Likkutei Torah · Parshas Bamidbar · Maamar 2
ביאור הדברים הנה אית רצון ואית רצון כו׳
Explication des notions : « Il est une volonté, et il est une volonté »
L’idée centrale
L’âme possède deux volontés : une volonté inférieure, aspiration vers D.ieu née de la compréhension de la manière dont Sa grandeur se déploie pour créer les mondes et leur insuffler la vie ; et une volonté supérieure, enracinée dans la source de l’âme et qui rayonne dans la Yé'hida sous forme d’annulation devant l’essence de D.ieu, que nulle pensée ne peut saisir. « Élevez la tête… selon leurs crânes » signifie élever la volonté inférieure jusqu’à la volonté supérieure, un lien que le Don de la Torah a noué avec les facultés de l’âme.
Le maamar en bref
Ce court maamar explique le précédent : il est une volonté, et il est une volonté. La volonté inférieure est une aspiration vers D.ieu, née de la contemplation du déploiement de Sa grandeur lorsqu’Il fait exister les mondes et leur donne la vie. Comme l’intellect gouverne le cœur, celui-ci le ressent, chacun selon ce qu’il « mesure dans son cœur » ; cette volonté est donc petite ou grande. La volonté supérieure est enracinée dans la source de l’âme et rayonne dans la Yé'hida sous forme d’annulation devant l’essence de D.ieu. Le cœur extérieur ne peut la contenir : c’est l’amour « de toute ta force », égal chez chaque Juif, mais qui enveloppe le corps d’en haut. « Élevez la tête… selon leurs crânes » signifie élever la volonté inférieure jusqu’à la volonté supérieure. Le Don de la Torah a lié ce niveau enveloppant aux facultés de l’âme, car la Torah est une avec la sagesse de D.ieu, tout en étant revêtue de lois physiques que l’intellect peut saisir. Lorsque le Michkan, « la Souka tombée de David », descend, les Lévites le relèvent : Guerchon soumet le mal, l’amertume de Merari transforme l’obscurité en lumière, et par Kéhat les fautes deviennent des mérites. Les Cohanim s’attachent à D.ieu Lui-même, et non à la Torah seule, jusqu’à ce qu’Il soit amené dans les facultés de l’âme.
Plan
- La volonté née de la compréhensionLa volonté inférieure est une aspiration née de la contemplation de la manière dont la grandeur de D.ieu se déploie pour créer les mondes et leur insuffler la vie ; l’intellect gouverne le cœur, et chacun connaît D.ieu selon ce qu’il « mesure dans son cœur ».¶1
- La volonté supérieure, enracinée dans l’âmeL’amour né de la compréhension comporte différents degrés, mais la volonté enracinée dans la source de l’âme rayonne dans la Yé'hida sous forme d’annulation devant l’essence de D.ieu : l’amour « de toute ta force », égal chez chaque Juif, mais qui enveloppe le corps d’en haut.¶2
- « Élevez la tête… selon leurs crânes »La volonté inférieure est élevée jusqu’à la volonté supérieure. Le Don de la Torah a lié le niveau enveloppant aux facultés de l’âme, car la Torah est une avec la sagesse de D.ieu.¶3
- La lumière de la Torah et les LévitesRevêtue de lois physiques, la lumière de la Torah ramène l’homme à la racine du bien. Lorsque le Michkan tombe, les Lévites le relèvent : Guerchon, Merari et Kéhat.¶4
- Les Cohanim : « Je le tenais »Il faut s’attacher à D.ieu Lui-même, et non à la Torah seule, jusqu’à ce qu’Il soit « amené » dans les facultés de l’âme.¶5
Notions clés
- La volonté inférieureרצון תחתון
- Une aspiration vers D.ieu née de la compréhension de Sa grandeur telle qu’elle se déploie dans la création ; elle croît avec la profondeur de l’intellect et est ressentie dans le cœur.
- La volonté supérieureרצון העליון
- La volonté enracinée dans la source de l’âme, au-delà de l’intellect : l’annulation devant l’essence de D.ieu, qui échappe à toute saisie et est égale dans chaque âme juive.
- Yé'hidaיחידה
- Le niveau le plus intérieur, « unique », de l’âme, où rayonne la volonté supérieure.
- Le niveau enveloppant (makif)מקיף
- Un niveau qui n’est pas revêtu à l’intérieur d’un réceptacle, mais qui l’enveloppe d’en haut ; la racine de l’âme se tient ainsi par rapport au corps.
- L’annulation de soi (bitoul)ביטול
- Ici, l’annulation de sa propre compréhension et de toute la création devant l’essence de D.ieu : la caractéristique de la volonté supérieure.
- Guerchon, Kéhat et Merariגרשון קהת ומררי
- Les trois familles lévitiques, interprétées comme trois manières de relever ce qui est tombé : soumettre le mal, ressentir de l’amertume face à la descente et transformer l’obscurité en lumière.
La volonté née de la compréhension ¶1
1ביאור הדברים הנה אית רצון ואית רצון כו׳. רצון הנולד מן הדעת וההשכלה לפי העמקת שכלו שתופס ומשיג עד״מ [על דרך משל] איכות ההטבה שיהיה לו מן הדבר ככה תתגדל התשוקה כו׳.
Explication des propos : Il est un vouloir et il est un vouloir, etc. Un vouloir qui naît de Daat (connaissance) et de la compréhension intellectuelle : selon la profondeur de son intellect, dans la mesure où il saisit et comprend — par exemple, la qualité du bienfait qu’il tirera de la chose —, le désir grandit d’autant, etc.
Le titre « Explication des propos » indique qu’il s’agit d’une brève explication du maamar précédent sur « Relève la tête », qui portait sur l’énoncé : « Il est un vouloir et il est un vouloir. » La première sorte de vouloir naît de l’intellect : plus une personne saisit profondément tout le bien que peut lui apporter une chose, plus son désir pour elle grandit.
והנה לית מחשבה תפיסא בי׳ [ביה]1 אלא בהתפשטות גדולתו מהוה מאין ליש ומחיה עליונים כו׳. ודבר זה כאשר נתפס בשכלו ובהעמקת הדבר נולד מזה התשוקה בלב בחיצוניותו
Or, « aucune pensée ne peut Le saisir », si ce n’est par le déploiement de Sa grandeur, [lorsqu’Il] fait être ce qui n’était pas et donne la vie aux mondes supérieurs, etc. Lorsque cela est saisi par son intellect, et qu’il approfondit la réflexion à ce sujet, le désir naît ainsi dans la dimension extérieure de son cœur ('hitsoniyout),
Appliqué à D.ieu : Son essence échappe à toute pensée, mais l’intellect peut saisir le « déploiement de Sa grandeur » : le fait qu’Il fasse être les mondes à partir du néant et leur donne la vie. Lorsqu’une personne médite profondément à ce sujet, un désir de D.ieu naît dans la dimension extérieure de son cœur, c’est-à-dire au niveau du sentiment dont une personne peut faire l’expérience.
כי הלב יכול להיות כלי לקבל אור זה המתפשט בשכלו כי המוח שליט על הלב2
car le cœur peut être un réceptacle pour recevoir cette lumière qui se déploie dans son intellect, puisque l’intellect gouverne le cœur.
Cela est possible parce que le cœur peut recevoir ce que l’intellect comprend : l’intellect gouverne le cœur, et un amour ressenti peut ainsi naître de la méditation.
(וזהו נודע בשערים בעלה3 שבעלה דמטרוניתא הוי׳ נודע בשערים כו׳) ואהבה זו בא מלמעלה בבחי׳ השתלשלות רבות בהתפשטות גדולתו ושם אתה מוצא ענותנותו4 כו׳.
(Et c’est là [le sens de] « Son époux est connu aux portes » : l’Époux de la Matronita, Havaya, est connu aux portes, etc.) Cet amour vient d’en haut, selon de nombreux [degrés de] l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), par le déploiement de Sa grandeur ; et c’est là que vous trouvez Son humilité, etc.
La parenthèse rattache ce propos au verset « Son époux est connu aux portes » (Proverbs 31:23), compris comme désignant D.ieu, l’« Époux » de la Matronita — la Reine, nom de la Chekhina dans le Zohar —, qui se fait connaître. Un tel amour vient d’en haut par de nombreux degrés de descente, à travers lesquels la grandeur de D.ieu se déploie jusqu’à devenir saisissable par une personne ; et, comme le disent les Sages, partout où vous trouvez Sa puissance, vous trouvez Son humilité : Il s’abaisse pour se laisser connaître.
וזהו נודע בשערים בעלה לכל חד וחד לפום מה דמשער בלבא5 ושבחא דקב״ה [דקודשא בריך הוא] איהו בעלה דמטרוניתא שהוא נודע כו׳.
Et c’est là [le sens de] « Son époux est connu aux portes » : pour chacun, selon ce qu’il mesure dans son cœur ; et la louange du Saint béni soit-Il est qu’Il est l’Époux de la Matronita, en ce qu’Il se fait connaître, etc.
Le Zohar interprète « connu aux portes » (she'arim) comme signifiant « selon ce que chacun mesure » (meshaer) dans son cœur : chacun connaît D.ieu à la mesure de la profondeur de sa propre compréhension. La louange de D.ieu comme « Époux de la Matronita » tient précisément à cela : Il se fait connaître.
Ce paragraphe décrit la première sorte de vouloir : un amour de D.ieu qui naît de la méditation sur la manière dont Sa grandeur se déploie pour créer les mondes et leur donner la vie, et qui se ressent dans le cœur selon la compréhension propre à chacun.
Le jeu de mots du Zohar entre she'arim (« portes ») et meshaer (« mesure ») sous-tend le paragraphe : D.ieu n’est « connu » par chacun que dans la mesure de son propre intellect et de son cœur. C’est pourquoi l’amour qui en résulte comporte des degrés, comme l’indique le paragraphe suivant.
Maré mekomot
- 1לית מחשבה תפיסא בי׳ · Tikkunei Zohar 17a:10–12
- 2המוח שליט על הלב · Zohar, Pinchas 39:209
- 3
- 4ושם אתה מוצא ענותנותו · Megillah 31a:12–13
- 5לכל חד וחד לפום מה דמשער בלבא · Zohar, Vayera 9:153–164
La volonté supérieure, enracinée dans l’âme ¶2
2והנה בתשוקת אהבה זו יש בה בחי׳ קטנות וגדלות לפי גדלות וקטנות השכל כי הקטן אוהב כו׳.
Or, dans l’aspiration de cet amour, il existe un aspect de petitesse et un aspect de grandeur, selon la grandeur ou la petitesse de l’intellect ; car un enfant aime, etc.
L’amour qui naît de la compréhension comporte différents degrés, de petitesse et de grandeur, car il dépend de l’ampleur de la compréhension de la personne. Le texte ne donne que le début d’une analogie : « un enfant aime, etc. » Ce qu’une personne aime correspond au stade de son intellect.
ולכן נק׳ רצון תחתון שהוא המתפשט מכחות הנפש שכל ומדות. אבל אית רצון לעילא בשרש הנשמה במקור חוצבה בכל העולמות אבי״ע [אצילות בריאה יצירה עשיה].
C’est pourquoi on l’appelle la « volonté inférieure », car elle se déploie à partir des facultés de l’âme : l’intellect et les attributs émotionnels (midot). Mais il existe une volonté supérieure, à la racine de l’âme, dans la source d’où elle a été taillée, dans les mondes d’Atsilout, de Béria, de Yetsira et d’Assiya.
Parce que cet amour émane des facultés de l’âme, de son intellect et de ses émotions, on l’appelle la « volonté inférieure ». Au-dessus d’elle se trouve une volonté enracinée dans la source de l’âme, le lieu d’où elle a été « taillée », à travers les quatre mondes d’Atsilout, de Béria, de Yetsira et d’Assiya.
ובהארתה למטה בבחי׳ יחידה שבנפש1 הפרטי בביטול מערך השגתו והשכלתו מפני עוצם רוממותו ית׳ דלית מחשבה תפיסא בי׳ [ביה] וביטול כל הנבראים לגבי עצמותו ומהותו ית׳ דכולא קמי׳ [קמיה] כלא ממש חשיבי
Et, lorsqu’elle se manifeste ici-bas, au niveau de la Yechida dans l’âme individuelle, [elle se traduit par] l’annulation de la mesure de sa compréhension et de son intelligence, devant l’immensité de Sa grandeur, béni soit-Il, car « aucune pensée ne peut Le saisir » ; et [par] l’annulation de toutes les créatures devant Son essence et Son être, béni soit-Il, car « tout, devant Lui, est véritablement considéré comme rien ».
Cette volonté supérieure se manifeste ici-bas dans la Yechida, le niveau le plus intérieur, « unique », de l’âme individuelle. Elle se révèle sous forme d’annulation : la compréhension de la personne ne compte pour rien devant la grandeur de D.ieu, que nulle pensée ne peut saisir, et toute la création est comme rien devant Son essence.
(הגם דלית מחשבה תפיסא במהותו ית׳ מ״מ [מכל מקום] היינו במהות עצמו אבל בגדולת מהותו לגבי נבראים שאין ערוך אליו ית׳ כל הנשמה תהלל2 ולגדולתו אין חקר)3 ועי״ז תתעורר הנפש לצאת מנרתיקה זה הגוף.
(Bien qu’« aucune pensée ne puisse saisir » Son être, béni soit-Il, cela désigne néanmoins Son être même ; mais, quant à la grandeur de Son être par rapport aux créatures, il n’existe aucune comparaison avec Lui, béni soit-Il : « Toute âme louera », et « Sa grandeur est insondable ». ) Et par cela, l’âme sera éveillée à sortir de son enveloppe, qui est ce corps.
La parenthèse précise ce que l’on peut contempler ici : l’essence de D.ieu elle-même dépasse la pensée, mais on peut réfléchir à l’immense supériorité de Sa grandeur sur toutes les créatures, comme l’indiquent les versets « Toute âme louera » et « Sa grandeur est insondable ». Cette contemplation éveille l’âme à sortir de son « enveloppe », le corps, pour se tourner vers D.ieu.
והנה לזה אין חיצוניות הלב כלי להיות האהבה ויראה מורגשת בו כי גבהו ממנו אלא תתבטל הנפש מכחותי׳ [מכחותיה] והיה כלא היה
Or, pour cela, la dimension extérieure ('hitsoniyout) du cœur ne peut servir de réceptacle, afin que l’amour et la crainte y soient ressentis, car ils la dépassent ; l’âme sera plutôt annulée, dégagée de ses facultés, et ce sera comme si elle n’avait jamais été.
La dimension extérieure du cœur, où sont ressentis les sentiments ordinaires, ne peut accueillir cet amour et cette crainte, car ils la dépassent. L’âme est plutôt annulée, hors de ses propres facultés, comme si elle n’existait pas.
וזהו ובכל מאדך4 והוא מאיר בהשוואה גמורה לכל נפש מישראל אלא שהמונע הוא שאין התלבשותה בגוף אלא עומדת בבחי׳ מקיף.
Et c’est là le sens de « et de toute ta force ». Cela rayonne avec une égalité parfaite dans chaque âme d’Israël ; seul y fait obstacle le fait que cela ne s’enveloppe pas dans le corps, mais demeure au niveau d’une lumière englobante (makif).
Il s’agit de l’amour « de toute ta force » (Deutéronome 6:5), un amour qui dépasse la mesure des facultés de l’âme. Il rayonne également dans chaque âme juive ; seul l’empêche de se manifester le fait qu’il ne s’enveloppe pas dans le corps, mais demeure au-dessus de lui, sous la forme d’une lumière englobante (makif).
Ce paragraphe oppose la volonté inférieure, un amour qui grandit ou diminue selon la compréhension de la personne, à la volonté supérieure, enracinée dans l’âme : une annulation devant l’essence de D.ieu, qui rayonne également dans chaque Juif, mais demeure au-dessus du corps comme une lumière englobante.
Les deux amours proviennent de deux manières de contempler D.ieu : comme Celui qui se déploie pour créer et vivifier les mondes, ce que l’intellect saisit à différents degrés, et comme Celui devant l’essence duquel toute la création n’est rien, essence qui dépasse toute saisie. Le second amour ne dépend pas de la mesure de l’intellect, ce qui explique qu’il soit égal dans chaque âme.
Maré mekomot
- 1בבחי׳ יחידה שבנפש · Bereshit Rabbah 14:9
- 2כל הנשמה תהלל · Psalms 150:6
- 3ולגדולתו אין חקר · Psalms 145:3
- 4ובכל מאדך · Deuteronomy 6:5
« Élevez la tête… selon leurs crânes » ¶3
3וזהו שאו את ראש1 שהוא הרצון התחתון הנולד מהתפשטות החיות בנבראים לגבי רצון העליון שהוא לגולגולת בחי׳ שרש הנפש ובחי׳ יחידה הנולד מהתבוננות ביטול ערך הנבראים לגבי עצמותו ומהותו לכן מ״ש בענין כריתות כו׳.
Et c’est là [le sens de] « Élevez la tête » : il s’agit de la volonté inférieure, qui naît de la diffusion de la force vitale dans les créatures, et qui est élevée vers la volonté supérieure, laquelle est « au crâne » : le niveau de la racine de l’âme et celui de Yechidah, qui naissent de la méditation sur l’insignifiance des créatures par rapport à Son essence et à Son être. C’est pourquoi il est écrit au sujet de l’excision, etc.
Le verset « Élevez la tête… selon leurs crânes » (Nombres 1:2) est maintenant expliqué : la « tête » désigne la volonté inférieure, qui naît de la méditation sur la diffusion de la force vitale de D.ieu dans la création ; elle doit être élevée jusqu’au « crâne », c’est-à-dire à la volonté supérieure de la racine de l’âme et de Yechidah, qui naît de la méditation sur le fait que les créatures ne sont rien devant Son essence. Les mots « c’est pourquoi il est écrit au sujet de l’excision, etc. » s’interrompent, et une note dans Likkutei Sichos relève qu’il semble manquer quelque chose à cet endroit.
כי הרשעים מלאים חרטות מבחינת יחידה והמחבר בחי׳ מקיף הזה להתפשט בכחות הנפש המתלבשים בגוף הוא מ״ת [מתן תורה] בשבועות שעל כל דבור פרחה נשמתן שהדיבור המשיך מעצמותו ית׳ אנכי מי שאנכי
Car les méchants sont remplis de regrets, en raison du niveau de Yechidah. Et ce qui relie ce niveau enveloppant (makif), afin qu’il se diffuse dans les facultés de l’âme revêtues dans le corps, c’est le don de la Torah à Chavouot, lorsque, à chaque parole, leurs âmes s’envolaient ; car la parole faisait descendre de Son essence, béni soit-Il : « Moi » (Anochi), « Je suis Celui que Je suis. »
Même les méchants sont « remplis de regrets », car leur regret vient de Yechidah, le niveau le plus intérieur de l’âme, qui est présent même en eux. Ce qui relia ce niveau enveloppant aux facultés de l’âme dans le corps fut le don de la Torah à Chavouot, lorsque les âmes s’envolaient à chaque parole ; chacune faisait descendre quelque chose de l’essence même de D.ieu : le « Moi » (Anochi) du premier commandement, « Je suis Celui que Je suis. »
Il en va de même de la Torah dans son ensemble : Lui et Sa sagesse ne font qu’un, et les raisons de la Torah n’ont pas été dévoilées ; car « Tu es sage, mais non d’une sagesse connue », etc.
La Torah dans son ensemble est, elle aussi, une avec D.ieu : « Lui et Sa sagesse ne font qu’un. » C’est pourquoi ses raisons n’ont pas été dévoilées, car D.ieu est « sage, mais non d’une sagesse connue », comme le dit le Tikkunei Zohar.
Ce paragraphe applique les deux volontés au verset « Élevez la tête… selon leurs crânes » : la volonté inférieure doit être élevée jusqu’à la volonté supérieure de la racine de l’âme. Ce niveau supérieur fut relié aux facultés révélées de l’âme lors du don de la Torah, parce que la Torah ne fait qu’un avec la sagesse propre de D.ieu.
La « tête » et le « crâne » reprennent l’analogie du maamar précédent : le cerveau se trouve à l’intérieur de la tête, tandis que le crâne l’entoure de l’extérieur, comme la volonté supérieure enveloppe l’intellect. La Torah peut relier les deux parce qu’elle provient de l’essence de D.ieu (« Je suis Celui que Je suis ») tout en étant donnée aux facultés de l’âme.
Maré mekomot
- 1שאו את ראש · Numbers 1:2
- 2טעמי תורה לא נתגלו · Sanhedrin 21b:16
- 3דאנת הוא חכים ולא בחכמה ידיעא · Tikkunei Zohar 17b:3–4
La lumière de la Torah et les Lévites ¶4
4ומ״מ [ומכל מקום] שכל אדם תפיסא בה בחיצוניותו כי נתלבשה בדברים גשמיים זרעים מועד כו׳. וכאשר האדם מדבק בה שכלו ומחשבתו הרי המאור שבה שהוא הוא עצמותו ומהותו ית׳ המלובש בה מחזירו למוטב.1
Néanmoins, l’intellect humain saisit la Torah dans sa dimension extérieure ('hitsoniyout), car elle s’est revêtue de réalités matérielles : [les ordres de] Zeraïm, Moed, etc. Et lorsqu’une personne attache à elle son intellect et sa pensée, alors la lumière qui est en elle — qui est Son essence et Son être mêmes, béni soit-Il, revêtus en elle — la ramène vers le mieux (mutav).
Bien que la Torah soit une avec D.ieu, l’esprit humain peut la saisir dans sa dimension extérieure, parce qu’elle est revêtue de réalités matérielles : les lois des ordres de la Michna, tels que Zeraïm (Semences) et Moed (Fêtes). Lorsqu’une personne y attache son esprit, la « lumière qui est en elle », qui est l’essence même de D.ieu, la « ramène vers le mieux », selon les termes du Midrach.
Cela signifie que le « bien » (tov) est l’éclat et la lumière cachée pour les justes, qui en jouissent, etc. ; le « mieux » (mutav), quant à lui, est la source du bien, très élevée dans sa racine.
L’Admour Hazakène distingue le « bien » du « mieux ». Le « bien » (tov) est la lumière cachée pour les justes, dont ils jouiront dans le monde à venir ; le « mieux » (mutav) est plus élevé encore : c’est la source de ce bien dans sa racine, et c’est de là que la lumière de la Torah ramène une personne.
אך הנה ובחנות המשכן4 כו׳ שהוא סוכת דוד הנופלת5 כו׳ רגליה יורדת6 כו׳ יקימו אותו הלוים ג׳ בחי׳ גרשון קהת ומררי.
Mais voici : « Lorsque le Michkan campe », etc. — il s’agit de « la soucca de David qui est tombée », etc., « ses pieds descendent », etc. —, « les Lévites le dresseront » : trois niveaux, Guerchon, Kehat et Merari.
Il y a cependant aussi une descente : « Lorsque le Michkan campe, les Lévites le dresseront » (Nombres 1:51). Le campement du Michkan est interprété comme une chute, à l’image de « la soucca de David qui est tombée » et de « ses pieds descendent » ; les Lévites, répartis en trois familles — Guerchon, Kehat et Merari — le relèvent.
בחי׳ גרשון לאכפייא לסט״א [לסטרא אחרא] ולבער הרע כו׳ ותשליך במצולות ים7 כו׳ מררי להתמרמר על ירידה זו ועל ידי כן אתהפכא חשוכא לנהורא.
Le niveau de Guerchon : soumettre la sitra a'hra (l’autre côté) et éliminer le mal, etc. : « Tu jetteras au fond de la mer », etc. Merari : éprouver de l’amertume face à cette descente ; et par là, les ténèbres sont transformées en lumière.
Guerchon, dont le nom évoque le verbe garèch, « chasser », représente le fait de soumettre la sitra a'hra et d’éliminer le mal, comme dans « Tu jetteras toutes leurs fautes au fond de la mer ». Merari, dont le nom évoque merirout, « amertume », représente l’amertume éprouvée face à cette descente, à la chute décrite plus haut ; cette amertume transforme les ténèbres en lumière.
בחי׳ קהת ולו יקהת עמים8 ולילה כיום יאיר כחשכה כאורה9 זדונות נעשה כזכיות10 וזהו עבודת הלוים להקימה מנפילתה.
Le niveau de Kehat : « Et vers lui se rassembleront les peuples » ; « la nuit brillera comme le jour ; les ténèbres sont comme la lumière » ; les fautes volontaires deviennent comme des mérites. Telle est la tâche des Lévites : le relever de sa chute.
Kehat est interprété à partir de « et vers lui se rassembleront les peuples » (yikhat), stade où « la nuit brille comme le jour » et où les fautes volontaires deviennent comme des mérites. Telle est la tâche des Lévites : relever le Michkan tombé.
Ce paragraphe explique comment la Torah, bien qu’elle soit une avec D.ieu, atteint l’esprit humain par l’intermédiaire de ses lois matérielles et ramène une personne à sa racine. Il décrit ensuite trois manières dont les Lévites relèvent ce qui est tombé : soumettre le mal (Guerchon), éprouver de l’amertume face à la descente (Merari) et transformer les ténèbres en lumière (Kehat).
Ces trois niveaux forment une ascension : Guerchon soumet et élimine le mal ; l’amertume de Merari face à la descente transforme déjà les ténèbres en lumière ; Kehat atteint le stade où « la nuit brille comme le jour » et où même les fautes volontaires deviennent des mérites.
Maré mekomot
- 1המאור שבה שהוא הוא עצמותו ומהותו ית׳ המלובש בה מחזירו למוטב · Eikhah Rabbah, Petichta 2
- 2טוב הוא זיו ואור הגנוז לצדיקים · Chagigah 12a:10–11
- 3לצדיקים שנהנין · Berakhot 17a:12
- 4ובחנות המשכן · Numbers 1:51
- 5סוכת דוד הנופלת · Amos 9:11
- 6רגליה יורדת · Proverbs 5:5
- 7ותשליך במצולות ים · Micah 7:19
- 8ולו יקהת עמים · Genesis 49:10
- 9ולילה כיום יאיר כחשכה כאורה · Psalms 139:12
- 10זדונות נעשה כזכיות · Yoma 86b:3
Les Cohanim : « Je le tenais » ¶5
5ועבודת הכהנים ובא אהרן ובניו1 כו׳ כי האומר אין לי אלא תורה2 כו׳ אלא כמ״ש אחזתיו ולא ארפנו עד שהבאתיו3 כו׳
Et le service des Cohanim : « Aharon et ses fils viendront », etc. Car celui qui dit : « Je n’ai que la Torah », etc. Mais plutôt, comme il est écrit : « Je l’ai saisi et ne le laisserai pas partir jusqu’à ce que je l’aie amené », etc.
Le service des Cohanim est introduit par « Aharon et ses fils viendront » (Nombres 4:5), le verset où ils recouvrent les réceptacles sacrés. Cela est expliqué à la lumière de l’enseignement des Sages au sujet de celui qui dit : « Je n’ai que la Torah », et du verset : « Je l’ai saisi et ne le laisserai pas partir jusqu’à ce que je l’aie amené » (Chant des chants 3:4).
אחזתיו דייקא אלא דלית מחשבה תפיסא בי׳ [ביה]4 וא״א [ואי אפשר] להתגלות ולהתפשט בכחות הנפש עד שהבאתיו כו׳ וד״ל [ודי למבין]:
« Je l’ai saisi », précisément ; toutefois, « aucune pensée ne peut Le saisir », et il est impossible qu’Il se révèle et se déploie dans les facultés de l’âme « jusqu’à ce que je l’aie amené », etc. Cela suffit à qui comprend.
L’accent porte sur « Je l’ai saisi » : il faut s’attacher fermement à D.ieu Lui-même, et non à la Torah seule. Pourtant, puisque aucune pensée ne peut Le saisir, cet attachement ne peut se révéler et se déployer dans les facultés de l’âme « jusqu’à ce que je l’aie amené » ; le texte laisse la suite à qui comprend.
Le paragraphe aborde les Cohanim : l’homme doit s’attacher fermement à D.ieu Lui-même, et non à la Torah seule ; toutefois, cet attachement à Celui qu’aucune pensée ne peut saisir ne se révèle dans les facultés de l’âme que lorsqu’Il est « amené », comme le dit le verset : « jusqu’à ce que je l’aie amené ».
L’enseignement des Sages selon lequel celui qui dit : « Je n’ai que la Torah » n’a même pas la Torah est ici compris comme un appel à s’attacher fermement à D.ieu Lui-même. Les deux étapes du verset, « Je l’ai saisi » et « jusqu’à ce que je l’aie amené », correspondent au thème du maamar : un lien avec l’essence de D.ieu, qui dépasse la pensée, puis sa révélation dans les facultés de l’âme.
Maré mekomot
- 1ובא אהרן ובניו · Numbers 4:5
- 2האומר אין לי אלא תורה · Yevamot 109b:4–5
- 3אחזתיו ולא ארפנו עד שהבאתיו · Song of Songs 3:4
- 4דלית מחשבה תפיסא בי׳ · Tikkunei Zohar 17a:10–12
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
L’homme doit méditer profondément sur la grandeur de D.ieu, car l’amour qui en naît croît avec sa compréhension ; toutefois, il ne doit pas s’en tenir à cet amour, mais l’élever jusqu’à la volonté supérieure, enracinée dans l’âme : l’annulation devant l’essence de D.ieu. Lorsqu’il est tombé, le service des Lévites le relève : ils soumettent le mal et ressentent de l’amertume face à la descente, jusqu’à ce que l’obscurité se transforme en lumière. Et dans son étude de la Torah, il doit s’attacher à D.ieu Lui-même, et non à la Torah seule.
Questions à discuter
- En quoi la volonté inférieure et la volonté supérieure diffèrent-elles par leur origine et par la manière dont elles sont ressenties ?
- Pourquoi l’amour né de la compréhension peut-il être petit ou grand, tandis que la volonté supérieure rayonne également dans chaque âme juive ?
- Que signifie le fait que le Don de la Torah a lié le niveau enveloppant de l’âme à ses facultés intérieures ?
- Comment Guerchon, Merari et Kéhat forment-ils une progression dans l’élévation de ce qui est tombé ?
- Que manque-t-il à « Je n’ai rien d’autre que la Torah », et comment l’accent mis sur « Je le tenais » y répond-il ?