Torah Ohr · Parshas Megillas Esther · Maamar 12
חייב אינש לבסומי בפוריא עד דלא ידע בין…
L’homme est tenu de s’enivrer à Pourim
L’idée centrale
À Pourim, le sacrifice de soi des Juifs — un éveil d’en bas qui prit naissance en eux-mêmes, dans un temps de dissimulation — atteignit l’Essence même de D.ieu, au-delà de l’enchaînement descendant des mondes et au-delà de tout Nom. Pourim acheva ainsi l’acceptation de la Torah commencée au Sinaï, et sa joie dépasse la raison, « jusqu’à ce qu’il ne sache plus » ; pourtant, cette grande lumière demeure vêtue dans la nature, raison pour laquelle le travail n’est pas interdit et aucun Nom de D.ieu n’apparaît dans la Méguila.
Le maamar en bref
Le maamar demande pourquoi la joie de Pourim, qui dépasse la raison, surpasse celle des fêtes plus saintes, et pourquoi l’acceptation de la Torah au Sinaï est considérée comme contrainte. Il explique que la Torah est « la parabole de l’Ancien » : de même qu’une parabole est le seul moyen d’accéder à son enseignement, la Torah est le moyen de saisir l’essence de D.ieu, au-delà de memalé et de sovev. Chaque âme a besoin d’autant de la parabole que l’exige sa racine ; c’est pourquoi l’étude doit être « en main » dans le Gan Eden, et celui qui aurait pu étudier mais ne l’a pas fait est « retranché ». Recevoir la Torah requiert le bitoul. Au Sinaï, il fut éveillé par l’amour venu d’en haut : la montagne fut tenue au-dessus d’eux « comme un baquet » ; sous Haman, les Juifs donnèrent spontanément leur vie, par un amour au-delà de la raison qui atteint l’essence de D.ieu. Un bitoul qui commence d’en bas attire une lumière plus élevée, comme dans « la semence de la femme engendre d’abord un mâle » ; ainsi, la joie de Pourim se situe au-delà de Daat. Mais cette lumière est vêtue dans la nature, comme le miracle même de Pourim ; le travail est donc permis, l’interdiction de Mordekhaï ne fut pas acceptée, et la Méguila, dont la lumière est au-delà des Noms, n’en mentionne aucun.
Plan
- Pourquoi la joie de Pourim est plus grande, et pourquoi le Sinaï fut « contraint »La joie de Pourim dépasse celle des fêtes, qui sont plus saintes et interdisent le travail ; et le Talmud qualifie de contrainte l’acceptation de la Torah au Sinaï, tandis qu’il décrit comme volontaire celle qui eut lieu à l’époque d’A’hachvéroch. Ces deux questions demandent une explication.¶1
- Questions sur la Torah et son étudeQu’est-ce que le Don de la Torah ? Pourquoi les âmes du Gan Eden doivent-elles avoir leur étude « en main » ? Et pourquoi celui qui aurait pu étudier mais ne l’a pas fait est-il jugé « retranché », alors qu’un chapitre matin et soir suffit ?¶2–3
- La Torah, parabole de l’AncienL’Ancien est l’essence de D.ieu, au-delà de memalé et de sovev. La Torah, issue de 'Hokhma, en laquelle la Lumière infinie est vêtue, en est la parabole ; chaque niveau de compréhension est une parabole pour celui qui lui est supérieur, sans fin ; la lumière qu’elle révèle vient d’Atik, la dimension intérieure de Kéter.¶4–10
- Les réponses sur l’étude de la TorahSans la parabole entière, on ne peut saisir l’enseignement ; l’étude doit donc être « en main ». Plus la sagesse est profonde, plus elle nécessite de paraboles ; chaque âme a besoin de la mesure qu’exige sa racine, et celui qui aurait pu étudier davantage mais ne l’a pas fait est privé d’une partie de sa parabole.¶11–13
- Le Sinaï : un bitoul éveillé d’en hautLa révélation requiert le bitoul : « nous ferons » avant « nous écouterons ». Encore immatures à la sortie d’Égypte, les enfants d’Israël y furent conduits par l’amour révélé d’en haut : la montagne fut tenue au-dessus d’eux comme un baquet, à l’image de la houppa avant les kidouchin ; à Pourim, le sacrifice de soi vint d’eux-mêmes.¶14–15
- Yehoudi, Mordekhaï et la myrrhe pureTous les Juifs sont des Yehoudim en raison de leur reconnaissance et de leur bitoul ; Mordekhaï, mor deror, en est la source. Le musc, fabriqué à partir du sang d’un animal, illustre la transformation du désir animal, et la controverse sur sa consommation fait écho à deux niveaux de techouva.¶16–18
- L’arrogance de Haman et le sacrifice de soi des JuifsHaman, héritier d’Amalek, incarne l’arrogance, racine de tous les mauvais traits, et cherchait à détruire les Juifs à cause de leur bitoul. Tout Juif, même le plus bas, peut donner sa vie plutôt que d’être séparé de D.ieu.¶19–20
- Le sacrifice de soi atteint l’EssenceLa Torah donne une raison d’aimer : « Il est votre vie » ; cela ne concerne que le rayonnement qui donne vie aux mondes. Le sacrifice de soi n’a pas de raison, car il vient de l’Essence, qui se situe au-delà de ce rayonnement. C’est ce bitoul qui permit à Pourim d’achever ce qui avait commencé au Sinaï.¶21–23
- Pourquoi Pourim achève le SinaïUn bitoul qui commence d’en bas attire une lumière plus élevée que celui qui est éveillé d’en haut, comme dans « la semence de la femme engendre d’abord un mâle » ; Mah et Ban, Moché et Éliyahou, Moché et Aharon illustrent cette différence.¶24
- La joie au-delà de la connaissanceLa joie des fêtes attire une lumière mesurée à travers l’enchaînement descendant des mondes et demeure dans les limites de Daat. La joie de Pourim vient de l’Essence, devant laquelle maudit et béni se valent ; elle atteint donc « jusqu’à ce qu’il ne sache plus ».¶25–27
- Pourquoi le travail est permis à PourimLe repos du travail correspond à une élévation de niveaux et appartient à l’enchaînement descendant des mondes. La lumière de Pourim est plus élevée, mais, en exil, elle est vêtue dans la nature, à l’image des miracles cachés et de la sainteté du talit ; Mordekhaï voulait qu’elle se révèle comme celle de Yom Kippour, mais le peuple ne pouvait accepter l’interdiction du travail.¶28–36
- Aucun Nom dans la MéguilaÀ l’image de l’époux qui loge dans une tannerie pour sa fiancée, l’amour de D.ieu descend jusque dans le vêtement de la nature ; aucun Nom n’apparaît donc. La lumière de la Méguila est au-delà des Noms, ce qui explique qu’elle ne sera pas annulée ; sa lecture attire cette lumière ici-bas.¶37–39
Notions clés
- La parabole de l’Ancien (mashal hakadmoni)משל הקדמוני
- Un nom de la Torah : de même qu’une parabole est la seule voie menant à l’idée qu’elle illustre, la Torah est la voie par laquelle l’âme saisit l’essence de D.ieu, l’Ancien.
- L’Ancien du monde (kadmono shel olam)קדמונו של עולם
- L’être et l’essence de D.ieu, qui ne relèvent nullement de la catégorie des mondes et se situent au-delà de la lumière qui remplit tous les mondes et de celle qui les entoure.
- L’annulation de soi (bitoul)ביטול
- Mettre de côté sa volonté propre et son sentiment de soi devant D.ieu, comme dans « nous ferons » avant « nous écouterons » ; le Or Ein Sof ne peut se révéler que là où il y a bitoul.
- Le sacrifice de soi (messirout néfech)מסירות נפש
- La disposition à donner sa vie plutôt que d’être séparé de l’unité de D.ieu. Elle vient d’un amour au-delà de la raison et atteint Son essence, au-delà de la lumière qui donne vie aux mondes.
- L’éveil d’en bas et l’éveil d’en hautאתערותא דלתתא / אתערותא דלעילא
- Une initiative qui commence chez la personne et attire une réponse d’en haut, comme à Pourim, par opposition à une initiative venue d’en haut qui éveille une réponse d’en bas, comme au Sinaï.
- Mah et Banמ״ה וב״ן
- Deux Noms de D.ieu dans la Kabbale : Mah (« quoi ? ») représente le bitoul véritable, tandis que Ban représente la descente et un bitoul moindre ; le maamar les applique à « engendrer un mâle » et « engendrer une femelle ».
- Vêtement (hichtalbechout)התלבשות
- Une lumière qui se révèle non ouvertement, mais à l’intérieur d’un vêtement, comme le miracle de Pourim fut vêtu dans la nature ; plus la lumière est élevée, plus bas est le lieu où elle se vêt.
Pourquoi la joie de Pourim est plus grande, et pourquoi le Sinaï fut « contraint » ¶1
1חייב אינש לבסומי בפוריא12 עד דלא ידע בין ארור המן לברוך מרדכי. וצ״ל [וצריך להיות / וצריך לומר / וצריך להבין] מפני מה שמחת פורים גדולה הרבה משמחת יום טוב
« Une personne est tenue de s’enivrer à Pourim jusqu’à ne plus savoir [faire la différence] entre “Maudit soit Haman” et “Béni soit Mordekhaï”. » Il faut maintenant comprendre pourquoi la joie de Pourim est bien plus grande que celle de Yom Tov.
Le maamar s’ouvre sur la décision de Rava dans le Talmud : à Pourim, il faut boire jusqu’à ne plus pouvoir distinguer « Maudit soit Haman » de « Béni soit Mordekhaï ». Il demande pourquoi la joie de Pourim serait tellement plus grande que celle des fêtes de la Torah elle-même.
(דחייבי׳ [דחייבין] בהו בשמחה מדאורייתא ועכ״ז [ועם כל זה] ודאי אין לבסומי כ״כ [כל כך]. וכמ״ש הרמב״ם [הרבי משה בן מימון]3 גבי שמחת יו״ט [יום טוב] לא ימשך ביין4 כו׳) שנעשה בהם ניסים לאבותינו כמו בפסח קי״ס [קריעת ים סוף] ובשבועות מ״ת [מתן תורה] כו׳.5
(Car pour [les fêtes], nous avons l’obligation de nous réjouir en vertu de la Torah, et pourtant il est certain qu’il ne faut pas s’enivrer à ce point, comme l’écrit le Rambam au sujet de la joie de Yom Tov : « On ne doit pas se laisser entraîner par le vin », etc.) ; lors de ces fêtes, des miracles furent accomplis pour nos pères, comme à Pessa’h, avec l’ouverture de la mer des Joncs, et à Chavouot, avec le don de la Torah, etc.
Les fêtes sont des occasions où la Torah elle-même prescrit la joie ; pourtant, le Rambam statue que, même alors, il ne faut pas se laisser entraîner par le vin. Il faut donc expliquer la joie sans limites de Pourim. Les fêtes rappellent elles aussi de grands miracles, comme l’ouverture de la mer à Pessa’h et le don de la Torah à Chavouot.
ובמעלה הרי היו״ט [היום טוב] קדושים יותר שאסורים בעשיית מלאכה. משא״כ בפורים דמרדכי גזר ולא קבלו עלייהו.6
Et quant à leur rang, les fêtes sont assurément plus saintes, car il y est interdit d’accomplir un travail, contrairement à Pourim, puisque « Mordekhaï décréta, mais ils ne l’acceptèrent pas sur eux-mêmes ».
Une deuxième difficulté se pose : les fêtes occupent un rang supérieur à Pourim en sainteté, puisque le travail y est interdit. À Pourim, le travail est permis : Mordekhaï en avait décrété l’interdiction, mais, comme le rapporte le Talmud, le peuple ne l’accepta pas sur lui-même.
ויובן בהקדים ענין וקבל היהודים7 את אשר החלו לעשות. דפי׳ החלו היינו בשעת מתן תורה.
On le comprendra en expliquant d’abord le sens de : « Et les Juifs acceptèrent ce qu’ils avaient commencé à faire. » Car « ils avaient commencé » désigne le moment du don de la Torah.
Pour répondre, le maamar commence par expliquer le verset : « Et les Juifs acceptèrent ce qu’ils avaient commencé à faire. » Ce qu’ils avaient commencé, c’est le don de la Torah au Sinaï ; ainsi, à Pourim, les Juifs achevèrent une acceptation qui avait commencé là-bas.
וכמאמר רז״ל [רבותינו זכרונם לברכה] ע״פ קימו וקבל היהודים8 קיימו מה שקבלו כבר9 כי בשעת מתן תורה כפה עליהם הר כגיגית כו׳.
Comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie, à propos du verset : « Les Juifs confirmèrent et acceptèrent » : « Ils confirmèrent ce qu’ils avaient déjà accepté. » Car, au moment du don de la Torah, « Il tint la montagne suspendue au-dessus d’eux comme une cuve », etc.
Le Talmud interprète « Les Juifs confirmèrent et acceptèrent » comme signifiant : « Ils confirmèrent ce qu’ils avaient déjà accepté. » Il s’appuie sur l’enseignement talmudique selon lequel, au Sinaï, D.ieu tint la montagne au-dessus du peuple comme une cuve renversée ; leur première acceptation de la Torah eut donc lieu sous la contrainte.
ומכאן מודעא רבא לאורייתא אלא דהדר וקבלוה בימי אחשורוש כו׳. וצ״ל [וצריך להיות / וצריך לומר / וצריך להבין] מפני מה נחשב מה שכפה עליהם הר כו׳ יותר אונס ממעשה דאחשורוש.1011
« Et de là [découle] une grande contestation de contrainte (moda’a rabba) contre la Torah », mais « ils l’acceptèrent de nouveau au temps d’A’hachvéroch », etc. Il faut maintenant comprendre pourquoi le fait qu’Il ait tenu la montagne au-dessus d’eux, etc., est considéré comme une contrainte plus grande que l’épisode d’A’hachvéroch.
Puisque la Torah fut d’abord acceptée sous une telle contrainte, le Talmud dit que cela constitue une « grande contestation de contrainte » (moda’a rabba), un motif juridique permettant de soutenir que l’engagement n’était pas contraignant ; mais, au temps d’A’hachvéroch, les Juifs l’acceptèrent de nouveau de leur plein gré. Le maamar demande pourquoi le Sinaï est considéré comme une contrainte plus grande que l’époque d’A’hachvéroch, alors que le décret de Haman menaçait chaque Juif de mort.
Le maamar commence par poser deux questions : pourquoi la joie de Pourim, qui dépasse la raison, surpasse celle des fêtes, pourtant plus saintes et où le travail est interdit ; et pourquoi l’acceptation de la Torah au Sinaï est considérée comme ayant été contrainte, alors que celle du temps d’A’hachvéroch, sous la menace de mort, est considérée comme libre.
Une moda’a est un terme juridique : une déclaration indiquant qu’un engagement est pris sous la contrainte, ce qui l’invalide. Le maamar répondra que ce qui rendit l’acceptation du Sinaï « contrainte » ne fut pas la peur, mais un amour écrasant révélé d’en haut, tandis qu’à Pourim, le sacrifice de soi vint des Juifs eux-mêmes.
Maré mekomot
- 1חייב אינש לבסומי בפוריא · הנחת כ״ק אדמו״ר הצ״צ בבוך תקע״א בכותרת ”פורים יום א׳ תשא”. נדפס בסה״מ תקע״א ע׳ קכד. וראה שם ע׳ קלו. באוה״ת מג״א (תש״נ) ע׳ רפח המאמר עם הגהות. ראה לעיל בציונים לכ״ק אדמו״ר זי״ע. באוה״ת מג״א ע׳ רעט מתחיל לבאר הקושיא הראשונה, ע״ש בארוכה.
- 2חייב אינש לבסומי בפוריא · Megillah 7b:7–8
- 3וכמ״ש הרמב״ם · הל׳ יו״ט פ״ו ה״כ.
- 4לא ימשך ביין · Mishneh Torah, Rest on a Holiday 6:20
- 5בפסח קי״ס ובשבועות מ״ת כו׳ · בסה״מ תקע״א ע׳ קכד ”וכן בסוכות בענני כבוד”.
- 6דמרדכי גזר ולא קבלו עלייהו · Megillah 5b
- 7וקבל היהודים · Esther 9:23
- 8קימו וקבל היהודים · Esther 9:27
- 9וכמאמר רז״ל ע״פ קימו . . מה שקיבלו כבר · Shabbat 88a:5
- 10יותר אונס ממעשה דאחשורוש · בספה״מ תקע״א ע׳ קכה ”וזה פלא לכאורה דהרי בימי אחשורוש הי׳ אונס יותר כי המן ביקש להשמיד את כל היהודים כו׳”.
- 11בלקו״ש ח״ז ע׳ 27 הערה 55 העיר · בלקו״ת ויקרא ד, ג מציין כ״ק אדמו״ר הצ״צ לד״ה זה בשם ”דרוש פורים” — וי״ל שלכן נק׳ דרוש זה בשם ”דרוש פורים” סתם — אף שישנם כמה דרושים המדברים בעניני פורים — כי במצוה זו [עד דלא ידע] מתבטא ענין פורים. אלא שמ״מ אינו מציין ל”דרוש המתחיל חייב אינש כו׳ עד דלא ידע” — אף שכוונתו ב”דרוש פורים” הוא לענין ”חייב כו׳ עד דלא ידע” שבפורים — כי אז, מכיון שאופן הציון בכ״מ הוא ל”ד״ה כו׳”, לא הי׳ ניכר שמרמז בזה איזה ענין, ובמילא לא היינו יודעים שכוונתו היא (גם) לענין ”חייב כו׳ עד דלא ידע”, כ״א לדרוש המתחיל חייב כו׳, ולכן מציין ל”דרוש פורים”. עכ״ל ע״ש. ובלקו״ת תזריע כא, ג מציין לד״ה זה: לד״ה עד דלא ידעי בין כו׳.
Questions sur la Torah et son étude ¶2–3
2והנה מתחלה צ״ל [צריך להיות / צריך לומר / צריך להבין] מהו ענין מתן תורה. וגם מה שארז״ל [שאמרו רבותינו זכרונם לברכה] אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו1 הלא בג״ע [בגן עדן] מתענגים מגילוי אוא״ס [אור אין סוף] ב״ה. ומה שייך בזה שיהיה דוקא תלמודו בידו שהם הלכות שנתלבשו בענינים גשמיים.
Il faut d’abord comprendre ce qu’est le don de la Torah. Il faut aussi comprendre ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Heureux celui qui vient ici avec son étude en main. » En effet, au Gan Eden, [les âmes] se délectent de la révélation de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il. Quel rapport y a-t-il donc avec le fait que l’on doive précisément [venir] avec son étude en main, c’est-à-dire avec des lois qui ont été revêtues de réalités matérielles ?
Deux questions supplémentaires se posent : quel est le sens intérieur du don de la Torah, et pourquoi les Sages louent-ils celui qui arrive dans le Monde futur « avec son étude en main » ? Au Gan Eden, les âmes se délectent déjà de la révélation de la lumière infinie de D.ieu ; pourquoi donc importe-t-il qu’une personne y apporte les lois de la Torah, qui portent sur des réalités matérielles ?
Ce paragraphe demande ce qu’est véritablement le don de la Torah, et pourquoi l’étude de la Torah, qui traite de réalités matérielles, devrait compter pour les âmes qui se délectent déjà de la lumière de D.ieu au Gan Eden.
Maré mekomot
- 1שארז״ל אשרי . . ותלמודו בידו · Pesachim 50a:7–8
3וגם מ״ש רז״ל [רבותינו זכרונם לברכה]1 שכל מי שאפשר לו לעסוק בתורה ואינו עוסק עליו נאמר כי דבר2 ה׳ בזה הכרת תכרת הנפש.
Et aussi ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : quiconque est en mesure de s’adonner à la Torah et ne s’y adonne pas, c’est de lui qu’il est dit : « Car il a méprisé la parole de D.ieu… son âme sera certainement retranchée. »
Une troisième question porte sur l’enseignement de nos Sages selon lequel celui qui peut étudier la Torah et ne le fait pas est concerné par le verset : « Car il a méprisé la parole de D.ieu… son âme sera certainement retranchée. » Être « retranché » (karet) figure parmi les peines les plus graves mentionnées par la Torah.
וזה תמוה לכאורה דמאחר שמי שא״א [שאי אפשר]3 לו לעסוק בתורה כ״כ [כל כך] יוצא י״ח [ידי חובתו] בפרק א׳ שחרית ופרק א׳ ערבית א״כ [אם כן] למה יהי׳ [יהיה] האפשר לו לעסוק ואינו עוסק גדול עונו כ״כ [כל כך] לומר עליו הכרת תכרת כו׳.
Mais cela est, à première vue, étonnant. Puisque celui qui n’est pas en mesure de s’adonner autant à la Torah s’acquitte de son obligation par un chapitre le matin et un chapitre le soir, pourquoi la faute de celui qui est en mesure de s’y adonner et ne le fait pas serait-elle si grave qu’on dise de lui : « sera certainement retranché », etc. ?
La difficulté est la suivante : le Talmud enseigne qu’un chapitre le matin et un chapitre le soir suffisent à s’acquitter de l’obligation d’étudier la Torah, et cela suffit à celui qui ne peut pas étudier davantage. Pourquoi donc celui qui dispose de plus de temps mais ne l’utilise pas est-il jugé si sévèrement, comme s’il méprisait la parole de D.ieu ?
Mais voici de quoi il s’agit : la Torah est appelée « la parabole de l’Ancien des temps », comme il est écrit : « Comme le dit la parabole de l’Ancien des temps : du méchant sort la méchanceté. »
La réponse commence ici : la Torah est appelée « la parabole de l’Ancien des temps », selon les paroles de David à Shaoul : « Comme le dit la parabole de l’Ancien des temps : du méchant sort la méchanceté. » Une parabole est le moyen de saisir une idée plus profonde ; le maamar montrera que la Torah est un tel moyen pour saisir D.ieu Lui-même.
Ce paragraphe demande pourquoi celui qui néglige l’étude de la Torah alors qu’il pourrait étudier est jugé si sévèrement, alors qu’une étude limitée suffit à s’acquitter de l’obligation. Il introduit la clé de toutes les questions : la Torah est « la parabole de l’Ancien des temps ».
Maré mekomot
- 1מ״ש רז״ל · Sanhedrin 99a:19
- 2כי דבר ה׳ בזה · Numbers 15:31
- 3דמאחר שמי שא״א · ראה אוה״ת נ״ך כרך ע׳ תרמו.
- 4כאשר יאמר משל הקדמוני · I Samuel 24:14
- 5בפרק א׳ שחרית ופרק א׳ ערבית · Menachot 99b:16–17
La Torah, parabole de l’Ancien ¶4–10
4והוא מ״ש והאלקים אנה לידו.12 וכן שלמה המלך ע״ה [עליו השלום] אמר להבין משל ומליצה3 כו׳. והענין כי פי׳ הקדמוני היינו קדמונו של עולם4 שהוא אור א״ס [אין סוף] ב״ה עצמו.
Et c’est ce qui est écrit : « Mais D.ieu fit que cela lui arrivât. » De même, le roi Chlomo, que la paix soit sur lui, a dit : « Pour comprendre une parabole et une énigme », etc. Le sens de « le Primordial » est en effet le Primordial du monde (kadmono shel olam), c’est-à-dire la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, elle-même.
Le proverbe « Du méchant sort la méchanceté » est relié au verset de la Torah concernant un meurtre accidentel : « Mais D.ieu fit que cela lui arrivât », et le roi Chlomo parle lui aussi de comprendre « une parabole et une énigme ». Le maamar définit maintenant son terme : « le Primordial » désigne le Primordial du monde, Celui qui précède le monde, la Lumière infinie elle-même.
כי בחי׳ סובב כל עלמין וממלא כל עלמין זהו מה שנמשך ממנו ית׳ הארה להיות חיות להעולמות.
Car le niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) et de la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin) est ce qui est attiré de Lui, béni soit-Il, sous forme d’un rayonnement, afin d’être la force vitale des mondes.
La lumière qui « remplit tous les mondes » (memalé) et celle qui les « entoure » (sovev) ne sont pas l’essence de D.ieu, mais un rayonnement attiré de Lui pour donner vie aux mondes. La première pénètre chaque monde selon sa capacité ; la seconde est trop élevée pour y pénétrer et agit sur les mondes depuis l’extérieur.
Le paragraphe définit « le Primordial » comme la Lumière infinie elle-même, par opposition aux deux lumières, memalé et sovev, qui ne sont qu’un rayonnement émanant de Lui et destiné aux mondes.
Maré mekomot
- 1והאלקים אנה לידו · Exodus 21:13
- 2והאלקים אנה לידו · Makkot 10b:3–4
- 3להבין משל ומליצה · Proverbs 1:6
- 4קדמונו של עולם · Rashi on I Samuel 24:14
5וא״כ [ואם כן] בחי׳ זו היא שייך לעולמות. כי גם בחי׳ סובב הוא בחי׳ ששייך לעלמין שהוא מה שמחיה העולמות רק שהוא בחי׳ אור מקיף. וממכ״ע [וממלא כל עלמין] הוא בחי׳ אור פנימי.
S’il en est ainsi, ce niveau est lié aux mondes. Car le niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) est lui aussi lié aux mondes, puisqu’il leur donne vie, mais en tant que lumière enveloppante (Or Makif) ; et la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin) est le niveau de la lumière intérieure (Or Pnimi).
Ces deux lumières sont liées aux mondes. Sovev leur donne lui aussi vie, mais en tant que lumière enveloppante (Or Makif), qui agit sur eux de l’extérieur, tandis que memalé est une lumière intérieure (Or Pnimi), qui pénètre en eux.
אבל מהותו ועצמותו1 ית׳ אינו בגדר עלמין כלל ולא שייך לומר עליו סוכ״ע [סובב כל עלמין] כו׳ ולכן נק׳ קדמונו של עולם.2
Mais Son être et Son essence, qu’Il soit béni, ne relèvent nullement de la catégorie des mondes, et il ne convient pas de dire de Lui [qu’Il est] sovev kol almin, etc. C’est pourquoi Il est appelé le Primordial du monde.
L’être et l’essence mêmes de D.ieu, cependant, ne relèvent nullement de la catégorie des mondes ; il ne convient même pas de Le désigner comme « Celui qui entoure tous les mondes ». C’est pourquoi Il est appelé le Primordial du monde : Il précède et transcende tout rapport avec lui.
Puisque memalé et sovev se définissent tous deux par leur rapport aux mondes, ce paragraphe réserve le nom de « Primordial du monde » à l’essence de D.ieu, qui n’entretient aucun rapport de cette nature avec eux.
Maré mekomot
- 1אבל מהותו ועצמותו · ראה ד״ה ועשית חג שבועות תש״ה ע׳ 186.
- 2ולכן נק׳ קדמונו של עולם · בהנחת כ״ק הצ״צ נוסף: ”(כי קדם אינו כמו תחלה שהתחלה יש לה אמצע וסוף והיינו בבחי׳ השתלשלות שחכמ׳ נק׳ ראשית כו׳ אבל הקדם הוא שהוא יחיד ומיוחד ואין עוד מלבדו והוא קדמון לכל הקדומי׳)”.
6והתורה שנק׳ משל הקדמוני היינו שהתורה היא משל לבחי׳ קדמונו של עולם שכמו שע״י המשל יושג הנמשל כך ע״י שתלמודו בידו יזכה לגלוי מבחי׳ זיו ואור מא״ס [מאין סוף] ב״ה מה שלמעלה מבחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] וממכ״ע [וממלא כל עלמין].
Et la Torah, qui est appelée « la parabole de l’Ancien des temps », signifie que la Torah est une parabole du niveau de l’Ancien des temps du monde. De même que la parabole permet de saisir ce qu’elle illustre, ainsi, en ayant son étude en main, l’homme méritera une révélation provenant du niveau du rayonnement et de la lumière de l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il : ce qui est au-dessus du niveau de sovev kol almin et de memalé kol almin,
De même qu’une parabole est le moyen de saisir l’idée qu’elle illustre, la Torah est le moyen de saisir l’Ancien des temps. En ayant son étude « en main », une âme mérite une révélation du rayonnement de D.ieu, provenant d’un niveau qui dépasse à la fois sovev kol almin et memalé kol almin.
Ce paragraphe applique la définition : la Torah, « la parabole de l’Ancien des temps », donne à l’âme accès à une lumière supérieure aux lumières qui ont un rapport avec les mondes.
7ואינו בגדר עלמין כלל. כי הנה בהשגת התורה יש רבוי מדרגות אין קץ בעילוי אחר עילוי כמו מהות ההשגות שבג״ע [שבגן עדן] התחתון אינן ערוך למהות ההשגה שמשיגים בג״ע [בגן עדן] העליון
et n’entre nullement dans la catégorie des mondes. En effet, dans la compréhension de la Torah, il existe une infinité de niveaux, qui s’élèvent les uns au-dessus des autres. Ainsi, la nature des compréhensions au Gan Eden inférieur n’est en rien comparable à celle de la compréhension atteinte au Gan Eden supérieur.
Cette lumière supérieure dépasse la catégorie des mondes. La compréhension de la Torah comporte elle-même des niveaux sans fin, chacun dépassant le précédent : ce que les âmes saisissent au Gan Eden inférieur ne peut même pas être comparé à ce qui est saisi au Gan Eden supérieur.
ולכן ההשגות שבג״ע [שבגן עדן] התחתון לגבי השגה שבג״ע [שבגן עדן] העליון הוא רק כמו ערך המשל לגבי הנמשל.
Par conséquent, les compréhensions du Gan Eden inférieur, par rapport à celle du Gan Eden supérieur, ne sont que comme une parabole par rapport à l’idée qu’elle illustre.
La compréhension inférieure se rapporte donc à la compréhension supérieure comme une parabole à l’idée qu’elle illustre.
Ce paragraphe montre que le rapport entre la parabole et l’idée se répète à chaque niveau de compréhension de la Torah, à commencer par le Gan Eden inférieur et le Gan Eden supérieur.
8ועד״ז [ועל דרך זה] יש מדרגות אין קץ וגם למעלה מג״ע [מגן עדן] העליון. וכמ״ש וקדושים בכל יום1 יהללוך סלה.
De même, il existe des niveaux sans fin, même au-dessus du Gan Eden supérieur, comme il est dit : « Et les saints Te louent chaque jour, selah. »
L’ascension se poursuit sans fin, même au-dessus du Gan Eden supérieur. Le maamar trouve cela dans les mots de la Amida : « les saints Te louent chaque jour, selah » ; des versions parallèles de ce maamar expliquent que les « saints » sont les âmes du Gan Eden, qui n’ont pas de corps.
וכמ״ש בלקוטי הש״ס [הששה סדרים] להאריז״ל [להאר״י זכרונו לברכה]2 על מארז״ל [מאמר רבותינו זכרונם לברכה] צדיקים אין להם מנוחה3 לא בעוה״ז [בעולם הזה] ולא בעוה״ב [בעולם הבא] שנאמר ילכו מחיל אל חיל.45
Et comme il est écrit dans Likkutei HaShas de l’Arizal, de mémoire bénie, au sujet de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Les justes ne connaissent de repos ni dans ce monde ni dans le Monde futur, ainsi qu’il est dit : “Ils vont de force en force.” »
Le Likkutei HaShas de l’Arizal commente l’enseignement qui conclut le Talmud : les justes ne connaissent de repos ni dans ce monde ni dans le Monde futur, car « ils vont de force en force ». Même dans le Monde futur, l’âme continue de s’élever d’un niveau à l’autre.
Le paragraphe montre, à partir de la liturgie et des enseignements des Sages, que l’ascension de l’âme se poursuit sans fin, même au-delà du Gan Eden supérieur.
La formulation du Talmud est : « Les érudits en Torah ne connaissent pas de repos » ; la note de Kehot explique que « les justes » suit la version du Chlah dans son introduction, Beis Chochmah, et que la transcription dans Sefer HaMaamarim 5571 porte « les érudits en Torah ». L’Alter Rebbe commente l’explication de l’Arizal dans Iggeres HaKodesh 17.
Maré mekomot
- 1וקדושים בכל יום · בסה״מ תקע״א ע׳ קכז ובאוה״ת מג״א ע׳ רפט כ׳ ”וקדושים הן הנשמות שבלא גוף בג״ע” ע״ש.
- 2בלקוטי הש״ס להאריז״ל · סוף ברכות. ראה גם תניא אגה״ק סי׳ יז.
- 3צדיקים אין להם מנוחה · סוף ברכות. וע״פ גירסת השל״ה בהקדמה בית חכמה (יז, א). עמק המלך שער דיקנא קדישא פ״ח (סא, ג). וראה לעיל פ׳ שמות מט, א. ובלקו״ש חי״ד ע׳ 179. חט״ו ע׳ 137 הערה 5. בסה״מ תקע״א ע׳ קכז הגירסא ”ת״ח”.
- 4ילכו מחיל אל חיל · Psalms 84:8
- 5אין להם מנוחה לא בעוה״ז ולא בעוה״ב שנאמר ילכו מחיל אל חיל · Berakhot 64a:12–13
9וכל השגה לגבי מה שלמעלה ממנה נק׳ משל. וז״ש [וזהו שכתוב] בשלמה וידבר שלשת אלפים משל.1 פי׳ על כל דבר מד״ת [מדברי תורה].2
Et toute compréhension, par rapport à ce qui lui est supérieur, est appelée une parabole. C’est ce qui est écrit au sujet de Chlomo : « Il prononça trois mille paraboles » ; c’est-à-dire sur chaque sujet des paroles de la Torah.
Chaque niveau de compréhension, comparé au niveau qui lui est supérieur, n’est qu’une parabole. Les Sages comprennent donc que les mots « il prononça trois mille paraboles » au sujet de Chlomo signifient qu’il y avait trois mille paraboles sur chaque sujet de Torah.
דהיינו שהדבר הזה מושג בג״ע [בגן עדן] התחתון כך ובג״ע [ובגן עדן] העליון דבר זה עצמו הוא בענין רוחני ונעלה יותר עד שבחי׳ ראשונה הוא רק
C’est-à-dire que ce sujet est saisi de cette manière dans le Gan Eden inférieur, tandis que, dans le Gan Eden supérieur, ce même sujet se présente sous une forme plus spirituelle et plus élevée, jusqu’à ce que le premier niveau ne soit que
Par exemple, un sujet de Torah est compris d’une certaine manière dans le Gan Eden inférieur, tandis que, dans le Gan Eden supérieur, ce même sujet est saisi sous une forme bien plus spirituelle et plus élevée. La première compréhension ne devient alors rien de plus qu’une parabole pour la seconde.
כמו משל לבד לבחי׳ זו והשיג כך שלשת אלפים מדרגות על כל דבר מדברי תורה. ובאמת נאמר יהללוך סלה בלי קץ כו׳ וזהו ולתבונתו אין מספר.34
comme une simple parabole par rapport à ce niveau. Ainsi, il saisit trois mille niveaux pour chaque sujet des paroles de la Torah. En vérité, il est dit : « Ils Te louent sans cesse, séla », etc. C’est là le sens de : « Son intelligence est sans nombre. »
Chlomo saisit trois mille niveaux de ce type pour chaque sujet de Torah. Pourtant, en vérité, les niveaux sont sans fin, comme le suggère « séla » dans les mots « Ils Te louent sans cesse », et comme le dit le verset au sujet de D.ieu : « Son intelligence est sans nombre. »
Ce paragraphe énonce un principe général : chaque niveau de compréhension est une parabole pour le niveau qui lui est supérieur. Ainsi, les trois mille paraboles de Chlomo correspondent à trois mille niveaux pour chaque enseignement, et cette échelle est sans fin.
Maré mekomot
- 1וידבר שלשת אלפים משל · I Kings 5:12
- 2וידבר שלשת אלפים משל. פי׳ על כל דבר מד״ת · Eruvin 21b:21
- 3ולתבונתו אין מספר · Psalms 147:5
- 4חיל — וכל השגה לגבי מה שלמעלה ממנה נק׳ משל · בהנחת כ״ק הצ״צ נוסף: ”כמו המשל שהוא בדמות הנמשל רק במציאות מגושם ממנו כו׳ כן הוא כל השגה לגבי שלמעלה הימנה הגם שהם הכל בבחי׳ א׳ רק שזה באופן גשמי כו׳ ונק׳ משל)”.
Or, « la Torah vient de 'Hokhma (sagesse) », et elle est la source et la racine de tous les niveaux de compréhension mentionnés ci-dessus, comme il est écrit : « Un fleuve sort d’Éden », etc.
Le Zohar enseigne que la Torah « vient de 'Hokhma », la sagesse de D.ieu, et que cette 'Hokhma est la source de tous les niveaux de compréhension décrits précédemment. Dans la Kabbale, l’Éden du verset « un fleuve sort d’Éden » désigne 'Hokhma, la source d’où tout le reste découle.
ובחי׳ ח״ע [חכמה עילאה] עצמה3 היא בחי׳ משל לבחי׳ קדמונו של עולם ממש כי הגם שאור א״ס [אין סוף] ב״ה מרומם ומתנשא לאין קץ מבחי׳ חכמה וכל הע״ס [העשר ספירות] שראשיתן היא בחי׳ חכמה נק׳ בזהר רזא דשמא קדישא4
Et le niveau de la 'Hokhma supérieure (Chochmah Ila'ah) elle-même est une parabole du niveau même de l’Origine du monde. Car bien que la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, soit élevée et exaltée à l’infini au-dessus du niveau de 'Hokhma, et que les dix Séfirot, dont le premier niveau est celui de 'Hokhma, soient appelées dans le Zohar « le mystère du saint Nom » (raza dishma kadisha),
Même la 'Hokhma supérieure (Chochmah Ila'ah), première des Séfirot, n’est qu’une « parabole » de l’Origine du monde. La Lumière infinie est infiniment supérieure à 'Hokhma, et le Zohar appelle les dix Séfirot « le mystère du saint Nom » : un nom, et non l’essence.
כמו השם שקוראים לאדם שאינו נוגע לעצמותו ומהותו כלל (וכמש״ל [וכמה שכתוב לעיל] פ׳ תרומה בד״ה מי יתנך) מ״מ [מכל מקום] אור א״ס [אין סוף] ב״ה שורה ומתלבש בחכמה5 עלאה.
comme le nom par lequel on appelle une personne, qui ne touche en rien à son essence et à sa nature (comme expliqué ci-dessus, dans la paracha Terouma, dans le discours commençant par « Mi yitencha »), néanmoins la Lumière infinie, béni soit-Il, réside et se revêt dans la 'Hokhma supérieure.
Le nom d’une personne ne touche en rien à son essence, et pourtant elle y répond. De même, bien que la Lumière infinie soit au-delà de 'Hokhma, elle réside néanmoins dans la 'Hokhma supérieure et s’y revêt.
כמ״ש הוי״ה בחכמה. ולכן התורה דמחכמה נפקת נקראת משל הקדמוני דכמו המשל אע״פ [אף על פי] שאינו ממהות הנמשל כלל עכ״ז [עם כל זה] הנמשל מלובש בתוך המשל ובו
Comme il est écrit : « Havaya, par la 'Hokhma… » C’est pourquoi la Torah, qui vient de 'Hokhma, est appelée « la parabole de l’Origine ». Car, comme pour une parabole, bien qu’elle ne soit nullement de même nature que ce qu’elle illustre, néanmoins, ce qu’elle illustre est revêtu dans la parabole, et en elle
Le verset « Havaya, par la 'Hokhma [a fondé la terre] » est compris comme indiquant que D.ieu est présent dans 'Hokhma. C’est pourquoi la Torah, qui vient de 'Hokhma, est « la parabole de l’Origine » : une parabole n’est pas de même nature que ce qu’elle explique, et pourtant celui-ci est revêtu en elle.
ועל ידו דוקא ישיגו הנמשל. כך החכמה והתורה היא לבוש לאוא״ס [לאור אין סוף] ב״ה. וכמ״ש עטה אור כשלמה.6
et c’est précisément par son intermédiaire que l’on saisit ce qu’elle illustre ; de même, 'Hokhma et la Torah sont un vêtement pour la Lumière infinie, béni soit-Il, comme il est écrit : « Il s’enveloppe de lumière comme d’un vêtement. »
C’est uniquement par la parabole que l’on saisit ce qu’elle enseigne. De même, 'Hokhma et la Torah sont un vêtement pour la Lumière infinie, comme le dit le verset : D.ieu « s’enveloppe de lumière comme d’un vêtement ».
לכן ע״י עסק התורה יוכל ליהנות מזיו אור א״ס [אין סוף] ב״ה ממש מבחי׳ קדמונו של עולם.
C’est pourquoi, en étudiant la Torah, une personne peut jouir du rayonnement de la Lumière infinie, béni soit-Il, elle-même, du niveau de l’Origine du monde.
L’étude de la Torah permet donc à une personne de jouir du rayonnement de la Lumière infinie elle-même, du niveau de l’Origine du monde.
(והענין כמ״ש באגה״ק [באגרת הקודש] ד״ה אשת חיל עט״ב [עטרת בעלה]7 והנה אור זה הגנוז לצדיקים לעתיד לבוא הנק׳ בשם נועם ה׳ וצחצחות להתענג כו׳. שהוא הארה מבחי׳ עתיק שבו הוא בחי׳ הצחצחות כמבואר בע״ח [בעץ חיים] והוא בחי׳ פנימי׳ [פנימיות / פנימית] הכתר.
(La question s’éclaire à la lumière de ce qui est écrit dans Iggeres HaKodesh, dans le passage commençant par « Eishes chayil ateres baalah » : « Or, cette lumière qui est mise en réserve pour les justes dans le monde futur, appelée “la douceur de D.ieu” et “les éclatantes splendeurs” (tzachtzachos), afin d’en jouir », etc. : il s’agit d’un rayonnement du niveau d’Atik, en lequel se trouve le niveau des tzachtzachos, comme l’explique Etz Chaim ; c’est le niveau de la dimension intérieure (pnimiyout) de Kéter (la Couronne).
Cette longue parenthèse s’appuie sur Iggeres HaKodesh, qui parle de la lumière mise en réserve pour les justes dans le monde futur, appelée « la douceur de D.ieu » et « tzachtzachos » (éclatantes splendeurs). Le maamar l’identifie à un rayonnement du niveau d’Atik, la dimension intérieure de Kéter (la Couronne, niveau de la volonté et du plaisir au-dessus de l’intellect), où Etz Chaim situe les tzachtzachos.
דהנה רצון העליון הוא נק׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] כמבואר במ״א בענין כל אשר חפץ8 ה׳ עשה ורצון העליון נק׳ כתר. ולכן כתר הוא מלשון כתרו את בנימין9 דפי׳ מקיף והיינו סוכ״ע [סובב כל עלמין] אך זהו הבחי׳ שבכתר שנק׳ שורש הנאצלים.
Car la Volonté suprême est appelée sovev kol almin (la lumière qui entoure tous les mondes), comme cela est expliqué ailleurs à propos de « Tout ce que D.ieu désira, Il le fit » ; et la Volonté suprême est appelée Kéter. C’est pourquoi Kéter vient du terme « ils entourèrent (kitrou) Binyamin », qui signifie entourer ; il s’agit donc de sovev kol almin. Mais c’est là le niveau de Kéter appelé la racine des êtres émanés.
La Volonté suprême est appelée sovev, la lumière qui entoure tous les mondes, comme dans « Tout ce que D.ieu désira, Il le fit » : Sa volonté fait exister toute chose. Elle est également appelée Kéter, mot apparenté à « ils entourèrent (kitrou) Binyamin », car une couronne encercle. Ce niveau extérieur de Kéter est « la racine des êtres émanés », la source des Séfirot d’Atsilout.
אמנם בחי׳ עתיק שהוא פנימי׳ [פנימיות / פנימית] הכתר הוא למעלה מבחי׳ זו כי הוא בחי׳ תחתונה שבא״ס [שבאין סוף]10 לכן לא שייך לקרותו אפילו שרש לנאצלים.
Cependant, le niveau d’Atik, qui est la dimension intérieure de Kéter, se situe au-dessus de ce niveau, car il est le niveau le plus bas au sein de l’Ein Sof ; il ne convient donc même pas de l’appeler une racine des êtres émanés.
Atik, la dimension intérieure de Kéter, est encore plus élevé : il est le niveau le plus bas de l’Ein Sof lui-même, et ne peut donc même pas être appelé une racine de ce qui est émané.
וזהו פי׳ עתיק יומין11 שנעתק ונבדל מבחי׳ ימות עולם כמ״ש המתנשא מימות עולם12 ובחי׳ זו הוא הנק׳ קדמונו של עולם13 שאינו בגדר עלמין שהוא מובדל ומרומם גם מהיות נק׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] שזה אינו
Tel est le sens d’Atik Yomin (l’Ancien des jours) : il est détaché (ne’etak) et séparé du niveau des jours du monde, comme il est dit : « Celui qui s’élève au-dessus des jours du monde. » Ce niveau est appelé le Primordial du monde ; il n’entre pas dans la catégorie des mondes, car il est séparé et élevé au point de ne même pas être appelé sovev kol almin, car celui-ci est
Le nom Atik Yomin (l’Ancien des jours) est interprété comme ne’etak, « détaché » des « jours » du monde, comme dans la prière du matin : « Celui qui s’élève au-dessus des jours du monde. » Ce niveau est appelé le Primordial du monde ; il dépasse même le statut de lumière qui entoure tous les mondes.
רק הבחי׳ השנית שבכתר הנק׳ שרש הנאצלים דהיינו בחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] וגם נק׳ ע״י קדמונו של עולם שהוא נמשך ממל׳ [ממלכות] דא״ק [דאדם קדמון] כו׳ ואיך זוכים הצדיקים לגילוי אור זה זהו ע״י הלבושים הנעשים מהתורה ומצות כמש״ש [כמה שכתוב שם] באגה״ק [באגרת הקודש].
seulement le deuxième niveau au sein de Kéter, appelé la racine des êtres émanés, c’est-à-dire le niveau de sovev kol almin. Atik Yomin est également appelé le Primordial du monde, car il procède de la Mal’hout (souveraineté) d’Adam Kadmon, etc. Comment les justes méritent-ils la révélation de cette lumière ? Par les vêtements que la Torah et les mitzvot forment, comme il est écrit là dans Iggeret HaKodesh.
Sovev n’est que le deuxième niveau, extérieur, au sein de Kéter. Atik Yomin est appelé le Primordial du monde parce qu’il procède de la Mal’hout d’Adam Kadmon (l’Homme primordial), le niveau qui précède Atsilout. Les justes méritent sa révélation grâce aux « vêtements » formés par leur Torah et leurs mitzvot, comme l’explique Iggeret HaKodesh.
וזהו שנק׳ התורה משל הקדמוני. וגם עלזה נאמר ועתיק יומין יתיב14 לבושיה כתלג חיור. דלבושיה קאי על התורה שנמשלה לשלג שהוא עד״מ [על דרך משל] קרישת המים כך הוא ענין המשל שמעלים על הנמשל.
C’est pourquoi la Torah est appelée « la parabole du Primordial ». À ce sujet également, il est dit : « L’Ancien des jours s’assit ; Son vêtement était blanc comme la neige. » « Son vêtement » désigne la Torah, qui est comparée à la neige : de même que la neige est, par analogie, de l’eau solidifiée, ainsi la parabole recouvre ce qu’elle illustre.
C’est pourquoi la Torah est appelée la parabole du Primordial. La vision de Daniel — « L’Ancien des jours s’assit ; Son vêtement était blanc comme la neige » — exprime la même idée : le vêtement désigne la Torah, comparée à la neige, qui est de l’eau solidifiée, tout comme une parabole donne à l’idée qu’elle contient une forme concrète qui la dissimule.
וכמ״ש פי׳ לבושיה כתלג בפרשת אחרי ע״פ כי ביום הזה יכפר15 ע״ש [עיין שם] בד״ה הנה חיי כו׳. ולכן איתא בזהר ענין ת׳ עלמין16 דכסופין דירתין צדיקייא שנק׳ ארבע מאות שקל כסף17 עובר לסוחר.18
Comme il est expliqué au sujet de « Son vêtement était comme la neige », dans la paracha A’haré, sur le verset « Car en ce jour Il fera expiation » ; voir là-bas, dans le discours commençant par « Hinei ‘hayei », etc. C’est pourquoi le Zohar parle des quatre cents mondes de désir (almin dikesoufin) dont les justes héritent, appelés « quatre cents sicles d’argent (kesef), ayant cours chez le marchand (over laso’her) ».
Le sens de « Son vêtement était comme la neige » est expliqué dans Likkutei Torah, paracha A’haré, dans l’explication du discours sur « Car en ce jour Il fera expiation », qui commence par « Hinei ‘hayei ». Le Zohar parle de quatre cents « mondes de désir » (kesoufin, un mot apparenté à kesef, « argent »), dont les justes héritent. Ils sont évoqués par les « quatre cents sicles d’argent » qu’Avraham paya pour la grotte de Makhpéla.
כי סוחר לשון סחור19 דפי׳ מקיף לסוכ״ע [לסובב כל עלמין] ועלמין דכסיפין ותענוג עליון דירתין צדיקייא לעתיד לבא הוא מבחי׳ שלמעלה מבחי׳ סוכ״ע [סובב כל עלמין] כנ״ל וזהו עובר לסוחר):
Car so’her (« marchand ») est apparenté à se’hor (« autour »), qui signifie « ce qui entoure », [désignant] sovev kol almin. Les mondes de désir et le plaisir suprême dont les justes hériteront dans le monde futur proviennent du niveau qui se trouve au-dessus de celui de sovev kol almin, comme indiqué plus haut. C’est là le sens de over laso’her.)
Le mot so’her, « marchand », est rapproché de se’hor, qui signifie « autour » et désigne ce qui entoure, c’est-à-dire sovev. Le plaisir des justes dans le monde futur est « over laso’her » : il dépasse la lumière englobante, car il provient du niveau supérieur à sovev.
Le paragraphe explique pourquoi la Torah est la parabole de l’Origine : la Lumière infinie se revêt dans 'Hokhma, source de la Torah ; l’étude de la Torah donne donc accès à la lumière de l’Origine. La longue parenthèse identifie cette lumière à Atik, la dimension intérieure de Kéter, qui dépasse même sovev et se révèle aux justes par les vêtements de la Torah et des mitsvot.
La parenthèse distingue deux niveaux en Kéter : un niveau extérieur, la Volonté suprême, racine d’Atsilout, qui est sovev ; et un niveau intérieur, Atik, le niveau le plus bas de l’Ein Sof, source des tzachtzachos. Kehot relève que cette description d’Atik suit Etz Chaim, Shaar Drushei ABYA, chapter 1. Dans Iggeres HaKodesh 29, la lettre citée ici, la Volonté suprême est également appelée la dimension extérieure et « arrière » du plaisir suprême.
Maré mekomot
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- 10עתיק . . בחי׳ תחתונה שבא״ס · ע״ח שער דרושי אבי״ע פ״א. למה שנתבאר כאן בענין עתיק — ראה סה״מ תקס״ה ח״ב ע׳ תתקמ ואילך. [ובמקבילו באוה״ת בראשית כרך ג##]. סה״מ תרל״ו ע׳ שטז ואילך.
- 11פי׳ עתיק יומין · ראה דרך מצותיך מצות וידוי תשובה פרק ב (לח, ב).
- 12המתנשא מימות עולם · ברכת יוצר. ראה לקו״ת אמור לא, ד בענין ימות עולם.
- 13הוא הנק׳ קדמונו של עולם · ראה באוה״ת נ״ך כרך ג ע׳ א׳קעב שמבאר מה שכתוב כאן.
- 14ועתיק יומין יתיב · Daniel 7:9
- 15ע״פ כי ביום הזה יכפר · לקו״ת אחרי כז, ג.
- 16איתא בזהר ענין ת׳ עלמין · פ׳ חיי שרה קכג, ב בתוספתא. ראה לעיל כד, ג. ושם בשם אד״ר קכח, ב (וראה אוה״ת פ׳ חיי שרה ע׳ קטו, ב).
- 17ארבע מאות שקל כסף · Genesis 23:16
- 18דירתין צדיקייא שנק׳ ארבע מאות שקל כסף עובר לסוחר · Zohar, Idra Rabba 3:14–6:25
- 19לשון סחור · Avodah Zarah 17a
Les réponses sur l’étude de la Torah ¶11–13
11וזהו שארז״ל [שאמרו רבותינו זכרונם לברכה] אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו.1 דכמו בנמשל ומשל. א״א [אי אפשר] לעמוד על הנמשל אם לא שיבין מתחלה את המשל אז עי״ז יעמוד על הנמשל.
Et c’est ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Heureux celui qui vient ici avec son étude en main. » Car, comme pour le sujet expliqué et sa parabole, il est impossible de parvenir au sujet expliqué si l’on ne comprend pas d’abord la parabole ; c’est alors par son intermédiaire que l’on parvient au sujet expliqué.
Cela répond à la question concernant « son étude en main ». On ne peut parvenir à l’idée qu’une parabole explique sans comprendre d’abord la parabole ; c’est uniquement par son intermédiaire que l’on parvient à cette idée.
ואם יחסר מלהשיג איזו דברים2 מהמשל לא יוכל להשיג את הנמשל כלל (מאחר שהנמשל אין אופן להשיגו כ״א [כי אם] ע״י המשל א״כ [אם כן] כשאינו מבין כל המשל בטוב אין דרך לעמוד על הנמשל).
Et s’il lui manque la compréhension de certains éléments de la parabole, il ne pourra pas du tout saisir le sujet expliqué (puisqu’il n’existe aucun moyen de saisir le sujet expliqué si ce n’est par la parabole, alors, s’il ne comprend pas bien toute la parabole, il n’a aucun moyen de parvenir au sujet expliqué).
Si l’on passe à côté de certains éléments de la parabole, on ne peut pas du tout saisir l’idée, puisque la parabole est l’unique voie qui y mène.
ועד״ז [ועל דרך זה] כיון שהתורה היא היא בחי׳ המשל שעי״ז יושג קדמונו של עולם ע״כ [על כן] צ״ל [צריך להיות / צריך לומר / צריך להבין] תלמודו בידו3 כשבא לכאן
De même, puisque la Torah est elle-même le niveau de la parabole par laquelle on saisit Celui qui est antérieur au monde, il faut donc que l’on ait son étude en main lorsqu’on vient ici,
Puisque la Torah est la parabole par laquelle on saisit Celui qui est antérieur au monde, l’âme doit arriver dans le Monde futur avec son étude « en main ».
שע״י שמשיג המשל היטיב אז דוקא יוכל לחזות בהנמשל שהוא נועם הוי״ה4 להשביע בצחצחות5 נפשו כו׳. משא״כ כשאין בידו המשל אין לו דרך להשיג בחי׳ הנמשל הנ״ל.
car c’est en saisissant bien la parabole que l’on peut précisément contempler le sujet expliqué, qui est « la douceur de Havaya », afin de « rassasier son âme de tsah’tsahot », etc. En revanche, lorsque la parabole n’est pas en sa main, on n’a aucun moyen de saisir le niveau du sujet expliqué mentionné plus haut.
C’est seulement en saisissant bien la parabole que l’âme peut contempler ce qu’elle transmet : « la douceur de Havaya », le délice par lequel les justes « rassasient leur âme de tsah’tsahot ». Sans la parabole, aucune voie ne mène à ce délice.
Ce paragraphe répond à la question du paragraphe 2 : l’étude de la Torah est la parabole par laquelle l’âme saisit Celui qui est antérieur au monde ; elle doit donc emporter son étude avec elle au Gan Eden.
Maré mekomot
- 1אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו · Pesachim 50a:7–8
- 2ואם יחסר מלהשיג איזו דברים · ראה בסה״מ תקע״א ע׳ קכז בארוכה.
- 3ע״כ צ״ל תלמודו בידו · בסה״מ תקע״א ע׳ קכח מדייק ”וזהו שאמ׳ ותלמודו בידו כל התלמוד דוקא ולא אמרו סדר א׳ או מס׳ א׳ כי כל המשל צריכים להשגת הנמשל”.
- 4נועם הוי״ה · Psalms 27:4
- 5להשביע בצחצחות · Isaiah 58:11
12ובזה מתורץ ומובן משארז״ל [מה שאמרו רבותינו זכרונם לברכה] דכל מי שאפשר לו לעסוק בתורה ואינו עוסק עליו נאמר הכרת תכרת כו׳.
Cela permet de résoudre et de comprendre ce qu’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : quiconque est en mesure de s’adonner à l’étude de la Torah et ne s’y adonne pas, il est dit de lui : « il sera certainement retranché », etc.,
Le même principe permet à présent de résoudre la question du paragraphe 3 : pourquoi est-il dit de celui qui pourrait étudier la Torah et ne le fait pas qu’il sera « retranché » ?
אע״ג [אף על גב] דמי שא״א [שאי אפשר] לו די לו בפרק א׳ שחרית ופרק א׳ ערבית. והענין כמו ע״ד [על דרך] דוגמא בנמשל ומשל שלמטה שבשכל האדם.
bien que, pour celui qui n’en est pas capable, un chapitre le matin et un chapitre le soir suffisent. On peut éclairer cela par l’exemple du sujet illustré et de la parabole, dans le domaine inférieur de l’intellect humain.
Cela vaut même si, pour celui qui ne peut étudier davantage, un chapitre le matin et un chapitre le soir suffisent. L’explication s’inspire de la manière dont les paraboles fonctionnent dans la pensée humaine ordinaire.
הנה לא כל השכליים הנק׳ נמשל הם שוים לענין המשלים. שיש שכל ונמשל אשר יכולים לעמוד עליו ע״י משל אחד ופשוט וקל.
Or, les idées que l’on appelle sujets illustrés ne sont pas toutes égales en ce qui concerne les paraboles. Il est une idée, un sujet illustré, auquel on peut parvenir au moyen d’une seule parabole, simple et facile.
Toutes les idées n’exigent pas les mêmes paraboles : une idée simple peut être comprise au moyen d’une seule parabole facile.
ויש שכל גדול יותר שכדי להשיגו הוא ע״י משלים יותר. וגם המשל הוא נעלה ועמוק יותר
Il est aussi une idée plus élevée, dont la compréhension requiert davantage de paraboles ; et la parabole elle-même est alors plus élevée et plus profonde.
Une idée plus élevée exige davantage de paraboles pour être comprise, et celles-ci doivent être plus profondes et plus élevées.
(וכמו שידוע מענין משלי שלמה. וכן בר׳ [ברבי] מאיר אמרו משמת ר״מ [רבי מאיר] בטלו מושלי משלים.1 כי מי שחכמתו עמוקה יותר נצרך למשלים יותר כדי לעמוד על ידם על עומק חכמתו.
(Comme on le sait au sujet des paraboles de Chlomo. De même, à propos de Rabbi Meïr, il est dit : « Depuis la mort de Rabbi Meïr, les maîtres des paraboles ont disparu. » Car celui dont la sagesse est plus profonde a besoin de davantage de paraboles pour que, par leur intermédiaire, [on] parvienne à la profondeur de sa sagesse.
Les nombreuses paraboles de Chlomo l’illustrent, tout comme l’affirmation de la Michna : « Depuis la mort de Rabbi Meïr, les maîtres des paraboles ont disparu. » Plus la sagesse d’une personne est profonde, plus il faut de paraboles pour la transmettre.
וכשאין החכמה עמוקה א״צ [אין צריך / אינו צריך] למשל ויכולים להשיגה בלי משל. ולכן כל שהחכמה עמוקה יותר נצרך יותר לרבוי משלים עד שיעמדו עליה עד שלחכמת שלמה היה צ״ל [צריך להיות / צריך לומר / צריך להבין] שלשת אלפים משל.2 ואצל ר״מ [רבי מאיר] תילתא משלי3 כו׳):
Lorsque la sagesse n’est pas profonde, aucune parabole n’est nécessaire et on peut la comprendre sans parabole. Ainsi, plus la sagesse est profonde, plus elle requiert de nombreuses paraboles, jusqu’à ce qu’on parvienne à la comprendre ; au point que la sagesse de Chlomo nécessita trois mille paraboles. Et, chez Rabbi Meïr, un tiers [de son enseignement était constitué] de paraboles, etc.)
Une idée peu profonde ne requiert aucune parabole ; plus elle est profonde, plus elle en exige. Ainsi, la sagesse de Chlomo nécessita trois mille paraboles, et un tiers de l’enseignement de Rabbi Meïr était constitué de paraboles.
Ce paragraphe commence à répondre à la question de la négligence de l’étude de la Torah par un principe tiré de la pensée humaine : plus une idée est profonde, plus les paraboles nécessaires pour la transmettre doivent être nombreuses et profondes.
Maré mekomot
- 1משמת ר״מ בטלו מושלי משלים · Sotah 49a:15–16
- 2שלשת אלפים משל · I Kings 5:12
- 3תילתא משלי · Sanhedrin 38b:22
13וכך הנה גם למעלה הרי אין כל השגות של הנשמות שוים. ויש בהם מדרגות ומעלות אין קץ
De même, en haut, les compréhensions des âmes ne sont pas toutes égales, et il existe parmi elles des niveaux et des degrés sans fin,
De même, en haut, les compréhensions des âmes au Gan Eden ne sont pas égales, et leurs niveaux sont sans nombre.
וכמארז״ל [וכמאמר רבותינו זכרונם לברכה] שכל צדיק נכוה מחופתו של חבירו12 (ולכן מי שדי לו בפרק א׳ שחרית ופרק א׳ ערבית שדי לו במשל זה לערך ההשגה של שרש נשמתו).
comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : chaque juste « est brûlé par le dais de son compagnon » (et c’est pourquoi, pour celui à qui suffisent un chapitre le matin et un chapitre le soir, cette parabole suffit, à la mesure de la compréhension accessible à la racine de son âme).
Les Sages disent que chaque juste est « brûlé » par le dais de son compagnon dans le monde à venir, ce qui montre combien leurs degrés diffèrent. Ainsi, celui à qui suffisent un chapitre le matin et un chapitre le soir est celui dont l’âme, selon sa racine, n’a besoin que d’une parabole de cette ampleur pour atteindre son propre niveau de compréhension.
והיינו דוקא כשא״א [כשאי אפשר] לו לעסוק כו׳ שזו הוראה שדי לו בזה.
Et cela vaut précisément lorsqu’il lui est impossible de s’occuper d’étude, etc., car c’est là le signe que cela lui suffit.
Cela ne vaut que lorsqu’il ne peut réellement pas étudier davantage ; ses circonstances mêmes indiquent que cela suffit à son âme.
(או דכיון שא״א [שאי אפשר] לו ועוסק כל מה שאפשר לו ישלים לו הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] לבוש ומשל להשיג על ידו מה שצריך להשיג. ואיתא כה״ג [כהאי גוונא] בזוהר פ׳ אמור דק״א ע״ב3 קוב״ה [קודשא בריך הוא] אשלים ליה4 כו׳ ע״ש [עיין שם])
(Ou bien : puisqu’il ne le peut pas et qu’il s’applique autant qu’il le peut, le Saint béni soit-Il complétera pour lui un vêtement et une parabole qui lui permettront de saisir ce qu’il lui faut saisir. On trouve quelque chose de semblable dans le Zohar, parachat Emor, folio 101b : « Le Saint béni soit-Il complète pour lui », etc. ; voir là-bas.)
Autrement dit, lorsqu’une personne qui ne peut étudier davantage fait tout ce qu’elle peut, D.ieu Lui-même complète pour elle le vêtement et la parabole nécessaires pour saisir ce qu’elle doit saisir. Le Zohar, dans la parachat Emor, dit quelque chose de semblable : « Le Saint béni soit-Il complète pour lui. »
אבל מי שאפשר לו לעסוק בתורה זהו הוראה שנשמתו מבחי׳ שיוכל להשיג הרבה למעלה לכן צ״ל [צריך להיות / צריך לומר / צריך להבין] המשל ג״כ גדול ורב מאד כשיעור הזמן שאפשר לו לעסוק בתורה שהיא בחי׳ משל הקדמוני.
Mais celui qui peut s’occuper de l’étude de la Torah : cela indique que son âme appartient à un niveau capable de saisir beaucoup de choses en haut. C’est pourquoi la parabole, elle aussi, doit être très grande et abondante, à la mesure du temps dont il dispose pour s’occuper de l’étude de la Torah, qui est le niveau de « la parabole du Primordial ».
Mais la capacité même d’une personne à étudier davantage montre que son âme peut saisir des niveaux bien plus élevés. Sa parabole — la Torah qu’elle doit étudier — doit donc être à la mesure de cette capacité, et correspondre au temps dont elle dispose.
וכשאינו עוסק כ״ז [כל זה] שאפשר לו לעסוק הרי הוא מחסר מן המשל הצריך. ולכן עליו נאמר הכרת תכרת כו׳.
Et lorsqu’il ne s’occupe pas de l’étude durant tout le temps dont il dispose, il lui manque une partie de la parabole nécessaire. C’est pourquoi il est dit à son sujet : « Il sera retranché, oui, retranché », etc.
Lorsqu’une telle personne n’étudie pas durant tout le temps dont elle dispose, il lui manque une partie de la parabole dont elle a besoin ; c’est pourquoi il est dit à son sujet : « Il sera retranché, oui, retranché. »
דהיינו שמחמת חסרון שחסר בבחי׳ משל הקדמוני לא יוכל להשיג נועם ה׳ כו׳ שהוא הנמשל
C’est-à-dire qu’en raison de ce qui lui manque dans le niveau de « la parabole du Primordial », il ne pourra pas saisir « la douceur de D.ieu », etc., qui est la réalité illustrée
Être « retranché » signifie ici que, faute de disposer de toute la parabole du Primordial, il ne peut saisir « la douceur de D.ieu », qui est précisément la réalité que la parabole exprime.
(וגם הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] לא ישלים לו לבוש ומשל שחסר כיון שהיה אפשר לו לעסוק ולא עסק ועל זה נאמר כי דבר5 ה׳ בזה כו׳):6
(Et le Saint béni soit-Il ne complétera pas non plus pour lui le vêtement et la parabole qui lui font défaut, puisqu’il lui était possible de s’occuper de l’étude et qu’il ne l’a pas fait. C’est à son sujet qu’il est dit : « Car il a méprisé la parole de D.ieu », etc.)
D.ieu ne complétera pas non plus pour lui le vêtement manquant, puisqu’il aurait pu étudier et ne l’a pas fait. C’est le sens de : « Il a méprisé la parole de D.ieu. »
Ce paragraphe répond à la troisième question : chaque âme a besoin d’une parabole proportionnée à sa racine. Celui qui ne peut étudier davantage en a assez, ou bien D.ieu complète pour lui ce qui manque ; celui qui aurait pu étudier davantage mais ne le fait pas se prive de la parabole nécessaire à son âme et ne peut donc atteindre le délice qu’elle exprime.
Maré mekomot
- 1שכל צדיק נכוה מחופתו של חבירו · Bamidbar Rabbah 21:20
- 2נכוה מחופתו של חבירו · Bava Batra 75a:15
- 3בזוהר פ׳ אמור דק״א ע״ב · בלקו״ש חכ״א ע׳ 248 הערה 52 מציין שנמצא בדף קא, א. וזה קאי על לבושי הנשמה שישלים לו בג״ע (”ההוא עלמא”). אבל פשוט, לכאורה, שאפ״ל תשלום בעוה״ז.
- 4קוב״ה אשלים ליה · Zohar, Emor 40:228–234
- 5כי דבר ה׳ בזה · Numbers 15:31
- 6בפרק א׳ שחרית ופרק א׳ ערבית · Menachot 99b:16–17
Le Sinaï : un bitoul éveillé d’en haut ¶14–15
14והנה ישראל זכו למתן תורה1 על ידי יסורים דגלות מצרים בחומר ובלבנים.2 והקדימו נעשה לנשמע3 כי א״א [אי אפשר] להיות גילוי והמשכה מאור א״ס [אין סוף] ב״ה
Or, Israël mérita le Don de la Torah à travers les souffrances de l’exil d’Égypte, « dans le mortier et les briques ». Ils firent précéder « nous ferons » à « nous entendrons », car il ne peut y avoir de révélation et de continuation de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il,
Israël mérita la Torah par les souffrances d’Égypte, « le mortier et les briques », comme l’enseigne le Talmud : la Torah fut donnée dans la souffrance. Au Sinaï, ils dirent « nous ferons » avant « nous entendrons », car la Lumière infinie ne peut être révélée et attirée que là où se trouve le bitoul, l’annulation de soi.
אלא במקום שיש בחי׳ בטול דוקא (דלכך אור א״ס [אין סוף] ב״ה שורה בחכמה דוקא4 לפי שהיא בחי׳ בטול כח מ״ה [מה] כנודע).
si ce n’est dans un lieu où se trouve précisément le niveau de l’annulation de soi (bitoul) (c’est pourquoi la Lumière infinie, béni soit-Il, réside précisément dans 'Hokhma (sagesse), car celle-ci est le niveau du bitoul, « la force de mah » (koach mah), comme on le sait).
C’est pourquoi la Lumière infinie réside précisément dans 'Hokhma : 'Hokhma est koach mah, « la force de mah (quoi ?) », l’ouverture désintéressée de celui qui se considère comme rien.
וזהו ענין הקדמת נעשה לנשמע שהוא בחי׳ הבטול שמבטל רצונו מכל וכל כאלו אין לו רצון בפ״ע [בפני עצמו] רק שירצה כל מה שהוא רצון העליון ב״ה
Tel est le sens du fait d’avoir fait précéder « nous ferons » à « nous entendrons » : c’est le niveau du bitoul, par lequel on annule entièrement sa volonté, comme si l’on n’avait pas de volonté propre, et que l’on ne voulait que tout ce qui relève de la Volonté suprême, béni soit-Il.
Dire « nous ferons » avant d’avoir entendu ce qui est commandé constitue l’essence du bitoul : mettre entièrement de côté sa propre volonté et ne vouloir que ce que D.ieu veut.
וזהו בחי׳ עבודה ואותו תעבדו.5 שהעבד אין לו דעה בפ״ע [בפני עצמו] רק את אשר יאמר רבו עושה.
Tel est le niveau du service, « et Lui, vous servirez » : car un serviteur n’a pas d’avis propre ; il fait seulement ce que lui dit son maître.
Telle est l’attitude du serviteur, comme dans « et Lui, vous servirez » : un serviteur n’a pas d’opinion propre, mais fait ce que lui dit son maître.
וע״י שהקדימו בחי׳ נעשה שהוא בטול זה יוכל להיות ונשמע דהיינו לקבל הגלוי והאור מאין סוף ברוך הוא.
Et c’est parce qu’ils firent précéder le niveau de « nous ferons », qui est ce bitoul, qu’il put y avoir « et nous entendrons », c’est-à-dire recevoir la révélation et la lumière de l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il.
Ce n’est qu’en s’annulant d’abord dans « nous ferons » que le peuple put parvenir à « nous entendrons », c’est-à-dire recevoir la révélation de la Lumière infinie.
(וזהו שקשרו להם שני כתרים כנגד נעשה ונשמע6 שהן בחינת שני המדרגות הנ״ל שבכתר הבחי׳ העליונה נק׳ קדמונו של עולם כנ״ל. והבחינה השנית נקראת סובב כל עלמין וממלא כל עלמין)
(C’est pourquoi on leur attacha deux couronnes, correspondant à « nous ferons » et « nous entendrons » : elles représentent les deux niveaux de Kéter (la Couronne) mentionnés plus haut. Le niveau supérieur est appelé « l’Antérieur du monde », comme indiqué plus haut ; le second niveau est appelé la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) et la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin).)
Le Talmud rapporte que des anges attachèrent deux couronnes à chaque Juif, l’une pour « nous ferons » et l’autre pour « nous entendrons ». Le maamar les relie aux deux niveaux de Kéter décrits plus haut : le niveau supérieur, « l’Antérieur du monde », et le niveau inférieur, sovev kol almin et memalé kol almin.
אך כדי שיבאו לבחי׳ בטול זה דהקדמת נעשה לנשמע. שהרי ביציאת מצרים היו עדיין בבחי׳ קטנות
Cependant, pour qu’ils parviennent à ce niveau de bitoul qui consiste à faire précéder « nous ferons » à « nous entendrons », il fallait tenir compte du fait qu’à la sortie d’Égypte, ils se trouvaient encore dans un état de petitesse (katnout)
Mais comment pouvaient-ils parvenir à un tel bitoul ? À la sortie d’Égypte, ils se trouvaient encore dans un état de katnout, de « petitesse », d’immaturité spirituelle.
(כמש״ל [כמה שכתוב לעיל] בד״ה זכור את אשר עשה לך עמלק כו׳) ואיך יבאו לבחי׳ בטול גדול כזה
(comme expliqué plus haut, dans le maamar commençant par « Souviens-toi de ce qu’Amalek t’a fait », etc.) ; comment pouvaient-ils donc parvenir à un si grand niveau de bitoul ?
Cet état a été expliqué dans un maamar précédent, sur « Souviens-toi de ce qu’Amalek t’a fait ». Comment pouvaient-ils donc s’élever à un si grand bitoul ?
הנה לזה היה ענין שכפה עליהם הר כגיגית שהוא בחי׳ וימינו תחבקני דהיינו התגלות אהבה העליונה מלמעלה על ישראל
C’est pourquoi il y eut le fait qu’Il tint la montagne au-dessus d’eux comme une cuve, ce qui correspond au niveau de « Sa droite m’étreint » : c’est-à-dire la révélation, d’en haut, de l’amour suprême envers Israël,
La réponse réside dans la montagne tenue au-dessus d’eux « comme une cuve » : elle représente « Sa droite m’étreint », une révélation d’en haut de l’amour de D.ieu qui enveloppe Israël.
comme il est écrit : « Je vous ai aimés, dit D.ieu » (voir, dans le discours qui commence par « Et tu feras des vêtements sacrés », ce qui y est écrit au sujet du sens de « Je vous ai aimés », etc.).
Il s’agit de l’amour exprimé par « Je vous ai aimés, dit D.ieu » ; un discours antérieur, portant sur « Et tu feras des vêtements sacrés », explique ce verset.
שאהבה זו תחבקני לכנס״י [לכנסת ישראל] ומקפת אותו מכל צד אפי׳ [אפילו] לבחי׳ אחוריים עד שאינו מניחו לפנות ממנו ומוכרח להיו׳ [להיות] עומד עמו פב״פ [פנים בפנים].
Car cet amour « étreint » la Communauté d’Israël (Knesset Israël) et l’entoure de tous côtés, même au niveau du dos (a’horayim), au point qu’Il ne la laisse pas se détourner de Lui et qu’elle est contrainte de se tenir avec Lui face à face.
Un tel amour étreint la Communauté d’Israël de tous côtés, même par-derrière, si bien qu’elle ne peut se détourner et doit se tenir face à D.ieu, face à face.
דהיינו שע״י אהבה עליונה זו נתעורר ג״כ האהבה בנשמות ישראל עד שבאו למעלה ומדרגה שהקדימו נעשה כו׳
C’est-à-dire que, par cet amour suprême, l’amour fut également éveillé dans les âmes d’Israël, jusqu’à ce qu’elles atteignent le degré et le niveau où elles firent précéder « nous ferons », etc.
Cet amour d’en haut éveilla en retour l’amour dans les âmes d’Israël, jusqu’à ce qu’elles parviennent au niveau où elles dirent « nous ferons » en premier.
וכמ״ש כמים הפנים לפנים כן לב האדם אל האדם9 פי׳ לב האדם העליון הוא מ״ש ועל דמות הכסא10 דמות כמראה אדם שהוא בחי׳ רמ״ח מצות עשה דאינון רמ״ח אברים דמלכא.11
Comme il est écrit : « Comme l’eau reflète le visage, ainsi le cœur de l’homme reflète celui de l’homme. » Le sens est le suivant : le cœur de l’Homme suprême ; c’est ce qui est écrit : « Et au-dessus de la forme du trône, une forme semblable à l’apparence d’un homme », ce qui correspond au niveau des 248 commandements positifs, qui sont « les 248 membres du Roi ».
De même que l’eau reflète un visage, le cœur de l’« Homme » d’en haut suscite celui de l’homme d’en bas. L’Homme d’en haut est la forme qui se trouve sur le Trône dans la vision d’Ézéchiel ; elle est constituée des 248 commandements positifs, appelés « les 248 membres du Roi ».
Ce paragraphe explique le Don de la Torah : la révélation exige le bitoul, qu’Israël manifesta en disant d’abord « nous ferons ». Mais puisqu’ils étaient encore spirituellement immatures, D.ieu révéla d’abord Son amour d’en haut ; la montagne fut tenue au-dessus d’eux « comme une cuve », ce qui éveilla en retour leur amour et leur bitoul.
La note de Kehot renvoie au Tikkunei Zohar, Tikkun 30, pour les 248 commandements positifs, « les 248 membres du Roi » ; les 365 interdictions, que le paragraphe suivant appelle les 365 nerfs, complètent l’image de l’Homme supérieur.
Maré mekomot
- 1ישראל זכו למתן תורה ע״י יסורים · Berakhot 5a:8
- 2בחומר ובלבנים · Exodus 1:14
- 3נעשה לנשמע · Exodus 24:7
- 4אור א״ס ב״ה שורה בחכמה דוקא · תניא פרק לה בהגה.
- 5ואותו תעבדו · Deuteronomy 13:5
- 6קשרו להם שני כתרים כנגד נעשה ונשמע · Shabbat 88a:7
- 7אהבתי אתכם אמר ה׳ · Malachi 1:2
- 8ע׳ בד״ה ועשית בגדי קדש · לעיל פב, ב.
- 9כמים הפנים לפנים . . אל האדם · Proverbs 27:19
- 10ועל דמות הכסא · Ezekiel 1:26
- 11רמ״ח מ״ע · Tikkunei Zohar, Tikkun 30 · 74a:8
15ושס״ה לא תעשה הם שס״ה גידים. אל האדם היינו בחי׳ אדם שבבי״ע [שבבריאה יצירה עשיה] כמ״ש ודמות פניהם פני אדם.1
Et les 365 interdictions correspondent aux 365 tendons. « À l’homme » désigne le niveau de l’homme dans [les mondes de] Béria, Yetsira et Assiya, comme il est écrit : « La ressemblance de leurs visages était un visage d’homme. »
L’Homme suprême est formé des 248 commandements positifs, qui sont ses membres, et des 365 interdictions, qui sont ses tendons. « À l’homme » désigne la forme humaine dans les mondes inférieurs de Béria, Yetsira et Assiya, comme Ézéchiel le dit des êtres du Char : « La ressemblance de leurs visages était un visage d’homme. »
הנה הוא כמים הפנים לפנים דהיינו שע״י התגלות אור האהבה מלמעלה בחינת אהבתי אתכם על ידי זה מתעורר גם כן האהבה מלמטה למעלה והוא העלאת כנסת ישראל בכלות הנפש אליו ית׳ (וכמ״ש משכני אחריך נרוצה2 כו׳).
C’est « comme l’eau reflète le visage face au visage » : autrement dit, par la révélation d’en haut de la lumière de l’amour — le niveau de « Je vous ai aimés » — l’amour qui s’élève d’en bas est lui aussi éveillé. C’est l’élévation de la Communauté d’Israël (Knesset Israël), dans l’expiration de l’âme (kelout hanéfech), vers Lui, béni soit-Il (comme il est écrit : « Entraîne-moi, nous courrons après Toi », etc.).
Le verset décrit ainsi un reflet : l’amour révélé d’en haut, « Je vous ai aimés », éveille en retour un amour qui monte d’en bas. C’est le désir de la Communauté d’Israël pour D.ieu, jusqu’à la kelout hanéfech, « l’expiration de l’âme » : un désir si intense que l’âme quitterait le corps pour s’attacher à Lui, comme dans « Entraîne-moi, nous courrons après Toi ».
ולכן נק׳ כנסת ישראל כלה ע״ש [עיין שם] כלות הנפש וכמ״ש אחותי כלה מה טבו דדיך מיין3 כו׳.
C’est pourquoi la Communauté d’Israël est appelée une fiancée (kalla), en référence à l’expiration (kelout) de l’âme, comme il est écrit : « Ma sœur, [ma] fiancée, combien ton amour est meilleur que le vin », etc.
Voilà pourquoi la Communauté d’Israël est appelée kalla, « fiancée », mot qui se lit comme kelout : le désir de l’âme jusqu’à l’expiration, comme dans le Cantique des Cantiques : « Ma sœur, [ma] fiancée. »
וזהו ענין על כל דבור פרחה נשמתן.4 שע״י הדבור והגילוי מלמעלה פרחה נשמתן בבחינת בטול לאור א״ס [אין סוף] ב״ה.
C’est là le sens de « À chaque parole, leurs âmes s’envolaient » : par la parole et la révélation d’en haut, leurs âmes s’envolaient, dans un état d’annulation de soi (bitoul) devant la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il.
Cela explique l’enseignement des Sages selon lequel, à chacune des paroles de D.ieu au Sinaï, les âmes du peuple s’envolaient : la révélation d’en haut les amenait à un bitoul complet devant la Lumière infinie.
(ועיין מ״ש כיוצא בזה בפרשת לך לך5 בפי׳ מארז״ל [מאמר רבותינו זכרונם לברכה] בשעה שהדבור יוצא מפי הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] חשות.6 חשות היינו בחי׳ שתיקה ובטול כו׳).
(Voyez aussi ce qui est écrit dans le même sens, dans la paracha Lekh Lekha, au sujet de l’interprétation de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Lorsque la parole sort de la bouche du Saint béni soit-Il, ils se taisent (hachot). » Hachot désigne le niveau du silence et du bitoul, etc.)
On trouve un parallèle dans le discours sur la paracha Lekh Lekha, à propos de l’enseignement des Sages selon lequel les anges du Char « se taisent » (hachot) lorsque la parole sort de la bouche de D.ieu : leur silence est un bitoul devant la révélation.
וזהו ענין שכפה עליהם הר הוא בחינת אהבה עליונה שנק׳ הר (כמ״ש במ״א בענין אברהם שקראו הר.7 ובענין אהרן א׳ ה״ר ן׳). כגיגית שהוא בחי׳ דבר המקיף סחור כל עלמין שעי״ז נתעורר בהם האהבה
C’est là le sens de « Il a tenu la montagne au-dessus d’eux » : elle représente le niveau de l’amour suprême, appelé « montagne » (comme il est écrit ailleurs à propos d’Avraham, qui l’appela une montagne, ainsi qu’à propos d’Aharon : alef, har [montagne], noun). « Comme une cuve » désigne le niveau de ce qui entoure, « autour de tous les mondes » (sehor kol almin) ; c’est par cela que l’amour s’éveilla en eux
La montagne tenue au-dessus d’Israël représente l’amour suprême, appelé « montagne » (har) : Avraham, qui incarne l’amour, appela le lieu du Temple une montagne, et le nom Aharon contient les lettres de har. La « cuve » désigne ce qui entoure de toutes parts, le niveau qui entoure tous les mondes ; cet amour enveloppant éveilla leur amour.
(ובזה יתורץ מה שאומרים מקדש עמו ישראל על ידי חופה וקדושין.8 והקשו למה שינו הסדר להקדים חופה לקדושין.9 אלא כי החופה הוא בחינת מקיף והוא ענין שכפה עליהם הר כגיגית שזה בחינת התגלות המקיף כנ״ל.
(Cela permet de résoudre la difficulté soulevée par la formule « qui sanctifie Son peuple Israël par la houppa et les kiddouchin ». On a demandé pourquoi l’ordre a été modifié, en plaçant la houppa avant les kiddouchin. Mais la houppa représente le niveau de l’enveloppant (makif) ; elle correspond à l’événement où Il tint la montagne au-dessus d’eux comme une cuve, c’est-à-dire à la révélation de l’enveloppant, comme indiqué plus haut.)
Cela résout aussi une question concernant la bénédiction des fiançailles, dans laquelle on loue D.ieu comme « Celui qui sanctifie Son peuple Israël par la houppa et les kiddouchin », alors que, dans la pratique, les kiddouchin précèdent la houppa. La houppa représente la lumière enveloppante, comme la montagne tenue au-dessus d’Israël à la manière d’une cuve.
ולכן הוצרך להקדים החופה לקדושין שכדי שיבואו לקבלת התורה שהוא בחינת הקדושין הוא על ידי המשכת המקיף תחלה10 שעל ידי זה באו לבחינת הבטול להקדים נעשה כו׳. ואז יוכל להיות ההמשכה והגילוי בחינת התורה כנ״ל).
C’est pourquoi il fallait placer la houppa avant les kiddouchin : pour qu’ils parviennent à recevoir la Torah, qui correspond au niveau des kiddouchin, il fallait d’abord attirer l’enveloppant ; ainsi parvinrent-ils au niveau du bitoul, en plaçant « nous ferons » en premier, etc. Alors seulement pouvait avoir lieu l’effusion et la révélation, c’est-à-dire le niveau de la Torah, comme indiqué plus haut.)
La réception de la Torah correspond aux kiddouchin. Pour y parvenir, la lumière enveloppante, la houppa, devait d’abord venir et les conduire au bitoul exprimé par « nous ferons » ; alors seulement la Torah pouvait être attirée et révélée.
וזהו פירוש מה שאמרז״ל [שאמרו רבותינו זכרונם לברכה] מכאן מודעא רבא לאורייתא.11 דהיינו שהתעוררות זו בלבם לקבלת התורה בבחי׳ מסירת נפש ובטול עד שהקדימו נעשה לנשמע לא היה זה מצדם בבחירה ורצון אשר מעצמם לבד
Et tel est le sens de ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « De là découle une grande protestation de contrainte contre la Torah. » C’est-à-dire que cet éveil de leur cœur à recevoir la Torah dans un état de sacrifice de soi (messirout néfech) et d’annulation de soi (bitoul), au point qu’ils ont fait précéder « nous ferons » à « nous entendrons », ne venait pas d’eux-mêmes, par un choix et une volonté qui leur auraient été propres,
Tel est le sens de la « protestation de contrainte » : l’éveil de leur cœur à accepter la Torah avec sacrifice de soi et bitoul ne venait pas de leur seul libre choix.
אלא שעל ידי הגילוי מלמעלה דבחי׳ אהבתי אתכם על ידי זה דוקא נתעורר בהם הרצון והאהבה כו׳.
mais c’est plutôt par la révélation d’en haut, du niveau de « Je vous ai aimés », que la volonté et l’amour se sont précisément éveillés en eux, etc.
Cet éveil fut suscité par la révélation d’en haut de « Je vous ai aimés ». Voilà en quoi il y a une forme de contrainte : non pas la crainte, mais un amour révélé avec une force à laquelle ils ne pouvaient résister.
ואע״פ [ואף על פי] כן הדר וקבלוה ברצון גמור בימי אחשורוש.12 שהיה מסירת נפש בכל ישראל מעצמם שלא ע״י התעוררות מלמעלה בתחלה ע״ד [על דרך] גלוי בחינת וימינו תחבקני.
Et pourtant, « ils l’acceptèrent de nouveau » avec une volonté entière, à l’époque d’A’hachvéroch. Car il y eut alors, chez tout Israël, un sacrifice de soi qui venait d’eux-mêmes, sans éveil préalable d’en haut, à la manière d’une révélation du niveau de « sa droite m’étreint ».
À l’époque d’A’hachvéroch, en revanche, tout Israël se donna à D.ieu de son propre chef, sans révélation préalable de « sa droite m’étreint ». C’est pourquoi il est dit qu’ils acceptèrent de nouveau la Torah avec une volonté entière.
דהא אז היה בחינת הסתר פנים (ע״ד [על דרך] ועת לרחק מחבק)13 וכמארז״ל [וכמאמר רבותינו זכרונם לברכה] אסתר מן התורה מנין14 דכתיב ואנכי הסתר אסתיר פני15 ביום ההוא. ואם כן היה בחינת אתערותא דלתתא מצד עצמם וזהו הדר וקבלוה ברצון גמור:16
Car alors, c’était le niveau de la dissimulation de la Face (à la manière de « un temps pour s’éloigner des étreintes »), et comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Où trouve-t-on Esther dans la Torah ? Car il est écrit : “Et Je cacherai assurément Ma face en ce jour.” » Dès lors, c’était le niveau d’un éveil d’en bas, venant d’eux-mêmes ; et tel est le sens de « ils l’acceptèrent de nouveau » avec une volonté entière.
À cette époque, la Face de D.ieu était cachée : c’était « un temps pour s’éloigner des étreintes », et les Sages trouvent même le nom d’Esther dans le verset « Je cacherai assurément Ma face ». Leur sacrifice de soi fut donc un éveil d’en bas, entièrement issu d’eux-mêmes ; c’est cela, l’acceptation entière et volontaire.
Le paragraphe explique la « contrainte » au Sinaï comme un amour irrésistible révélé d’en haut, qui éveilla l’amour et le bitoul d’Israël. En revanche, l’acceptation du temps d’A’hachvéroch, une époque de dissimulation, vint du sacrifice de soi d’Israël et fut donc pleinement volontaire.
L’ordre de la houppa avant les kiddouchin dans la bénédiction reflète l’ordre au Sinaï tel que le maamar le présente : d’abord la lumière enveloppante (la montagne, la houppa), puis le bitoul exprimé par « nous ferons », et enfin la Torah elle-même (les kiddouchin).
Maré mekomot
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- 3אחותי כלה מה טבו דדיך מיין · Song of Songs 4:10
- 4על כל דבור פרחה נשמתן · Shabbat 88b:6
- 5מ״ש כיוצא בזה בפרשת לך לך · לעיל יב, ב ואילך.
- 6בשעה שהדבור יוצא מפי הקב״ה חשות · Chagigah 13b:1
- 7אברהם שקראו הר · Pesachim 88a:4
- 8מקדש עמו ישראל על ידי חופה וקדושין · Ketubot 7b:9
- 9למה שינו הסדר להקדים חופה לקידושין · ראה ד״ה והוא כחתן תרנ״ז ע׳ קעב ובהערת כ״ק אדמו״ר שם. ובלקו״ש חכ״ב ע׳ 61 הערה 47.
- 10על ידי המשכת המקיף תחלה · ”בתו״א ד״ה חייב . . שע״י שכפה עליהם הר כגיגית באו להקדמת נעשה לנשמע. ובמדרש תנחומא ובתוס׳ (שבת פח, רע״א) מוכח דהקדמת נעשה לנשמע הי׳ קודם כפיית ההר. מדרשות חלוקות הן. וכמש״כ בתו״א כן הוא במדרש תהלים א, ד. ובמכילתא דרשב״י”. — לקו״ש חי״ג ע׳ 166.
- 11מכאן מודעא רבא לאורייתא · Shabbat 88a:5
- 12נתעורר בהם . . ברצון גמור בימי אחשורוש · ראה בלקו״ש ח״ט ע׳ 149 הערה 53, 54. — שזה גופא מה שהדר וקבלוה בימי אחשורוש הוא לפי שבמ״ת ניתן גם ענין זה אלא שהי׳ בהעלם (שם הערה 54). וראה גם בלקו״ש ח״ז ע׳ 26 סעי׳ ט.
- 13ועת לרחק מחבק · Ecclesiastes 3:5
- 14אסתר מן התורה מנין · Chullin 139b:12–13
- 15ואנכי הסתר אסתיר פני · Deuteronomy 31:18
- 16
Yehoudi, Mordekhaï et la myrrhe pure ¶16–18
16וביאור הענין1 יובן ע״פ מ״ש איש יהודי2 כו׳ ושמו מרדכי כו׳ איש ימיני. וצ״ל [וצריך להיות / וצריך לומר / וצריך להבין] דימיני
L’explication de la question se comprendra à la lumière de ce qui est écrit : « Un homme juif (ich Yehoudi)… », « et son nom était Mordekhaï… », « un homme de Benjamin (ich Yemini) ». Or, nous devons comprendre : puisque « Yemini »
L’explication commence par le verset qui présente Mordekhaï : « Un homme juif (ich Yehoudi)… et son nom était Mordekhaï… un homme de Benjamin (ich Yemini). » Le maamar demande comment un même homme peut être appelé à la fois « Yehoudi » et « Yemini ».
פי׳ שהוא משבט בנימין כדפי׳ רש״י [רבי שלמה יצחקי] ואם כן למה קרי ליה יהודי דהוא על שם שבט יהודה.
signifie qu’il appartenait à la tribu de Binyamin, comme l’explique Rachi, pourquoi l’appelle-t-on alors « Yehoudi », nom tiré de la tribu de Yehouda ?
Comme l’explique Rachi, « Yemini » signifie qu’il appartenait à la tribu de Binyamin ; pourquoi l’appeler alors « Yehoudi », nom tiré de la tribu de Yehouda ?
גם צ״ל [צריך להיות / צריך לומר / צריך להבין] דבגזרת המן נאמר להשמיד להרג3 כו׳ היהודים והרי בשבע ועשרים ומאה מדינה מלכות אחשורוש היה גם מכל השבטים אפרים ומנשה
Nous devons également comprendre : au sujet du décret de Haman, il est dit : « pour détruire, tuer… les Juifs (haYehoudim) ». Or, dans les cent vingt-sept provinces du royaume d’A’hachvéroch, il y avait aussi [des Juifs] de toutes les tribus, Éphraïm et Menaché.
De même, le décret de Haman visait « les Juifs » (Yehoudim), alors que, dans les 127 provinces de l’empire, il y avait des Juifs de toutes les tribus, notamment d’Éphraïm et de Menaché.
אלא שנקראו כולם יהודים מפני בחינת הבטול שיש בהם לאור א״ס [אין סוף] ב״ה. כמו שאנו אומרים בשמונה עשרה מודים אנחנו לך.
Mais tous furent appelés Yehoudim en raison du niveau d’annulation de soi (bitoul) devant la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, qui est en eux, comme nous le disons dans la Chemoneh Essré : « Nous Te rendons grâce (modim). »
La réponse est que tous furent appelés Yehoudim en raison de leur bitoul devant la Lumière infinie. Ce nom vient de hoda’a, la reconnaissance, comme dans la prière de la Amida : « Nous Te rendons grâce (modim). »
שעל שם זה נק׳ יהודי כמ״ש לאה הפעם אודה את4 ה׳ ע״כ [על כן] קראה שמו יהודה.
C’est en raison de cela qu’on est appelé Yehoudi, comme il est écrit [que] Léa [dit] : « Cette fois, je remercierai (odé) D.ieu » ; c’est pourquoi elle l’appela Yehouda.
Léa nomma son fils Yehouda en disant : « Cette fois, je remercierai (odé) D.ieu » ; c’est en raison de cette reconnaissance qu’un Juif est appelé Yehoudi.
(ויש בכל אחד מישראל בחינת הודאה ובטול זה. וכמש״ל [וכמה שכתוב לעיל] פרשת ויחי ע״פ יהודה אתה56 שזהו בחי׳ ומדרגת שמונה עשרה שהוא בחינת כריעות והשתחואות וכמאמר ואנחנו כורעים ומשתחוים ומודים).
(Et chacun en Israël possède ce niveau de reconnaissance (hoda’a) et de bitoul, comme cela a été expliqué plus haut dans la parachat Vayé’hi, à propos du verset « Yehouda, toi… » : il s’agit du niveau et du degré de la Chemoneh Essré, qui est le niveau des inclinaisons et des prosternations, comme le dit la formule : « Nous nous inclinons, nous nous prosternons et nous rendons grâce. »)
Chaque Juif possède cette reconnaissance et ce bitoul. Un maamar antérieur, à propos de « Yehouda, toi », les relie à la Chemoneh Essré, la prière de la Amida, avec ses inclinaisons et ses prosternations, comme dans la formule : « Nous nous inclinons, nous nous prosternons et nous rendons grâce. »
ולכן נק׳ מרדכי איש יהודי. פי׳ שר ליהודים7 כמו איש הר הבית89 כי הוא היה מקור הבטול כמארז״ל [כמאמר רבותינו זכרונם לברכה] מרדכי מן התורה מנין10 דכתיב מר דרור11 ומתרגמינן מירא דכיא.
C’est pourquoi Mordekhaï est appelé « ich Yehoudi ». Cela signifie qu’il était un chef parmi les Juifs, comme « l’ich du mont du Temple », c’est-à-dire son officier, car il était la source du bitoul. Ainsi, nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Où Mordekhaï apparaît-il dans la Torah ? Dans ce qui est écrit : “myrrhe pure (mor deror)”, que nous traduisons [en araméen] par “mira da’hya”. »
Mordekhaï est appelé « ich Yehoudi » au sens de dirigeant des Juifs, comme « l’ich du mont du Temple », son officier, car il était la source de leur bitoul. Les Sages trouvent Mordekhaï dans la Torah dans l’expression « mor deror », la myrrhe pure, que la traduction araméenne rend par « mira da’hya », un nom proche de Mordekhaï.
ומר זה12 לדעת הרמב״ם [הרבי משה בן מימון]13 ושאר מפרשים הוא (רק הראב״ד [הראב״ד] והרמב״ן [והרבי משה בן נחמן]14 פי׳ בע״א [באופן אחר]) מושק15 הנזכר בגמ׳ [בגמרא] פ׳ כיצד מברכין16 שהוא דם חיה ידוע שנקרש בחטוטרת שבצוארה17 ונעשה בושם הנק׳ מר.
Et cette myrrhe (mor), selon le Rambam et d’autres commentateurs (seuls le Raavad et le Ramban l’expliquent autrement), est le musc mentionné dans la Guemara, au chapitre Keitzad Mevarchin : il s’agit du sang d’un animal particulier (’haya yedoua), qui se coagule dans la bosse de son cou et devient une épice appelée mor.
Selon le Rambam et d’autres, ce mor est le musc que le Talmud mentionne dans les lois des bénédictions sur les parfums : le sang d’un animal particulier, qui se coagule dans une bosse sur son cou et devient une épice odorante. Le Raavad et le Ramban expliquent ce mot autrement.
והיינו במדות הנפש בחי׳ אתכפייא ואתהפכא ממרירו למיתקו כי הדם הוא הנפש החיונית נפש המתאוה וכשמהפך תאוותיו הבהמיות מתענוגי עוה״ז [עולם הזה] להיות כל חפצו ותענוגיו בה׳ זהו ענין שנעשה ממנו בושם.18
Et dans les attributs émotionnels (midot) de l’âme, cela relève de la soumission et de la transformation (itkafya et it’hap’ha), de l’amertume en douceur. Car le sang est l’âme vitale, l’âme qui désire ; et lorsque l’on transforme ses désirs animaux, qui le portaient vers les plaisirs de ce monde, de sorte que tout son désir et tous ses plaisirs soient en D.ieu, c’est là qu’un parfum est formé à partir de lui.
Dans l’âme, cela correspond à l’itkafya et à l’it’hap’ha : soumettre et transformer l’amertume en douceur. Le sang représente l’âme vitale, qui désire ; lorsqu’une personne détourne ses désirs animaux des plaisirs de ce monde, de sorte que tout son désir et tout son plaisir soient en D.ieu, le « sang » est devenu un parfum agréable.
Ce paragraphe explique pourquoi tous les Juifs, et Mordekhaï au premier chef, sont appelés Yehoudim : ce nom évoque la reconnaissance et le bitoul devant D.ieu, et Mordekhaï, la « myrrhe pure », en est la source. Le musc, une épice formée à partir du sang d’un animal, illustre la transformation du désir animal en plaisir en D.ieu.
La note de Kehot indique que « la bosse de son cou » suit l’explication du Roch sur le passage de Berakhot, tandis que Rachi y décrit le musc différemment, et que les versions du texte talmudique varient.
Maré mekomot
- 1וביאור הענין · הובא באוה״ת מג״א ע׳ רצ. ונתבאר בד״ה מצה זו תר״מ פרק כו ע׳ קעב.
- 2איש יהודי · Esther 2:5
- 3להשמיד להרג · Esther 3:13
- 4הפעם אודה את ה׳ · Genesis 29:35
- 5פרשת ויחי ע״פ יהודה אתה · מה, ג.
- 6יהודה אתה · Genesis 49:8
- 7פי׳ שר ליהודים · באוה״ת מג״א ע׳ רצא: כי איש לשון שררה.
- 8איש הר הבית · משנה רפ״ק דמדות מ״ב. ובתויו״ט שם. ראה גם אוה״ת בראשית כרך ג תקמה, א ואילך.
- 9איש הר הבית · Mishnah Middot 1:2
- 10מרדכי מן התורה מנין · Chullin 139b:12–13
- 11דכתיב מר דרור · Exodus 30:23
- 12ומר זה · ראה לקו״ת פ׳ נשא כא, ב.
- 13ומר זה לדעת הרמב״ם . . ועל דרך זה יש לפרש מחלוקת הפוסקים · הנחה אחרת מקטע זה נדפס בסה״מ תקע״א ע׳ קמג.
- 14והרמב״ן · Exodus 30:23
- 15לדעת . . מושק · הל׳ כלי המקדש פ״א ה״ג. וראה בפי׳ הרדב״ז שם, ובפי׳ ע״ת מרבינו אברהם בן הרמב״ם ע״פ זה. וראה בברכת הנהנין לרבינו הזקן פרק יא הל׳ ה׳ שכ׳ שקורין פיזו״ם ואסור לאכלו משום חשש דם, ע״ש. וראה באוה״ת פ׳ כי תשא ע׳ א׳תתקמד. ראה בד״ה מצה זו תר״מ פרק כו בארוכה. ובסידור כז, ב שהוא חי׳ טמאה ע״ש. ראה טור או״ח סרי״ו.
- 16בגמרא כיצד מברכין · Berakhot 43a
- 17בחטוטרת שבצוארה · כפי׳ הרא״ש שם, אבל רש״י שם פי׳ ”מן הרעי של חי׳”, בגמרא שלפנינו הגירסא ”שמן חי׳”. אבל ברי״ף וברש״י וברא״ש ובדקדוקי סופרים בשם כ״י מינכן הגי׳ ”שהוא מין חי׳”. וראה במעדני יום טוב שם. ולעיל בהערה ד״ה והרמב״ן.
- 18
17ועל דרך זה יש לפרש מחלוקת הפוסקים1 במור הנ״ל שרבינו יונה מתירו2 אפילו באכילה ויש אוסרים אותו באכילה3 דס״ל [דסבירא ליה / דסבירא להו] שלא נתהפך אלא ריחו
Dans cette perspective, on peut expliquer la controverse des autorités halakhiques au sujet de la myrrhe mentionnée plus haut : Rabbi Yona l’autorise même à la consommation, tandis que certains interdisent de la consommer, car ils estiment que seul son parfum a été transformé.
Les autorités halakhiques divergent au sujet de ce musc : Rabbi Yona autorise même à le manger, tandis que d’autres, identifiés dans la note de Kehot comme le Raza״h (Rabbi Zerachyah HaLevi), interdisent de le manger, estimant que seul son parfum a été transformé.
אבל גופו אסור באכילה. והרר״י [והרב רבינו יונה] ס״ל [סבירא ליה / סבירא להו] שחזר לגמרי להיות היתר. וכמ״ש בטור א״ח [אורח חיים] סימן רי״ו.
Mais sa substance demeure interdite à la consommation. Rabbi Yona estime, quant à lui, qu’elle est devenue entièrement permise, comme il est écrit dans le Tour, Ora’h ‘Haïm, section 216.
Selon cette opinion, sa substance demeure interdite comme aliment, tandis que Rabbi Yona estime qu’elle est devenue entièrement permise. Le Tour rapporte la controverse dans Ora’h ‘Haïm 216.
ומחלוקתם ע״פ חסידות תלוי בענין הנזכר בגמ׳ [בגמרא] ביומא (דף פו ע״ב) גבי תשובה אם זדונות נעשו כשגגות או כזכיות כי שניהם ענין א׳ שהוא מה שהרע נהפך לטוב.
Selon la ‘Hassidout, leur controverse dépend de la question évoquée dans la Guemara, dans Yoma (page 86b), au sujet de la techouva : les fautes volontaires deviennent-elles comme des fautes involontaires ou comme des mérites ? Car les deux expriment une seule et même idée : le mal est transformé en bien.
La ‘Hassidout relie cette controverse aux deux enseignements du Talmud sur la techouva : elle transforme les fautes volontaires en fautes involontaires, ou en mérites. Tous deux décrivent le mal transformé en bien, mais à des degrés différents.
שהרי חיה ידוע הנ״ל הוא ידעוני הנזכר בתורה בפרש׳ [בפרשת] שופטים שהוא מקליפות הטמאות כמ״ש ושאל אוב וידעני4 ודרש אל המתים.56
Car l’animal « certain » (yadua) mentionné plus haut est le yid‘oni évoqué dans la Torah, dans la paracha de Choftim, qui relève des kelipot impures, comme il est écrit : « ou celui qui consulte un ov ou un yid‘oni, ou qui interroge les morts ».
Rachi explique que le yid‘oni, une pratique de sorcellerie interdite par la Torah dans la paracha de Choftim, faisait appel à l’os d’un animal nommé yadua. Le maamar identifie à celui-ci l’animal « certain » (yadua) dont provient le musc ; celui-ci vient donc des kelipot impures. Le musc illustre ainsi comment un élément issu du côté de l’impureté peut devenir un parfum.
Ce paragraphe interprète la controverse halakhique au sujet du musc comme une parabole de la techouva : le mal est-il seulement atténué ou bien entièrement transformé en bien ?
Maré mekomot
- 1יש לפרש מחלוקת הפוסקים · ראה גם לקמן קו, ד. לקו״ת נשא כב, ד בשם ”פי׳ הגאונים והרמב״ן”.
- 2שרבינו יונה מתירו · Berakhot 43a
- 3ויש אוסרים אותו באכילה · הרז״ה.
- 4ושאל אוב וידעני · Deuteronomy 18:11
- 5כשגגות או כזכיות · בסה״מ תקע״א: כזכיות או כשגגות.
- 6
18ולכן זה שיהיה הבושם הלז מותר אפילו באכילה הוא כמו שבתשובה מאהבה הזדונות נעשו כזכיות1 שהרע נהפך לגמרי להיות טוב ממש.
Par conséquent, le fait que ce parfum soit permis même à la consommation est comparable au cas où, par la techouva (retour) motivée par l’amour, les péchés délibérés deviennent comme des mérites, car le mal est entièrement transformé en bien véritable.
Le fait que le musc soit permis même comme aliment correspond à la techouva motivée par l’amour, par laquelle les péchés délibérés deviennent des mérites : le mal est entièrement transformé en bien véritable.
ועל זה אמרו במקום שבעלי תשובה עומדים2 אין צדיקים גמורים יכולים לעמוד. אבל בתשובה שלא מאהבה רבה הזדונות הם כשגגות
C’est à ce sujet qu’ils ont dit : « Là où se tiennent ceux qui ont fait techouva, les justes parfaits ne peuvent se tenir. » Mais dans une techouva qui n’est pas motivée par un grand amour, les péchés délibérés sont comme des fautes involontaires,
C’est pourquoi les Sages disent que là où se tiennent les baalei techouva, ceux qui sont revenus, même les justes parfaits ne peuvent se tenir. Une techouva qui n’est pas motivée par un grand amour transforme seulement les péchés délibérés en fautes involontaires.
אבל לא נתהפכו לגמרי להיות טוב וזהו מ״ד [מיין דוכרין] שהמור הנ״ל אע״פ [אף על פי] שריחו טוב מ״מ [מכל מקום] לא חזר להיות מותר באכילה כו׳.
mais ils n’ont pas été entièrement transformés en bien. Telle est la position de celui qui soutient que la myrrhe mentionnée plus haut, bien que son parfum soit bon, n’est néanmoins pas devenue permise à la consommation, etc.
De tels péchés ne sont pas entièrement transformés en bien. Cela correspond à la position selon laquelle la myrrhe, bien que son parfum soit bon, n’est pas devenue permise comme aliment.
Le paragraphe achève le parallèle : la techouva motivée par l’amour transforme entièrement le mal, comme le musc devenu permis à la consommation, tandis qu’une techouva moindre ne fait que l’adoucir, comme le musc dont seul le parfum a changé.
Maré mekomot
- 1כזכיות · Yoma 86b
- 2במקום שבעלי תשובה עומדים · Berakhot 34b:22–23
L’arrogance de Haman et le sacrifice de soi des Juifs ¶19–20
19והנה מרדכי שנק׳ מירא דכיא היינו שהוא מקור הבטול שהוא בחי׳ יסוד אבא1 שחכמה היא כח מ״ה [מה] ובחכמה אתברירו. ולכן נק׳ איש יהודי דוקא.
Or, Mordekhaï, qui est appelé mira dachya (« myrrhe pure »), est la source de l'annulation de soi (bitoul), qui correspond au niveau de Yessod (fondement) d'Abba ('Hokhma) ; car 'Hokhma (sagesse) est koah mah (« la force du mah »), et « c'est par 'Hokhma qu'ils sont affinés ». C'est pourquoi il est précisément appelé « homme juif ».
Mordekhaï, appelé mira dachya, « myrrhe pure », est la source du bitoul. Dans les termes de la Kabbala, il est le Yessod d'Abba, le canal de 'Hokhma ; 'Hokhma est koah mah, la force du détachement de soi, et « c'est par 'Hokhma qu'ils sont affinés ». Voilà pourquoi c'est lui, en particulier, qui est appelé « homme juif ».
והנה המן הי׳ [היה] לעומת זה של בחי׳ זו דוקא כמו שאמר למי יחפוץ המלך לעשות יקר יותר ממני2 שהיה יש ודבר בעיניו ונפרד מאחדותו ית׳ לומר אני ואפסי עוד3
Haman était l'opposé de cela, et précisément de ce niveau, comme il le dit : « Qui le roi désirerait-il honorer plus que moi ? » Car, à ses propres yeux, il était une chose et une entité (yech vé-davar), séparé de Son unité, béni soit-Il, au point de dire : « Je suis, et il n'y en a pas d'autre que moi. »
Haman était l'exact opposé de ce bitoul : il demanda : « Qui le roi désirerait-il honorer plus que moi ? » À ses propres yeux, il était un « quelque chose » plein de sa propre importance, séparé de l'unité de D.ieu, disant en substance : « Je suis, et il n'y en a pas d'autre que moi. »
כי היה מזרע עמלק4 וכתיב ראשית גוים עמלק5 כי ז׳ אומות הכנעני והחתי כו׳ שבפסוק הם ז׳ מדות רעות6 תאות ורציחה כו׳.
Car il était de la descendance d'Amalek, et il est écrit : « Amalek est le premier des peuples. » En effet, les sept peuples mentionnés dans le verset « le Cananéen, le Hittite », etc., correspondent à sept traits mauvais : le désir, le meurtre, etc.
Haman descendait d'Amalek, que la Torah appelle « le premier des peuples ». Dans cet enseignement, les sept peuples de Canaan nommés dans les versets représentent sept traits mauvais présents dans l'âme, tels que le désir et le meurtre.
ועמלק הוא גסות הרוח והוא ראשית להם. כי גסות הרוח היא שרש כל המדות רעות.7
Amalek représente l'arrogance (gasout haroua'h), et il est le premier parmi eux, car l'arrogance est la racine de tous les traits mauvais.
Amalek représente la gasout haroua'h, l'arrogance, qui est « première » parmi les traits mauvais parce qu'elle en est la racine à tous.
Ce paragraphe oppose Mordekhaï, source du bitoul, à Haman, héritier d'Amalek, l'arrogance qui est la racine de tous les traits mauvais.
Kehot cite le Pri Etz Chaim de l'Arizal, Shaar HaPurim, ch. 5, à propos de Mordekhaï comme Yessod d'Abba. Dans la version d'Or HaTorah, le Tséma'h Tsédek ajoute pourquoi l'arrogance est la racine des autres traits : parce qu'une personne se voit comme un « quelque chose », elle désire tout pour elle-même ; tandis que celui qui se sentirait superflu dans le monde n'aurait rien à désirer.
Maré mekomot
- 1מרדכי . . יסוד אבא · ראה פע״ח שער הפורים פ״ה.
- 2למי יחפוץ . . ממני · Esther 6:6
- 3אני ואפסי עוד · Isaiah 47:8
- 4מזרע עמלק · Esther 3:1
- 5ראשית גוים עמלק · Numbers 24:20
- 6כי ז׳ אומות . . ז׳ מדות רעות · ראה לעיל צה, א.
- 7שרש כל המדות רעות · באוה״ת מג״א ע׳ רצא: (שלפי שהוא יש בעיניו ע״כ הוא בעל תאווה הכל לעצמו כו׳ וכיוצא) משא״כ אם הי׳ כמותר בעולם למה לו להתאוות: ולכן.
20ולכן המן שהוא בחי׳ גסות רצה להשמיד ולהרוג את כל היהודים שהם בבחי׳ בטול הפך היש והגסות.
C’est pourquoi Haman, qui incarnait l’arrogance, voulut exterminer et tuer tous les Juifs, qui se caractérisent par l’annulation de soi (bitoul), à l’opposé du yesh (sentiment d’existence propre) et de l’arrogance.
C’est pourquoi Haman, incarnation de l’arrogance, chercha à exterminer tous les Juifs : leur bitoul était précisément à l’opposé de sa suffisance.
ואם היו כופרים ח״ו [חס ושלום] לא היו עושי׳ [עושים] להם כלום שהרי לא גזר רק על היהודים.
Et s’ils avaient renié [leur foi], à D.ieu ne plaise, rien ne leur serait arrivé, car il avait décrété la mort des seuls Juifs.
Le décret de Haman visait les Juifs en tant que Juifs ; s’ils avaient renié leur foi, rien ne leur serait arrivé.
אך כולם כאחד לא עלה על דעתם מחשבת חוץ ח״ו [חס ושלום] ומסרו נפשם על אחדותו ית׳
Mais tous, d’un seul élan, n’eurent pas même la pensée de [s’écarter] de leur foi, à D.ieu ne plaise, et donnèrent leur vie pour l’unité de D.ieu, béni soit-Il.
Pourtant, l’idée d’abandonner leur foi ne vint même à l’esprit d’aucun d’entre eux ; tous, d’un seul élan, étaient prêts à donner leur vie pour l’unité de D.ieu.
וזהו בחי׳ בטול הנ״ל וישנו בכח בכל אחד מישראל ואפי׳ [ואפילו] קל שבקלים יכול למסור נפשו בפועל ממש1 שלא ליפרד מאחדותו ית׳ בשום אופן בעולם.
C’est là le niveau de bitoul mentionné précédemment, présent en puissance en chaque Juif. Même le plus vil parmi les vils peut donner effectivement sa vie, afin de ne pas être séparé de l’unité de D.ieu, béni soit-Il, en aucune manière au monde.
Tel est le bitoul décrit précédemment, présent en puissance en chaque Juif : même le plus vil parmi les vils peut effectivement donner sa vie plutôt que d’être séparé de l’unité de D.ieu.
ומה שעובר שאר עבירות היינו מפני הרוח שטות2 שמטעהו לחשוב שאינו נפרד מהקב״ה [מהקדוש ברוך הוא] על ידי עבירה ההיא כיון שלובש ציצית ומניח תפלין.3
Si quelqu’un commet d’autres fautes, c’est à cause de l’esprit de folie qui l’égare en lui faisant croire que cette faute ne le sépare pas du Saint béni soit-Il, puisqu’il porte les tsitsit et met les tefilin.
Pourquoi donc une telle personne commet-elle d’autres fautes ? Parce qu’un « esprit de folie » la trompe et lui fait croire que cette faute ne la sépare pas de D.ieu, puisqu’elle porte encore les tsitsit et met les tefilin.
Ce paragraphe montre que le sacrifice de soi des Juifs à l’époque de Haman révéla le bitoul caché en chaque Juif, qui rend même le plus vil d’entre eux prêt à mourir plutôt qu’à être coupé de D.ieu.
Le chapitre 18 du Tanya, auquel renvoie la note de Kehot, rattache cette disposition à l’« amour caché » présent dans le cœur de chaque Juif, héritage des Patriarches, même chez celui qui comprend peu de choses au sujet de D.ieu.
Maré mekomot
- 1ואפי׳ קל שבקלים יכול למסור נפשו בפועל ממש · Tanya, Likkutei Amarim 18
- 2הרוח שטות · Sotah 3a
- 3ואם היו כופרים ח״ו לא היו עושים להם כלום · וכ״ה במגילת סתרים ע״פ וקבל היהודים. וכ״ה בשערי אורה שער הפורים צ, ב. ובד״ה וקבל היהודים תרע״ח ע׳ רד. ובד״ה וקבל היהודים תשי״א (נדפס בסה״מ מלוקט ח״ג ע׳ סח).
Le sacrifice de soi atteint l’Essence ¶21–23
21והנה בחינת מסירת נפש נמשך מחמת אהבה המסותרת שהיא למעלה מן הדעת ולכן לא נזכר בתורה טעם על1 מסירת נפש רק על אהבה נאמר טעם כמ״ש לאהבה את2 הוי׳ אלקיך כי הוא חייך.
Or, le niveau du sacrifice de soi (messirout néfech) découle de l’amour caché, qui est au-dessus de Daat (connaissance). C’est pourquoi la Torah ne mentionne aucune raison au sacrifice de soi ; seule une raison est donnée pour l’amour, comme il est écrit : « aimer Havaya, ton D.ieu… car Il est ta vie. »
Le sacrifice de soi provient de l’« amour caché » présent dans chaque âme juive, qui est au-dessus de Daat, la raison. C’est pourquoi la Torah donne une raison d’aimer D.ieu — « car Il est ta vie » — mais aucune au sacrifice de soi.
Le paragraphe rattache le sacrifice de soi à un amour qui dépasse la raison ; c’est pourquoi la Torah ne lui donne aucune raison.
Maré mekomot
- 1טעם על מס״נ · ראה לקו״ת ויקרא ד, ג. סה״מ תרל״ד ע׳ קז. סה״מ תרנ״ט ע׳ יג. וראה הערת כ״ק אדמו״ר בסה״מ תש״ט ע׳ 121.
- 2לאהבה את הוי׳ אלקיך · Deuteronomy 30:20
22ואין זה טעם על מסירת נפש כיון שהטעם הוא כי הוא חייך והרי מסירת נפש הוא להשליך חייו מנגד.
Et cela ne constitue pas une raison du sacrifice de soi (messirout néfech), puisque la raison invoquée est « car Il est ta vie », tandis que le sacrifice de soi consiste à jeter sa vie derrière soi.
« Car Il est ta vie » ne peut être la raison du sacrifice de soi, puisque celui-ci signifie renoncer à sa vie.
אלא הענין שאין שייך טעם ושכל על מסירת נפש כי המס״נ [המסירות נפש] נלקח1 מבחינ׳ [מבחינת / מבחינה] שלמעלה מן הדעת כי
Mais voici de quoi il s’agit : la raison et l’intellect ne s’appliquent pas au sacrifice de soi, car celui-ci procède d’un niveau qui est au-dessus de Daat (connaissance). Car
La raison et l’intellect ne s’appliquent aucunement au sacrifice de soi, car celui-ci provient d’un niveau supérieur à Daat.
הנה פירוש כי הוא חייך היינו מה שהוא ית׳ ממכ״ע [ממלא כל עלמין] וסוכ״ע [וסובב כל עלמין] שעי״ז מחיה ומהוה כ״ע [כל עלמין] וכבר נת׳ [נתבאר] לעיל דבחינת ממלא וסובב הוא
le sens de « car Il est ta vie » est qu’Il est, béni soit-Il, la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin) et la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), par lesquelles Il donne la vie à tous les mondes et les fait advenir. Or, il a déjà été expliqué plus haut que le niveau de memalé et de sovev est
« Il est ta vie » désigne D.ieu en tant que memalé et sovev, les lumières par lesquelles Il donne vie aux mondes et les fait advenir. Comme expliqué plus haut, elles ne sont qu’un rayonnement émanant de Lui.
רק הארה לבד ממנו ית׳ אבל מהותו ועצמותו ית׳ אינו בגדר עלמין כלל אפילו להיות סובב וממלא לעלמין.
un simple rayonnement émanant de Lui, béni soit-Il ; mais Son être et Son essence, bénis soient-ils, ne relèvent nullement de la catégorie des mondes, même au point d’être sovev et memalé pour les mondes.
L’être et l’essence de D.ieu ne relèvent nullement de la catégorie des mondes, pas même au point d’être la lumière qui les entoure ou les remplit.
כי לא זה היא עיקר האלקות2 מה שהעולמות מתהוים ממנו ומקבלים חיותם ממנו ית׳. שהרי אתה הוא עד שלא נברא העולם3 ולאחר שנברא בשוה ממש.4
Car l’essence de la divinité ne réside pas dans le fait que les mondes émanent de Lui et reçoivent de Lui leur force vitale, béni soit-Il. Car « Tu es Lui avant que le monde ne soit créé », et après qu’il a été créé, c’est exactement la même chose.
La divinité ne consiste pas essentiellement en ce que les mondes émanent de Lui et reçoivent de Lui la vie. Comme le disent les bénédictions du matin : « Tu es Lui avant que le monde ne soit créé » et, après sa création, Il est exactement le même.
Ce paragraphe montre que la raison que donne la Torah à l’amour, « Il est ta vie », concerne uniquement le rayonnement qui donne vie aux mondes, tandis que le sacrifice de soi atteint l’essence de D.ieu, au-delà de tout rapport avec les mondes.
Sefer HaMaamarim 5655, cité dans la note de Kehot, illustre cela par une pierre précieuse : sa valeur ne réside pas dans son éclat, et la lumière qu’elle émet ne provient que de son aspect le plus extérieur ; de même, l’essence de D.ieu n’est pas là pour éclairer les mondes.
Maré mekomot
- 1כי המס״נ נלקח מבחי׳ שלמעלה מן הדעת · באוה״ת שמות כרך ז ע׳ ב׳תקעג מציין ע״ז ”ור״ל למעלה מהטעם ושכל המושג”.
- 2כי לא זה היא עיקר האלקות · Song of Songs 8:1
- 3אתה הוא עד שלא נברא העולם · נוסח ברכת השחר — ע״פ תדבא״ר פכ״א.
- 4וכבר נתבאר · באוה״ת פ׳ יתרו ע׳ תתמב מציין ע״ז ”נמצא בחי׳ היותו סוכ״ע וממכ״ע להיות העולמות זהו כלא חשיב לגבי מהו״ע שאינו בגדר עלמין כלל, אלא שממהו״ע נמשך ג״כ הארה זו שיהי׳ סוכ״ע וממכ״ע”, ע״ש. וכ״ה בסה״מ תרס״ח ע׳ קפא.
23וגם אילו לא היה בורא העולמות היה הכל שוה לפניו ית׳ אלא מה שמחיה ומהוה העולמות זהו רק הארה ממנו ית׳ וכמ״ש במ״א דלכך נק׳ הבריאה יש מאין.
Et même s’Il n’avait pas créé les mondes, tout Lui serait égal, béni soit-Il. Mais ce qui donne vie aux mondes et les fait exister n’est qu’un rayonnement émanant de Lui, béni soit-Il ; comme il est écrit ailleurs, c’est pourquoi la création est appelée « quelque chose à partir du néant » (yech méayin).
Même si D.ieu n’avait pas créé les mondes, rien ne serait différent pour Lui. Ce qui donne aux mondes leur vie et leur existence n’est qu’un rayonnement émanant de Lui ; c’est pourquoi la création est appelée yech méayin, « quelque chose à partir du néant ».
שבחי׳ התהוות היש הוא רק ע״י הארה לבד שנק׳ אין לגבי מהותו ועצמותו יתברך (כמש״ל [כמה שכתוב לעיל] פ׳1 שלח ד״ה וירא ישראל) וכמ״ש ואתה מחיה את כלם.2
Car le niveau de l’apparition du yech (quelque chose) ne s’opère que par un simple rayonnement, appelé ayin (néant) par rapport à Son être et à Son essence, béni soit-Il (comme il est écrit plus haut, dans la paracha de Chela’h, le maamar commençant par « Vayar Israël »), et comme il est écrit : « Et Toi (ve’ata), Tu donnes vie à tous. »
Le « quelque chose » provient d’un simple rayonnement, qui est « néant » (ayin) par rapport à Son essence. Le texte imprimé porte ici « paracha de Chela’h », mais le maamar « Vayar Israël » se trouve dans Torah Ohr, paracha de Bechala’h (61d), comme le montre la lecture « Bechala’h » dans la note de Kehot ; le verset « Tu donnes vie à tous » exprime la même idée.
פירוש ואתה היינו כ״ב אותיות3 דבר ה׳ מא׳ ועד תי״ו וה׳ מוצאות שעל ידי האותיות מחיה את כולם.
Le sens de « Et Toi (ve’ata) » est celui des vingt-deux lettres de la parole de D.ieu, de alef à tav, ainsi que des cinq points d’articulation ; car c’est par les lettres qu’Il donne vie à tous.
Le mot ve’ata, « et Toi », se lit lettre par lettre : alef à tav désignent les vingt-deux lettres de la parole de D.ieu, et hé (cinq), les cinq points d’articulation de la bouche. Par ces lettres, D.ieu donne vie à toutes choses.
והאותיות הם רק הארה לבד כמו האותיות באדם הן רק לבושי הנפש כו׳. וא״כ [ואם כן] מהותו ועצמותו ית׳4 הוא למעלה גם מבחי׳ ומדרגה זו הנזכר
Or les lettres ne sont qu’un simple rayonnement, tout comme, chez l’homme, les lettres ne sont que les vêtements de l’âme, etc. Ainsi, Son être et Son essence, béni soit-Il, se situent au-dessus même de ce niveau et de ce degré mentionnés [dans]
Les lettres ne sont qu’un rayonnement, tout comme les lettres d’une personne, c’est-à-dire sa parole, ne sont que les vêtements de son âme. L’essence de D.ieu se situe donc au-dessus même du niveau évoqué dans « car Il est ta vie ».
כי הוא חייך כי זהו רק היותו ממלא וסובב ומזה נמשך לאהבה כי הוא חייך. וכמ״ש נפשי אויתיך5 כמ״ש בתניא (פמ״ד).6
« car Il est ta vie », car cela signifie seulement qu’Il est memalé kol almin et sovev kol almin ; de là découle l’amour exprimé par « car Il est ta vie », comme il est écrit : « Mon âme, je Te désire », ainsi qu’il est expliqué dans le Tanya (chapitre 44).
« Car Il est ta vie » désigne seulement D.ieu en tant que memalé kol almin et sovev kol almin. De là vient l’amour exprimé par « Mon âme, je Te désire » : on aspire à D.ieu comme à sa propre vie, ainsi que l’explique le Tanya, chap. 44.
אבל המס״נ [המסירות נפש] להשליך חייו מנגד נמשך שלא ליפרד ממהותו ועצמותו ית׳ שהוא למעלהמחיי החיים וקמיה כלא ממש חשיבי ואתה הוא קודם שנברא כו׳.
Mais le sacrifice de soi (messirout néfech), le fait de rejeter sa vie, découle du désir de ne pas être séparé de Son être et de Son essence, béni soit-Il, qui sont au-dessus de la Vie des vies et devant lesquels [tout] est considéré comme n’étant absolument rien ; et « Tu es Celui qui existait avant la création [du monde] », etc.
Le sacrifice de soi, le fait de renoncer à la vie elle-même, découle du désir de ne pas être séparé de Son essence, qui est au-dessus de la Vie de toute vie et devant laquelle tout est comme rien.
והנה כ״ז [כל זה] הוא שיש בכח כל א׳ מישראל (כי הנצוץ אלהות שבנשמה הוא ג״כ נמשך מבחי׳ שלמעלה מהשכל וכמו שכתוב במ״א ועיין בע״ח [בעץ חיים] שמ״א פ״ג [פרק ג׳]7 והכוונה כי יש נצוץ כו׳)
Or, tout cela est au pouvoir de chacun d’Israël (car l’étincelle de divinité dans l’âme provient elle aussi d’un niveau qui dépasse l’intellect, comme il est écrit ailleurs ; voir aussi Etz Chaim, Chaar 41, chapitre 3. L’intention est qu’il existe une étincelle, etc.).
Cette capacité se trouve en chaque Juif, car l’étincelle de divinité dans l’âme provient elle aussi d’un niveau qui dépasse l’intellect. La note de Kehot précise que la référence à Etz Chaim (Chaar 41, chap. 3) suit l’édition de Chklov de 5560 ; d’autres éditions la donnent dans Chaar 42, chap. 1.
ולכן היה אז מסירת נפש בפו״מ [בפועל ממש] אצל כל ישראל שלא ליפרד מאחדותו יתברך. וזהו ואת מאמר מרדכי8
C’est pourquoi, à cette époque, tous les Juifs firent effectivement preuve de sacrifice de soi, afin de ne pas être séparés de Son unité, béni soit-Il. Et c’est là le sens de « Et la parole de Mordekhaï… »,
C’est pourquoi, à l’époque de Haman, tout Israël était prêt, dans les faits, à donner sa vie plutôt que d’être séparé de l’unité de D.ieu. Tel est le sens de la phrase de la Méguila : « Et la parole de Mordekhaï [Esther exécuta]. »
Car Mordekhaï était la source de l’annulation de soi (bitoul), « ich Yehoudi », comme mentionné plus haut. Et c’est là le sens de : « Les Juifs acceptèrent ce qu’ils avaient commencé à faire » :
Mordekhaï, l’« ich Yehoudi », était la source de leur bitoul. Cela explique : « Les Juifs acceptèrent ce qu’ils avaient commencé à faire. »
שבמתן תורה שהקדימו נעשה לנשמע ועל כל דבור פרחה נשמתם שהוא בחי׳ בטול ומס״נ [ומסירות נפש] שלכך זכו למ״ת [למתן תורה] התגלות אלקות.11
Car, lors du don de la Torah, ils firent précéder « nous ferons » à « nous entendrons », et à chaque parole leur âme s’envolait ; cela relève de l’annulation de soi et du sacrifice de soi (messirout néfech). C’est pourquoi ils méritèrent le don de la Torah, la révélation de la divinité.
Au Sinaï, faire précéder « nous ferons » à « nous entendrons » et voir leur âme s’envoler à chaque parole relevaient de l’annulation de soi et du sacrifice de soi ; c’est par là qu’Israël mérita le don de la Torah, une révélation de la divinité. Ce qui avait été commencé alors fut pleinement accepté à Pourim.
Ce paragraphe montre que le sacrifice de soi atteint l’essence de D.ieu, au-delà du rayonnement qui donne vie aux mondes. Cette capacité existe en chaque Juif ; elle se révéla à l’époque de Haman par l’intermédiaire de Mordekhaï, et relie Pourim au bitoul du Sinaï.
Maré mekomot
- 1כמש״ל פ׳ בשלח ד״ה וירא ישראל · לעיל סא, ד ואילך.
- 2ואתה מחי׳ את כולם · Nehemiah 9:6
- 3פי׳ ואתה היינו כ״ב אותיות · ראה שער היחוד והאמונה פ״ב.
- 4וא״כ מהותו ועצמותו ית׳ · בלקו״ת ויקרא ג, ב מציין לכאן.
- 5נפשי אויתיך · Isaiah 26:9
- 6כמ״ש בתניא (פמ״ד) · ראה באוה״ת ויקרא כרך ג ע׳ תשמא. ובליקוט פירושים — חיטריק.
- 7בע״ח שמ״א פ״ג · דפוס שקלאב תק״ס. ובדפוסים אחרים שמ״ב פ״א.
- 8ואת מאמר מרדכי · Esther 2:20
- 9מקור הבטול איש יהודי · בהמשך מצה זו תר״ם ספכ״ו הוסיף כ״ק מהר״ש קיצור: שכ״י גם משארי שבטים נק׳ יהודי ע״ש ביטול, ומרדכי מירא דכיא מקור הביטול נק׳ איש יהודי, ולעו״ז הי׳ המן גס הרוח ראשית כל מדה״ר, ועמדו במס״נ שזהו מבחי׳ אהבה מוסתרת שלמעלה משכל, כי ע״פ שכל לאהבה את ה׳ כי הוא חייך ממכ״ע וסוכ״ע. אמנם זהו רק הארה לבד, ואתה קודם שנה״ע כו׳ בשוה ומזה נמשך בחי׳ זו, והוא מבחי׳ ניצוץ האלקי שבנשמה, עכ״ל.
- 10וקבל היהודים את אשר החלו לעשות · Esther 9:23
- 11שנמשך . . וזהו וקבל היהודים כו׳ · בד״ה מצה זו תר״מ פרק כז מוסיף ”וכמ״ש וקבל קבלה גמורה, וכ״ז הוא ע״י היותם יהודים שעמדו בהודים להיות בבחי׳ הביטול”.
Pourquoi Pourim achève le Sinaï ¶24
24וכך היה בימי אחשורוש הבטול הזה ביתר שאת כי במ״ת [במתן תורה] היה בטול זה מחמת כח האתעדל״ע [האתערותא דלעילא] שכפה עליהם הר כו׳. וכמים הפנים כו׳.
Ainsi, aux jours d’A’hachvéroch, cette annulation de soi (bitoul) atteignit une élévation encore plus grande. Car lors du Don de la Torah, ce bitoul résultait de la puissance de l’éveil d’en haut (it’arouta dileïla), puisqu’Il tint la montagne au-dessus d’eux, etc., et « comme l’eau reflète un visage », etc.
Aux jours d’A’hachvéroch, le même bitoul se manifesta avec une force accrue. Au Sinaï, il fut produit par un éveil d’en haut — la montagne tenue au-dessus d’eux — auquel leur amour ne faisait que répondre, « comme l’eau reflète un visage ».
אבל בימי אחשורוש היה הבטול מצד עצמם בחינת אתעדל״ת [אתערותא דלתתא] תחלה. ולכן גם ההמשכה שנמשך עי״ז הוא ממקום עליון יותר עד שהגילוי שבמ״ת [שבמתן תורה] נק׳
Mais aux jours d’A’hachvéroch, le bitoul vint d’eux-mêmes : ce fut d’abord un éveil d’en bas (it’arouta diléta). C’est pourquoi l’effusion qui en résulta provenait elle aussi d’un lieu plus élevé, au point que la révélation du Don de la Torah est appelée
À l’époque d’A’hachvéroch, le bitoul commença du côté des Juifs eux-mêmes, par un éveil d’en bas. Ce qu’il attira provenait donc d’un lieu plus élevé, au point que la révélation du Sinaï n’est appelée que le commencement.
רק החלו התחלה לגבי אור ההמשכה שנמשך להם בפורים שנק׳ וקבל שזהו הגמר וזהו וקבל היהודים כו׳.
seulement « ils avaient commencé », un commencement, par rapport à la lumière de l’effusion qui leur fut accordée à Pourim, appelée « ils acceptèrent », ce qui constitue l’achèvement. C’est là le sens de « Et les Juifs acceptèrent », etc.
Comparé à la lumière attirée à Pourim, appelée « ils acceptèrent » — l’achèvement —, le Sinaï ne fut que « ils avaient commencé ». Tel est le sens de « Et les Juifs acceptèrent ce qu’ils avaient commencé à faire ».
(והענין הוא דהנה כתיב מה ראו על ככה1 ומה הגיע אליהם. מ״ה [שם מ״ה] הוא בחינת בטול ומ״נ [ומיין נוקבין] הגיע אליהם כנודע שיש מ״ה [שם מ״ה] וב״ן [ושם ב״ן].2 ב״ן [שם ב״ן] הוא בחינת ירידה והשתלשלות להיות התהוות יש ודבר.
(Voici ce qu’il faut comprendre : il est écrit : « Qu’avaient-ils vu à ce sujet, et qu’est-ce qui leur était arrivé ? » Ma désigne le niveau du bitoul, et des mayin noukvin (eaux féminines) leur arrivèrent, car, comme on le sait, il existe Ma et Ban. Ban désigne le niveau de la descente et de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), qui fait advenir un être et une entité (yech vé-davar).
Cette longue parenthèse interprète le verset « Qu’avaient-ils vu… et qu’est-ce qui leur était arrivé ? » à travers le Nom Ma — le Nom Havaya dont la valeur numérique est 45 — qui représente le bitoul, associé au Nom Ban (52), qui représente la descente à travers l’enchaînement des mondes jusqu’à l’apparition d’un « être » distinct. L’abréviation מ״נ se lit ici mayin noukvin, les « eaux féminines » d’un éveil d’en bas ; toutefois, puisque les lignes suivantes parlent de « ce Ma et ce bitoul » qui leur arrivèrent, et que Torah Ohr interprète ailleurs le verset comme « Ma leur arriva », la lecture de ces deux lettres est incertaine.
ומ״ה [ומה] הוא בחי׳ בטול כח מ״ה [מה]. ומ״ה [ומה] ובטול זה הגיע אליהם דהנה אף שבימי אחשורוש היה הבטול באתעדל״ת [באתערותא דלתתא] מצד עצמם היינו שההתחלה היה מהם.
Et Ma est le niveau du bitoul, la « puissance de Ma » (koa’h Ma). Et ce Ma et ce bitoul leur arrivèrent : en effet, bien qu’aux jours d’A’hachvéroch le bitoul fût venu d’un éveil d’en bas, de leur propre initiative, cela signifie que le commencement venait d’eux,
Ma est le bitoul, le koa’h Ma, et ce Ma leur « arriva ». Bien qu’à Pourim le bitoul commençât chez les Juifs eux-mêmes, il leur fut néanmoins donné, comme l’explique la partie suivante.
אבל ודאי שאלמלא עוזרו3 כו׳. א״כ [אם כן] נמשך ג״כ אתעדל״ע [אתערותא דלעילא] להולדת בטול זה וזהו מה ראו כו׳ ומה הגיע אליהם. משא״כ במ״ת [במתן תורה] היה ההתחלה באתעדל״ע [באתערותא דלעילא].
il est certain, toutefois, que « si le Saint béni soit-Il ne l’aidait pas », etc. Un éveil d’en haut fut donc également attiré, afin de faire naître ce bitoul. Tel est le sens de « Qu’avaient-ils vu », etc., et « qu’est-ce qui leur était arrivé ? ». À la différence du Don de la Torah, où le commencement fut un éveil d’en haut.
Comme l’enseignent les Sages au sujet du mauvais penchant, l’homme ne pourrait le vaincre « si D.ieu ne l’aidait pas » ; un éveil d’en haut vint donc aussi faire naître ce bitoul. C’est le sens de « Qu’avaient-ils vu… et qu’est-ce qui leur était arrivé ? », tandis qu’au Sinaï, le commencement venait d’en haut.
והחילוק הוא ע״ד [על דרך] אשה מזרעת תחלה4 יולדת זכר דכנסת ישראל נקראת אשה וכשהתחלת ההולדה הוא ע״י אתעדל״ת [אתערותא דלתתא] ואח״כ [ואחר כך] באתעדל״ת [באתערותא דלתתא] אתעדל״ע [אתערותא דלעילא] אזי יולדת זכר שהוא בחי׳ מ״ה [שם מ״ה] ובטול אמתי.
La différence s’éclaire par l’enseignement suivant : « Lorsque la femme émet sa semence la première, elle donne naissance à un mâle. » Car la Communauté d’Israël est appelée « femme » ; lorsque le processus de naissance commence par un éveil d’en bas, puis qu’à la suite de cet éveil d’en bas vient un éveil d’en haut, elle donne naissance à un mâle, qui est le niveau de Ma et du véritable bitoul.
La différence est illustrée par l’enseignement talmudique selon lequel, lorsque la semence de la femme vient en premier, elle donne naissance à un mâle. La Communauté d’Israël est la « femme » : lorsque le processus commence par un éveil d’en bas, qui suscite ensuite un éveil d’en haut, le résultat est un « mâle », le niveau de Ma et du véritable bitoul.
משא״כ בשעת מ״ת [מתן תורה] שהיה ההתחלה ע״י אתעדל״ע [אתערותא דלעילא] שכפה עליהם הר כגיגית ואע״פ [ואף על פי] שע״י אתעדל״ע [אתערותא דלעילא] זו נתעוררו באתעדל״ת [באתערותא דלתתא] ובטול להקדים נעשה לנשמע מ״מ [מכל מקום] כיון שהוא על דרך איש מזריע תחלה לכן יולדת נקבה שהוא בחי׳ ב״ן [שם ב״ן].
À la différence du Don de la Torah, où le commencement eut lieu par un éveil d’en haut, puisqu’Il tint la montagne au-dessus d’eux comme une cuve : bien que cet éveil d’en haut les ait éveillés à un éveil d’en bas et au bitoul, de sorte qu’ils devancèrent « nous ferons » à « nous écouterons », néanmoins, puisque cela suivait le modèle de « l’homme émet sa semence le premier », elle donne naissance à une femelle, qui est le niveau de Ban.
Au Sinaï, le processus commença d’en haut, avec la montagne tenue au-dessus d’eux. Bien que cela éveillât leur bitoul et leur « nous ferons », puisque cela ressemblait à « la semence de l’homme venant en premier », le résultat fut une « femelle », le niveau de Ban.
כי גם שם ב״ן [שם ב״ן] הוא בחי׳ בטול היש וכנודע מענין משה ואליהו שאליהו בגימטריא ב״ן [שם ב״ן] והיה בו בטול הגוף עד שעלה בסערה כו׳
Car le Nom Ban est lui aussi le niveau de l’annulation du yesh, comme on le sait à propos de Moché et d’Éliyahou : le nom Éliyahou a la même valeur numérique que Ban (52), et son corps était annulé, au point qu’il monta dans un tourbillon, etc. ;
Ban aussi exprime l’annulation du yesh, le sentiment d’exister par soi-même : Éliyahou, dont le nom a la valeur numérique de 52, comme Ban, avait tellement annulé son corps qu’il monta au ciel dans un tourbillon.
ומ״מ [ומכל מקום] בטול דבחי׳ משה שהוא בחי׳ מ״ה [שם מ״ה] ממש כמ״ש ונחנו מה היה גדול יותר מבטול דאליהו כו׳. או י״ל [יש לומר] החילוק בין הבטול דשעת מ״ת [מתן תורה] לבטול דבימי אחשורוש
néanmoins, l’annulation du niveau de Moché, qui est le niveau de Mah lui-même, comme il est écrit : « Et que sommes-nous (mah) ? », était plus grande que celle d’Éliyahou, etc. Ou bien, on peut expliquer la différence entre l’annulation au moment du Don de la Torah et celle des jours d’A’hachvéroch
Pourtant, l’annulation de Moché, qui disait : « Que sommes-nous (mah) ? », le niveau de Mah lui-même, était plus grande que celle d’Éliyahou. Le maamar propose ensuite une autre manière d’expliquer la différence entre le Sinaï et Pourim.
ע״ד [על דרך] שנתבאר במ״א גבי משה ואהרן שבשניהם נאמר ונחנו מה ומ״מ [ומכל מקום] משה הוא מ״ה [שם מ״ה] דמ״ה [דשם מ״ה] ואהרן ב״ן [שם ב״ן] דמ״ה [דשם מ״ה] ובחי׳ בטול דב״ן [דשם ב״ן] דמ״ה [דשם מ״ה] זהו בחי׳ הנק׳ יולדת נקבה לגבי בטול מ״ה [שם מ״ה] דמ״ה [דשם מ״ה] שהוא בטול עליון יותר כו׳.
à l’instar de ce qui a été expliqué ailleurs au sujet de Moché et d’Aharon : il est dit de tous deux « Et que sommes-nous ? », et pourtant Moché est Mah de Mah, tandis qu’Aharon est Ban de Mah ; le niveau d’annulation de Ban de Mah est celui qui est appelé « elle conçoit une fille », par rapport à l’annulation de Mah de Mah, qui est une annulation supérieure, etc.
Il est expliqué ailleurs que Moché et Aharon ont tous deux dit : « Que sommes-nous ? », et pourtant Moché est Mah de Mah, tandis qu’Aharon est Ban de Mah. L’annulation de Ban de Mah correspond à « elle enfante une fille », par rapport à l’annulation supérieure de Mah de Mah.
והנה על כל פנים מובן שהבטול ומס״נ [ומסירות נפש] דכללות ישראל בימי אחשורוש היה גדול יותר במדרגה מבחי׳ הבטול דשהקדימו נעשה כו׳ והיינו בחי׳ אשה מזרעת תחלה יולדת זכר.
En tout cas, il est donc clair que l’annulation et le sacrifice de soi (messirout néfech) de l’ensemble du peuple juif durant les jours d’A’hachvéroch atteignaient un degré plus élevé que l’annulation de ceux qui avaient « fait » précéder « nous ferons », etc. ; c’est là le niveau de « la femme émet sa semence en premier, elle enfante un mâle ».
Dans tous les cas, l’annulation et le sacrifice de soi de l’ensemble du peuple juif durant les jours d’A’hachvéroch étaient supérieurs à l’annulation exprimée par « nous ferons » au Sinaï : c’est le cas où « la femme émet sa semence en premier, elle enfante un mâle ».
והנה כמו שהוא בענין הבטול כך הוא ג״כ בענין עצם גלוי האור שלמעלה שהוא בחי׳ התורה נק׳ במ״ת [במתן תורה] החלו לעשות לגבי פורים שנק׳ וקבל כו׳ הדר וקבלוה כו׳ שהוא גלוי עליון יותר ממקור התורה שנקראת משל הקדמוני כנ״ל.
Et de même qu’il en va ainsi pour l’annulation, il en va aussi pour la révélation même de la lumière d’en haut, qui est le niveau de la Torah : au moment du Don de la Torah, elle est appelée « ils commencèrent à mettre en pratique », par rapport à Pourim, où il est dit « ils acceptèrent », etc., « ils l’acceptèrent de nouveau », etc. ; il s’agit d’une révélation supérieure, provenant de la source de la Torah, appelée « la parabole de l’Ancien des jours », comme mentionné plus haut.
Il en va de même pour la lumière révélée d’en haut, la Torah. Au Sinaï, il ne s’agissait que d’un commencement ; à Pourim, lorsqu’« ils l’acceptèrent de nouveau », la révélation provenait d’une source plus élevée, la source de la Torah, appelée « la parabole de l’Ancien des jours ».
כי אשה מזרעת תחלה יולדת זכר משא״כ איש מזריע תחלה יולדת נקבה. וזהו תורה צוה לנו משה מורשה5 מאורשה כו׳ ושייך בחינה זו גם באור התורה ע״פ מ״ש בע״ח [בעץ חיים] שי״א פ״א6 כי עתיק יומין כו׳
Car « la femme émet sa semence en premier, elle enfante un mâle », tandis que lorsque « l’homme émet sa semence en premier, elle enfante une fille ». C’est là le sens de « Moché nous a ordonné la Torah, un héritage (moracha) », à lire « une fiancée » (me’ourassa), etc. Ce niveau s’applique également à la lumière de la Torah, conformément à ce qui est écrit dans Etz Chaim, Shaar 11, chapitre 1, au sujet d’Atik Yomin, etc.,
Les Sages lisent « Moché nous a ordonné la Torah, un héritage (moracha) » comme me’ourassa, « une fiancée » : Israël est fiancé à la Torah. L’image du masculin et du féminin s’applique donc aussi à la lumière de la Torah. Le maamar s’appuie à cet égard sur l’enseignement d’Etz Chaim concernant Atik Yomin.
ובחי׳ מ״ה [שם מ״ה] שבו כו׳ ע״ש [עיין שם] [ועיין מ״ש בביאור ע״פ שימני כחותם]7 וזהו מה ראו כו׳ ומה הגיע אליהם מה ראו היינו בחי׳ הבטול ומה הגיע אליהם היינו בחי׳ התורה דמחכמה נפקת כח מ״ה [מה] שהיא בחי׳ משל הקדמוני כנ״ל):89
et du niveau de Mah qui est en lui, etc., voir là-bas [et voir ce qui est écrit dans l’explication du verset « Place-moi comme un sceau »]. C’est là le sens de « ce qu’ils avaient vu », etc., et « ce qui leur était arrivé » : « ce qu’ils avaient vu » désigne le niveau de l’annulation, tandis que « ce qui leur était arrivé » désigne le niveau de la Torah, qui émane de 'Hokhma (sagesse), koach mah, lequel est le niveau de « la parabole de l’Ancien des jours », comme mentionné plus haut.)
Atik Yomin contient un niveau de Mah ; la Torah peut donc elle aussi provenir du niveau supérieur, masculin. « Ce qu’ils avaient vu » désigne l’annulation, et « ce qui leur était arrivé » désigne la Torah, qui émane de 'Hokhma, koach mah, « la parabole de l’Ancien des jours ».
Le paragraphe explique pourquoi Pourim acheva le Sinaï : au Sinaï, le bitoul fut produit d’en haut, tandis qu’aux jours d’A’hachvéroch il commença d’en bas. Un bitoul qui commence d’en bas attire une révélation plus élevée, selon l’image de « la femme émet sa semence la première, elle donne naissance à un mâle ». Ainsi, la Torah acceptée de nouveau à Pourim provenait d’une source plus élevée.
Kehot cite Or HaTorah (Vayikra, vol. 2, p. 500), qui énonce clairement la conclusion : Atik d’Atsilout est constitué de Ma et de Ban ; le Ma qui s’y trouve est « le mâle d’Atik » et le Ban, « la femelle d’Atik ». Ainsi, par « et les Juifs acceptèrent », la Torah fut attirée depuis « le mâle d’Atik ». La référence à Etz Chaim (Shaar 11, ch. 1) suit l’édition de Shklov de 5560 ; dans d’autres éditions, il s’agit de la Porte d’Atik, Shaar 12, ch. 1. Pour Ma et Ban, Kehot cite Etz Chaim, Shaar Shevirat HaKelim (Shaar 9), ch. 7.
Maré mekomot
- 1מה ראו על ככה · Esther 9:26
- 2כנודע שיש מ״ה וב״ן · ראה ע״ח שער שביה״כ, ש״ט פ״ז. אוה״ת נצבים ע׳ א׳רלג. וראה בספר הליקוטים ממאמרי הצ״צ ערך מ״ה.
- 3אלמלא עוזרו · Kiddushin 30b:7
- 4אשה מזרעת תחלה · Berakhot 60a:14
- 5תורה צוה לנו משה מורשה · Deuteronomy 33:4
- 6ע״פ מ״ש בע״ח שי״א פ״א · דפוס שקלאב תק״ס. ובדפוסים אחרים שער עתיק שי״ב פ״א. ראה באוה״ת פ׳ בלק ע׳ א׳תרסד. וראה הלשון באוה״ת ויקרא כרך ב ע׳ תק ”וז״ל וי״ל כי עת״י דאצי׳ כל עצמותו נעשה משני בחי׳ אלו שהם מ״ה וב״ן ובחי׳ מ״ה שבו הוא הנק׳ עתיק דדכורא ובחי׳ הב״ן שבו היא הנק׳ נקבה דעתיק עכ״ל. וא״כ בימי הפורים ע״י וקבל היהודים היה המשכת התורה הנק׳ משל הקדמוני מבחי׳ יולדת זכר היינו שיהי׳ הגילוי מבחי׳ עתיק דדכורא” ויש שם קיצור. וכ״ה בסה״מ תרכ״ו (הוצאת תשמ״ט) ע׳ עז.
- 7ועיין מ״ש בביאור ע״פ שימני כחותם · לקו״ת שה״ש מו, ב.
- 8בחי׳ משל הקדמוני כנ״ל) · ראה בד״ה מצה זו תר״מ פרק כז סיום המשך הפי׳ למה ראו על ככה, ובסופו יש קיצור מהסעי׳: קיצור. במ״ת כפה עליהם הר אתעדל״ע שמעורר אתעדל״ת לכן נק׳ החלו לעשות, נגד בימי אחשורוש שהי׳ קבלה גמורה שהי׳ אתעדל״ת תחלה, וזהו מ״ה ראו על ככה, ועי״ז מה הגיע אליהם שהי׳ גילוי עליון יותר, וע״ד יולדת זכר, חכמה כח מ״ה, וז״ע יר״ע ויר״ת שרשה מיר״ע, ולכן בזאת יבא אהרן אל הקדש, וגם בינה יתירה י״ה דעת״י ע״ד אד׳ מי בינה דעתיק כו׳. עכ״ל.
- 9שו״ה כו׳ — (והענין הוא דהנה כתיב · קטע מכאן מובא באוה״ת ויקרא כרך ב ע׳ תצט.
La joie au-delà de la connaissance ¶25–27
25ועפ״ז [ועל פי זה] יובן מארז״ל [מאמר רבותינו זכרונם לברכה] חייב אינש לבסומי בפוריא עד דלא ידע כו׳. ששמחת פורים עצומה ויתירה מהשמחה שביו״ט [שביום טוב].1
À la lumière de cela, on comprendra l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « L’homme est tenu de s’enivrer à Pourim jusqu’à ne plus savoir », etc. : la joie de Pourim est plus puissante et plus grande que celle de Yom Tov.
L’enseignement introductif est maintenant éclairci : la joie de Pourim est plus puissante que celle de Yom Tov, et c’est pourquoi l’on boit « jusqu’à ne plus savoir ».
כי הנה על כל יו״ט [יום טוב] כתיב רננו צדיקים2 בהוי״ה. וכמבואר בזוהר תרומה (ד׳ קל״ז ע״ב) דלכך אומרים מזמור זה בשבתות וימים טובים.
En effet, au sujet de chaque Yom Tov, il est écrit : « Justes, chantez avec allégresse en Havaya », comme l’explique le Zohar, Terouma (page 137b) : c’est pourquoi ce psaume est récité les Chabbatot et les jours de fête.
Au sujet de chaque fête, il est écrit : « Justes, chantez avec allégresse en Havaya » ; le Zohar explique que c’est pourquoi ce psaume est récité le Chabbat et les jours de fête.
והנה הוי״ה הוא בחי׳ השתלשלות העולמות יו״ד חכמה ה׳ בינה כו׳ ורננו בהוי״ה היינו שממשיכים תוספת אור וגלוי מלמעלה מהשתלשלות בסדר ההשתלשלות.
Or, Havaya correspond au niveau de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) : le youd est 'Hokhma (sagesse), le hé est Bina (compréhension), etc. Et « chantez avec allégresse en Havaya » signifie qu’ils attirent un supplément de lumière et de révélation depuis ce qui est au-dessus de l’enchaînement descendant, jusque dans l’ordre de cet enchaînement.
Havaya, le Nom de quatre lettres, correspond à l’enchaînement descendant : son youd est 'Hokhma, son premier hé Bina, et ainsi de suite. Chanter « en Havaya » signifie attirer une lumière supplémentaire depuis ce qui est au-dessus de l’enchaînement descendant jusque dans ses niveaux ordonnés.
וכמו שכתבתי במ״א על פסוק שוש אשיש בהוי״ה3 דהפי׳ שכנ״י [שכנסת ישראל] מפעילים השמחה בשם הוי׳ כו׳.
Comme je l’ai écrit ailleurs au sujet du verset : « Je me réjouirai grandement en Havaya » : cela signifie que la Communauté d’Israël (Knesset Israël) suscite la joie dans le Nom Havaya, etc.
De même, « Je me réjouirai grandement en Havaya » signifie que la Communauté d’Israël suscite la joie au sein du Nom Havaya.
ועד״ז [ועל דרך זה] הוא פירוש רננו צדיקים בהוי״ה. וצדיקים היינו צדיק עליון וצדיק תחתון.4 והנה תוספת אור זה הוא ג״כ בשיעור ומדה (ע״פ קו המדה כו׳)
De même, « Justes, chantez avec allégresse en Havaya » s’interprète ainsi. « Les justes » désigne le juste supérieur et le juste inférieur. Or, ce supplément de lumière est lui aussi soumis à une mesure et à une dimension (selon la ligne de mesure, etc.),
Le pluriel « les justes » désigne deux niveaux, un juste supérieur et un juste inférieur ; dans la Kabbale, « juste » désigne la Séfira de Yessod. Cette lumière supplémentaire est elle aussi dispensée selon une mesure déterminée, « selon la ligne de mesure ».
מאחר שנמשך בהשתלשלות חו״ב [חכמה ובינה] ואינו ערוך למהותו ועצמותו ית׳ הפשוט בתכלי׳ [בתכלית] הפשיטו׳ [הפשיטות] וסדר ההשתלשלו׳ [ההשתלשלות] הוא רק כטפה מן הים כו׳
car il est attiré à travers l’enchaînement descendant de 'Hokhma et de Bina, et n’est en rien comparable à Son être et à Son essence, béni soit-Il, qui sont d’une simplicité absolue ; l’ordre de l’enchaînement descendant n’est que comme une goutte dans l’océan, etc.
Puisqu’elle est attirée à travers 'Hokhma et Bina, cette lumière est limitée et n’est en rien comparable à l’essence de D.ieu, qui est d’une simplicité absolue ; tout l’enchaînement descendant n’est, par rapport à Lui, que comme une goutte dans l’océan.
ולכן מצות שמחת יו״ט [יום טוב] שנאמר ושמחת בחגך5 היא בגבול ומדה בשלמי שמחה אין שמחה אלא בבשר ועכשיו משחרב בהמ״ק [בית המקדש] אין שמחה
C’est pourquoi la mitsva de se réjouir à Yom Tov, dont il est dit : « Tu te réjouiras dans ta fête », est limitée et mesurée : avec les sacrifices de paix offerts pour la joie, car « il n’est de joie qu’avec de la viande » ; et, depuis la destruction du Saint Temple, « il n’est de joie
Voilà pourquoi la mitsva de joie de la fête est mesurée. À l’époque du Temple, elle s’accomplissait au moyen des sacrifices de paix, car « il n’est de joie qu’avec de la viande » ; après la destruction du Temple, elle s’accomplit avec du vin.
אלא ביין וברביעית יין6 יוצא ידי חובת שמחת יו״ט [יום טוב] שהשמחה היא בגבול ושיעור (וכמו שלמעלה תוספת האור מתלבש בחו״ב [בחכמה ובינה] כו׳ כך הוא למטה שהשמחה מתלבשת בהדעת כו׳)
qu’avec du vin » ; avec un reviit de vin, on s’acquitte de l’obligation de se réjouir à Yom Tov, car cette joie est limitée et mesurée (et, de même qu’en haut la lumière supplémentaire s’habille dans 'Hokhma et Bina, etc., ainsi, en bas, la joie s’habille dans Daat [connaissance], etc.).
Un reviit, petite mesure de vin, suffit à s’acquitter de l’obligation, car cette joie est limitée. De même qu’en haut la lumière supplémentaire s’habille dans 'Hokhma et Bina, ainsi, en bas, la joie s’habille dans Daat, la conscience, et reste contenue en elle.
משא״כ שמחת פורים שהשמחה גדולה יותר למעלה מהדעת עד דלא ידע כו׳ והוא מפני ענין המבואר למעלה שע״י המס״נ [המסירות נפש] שהיה בהם אז כל השנה שהוא בחי׳ שלמעלה מהטעם ודעת
À l’inverse, la joie de Pourim est une joie plus grande, au-dessus de Daat, « jusqu’à ce qu’il ne sache pas », etc. Cela tient à ce qui a été expliqué plus haut : par le sacrifice de soi (messirout néfech) qui les animait alors durant toute l’année, niveau qui dépasse la raison et la connaissance,
La joie de Pourim est plus grande, au-dessus de Daat, « jusqu’à ce qu’il ne sache pas ». Cela tient au sacrifice de soi dont les Juifs ont fait preuve tout au long de cette année, lequel dépasse la raison et la compréhension.
הנה באתעדל״ת [באתערותא דלתתא] ובטול זה הגיעו למעלה מעלה בעצמות א״ס [אין סוף] ב״ה שלמעלה מעלה מגדר ההשתלשלות שאינו בגדר סובב וממלא כו׳ שמזה דוקא נמשך בחי׳ המס״נ [המסירות נפש] כנ״ל באריכות.7
par cet éveil d’en bas et cette annulation de soi (bitoul), ils parvinrent aux plus hautes hauteurs, jusqu’à l’Essence même de l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, très au-dessus des limites de l’enchaînement descendant des mondes, qui n’entre pas dans les catégories de sovev et de memalé, etc. C’est précisément de là que découle le niveau du sacrifice de soi, comme cela a été expliqué plus haut en détail.
Par cet éveil d’en bas et ce bitoul, ils atteignirent l’Essence même de l’Infini (Ein Sof), très au-dessus de l’enchaînement descendant des mondes et au-delà de sovev et de memalé ; c’est de cette Essence même, comme cela a été expliqué, que découle le sacrifice de soi.
Ce paragraphe répond à la première question : la joie de la fête attire une lumière mesurée à travers l’enchaînement descendant et demeure ainsi dans les limites de Daat, tandis que la joie de Pourim provient de l’Essence de l’Ein Sof, atteinte par le sacrifice de soi, et dépasse donc la raison.
Kehot relève que le Tour et le Choul'han Aroukh (Ora'h 'Haïm 529), qui rapportent que la joie de la fête s’exprime désormais par le vin, ne mentionnent aucune mesure de vin.
Maré mekomot
- 1ששמחת פורים עצומה ויתירה מהשמחה שביו״ט · ראה לקו״ת נצבים מח, א שמציין לכאן.
- 2רננו צדיקים בה׳ · Psalms 33:1
- 3שוש אשיש בהוי״ה · Isaiah 61:10
- 4כי הנה על כל יו״ט . . וצדיקים היינו צדיק עליון וצדיק תחתון · מובא בביאוה״ז להצ״צ כרך ב ע׳ תשכח.
- 5ושמחת בחגך · Deuteronomy 16:14
- 6משחרב בהמ״ק אין שמחה אלא ביין וברביעית יין · Pesachim 109a:5
- 7
C’est pourquoi la joie suscitée par cette révélation est au-delà de la connaissance (Daat) ; c’est-à-dire qu’elle va « jusqu’à ce qu’il ne sache pas [faire la différence] entre “Maudit soit Haman” et “Béni soit Mordekhaï” ».
Ainsi, la joie qui découle de cette révélation est au-delà de Daat, et cela signifie « jusqu’à ce qu’il ne sache pas faire la différence entre “Maudit soit Haman” et “Béni soit Mordekhaï” ».
כי בהגלות נגלות הארת עצמותו ית׳ כולם שוים ממש וכחשכה כאורה כמ״ש גם חשך לא יחשיך.2
Car lorsque le rayonnement de Son essence, béni soit-Il, se révèle ouvertement, tous sont véritablement égaux, et « l’obscurité est comme la lumière », ainsi qu’il est écrit : « Même l’obscurité n’obscurcit pas. »
Lorsque le rayonnement de l’essence de D.ieu se révèle, toutes les distinctions sont véritablement égales devant lui : « l’obscurité est comme la lumière », comme le dit le psaume : « Même l’obscurité ne t’obscurcit pas. » La joie qui en découle dépasse donc la connaissance qui distingue Haman de Mordekhaï.
Ce paragraphe explique le principe lui-même : la joie de Pourim découle de l’essence de D.ieu, devant laquelle la lumière et l’obscurité sont semblables ; elle dépasse donc la connaissance qui distingue Haman de Mordekhaï.
Maré mekomot
- 1עד דלא ידע בין ארור המן לברוך מרדכי · Megillah 7b:7–8
- 2גם חשך לא יחשיך · Psalms 139:12
27וכמ״ש אם צדקת מה תתן לו1 ורבו פשעיך מה תעשה לו.2 אמנם לענין איסור עשיית מלאכה הוא דוקא ביו״ט [ביום טוב] ולא בפורים וכמארז״ל [וכמאמר רבותינו זכרונם לברכה] ולבסוף כתיב לעשות אותם ימי משתה ושמחה3 ואילו יו״ט [יום טוב] לא כתיב.45
Comme il est écrit : « Si tu es juste, que Lui donnes-tu ? » et « Si tes fautes sont nombreuses, que Lui fais-tu ? » Cependant, en ce qui concerne l’interdiction de travailler, elle s’applique précisément à Yom Tov, et non à Pourim, comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Et finalement, il est écrit : “pour en faire des jours de festin et de joie”, tandis que “Yom Tov” n’est pas écrit. »
Avant le dévoilement de l’essence de D.ieu, la justice et le péché ne font aucune différence pour Lui, comme Elihou le dit à Job : « Si tu es juste, que Lui donnes-tu ? » Le maamar passe maintenant à la deuxième question : pourquoi le travail est-il interdit à Yom Tov, mais non à Pourim ? La Guemara relève que le verset ultérieur de la Méguila parle de « jours de festin et de joie » et omet les mots « Yom Tov ».
Ce paragraphe achève l’explication de la joie de Pourim et ouvre la deuxième question : pourquoi les fêtes interdisent-elles le travail, tandis que Pourim ne le fait pas ?
Maré mekomot
- 1אם צדקת מה תתן לו · Job 35:7
- 2ורבו פשעיך מה תעשה לו · Job 35:6
- 3לעשות אותם ימי משתה ושמחה · Esther 9:22
- 4וכמארז״ל . . ואילו יו״ט לא כתיב · נסמן לעיל צח, א.
- 5ולבסוף כתיב לעשות אותם ימי משתה ושמחה ואילו יו״ט לא כתיב · Megillah 5b:10–11
Pourquoi le travail est permis à Pourim ¶28–36
28והענין כי היא הנותנת כי הנה ענין איסור דעשיית מלאכה שהוא עליות השכל והמדות לשרשן שזהו ענין השביתה והוא ענין עליות העולמות כנודע מענין
Le fait même est la raison. En effet, l’interdiction de faire un travail — qui correspond à la montée de l’intellect et des attributs émotionnels (midot) vers leur racine, car tel est le sens du repos, et qui correspond à la montée des mondes, comme on le sait à propos de
Le point même qui vient d’être exposé en est la raison. S’abstenir de tout travail le Chabbat et les jours de fête représente la montée de l’intellect et des émotions vers leur racine, ainsi que la montée des mondes, comme dans « car en ce jour Il s’est reposé ».
כי בו שבת1 כו׳ כ״ז [כל זה] אינו שייך אלא בההארה שבסדר ההשתלשלות דשייך שם מעלה ומטה במדרגה.
« car en ce jour Il s’est reposé », etc. : tout cela ne s’applique qu’à la lumière qui se trouve dans l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), où il existe des niveaux supérieurs et inférieurs.
Tout cela ne s’applique qu’à la lumière qui se trouve dans l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), où il existe des niveaux supérieurs et inférieurs entre lesquels s’élever.
Ce paragraphe explique que le repos du travail consiste en une montée du niveau inférieur vers un niveau supérieur, ce qui n’a de sens qu’au sein des niveaux ordonnés de l’enchaînement descendant des mondes.
Maré mekomot
- 1כי בו שבת · Genesis 2:3
29ולכן ששת ימים תעשה מלאכה ואח״כ [ואחר כך] ביום השביעי שהוא מדרגה יותר נעלית הרבה תשבות להיות עליות העולמות ממדרגה שלמטה למדרגות עליונות יותר
C’est pourquoi il est dit : « Six jours, tu travailleras », puis « le septième jour », qui est un niveau beaucoup plus élevé, « tu te reposeras », afin que les mondes s’élèvent d’un niveau inférieur vers des niveaux supérieurs.
Les six jours de travail et le septième jour de repos correspondent à une élévation des mondes : le Chabbat, qui est un niveau beaucoup plus élevé, ils s’élèvent de niveaux inférieurs vers des niveaux supérieurs.
וכן עד״ז [על דרך זה] בכל היו״ט [היום טוב] שנמשך בהם תוספת אור וגלוי ועי״ז שייך איסור מלאכה ושבתון מהמלאכה שהוא בחי׳ עשייה למדרגה העליונה המתגלה אז וכ״ז [וכל זה] אינו אלא בסדר השתלשלות דשייך שם מדרגת מעלה ומטה רוחניים.
Il en va de même, de façon analogue, pour toutes les fêtes, durant lesquelles une lumière et une révélation supplémentaires sont attirées. C’est pourquoi l’interdiction de travailler s’applique : le repos du travail, qui relève du niveau de l’action, correspond au niveau supérieur qui se révèle alors. Tout cela ne vaut que dans l’ordre de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), où il existe des niveaux spirituels supérieurs et inférieurs.
Les fêtes attirent elles aussi une lumière supplémentaire ; le travail y est donc également interdit : le travail relève du niveau de « l’action », auquel se substitue le niveau supérieur alors révélé. Tout cela appartient à l’enchaînement descendant des mondes, où il existe des niveaux spirituels supérieurs et inférieurs.
אבל בעצמותו ומהותו ית׳ שאינו בגדר עלמין כלל אין שייך כלל בחי׳ שביתה שהוא עליות המדרגות
Mais dans Son essence et Son être, béni soit-Il, qui ne relève nullement de la catégorie des mondes, le niveau du repos — qui consiste en l’élévation des niveaux — ne s’applique absolument pas.
Dans l’essence de D.ieu, qui dépasse la catégorie des mondes, le repos — l’élévation d’un niveau à l’autre — n’a aucun sens.
שהרי מעלה ומטה שוין אצלו לגמרי שהעשייה גשמיות עם ח״ע [חכמה עילאה] שניהן שוין ממש כלא חשיבי
Car, devant Lui, le supérieur et l’inférieur sont entièrement égaux : le Monde d’Assiya (Action), matériel, et la 'Hokhma supérieure (’Hokhma Ila’a) sont tous deux véritablement égaux, comme s’ils n’étaient rien.
Devant Lui, le supérieur et l’inférieur sont entièrement égaux : le Monde d’Assiya matériel et la 'Hokhma supérieure sont pareillement comme rien.
ולכן גבי שבת נא׳ [נאמר] שבת להוי״ה. וכנ״ל בענין רננו צדיקים בהוי״ה. ולכן בפורים מותר בעשיית מלאכ׳ [מלאכה] כו׳.
C’est pourquoi, à propos du Chabbat, il est dit : « un Chabbat pour Havaya », comme on l’a expliqué plus haut au sujet de « Poussez des cris de joie, justes, en Havaya ». C’est pourquoi, à Pourim, il est permis d’effectuer un travail, etc.
Voilà pourquoi le Chabbat est appelé « un Chabbat pour Havaya » : il appartient au Nom Havaya, à l’enchaînement descendant des mondes, tout comme la joie de la fête est « en Havaya ». Voilà aussi pourquoi le travail est permis à Pourim, dont la lumière provient d’au-delà de ce niveau.
(ועמ״ש בד״ה למנצח על השמינית1 בענין ששאל מין2 א׳ לר׳ [לרבי] יהושע3 כתיב כי בו שבת4 כו׳. והלא הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] מוריד גשמים ומצמיח דשאים כו׳ והשיב לו משל מעירוב והוצאה שברשות א׳ א״צ [אין צריך / אינו צריך] עירוב והוצאה כך כל העולם שלו הוא.
(Voir aussi ce qui est écrit dans le discours commençant par « Lamenatze’ach al hasheminis », au sujet de la question qu’un certain hérétique posa à Rabbi Yehoshoua : « Il est écrit : “Car en ce jour, Il s’est reposé”, etc. ; pourtant, le Saint béni soit-Il fait tomber la pluie et pousser les herbes », etc. Il lui répondit par une parabole concernant l’érouv et le transport : dans un domaine unique, il n’est nécessaire ni de faire un érouv ni de se préoccuper du transport ; de même, le monde entier Lui appartient.)
À partir de cet endroit, selon la note de Kehot, le texte semble être une glose du Tséma’h Tsédek. Il cite le midrach dans lequel un hérétique demanda comment on peut dire que D.ieu se repose le Chabbat, alors qu’Il fait tomber la pluie et pousser l’herbe. La réponse est donnée par une parabole concernant l’érouv : celui qui est seul dans une cour peut y transporter des objets partout, et le monde entier appartient à D.ieu.
ולכאורה אינו מובן התירוץ שהרי שאר כל ל״ח אבות מלאכות זולת מלאכת ההוצאה אינן תלויות בחילוק רשויות כלל שאסור לחרוש ולזרוע ברה״י [ברשות היחיד] כמו ברה״ר [ברשות הרבים].
À première vue, la réponse n’est pas compréhensible : toutes les autres trente-huit catégories principales de travaux, hormis le transport, ne dépendent nullement de la distinction entre les domaines. En effet, il est interdit de labourer et de semer dans un domaine privé tout comme dans un domaine public.
La réponse semble poser problème : parmi les trente-neuf catégories de travaux, seul le transport dépend de la distinction entre les domaines, tandis que labourer et semer sont interdits même dans un domaine privé.
אלא שהתירוץ הוא כי ענין השביתה לא שייך רק בסדר ההשתלשלות שיש שם מדרגות רבות כמו חילוק רשויות
Mais la réponse est que le repos ne s’applique que dans l’ordre de l’enchaînement descendant des mondes, où il existe de nombreux niveaux, à l’image de la distinction entre les domaines ;
Le véritable sens de la réponse est que le repos ne s’applique que dans l’enchaînement descendant des mondes, où il existe de nombreux niveaux, à l’image de domaines distincts.
אבל בבחי׳ המקיף את כל העולמות בשוה הרי כל העולם כולו שלו הוא והכל בבחי׳ השוואה אחת לפניו כחשכה כאורה5 הרי בבחי׳ זו לא שייך ענין שביתה כו׳ וע״ש [ועיין שם]. ומזה יובן יותר למ״ש לענין הא דפורים מותר בעשיית מלאכה.
Mais au niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) également, le monde entier Lui appartient et tout est dans un même état d’égalité devant Lui, « l’obscurité est comme la lumière » ; à ce niveau, la notion de repos ne s’applique pas, etc. ; voyez là-bas. Cela permet de mieux comprendre ce qui a été écrit au sujet du fait que, à Pourim, le travail est permis.
Au niveau qui entoure tous les mondes également, le monde entier constitue un seul domaine et tout est égal devant Lui, « l’obscurité est comme la lumière » ; là, la notion de repos n’a pas de sens. Cela éclaire davantage la raison pour laquelle le travail est permis à Pourim.
אך עדיין צריך למודעי דא״כ [דאם כן] דהא דפורים מותר בעשיית מלאכה הוא מפני שכשהגילוי הוא מבחי׳ עליונה יותר אין שייך איסור מלאכה א״כ [אם כן] איך מרדכי גזר בעשיית מלאכה ורצה שיהיה פורים יו״ט [יום טוב] לאסור במלאכה.
Mais il faut encore éclaircir ce point : si le travail est permis à Pourim parce que, lorsque la révélation provient d’un niveau supérieur, l’interdiction de travailler ne s’applique pas, comment Mordekhaï a-t-il pu décréter que le travail serait interdit et souhaiter que Pourim soit un Yom Tov où le travail est prohibé ?
Une difficulté subsiste : si le travail est permis à Pourim parce que sa révélation provient d’un niveau supérieur, pourquoi Mordekhaï a-t-il décrété l’interdiction du travail et souhaité faire de Pourim un Yom Tov ?
ובודאי לא עלה על דעתו למעט במדרגת הגלוי שלא יהיה מבחי׳ עליונה כ״כ [כל כך]. ועוד דבכמה דרושים דלעיל מבואר דפורים ויוה״כ [ויום הכפורים] בחד דרגא אינון דכמו שבמקדש ביוה״כ [ביום הכפורים] היה גורלות גורל6 א׳ להוי״ה כו׳
Il ne lui serait certainement pas venu à l’esprit d’abaisser le niveau de la révélation, afin qu’elle ne provienne pas d’un niveau aussi élevé. De plus, plusieurs maamarim précédents expliquent que Pourim et Yom Kippour sont au même niveau : de même qu’au Temple, à Yom Kippour, on tirait au sort, « un sort pour D.ieu », etc.,
Il n’a certainement pas voulu abaisser le niveau de la révélation. En outre, des maamarim précédents enseignent que Pourim et Yom Kippour sont au même niveau : à Yom Kippour, au Temple, on tirait au sort, « un sort pour D.ieu ».
כן נק׳ פורים ע״ש [על שם] הפור הוא הגורל כו׳ עמש״ל [עיין מה שכתוב לעיל] בד״ה כי אברהם לא ידענו.7 וגם מהא דאיתא דכל המועדים בטלים לע״ל [לעתיד לבוא] חוץ מימי הפורים ויוה״כ [ויום הכפורים] משמע כן.
Pourim est ainsi nommé d’après le pour, « c’est-à-dire le sort », etc. ; voyez ce qui est écrit plus haut dans le maamar commençant par « Ki Avraham lo yeda’anu ». Cela ressort également de l’enseignement selon lequel, dans les Temps futurs, toutes les fêtes seront annulées, à l’exception des jours de Pourim et de Yom Kippour.
Pourim est nommé d’après le pour, « c’est-à-dire le sort » ; et l’enseignement de nos Sages selon lequel, dans les Temps futurs, toutes les fêtes seront annulées à l’exception de Pourim et de Yom Kippour montre également qu’ils se ressemblent.
והרי יוה״כ [יום הכפורים] אסור בעשיית מלאכה יותר משאר היו״ט [היום טוב]. והענין הוא דעם היות כי אמת נכון הדבר דהא דפורים אין בו איסור בעשיית מלאכה כביו״ט [כביום טוב] הוא מפני שהאור מבחי׳ עליונה הרבה יותר מביו״ט [מביום טוב].
Or, à Yom Kippour, le travail est interdit plus encore que lors des autres fêtes. Voici ce qu’il en est : bien qu’il soit vrai et certain que, si le travail n’est pas interdit à Pourim comme il l’est à Yom Tov, c’est parce que la lumière provient d’un niveau bien supérieur à celui de Yom Tov,
Pourtant, Yom Kippour interdit le travail plus encore que les autres fêtes. La réponse commence ainsi : il est bien vrai que le travail est permis à Pourim parce que sa lumière provient d’un niveau bien supérieur à celui de Yom Tov.
מ״מ [מכל מקום] מצד א׳ יש בקדושת יו״ט [יום טוב] מעלה יתירה משא״כ בפורים. והוא בהקדים מש״ל [מה שכתוב לעיל] )(בד״ה כי אברהם לא ידענו)
néanmoins, sous un certain rapport, la sainteté de Yom Tov possède une supériorité supplémentaire, contrairement à Pourim. Pour le comprendre, il faut d’abord rappeler ce qui a été écrit plus haut (dans le maamar commençant par « Ki Avraham lo yeda’anu »).
Néanmoins, sous un certain rapport, la sainteté de Yom Tov présente un avantage sur Pourim. Pour l’expliquer, le maamar rappelle le précédent maamar « Ki Avraham lo yeda’anu ».
בענין הטעם שבזמן הגלות על הרוב כל הניסים והנפלאות נעשים דרך הטבע וכמו נס דפורים שלא היה דבר נראה לעין שהוא למעלה מהטבע
au sujet de la raison pour laquelle, à l’époque de l’exil, la plupart des miracles et des prodiges s’accomplissent par des voies naturelles, comme le miracle de Pourim, où rien n’était visiblement surnaturel ;
Ce maamar demande pourquoi, à l’époque de l’exil, la plupart des miracles s’accomplissent par des voies naturelles, comme le miracle de Pourim, où rien ne manifestait visiblement un phénomène surnaturel.
משא״כ בזמן הבית שהיו ניסים יוצאים מהטבע שהוא מפני שנסתלקו המדות דאצי׳ [דאצילות] שהיו מאירים פב״פ [פנים בפנים] בזמן הבית ונשארה ההארה ממקום עליון יותר שלמעלה מהמדות ע״כ [על כן] צריך להתלבש בדברים תחתונים
contrairement à l’époque du Temple, où il y avait des miracles qui sortaient du cours naturel des choses. Cela tient au fait que les attributs émotionnels (midot) d’Atsilout, qui rayonnaient face à face à l’époque du Temple, se sont retirés, et qu’il ne subsista que le rayonnement d’un lieu supérieur, au-dessus des midot ; il doit donc se revêtir de choses inférieures,
À l’époque du Temple, les miracles rompaient ouvertement avec la nature. À l’époque de l’exil, les midot, les attributs émotionnels d’Atsilout qui rayonnaient « face à face » à l’époque du Temple, se sont retirés ; seul subsista le rayonnement d’un lieu supérieur, qui doit se revêtir de choses inférieures.
שהוא ע״פ הטבע מפני שמרוב מדרגתו הגבוה אין לו כלום במה להתלבש אלא במקום היותר נמוך.
ce qui relève de l’ordre naturel : en raison de l’élévation de son niveau, il n’a absolument rien en quoi se vêtir, si ce n’est le lieu le plus bas.
Cette radiance supérieure se vêt dans la nature précisément parce qu’elle est si élevée : elle n’a rien où résider, si ce n’est le lieu le plus bas.
Ce paragraphe explique pourquoi le repos du travail concerne les fêtes et non Pourim, dont la lumière transcende les niveaux de l’enchaînement descendant des mondes. Il soulève ensuite la difficulté concernant le décret de Mordekhaï et Yom Kippour, puis commence à y répondre en s’appuyant sur le principe que, en exil, la lumière la plus élevée est revêtue dans la nature.
Kehot indique que la transcription du Tséma’h Tsédek s’arrête à la référence à « Lamenatze’ach al hasheminis » et que ce qui suit est apparemment sa propre glose. Kehot note également que Likkutei Torah, le Siddour et Bereishis Rabbah attribuent la question à Rabbi Akiva, et rapporte la remarque du Rabbi selon laquelle, parmi les Tannaïm, c’était Rabbi Yehoshoua (ben ‘Hanania) qui répondait régulièrement aux hérétiques (voir ‘Haguiga 5b).
Maré mekomot
- 1בד״ה למנצח על השמינית · לקו״ת תזריע כא, ג. וראה גם לקו״ת שה״ש כג, ד. וראה בסידור שער המילה. עד כאן נמצא בהנחת הצ״צ, וכנראה שמכאן ואילך הוא הגה״ה מהצ״צ.
- 2ששאל מין אחד · Bereshit Rabbah 11:6
- 3לר׳ יהושע · Chagigah 5b
- 4כי בו שבת · Genesis 2:3
- 5כחשכה כאורה · Psalms 139:12
- 6גורלות גורל א׳ להוי״ה · Leviticus 16:8
- 7בד״ה כי אברהם לא ידענו · לעיל צג, ג.
30וכנזכר המשל שם מענין פני אריה כו׳ ע״ש [עיין שם] ונמצא עם היות דניסים אלו שבהתלבשות הם ממקום עליון יותר.
Comme dans la parabole évoquée là-bas, à propos de « la face d’un lion », etc. ; voir là-bas. Il en ressort que, bien que ces miracles revêtus [dans la nature] proviennent d’un lieu plus élevé,
Le maamar précédent illustre cela par une parabole tirée de « la face d’un lion ». Il en ressort que les miracles revêtus dans la nature proviennent d’un lieu plus élevé.
אעפ״כ [אף על פי כן] ודאי יש ג״כ מעלה יתירה כשהניסים הם בהתגלות שלא ע״י לבוש הטבע כלל שהרי זהו התגלות אלקות נראה לעין ולכן קובל הנביא אותותינו לא ראינו1 כו׳.
il y a néanmoins certainement aussi une supériorité supplémentaire lorsque les miracles sont révélés sans passer aucunement par le vêtement de la nature, car il s’agit alors d’une révélation de la divinité visible à l’œil. C’est pourquoi le prophète se lamente : « Nous n’avons pas vu nos signes », etc.
Cependant, les miracles ouverts, qui ne sont aucunement revêtus dans la nature, ont un avantage qui leur est propre : ils sont une révélation de la divinité que l’œil peut voir. C’est pourquoi le psaume se lamente, en exil : « Nous n’avons pas vu nos signes. »
Le paragraphe met en regard deux sortes de miracles : ceux qui sont revêtus dans la nature proviennent d’un lieu plus élevé, mais les miracles ouverts ont l’avantage d’être visibles.
Maré mekomot
- 1אותותינו לא ראינו · Psalms 74:9
31וע׳ [ועיין] בזהר ר״פ ויקרא1 ע״פ שאל לך אות23 כו׳ שכוונתו שהניסים שבהתלבשות הם ע״י אות4 ה׳ אחרונה דשם הוי״ה ונק׳ העמק שאלה שמתלבשת בלבושים המסתירים.
Et voir dans le Zohar, au début de la paracha Vayikra, sur le verset « Demande-toi un signe », etc. : son intention est que les miracles revêtus [dans la nature] procèdent de la lettre hé finale du Nom Havaya, appelée « demande-le au plus profond », car elle est revêtue d’habits dissimulateurs.
Le Zohar, au début de Vayikra, enseigne, à propos des paroles d’Isaïe à Achaz — « Demande-toi un signe… demande-le au plus profond, ou dans les hauteurs » — que les miracles revêtus dans la nature procèdent de la lettre hé finale du Nom Havaya (Mal'hout), appelée « demande-le au plus profond », car elle est revêtue d’habits dissimulateurs.
והניסים נגלים הם ע״י אות י׳ דשם הוי״ה ונק׳ הגבה למעלה א״כ [אם כן] הרי הניסים שבהתגלות הן בחי׳ הגבה למעלה
Et les miracles manifestes procèdent de la lettre youd du Nom Havaya, appelée « dans les hauteurs ». Si tel est le cas, les miracles qui se révèlent sont du niveau de « dans les hauteurs »,
Les miracles manifestes procèdent de la youd du Nom, 'Hokhma, appelée « dans les hauteurs » ; les miracles ouverts relèvent donc du niveau de « dans les hauteurs ».
וכמ״ש ג״כ לקמן בס״ד [בסייעתא דשמיא] גבי פסח (בד״ה להבין מפני מה)5 אלא שמעלה יתירה זו הוא רק ענין ההתגלות בלי לבוש
comme il est également écrit plus loin, avec l’aide du Ciel, au sujet de Pessa'h (dans le discours commençant par « Lehavin mipnei mah »). Mais cette supériorité supplémentaire tient uniquement au fait que la révélation se produit sans habit ;
Cela est également expliqué plus loin à propos de Pessa'h, dans le discours « Lehavin mipnei mah ». Mais l’avantage des miracles ouverts tient uniquement à ce qu’ils se révèlent sans habit.
אבל בעצם האור הרי מבואר דבניסים שבהתלבשות הוא ממקום עליון יותר הרבה שזהו פי׳ כי אתה אבינו כי אברהם6 שהוא בחי׳ המדות עליונות לא ידענו כו׳ ע״ש [עיין שם].
mais, quant à la lumière elle-même, il est expliqué que, dans les miracles revêtus [dans la nature], elle provient d’un lieu beaucoup plus élevé. C’est le sens de « Car Tu es notre Père ; Avraham, qui est le niveau des attributs supérieurs, ne nous connaît pas », etc. ; voir là-bas.
Quant à la lumière elle-même, les miracles revêtus dans la nature proviennent d’un lieu beaucoup plus élevé. Tel est le sens de « Car Tu es notre Père ; Avraham ne nous connaît pas » : Avraham représente les attributs supérieurs et, en exil, la lumière provient d’au-delà d’eux, de « notre Père ».
Le paragraphe distingue deux sortes d’avantages : les miracles ouverts se distinguent par leur visibilité, comme le « dans les hauteurs » de la youd, tandis que les miracles revêtus dans la nature procèdent d’une lumière supérieure, au-delà des attributs représentés par Avraham.
Maré mekomot
- 1בזהר ר״פ ויקרא · ב, א. וראה ביאוה״ז להצ״צ כרך ב ע׳ שטז.
- 2שאל לך אות · Isaiah 7:11
- 3שאל לך אות · Zohar, Vayikra 1:1–7
- 4שבהתלבשות הם ע״י אות ה׳ אחרונה דשם הוי״ה · בלקו״ש חט״ז ע׳ 358 הערה 54 מציין: ”ובאוה״ת אחרי (ס״ע תקסד) בשם הרמב״ן (לך יז, א. וארא ו, ב) דנסים המלובשים בטבע הם משם שד״י. וראה פיה״מ מהדו״ב פקל״ט (צב, ריש ע״ב)”.
- 5בד״ה להבין מפני מה · לקו״ת צו טז, א.
- 6כי אתה אבינו כי אברהם · Isaiah 63:16
32וכעין זה הוא ג״כ ענין הפרש שבין קדושת יו״ט [יום טוב] לפורים כי הנה מה שיו״ט [שיום טוב] אסור במלאכה היינו מפני השראת קדושה עליונה למטה שבששת ימי המעשה נמשך האור והחיות ע״י ההתלבשות בעשייה
Il en va de même de la différence entre la sainteté de Yom Tov et celle de Pourim. Si le travail est interdit à Yom Tov, c’est parce qu’une sainteté supérieure repose ici-bas : durant les six jours de la semaine, la lumière et la force vitale sont attirées en se revêtant dans [le Monde d’]Assiya (Action),
Une distinction semblable s’applique à la sainteté de Yom Tov par rapport à celle de Pourim. Le travail est interdit à Yom Tov parce qu’une sainteté supérieure repose ici-bas : les jours de semaine, la lumière et la force vitale viennent revêtues dans Assiya, le Monde de l’Action.
משא״כ ביו״ט [ביום טוב] נמשך מעולם הבריאה כו׳. וכמ״ש בפע״ח [בפרי עץ חיים] שער מקראי קדש פ״ג [פרק ג׳] וזהו בחי׳ השבתון מהמלאכה והעשייה.
tandis qu’à Yom Tov, elles sont attirées du Monde de Béria (Création), etc., comme il est écrit dans Pri Etz Chaim, Shaar Mikra'ei Kodesh, chapitre 3. C’est là le niveau du repos, qui consiste à cesser le travail et l’action.
À Yom Tov, la lumière est attirée du Monde supérieur de Béria, comme l’explique le Pri Etz Chaim de l’Arizal ; c’est là le sens du repos qui consiste à cesser le travail et « l’action ».
וא״כ [ואם כן] בפורים שלא נאסר בעשיית מלאכה היינו מפני שאין למטה הגילוי מעולם הבריאה כמו ביו״ט [ביום טוב]
Dès lors, si le travail n’est pas interdit à Pourim, c’est parce que la révélation du Monde de Béria n’a pas lieu ici-bas comme à Yom Tov,
Le travail n’est pas interdit à Pourim parce que sa lumière n’est pas révélée ici-bas depuis le Monde de Béria, comme elle l’est à Yom Tov.
אלא ע״י התלבשות ומ״ש גם כן גבי ר״ח [ראש חודש] דמותר בעשיית מלאכה (ע׳ [עיין] בד״ה והיה מדי חדש בחדשו1 כו׳).
mais seulement par le biais d’un revêtement. Il est également écrit à propos de Roch ‘Hodech que le travail y est permis (voir le discours commençant par « Vehayah midei chodesh bechodsho », etc.).
À Pourim, la lumière vient seulement revêtue, comme à Roch ‘Hodech, où le travail est également permis ; le discours « Vehayah midei chodesh bechodsho » l’explique.
וא״כ [ואם כן] מצד זה יש מעלה יתירה ביום טוב שבא האור בהתגלות משא״כ בפורים הוא בהתלבשות והוא דוגמת מעלת הנס שבהתגלו׳ [שבהתגלות] על הניסים שבהתלבשות.
Dès lors, sous cet aspect, Yom Tov possède un avantage supplémentaire : la lumière y vient dans la révélation, tandis qu’à Pourim elle vient sous une forme revêtue. Cela ressemble à l’avantage d’un miracle révélé sur les miracles revêtus [dans la nature].
Sous cet aspect, Yom Tov présente un avantage : sa lumière vient ouvertement, tandis que celle de Pourim vient revêtue ; de même, un miracle manifeste a un avantage sur un miracle revêtu dans la nature.
ולכן נק׳ יו״ט [יום טוב] מקרא קדש משא״כ פורים. אמנם מצד עצם האור שבהלבוש הרי מבואר שבפורים הוא המשכת אוא״ס [אור אין סוף] ב״ה ממש ע״י המס״נ [המסירות נפש] העצום שלמעל׳ [שלמעלה] מעלה מהאור שביו״ט [שביום טוב].
C’est pourquoi Yom Tov est appelé « sainte convocation » (mikra kodesh), contrairement à Pourim. Toutefois, quant à la lumière elle-même qui se trouve dans le revêtement, il a été expliqué qu’à Pourim c’est la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, elle-même qui est attirée, grâce au puissant sacrifice de soi (messirout néfech), d’un niveau infiniment supérieur à la lumière de Yom Tov.
C’est pourquoi Yom Tov est appelé mikra kodesh, « sainte convocation », contrairement à Pourim. Pourtant, la lumière contenue dans le revêtement de Pourim est la Lumière infinie elle-même, attirée par le puissant sacrifice de soi de cette époque ; elle est bien supérieure à la lumière de Yom Tov.
Ce paragraphe résout le paradoxe : Yom Tov l’emporte en ce que sa lumière est révélée ouvertement depuis Béria, ce qui explique l’interdiction du travail ; la lumière de Pourim, bien que bien plus élevée, vient revêtue, comme un miracle caché dans la nature.
Maré mekomot
- 1בד״ה והיה מדי חדש בחדשו · לקו׳ת ברכה צז, ב ואילך.
33וגם זה ההתלבשות אינו העלם גמור רק כמו דוגמת הנס דפורים שאע״פ [שאף על פי] שלא היה דבר נראה לעין
Et cet habillage non plus n’est pas une dissimulation complète, mais ressemble à l’exemple du miracle de Pourim : bien que rien ne fût visible à l’œil,
Cet habillage n’est pas une dissimulation totale, comme le montre le miracle de Pourim : extérieurement, rien de surnaturel n’était visible.
שהוא למעלה מהטבע רק ע״י אהבת אסתר מ״מ [מכל מקום] נראה בחוש שכל הסיבות היו רק למעלה מהטבע רק שנשתלשל ובא להתלבש בדרך הטבע.
qui était au-dessus de la nature, et cela uniquement grâce à l’amour pour Esther ; néanmoins, on voit clairement que toutes les causes étaient entièrement au-dessus de la nature, si ce n’est qu’elles descendirent selon un enchaînement et vinrent s’habiller dans le cours naturel des choses.
Tout semblait se produire grâce à l’amour du roi pour Esther, et pourtant on voit clairement que toutes les causes étaient au-dessus de la nature ; elles ne firent que descendre et s’habiller dans des événements naturels.
וא״כ [ואם כן] אין זה העלם גמור וכך ע״ד [על דרך] זה גם גלוי אוא״ס [אור אין סוף] ב״ה בפורים מאיר על כל א׳ מישראל בחי׳ כי אתה אבינו כו׳.
Ainsi, ce n’est pas une dissimulation complète. De même, la révélation de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, à Pourim, brille aussi sur chacun d’Israël : le niveau de « Car Tu es notre Père », etc.
La dissimulation n’est donc pas complète. De même, la révélation de la Lumière infinie à Pourim brille sur chaque Juif : c’est le niveau de « Car Tu es notre Père ».
עוד יובן דוגמא לכ״ז [לכל זה] ממ״ש בפ׳ שלח (סד״ה והיה לכם לציצית)1 דכ׳ [דכתב] האריז״ל [האר״י זכרונו לברכה]2 שקדושת הטלית גדלה מעלתה במאד מאד על קדושת הציצית שהן
On comprendra encore un exemple de tout cela à partir de ce qui est écrit dans la paracha Chela’h (à la fin du discours commençant par « Vehayah lachem letzitzis ») : le saint Arizal a écrit que la sainteté du talit dépasse de beaucoup, de beaucoup, celle des tsitsit, qui sont
Un exemple est tiré d’un discours sur les tsitsit dans la paracha Chela’h : le Arizal écrit que la sainteté du talit est bien supérieure à celle des tsitsit, qui ne sont que des fils qui en prolongent les pans.
רק נימין נמשכים מהטלית רק שמפני גודל מעלת קדושתה אינה יכולה להתלבש בטלית הגשמי׳ [הגשמיים / הגשמיות / הגשמית] ממש
seulement des fils qui se prolongent du talit ; mais, en raison de l’immense élévation de sa sainteté, celle-ci ne peut s’habiller dans le talit matériel proprement dit
La sainteté du talit est si grande qu’elle ne peut s’habiller dans le vêtement matériel lui-même, contrairement à la sainteté des tsitsit, qui s’habille dans les fils.
כמו בציצית ולכן אין בטלית הגשמית שום קדושה כלל ומותר להשתמש בה דברי חול3 משא״כ בציצית.
comme elle le fait dans les tsitsit. C’est pourquoi le talit matériel ne possède aucune sainteté et il est permis de l’utiliser à des fins profanes, contrairement aux tsitsit.
Le talit matériel ne possède donc aucune sainteté et peut être utilisé à des fins profanes, contrairement aux tsitsit.
Ce paragraphe montre que l’habillage de la lumière de Pourim n’est pas une dissimulation totale. L’exemple du talit et de ses tsitsit illustre comment une sainteté supérieure peut être moins visible qu’une sainteté moindre.
Kehot renvoie au Cha’ar HaKavanot du Arizal (sur les tsitsit, Deroush 2) et au Pri Etz Chaim (Cha’ar HaTsitsit, ch. 3) pour l’enseignement concernant le talit et les tsitsit.
Maré mekomot
- 1סד״ה והי׳ לכם לציצית · לקו״ת שלח מד, ב.
- 2דכ׳ האריז״ל · ראה שער הכוונות ענין הציצית דרוש ב׳ בתחלתו. פע״ח שער הציצית פ״ג.
- 3ומותר להשתמש בה דברי חול · ראה שו״ע אדה״ז סי׳ כא. ובלקו״ש חי״ט ע׳ 421. חל״ו ע׳ 158.
34וכך עד״ז [על דרך זה] האור הנמשך בפורים גדלה מעלתו במאוד מאד על האור שמאיר ביו״ט [ביום טוב] ולכן שמחת פורי׳ [פורים] גדלה במאד משמחת יו״ט [יום טוב] כנ״ל
De même, la lumière qui est attirée à Pourim est, par son degré, infiniment supérieure à la lumière qui brille à Yom Tov ; c’est pourquoi la joie de Pourim est bien plus grande que celle de Yom Tov, comme mentionné plus haut ;
De même, la lumière attirée à Pourim est bien supérieure à celle de Yom Tov, et c’est pourquoi la joie de Pourim est bien plus grande.
רק שמפני גודל האור בבחי׳ א״ס [אין סוף] ממש אינו יכול להאיר בגלוי כמו האור המאיר ביו״ט [ביום טוב] ולפיכך אין איסור בעשיית מלאכה בפורים משא״כ ביו״ט [ביום טוב].
mais, en raison de l’immensité de cette lumière, qui est au niveau de l’Infini (Ein Sof) lui-même, elle ne peut briller ouvertement comme la lumière qui brille à Yom Tov ; c’est pourquoi il n’est pas interdit de travailler à Pourim, contrairement à Yom Tov.
Mais, parce qu’il s’agit de la lumière de l’Infini lui-même, elle ne peut briller ouvertement comme celle de Yom Tov ; ainsi, le travail n’est pas interdit à Pourim, contrairement à Yom Tov.
Ce paragraphe applique l’analogie du talit : la lumière de Pourim est plus grande, mais ne peut être révélée ouvertement ; elle suscite donc une joie plus grande, sans entraîner d’interdiction de travailler.
35ומרדכי דגזר בעשי׳ [בעשיה] מלאכה בפורים רצה שיהי׳ [שיהיה] ב׳ המעלות בפורים שהאור הגדול הזה יאיר ג״כ בגילוי
Et Mordekhaï, qui décréta au sujet de l’accomplissement des travaux à Pourim, voulait que les deux qualités soient présentes à Pourim : que cette grande lumière brille également de manière révélée,
En décrétant l’interdiction des travaux à Pourim, Mordekhaï voulait que Pourim possède les deux qualités : sa grande lumière, ainsi que sa révélation manifeste.
ע״ד [על דרך] שהאור שביו״ט [שביום טוב] מאיר בגלוי וכמו בחי׳ יוה״כ [יום הכפורים] שהוא בחד דרגא עם פורים שמאיר בו ג״כ בבחי׳ האור הגדול הזה
à la manière dont la lumière de Yom Tov brille de manière révélée ; comme le niveau de Yom Kippour, qui est au même degré que Pourim et où brille également le niveau de cette grande lumière.
Il voulait que la lumière de Pourim brille ouvertement, comme celle de Yom Tov, à l’instar de Yom Kippour, qui est au même degré que Pourim et où brille également cette grande lumière.
וזהו ענין הגורל במקדש כו׳ ששם אין עונות מבדילין וזדונות נעשו כזכיות1 ונק׳ שבת שבתון שהוא למעלה מבחי׳ שבת
Tel est le sens du tirage au sort dans le Temple, etc. : là, les fautes ne font pas séparation, et les fautes délibérées deviennent comme des mérites. On l’appelle « un Chabbat des Chabbat », qui est au-dessus du niveau du Chabbat,
Tel est le sens des tirages au sort effectués dans le Temple à Yom Kippour : ce jour-là, les fautes ne séparent pas de D.ieu, les fautes délibérées deviennent comme des mérites, et il est appelé « un Chabbat des Chabbat », au-dessus même du Chabbat.
כמ״ש במ״א (בד״ה האזינו השמים) והרי האור מאיר בגלוי שלכן יוהכ״פ [יום הכפורים] אסור בעשיי׳ [בעשייה] מלאכה יותר מיו״ט [מיום טוב]
comme il est écrit ailleurs (dans le maamar qui commence par « Haazinu hachamayim »). Or, la lumière brille de manière révélée ; c’est pourquoi les travaux sont interdits à Yom Kippour plus strictement qu’à Yom Tov.
À Yom Kippour, cette lumière brille ouvertement ; c’est pourquoi les travaux y sont interdits plus strictement qu’à Yom Tov. Le maamar « Haazinu hachamayim » l’explique.
לכן עד״ז [על דרך זה] רצה מרדכי שיהיה בפורים ג״כ מאיר בחי׳ זו בגלוי. ולכן רצה לגזור בעשיית מלאכה.
C’est pourquoi, de même, Mordekhaï voulait que ce niveau brille également de manière révélée à Pourim. Il voulait donc décréter l’interdiction des travaux.
Mordekhaï voulait donc que Pourim aussi révèle ce niveau ouvertement, et cherchait par conséquent à y interdire les travaux.
ולא קבלו עלייהו כי ביוה״כ [ביום הכפורים] שהוא דאורייתא מי מונע ומי מעכב וג״ז [וגם זה] הוא ע״י קדימת עשי״ת [עשרת ימי תשובה] וממעמקים קראתיך2 כו׳
Mais ils ne l’acceptèrent pas pour eux-mêmes. Car à Yom Kippour, qui relève de la Torah, qui pourrait empêcher ou faire obstacle ? Cela aussi se réalise grâce aux Dix Jours de Techouva qui le précèdent, et à « Des profondeurs, je T’ai appelé », etc.,
Mais le peuple ne l’accepta pas. Yom Kippour est prescrit par la Torah, et rien ne peut donc entraver sa révélation ; celle-ci est préparée par les Dix Jours de Techouva et par l’appel à D.ieu « des profondeurs ».
ויום אסו׳ [אסור] באכילה ושתיה כו׳ אבל בפורי׳ [בפורים] אין לנו כח להמשיך בחי׳ זו בגלוי ממש.
et c’est un jour où manger et boire sont interdits, etc. Mais à Pourim, nous n’avons pas le pouvoir de faire descendre ce niveau dans une révélation véritable.
C’est également un jour où l’on ne mange ni ne boit. À Pourim, en revanche, nous n’avons pas le pouvoir de faire descendre ce niveau dans une révélation effectivement manifeste.
Ce paragraphe expose le sens du décret de Mordekhaï : il voulait que la grande lumière de Pourim soit révélée ouvertement, comme celle de Yom Kippour. Mais le peuple ne pouvait l’accepter, car Pourim ne comporte ni le commandement de la Torah, ni les Dix Jours de Techouva, ni le jeûne qui rendent possible la révélation de Yom Kippour.
Maré mekomot
- 1וזדונות נעשו כזכיות · Yoma 86b:3
- 2ממעמקים קראתיך · Psalms 130:1
36ועוד מפני שהענין היה בימי הגלות שזה גורם בחי׳ ההתלבשות כו׳ שאותותינו לא ראינו1 וכמו שגם הנס נתלבש כו׳ כנ״ל.
De plus, l’événement eut lieu aux jours de l’exil, ce qui entraîne l’aspect de l’habillage, etc., car « nous n’avons pas vu nos signes » ; de même, le miracle lui aussi fut revêtu, etc., comme mentionné plus haut.
Une autre raison : le miracle eut lieu en exil, ce qui entraîne en soi que la lumière soit revêtue : « nous n’avons pas vu nos signes » ; de même, le miracle de Pourim lui-même fut revêtu dans la nature.
והגם דלעיל נת׳ [נתבאר] דמצד עצם האור שבפורים אין שייך איסו׳ [איסור] עשיית מלאכה משום שהוא מבחי׳ שלמעלה מגדר התחלקות מדרגות מעלה ומטה את״ל [אם תמצא לומר] דפורים ויוה״כ [ויום הכפורים] חד דרגא אינון ויוה״כ [ויום הכפורים] אסור במלאכה עכצ״ל [על כרחך צריך לומר] דמצד האור
Et bien qu’il ait été expliqué plus haut que, du point de vue de la lumière de Pourim elle-même, l’interdiction de travailler ne s’applique pas, car elle relève d’un niveau qui dépasse les limites d’une division en degrés supérieurs et inférieurs ; si l’on affirme que Pourim et Yom Kippour sont d’un même degré, et que le travail est interdit à Yom Kippour, il faut nécessairement dire que cela concerne la lumière…
Il a été dit plus haut que la lumière de Pourim elle-même dépasse la distinction entre le supérieur et l’inférieur ; aucune interdiction de travailler ne s’y applique donc. Mais si Pourim et Yom Kippour sont d’un même degré et que le travail est interdit à Yom Kippour, il faut dire que cela ne vaut que pour la lumière telle qu’elle est au-dessus.
כמו שהוא למעלה הוא כך אבל כשנמשך להאיר בגלוי באבי״ע [באצילות בריאה יצירה עשיה] ודאי לא כמו שמאיר באצי׳ [באצילות] כך מאיר בבריאה כו׳
telle qu’elle est en haut, ainsi est-elle ; mais lorsqu’elle est attirée pour briller de manière révélée dans Atsilout, Béria, Yetsira et Assiya, il est certain qu’elle ne brille pas en Béria comme elle brille en Atsilout, etc.
Lorsque cette lumière est attirée pour briller ouvertement dans les quatre mondes, elle ne brille certainement pas en Béria comme elle brille en Atsilout.
וא״כ [ואם כן] מצד התגלותו בעולמות שייך ענין שבתון שהיא עליית המדרגות כו׳. וזהו איסור המלאכה ביוה״כ [ביום הכפורים].
Dès lors, du point de vue de sa révélation dans les mondes, le repos s’applique : il consiste en l’élévation des degrés, etc. Telle est l’interdiction de travailler à Yom Kippour.
Ainsi, dans sa révélation au sein des mondes, le repos — l’élévation d’un degré à l’autre — s’applique bien ; telle est l’interdiction de travailler à Yom Kippour.
ומרדכי גזר גם בפורים ולא קבלו עלייהו משום שבפורים אין מאיר למטה בהתגלות מעולם הבריאה כמו ביו״ט [ביום טוב] כ״א [כי אם] ע״י התלבשות כו׳ כנ״ל.
Mordekhaï décréta également cela pour Pourim, mais ils ne l’acceptèrent pas, car à Pourim [la lumière] ne brille pas en bas de manière révélée depuis le Monde de Béria, comme à Yom Tov, mais seulement en étant revêtue, etc., comme mentionné plus haut.
Mordekhaï décréta la même chose pour Pourim, mais le peuple ne l’accepta pas, car à Pourim la lumière ne brille pas ouvertement en bas depuis le Monde de Béria, comme à Yom Tov ; elle n’y brille que revêtue.
Ce paragraphe concilie les deux affirmations : la lumière de Pourim et celle de Yom Kippour dépassent en elles-mêmes les degrés, mais, lorsqu’elles se révèlent dans les mondes, elles entraînent l’élévation qui interdit le travail. À Pourim, la lumière demeure revêtue ; l’interdiction ne fut donc pas acceptée.
Maré mekomot
- 1אותותינו לא ראינו · Psalms 74:9
Aucun Nom dans la Méguila ¶37–39
37והנה בכ״ז [בכל זה] יובן הטעם שלא נזכ׳ [נזכר] שם1 הוי״ה במגלה ולא שאר שמות של הקב״ה [הקדוש ברוך הוא] והענין הוא6
Or, tout cela permet de comprendre pourquoi le Nom Havaya n’est pas mentionné dans la Meguila, ni les autres Noms du Saint béni soit-Il. Voici l’explication :
Tout cela explique pourquoi la Meguila ne mentionne jamais le Nom Havaya, ni aucun autre Nom de D.ieu. L’explication qui suit s’appuie sur une parabole du Zohar.
ע״ד [על דרך] המשל המבוא׳ [המבואר] בזהר ס״פ בחקתי2 גבי לכלתם34 כתי׳ [כתיב] כמשל החתן שהולך ללון לבורסקי בשביל הכלה כו׳
selon la parabole exposée dans le Zohar, à la fin de la paracha Be’houkotaï, à propos de « lekhalotam » (« les anéantir »), tel que le mot est écrit : c’est comme la parabole du marié qui va passer la nuit dans une tannerie pour l’amour de sa fiancée, etc. ;
À propos du verset « Je ne les… anéantirai pas (lekhalotam) », le Zohar lit le mot, d’après son orthographe, comme « kallatam », « leur fiancée ». Il compare D.ieu à un marié qui va passer la nuit dans une tannerie, un lieu à l’odeur nauséabonde, pour l’amour de sa fiancée qui s’y trouve.
ע״ש [עיין שם] כן מל׳ [מלכות] דאצי׳ [דאצילות] נשפלת למטה מאד בעולמות תחתוני׳ [תחתונים] ומתלבשת בק״נ [בקליפת נוגה] ולמטה יותר וכמארז״ל [וכמאמר רבותינו זכרונם לברכה] גלו לבבל שכינה עמהם.5
voir là-bas. Ainsi, Mal’hout (souveraineté) d’Atsilout est abaissée très bas, dans les mondes inférieurs, et revêtue de kelipat noga, puis plus bas encore. Comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Ils furent exilés à Babylone, la Chekhina était avec eux. »
Ainsi, Mal’hout d’Atsilout, la Chekhina, descend très bas dans les mondes inférieurs et se revêt de kelipat noga, l’écorce où le bien et le mal sont mêlés, puis descend encore plus bas ; comme le disent les Sages : « Ils furent exilés à Babylone, la Chekhina était avec eux. »
Ce paragraphe commence à expliquer pourquoi aucun Nom de D.ieu ne figure dans la Meguila, à l’aide de la parabole du Zohar sur le marié qui passe la nuit dans une tannerie pour l’amour de sa fiancée.
Kehot relève qu’Ibn Ezra, Tosafot et le Choul’han Aroukh signalent que le Nom n’est pas mentionné dans la Meguila, et que le Pri Etz Chaim de l’Ari zal (Shaar HaPourim, ch. 6) parle précisément du Nom Havaya ; les mots « ni les autres Noms » sont un ajout de ce maamar. La note renvoie aussi à Pirkei DeRabbi Eliezer, ch. 25, en parallèle à la parabole du Zohar.
Maré mekomot
- 1שם הוי׳ · כ״ה בפע״ח (שער הפורים פ״ו). וראה גם משנת חסידים מס׳ אדר פ״ו מ״ג. תו״א ק, ב (ושם [דהיינו כאן] מוסיף: ולא משאר שמות של הקב״ה). קכא, ב. בסה״מ תקס״ה (כרך א ע׳ שצז) ואוה״ת אסתר (ע׳ דש) מוסיף: וגם לא שם אלקים ואד׳. — לקו״ש חכ״א ע׳ 201.
- 2בזהר ס״פ בחקתי · קטו, ב. ולהעיר מפדר״א פכ״ה. וראה בלקו״ש ח״ז ע׳ 40.
- 3לכלתם · Leviticus 26:44
- 4לכלתם · Zohar, Bechukotai 14:53–16:61
- 5גלו לבבל שכינה עמהם · Megillah 29a:4
- 6שלא נזכר שם הוי׳ במגילה · Shabbat 115b:3–4
38ועכ״ז [ועם כל זה] החתן העליון בחי׳ חסד שלמעלה נמשך ויורד לשם וא״כ [ואם כן] אדרבה אז נראה ונפלאה האהבה יותר ועד״ז [ועל דרך זה] הוא ג״כ התלבשות הנס בלבוש הטבע כו׳
Et néanmoins, le Fiancé suprême, le niveau du 'Hessed d’en haut, est attiré et descend jusque-là. Dès lors, au contraire, l’amour devient visible et plus merveilleux encore. Il en va de même de l’habillage du miracle dans le vêtement de la nature, etc.,
Même ainsi, le Fiancé suprême, le 'Hessed d’en haut, descend dans ce lieu si bas, et Son amour devient ainsi d’autant plus visible. De même, l’habillage du miracle de Pourim dans la nature témoigne d’un grand amour.
שהוא מעוצם האהבה הולך ג״כ להתלבש בבית הבורסקי שהוא לבוש הטבע כו׳ וע״כ [ועל כן] לא נזכר שם הוי״ה במגלה מפני שאז הי׳ [היה] הכלה הכלולה בתכלית השפלות שמסתתרת כו׳.
car, sous l’effet de l’intensité de l’amour, Il va aussi se vêtir dans la tannerie, qui est le vêtement de la nature, etc. C’est pourquoi le Nom Havaya n’est pas mentionné dans la Meguila : à cette époque, l’épouse, celle qui est accomplie (keloula), se trouvait dans le plus profond abaissement et se dissimulait, etc.
Sous l’effet de l’intensité de Son amour, Il « loge dans la tannerie », le vêtement de la nature. Le Nom Havaya n’est pas mentionné dans la Meguila parce que l’épouse, Mal'hout, se trouvait alors dans le plus profond abaissement et demeurait cachée.
ע״כ [על כן] מוכרח להיות גלוי החסד שלמעלה ג״כ בבחינת התלבשות לירד לשם אל המקום אשר הם ולכן לא נז׳ [נזכר] השמות שהוא בחי׳ הגלוי שבלי לבוש כו׳.
Il est donc nécessaire que la révélation du 'Hessed d’en haut se produise elle aussi sous la forme d’un habillage, afin de descendre jusque-là, au lieu où ils se trouvent. C’est pourquoi les Noms ne sont pas mentionnés, car ils représentent le niveau de la révélation sans vêtement, etc.
La révélation du 'Hessed d’en haut doit donc elle aussi venir vêtue et descendre jusqu’à l’endroit où ils se trouvent. Les Noms, qui sont une révélation sans vêtement, ne sont donc pas mentionnés.
אך כמו שבהמשל הנה ירידה זו הוא מורה על עוצם האהבה כמ״ש בזהר שם. כמו״כ [כמו כן] האור המלובש במגלה זו הוא למעלה מבחי׳ שמות.
Mais, de même que dans la parabole cette descente témoigne de l’intensité de l’amour, comme il est écrit dans le Zohar à cet endroit, de même la lumière vêtue dans cette Meguila se situe au-dessus du niveau des Noms.
Mais, tout comme, dans la parabole, la descente montre la profondeur de l’amour, la lumière vêtue dans la Meguila est supérieure au niveau des Noms.
Ce paragraphe explique l’absence des Noms de D.ieu comme une descente de l’amour dans la dissimulation : la lumière vêtue dans la Meguila se situe en réalité au-dessus du niveau des Noms.
39ותדע שהרי ארז״ל [אמרו רבותינו זכרונם לברכה] שהנביאים עתידים להבטל לע״ל [לעתיד לבוא]1 ומגלת אסתר לא תבטל2 אע״פ [אף על פי] שאין בה שם ובנביאים יש שמות הרבה3 אלא הענין
Et sachez [qu’il en est ainsi] : nos Sages, de mémoire bénie, ont dit que les Prophètes seront annulés dans le monde futur, tandis que le Rouleau d’Esther ne sera pas annulé, bien qu’il ne contienne aucun Nom, alors que les Prophètes en contiennent beaucoup. Mais voici ce qu’il en est :
Cela prouve que la lumière de la Meguila dépasse les Noms : les Sages disent que les livres des Prophètes seront annulés dans le monde futur, mais que le Rouleau d’Esther ne le sera pas, bien que les Prophètes soient remplis des Noms de D.ieu et que la Meguila n’en contienne aucun.
כי השם שהוא גלוי הארה שבסדר ההשתלשלות יו״ד חכ׳ [חכמה] ה׳ בינה כו׳ הוא רק כטפה מהים לגבי עצמיות אוא״ס [אור אין סוף] ב״ה וכמו שם האדם שאין זה עצמיותו.
le Nom, qui est le rayonnement révélé dans l’ordre de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) — le youd, 'Hokhma (sagesse), le hé, Bina (compréhension), etc. — n’est qu’une goutte de l’océan par rapport à l’essence même de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il ; tout comme le nom d’une personne n’est pas son essence.
Un Nom de D.ieu, tel que Havaya, dont les lettres représentent 'Hokhma, Bina et les autres niveaux, est le rayonnement révélé dans l’enchaînement descendant des mondes. Comparé à l’essence de la Lumière infinie, il est comme une goutte de l’océan, tout comme le nom d’une personne n’est pas son essence.
אבל בפורים ע״י המס״נ [המסירות נפש] הגיעו לעצמות א״ס [אין סוף] ב״ה שלמעלה מבחי׳ שם הוי״ה ועמש״ל [ועיין מה שכתוב לעיל] בד״ה ובבואה לפני המלך4 בענין א״ת [אל תקרי] שמות אלא שמות5 כו׳
Mais à Pourim, par leur sacrifice de soi (messirout néfech), ils atteignirent l’essence de l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, qui est au-dessus du niveau du Nom Havaya. Voyez aussi ce qui est écrit plus haut dans le discours commençant par « Ouvvoa lifné hamélekh », à propos de « Ne lis pas chammot (désolations), mais chémot (noms) », etc. ;
À Pourim, par leur sacrifice de soi, les Juifs atteignirent l’essence de l’Ein Sof, au-dessus même du Nom Havaya. Le discours antérieur, « Ouvvoa lifné hamélekh », développe cette idée à partir du jeu de mots des Sages : « Ne lis pas chammot (désolations), mais chémot (noms). »
ע״ש [עיין שם] א״כ [אם כן] האור המלובש במגלה זו היא למעלה מבחי׳ השמות אלא שמ״מ [שמכל מקום] ההתלבשות בהמגלה הוא ע״י לבושי׳ [לבושין / לבושים] שלמט׳ [שלמטה] מבחי׳ השמות בסיפור המעשה דמרדכי ואסתר ואחשורוש והמן ושתי.
voyez là-bas. Ainsi, la lumière revêtue dans cette Meguila est au-dessus du niveau des Noms ; toutefois, elle se revêt dans la Meguila par l’intermédiaire de vêtements inférieurs au niveau des Noms : le récit des événements de Mordekhaï et Esther, A’hachvéroch, Haman et Vachti.
La lumière revêtue dans la Meguila dépasse donc les Noms, bien que ses vêtements — le récit de Mordekhaï et Esther, A’hachvéroch, Haman et Vachti — soient en deçà du niveau des Noms.
אסתר הוא בחי׳ מל׳ [מלכות] דאצי׳ [דאצילות] כשמסתתרת בראש הבריאה ושבע נערותיה הראויות לתת לה מבית המלך6 הן ז׳ היכלות דבריאה.
Esther est le niveau de Mal'hout (souveraineté) d’Atsilout lorsqu’elle est cachée dans la tête du [Monde de] Béria ; et « ses sept servantes, dignes de lui être données depuis la maison du roi » sont les sept palais (heikhalot) de Béria.
Dans les termes de la Kabbale, Esther est Mal'hout d’Atsilout, cachée dans la « tête » du Monde de Béria ; ses sept servantes, « depuis la maison du roi », sont les sept heikhalot, les palais de Béria.
מרדכי הוא בחי׳ יסוד אבא. וענין קריאת המגלה הוא כמו קורא בתורה שקורא וממשיך גלוי האור:7
Mordekhaï est le niveau de Yessod (fondement) d’Abba. La lecture de la Meguila s’apparente à la lecture de la Torah : on la lit et l’on fait descendre la révélation de la lumière.
Mordekhaï est Yessod d’Abba. Lire la Meguila s’apparente à lire la Torah : par cette lecture, on fait descendre la révélation de la lumière qui y est cachée.
Le paragraphe conclut que l’absence des Noms de D.ieu dans la Meguila révèle que sa lumière dépasse les Noms et provient de l’essence atteinte par le sacrifice de soi ; le récit est le vêtement de cette lumière, et la lecture de la Meguila la fait descendre.
Comme le cite Kehot, le Rabbi explique (Likkutei Sichos, vol. 7) que la lecture de la Meguila fait descendre une révélation de lumière à partir de la dissimulation même — « qu’il n’y a aucun Nom dans la Meguila » — et que cette révélation vient de l’essence même de l’Ein Sof, au-dessus du niveau des Noms. Le Rabbi note également que le Cantique des Cantiques ne mentionne pas non plus le Nom de D.ieu.
Maré mekomot
- 1שהנביאים עתידים להבטל לע״ל · ירושל׳ מגילה פ״א ה״ה.
- 2ומגלת אסתר לא תבטל · Jerusalem Talmud Megillah 1:8
- 3ובנביאים יש שמות הרבה · ראה בארוכה בלקו״ש חכ״א ע׳ 201 הערה 45, ובהערה 46 שם שגם בשה״ש לא נזכר שם ה׳.
- 4ועמש״ל בד״ה ובבואה לפני המלך · לעיל צו, א.
- 5א״ת שמות אלא שמות · Berakhot 7b:10–11
- 6הראויות לתת לה מבית המלך · Esther 2:9
- 7שקורא וממשיך גלוי האור · בלקו״ש ח״ז ע׳ 40 ואילך סעי׳ ג: ד. ה. אַז פון דעם העלם ”שאין שום שם במגלת אסתר” ווערט (דורך קריאת המגילה) נמשך אַ גילוי אור ואדרבה: דער גילוי וואָס קומט דערפון איז אַ גילוי פון עצמות א״ס ב״ה וואָס איז ”למעלה מבחי׳ שמות” עכ״ל ע״ש. ובהערה 46: שלמעלה גם מבחי׳ האור שלא נגע בו הצמצום שממנו נמשך הקו.
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Tout Juif, même le plus bas, possède la capacité du sacrifice de soi, qui ne lui permet pas d’être séparé de D.ieu ; si une personne commet une faute, c’est uniquement parce qu’un esprit de folie lui fait croire que cette faute ne la sépare pas. Et celui qui a le temps d’étudier la Torah doit l’utiliser, car son âme a besoin de la parabole entière pour atteindre « la douceur de D.ieu ».
Questions à discuter
- Pourquoi le maamar appelle-t-il la Torah une « parabole », et qu’est-ce que cela implique pour l’étude des lois portant sur des réalités physiques ?
- Comment l’acceptation de la Torah au Sinaï peut-elle être qualifiée de « contrainte », si c’est l’amour, et non la crainte, qui motiva le peuple ?
- Pourquoi un bitoul qui commence d’en bas attire-t-il une lumière plus élevée que celui qui est éveillé d’en haut ?
- Comment la lumière de Pourim peut-elle être plus grande que celle de Yom Tov, alors que seul Yom Tov interdit le travail ?
- Que nous enseigne l’absence du Nom de D.ieu dans la Méguila au sujet de Sa présence dans les temps de dissimulation ?