ׳ ל״ט בשם הזוהר ונהנין מזיו השכינה כו׳ והוא זיו תורתן ועבודתן ממש16 כו׳,
Néanmoins, un reflet de ce niveau brille également dans le Gan Eden, comme il est écrit dans le Sefer Shel Beinonim, au chapitre 39, au nom du Zohar : « Et ils se délectent de l’éclat de la Chekhina », etc. Cet éclat est celui de leur propre Torah et de leur service, etc.
Même ainsi, un reflet de ce niveau brille déjà dans le Gan Eden. Le Tanya (chapitre 39) cite le Zohar, selon lequel les âmes « se délectent de l’éclat de la Chekhina », et explique que cet éclat est celui de leur propre Torah et de leur service, la lumière attirée par leurs actes.
ולפ״ז [ולפי זה] יש לומר שזיו תורתן ועבודתן המאיר בג״ע [בגן עדן] התחתון הוא הגבה מאוד נעלה מהבחי׳ שהשיגה הנשמה אפי׳ [אפילו] בג״ע [בגן עדן] העליון קודם ירידתה בעוה״ז והוא מובן ע״ד מ״ש בס׳ הגלגולים פ׳ עשרים הובא בתו״א [בתורה אור] פ׳ חיי שרה בד״ה עיין מ״ש בע״ח [בעץ חיים]
Dès lors, on peut dire que l’éclat de leur Torah et de leur service qui brille dans le Gan Eden inférieur est infiniment plus élevé que le niveau atteint par l’âme, même dans le Gan Eden supérieur, avant sa descente dans ce monde. Cela se comprend à la lumière de ce qui est écrit dans le Sefer HaGilgulim, chapitre vingt, cité dans Torah Ohr, Parachat 'Hayé Sarah, dans le maamar commençant par « Voyez ce qui est écrit dans l’Etz 'Haïm »,
L’Admour Hazaken en tire une conclusion audacieuse : la lumière de la Torah et du service d’une âme, même lorsqu’elle brille dans le Gan Eden inférieur, dépasse de très loin tout ce que l’âme avait saisi dans le Gan Eden supérieur avant de descendre ici-bas. Il s’appuie sur un principe du Sefer HaGilgulim cité dans Torah Ohr.
וכן הוא בהרמ״ז [בהרב משה זכות] ר״פ משפטים, שבחי׳ אצילות ממש מתלבש בבי״ע בפנימיותם, ואצילות של פנימי׳ [פנימיות / פנימית] העשיי׳ [העשייה] הוא גדול לאין קץ יותר מהבחינה היותר גדולה של הבריאה שמבחי׳ עצמה.
et de même dans le Ramaz, au début de la Parachat Michpatim : le niveau d’Atsilout lui-même s’enveloppe dans les mondes de Béria, de Yetsira et d’Assiya, en leur dimension intérieure ; et l’Atsilout de la dimension intérieure d’Assiya est infiniment supérieur au niveau le plus élevé de Béria en elle-même.
Ce principe, que l’on trouve également dans le Ramaz (Rabbi Moché Zacuto), enseigne qu’Atsilout lui-même est dissimulé dans la dimension intérieure des trois mondes inférieurs. Même l’Atsilout dissimulé dans Assiya, le monde le plus bas, est infiniment supérieur au niveau le plus élevé que Béria possède par elle-même.
והנה ג״ע [גן עדן] העליון הוא מבריאה וע״י תורה ומצות ממשיכים מ״ד [מיין דוכרין] דאצילות כמ״ש בד״ה עיין מ״ש בע״ח [בעץ חיים] הנ״לובפ׳ ב ראשית בביאור ע״פ כי כאשר השמים החדשים17 כו׳ שהמשכת האצילות בבי״ע נעשה ע״י תורה ומצות דוקא ע״ש.
Or, le Gan Eden supérieur relève de Béria, et par la Torah et les mitsvot, on attire le mayin doukhrin (les eaux masculines) d’Atsilout, comme il est expliqué dans le maamar mentionné plus haut, qui commence par « Voyez ce qui est écrit dans l’Etz 'Haïm », ainsi que dans la Parachat Berechit, dans le commentaire sur le verset « Car, comme les nouveaux cieux », etc. : l’attraction d’Atsilout dans les mondes de Béria, de Yetsira et d’Assiya s’accomplit précisément par la Torah et les mitsvot ; voyez là-bas.
Le Gan Eden supérieur appartient au monde de Béria. Par la Torah et les mitsvot, on attire le « mayin doukhrin », le flux descendant de lumière divine, depuis Atsilout ; seule la Torah et les mitsvot font pénétrer Atsilout dans les mondes inférieurs, comme l’expliquent deux maamarim de Torah Ohr.
ונמצא הנשמה קודם שירדה בעולם הזה לקיים התורה ומצות כשהיתה בג״ע [בגן עדן] העליון שהוא בבריאה לא השיגה כלל בחי׳ אצילות שבבריאה, שהרי בחי׳ אצילות אינו נמשך רק ע״י תורה ומצות כנ״ל, ואף הנשמות היותר עליונות שבג״ע [שבגן עדן] העליון לא השיגו רק בחי׳ בריאה שבבריאה.
Il s’ensuit que l’âme, avant d’être descendue dans ce monde pour accomplir la Torah et les mitsvot, lorsqu’elle se trouvait dans le Gan Eden supérieur, qui est en Béria, n’avait nullement atteint le niveau d’Atsilout qui se trouve en Béria ; car le niveau d’Atsilout n’est attiré que par la Torah et les mitsvot, comme indiqué plus haut. Même les âmes les plus élevées du Gan Eden supérieur n’avaient atteint que le niveau de Béria qui se trouve en Béria.
Ainsi, l’âme dans le Gan Eden supérieur avant sa naissance, n’ayant encore accompli aucune mitsva, ne pouvait saisir l’Atsilout dissimulé en Béria. Même les âmes les plus élevées n’y saisissaient que le point suprême propre à Béria : « Béria en Béria ».
וזהו ישראל עלו במחשבה18 מחשבה היא בחי׳ בריאה. ועלה במחשבה היינו הבחי׳ יותר עליונה שבמחשבה, והיינו בחי׳ מחשבה שבמחשבה שהיא בריאה שבבריאה משא״כ בחי׳ אצילות לא השיגו כלל, ואע״פ [ואף על פי] שבפי׳ עלו במחשבה באמת יש פירושים
C’est là le sens de « Israël s’éleva dans la pensée » : la pensée est le niveau de Béria, et « s’éleva dans la pensée » désigne le niveau le plus élevé au sein de la pensée, à savoir la pensée au sein de la pensée, qui est Béria en Béria ; en revanche, elles n’atteignaient nullement le niveau d’Atsilout. Et bien que l’expression « s’éleva dans la pensée » ait, en vérité, d’autres interprétations
L’Admour Hazaken interprète ainsi l’enseignement « Israël s’éleva dans la pensée » : la « pensée » désigne le monde de Béria, et « s’éleva » en signifie le point le plus élevé, la « pensée au sein de la pensée », c’est-à-dire Béria en Béria, et non Atsilout. Il reconnaît que cet enseignement possède d’autres sens, bien plus élevés.
גבוהים יותר הרבה מבחי׳ ג״ע [גן עדן] שבבריאה כמ״ש ע״פ יונתי בחגוי הסלע19 ובשאר דוכתי מ״מ אחר שירדה הנשמה בג״ע [בגן עדן] קודם ירידתה בגוף היא בבחי׳ בריאה, אבל ע״י ירידתן בעוה״ז בקיום התומ״צ [התורה ומצות] נמשך להם זיו תורתן ועבודתן
qui sont bien plus élevés que le niveau du Gan Eden en Béria, comme il est expliqué à propos du verset « Ma colombe, dans les fentes du rocher » et en d’autres endroits ; néanmoins, une fois descendue dans le Gan Eden, avant de descendre dans le corps, l’âme se trouve au niveau de Béria. Mais par sa descente dans ce monde et l’accomplissement de la Torah et des mitsvot, l’éclat de sa Torah et de son service lui est attiré,
Ces interprétations plus élevées sont exposées dans le maamar sur « Ma colombe, dans les fentes du rocher » et ailleurs. Mais une fois descendue dans le Gan Eden, avant sa naissance, l’âme se situe au niveau de Béria ; ce n’est qu’en descendant dans ce monde et en accomplissant la Torah et les mitsvot qu’elle reçoit l’éclat de sa Torah et de son service.
שהוא הארת מ״ד [מיין דוכרין] דאצילות ממש לכך גם כשנמשך לה גילוי זה אפי׳ [אפילו] רק בג״ע [בגן עדן] התחתון שהוא בעשייה ה״ז [הרי זה] כענין האצילות שנמשך ומתלבש בפנימית העשייה שהוא גבוה יותר אין קץ מהבחינה היותר גדולה שבג״ע [שבגן עדן] העליון מצד עצמו
qui est un reflet du mayin doukhrin d’Atsilout lui-même. C’est pourquoi, même lorsque cette révélation ne lui est attirée que dans le Gan Eden inférieur, qui se trouve en Assiya, cela équivaut à Atsilout attiré et enveloppé dans la dimension intérieure d’Assiya, niveau infiniment supérieur au niveau le plus élevé du Gan Eden supérieur considéré en lui-même,
Cet éclat est une lumière d’Atsilout lui-même. Ainsi, même lorsqu’il se révèle uniquement dans le Gan Eden inférieur, qui relève d’Assiya, il s’agit d’Atsilout enveloppé dans Assiya, infiniment supérieur au meilleur du Gan Eden supérieur considéré selon ses propres termes.
שהוא כענין בחי׳ בריאה שבבריאה כנ״ל, ועמ״ש ע״פ מי מנה20 בענין אף עשיתיו21 אף מרבה בחי׳ רביעית והוא גילוי אור האצילות שאינו נמשך ומתגלה כ״א ע״י יריד׳ [ירידת] הנשמה בעוה״ז דוקא ע״ש.
qui est semblable au niveau de Béria au sein de Béria, comme indiqué plus haut. Voyez aussi ce qui est expliqué sur le verset « Qui a compté », au sujet de « Je l’ai même fait » (af assitiv) : le mot af (« même ») inclut un quatrième niveau, à savoir le dévoilement de la lumière d’Atsilout, qui n’est attirée et dévoilée que par la descente de l’âme dans ce monde précisément ; voyez là-bas.
Le meilleur du Gan Eden supérieur, selon ses propres termes, n’est que « Béria au sein de Béria ». Le lecteur est renvoyé au maamar sur « Qui a compté », où, dans le verset « Je l’ai créé, je l’ai formé, je l’ai même fait », le mot « même » ajoute un quatrième niveau au-delà de Béria, Yetsira et Assiya : la lumière d’Atsilout, dévoilée uniquement par la descente de l’âme dans ce monde.
וענין התלבשות אצילות ממש בעשיי׳ [בעשייה] יש לצייר מנבואת מרע״ה [משה רבינו עליו השלום] שהי׳ [שהיה] מאיר בו אפי׳ [אפילו] בחי׳ אצילות העליון ממש עם היותו מלובש בגוף שמעשי׳ [שמעשיה] הגשמיו׳ [הגשמיות], ועמ״ש מזה בביאור ע״פ שוש אשיש22 כו׳
La manière dont Atsilout lui-même s’enveloppe dans Assiya peut être représentée à partir de la prophétie de Moché notre maître, que la paix soit sur lui : le niveau même d’Atsilout supérieur brillait en lui, bien qu’il fût enveloppé dans un corps relevant de l’Assiya physique. Voyez ce qui est expliqué à ce sujet dans l’explication du verset « Je me réjouirai grandement », etc.,
La prophétie de Moché montre comment Atsilout peut s’envelopper dans Assiya : la lumière d’Atsilout supérieur lui-même brillait en lui, alors qu’il vivait dans un corps physique. Le lecteur est renvoyé à l’explication de « Je me réjouirai grandement » pour en savoir davantage.
וכמ״ש בשע״ק [בשערי קדושה] להרח״ו [להרבי חיים ויטאל] ח״ג [חלק ג׳] ש״ו [שער ו׳] שנבואת מרע״ה [משה רבינו עליו השלום]23 הי׳ [היה] מאצילות ממש דרך מעבר הבריאה. ועיין מ״ש עוד מענין התגלות זיו השכינה שבג״ע [שבגן עדן] התחתון ע״י מעשה המצות בפ׳ שלח ע״פ ועתה יגדל נא כו׳ ע״ש).
comme il est écrit dans Sha’arei Kedushah de Rabbi Haïm Vital, partie 3, porte 6, que la prophétie de Moché notre maître, que la paix soit sur lui, provenait d’Atsilout même, en passant par Béria. Voyez également ce qui est expliqué sur le dévoilement du rayonnement de la Chekhina dans le Gan Eden inférieur par l’accomplissement des mitsvot, dans la paracha de Chela'h, sur le verset « Et maintenant, je prie, que [la puissance] soit grande », etc. ; voyez là-bas.)
Le Sha’arei Kedushah de Rabbi Haïm Vital affirme que la prophétie de Moché provenait d’Atsilout même et ne traversait Béria qu’en passant, tandis que les autres prophètes percevaient Atsilout entièrement enveloppé dans les lumières de Béria. La parenthèse se clôt par un renvoi à la paracha de Chela'h, concernant la manière dont l’accomplissement des mitsvot dévoile le rayonnement de la Chekhina dans le Gan Eden inférieur.
אך איך ובמה תתגדל מעלת התשובה ומע״ט [ומעשים טובים] כ״כ [כל כך]. הנה הוא ע״י ב׳ בחי׳ במדבר סיני24 ובאוהל מועד בחי׳ מדבר הוא מ״ש ומדברך נאוה25 מלשון דיבור כי
Mais comment, et par quoi, la valeur de la techouva et des bonnes actions s’élève-t-elle à ce point ? Cela se fait par deux niveaux : « dans le désert du Sinaï » et « dans la Tente de la Rencontre ». Le niveau de midbar (« désert ») renvoie à ce qui est écrit : « et ta parole (midbarekh) est belle », le mot venant de dibbour (« parole »). Car
Revenons au fil principal : comment la techouva et les bonnes actions atteignent-elles une telle grandeur ? Par les deux niveaux nommés dans le verset, « dans le désert du Sinaï » et « dans la Tente de la Rencontre ». Le mot midbar, « désert », est d’abord rapproché de dibbour, « parole », comme dans « ta parole (midbarekh) est belle ».
הנה דבר ה׳ זו גילוי שכינה כו׳ וכשמתלבשת בבי״ע נק׳ מדבר בתוס׳ [בתוספת] אות מ פתוחה לפי שאז יש פתח ומבוא לחיצונים הם הקליפות וס״א [וסטרא אחרא] לינק ולקבל חיות ממנה בהתלבשותה בע״ש [בערב שבת] כו׳
« la parole de Havaya » désigne le dévoilement de la Chekhina, etc. Lorsqu’elle s’enveloppe dans Béria, Yetsira et Assiya, elle est appelée midbar, avec l’ajout de la lettre mem ouverte, car il y a alors une ouverture et un passage permettant aux forces extérieures — les kelipot (écorces) et la sitra a'hra (l’autre côté) — de puiser et de recevoir d’elle une force vitale lorsqu’elle s’enveloppe dans Assiya, etc.
« La parole de Havaya » désigne le dévoilement de la Chekhina, la parole de D.ieu présente dans la création et lui donnant vie. Lorsqu’elle s’enveloppe dans les mondes inférieurs, elle est appelée midbar : le mot dibbour reçoit une mem ouverte, laquelle évoque une ouverture par laquelle les kelipot, forces opposées à la sainteté, peuvent en tirer leur vitalité.
(ועי׳ [ועיין] בזח״א [בזהר חלק א] ד״ו ע״ב משא״כ ם סתומה עלמא דחירות26 חירות ממה״מ [מלך מלכי המלכים]27 כו׳ וע׳ בזהר ר״פ שלח בענין לםרבה המשרה2829 ובמק״מ [ובמקדש מלך] שם)
(Voyez le Zohar, partie I, page 6b : « tandis que la mem fermée est le monde de la liberté », liberté à l’égard de l’Ange de la Mort, etc. Voyez également le Zohar, au début de la paracha de Chela'h, au sujet de « lemarbé hamisra » [écrit avec une mem fermée], ainsi que le Mikdash Melekh à cet endroit.)
Dans cette parenthèse, le Zohar oppose à la mem ouverte la mem fermée, « le monde de la liberté », que le Midrach sur le Chir Hachirim décrit comme la liberté à l’égard de l’Ange de la Mort. La mem fermée, au milieu du mot « lemarbé » dans Isaïe 9:6, est examinée dans le Zohar au début de la paracha de Chela'h et dans le commentaire Mikdash Melekh à cet endroit.
שבזמן שבהמ״ק [שבית המקדש] היה קיים נק׳ מדבר מלשון ידבר עמים30 כו׳ שכולם היו מוכנעים תחת הקדושה.
Car, à l’époque où le Temple était debout, il était appelé midbar au sens de « Il soumet (yadber) les peuples », etc., car tous étaient soumis à la sainteté,
Lorsque le Temple était debout, la mem ouverte de midbar ne donnait aucune prise aux forces extérieures à la sainteté : midbar signifiait alors « Il soumet les peuples », selon le verset des Psaumes. Tous étaient soumis à la sainteté.
והנש״י [והנשמות ישראל] היו ממשלותיו31 (ועד״ז אמרו רז״ל [רבותינו זכרונם לברכה] פרק ג׳ דר״ה [דראש השנה] ד׳ כ״ג ע״פ אתן במדבר ארז32 כו׳ ואין מדבר אלא ירושלים).33
et les âmes d’Israël étaient « Son domaine ». (Dans le même esprit, nos Sages, de mémoire bénie, ont dit au troisième chapitre de Rosh HaShanah, page 23, à propos du verset « Je placerai dans le désert le cèdre », etc. : « le mot midbar ne désigne que Jérusalem ».)
Les âmes d’Israël étaient alors le « domaine » de D.ieu, selon les termes du Psaume 114:2. Le Talmud interprète également « Je placerai dans le désert le cèdre » comme faisant référence à Jérusalem, de sorte que midbar peut désigner la ville sainte elle-même.
אבל בזמן הגלות הנה אמרו רז״ל [רבותינו זכרונם לברכה] גלו כו׳ שכינה עמהם3435 ונקרא מדבר כארץ מדבר וציה כב״י [כביכול] והנה כשם שהוא בכללות העולם כך הוא בפרטיות בנפש האדם שבזמן הגלות
Mais, au temps de l’exil, nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Ils furent exilés, etc., [et] la Chekhina était avec eux » ; et il est appelé midbar, comme « une terre de désert et de sécheresse », pour ainsi dire. Et de même qu’il en est ainsi dans le monde en général, il en est ainsi en particulier dans l’âme de l’homme : au temps de l’exil
En exil, la Chekhina accompagna Israël, comme le dit le Talmud ; ainsi, midbar prend aussi son autre sens : un désert aride, pour ainsi dire. Et ce qui est vrai du monde en général l’est aussi au sein de l’âme de chaque personne.
הנה גם ניצוץ אלקי שבנפש האדם הוא בגלות ומאסר הגוף הגשמי במחשבות אדם ותחבולותיו ויצרי מעללי איש בהבלי העולם וירידת ניצוץ אלקי בגלות הזה הוא צורך עליה
l’étincelle divine dans l’âme de l’homme, elle aussi, se trouve en exil et dans la prison du corps physique, parmi « les pensées de l’homme et ses machinations, et les impulsions des actes de l’homme », dans les vanités du monde. Et la descente de l’étincelle divine dans cet exil a pour but une élévation,
En exil, l’étincelle divine en l’homme est captive du corps, ainsi que des pensées et des machinations de la vie dans le monde ; ces mots sont tirés de la prière de Moussaf de Roch Hachana. Cette descente, elle aussi, a pour but une élévation.
דהיינו כדי לברר ולהפריד הרע שבנה״ב [שבנפש הבהמית] מלבושי נוגה כו׳ (כי הנשמה א״צ [אין צריך / אינו צריך] תיקון לעצמה36 כו׳)
à savoir, afin de raffiner et de séparer le mal qui se trouve dans l’âme animale, les vêtements de Nogah, etc. (car l’âme elle-même n’a pas besoin de rectification, etc.),
Le but de cette descente est de raffiner et de séparer le mal qui se trouve dans l’âme animale, dont les vêtements relèvent de Nogah, l’écorce où le bien et le mal sont mêlés. Comme le souligne l’Alter Rebbe, l’âme elle-même n’a pas besoin de réparation, ainsi qu’il est dit dans Etz Chaim ; elle descend uniquement pour réparer ce qui lui est inférieur.
כמ״ש במקום אחר וצ״ל עליה זו ג״כ בבחי׳ מדבר דהיינו ע״י דיבור התפלה ברשפי אש37 וצמאון כו׳
comme cela est expliqué ailleurs. Et cette élévation, elle aussi, doit être au niveau de midbar, c’est-à-dire par la parole de la prière, avec des flammes de feu et une soif, etc.,
Cette élévation, elle aussi, doit passer par midbar, ici entendu au sens de parole : les mots de la prière, prononcés avec des « flammes de feu », un amour ardent, et avec une soif de D.ieu.
וצעקת הלב כמ״ש צעק לבם38 כו׳ כי כל זמן שאינו מעורר את האהבה בתפלה כרשפי אש עד שתחפץ להתפשט מלבושיה שבנוגה
et par le cri du cœur, comme il est écrit : « Leur cœur cria », etc. Car tant que l’on n’éveille pas l’amour dans la prière comme des flammes de feu, jusqu’à ce que [l’âme] désire se dépouiller de ses vêtements de Nogah,
La prière doit aussi s’accompagner du cri du cœur, comme le dit le verset d’Eikha : « Leur cœur cria. » Tant que l’amour d’une personne dans la prière ne brûle pas au point que l’âme aspire à se dépouiller de ses vêtements de Nogah, son état demeure tel que le décrivent les mots qui suivent.
הנה האדם בטבעו מעורב טו״ר [טוב ורע] ואף שאינו עושה רע בפו״מ [בפועל ממש] הוא מחמת שהרע ישן אצלו
l’homme, par nature, est un mélange de bien et de mal ; et s’il ne commet aucun mal en acte, c’est parce que le mal sommeille en lui.
Par nature, l’homme est un mélange de bien et de mal. S’il ne commet aucun mal en acte, c’est uniquement parce que le mal en lui est « endormi », non parce qu’il a disparu.
אך אעפי״כ [אף על פי כן] בטבעו הוא בכחו כתולדתו עד שיפרידנו ברשפי אש (וכמ״ש במקום אחר ע״פ מצרף לכסף וכור לזהב ואיש לפי מהללו)39 האהבה והיינו שיהיה בבחי׳ צמאון כארץ מדבר וציה כו׳
Néanmoins, dans sa nature, il conserve toute sa force, telle qu’à sa naissance, jusqu’à ce qu’il le sépare par les flammes de feu (comme cela est expliqué ailleurs à propos du verset : « Le creuset est pour l’argent, le fourneau pour l’or, et l’homme est à la mesure de sa louange »), celles de l’amour ; c’est-à-dire qu’il atteigne le niveau de la soif, comme « une terre de désert et de sécheresse », etc.,
Le mal endormi conserve toute sa force première jusqu’à ce qu’il soit séparé par le feu de l’amour, comme un fourneau sépare les scories de l’argent et de l’or (Proverbes 27:21). Cet amour prend la forme d’une soif, semblable à celle d’un désert aride.
שהיא ארץ מלחה לא זרועה ולא יצמח בה כל עשב לפי שאין בה חיות של כח הצומח, וכך ישים האדם אל לבו שאפי׳ [שאפילו] כל העולמות עליונים מריש כל דרגין כו׳
qui est une terre salée, non ensemencée, où ne pousse aucune herbe, parce qu’elle ne possède pas la force vitale du pouvoir de croissance. De même, l’homme doit prendre à cœur que même tous les mondes supérieurs, « depuis le sommet de tous les degrés », etc.,
Rien ne pousse sur une terre salée, car elle ne possède pas le pouvoir de croissance. De même, l’homme doit méditer sur le fait que même les mondes les plus élevés n’ont pas de vie propre.
הם בחי׳ מדבר ושממון ובחי׳ דומם ממש שאין בהם חיות כלל לגבי הקב״ה כי אתה עשית את השמים ושמי השמים40 כו׳
sont au niveau d’un désert et d’une désolation, et au niveau de la matière véritablement inanimée, qui n’a aucune force vitale par rapport au Saint béni soit-Il. Car « Tu as fait les cieux et les cieux des cieux », etc.,
Par rapport à D.ieu, tous les mondes sont un désert et un lieu désolé, comme une matière inanimée dépourvue de toute vie. Le verset de Nechemiah est cité : D.ieu a fait les cieux et les cieux des cieux.
« et Tu leur donnes à tous la vie » : Lui-même, béni soit-Il, est la force vitale de tous les mondes, et il n’y a rien d’autre que Lui, rien en dehors de Lui, et ils sont comme s’ils n’avaient jamais existé.
Le verset poursuit : « et Tu leur donnes à tous la vie » : D.ieu Lui-même est la vie de chaque monde, et rien n’existe véritablement en dehors de Lui. La méditation sur ce point éveille dans l’âme la soif de D.ieu, cette qualité de « désert » propre à la prière.
Ce paragraphe explique pourquoi la descente de l’âme dans un corps en vaut la peine : par la Torah et les mitsvot, elle reçoit une lumière d’Atsilout supérieure à tout ce qu’elle connaissait au Gan Eden. Il commence ensuite à expliquer comment la techouva et les bonnes actions atteignent cette grandeur, par le biais du midbar : la prière prononcée avec un amour ardent et une soif née de la perception de chaque monde comme dépourvu de vie devant D.ieu.
Deux principes soutiennent l’argument : Atsilout, caché dans la dimension intérieure d’Assiya, est supérieur au niveau le plus élevé de Béria tel qu’il existe en lui-même, et Atsilout n’atteint les mondes inférieurs que par la Torah et les mitsvot. Le mot midbar est compris de trois façons : comme parole (dibbour), comme « Il soumet » (à l’époque où le Temple se tenait), et comme désert (en exil) ; le mem ouvert qu’il contient représente l’ouverture laissée aux kelipot, par opposition au mem fermé de la liberté. La note de Kehot cite Or HaTorah, qui renvoie au Mikdash Melech et rapporte au nom de Rabbi ‘Haïm Vital que, dans le futur, le Saint béni soit-Il ouvrira en diagonale ce mem fermé ; il deviendra les deux dalet de « Ben David », et alors Machia’h viendra.
Maré mekomot
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Le désert du Sinaï : la soif et le cri du cœur ¶3–5
3ולזאת תכלה אליו נפש כל חי לדבקה בו ית׳ חיי החיים ב״ה וכמ״ש לאהבה את1 ה׳ אלהיך כי הוא חייך פי׳ שאין חייך
C’est pourquoi l’âme de tout être vivant aspirera à Lui, pour s’attacher à Lui, qu’Il soit béni, Lui qui est la Vie de toute vie, béni soit-Il. Comme il est écrit : « Aimer Havaya, ton D.ieu… car Il est ta vie », c’est-à-dire que ta vie n’est rien
Ayant compris qu’aucun monde ne possède de vie en dehors de D.ieu, l’âme aspire à s’attacher à Lui, la véritable « Vie de toute vie ». Le verset « car Il est ta vie » se comprend littéralement : la vie d’une personne n’est rien d’autre que D.ieu Lui-même.
אלא הוא וכדכתיב ראו עתה כי אני אני הוא2 ואין אלקים עמדי אלא שמקרא זה על לעתיד נאמר שאז יאמרו ראו עתה
d’autre que Lui. Et comme il est écrit : « Voyez maintenant que Moi, Moi, Je suis Lui, et qu’il n’y a pas de dieu avec Moi. » Mais ce verset a été dit au sujet du Temps à venir, où l’on dira : « Voyez maintenant
Le verset « Voyez maintenant que Moi, Moi, Je suis Lui, et qu’il n’y a pas de dieu avec Moi » énonce la même vérité : rien n’existe en dehors de D.ieu. Mais il parle du Temps à venir, où cela sera manifeste.
כי כו׳ בבחי׳ ראי׳ [ראיה] חושיית ממש כדכתי׳ [כדכתיב] ונגלה כבוד3 ה׳ וראו כל בשר כו׳ וכתיב כי עין בעין יראו4 וגו׳,
que », etc., dans le cadre d’une perception visuelle véritablement sensorielle, comme il est écrit : « La gloire de Havaya sera révélée, et toute chair verra », etc., et il est écrit : « Car œil à œil ils verront », etc.
Dans l’avenir, l’unité de D.ieu sera perçue aussi clairement que les yeux voient un objet matériel, comme le dit Isaïe : « toute chair verra » et « œil à œil ils verront ».
משא״כ עכשיו בזמן הגלות הוא בחי׳ הצמאון לבוא לבחי׳ ומדריגה זו שיהי׳ [שיהיה] בחי׳ ראי׳ [ראיה] חושיי׳ [חושיית] כמ״ש צמאה נפשי לאלקים לאל חי מתי אבוא ואראה5 וגו׳
Tandis que maintenant, au temps de l’exil, il s’agit du niveau de la soif d’atteindre ce niveau et ce degré, celui d’une perception visuelle sensorielle, comme il est écrit : « Mon âme a soif de D.ieu, du D.ieu vivant ; quand viendrai-je et verrai-je », etc.
À présent, en exil, cette vision ne nous est pas encore accordée ; ce que nous avons, c’est la soif de l’atteindre. Les paroles du roi David, « Mon âme a soif de D.ieu… quand viendrai-je et verrai-je », expriment cette aspiration.
והנה כתיב רעבים גם צמאים נפשם בהם תתעטף ויצעקו אל6 ה׳ בצר להם כו׳ שמבחי׳ הצמאון עד שנפשו עליו תתעטף נולד בחי׳ הצעקה בלב על ההיפך
Or, il est écrit : « Affamés et assoiffés aussi, leur âme défaillait en eux ; et ils crièrent vers Havaya dans leur détresse », etc. Du niveau de la soif, jusqu’à ce que son âme défaille en lui, naît le niveau du cri du cœur contre l’état contraire [à cette vision],
Le psaume décrit des personnes si affamées et assoiffées qu’elles défaillent, puis « crièrent vers Havaya dans leur détresse ». De même, une soif intense de D.ieu fait naître un cri du cœur contre son état présent, qui est le contraire de cette vision.
כי צר לו מאד הגלות ומאסר הגוף הגשמי והיינו כי בשומו ללבו שאין חיות אמיתי לכל הנבראים ואפי׳ [ואפילו] לעולמות עליונים
car l’exil et l’emprisonnement du corps matériel lui sont très pénibles. Cela signifie que, lorsqu’il prend à cœur qu’il n’y a de force vitale véritable pour aucune des créatures, pas même pour les mondes supérieurs,
Cette détresse est celle de l’exil et de l’âme confinée dans un corps matériel. Elle naît lorsqu’une personne réfléchit au fait qu’aucune créature, pas même le monde le plus élevé, ne possède de vie véritable par elle-même.
אלא אתה הוא המחי׳ [המחיה] כו׳ ואי לזאת ישים אשם נפשו7 איך שהוא רחוק מה׳ בתכלית הריחוק וחייו אינן חיים אלא חיי ההבל.
et que Toi seul es Celui qui donne la vie, etc., alors, pour cette raison, il s’imputera une faute à lui-même, en considérant combien il est éloigné de D.ieu, à une distance extrême, et que sa vie n’est pas une vie, mais une vie de vanité.
D.ieu seul donne la vie. Comprenant cela, une personne éprouve du regret en voyant combien elle est éloignée de D.ieu et constate que sa propre vie, vécue loin de Lui, n’est pas une véritable vie, mais « une vie de vanité ».
La réflexion selon laquelle D.ieu seul est la vie véritable éveille dans l’âme le désir de s’attacher à Lui. En exil, avant que cette vérité puisse être vue, ce désir prend la forme de la soif, qui devient un cri du cœur face à l’éloignement de D.ieu.
Maré mekomot
- 1לאהבה את ה׳ אלהיך כי הוא חייך · Deuteronomy 30:20
- 2
- 3ונגלה כבוד ה׳ וראו כל בשר · Isaiah 40:5
- 4כי עין בעין יראו · Isaiah 52:8
- 5צמאה נפשי לאלקים לאל חי מתי אבוא ואראה · Psalms 42:3
- 6רעבים גם צמאים נפשם בהם תתעטף ויצעקו אל ה׳ בצר להם · Psalms 107:5–6
- 7ישים אשם נפשו · Isaiah 53:10
4וזהו במדבר סיני שירדה שנאה1 על הרע שמחמת בחי׳ המדבר וצמאון גורם לעורר שנאה על הרע להיות צעקת הלב וכו׳ כנ״ל.
C’est là [le sens de] « dans le désert du Sinaï » : [Sinaï,] sur lequel la haine descendit sur le mal. Car le niveau du désert et la soif suscitent la haine du mal, de sorte que le cœur pousse un cri, etc., comme mentionné plus haut.
Le nom Sinaï est interprété selon le jeu de mots talmudique, comme la montagne d’où descendit la « haine » (sin’a). Ici, cette haine vise le mal : la soif du désert propre à la prière éveille une haine du mal en soi, et avec elle, le cri du cœur.
ובזה יובן מה שתקנו התפלה23 בזמן חורבן בהמ״ק [בית המקדש] דוקא כי בזמן שהיה בהמ״ק [בית המקדש] קיים לא היתה שליטה וממשלה להרע שמקליפות וסט״א [וסטרא אחרא] לידבק באדם כ״כ [כל כך].
On comprendra ainsi pourquoi la prière fut instituée précisément à l’époque de la destruction du Saint Temple : lorsque le Saint Temple était debout, le mal des kelipot (écorces) et de la sitra a'hra (l’autre côté) n’avait pas autant de pouvoir et d’emprise pour s’attacher à l’homme.
Cela explique pourquoi la prière fut instituée précisément après la destruction du Temple. Tant que le Temple était debout, le mal des kelipot et de la sitra a'hra n’avait pas autant de pouvoir pour s’attacher à l’homme ; cette forme de prière n’était donc pas encore nécessaire.
« Dans le désert du Sinaï » signifie que la soif de la prière éveille la haine du mal ; c’est pourquoi la prière fut instituée après la destruction du Temple, lorsque le mal prit davantage d’emprise sur les hommes.
Maré mekomot
- 1במדבר סיני שירדה שנאה · Shabbat 89b:1
- 2שתקנו התפלה · Megillah 17b:8
- 3שתקנו התפלה · Shulchan Arukh HaRav, Orach Chayim 89:1
5ויתפרדו כל פועלי און1 כו׳ אבל בזמן חורבן בהמ״ק [בית המקדש] עת אשר2 שלט3 כו׳ תגבורת היצה״ר [היצר הרע] ונה״ב [ונפש הבהמית] צריך להפריד ע״י התפלה דוקא ברשפי אש וצמאון וצעקת הלב כו׳
« Tous les ouvriers d’iniquité seront dispersés », etc. Mais, au moment de la destruction du Temple, « à l’époque où l’homme domine », etc., la force accrue du mauvais penchant et de l’âme animale doit être séparée précisément par la prière, dans des élans de feu, une ardente soif et le cri du cœur, etc.,
Tant que le Temple se tenait, le verset « Tous les ouvriers d’iniquité seront dispersés » décrivait l’état du mal. Après sa destruction, « à l’époque où l’homme domine » l’homme pour son malheur (Kohelet 8:9), le mauvais penchant et l’âme animale se renforcèrent ; on ne peut les séparer que par la prière, avec le feu, la soif et le cri du cœur.
כנ״ל ותיקנו להתפלל בכל יום כי בכל יום יצרו של אדם4 מתגבר עליו5 וצריך להוסיף אומץ כו׳ ועל בחי׳ תפלה זו נאמר ומדברך נאוה67 דהיינו כשעולה בבחי׳ מדבר וצמאון כו׳
comme indiqué plus haut. La prière fut instituée chaque jour, car chaque jour le penchant de l’homme prend le dessus sur lui, et il faut redoubler d’efforts, etc. C’est de ce niveau de prière qu’il est dit : « et ta parole (midbarech) est belle » ; c’est-à-dire lorsqu’elle s’élève au niveau du désert et de la soif, etc.
La prière fut instituée comme une obligation quotidienne parce que, comme l’enseigne le Talmud, le penchant de l’homme se renforce contre lui chaque jour ; il doit donc sans cesse redoubler d’efforts. C’est cette prière, qui s’élève du « désert » et de la soif, que loue le verset « ta parole (midbarech) est belle ».
(וזהו הא דאיתא בזח״ג [בזהר חלק ג] פ׳ אחרי דע״ב א׳ ע״פ8 הוציאוה ותשרף9 בשלהובי טיהרא בגלותא,10 דהיינו שמחמת הוציאוה בגלותא שהוא בחי׳ מדבר ארץ ציה ועיף בלי מים11 תגדל בחי׳ הצמאון והאהבה בחילא יתיר דבחי׳ תשובה12
(C’est ce que l’on trouve dans le Zohar, partie III, parachat A’harei, page 72a, à propos du verset : « Faites-la sortir, et qu’elle soit brûlée » : « dans les flammes de l’ardeur du midi, en exil ». Autrement dit, parce qu’« ils l’ont fait sortir » en exil, qui est le niveau du désert, « terre desséchée et épuisée, sans eau », le niveau de la soif et de l’amour s’accroît, « avec une force accrue » : c’est le niveau de la techouva (retour).
Le Zohar interprète les paroles prononcées au sujet de Tamar, « Faites-la sortir, et qu’elle soit brûlée », comme faisant allusion à l’exil, où elle brûle « dans les flammes de l’ardeur du midi ». Parce qu’elle fut conduite dans le désert aride de l’exil, la soif et l’amour grandissent considérablement, avec la « force accrue » que le Zohar attribue à ceux qui reviennent par la techouva.
וזהו ותשרף היינו רשפי אש האהבה וכענין בחי׳ השרפים המבואר ע״פ ונקדשתי13 בתוך14 ועמ״ש ע״פ ואני אראה.1516
Et c’est là « qu’elle soit brûlée » : les élans de feu de l’amour, comme le niveau des séraphins expliqué à propos du verset « Je serai sanctifié au milieu », et voyez ce qui est expliqué à propos du verset « Et je verrai ».
« Qu’elle soit brûlée » représente le feu ardent de l’amour, comme chez les séraphins, les anges « brûlants », ainsi que l’explique le maamar sur « Je serai sanctifié au milieu ». Le lecteur est également renvoyé au maamar sur « Et je verrai ».
וזהו ומדברך נאוה וכענין שחורה אני17 ועי״ז דייקא ונאוה כמ״ש במקום אחר וגם ומדברך נאוה היינו הדיבור של התפלה והתורה עיין בזח״א [בזהר חלק א] ויחי דרמ״ו ע״ב ובדף יו״ד סע״א [סוף עמוד א] בההוא מדבר דלחישו דשפוון איהי עולה18 כו׳).
Et c’est là « et ta parole est belle », comme dans « Je suis noire, [mais belle] » : c’est précisément par là que vient « belle », comme il est expliqué ailleurs. En outre, « et ta parole est belle » désigne la parole de la prière et de la Torah ; voyez le Zohar, partie I, Vaye’hi, page 246b, et page 10, fin du côté a : « par ce midbar, le murmure des lèvres, elle s’élève », etc.)
« Ta parole est belle » fait écho à « Je suis noire, mais belle » : c’est précisément à travers l’obscurité de l’exil que la beauté apparaît. Le Zohar interprète aussi midbar comme la parole de la prière et de la Torah, le murmure des lèvres par lequel la Chekhina s’élève.
והנה עד״ז נתקנו כל פסוד״ז [פסוקי דזמרה] כדי לעורר ולהגדיל בחי׳ הצמאון בקרב איש ולב עמוק19 בשומו ללבו איך אפי׳ [אפילו] השמים ושמי השמים20 והמים אשר מעל השמים יהללו את שם21 כו׳
Or, dans cet esprit, tous les Pessouké déZimra (versets de louange) furent institués afin d’éveiller et d’accroître le niveau de la soif « au sein de l’homme, et le cœur est profond », lorsqu’il prend à cœur que même les cieux, les cieux des cieux et les eaux au-dessus des cieux « louent le Nom », etc.,
Les Pessouké déZimra, les psaumes récités avant la partie principale de la prière du matin, furent ordonnés dans ce même but : approfondir la soif. On y médite sur le fait que même les cieux, les cieux des cieux et les eaux au-dessus d’eux ne font que « louer le Nom » de D.ieu (Psaumes 148).
בחי׳ שמו בלב׳ [בלבד] וגם בחי׳ שמו הוא נשגב בבחי׳ לבדו דלית מחשבה תפיסא ביה כלל רק הודו וזיוו של שמו על ארץ ושמים22 כו׳
seulement le niveau de Son Nom ; et même Son Nom est « exalté », au niveau du « Seul », car aucune pensée ne peut Le saisir, mais seul l’éclat et le rayonnement de Son Nom sont « sur la terre et les cieux », etc.,
Les cieux n’atteignent que Son Nom, et non Lui ; et même Son Nom est « exalté, seul », au-delà de ce que la pensée peut saisir. Seul Son « éclat », le rayonnement de Son Nom, parvient « sur la terre et les cieux » : toute la création est donc très éloignée de Lui, et l’âme en éprouve de la soif.
כמ״ש במ״א, וכן עד״ז היא ברכת יוצר אור23 כו׳ איך שהמלאכים אומרים קדוש כו׳ שהוא קדוש ומובדל כו׳
comme il est expliqué ailleurs. De même, la bénédiction « Qui forme la lumière », etc., suit cette même voie : elle évoque les anges qui disent « Saint », etc., signifiant qu’Il est saint et séparé, etc.,
La bénédiction « Qui forme la lumière », récitée avant le Chema, agit de la même manière. Elle décrit les anges proclamant que D.ieu est « Saint », c’est-à-dire séparé et au-delà d’eux.
ואין ערוך אליו ית׳ יותר ממה שאין ערוך בחי׳ דומם לגבי בחי׳ אדם בעל שכל חי ומדבר כו׳
et il n’y a aucune comparaison avec Lui, béni soit-Il, plus encore qu’il n’y a aucune comparaison entre le niveau de l’inerte et celui de l’homme, doué d’intellect, vivant et parlant, etc.,
L’écart entre D.ieu et les mondes est encore plus grand qu’entre une pierre inerte et un être humain, doué d’intellect, de vie et de parole. En présence de D.ieu, même les anges sont comme de la matière inerte.
כמ״ש במ״א (ועמ״ש בפ׳ ויחי ע״פ אוסרי לגפן24 ובפ׳ בשלח ע״פ אשירה בפי׳ אדון הנפלאות ועושה פלא ובפ׳ משפטים סד״ה עיין בסש״ב [בספר של בינונים] פ׳ מ״ו. ומזה יובן דאפי׳ [דאפילו] בחי׳ מדבר העליון)
comme cela est expliqué ailleurs. (Voir aussi ce qui est expliqué dans la paracha de Vayé’hi, sur le verset « Attachant son ânon à la vigne » ; dans la paracha de Béchala’h, sur le verset « Je chanterai », dans l’explication de « Maître des merveilles » et de « Qui accomplit des merveilles » ; et dans la paracha de Michpatim, à la fin du discours commençant par « Voir dans le Séfer Chel Beinonim, chapitre 46 ». De là, on comprendra que même le niveau du désert supérieur)
La parenthèse énumère des maamarim qui développent cette idée : sur « Attachant son ânon à la vigne » (Vayé’hi), sur « Je chanterai » (Béchala’h) et dans Michpatim. Le texte commence ensuite à tirer une conclusion au sujet du « désert supérieur ».
(דלקמן)25 בחי׳ ולא ישב אדם שם26 שעליו נאמר במדבר הגדול והנורא,27 עכ״ז [עם כל זה] לגבי א״ס ב״ה כמדבר וכשממה ממש יחשב וכמ״ש ג״כ ע״פ שחורה אני מענין כתר
(mentionné ci-dessous), le niveau de « là où aucun homme n’avait habité », dont il est dit « dans le grand et redoutable désert », est néanmoins considéré, par rapport à l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, comme un véritable désert et une désolation ; comme cela est également expliqué sur le verset « Je suis noire », à propos de Kéter (la Couronne)
Même le niveau le plus élevé appelé « désert », la terre « où aucun homme n’avait habité », « le grand et redoutable désert », est un terrain désolé par rapport à l’Infini. Il en va de même de Kéter, la Couronne qui se situe au-dessus de toutes les Séfirot, dans le maamar sur « Je suis noire ».
עליון אע״ג [אף על גב] דאיהו אור צח28 אור מצוחצח אוכמא הוא לגבי עילת העילות29 כו׳ ע״ש וכ״ז [וכל זה] הוא ענין הגדלת הצמאון ממטה למעלה והוא בחי׳ מדבר סיני כו׳
Supérieur : « bien qu’il soit une lumière claire, une lumière éclatante, il est noir par rapport à la Cause des causes », etc. ; voir là-bas. Tout cela correspond à l’intensification de la soif de bas en haut, et c’est le niveau du « désert du Sinaï », etc.,
Le Tikkouné Zohar dit que Kéter, bien qu’il soit « une lumière claire, une lumière éclatante », est « noir » devant la Cause des causes. Toute la méditation décrite ici fait croître la soif de bas en haut ; c’est là le « désert du Sinaï ».
עד ברכת אהבת עולם אהבתנו שברכת אהבת עולם היא המשכה מלמעלה למטה לרוות הצמאון כו׳ (ועמ״ש ע״פ וארשתיך לי לעולם3031 כו׳) ונק׳ בחי׳ אהל מועד:323334353637383940414243444546474849505152535455565758
jusqu’à la bénédiction « D’un amour éternel Tu nous as aimés » ; car la bénédiction Ahavat Olam est un influx de haut en bas, afin d’étancher la soif, etc. (Voir aussi ce qui est expliqué sur le verset « Je te fiancerai à Moi pour toujours », etc.) ; elle est appelée le niveau de la « Tente de la Rencontre ».
La soif qui s’élève se poursuit jusqu’à la bénédiction « D’un amour éternel » (Ahavat Olam), qui représente le mouvement inverse : l’amour de D.ieu qui se déverse de haut en bas et étanche la soif. Ce second mouvement correspond au niveau de la « Tente de la Rencontre ».
Ce paragraphe montre comment l’ordre de la prière fait apparaître deux niveaux. Les Pessouké déZimra et la bénédiction « Qui forme la lumière » approfondissent la soif en montrant que chaque monde, jusqu’à Kéter lui-même, n’est rien devant D.ieu (« le désert du Sinaï »), jusqu’à ce qu’Ahavat Olam, l’amour de D.ieu attiré d’en haut, l’apaise (« la Tente d’assignation »).
Ces deux niveaux correspondent à deux directions : la soif du « désert du Sinaï » s’élève d’en bas vers le haut, tandis que l’amour de la « Tente d’assignation » est attiré d’en haut vers le bas. La note de Kehot rapporte que le Or HaTorah sur Nasso souligne que la bénédiction « Qui forme la lumière » est expliquée ici autrement que dans Likkutei Torah, Nasso, où elle éveille la crainte inférieure ; elle précise aussi que, dans le manuscrit et la première édition, le mot « plus bas » figure sans parenthèses, de sorte que la phrase parle du « désert supérieur dont il sera question plus bas ».
Maré mekomot
- 1ויתפרדו כל פועלי און · Psalms 92:10
- 2אשירה · Exodus 15:1
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- 4כי בכל יום יצרו של אדם · סוכה נב, סע״א.
- 5בכל יום יצרו של אדם מתגבר עליו · Sukkah 52a:12–13
- 6ומדברך נאוה · Song of Songs 4:3
- 7ומדברך נאוה · Zohar, Vayechi 73:761–75:771
- 8ע״פ . . מצרף לכסף · ראה תו״א קיא, ג. סה״מ — תקס״ג ע׳ קעז. מאמרי אדה״ז כתובים-ב ע׳ ריח. באוה״ת במדבר ע׳ יא מפרש ”שכמו ע״י שנותנים הכסף לכור באש מתגלה הסיגים ומתפרדים, כך ע״י רשפי אש האהבה מתגלה תערובת הרע שבנפשו ומתפרד כו׳”. אוה״ת פ׳ כי תשא ע׳ א׳תתמג. כרך ז ע׳ ב׳תשפז. וראה גם לקמן פ׳ נשא כט, ג.
- 9הוציאוה ותשרף · Genesis 38:24
- 10הוציאוה ותשרף בשלהובי טיהרא בגלותא · Zohar, Achrei Mot 46:280–47:288
- 11ארץ צי׳ ועיף בלי מים · Psalms 63:2
- 12בחילא יתיר דבחי׳ תשובה · Zohar I, 129b
- 13ע״פ ונקדשתי · לעיל פ׳ אמור לב, ב.
- 14ונקדשתי בתוך · Leviticus 22:32
- 15ועמ״ש ע״פ ואני אראה · שמע״צ פח, א.
- 16ואני אראה · Psalms 118:7
- 17שחורה אני · Song of Songs 1:5
- 18בההוא מדבר דלחישו דשפוון איהי עולה · Zohar, Introduction 16:161–17:170
- 19בקרב איש ולב עמוק · Psalms 64:7
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- 21השמים ושמי השמים והמים אשר מעל השמים יהללו את שם · Psalms 148:4–5
- 22הודו וזיוו של שמו על ארץ ושמים · Psalms 148:13
- 23וכן עד״ז היא ברכת יוצר אור · באוה״ת פ׳ נשא ע׳ רלט מציין שכאן מפרש באופן אחר ממה שנתבאר לקמן פ׳ נשא כ, ד.
- 24אוסרי לגפן · Genesis 49:11
- 25(דלקמן) · בגוכתי״ק ובדפוס ראשון בלי סוגריים.
- 26ולא ישב אדם שם · Jeremiah 2:6
- 27במדבר הגדול והנורא · Deuteronomy 8:15
- 28כ״ע אע״ג דאיהו אור צח · ת״ז ת״ע (דף קלה, ב).
- 29אע״ג דאיהו אור צח אור מצוחצח אוכמא הוא לגבי עילת העילות · Tikkunei Zohar 135b:1
- 30ע״פ וארשתיך לי לעולם · לקמן ח, ב.
- 31וארשתיך לי לעולם · Hosea 2:21
- 32מ״ש בס׳ הגלגולים · מובא גם באגה״ק סי׳ כ (קלד, א) וראה במ״מ בליקוט פי׳ שם.
- 33ג״ע העליון הוא מבריאה · קהלת יעקב מע׳ ג״ע. ראה סה״מ תער״ב-ג א׳ריא. ובסה״מ תרע״ח ע׳ רח.
- 34ואף הנשמות היותר עליונות · Tanya, Likkutei Amarim 37:25–26
- 35ישראל עלו במחשבה · נסמן לעיל בפ׳ צו טז, ג. ולקמן פ׳ מטות פג, ג.
- 36כמ״ש ע״פ יונתי בחגוי הסלע · לקו״ת שה״ש טז, ד.
- 37ע״פ מי מנה · לקמן פ׳ בלק סז, ד.
- 38בביאור ע״פ שוש אשיש · לקו״ת נצבים מט, ב ואילך.
- 39מ פתוחה · נתבאר באוה״ת במדבר-ד ע׳ א׳תכב ובאוה״ת נ״ך-א ע׳ קפג ואילך. אוה״ת-מקץ דף תתקעד, א. וראה גם אוה״ת שמע״צ ע׳ א׳תתי. ספר הערכים-חב״ד מערכת אותיות אות מ״ם (ב) ס״ע רב ואילך. וש״נ.
- 40חירות ממה״מ · Shir HaShirim Rabbah 8:6
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- 42ובמק״מ שם · קנו, ב ד״ה והענין. נעתק באוה״ת נ״ך-א ע׳ קפד ”שכ׳ בשם הרח״ו שלע״ל יפתח הקב״ה מ״ם הנז׳ באלכסון ותיעשה ב׳ דלתין של בן דוד ואז יבא המשיח” עכ״ל.
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- 58שתקנו התפלה בזמן חורבן ביהמ״ק · Megillah 17b:8
La Tente de la Rencontre : l’unité de D.ieu dans l’âme ¶6–7
2. Explication du sujet : le mot mo’ed (« rendez-vous ») vient de l’expression « Et Je te rencontrerai là » (venoadti) ; et venoadti est formé des mêmes lettres que venodati (« et Je serai connu »).
La section 2 explique l’expression « Tente de Rencontre ». Mo’ed, « rendez-vous », vient des paroles de D.ieu à Moché au sujet de l’Arche : « Et Je te rencontrerai là » ; venoadti est formé des mêmes lettres que venodati, « Je serai connu ».
(ועמ״ש לעיל בד״ה שאו את ראש כו׳ לגולגלותם ועמ״ש ר״פ וארא סד״ה וארא3 מענין נודעתי) שהוא לשון התקשרות והתחברות מלשון והאדם ידע4 כו׳,
(Et voyez ce qui est expliqué plus haut, dans le discours commençant par « Dénombrez les têtes […] selon leurs crânes », ainsi que ce qui est expliqué au début de la paracha de Vaéra, à la fin du discours commençant par « Vaéra », au sujet de nodati.) Ce terme exprime un lien et une union, comme dans « Et l’homme connut », etc.
« Connaître » signifie ici être lié et uni, comme dans « Et l’homme connut ‘Hava ». Le lecteur est renvoyé au maamar « Dénombrez les têtes » et au maamar Vaéra, où il est question du mot nodati.
דהיינו המשכת יחוד א״ס ב״ה למטה שיהא שורה ומתגלה בנפש האדם יחודו ית׳ האמיתי איך הוא ממכ״ע [ממלא כל עלמין] בשוה ואפי׳ [ואפילו] מלא כל הארץ5 הלזו הוא כבודו ית׳ כו׳
C’est-à-dire que l’unité de l’Ein Sof, béni soit-Il, est attirée vers le bas, afin que Son unité véritable, béni soit-Il, réside et se révèle dans l’âme de l’homme : comment Il remplit tous les mondes de façon égale, et comment même « toute cette terre » est « remplie de Sa gloire », béni soit-Il, etc.
La « Tente de Rencontre » désigne donc l’unité de D.ieu attirée dans l’âme de l’homme, afin qu’il ressente comment D.ieu remplit tous les mondes de façon égale et comment même cette terre inférieure est « remplie de Sa gloire ».
כי הוא חיי החיים ב״ה ואין עוד מלבדו6 כו׳, ולזאת תהי׳ [תהיה] שמחת הנפש גדולה לאלקים להתענג על7 ה׳ בבחי׳ אהבה בתענוגים8 מפני קרבת ה׳ ודבקותה באלקים חיים תחת אשר היתה צמאה מתי אבוא ואראה9 כו׳
Car Il est la Vie de toute vie, béni soit-Il, et rien n’existe en dehors de Lui, etc. C’est pourquoi la joie de l’âme en D.ieu sera grande : elle se délectera en D.ieu dans le registre de « l’amour dans les délices », en raison de la proximité de D.ieu et de son attachement au D.ieu vivant, au lieu d’avoir été assoiffée, disant : « Quand viendrai-je et verrai-je […] », etc.
Lorsqu’un homme ressent que D.ieu est la vie de toute chose et que rien n’existe en dehors de Lui, l’âme se réjouit et se délecte de la proximité de D.ieu, dans un « amour dans les délices ». Cette joie prend la place de la soif qu’elle éprouvait auparavant : « Quand viendrai-je et verrai-je ? »
והרווה את נפשה בגילוי יחוד זה והשביע נפש שוקקה10 כו׳ וכדכתיב עבדו את11 ה׳ בשמחה וכתיב תחת אשר לא עבדת12 את ה׳ אלקיך בשמחה ובטוב לבב מרוב כל.
Et Il a étanché la soif de son âme par la révélation de cette unité, et « a rassasié l’âme languissante », etc. Ainsi qu’il est écrit : « Servez Havaya dans la joie » ; et il est écrit : « Parce que tu n’as pas servi Havaya, ton D.ieu, dans la joie et la gaieté du cœur, au milieu de l’abondance de tout. »
La révélation de l’unité de D.ieu étanche la soif de l’âme, comme le dit le psaume : « Il a rassasié l’âme languissante. » C’est pourquoi les versets appellent à servir D.ieu dans la joie, et blâment le fait de ne pas L’avoir servi dans la joie « au milieu de l’abondance de tout » — des termes que le paragraphe suivant explique.
La section 2 explique la « Tente de Rencontre » comme la deuxième étape du service : la révélation de l’unité de D.ieu dans l’âme, qui étanche sa soif et la remplit de joie et de délice en D.ieu.
Maré mekomot
- 1ונועדתי לך שמה · Exodus 25:22
- 2נודעתי · Exodus 6:3
- 3סד״ה וארא · תו״א נו, א.
- 4והאדם ידע · Genesis 4:1
- 5מלא כל הארץ · Isaiah 6:3
- 6ואין עוד מלבדו · Deuteronomy 4:35
- 7להתענג על הוי׳ · Isaiah 58:14
- 8אהבה בתענוגים · Song of Songs 7:7
- 9מתי אבוא ואראה · Psalms 42:3
- 10והשביע נפש שוקקה · Psalms 107:9
- 11עבדו את ה׳ בשמחה · Psalms 100:2
- 12תחת אשר לא עבדת · Deuteronomy 28:47
7ומרוב כל פי׳ יותר מכל התענוגים אפי׳ [אפילו] רוחניים בחי׳ ג״ע [גן עדן] העליון כו׳. ועמ״ש ע״פ להקריב לי במועדו.12
« De l’abondance de tout » signifie : plus que toutes les délectations, même spirituelles, telles que le niveau du Gan Eden supérieur, etc. Voir aussi ce qui est expliqué sur le verset : « Pour Me présenter à son moment fixé (bemo’ado). »
Les mots « de l’abondance de tout » sont compris comme signifiant « plus que tout » : la joie de servir D.ieu doit dépasser toute délectation, même les délectations spirituelles du Gan Eden supérieur. Le lecteur est renvoyé au maamar sur « Pour Me présenter à son moment fixé », qui joue sur le mot mo’ed.
Mais comment l’unité de l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, peut-elle parvenir ici-bas, dans l’âme d’une personne, puisque « aucune pensée ne peut Le saisir », etc. ?
Une question se pose : comment l’unité de l’Infini peut-elle être attirée jusque dans une âme humaine, alors que, comme l’enseigne le Tikkunei Zohar, aucune pensée ne peut Le saisir ?
אך הנה הוא באמת ע״י בחי׳ אוהל וזהו אוהל מועד והענין כמ״ש ובצל ידי כסיתיך4 כו׳
Mais, en vérité, cela se fait par le niveau d’une tente ; c’est là le « Tente de la Rencontre ». Le sujet est celui qu’évoque le verset : « Et à l’ombre de Ma main, Je t’ai couvert », etc.
La réponse est la « tente » : la lumière de D.ieu vient voilée, comme une tente couvre ce qui se trouve dessous. Le verset « À l’ombre de Ma main, Je t’ai couvert » décrit un tel voile.
(ועמ״ש מענין זה ע״פ ביום השמיני עצרת5 דרוש השני) בחי׳ צל ולא אורה נגלית והיינו ע״י בחי׳ רמ״ח פיקודין6 שהן רמ״ח איברים דמלכא7 ונק׳ איברים עד״מ
(Voir aussi ce qui est expliqué à ce sujet sur le verset « Au huitième jour, une assemblée », dans le second discours.) Il s’agit du niveau de l’ombre, et non d’une lumière révélée. Cela se fait par les 248 commandements (pikoudin), qui sont « les 248 membres du Roi » ; ils sont appelés « membres » par analogie,
Le voile est une « ombre », et non une lumière ouverte, et il est constitué des mitsvot. Le Tikkunei Zohar appelle les 248 commandements positifs « les 248 membres du Roi » ; le mot « membres » est une comparaison avec le corps humain.
כמו איברי הגוף שהם בשר גידים ועצמות ובאין מליחה סרוחה ואעפ״כ [ואף על פי כן] שורה ומתלבש בהם חיות הנפש, כך הם עד״מ הרמ״ח מצות שאף שהם מלובשים בענינים גשמיים סדר זרעים ומועד כו׳
à l’image des membres du corps, qui sont chair, tendons et os, et qui se putréfient faute d’être salés ; pourtant, la force vitale de l’âme réside en eux et s’y revêt. De même, par analogie, les 248 mitsvot, bien qu’elles soient revêtues de réalités physiques, comme l’Ordre de Zeraïm (Semences) et celui de Moed (Fêtes), etc.,
Les membres du corps sont faits de chair, de tendons et d’os ; ils se putréfieraient faute d’être salés, et pourtant la force vitale de l’âme réside en eux. De même, les mitsvot sont revêtues de réalités physiques, telles que les lois agricoles de l’Ordre de Zeraïm et les lois des fêtes de l’Ordre de Moed.
אעפ״כ [אף על פי כן] שורה ומלובש בהם אור א״ס ב״ה ממש לפי שהן הן חכמתו ורצונו ית׳ והוא ית׳ ורצונו וחכמתו הכל8 א׳ כו׳
néanmoins, la Lumière infinie (Or Ein Sof) elle-même, béni soit-Il, réside en eux et s’y revêt, car ils sont Sa propre sagesse et Sa volonté, qu’Il soit béni ; et Lui, qu’Il soit béni, Sa volonté et Sa sagesse ne font qu’un, etc.
Pourtant, la Lumière infinie elle-même réside dans les mitsvot, car elles sont la sagesse et la volonté mêmes de D.ieu, et D.ieu est un avec Sa volonté et Sa sagesse. Ainsi, les mitsvot sont la « tente » par laquelle on atteint D.ieu Lui-même.
והנה כמו למשל א׳ האוהב את חבירו שמפני אהבתו הוא מחבקו בגופו או בידו הנה זה ודאי שלא מפני אהבת הגוף עצמו או היד עצמה ממש הוא מחבקו
Or, à titre d’exemple : quelqu’un aime son ami et, par amour pour lui, l’étreint en prenant son corps ou sa main ; il est certain qu’il ne l’étreint pas parce qu’il aime le corps lui-même ou la main elle-même,
Prenons un exemple : quelqu’un aime son ami et l’étreint en prenant son corps ou sa main. Il est évident que ce n’est ni le corps ni la main qu’il aime.
אלא מפני שאוהב פנימיותו וחיותו הוא מחבקו בגופו או בידו מפני שא״א לו לתפוס בפנימיותו וחיותו בלבד.
mais parce qu’il aime sa dimension intérieure (pnimiyout) et sa force vitale, il l’étreint en prenant son corps ou sa main, car il lui est impossible de saisir sa dimension intérieure et sa force vitale seules.
Il aime l’intériorité et la vie de son ami, et ne saisit son corps ou sa main que parce que cette intériorité ne peut être saisie en elle-même. Le corps est la « tente » par laquelle il atteint la personne.
כך עד״מ הנה כתיב וימינו תחבקני9 שהיא התורה הנק׳ ימינו של הקב״ה וכן כשהאדם דבוק בתורה הרי זה קרבת ה׳ ממש ויחוד אא״ס [אור אין סוף] ב״ה בנפשו ממש.
De même, à titre de comparaison, il est écrit : « Sa droite m’étreint », c’est-à-dire la Torah, appelée la droite du Saint béni soit-Il. Ainsi, lorsqu’une personne s’attache à la Torah, elle se trouve réellement proche de D.ieu, et la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, est réellement unie à son âme.
De même, « Sa droite m’étreint » : la Torah, appelée la droite de D.ieu, est la manière dont D.ieu nous « étreint ». Une personne qui s’attache à la Torah est véritablement proche de D.ieu, et la Lumière infinie elle-même est unie à son âme.
והנה יחוד זה הוא יחוד נפלא ועצום10 שאין כמוהו בגשמיות, ולכן נק׳ לאשתאבא בגופא דמלכא11 ממש ועמ״ש בד״ה מה טובו אוהליך יעקב:121315
Or cette union est merveilleuse et puissante, sans équivalent dans le domaine matériel. C’est pourquoi elle est appelée « être véritablement absorbé dans le corps du Roi ». Voir également ce qui est expliqué dans le discours commençant par « Qu’elles sont belles, tes tentes, Yaakov ».
Cette union par la Torah est merveilleuse, sans équivalent dans le monde matériel ; c’est pourquoi elle est appelée « être véritablement absorbé dans le corps du Roi ». Le lecteur est renvoyé au maamar « Qu’elles sont belles, tes tentes, Yaakov ».
Ce paragraphe explique comment l’unité de D.ieu peut pénétrer dans l’âme alors qu’aucune pensée ne peut Le saisir : par la « tente » de la Torah et des mitsvot, qui sont la sagesse et la volonté mêmes de D.ieu revêtues de réalités physiques. C’est comme une étreinte qui atteint l’intériorité d’un ami par l’intermédiaire de son corps.
Le Tanya, chapitre 5, auquel renvoie la note de Kehot, explique pourquoi cette union est si prodigieuse : lorsqu’une personne comprend une halakha, son intellect la saisit et s’y revêt ; or la halakha est la sagesse et la volonté mêmes de D.ieu, de sorte que l’esprit s’unit à D.ieu. L’image de la « tente » est développée dans le maamar « Que tes tentes sont belles », où la Tente de la Rencontre dans le désert est une demeure provisoire du Saint béni soit-Il, tandis que le Temple en est une permanente.
Maré mekomot
- 1ע״פ להקריב לי במועדו · באוה״ת כאן מציין לד״ה זה משנת תקס״ה והוא הנדפס בסידור לא, ג ואילך. ולקמן פ׳ פנחס עה, א.
- 2להקריב לי במועדו · Numbers 28:2
- 3דלית מחשבה תפיסא ביה · Tikkunei Zohar 17a:10–12
- 4ובצל ידי כסיתיך · Isaiah 51:16
- 5ביום השמיני עצרת · Numbers 29:35
- 6רמ״ח פיקודין שהם רמ״ח אברים · ראה ת״ז ת״ל. ע׳ סש״ב פ״ד ופכ״ג. וש״נ. [כ].
- 7רמ״ח פיקודין שהן רמ״ח איברים דמלכא · Tikkunei Zohar 74a:8
- 8והוא ית׳ ורצונו וחכמתו הכל א׳ · רמב״ם הל׳ יסוה״ת ב, י.
- 9וימינו תחבקני · Song of Songs 2:6
- 10יחוד זה הוא יחוד נפלא ועצום · Tanya, Likkutei Amarim 5:6–7
- 11לאשתאבא בגופא דמלכא · ז״ח ג (ריג, ב) [כ].
- 12בד״ה מה טובו אוהליך יעקב · לקמן פ׳ בלק עד, ד.
- 13מה טובו אוהליך יעקב · Numbers 24:5
- 14דלית מח׳ תפיסא בי׳ · ת״ז בהקדמה (פתח אלי׳ ואמר).
- 15משה שושבינא דמלכא · Zohar I, 266b
Moché, Aharon et la sortie d’Égypte ¶8–9
8ג והנה ב׳ בחי׳ אלו שהם מדבר סיני ואוהל מועד הם נעשים ונמשכים ע״י בחי׳ משה ואהרן כי משה שושבינא דמלכא1 פי׳
3. Or, ces deux niveaux — le désert du Sinaï et la Tente de la Rencontre — sont suscités et attirés par les niveaux de Moché et d’Aharon. Car Moché est le chouchvin du Roi, c’est-à-dire…
La section 3 revient à Moché et Aharon : les deux niveaux, « le désert du Sinaï » et « la Tente de la Rencontre », sont attirés par leur intermédiaire. Moché est « le chouchvin du Roi ».
כמו עד״מ שושבינו של החתן שמוליך את החתן למקום הכלה, כך מרע״ה [משה רבינו עליו השלום] הוא הממשיך בחי׳ יחוד אור א״ס ב״ה למטה שיהא שורה ומתגלה בנפש האדם שיהי׳ [שיהיה] בבחי׳ אוהל מועד כו׳
De même que, par analogie, le chouchvin de l’époux conduit celui-ci auprès de la fiancée, Moché notre maître, que la paix soit sur lui, attire ainsi le niveau de l’unité de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, afin qu’elle réside et se révèle dans l’âme d’une personne, laquelle se trouve alors au niveau de la Tente de la Rencontre, etc.
Lors d’un mariage, le chouchvin de l’époux conduit celui-ci auprès de la fiancée. De même, Moché amène l’« Époux », D.ieu, jusqu’à l’âme, attirant Son unité dans la personne afin qu’elle y réside et s’y révèle : c’est là « la Tente de la Rencontre ».
ואתפשטותא דמשה בכל דרא23 שהוא משבעה רועים4 כו׳ הוא בחי׳ משה דעת ה׳ דהיינו לידע את ה׳ שהוא חיי החיים ואין עוד מלבדו כו׳
Et « l’extension de Moché dans chaque génération », car il est l’un des sept bergers, etc., est le niveau de Moché, Daat de D.ieu : c’est-à-dire connaître D.ieu, savoir qu’Il est la Vie de toute vie et qu’il n’y a rien d’autre que Lui, etc.,
Le Tikkouné Zohar parle de « l’extension de Moché dans chaque génération », et Moché est l’un des « sept bergers » d’Israël. Moché représente Daat, la connaissance de D.ieu : savoir que D.ieu est la vie de toute vie et que rien n’existe hormis Lui.
וכמ״ש דע את אלקי אביך5 ועבדהו ובחי׳ דעת אינה הידיעה לבדה אלא דעת מלשון הרגשה6 שהיא ההרגשה בלב שיכיר וירגיש כאלו רואה לעיני בשר בראי׳ [בראיה] חושיי׳ [חושיית] ממש וכמ״ש ראו עתה
comme il est écrit : « Connais le D.ieu de ton père et sers-Le. » Le niveau de Daat ne consiste pas à savoir seulement ; le mot daat exprime plutôt une sensation, à savoir le sentiment dans le cœur par lequel on reconnaît et ressent, comme si l’on voyait de ses yeux de chair, d’une perception véritablement sensible, ainsi qu’il est écrit : « Voyez maintenant
Le roi David dit à Chlomo : « Connais le D.ieu de ton père et sers-Le. » Ici, Daat n’est pas une simple information, mais une conscience ressentie : on reconnaît et l’on ressent la réalité de D.ieu comme si on la voyait de ses yeux physiques.
que Moi, Moi, Je suis Lui, et qu’il n’y a pas de dieu avec Moi. » Et bien que ce verset ait été dit au sujet du Temps à venir, où ils diront : « Voyez maintenant
Le verset « Voyez maintenant que Moi, Moi, Je suis Lui » décrit une telle vision. Il parle du Temps à venir.
כי אני כו׳ כנ״ל (ועיין בגמרא פ״ו דפסחים דס״ח סע״א [סוף עמוד א] סנהדרין10 דצ״א ע״ב זח״א [זהר חלק א] פ׳ לך לך דפ״ז ע״ב ח״ב [חלק ב׳] משפטים ק״ח ב׳)11
que Moi… », comme indiqué plus haut (et voir le Talmud, chapitre 6 de Pessa’him, page 68, fin de la colonne a ; Sanhédrin, page 91b ; le Zohar, partie I, Parachat Le’h Le’ha, page 87b ; partie II, Michpatim, page 108b),
Le Talmud (Pessa’him 68a, Sanhédrin 91b) et le Zohar lisent ce verset comme se rapportant à l’avenir. La parenthèse indique ces références.
מ״מ כח זה יש בכל נפש ונשמה מישראל ביניקתה מנשמת מרע״ה [משה רבינו עליו השלום]12 לקשר מחשבתו בה׳ בקשר אמיץ וחזק כמו שהיא מקושרת בדבר גשמי שרואה בעיני בשר כו׳
néanmoins, cette force se trouve dans chaque nefesh et nechama d’Israël, grâce à la nourriture qu’elle reçoit de l’âme de Moché notre maître, que la paix soit sur lui : celle de lier sa pensée à D.ieu par un lien ferme et puissant, comme elle est liée à un objet matériel que l’on voit de ses yeux de chair, etc. ;
Même aujourd’hui, chaque âme juive possède, puisée dans l’âme de Moché, la force de lier sa pensée à D.ieu aussi fermement qu’elle est liée à un objet matériel qu’elle voit. C’est l’enseignement du Tanya, chapitre 42.
אלא שצריכה ליגיעה רבה כו׳ כמ״ש בסש״ב [בספר של בינונים] פמ״ב (ועמ״ש ע״פ ויקרא אל משה13 וידבר14 ה׳ אליו מאהל מועד לאמר).
seulement, cela exige un grand effort, etc., comme il est écrit dans le Sefer Chel Beinonim, chapitre 42 (et voir ce qui est expliqué sur le verset : « Il appela Moché, et Havaya lui parla depuis la Tente de la Rencontre, en disant »).
Le Tanya ajoute que, parce que l’âme est revêtue d’un corps, cela demande un grand effort, du corps comme de l’âme. Le lecteur est également renvoyé au maamar sur « Il appela Moché ».
ואהרן שושבינא דמטרוניתא, פי׳ מטרוניתא היא בחי׳ כנ״י [כנסת ישראל] מקור נשמות ישראל ולהעלות נשמות ישראל ולקשרם בה׳ ולדבקה בו ית׳ חיי החיים ב״ה הוא ע״י אהרן שהוא ג״כ משבעה רועים15 כו׳
Et Aharon est le garçon d’honneur de la Reine (Matronisa). C’est-à-dire que la Matronisa est le niveau de la Communauté d’Israël (Knesset Israël), la source des âmes d’Israël ; et l’élévation des âmes d’Israël, leur attachement à D.ieu et leur adhésion à Lui, qu’Il soit béni, la Vie de toute vie, béni soit-Il, s’accomplit par l’intermédiaire d’Aharon, qui est lui aussi l’un des sept bergers, etc.,
Aharon est « le garçon d’honneur de la Reine », la Matronisa, qui est la Communauté d’Israël, source de toutes les âmes. Il conduit la « fiancée » auprès de l’« Époux » : il élève les âmes et les attache à D.ieu ; lui aussi compte parmi les sept bergers.
הממשיך לכללות נשמות ישראל להיות התפעלות הנפש בחי׳ מדבר וצמאון ורשפי אש כו׳ כי עבודת אהרן הוא בהעלותך את הנרות.16
qui fait descendre sur l’ensemble des âmes d’Israël (leur expression générale et collective) l’éveil de l’âme, le niveau du désert, de la soif et des flammes ardentes, etc. ; car le service d’Aharon consiste à « élever les lampes ».
Aharon éveille dans toutes les âmes d’Israël la soif du « désert » et l’amour ardent. C’est pourquoi son service consiste à « élever les lampes ».
פי׳ הנרות הם הנשמות כי נר ה׳ נשמת אדם17 וע״י אהרן היתה הדלקתם והתלהבותם כרשפי שלהבת כו׳ כמ״ש במ״א.
C’est-à-dire que les lampes sont les âmes, car « la lampe de Havaya est l’âme de l’homme » ; et c’est par l’intermédiaire d’Aharon qu’elles furent allumées et s’embrasèrent, comme des flammes ardentes, etc., ainsi qu’il est expliqué ailleurs.
Les lampes sont les âmes, comme le dit le livre des Proverbes : « La lampe de Havaya est l’âme de l’homme. » Aharon les alluma et les fit brûler de flammes d’amour pour D.ieu.
אך עוד אחת18 היא כי הנה א״א לבוא לבחי׳ ומדרגות אלו שהם בחי׳ מדבר סיני ואוהל מועד כו׳ שהוא ענין צאת הנפש מנרתיקה19 מלבושי נוגה כו׳
Mais il est encore une chose : il est impossible d’atteindre ces niveaux et degrés, qui sont les niveaux du désert du Sinaï et de la Tente d’assignation, etc., c’est-à-dire que l’âme sorte de son enveloppe, les vêtements de Nogah, etc.,
Il est une autre condition. Les deux niveaux qui viennent d’être décrits — l’âme qui sort de son « enveloppe », les vêtements de Nogah, dans la soif, et sa joie en D.ieu — ne peuvent être atteints sans une étape préalable, qui est énoncée dans les mots suivants.
ושמחת הנפש בה׳ עושה כו׳ עד שיפריד מנפשו קודם חלאת טומאת הרע גמור שמשלש קליפות הטמאות לגמרי דהיינו להיות סור מרע גמור בפו״מ [בפועל ממש] והוא ענין יציאת מצרים.2021
et que l’âme se réjouisse en D.ieu, son Créateur, etc., tant qu’il n’a pas d’abord séparé de son âme la souillure de l’impureté du mal absolu, provenant des trois kelipot entièrement impures ; autrement dit, tant qu’il ne s’est pas complètement « détourné du mal » dans ses actes concrets. C’est là le sens de la sortie d’Égypte.
Il faut d’abord qu’une personne sépare de son âme la souillure du mal absolu, qui provient des trois kelipot entièrement impures, en se détournant du mal dans ses actes concrets. Cette première étape est la sortie d’Égypte.
Moché, le chouchvin du Roi, attire l’unité de D.ieu dans l’âme par Daat, une connaissance ressentie de D.ieu (« la Tente de la Rencontre ») ; Aharon, le chouchvin de la Reine, élève les âmes dans la soif et l’amour ardent (« le désert du Sinaï »). Tous deux dépendent d’une étape préalable : sortir d’« Égypte » en se détournant du mal dans les actes.
La note de Kehot cite le Zohar sur Michpatim : pourquoi le verset dit-il deux fois « Moi, Moi » ? Pour faire comprendre qu’il n’y a là absolument aucune autre puissance ; bien souvent, « Moi » était dit une seule fois alors que la sitra a’hra était encore présente, mais « Moi, Moi, Je suis Lui, et il n’y a pas de dieu avec Moi » est dit lorsque toute la sitra a’hra a disparu. La liste talmudique des sept bergers nomme Moché, mais pas Aharon ; la note apporte les Tikkounim imprimés dans le Zohar ‘Hadach pour compter Aharon parmi eux.
Maré mekomot
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- 11ח״ב משפטים ק״ח ב׳ · ”אני אני תרין זמנין אמאי אלא לדייקא דהא לית תמן אלקים אלא הוא, דהא כמה זמנין דאיתמר אני זמנא חדא ולא יתיר והוה תמן סט״א, אבל השתא אני אני הוא ואין אלקים עמדי דהא כל סט״א אתעבר, ודייקא אני אני” — נעתק באוה״ת פ׳ יתרו ע׳ תשמ.
- 12כח זה יש בכל נפש ונשמה מישראל ביניקתה מנשמת מרע״ה · Tanya, Likkutei Amarim 42:5–6
- 13ע״פ ויקרא אל משה · Leviticus 2:1
- 14ויקרא אל משה וידבר ה׳ אליו מאהל מועד לאמר · Leviticus 1:1
- 15אהרן שהוא ג״כ משבעה רועים · תי׳ שבז״ח (קד, א). ראה לקוטי שיחות ח״כ ע׳ 643.
- 16בהעלותך את הנרות · Numbers 8:2
- 17נר ה׳ נשמת אדם · Proverbs 20:27
- 18אך עוד אחת · ראה אוה״ת בהעלתך ע׳ שסז.
- 19הנפש — מנרתיקה · ע׳ בסש״ב פל״ז. [כ].
- 20
- 21
9וזהו באחד לחדש השני בשנה השנית לצאתם מארץ מצרים1 כו׳ כי בחי׳ חודש ובחי׳ שנה הכל א׳ וצ״ל בבחי׳ שנית מיציאת מצרים
Et voici [le sens de] « le premier jour du deuxième mois, la deuxième année après leur sortie du pays d’Égypte », etc. : car le niveau du mois et celui de l’année ne font qu’un, et il faut que ce soit au niveau de « deuxième », après la sortie d’Égypte,
La date du verset, « le premier jour du deuxième mois, la deuxième année après leur sortie du pays d’Égypte », est comprise comme une étape du service divin. Le mois et l’année expriment la même chose : ce service vient « en deuxième », après la sortie d’Égypte.
דהיינו אחר שיהיה סור מרע גמור בתכלית ואזי יכול לבוא לידי בחי׳ ומדרגת מדבר סיני ואוהל מועד כו׳
c’est-à-dire après s’être totalement et absolument détourné du mal ; alors, on peut parvenir au niveau et au degré du désert du Sinaï et de la Tente de Réunion, etc.,
Ce n’est qu’après s’être complètement détourné du mal que l’on peut atteindre les deux niveaux du « désert du Sinaï » et de la « Tente de Réunion ».
ע״י בחי׳ משה ואהרן כו׳ כנ״ל (ובמדרש במדבר רבה) (פ׳ ג׳ דף רי״ד ע״ד) איתא שלא יצאו ישראל ממצרים אלא בזכות אהל מועד.2
par les niveaux de Moché et d’Aharon, etc., comme mentionné plus haut. (Et dans le Midrach Bamidbar Rabba) (section 3, page 214, colonne d), il est dit qu’Israël ne sortit d’Égypte que par le mérite de la Tente de Réunion.
Ces niveaux s’atteignent par Moché et Aharon, comme expliqué plus haut. Le Midrach dit qu’Israël ne sortit d’Égypte que par le mérite de la Tente de Réunion ; cela semble faire de la deuxième étape la cause de la première.
היינו כי אלמלא עוזרו3 לא יכול לו וכמ״ש מזה ע״פ אני הוי׳ אלקיכם אשר הוצאתי אתכם מארץ מצרים4 בפ׳ שלח5 ועזר זה הוא בזכות בחי׳
C’est-à-dire : « sans Son aide, il ne pourrait pas le vaincre », comme cela est expliqué à ce sujet sur le verset « Je suis Havaya, votre D.ieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte », dans la paracha Chela’h ; et cette aide vient par le mérite du niveau de
La réponse est que même la première étape, se détourner du mal, nécessite l’aide de D.ieu : comme le dit le Talmud, sans Son aide, l’homme ne pourrait pas vaincre son mauvais penchant. Cette aide vient par le mérite de la Tente de Réunion, l’unité de D.ieu attirée d’en haut.
אהל מועד הנ״ל, ועיין בזח״ג [בזהר חלק ג] פ׳ במדבר קי״ז ב׳ באחד לחדש השני בשנה השנית כולא חד6 והאי אקרי חדש זיו78 רמז לההוא ירחא ושתא דנהיר לסיהרא,
la Tente de Réunion mentionnée plus haut. Voir aussi le Zohar, partie III, paracha Bamidbar, page 117b : « Le premier jour du deuxième mois, la deuxième année » : tout cela ne fait qu’un ; et cela est appelé « le mois de Ziv (éclat) », allusion à ce mois et à cette année qui éclairent la lune.
Le Zohar dit que le mois et l’année ne font ici qu’un, et appelle le deuxième mois « le mois de Ziv », l’éclat, parce qu’il éclaire la lune.
והיינו שהבחי׳ ראשונה דיצ״מ [דיציאת מצרים] בחדש הראשון זהו בחי׳ סור מרע9 והוא בחי׳ ומדרגת אתכפיא סט״א [סטרא אחרא]
Cela signifie que le premier niveau de la sortie d’Égypte, au premier mois, est celui du détournement du mal ; c’est le niveau et le degré de la soumission de la sitra a'hra (itkafya),
La première étape, la sortie d’Égypte au premier mois, consiste à se détourner du mal. C’est l’itkafya : soumettre la sitra a'hra, contraindre le côté du mal à céder, bien qu’il ne soit pas encore transformé.
וזהו יסוד היסודות ואח״כ החדש השני נק׳ חדש זיו דנהיר לבחי׳ ראשונה היינו לבוא לבחי׳ אתהפכא10 חשוכא לנהורא שזהו ענין מדבר סיני כו׳ רשפי אש וצמאון כו׳
et c’est là le fondement des fondements. Ensuite, le deuxième mois est appelé « le mois de Ziv », car il éclaire le premier niveau, c’est-à-dire qu’il permet d’atteindre le niveau où l’on transforme l’obscurité en lumière (ithap’ha ‘hachokha lin’hora), ce qui correspond au désert du Sinaï, etc., aux flammes ardentes et à la soif, etc.
L’itkafya est le fondement de tout. Le deuxième mois, « Ziv », éclaire cette première étape et conduit à l’ithap’ha, la transformation de l’obscurité en lumière, qui correspond à l’ardente soif du « désert du Sinaï ».
והן הן ג״כ ב׳ בחי׳ חצר החיצונה וחצר הפנימית עמ״ש ע״פ ויושט המלך לאסתר,1112 ועיין מענין זה עוד בזח״ג [בזהר חלק ג] בהעלותך קנ״ב ע״ב ומש״ש [ומה שכתוב שם] דאי תימא כו׳
Et ce sont aussi les deux niveaux de la cour extérieure et de la cour intérieure ; voir ce qui est expliqué sur le verset « Et le roi tendit le sceptre vers Esther ». Voir également à ce sujet le Zohar, partie III, Beha’alotekha, page 152b, ainsi que ce qui y est écrit : « Et si tu dis… », etc.,
Les deux étapes correspondent aussi aux cours extérieure et intérieure du palais royal dans le récit d’Esther, comme l’explique le maamar sur « Et le roi tendit le sceptre vers Esther ». Le texte cite ensuite quelques mots du Zohar sur Beha’alotekha : « Et si tu dis… »
« Il n’en est pas ainsi », etc., « et celui qui prend d’abord le fondement », etc., se comprendra pour qui réfléchit, à partir de ce qui est expliqué sur le verset : « Prenez parmi vous une offrande »,
Le Zohar poursuit : « … il n’en est pas ainsi… et celui qui prend d’abord le fondement… » L’Admour Hazaken dit qu’un lecteur attentif comprendra ces paroles à partir du maamar sur « Prenez parmi vous une offrande ».
בפ׳ ויקהל. בענין בחי׳ אתכפיא שיש בה בחי׳ שהוא למעלה מבחי׳ אתהפכא, ועמ״ש בשיר השירים ע״פ קול דודי1516 כו׳ בענין מקפץ על הגבעות:
dans la paracha de Vayakhel, au sujet du niveau de l’itkafya, qui comporte un niveau supérieur à celui de l’it’hap’ha. Voyez aussi ce qui est expliqué dans le Chir Hachirim sur le verset « La voix de mon bien-aimé », etc., au sujet de « sautant par-dessus les collines ».
Ce maamar, dans la paracha de Vayakhel, explique que l’itkafya comporte un niveau supérieur même à l’it’hap’ha. Le lecteur est également renvoyé au maamar sur « La voix de mon bien-aimé », à propos de « sautant par-dessus les collines ».
La date du verset indique que le « désert du Sinaï » et la « Tente de Réunion » viennent en deuxième, après la sortie d’Égypte, c’est-à-dire après le détournement du mal (itkafya). Le deuxième mois, « Ziv », apporte la lumière qui transforme l’obscurité (ithap’ha) ; toutefois, même la première étape nécessite l’aide de D.ieu, qui vient par le mérite de la Tente de Réunion.
La note de Kehot cite le passage parallèle dans Likkutei Torah, Chela’h : même l’épuisement de l’âme de bas en haut, le niveau de la sortie d’Égypte, advient par « qui vous ai fait sortir », car sans Son aide, l’homme ne pourrait pas vaincre, ainsi qu’il est écrit : « Car Il se tient à la droite du pauvre, pour le sauver de ceux qui jugent son âme. »
Maré mekomot
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- 16
Trois niveaux de compassion ¶10–14
10ד ועם כל הנ״ל יובן מ״ש שאו את ראש כו׳, כי הנה ארז״ל [אמרו רבותינו זכרונם לברכה] אין קורין אבות
4. À la lumière de tout ce qui précède, on comprendra ce qui est écrit : « Relevez la tête », etc. Car nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : « On ne donne le nom de “pères” qu’à trois »
La section 4 revient aux mots d’ouverture, « Relevez la tête ». Elle commence par l’enseignement talmudique selon lequel seuls trois personnages sont appelés les « pères » du peuple juif.
אלא שלשה1 שהם אברהם יצחק ויעקב ומדתו של אברהם היא האהבה2 ושל יצחק היא היראה פחד יצחק3 ומדתו של יעקב היא הרחמנות4 שכלולה משתיהן5 כו׳.
: Avraham, Yits’hak et Yaakov. L’attribut d’Avraham est l’amour ; celui de Yits’hak est la crainte, « la Crainte de Yits’hak » ; et l’attribut de Yaakov est la compassion, qui est composée des deux autres, etc.
Les trois pères représentent trois attributs : Avraham, l’amour ; Yits’hak, la crainte (« la Crainte de Yits’hak ») ; et Yaakov, la compassion, qui réunit les deux autres. Le reste du maamar s’appuie sur la compassion de Yaakov.
La section 4 commence à expliquer « Relevez la tête » à travers les trois pères et leurs attributs — l’amour, la crainte et la compassion — puis se tourne vers la compassion de Yaakov, qui inclut les deux autres.
La note de Kehot cite le Yahel Or du Tséma’h Tsédek, qui résume cette section : « selon leurs familles » désigne les soixante-dix âmes, qui se trouvent en Béria ; « selon la maison de leurs pères » désigne les douze tribus, les fils de Yaakov, qui relient Béria à Atsilout ; puis on éveille la compassion d’Atsilout elle-même.
Maré mekomot
- 1אין קורין אבות אלא שלשה · Berakhot 16b:13–14
- 2ומדתו של אברהם הוא האהבה · Zohar I, 85a
- 3פחד יצחק · Genesis 31:42
- 4ומדתו של יעקב הוא הרחמנות · Tanya, Likkutei Amarim 45:1
- 5ומדתו של יעקב . . שכלולה משתיהן · Zohar III, 38a
11והנה מדת הרחמנות היא נמשכה מבחי׳ הדעת כמו שאנו רואים בחוש שטבע התינוק להיות אכזרי לפי שאין בו דעת,
Or, l’attribut de compassion découle du niveau de Daat (connaissance), comme nous le constatons clairement : il est dans la nature d’un jeune enfant d’être cruel, parce qu’il n’a pas de Daat ;
La compassion provient de Daat, une conscience mûre. Un jeune enfant, qui manque de cette conscience, est cruel par nature.
וכן הוא ענין מ״ש כרחם אב על בנים1 ולא כרחם אם כו׳ מפני שנשים דעתן קלה2 משא״כ האיש מפני שדעתו רחבה יותר הוא מרחם ביותר וכשם
et tel est aussi le sens de ce qui est écrit : « Comme un père a compassion de ses enfants », et non « comme une mère a compassion », etc. Car le Daat des femmes est léger, tandis que chez l’homme, dont le Daat est plus ample, la compassion est plus grande. Et de même que
Le verset compare la compassion de D.ieu à celle d’un père, et non à celle d’une mère. L’Alter Rebbe explique ce choix par l’enseignement talmudique selon lequel le Daat des femmes est léger, tandis que le Daat plus ample de l’homme entraîne une compassion plus grande ; il en déduit que la compassion croît avec le Daat.
שהוא לענין המרחם כך הוא לענין מי שצריך לרחם עליו וכמארז״ל [וכמאמר רבותינו זכרונם לברכה] כל מי שאין בו דעה3 אסור לרחם עליו לפי שאין הרחמנות נופל אלא על מי שיש בו דעת.
il en va ainsi pour celui qui éprouve de la compassion, il en va de même pour celui qui en a besoin, comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Il est interdit d’avoir compassion de quiconque n’a pas de Daat », car la compassion ne s’exerce qu’envers celui qui a du Daat.
Il en va de même pour celui qui reçoit la compassion : le Talmud enseigne qu’il est interdit d’avoir compassion de quelqu’un qui n’a pas de Daat. La compassion ne concerne qu’un être doué de conscience.
La compassion dépend du Daat, aussi bien chez celui qui l’éprouve que chez celui qui la reçoit ; cela prépare l’explication de la compassion de Yaakov, qui découle de la connaissance de D.ieu.
Maré mekomot
- 1כרחם אב על בנים · Psalms 103:13
- 2נשים דעתן קלה · Shabbat 33b:6
- 3כל מי שאין בו דעה · Berakhot 33a:19
12והנה מדת הרחמנות של יעקב לעורר רחמים רבים אפי׳ [אפילו] על עולמות עליונים מחמת דעת ה׳ כו׳
Or, l’attribut de compassion de Yaakov consiste à éveiller une grande compassion, même pour les mondes supérieurs, en raison de la connaissance de D.ieu, etc.,
La compassion de Yaakov, née de la connaissance de D.ieu, atteint même les mondes les plus élevés. Celui qui sait que D.ieu seul est la vie voit que les mondes supérieurs eux aussi ont besoin de compassion.
כי הוא חיי החיים ואין עוד מלבדו כו׳ והרי הרחמנות שוה על עולמות עליונים מריש כל דרגין
car Il est la Vie de toute vie et il n’est rien d’autre que Lui, etc. Ainsi, la compassion est la même pour les mondes supérieurs, « depuis la tête de tous les degrés »,
Puisque D.ieu est la vie de toute vie et qu’il n’existe rien en dehors de Lui, les mondes les plus élevés ne sont pas mieux lotis que les plus bas. La compassion est la même pour les uns et les autres.
כמו על התחתונים ממש מאחר שכולם בחי׳ מדבר ושממון כו׳ וכולא קמי׳ [קמיה] כלא חשיב1 שהוא מחיה את כולם בשוה ומעלה ומטה שוין אצלו כו׳.
que pour les mondes les plus bas, car tous sont au niveau d’un désert et d’une désolation, etc., et « tout est considéré comme rien devant Lui » : Il leur donne à tous la vie de manière égale, et le haut comme le bas sont égaux devant Lui, etc.
Tous les mondes sont un « désert » devant Lui, et « tout est considéré comme rien devant Lui », comme le dit le Zohar. Il leur donne à tous la vie de manière égale, et le haut comme le bas sont identiques à Ses yeux.
אך בהשתלשלות והמשכת המדרגות נמשך מבחי׳ יעקב בחי׳ י״ב שבטים שבט לשון המשכה כמו כוכבא דשביט2 והוא
Mais dans l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) et le prolongement des degrés, se prolonge, à partir du niveau de Yaakov, le niveau des douze tribus (chevatim) : chévet est une expression de prolongement, comme dans kochva de-chavit (une comète, une étoile filante) ; et c’est
À mesure que les degrés descendent, la compassion de Yaakov se ramifie pour atteindre le niveau des douze tribus. Chévet, « tribu », vient d’une racine qui signifie « prolonger », comme dans le nom talmudique d’une comète, une étoile suivie d’une traînée.
כמו למשל ענפי האילן שנמשכו מן האילן שממדת רחמנותו של בחי׳ יעקב נמשך מדת רחמנות אחרת של בחי׳ י״ב שבטים.
comme, par exemple, les branches d’un arbre, qui se prolongent à partir de l’arbre : ainsi, de l’attribut de compassion du niveau de Yaakov se prolonge un autre attribut de compassion, celui du niveau des douze tribus.
De même que les branches se prolongent à partir d’un arbre, de la compassion de Yaakov se prolonge une seconde forme, plus basse, de compassion : celle des tribus.
La compassion de Yaakov, née de la connaissance de D.ieu, s’étend également à tous les mondes, puisque tous sont comme rien devant Lui ; de cette compassion se ramifie celle des douze tribus.
Maré mekomot
- 1כולא קמי׳ כלא חשיב · Zohar I, 11b
- 2כוכבא דשביט · Berakhot 58b:11
13והענין כי בחי׳ ומדרגות השבטים הוא מ״ש עומד על שנים עשר בקר1 והים עליהם מלמעלה שהשנים עשר בקר הם בחי׳ מרכבה לבחי׳ הים ושם עלו שבטים2
Le sujet est que le niveau et le rang des tribus correspondent à ce qui est écrit : « Elle reposait sur douze bœufs… et la mer était au-dessus d’eux, en hauteur » ; les douze bœufs sont un char (merkava) pour le niveau de la mer. Et « c’est là que les tribus montaient »,
Le niveau des tribus est représenté par le grand bassin de Chlomo, appelé « la mer », qui reposait sur douze bœufs. Les bœufs sont un « char » pour la mer : ils sont entièrement voués à ce qu’ils portent, tout comme les tribus sont celles qui « montaient » à Jérusalem.
וכדכתיב ובשם אלקינו נדגול34 פי׳ שהדגלים הם בחי׳ מרכבה לבחי׳ שם ה׳ שהוא בחי׳ ים והוא בחי׳ מקור וראשית הגילוי בחי׳ עלמא דאתגליא להחיות ולהוות עלמין דאתגליין.
comme il est écrit : « Et au Nom de notre D.ieu nous dresserons nos étendards » : c’est-à-dire que les étendards sont un char pour le niveau du Nom de D.ieu, qui est le niveau de la mer ; celui-ci est le niveau de la source et du commencement de la révélation, le niveau du monde révélé (alma de’isgalya), afin de donner la vie aux mondes révélés (almin de’isgalyan) et de les faire exister.
Dans le désert, les étendards des tribus étaient dressés « au Nom de notre D.ieu » : ils sont un char pour le « Nom » de D.ieu, qui est la « mer ». Cette « mer » est la source et le commencement de la révélation, le « monde révélé » qui donne la vie à tous les mondes révélés.
Les douze tribus sont un « char » portant la « mer », le Nom de D.ieu, source de toute révélation, tout comme les douze bœufs portaient la mer de Chlomo.
Maré mekomot
- 1עומד על שנים עשר בקר · II Chronicles 4:4
- 2ושם עלו שבטים · Psalms 122:4
- 3ובשם אלקינו נדגול · שם כ, ו.
- 4ובשם אלקינו נדגול · Psalms 20:6
Or, le niveau des mondes révélés, qui reçoivent leur force vitale du niveau du monde révélé, est appelé « les eaux inférieures », et celles-ci sont appelées « les eaux qui pleurent »,
Les mondes révélés, qui reçoivent leur vie du « monde révélé », sont appelés « les eaux inférieures ». Ils sont également appelés « les eaux qui pleurent ».
כדאיתא בזהר שהמים2 התחתונים בוכים3 אנן בעינן למהוי קדם מלכא4 והיינו מפני הדעת וההשגה כי יש מים עליונים מהם בבחי׳ עלמין סתימין דלא אתגליין
comme on le trouve dans le Zohar : les eaux inférieures pleurent et disent : « Nous voulons être devant le Roi. » Cela vient de la connaissance et de la perception, car il existe des eaux qui leur sont supérieures, au niveau des mondes cachés (almin setimin), qui ne sont pas révélés,
Le Tikkouné Zohar dit que les eaux inférieures pleurent : « Nous voulons être devant le Roi. » Elles pleurent parce qu’elles savent qu’il existe des eaux supérieures, les mondes cachés, qui sont plus proches de D.ieu qu’elles.
אך הם נקראים מים התחתונים ויבדל אלקים בין מים למים5 דעלמין סתימין מקבלים חיותם מכחות והמשכות נעלמות כו׳
mais elles sont appelées les eaux inférieures (« Et Elokim sépara entre les eaux et les eaux »), car les mondes cachés reçoivent leur force vitale de puissances et de flux cachés, etc.,
Le verset « Et Elokim sépara entre les eaux et les eaux » décrit cette séparation. Les mondes cachés reçoivent leur vie de puissances et de flux cachés, contrairement aux mondes révélés.
כמ״ש בסש״ב [בספר של בינונים] ח״ב [חלק ב׳] פי״א [פרק י״א] ולכן בוכים על ירידתם מטה מטה וכל חפצם וישעם להיות קדם מלכא דוקא.
comme l’explique le Sefer Chel Beinonim, deuxième partie, chapitre 11. C’est pourquoi elles pleurent leur descente toujours plus bas, et tout leur désir et leur salut consistent à être précisément « devant le Roi ».
Le Tanya, deuxième partie, chapitre 11, est cité à ce sujet. C’est pourquoi les eaux inférieures pleurent d’être descendues si bas, et tout ce à quoi elles aspirent est d’être « devant le Roi ».
וכך היא בחי׳ ומדת הרחמנות של י״ב שבטים בכל אדם לעורר ר״ר [רחמים רבים] על ניצוץ אלקות שירד ממקום כבודו ממקום גבוה למקום נמוך מאיגרא רמה6 כו׳
Il en va ainsi du niveau et de l’attribut de compassion des douze tribus en chaque personne : éveiller une grande compassion pour l’étincelle de divinité qui est descendue de son lieu de gloire, d’un lieu élevé vers un lieu inférieur, « d’un toit élevé », etc.
La compassion des douze tribus en une personne ressemble à ces pleurs : une grande compassion pour l’étincelle de divinité descendue de son lieu de gloire, « d’un toit élevé dans un puits profond », comme le dit le Talmud.
(ועמ״ש בפ׳ ויצא ע״פ וישכם לבן78 וע״פ כנשר יעיר910 וע״פ ויאכילך את המן1112 כו׳) והנה בהשתלשלות המדרגות מדרגה אחר מדרגה יצאו מי״ב שבטים ע׳ [שבעים] נפש יוצאי ירך יעקב13
(Voyez aussi ce qui est expliqué dans la paracha Vayétsé, au sujet du verset « Lavan se leva de bon matin », du verset « Comme l’aigle éveille », et du verset « Il te nourrit de la manne », etc.) Or, dans l’enchaînement descendant des niveaux, de niveau en niveau, les soixante-dix âmes « issues des reins de Yaakov » sortirent des douze tribus,
Le lecteur est renvoyé à trois maamarim, sur « Lavan se leva de bon matin », « Comme l’aigle éveille » et « Il te nourrit de la manne ». Plus loin dans l’enchaînement des niveaux, les soixante-dix âmes qui descendirent en Égypte avec Yaakov sortirent des douze tribus.
שהם ג״כ בחי׳ ומדרגת הרחמנות מדתו של יעקב והוא ג״כ בכל אדם לעורר ר״ר [רחמים רבים] על נפשו ולא בשביל הירידה לבדה שירדה ממקום כבודה אלא אף גם זאת שנתלבשה בלבוש הגוף החומרי.
elles aussi un niveau et un degré de compassion, l’attribut de Yaakov. Cela existe également en chaque personne : éveiller une grande compassion pour sa propre âme, non seulement du fait de sa seule descente, lorsqu’elle est descendue de son lieu de gloire, mais aussi parce qu’elle a été revêtue du vêtement du corps matériel.
Les soixante-dix âmes constituent un troisième niveau de la compassion de Yaakov. Chez une personne, il s’agit de la compassion envers sa propre âme, non seulement parce qu’elle est descendue de son lieu de gloire, mais aussi parce qu’elle est revêtue d’un corps grossier et matériel.
La compassion des douze tribus ressemble aux pleurs des eaux inférieures, qui déplorent leur éloignement du Roi : c’est la compassion pour l’étincelle divine qui est descendue. De là découle le troisième niveau, celui des soixante-dix âmes : la compassion envers son âme parce qu’elle est revêtue d’un corps matériel.
Les trois niveaux de compassion — celui de Yaakov, celui des douze tribus et celui des soixante-dix âmes — vont du haut vers le bas ; le paragraphe suivant inversera cet ordre dans le service consistant à élever l’âme. La note du Kehot sur les « eaux qui pleurent » mentionne, outre le Tikkouné Zohar, Rabbénou Ba’hya sur Vayikra 2:13 et le commentaire des Tossafot Hadar Zekenim au début de Berechit.
Maré mekomot
- 1מי בוכים · בוכים (ב״ר פ״ה סי׳ ג׳). הובא בעץ [יוסף] ב׳ [שם] אב״ן ש״ט בפ׳ ויקרא הל׳ כן. [כ].
- 2כדאיתא בזהר שהמים · ת״ז ת״ה (יט, ב). תוס׳ הרא״ש (הדר זקנים) בראשית בתחלתו. בחיי ויקרא ב, יג.
- 3שהמים התחתונים בוכים · Rabbeinu Bahya, Vayikra 2:13
- 4שהמים התחתונים בוכים אנן בעינן למהוי קדם מלכא · Tikkunei Zohar 19b:16–17
- 5ויבדל אלקים בין מים למים · Genesis 1:7
- 6מאיגרא רמה · Chagigah 5b:16–17
- 7ע״פ וישכם לבן · תו״א כד, א.
- 8וישכם לבן · Genesis 32:1
- 9וע״פ כנשר יעיר · אולי הכוונה ללקו״ת האזינו עח, ד.
- 10כנשר יעיר · Deuteronomy 32:11
- 11וע״פ ויאכילך את המן · לקו״ת עקב יד, א.
- 12ויאכילך את המן · Deuteronomy 8:3
- 13ע׳ נפש יוצאי ירך יעקב · Exodus 1:5
Élever l’âme jusqu’à « selon leurs crânes » ¶15
15והנה כל בחי׳ ומדרגת המשכת והתעוררות הרחמים על נפשו ולהעלותה ולקשרה בה׳ הן הם המשכות עליונות הבאות מלמעלה וכמ״ש ונתן לך רחמים1 ורחמך כו׳.
Or, tous les niveaux et degrés de l’effusion et de l’éveil de la compassion envers son âme, afin de l’élever et de la lier à D.ieu, sont des émanations supérieures qui viennent d’en haut, comme il est écrit : « Il te donnera de la compassion et aura compassion de toi », etc.
Tout éveil de compassion envers sa propre âme, et toute élévation de celle-ci vers D.ieu, est en vérité une émanation qui vient d’en haut. Le verset dit : « Il te donnera de la compassion et aura compassion de toi » : même la compassion qu’une personne éprouve lui est donnée.
וכן אנו אומרים בברכת אהבת עולם אבינו אב הרחמן המרחם רחם נא עלינו ותן בלבנו בינה כו׳
C’est également ce que nous disons dans la bénédiction Ahavat Olam : « Notre Père, Père compatissant, qui a compassion, aie donc compassion de nous et mets de l’intelligence dans notre cœur », etc.
Ainsi, dans la bénédiction Ahavat Olam, avant le Chema, nous demandons à D.ieu, « Père compatissant », d’avoir compassion de nous et de mettre de l’intelligence dans notre cœur.
ואין זה מצד הנפש עצמה לפי השגתה שהרי זה מצד ביטול ההשגה והשגת הנבראים כו׳
Cela ne vient pas de l’âme elle-même, selon sa propre perception, car cela procède de l’annulation de la perception et de la perception des êtres créés, etc.
Cette compassion ne vient pas de la compréhension propre de l’âme. Elle vient du constat que sa propre compréhension, comme celle de tout être créé, est néant devant D.ieu.
והוא מבחי׳ דעת ה׳ מבחי׳ מרע״ה [משה רבינו עליו השלום] כו׳ (וכמ״ש בפ׳ פנחס ע״פ את הכבש אחד2 תעשה3 כו׳)
Cela relève du niveau de la connaissance de D.ieu, du niveau de Moché notre maître, que la paix soit sur lui, etc. (comme cela est expliqué dans la paracha Pin’has, à propos du verset : « Tu offriras un agneau », etc.).
Une telle vision provient de la connaissance de D.ieu, le niveau de Moché décrit plus haut. Le lecteur est renvoyé au maamar de la paracha Pin’has sur « Tu offriras un agneau ».
והנה ג׳ בחי׳ ומדרגות של ג׳ מיני רחמנות הנ״ל הם כסדרן מלמעלה למטה אך כדי להעלות נפש האדם שהוא למטה מטה מהם צריך להעלות כסדרן מלמטה למעלה
Or, les trois niveaux et degrés des trois sortes de compassion mentionnées plus haut se succèdent dans l’ordre, de haut en bas ; mais pour élever l’âme de l’homme, qui se trouve très, très bas par rapport à elles, il faut l’élever dans leur ordre, de bas en haut :
Les trois sortes de compassion — celle de Yaakov, celle des tribus et celle des soixante-dix âmes — descendent d’en haut vers le bas dans cet ordre. Mais l’âme d’une personne se trouve très loin au-dessous d’elles ; pour l’élever, il faut donc les gravir dans l’ordre inverse, de bas en haut.
דהיינו תחלה למשפחותם4 בחי׳ ע׳ [שבעים] נפש ואח״כ לבית אבותם בחי׳ בני יעקב ואח״כ למדרגת יעקב כו׳
c’est-à-dire d’abord « selon leurs familles », le niveau des soixante-dix âmes ; ensuite « selon la maison de leurs pères », le niveau des fils de Yaakov ; puis le degré de Yaakov, etc.
C’est l’ordre du verset : d’abord « selon leurs familles », les soixante-dix âmes ; ensuite « selon la maison de leurs pères », les douze fils de Yaakov ; enfin le niveau de Yaakov lui-même. Le verset d’ouverture du maamar trouve ici son explication.
(ואפשר לומר שכנגד זה מזכירים ומעוררים בשלשה מקומות בתפלה התעוררות רחמים היינו האחד בפסוד״ז [בפסוקי דזמרה] כמו שאומרים והוא רחום5 כו׳ זכור רחמיך6 כו׳ וכן בברוך שאמר ברוך מרחם כו׳ וכן באשרי חנון ורחום78 הוי׳.
(On peut dire qu’en correspondance avec cela, nous mentionnons et éveillons la compassion en trois endroits de la prière : le premier dans les Pessouké déZimra, lorsque nous disons : « Lui, qui est compatissant », etc., « Souviens-toi de Tes compassions », etc. ; de même, dans Baroukh Chéamar : « Béni soit Celui qui a compassion », etc. ; et également dans Achré : « Clément et compatissant est Havaya ».
Le Rabbi Chnéour Zalman suggère que les prières suivent ces mêmes trois étapes, en mentionnant la compassion en trois endroits. La première se trouve dans les Pessouké déZimra : « Lui, qui est compatissant », « Souviens-toi de Tes compassions », « Béni soit Celui qui a compassion » dans Baroukh Chéamar, et « Clément et compatissant est Havaya » dans Achré.
הב׳ בברכת יוצר אור ברחמיך הרבים רחם עלינו. הג׳ באהבת עולם אבינו אב הרחמן כו׳ שכ״ז [שכל זה] התעוררות ג׳ בחי׳ רחמים הנ״ל כסדרן מלמטה למעלה לפני ק״ש [קריאת שמע] שיוכל לבוא לומר ק״ש [קריאת שמע] בחי׳ אחד ואהבת9 כו׳)
La deuxième, dans la bénédiction Yotser Or : « Dans Tes grandes compassions, aie compassion de nous. » La troisième, dans Ahavat Olam : « Notre Père, Père compatissant », etc. Tout cela éveille les trois niveaux de compassion mentionnés plus haut, dans leur ordre de bas en haut, avant le Chema, afin que l’on puisse en venir à réciter le Chema, le niveau de « Un » et de « Tu aimeras », etc.)
La deuxième se trouve dans la bénédiction Yotser Or : « Dans Tes grandes compassions, aie compassion de nous » ; la troisième, dans Ahavat Olam : « Notre Père, Père compatissant ». Ces trois éveils s’élèvent de bas en haut et préparent la personne à réciter le Chema, avec son « Un » et son « Tu aimeras ».
והנה זהו ענין ספירת העומר להמשיך בשבעה שבועות בחי׳ הרחמנות מבחי׳ ע׳ [שבעים] נפש כו׳ עד יום חג השבועות שאז הוא זמן מתן תורה שעל כל דבור פרחה נשמתן10 כו׳
Or, tel est le sens du compte du Omer : faire descendre, durant sept semaines, le niveau de la compassion, à partir du niveau des soixante-dix âmes, etc., jusqu’au jour de la fête de Chavouot, qui est le moment du Don de la Torah, lorsque « à chaque parole, leurs âmes s’envolaient », etc.,
Le compte du Omer suit le même parcours : durant sept semaines, on fait descendre la compassion, en commençant par le niveau des soixante-dix âmes, jusqu’à Chavouot. Au Don de la Torah, les Sages disent : « à chaque parole, leurs âmes s’envolaient ».
ce qui est la révélation du niveau du grand amour (ahava rabba), bien au-dessus du niveau de Daat (connaissance), etc. ; et c’est là le niveau du « service qui est un don », etc.,
Cet envol de l’âme était une révélation de l’ahava rabba, le « grand amour », bien au-dessus de Daat et de toute compréhension. C’est un « service qui est un don » : un amour accordé d’en haut, plutôt qu’atteint par l’effort.
ובחי׳ אש שלמעלה כו׳ וזהו לגלגלותם שהוא ענין גלגולת שהיא החופפת על הראש ומוחין שאינה יכולה להתלבש בהם:13
et le niveau du feu d’en haut, etc. Tel est le sens de « selon leurs crânes » (legoulguelotam) : il s’agit du crâne (goulgolet), qui couvre la tête et les mo’hin, sans pouvoir s’en vêtir.
C’est aussi le « feu d’en haut », qui descend de lui-même. Tel est le sens de « selon leurs crânes » (legoulguelotam) : le crâne, goulgolet, entoure la tête et le cerveau, sans pouvoir s’y vêtir, car cet amour dépasse l’intellect et l’entoure.
Ce paragraphe achève l’explication des versets d’ouverture : l’âme est élevée à travers les trois niveaux de compassion, dans l’ordre ascendant — « selon leurs familles », « selon la maison de leurs pères », puis Yaakov — comme le font les prières et le compte du Omer ; au sommet, « selon leurs crânes », se trouve le grand amour qui dépasse l’intellect et qui s’est révélé au don de la Torah.
Les trois sortes de compassion descendent d’en haut, mais il faut les gravir de bas en haut ; et cette ascension elle-même est un don d’en haut, issu de la connaissance de D.ieu de Moché. Le niveau suprême, le « grand amour », est appelé dans Igueret HaKodech 18 « un service qui est un don », car il ne peut être atteint par le labeur de la chair, contrairement à la crainte.
Maré mekomot
- 1ונתן לך רחמים · Deuteronomy 13:18
- 2בפ׳ פנחס ע״פ את הכבש אחד · לקמן בפ׳ פנחס.
- 3את הכבש אחד תעשה · Numbers 28:4
- 4למשפחותם · Numbers 1:2
- 5והוא רחום גו׳ זכור רחמיך · Psalms 78:38
- 6זכור רחמיך · Psalms 25:6
- 7חנון ורחום ה׳ · שם קמה, ח.
- 8חנון ורחום הוי׳ · Psalms 145:8
- 9אחד ואהבת · Deuteronomy 6:4–5
- 10על כל דיבור פרחה נשמתן · Shabbat 88b:6
- 11שלמעלה מעלה מבחי׳ הדעת · ראה לקמן בלק סז, ג.
- 12עבודת מתנה · Numbers 18:7
- 13אש שלמע׳ · Yoma 21b:5–6
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Dans la prière, approfondissez d’abord la soif : dans les Pessouké deZimra et la bénédiction Yotser Or, méditez sur le fait que chaque monde, même le plus élevé, est comme néant devant D.ieu, jusqu’à ce que l’âme Le désire ardemment, pousse un cri devant son éloignement et haïsse le mal en elle ; puis, à partir de Ahavat Olam, laissez la révélation de Son unité étancher cette soif dans la joie. Priez chaque jour, car le penchant se renforce chaque jour, et, avant tout, détournez-vous du mal dans les actes concrets. Éveillez votre compassion pour votre propre âme en gravissant les degrés : parce qu’elle est revêtue d’un corps, parce que l’étincelle divine est tombée de sa place, et, avec la compassion de Yaakov, parce que chaque monde a besoin de D.ieu.
Questions à discuter
- Pourquoi la lumière que l’âme reçoit dans le Gan Eden inférieur grâce à sa Torah et à son service est-elle supérieure à ce qu’elle connaissait dans le Gan Eden supérieur avant sa naissance ?
- Comment les trois sens de midbar (parole, « Il soumet » et désert) s’articulent-ils dans la présentation de la prière par le maamar ?
- Que nous enseigne la parabole de l’étreinte d’un ami sur la manière dont la Torah et les mitsvot unissent une personne à D.ieu, bien qu’aucune pensée ne puisse Le saisir ?
- Pourquoi faut-il que le détournement du mal (itkafya) précède « le désert du Sinaï » et « la Tente de la Rencontre », et comment le Midrach peut-il dire que la sortie d’Égypte eut lieu par le mérite de la Tente de la Rencontre ?
- Pourquoi faut-il gravir du bas vers le haut les trois niveaux de compassion, qui s’écoulent du haut vers le bas, et où le maamar retrouve-t-il cet ordre dans les prières et dans le compte du Omer ?