Likkutei Torah · Parshas Va’eschanan · Maamar 7
וידעת היום והשבות אל לבבך כי הוי׳ הוא…
« Sache aujourd’hui et ramène-le à ton cœur : Havaya est Elokim… »
L’idée centrale
De même que le soir et le matin forment un seul jour, l’amour et la crainte, opposés comme les deux inclinations du cœur, doivent devenir un : un amour qui contient la crainte, une crainte qui renferme l’amour. Cela passe par une lumière venant de « D.ieu Très-Haut », au-dessus de tous les mondes, attirée vers le bas par le vav de « et le redoutable » et révélée dans la joie d’une mitsva ; elle est attirée par le travail propre à l’homme, qui consiste à amener même le mauvais penchant à servir D.ieu, et elle unit les Noms Havaya et Elokim.
Le maamar en bref
« Sache aujourd’hui et ramène-le à ton cœur : Havaya est Elokim » : de même que le soir et le matin forment un seul jour, les deux « cœurs », les penchants bon et mauvais, doivent devenir un, jusqu’à ce que même le mauvais penchant serve D.ieu. La difficulté de Chimon HaAmsoni devant le es de « tu craindras » montre que le es de « tu aimeras » inclut la crainte, l’élément subordonné : l’amour doit contenir la crainte. Pourtant, les deux sont opposés. L’amour vient de l’éloignement, de la soif de l’âme dans la nuit de la dissimulation ; la crainte vient du sentiment que D.ieu, en tant que lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), se tient ici même. Ils sont réunis par « Paix, paix, pour celui qui est loin et pour celui qui est proche », grâce à une lumière venant de « D.ieu Très-Haut », au-dessus de tous les niveaux, attirée vers le bas par le vav de « et le redoutable » : ainsi, la crainte d’Yits’hak était incluse dans l’amour d’Avraham, et « tous les cœurs Te craindront… toutes les profondeurs chanteront ». Cette joie intérieure est la joie d’une mitsva, qui attire le « Je » propre de D.ieu dans ce monde. La révélation dépend d’un éveil d’en bas : soumettre et transformer le mauvais penchant, veiller à sa parole et acquérir le Daat de Moché, qui grave le cœur pour en faire un réceptacle durable.
Plan
- Un jour, deux cœurs« Sache aujourd’hui » : le jour et la nuit ne font qu’un, et les deux penchants doivent donc ne faire qu’un. Le es de l’amour inclut la crainte, l’élément subordonné, tandis que le verset de la crainte ne comporte pas de es en faveur de l’amour. L’amour vient de l’éloignement, de la soif d’une âme dans la nuit de la dissimulation.¶1
- La crainte née de la proximitéLa lumière qui entoure tous les mondes est présente en bas exactement comme en haut ; sentir que D.ieu se tient ici même fait naître la crainte, qu’il s’agisse de la crainte supérieure, celle de la honte, ou de la crainte inférieure. Au Sinaï, le peuple recula pour se remettre de cette crainte.¶2–3
- La paix pour celui qui est loin et celui qui est procheLes opposés sont réunis par une lumière venant de « D.ieu Très-Haut », au-delà des mondes, attirée vers le bas par le vav de « et le redoutable » : la ligature d’Yits’hak au-dessus des deux arbres, et des cœurs qui craignent tandis que les profondeurs chantent d’amour, une joie enracinée dans la foi.¶4–5
- La joie d’une mitsvaCette joie intérieure est la joie d’une mitsva. « Béni sois-Tu » attire une lumière d’au-dessus des mondes ; les mitsvot font entrer dans ce monde le « Je » propre de D.ieu, au-delà du rayonnement du Monde futur ; cela requiert de nombreuses contractions, et, à Soukkot, la joie révélée est incrustée de crainte.¶6–10
- L’éveil d’en basLa révélation qui surgit des ténèbres dépend de la soumission et de la transformation de sa propre nature par l’homme. Veiller à sa parole élargit l’âme, qui peut ainsi contenir à la fois l’amour et la crainte ; le Daat de Moché grave le cœur pour en faire un réceptacle durable, contrairement à l’amour né de la soif, qui s’évanouit après la prière.¶11–12
- Havaya est ElokimDe même que la lumière surgit des ténèbres lors de la création, la lumière de D.ieu se manifeste par le Daat, qui unit les Noms Havaya et Elokim. « Ramène-le à ton cœur » désigne l’éveil qui l’attire vers le bas, comme Betsalel, « dans l’ombre de D.ieu », savait qu’il fallait construire le Michkan avant l’arche et les réceptacles.¶13–15
Notions clés
- Le es de ce qui est subordonnéאת הטפל
- Le petit mot es, que les Sages interprètent comme incluant un élément secondaire par rapport au sujet principal. Dans « Et tu aimeras es Havaya ton D.ieu », il inclut la crainte dans l’amour ; le verset de la crainte ne comporte pas de es similaire en faveur de l’amour, car l’amour ne peut être subordonné à la crainte.
- L’amour né de l’éloignement, la crainte née de la proximitéריחוק וקירוב
- L’amour est un élan ardent qui naît du sentiment d’être loin de D.ieu, comme un fils éloigné de la maison de son père ; la crainte naît du sentiment que D.ieu est présent ici même. Voilà pourquoi les deux sont opposés.
- La lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin)סובב כל עלמין
- Il ne s’agit pas d’une lumière qui entoure les mondes depuis leur sommet, mais d’une lumière présente en bas exactement comme en haut, de manière cachée et enveloppante. Méditer sur sa proximité suscite la crainte.
- D.ieu Très-Haut (Kel Elyon)אל עליון
- Le niveau au-dessus de toute la chaîne des mondes, décrit comme « Il fit des ténèbres Sa cachette » : au-delà de toute compréhension, si bien que la lumière et les ténèbres, l’éloignement et la proximité, sont égaux devant lui. Pri Etz Chaim l’identifie à Kéter.
- « Et le redoutable » (vehanora)והנורא
- Dans la Amida, seul ce mot de la série porte un vav de liaison. Le vav représente l’attraction vers le bas, depuis D.ieu Très-Haut, d’un bitoul dans lequel l’amour et la crainte sont inclus l’un dans l’autre.
- Inclusion réciproqueהתכללות
- Chaque attribut contient son opposé : l’amour avec la crainte et la crainte avec l’amour, comme l’attribut d’Yits’hak fut inclus dans celui d’Avraham lors de la Akéda. À l’extérieur, il y a la crainte, tandis qu’à l’intérieur l’amour chante.
- Éveil d’en basאתערותא דלתתא
- L’effort humain qui suscite une réponse divine. Quand l’homme soumet et transforme sa propre nature et met sa volonté de côté, D.ieu contracte Sa lumière infinie afin qu’elle puisse se révéler.
- Le législateur (me’hokek)מחוקק
- Moché, la qualité du Daat. Le maamar lit me’hokek, « législateur », au sens de « graveur » : il creuse le cœur pour en faire un réceptacle, de sorte que l’amour inclus dans la crainte s’établisse en son cœur et dure.
Un jour, deux cœurs ¶1
1וידעת היום והשבות1 אל לבבך כי הוי׳ הוא האלקים אין עוד. פי׳ וידעת היום כמו שהיום הוא עם הלילה ושניהם אחד2 כמ״ש ויהי ערב ויהי בקר יום אחד.3
« Connais ce jour et ramène-le à ton cœur : Havaya est Elokim, il n’y a rien d’autre. » Le sens de « Connais ce jour » est le suivant : de même que le jour est uni à la nuit, et que tous deux ne font qu’un, comme il est écrit : « Il y eut un soir et il y eut un matin, un jour unique »,
Le maamar s’ouvre sur l’injonction de Moché en Deutéronome 4:39 : connaître « ce jour » et prendre à cœur que Havaya est Elokim. L’Admour Hazaken commence par le mot « jour » : dans le récit de la Création, le soir et le matin réunis constituent « un jour unique » ; le jour est donc formé de deux opposés, la lumière et l’obscurité, qui sont unis.
כך והשבות אל לבבך שכמו שהוא בזמן כך הוא בנפש שהב׳ לבבות שהם היצר טוב והיצר הרע הם שניהם כאחד שגם היצר הרע ישוב לעבודת הוי׳ כד אתכפיא סט״א [סטרא אחרא]4 כו׳
ainsi en est-il de « ramène-le à ton cœur » : ce qui est vrai dans le temps l’est aussi dans l’âme ; les deux cœurs, qui sont le bon penchant et le mauvais penchant, ne font qu’un, de sorte que le mauvais penchant lui aussi revienne au service de D.ieu, « lorsque la sitra a'hra (l’autre côté) est soumise », etc.,
Le même modèle de deux opposés formant un tout se retrouve dans l’âme. Le mot levavecha, « ton cœur », dans le verset comporte un beit redoublé, et le maamar y lit deux cœurs : le bon penchant et le mauvais penchant. Ils ne font qu’un lorsque même le mauvais penchant « revient » — jeu de mots sur vehashevota, « ramène-le » — pour servir D.ieu, ce qui se produit lorsque la sitra a'hra, le côté opposé à la sainteté, est soumise.
וכמ״ש בכל לבבך בשני יצריך5 ומזה וידעת כי כך67 הוי׳ הוא האלהים כו׳ (ועיין מזה בר״ח [בראשית חכמה] שער האהבה ספ״ה8 ובספר עה״ק [עבודת הקודש] ח״א [חלק א׳] פרק9 י״א י״ב ובזהר פ׳ וארא דכ״ו ע״ב ודכ״ז ע״א ובפי׳ הרמ״ז [הרב משה זכות]).10
comme il est écrit : « de tout ton cœur », c’est-à-dire avec tes deux penchants. De là, « tu connaîtras que », de cette manière, « Havaya est Elokim », etc. (Voir à ce sujet Reishit 'Hokhma, Cha'ar HaAhava, à la fin du chapitre 5 ; dans le livre Avodat HaKodesh, partie I, chapitres 11 et 12 ; et dans le Zohar, parachat Vaéra, page 26b et page 27a, ainsi que dans le commentaire du Ramaz.)
Le Talmud (Berakhot 54a) enseigne que « de tout ton cœur », dans le Chema, signifie avec les deux penchants. Lorsque même le mauvais penchant sert D.ieu, l’homme parvient à connaître l’unité de Havaya, D.ieu tel qu’Il transcende le monde, et d’Elokim, D.ieu tel qu’Il est caché au sein de la nature. La parenthèse renvoie à Reishit 'Hokhma, Avodat HaKodesh et au Zohar, qui interprètent « Connais ce jour » dans cette perspective.
וביאור ענין זה להבין דמיון המשל עם הנמשל צריך להקדים מארז״ל [מאמר רבותינו זכרונם לברכה] שמעון העמסוני11 היה דורש כל אתין שבתורה כיון שהגיע לאת הוי׳ אלקיך תירא פירש כו׳
Pour expliquer cette idée et comprendre comment l’analogie correspond à ce qu’elle illustre, il faut introduire l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : Chimon HaAmsoni avait coutume d’interpréter chaque « et » de la Torah ; lorsqu’il arriva à « Et Havaya ton D.ieu tu craindras », il renonça à son interprétation, etc.,
Pour montrer en quoi l’analogie du jour et de la nuit correspond aux deux penchants, l’Admour Hazaken commence par rapporter un enseignement talmudique (Pessa'him 22b). Chimon HaAmsoni interprétait chaque occurrence de et, petit mot hébreu qui marque le complément d’objet direct, comme incluant un élément qui dépasse le sens littéral ; mais lorsqu’il arriva à « Et Havaya ton D.ieu tu craindras », il cessa de l’interpréter.
לפי שהיה קשה בעיניו את לרבות כי מה הוא בא לרבות והקשו המפרשים למה לא היה קשה לו בואהבת את12 הוי׳ אלקיך מה בא את לרבות כמבואר בתשו׳ [בתשובות] מהרי״ל.13
car il lui était difficile de comprendre le et comme incluant [un élément] : qu’est-ce que ce mot viendrait inclure ? Les commentateurs demandent pourquoi il n’avait pas trouvé cela difficile dans « Et tu aimeras Havaya ton D.ieu » : qu’est-ce que le et vient inclure [dans ce cas] ? Comme l’explique le Responsa du Maharil.
Il s’arrêta parce qu’il ne voyait pas ce que le et pouvait ajouter à la crainte de D.ieu. Les commentateurs, cités dans le Responsa du Maharil, demandent pourquoi il ne s’est pas arrêté devant « Et tu aimeras Havaya ton D.ieu », où la même question semble se poser.
אך הענין הוא כי ריבוי את הוא את הטפל כו׳ והוא ענין מה שכתוב בזהר הקדוש14 על פסוק ואהבת את הוי׳ אלהיך דא איהו רזא לאכללא שמאלא בימינא כו׳
Mais voici l’explication : l’inclusion exprimée par le et est « le et de ce qui est subordonné », etc. C’est le sens de ce qui est écrit dans le saint Zohar au sujet du verset « Et tu aimeras Havaya ton D.ieu » : « C’est le mystère de l’inclusion de la gauche dans la droite », etc.,
La réponse commence par préciser la fonction du et : il inclut un élément « subordonné » (tafel) au sujet principal, selon une expression employée par le Talmud pour désigner ce qui est secondaire par rapport à l’objet lui-même (Bava Kama 41b). L’Admour Hazaken relie cela à l’enseignement du Zohar selon lequel « Et tu aimeras Havaya ton D.ieu » est le mystère de l’inclusion de la gauche dans la droite.
הוא בחינת יראה והיינו שתהא האהבה כלולה ביראה ולא אהבה לבדה והוא ענין ריבוי את לרבות את הטפל15 הוא בחינת יראה לאכללא שמאלא שהוא בחי׳ את הטפל
ce qui correspond au niveau de la crainte. Cela signifie que l’amour soit inclus dans la crainte, et non qu’il soit seul. C’est là l’inclusion du et, qui inclut « le et de ce qui est subordonné », lequel correspond au niveau de la crainte : « inclure la gauche », qui correspond au niveau du « et de ce qui est subordonné »,
Dans la Kabbale, la droite correspond au 'Hessed, la bonté et l’amour, tandis que la gauche correspond à la Guevoura, la retenue et la crainte. Ainsi, le et dans l’injonction d’aimer fait entrer la crainte dans l’amour : l’amour doit inclure la crainte et ne pas être seul. La crainte est l’élément « subordonné » que le et inclut.
דהיינו בחי׳ ביטול כו׳ (ולפי16 שהיראה היא נרמזת במלת את הטפל לכן באה בריבוי את בואהבת כו׳)
c’est-à-dire le niveau de l’annulation de soi (bitoul), etc. (Et puisque la crainte est suggérée par le mot et, [qui signifie] ce qui est subordonné, elle est donc introduite par l’inclusion du et dans « Et tu aimeras », etc.)
La crainte est identifiée au bitoul, le fait de mettre de côté son propre sentiment de soi. La parenthèse résume l’idée : puisque la crainte est évoquée par le mot et, l’élément subordonné, l’injonction d’aimer comporte un et qui l’inclut.
משא״כ האהבה אינו באה בריבוי את באת הוי׳ אלקיך תירא לפי שאין האהבה בחי׳ טפל ליראה
L’amour, en revanche, ne se trouve pas inclus dans le « et » de « Tu craindras Havaya, ton D.ieu », car l’amour n’est pas un niveau subordonné à la crainte ;
Cependant, le commandement de craindre ne comporte aucun « et » qui puisse inclure l’amour, car l’amour ne peut être subordonné à la crainte. Cela répond à la question des commentateurs : une inclusion apparaît dans le verset de l’amour, mais rien ne pouvait être inclus dans le verset de la crainte ; c’est pourquoi Chimon HaAmsoni s’arrêta là.
כי האהבה הוא בחי׳ דכר17 וימין זכר חסדו18 והיראה היא בחי׳ נוק׳ [נוקבא] אשה יראת19 ה׳ והנוק׳ [והנוקבא] היא בחי׳ טפל לגבי הדכר ולא להפך.
car l’amour est l’aspect masculin (dékhar) et le côté droit, [comme dans] « Il s’est souvenu (zakhar) de Sa bonté », tandis que la crainte est l’aspect de Noukva (le féminin), [comme dans] « une femme qui craint Havaya » ; et Noukva est l’aspect subordonné par rapport au masculin, et non l’inverse.
Dans le langage de la Kabbala, qui décrit les Séfirot en termes de don et de réception, l’amour est l’aspect « masculin » et le côté droit, évoqués par « Il s’est souvenu (zakhar, qui signifie aussi « mâle ») de Sa bonté » (Psaumes 98:3) ; la crainte est Noukva, l’aspect « féminin », évoqué par « une femme qui craint Havaya » (Proverbes 31:30). Le Tanya, ch. 43, emploie les mêmes deux versets. Dans ce schéma, l’aspect récepteur est subordonné à l’aspect donneur ; la crainte peut donc être incluse dans l’amour, mais non l’amour dans la crainte.
אך להבין איך תהיה היראה כלולה באהבה והרי אהבה ויראה הם שני הפכיים כי הנה האהבה היא התשוקה לדבקה בו ית׳ היא באה מחמת ריחוק20 וכמשל מי שהוא רחוק מבית אביו21 ומתאוה ומשתוקק לראות פניו.
Mais [il nous faut] comprendre comment la crainte peut être incluse dans l’amour, puisque l’amour et la crainte sont deux contraires. En effet, l’amour est le désir ardent de s’attacher à Lui, qu’Il soit béni ; il naît de l’éloignement, comme dans l’image de celui qui se trouve loin de la maison de son père et aspire avec ardeur à voir son visage.
À présent, l’Alter Rebbe soulève la question inverse : comment la crainte peut-elle être incluse dans l’amour, alors que les deux sont contraires ? L’amour est le désir ardent de s’attacher à D.ieu, et ce désir naît de l’éloignement, comme celui d’un fils loin de la maison de son père, qui aspire à voir son visage.
À ce propos, il est dit : « Mon âme Te désire dans la nuit » (Isaïe, chapitre 26, [verset] 9), c’est-à-dire parce que c’est la nuit et l’obscurité, dans le retrait et la dissimulation
Le verset « Mon âme Te désire dans la nuit » (Isaïe 26:9) décrit cette aspiration. C’est la « nuit » parce que la Lumière infinie est cachée et dissimulée, et cette obscurité même éveille le désir de l’âme.
אור א״ס ב״ה לכך אויתיך להיות גילוי אור וכמ״ש צמאה לך נפשי25 כמה לך בשרי בארץ ציה ועיף בלי מים כן בקדש חזיתיך26
de la Lumière infinie (Or Ein Sof), qu’Il soit béni ; c’est pourquoi « je Te désire », afin qu’il y ait une révélation de lumière. Ainsi qu’il est écrit : « Mon âme a soif de Toi, ma chair aspire à Toi, dans une terre sèche et épuisée, sans eau ; ainsi T’ai-je contemplé dans le Sanctuaire »,
Parce que la lumière de D.ieu est cachée, l’âme aspire à ce qu’elle se révèle. Le Psaume 63 exprime la même soif : l’âme et la chair aspirent à D.ieu dans une terre sèche et sans eau ; le verset poursuit : « ainsi T’ai-je contemplé dans le Sanctuaire ».
כי להיותו בארץ ציה ועיף תגדל התשוקה והצמאון27 ביתר שאת והיינו כשישים אל לבו שא״ס ב״ה כשמו כן הוא אין לו סוף כו׳
car le fait d’être « dans une terre sèche et épuisée » fait croître l’aspiration et la soif avec d’autant plus de force. Cela signifie que lorsqu’il prend à cœur que l’Infini (Ein Sof), qu’Il soit béni, est tel que Son Nom l’indique : Il n’a pas de fin, etc.,
La sécheresse et l’éloignement intensifient l’aspiration et la soif. Cela se produit lorsqu’une personne réfléchit au fait que D.ieu est véritablement Ein Sof, « sans fin », comme Son Nom l’indique.
כי נשגב שמו לבדו28 רק הודו וזיוו של שמו על ארץ ושמים ארץ זו גן עדן התחתון ושמים גן עדן העליון שגם הם אינן
car « Son Nom seul est exalté », et seuls Sa majesté et l’éclat de Son Nom sont « au-dessus de la terre et du ciel » : la « terre » désigne le Gan Eden inférieur et le « ciel », le Gan Eden supérieur, car eux aussi ne sont rien
Le Psaume 148 dit que Son Nom seul est exalté, tandis que seule Sa majesté se trouve « au-dessus de la terre et du ciel ». L’Alter Rebbe interprète la « terre » et le « ciel » comme le Gan Eden inférieur et le Gan Eden supérieur, les mondes spirituels où les âmes reçoivent leur récompense ; même eux ne reçoivent qu’un rayonnement de D.ieu, et non Son essence.
אלא בחינת הודו וזיוו של שמו צדיקים יושבים ונהנים מזיו השכינה29 והאדם ירד מטה מטה בעוה״ז שהוא מדבר וציה כו׳ אשר ע״כ צמאה הנפש ותכסוף אליו ית׳ להיות כן בקדש חזיתיך.
d’autre que l’aspect de Sa majesté et l’éclat de Son Nom : « les justes sont assis et jouissent de l’éclat de la Chekhina ». Or l’homme est descendu toujours plus bas, jusque dans ce monde, qui est un désert et une terre sèche, etc. ; c’est pourquoi l’âme a soif de Lui et aspire à Lui, qu’Il soit béni, afin qu’il en soit « ainsi T’ai-je contemplé dans le Sanctuaire ».
Le Talmud (Berakhot 17a) décrit le Monde futur comme le lieu où les justes jouissent « de l’éclat de la Chekhina », ce qui montre que même cela n’est qu’un rayonnement. L’homme est descendu bien plus bas, dans ce monde, désert spirituel ; cet éloignement est ce qui fait que l’âme a soif de D.ieu.
וזהו מזמור לדוד30 בהיותו במדב ר יהודה כי בחינת המדבר והציה של עוה״ז הוא הגורם להיות יהודה הפעם אודה31 וגו׳ ולהגדיל בחי׳ הצמאון כו׳.
Et telle est [la signification de] « Psaume de David, lorsqu’il était dans le désert de Yehouda » : car l’aspect du désert et de la terre aride de ce monde est ce qui suscite [l’état de] « Yehouda », « Cette fois, je rendrai grâce », etc., et intensifie l’aspect de la soif, etc.
Le psaume 63 porte le titre « Psaume de David, lorsqu’il était dans le désert de Yehouda ». L’Admour Hazaken interprète ce titre comme un enseignement : le désert spirituel de ce monde est ce qui suscite « Yehouda », le nom que Léa donna en signe de gratitude (« Cette fois, je rendrai grâce », Genèse 29:35), et intensifie la soif de l’âme.
(ועמ״ש בענין נפשי אויתיך בלילה בד״ה רני ושמחי32 גבי רננא ברמשא. רבות במדבר ר״פ גימ״ל.33 זח״ג [זהר חלק ג] דס״ז ע״א)34
(Et voyez ce qui est écrit au sujet de « Mon âme Te désire dans la nuit » dans le discours commençant par « Chante et réjouis-toi », à propos du « chant du soir » ; [Midrash] Rabbah, Bamidbar, au début du chapitre 3 ; le Zohar, partie III, page 67a.)
Cette parenthèse donne d’autres sources au sujet de « Mon âme Te désire dans la nuit » : le discours de Torah Ohr « Chante et réjouis-toi », qui parle du « chant du soir » ; le Midrash (Bamidbar Rabbah 3:1), qui dit que les justes aspirent au Saint béni soit-Il ; et le Zohar (III, 67a), qui demande pourquoi le verset dit « Te désire ».
אבל היראה היא באה מחמת בחי׳ הקירוב דהיינו כשיתבונן בקרבת ה׳ הסובב כל עלמין כו׳
Mais la crainte vient de l’aspect de la proximité, c’est-à-dire lorsque l’on médite sur la proximité de D.ieu, qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), etc.
La crainte vient du sentiment opposé : la proximité. Elle naît de la méditation sur la proximité de D.ieu en tant que Celui qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), la lumière qui transcende les mondes et est présente partout de façon égale.
כי אמת הוא שרחוק הוא מאד מאד מאור ה׳ מצד ירידת המדרגות בהשתלשלות העולמות ע״י
Car il est vrai qu’il est très, très éloigné de la lumière de D.ieu, en raison de la descente des niveaux dans l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), par
Il est vrai que l’homme est très éloigné de la lumière de D.ieu. Cette lumière descend à travers l’enchaînement des mondes (hichtalchelout), niveau après niveau, avant d’atteindre ce monde.
שירד מטה מטה מדרגה אחר מדרגה עד שנתרחק מאור פניו ית׳ והיינו מבחי׳ זיו וגילוי אור א״ס ב״ה להיות ארץ ושמים רוחניות וגשמיות.
le fait qu’il soit descendu toujours plus bas, niveau après niveau, jusqu’à s’être éloigné de la lumière de Son visage, béni soit-Il ; c’est-à-dire de l’aspect du rayonnement et du dévoilement de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, [par lesquels] viennent à exister la terre et le ciel, dans leur dimension spirituelle et matérielle.
Cette distance ne concerne toutefois que la lumière dévoilée au sein des mondes, le rayonnement qui fait exister les cieux et la terre, dans leurs dimensions spirituelle et matérielle. C’est ce rayonnement qui diminue graduellement à mesure qu’il descend.
אבל אור א״ס ב״ה הסובב כל עלמין אינו בגדר ההשתלשלות כלל כי הוא השוה ומשוה קטן וגדול35 המגביהי לשבת המשפילי לראות3637 וגו׳ וכמו שהוא נמצא בעליונים כך הוא נמצא בתחתונים.3839
Mais la Lumière infinie, béni soit-Il, qui entoure tous les mondes, n’entre aucunement dans les limites de l’enchaînement descendant des mondes ; car Il « est égal et rend égaux petit et grand », « qui siège dans les hauteurs et regarde vers le bas », etc. ; et de même qu’Il se trouve dans les mondes supérieurs, Il se trouve dans les mondes inférieurs.
La lumière qui entoure tous les mondes ne fait aucunement partie de cet enchaînement descendant ; elle est donc la même en tout lieu. Comme le dit le poème liturgique, D.ieu « est égal et rend égaux petit et grand » ; et comme le dit le psaume (Psaumes 113:5–6), Il siège dans les hauteurs et regarde vers le bas : Il est présent en bas exactement comme en haut.
Ce paragraphe expose le thème du maamar : de même que le jour et la nuit forment un jour unique, les deux penchants doivent devenir un seul cœur, et c’est ainsi que l’on connaît que Havaya est Elokim. En s’appuyant sur l’enseignement de Chimon HaAmsoni au sujet du mot et, l’Admour Hazaken montre que l’amour doit inclure la crainte, puis explique pourquoi ces deux qualités sont opposées : l’amour naît du sentiment d’être éloigné de D.ieu, tandis que la crainte naît de la perception de la proximité de la lumière qui entoure tous les mondes.
Le chapitre 43 du Tanya (cité dans la note de Kehot) s’appuie sur les mêmes deux versets, « Il s’est souvenu de Sa bonté » et « une femme qui craint D.ieu », pour qualifier l’amour de « masculin » et la crainte de « féminine ». Il ajoute qu’un grand amour est accordé comme un don à celui qui est accompli dans la crainte. Selon les notes de Kehot, les discours du Rabbi Dovber sur cette paracha développent longuement l’analogie du fils éloigné de la maison de son père, tandis que ses Biouré HaZohar présentent l’amour comme procédant de la proximité.
Maré mekomot
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- 9ובספר עה״ק ח״א פרק י״א י״ב · דשם מבאר ענין מדת יום ולילה ופי׳ הפסוק וידעת היום.
- 10ובזהר פ׳ וארא דכ״ו ע״ב ודכ״ז ע״א ובפי׳ הרמ״ז · נעתק ביהל אור ע׳ תלט. ראה לעיל פ׳ חקת נח, ד.
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- 12ואהבת את הוי׳ אלהיך דא איהו רזא לאכללא שמאלא בימינא · Zohar, Vaera 10:93–13:104
- 13למה לא הי׳ קשה לו בואהבת . . בתשו׳ מהרי״ל · סימן ס״א. מובא בסה״מ תקס״ג ח״ב ע׳ תרצה. מאמרי אדה״ז — הקצרים ע׳ שכח. אוה״ת דברים פ׳ ואתחנן כרך ה ע׳ ב׳כ. עיין בשם הגדולים להחיד״א מערכת גדולים אות י׳ בערכו.
- 14בזהר הקדוש · ע׳ זח״ב (קסב, א). זח״ג (רסז, א). וע״ע זח״ב (כו, ב. כז, א). ושם רטז, א. וע״ל חקת (נח, ד). [כ].
- 15את הטפל · Bava Kamma 41b
- 16((ולפי . .) · בכמה ביכלאך מאמרי אדה״ז נמצא זה בלי סוגריים.
- 17כי האהבה הוא בחי׳ דכר · ראה תניא פרק מג.
- 18זכר חסדו · Psalms 98:3
- 19אשה יראת ה׳ · Proverbs 31:30
- 20כי הנה האהבה היא התשוקה לדבקה בו . . מחמת ריחוק · מובא באוה״ת במדבר כרך ו ע׳ א׳תתפט. בביאה״ז לאדה״א פג, ג מבאר שהאהבה הוא בקירוב, ראה ע״ז במאמרי אדה״א כאן ע׳ קעז.
- 21וכמשל מי שהוא רחוק מבית אביו · המשל נתבאר באריכות במאמרי אדה״א כאן ע׳ קעו ואילך. עטרת ראש סח, א. אמרי בינה שער הק״ש פע״ד.
- 22וע״ז נאמר נפשי אויתיך בלילה · ראה תניא פרק מד. ובליקוט פירושים — חיטריק שם.
- 23נפשי אויתיך בלילה · Bamidbar Rabbah 3:1
- 24נפשי אויתיך בלילה · Zohar, Achrei Mot 31:193–33:203
- 25צמאה לך נפשי · Psalms 63:2
- 26כן בקדש חזיתיך · Psalms 63:3
- 27תגדל התשוקה והצמאון · ראה מאמרי אדה״ז פרשיות ח״א פ׳ וירא ע׳ קכט. סה״מ תקס״ו ע׳ שיא. שערי אורה כט, א.
- 28כי נשגב שמו לבדו · Psalms 148:13
- 29צדיקים יושבים ונהנים מזיו השכינה · Berakhot 17a:12
- 30מזמור לדוד · Psalms 63:1
- 31יהודה הפעם אודה · Genesis 29:35
- 32בד״ה רני ושמחי · תו״א לז, ב.
- 33רבות במדבר ר״פ גימ״ל · כך צדיקים יש להם תאוה .ֿ. כמ״ש נפשי אויתיך.
- 34זח״ג דס״ז ע״א · נפשי אותך מבעי לי׳ מאי אויתיך.
- 35השוה ומשוה קטן וגדול · פיוט וכל מאמינים.
- 36המגביהי לשבת המשפילי לראות · Psalms 113:5
- 37המגביהי לשבת המשפילי לראות · Psalms 113:5–6
- 38
- 39
La crainte née de la proximité ¶2–3
Et voyez ce qui est écrit dans le discours commençant par « Cette matsa », etc. L’expression « qui entoure tous les mondes » (sovev kol almin) ne signifie pas qu’Il entoure et enveloppe uniquement d’en haut,
Le texte renvoie au discours de Likkutei Torah commençant par « Cette matsa », qui traite davantage de ce sujet. Il précise ensuite l’expression « qui entoure tous les mondes » (sovev kol almin) : elle ne signifie pas que D.ieu entoure simplement les mondes d’en haut.
אלא שהוא נמצא למטה כמו למעלה בבחי׳ סובב ומקיף ובבחינת העלם ולא בבחי׳ פנימיות וגילוי.
mais qu’Il est présent en bas comme en haut, de manière à entourer et à envelopper, et dans un état de dissimulation, non selon l’aspect intérieur (pnimiyout) et révélé.
La lumière enveloppante est au contraire présente en bas comme en haut, mais de manière cachée et enveloppante, et non comme une présence intérieure et révélée. Elle ne pénètre pas les mondes comme leur force vitale mesurée, mais se trouve également en chacun d’eux.
וכאשר יתבונן האדם כי הוי׳ הסובב כל עלמין נצב עליו ממש שהוא למטה כמו למעלה
Et lorsque l’homme médite sur le fait que Havaya, qui entoure tous les mondes, se tient véritablement au-dessus de lui, étant en bas comme en haut,
Lorsqu’un homme réfléchit au fait que ce D.ieu transcendant se tient réellement au-dessus de lui, ici même, tout autant que dans les mondes les plus élevés, il en éprouve de la crainte. C’est la proximité, et non l’éloignement, qui suscite la crainte.
אזי תפול עליו אימה ופחד יראה בושת שהוא2 יראה עילאה או יר״ת [יראה תתאה] שלא למרות עיני כבודו ח״ו [חס ושלום]:3
alors « la terreur et l’effroi » s’abattent sur lui : la crainte empreinte de honte, qui est la crainte supérieure ; ou bien la crainte inférieure, celle de ne pas se rebeller contre les yeux de Sa gloire, à D.ieu ne plaise.
Les mots « la terreur et l’effroi » sont empruntés au Chant de la mer (Exode 15:16). À son degré le plus élevé, cette réaction est la crainte empreinte de honte, la crainte supérieure (yira ila'a) décrite dans Tanya, ch. 43 ; sinon, c’est la crainte inférieure (yira tata'a), celle de ne pas se rebeller contre le Roi alors qu’on se tient en Sa présence même.
Ce paragraphe définit la lumière enveloppante : ce n’est pas une lumière lointaine, située très haut, mais une lumière présente partout de manière cachée. Sentir que D.ieu est ici même suscite la crainte, soit la crainte supérieure empreinte de honte, soit la crainte inférieure qui empêche l’homme de se rebeller.
Tanya, ch. 43, cité dans la note de Kehot, explique que la crainte inférieure découle de la méditation sur la grandeur de D.ieu telle qu’elle remplit les mondes et constitue la porte d’accès à l’observance des mitsvot ; la crainte supérieure, empreinte de honte, est quant à elle attirée par la divinité intérieure présente dans les mondes.
Maré mekomot
- 1בד״ה מצה זו · לעיל צו יב, ב.
- 2יראה בושת שהוא יר״ע · Tanya, Likkutei Amarim 43:3
- 3
3קיצור. האהבה נמשך מבחי׳ הריחוק וזהו נפשי אויתיך בלילה. והיראה נמשך מבחי׳ הקירוב. ולכן וירא העם וינועו1 ויעמדו מרחוק לנוח מעט מהיראה העצומה שנפלה מצד הקירוב:2
Résumé. L’amour découle de l’aspect de l’éloignement ; c’est là le sens de « Mon âme Te désire dans la nuit ». La crainte découle, elle, de l’aspect de la proximité. C’est pourquoi « le peuple vit, trembla et se tint à distance », afin de se reposer un peu de l’intense crainte qui s’était abattue [sur lui] du fait de cette proximité.
Ce résumé reprend la première partie : l’amour vient du sentiment d’être éloigné, comme dans « Mon âme Te désire dans la nuit », tandis que la crainte vient du sentiment d’être proche. C’est pourquoi, au Sinaï, lorsque D.ieu se révéla, « le peuple vit, trembla et se tint à distance » (Exodus 20:15) : il recula pour se reposer un peu de la crainte accablante que suscitait Sa proximité.
Résumé de la première partie : l’amour découle de l’éloignement et la crainte de la proximité, comme le montre le recul du peuple au Sinaï.
Maré mekomot
- 1וירא העם וינועו · Exodus 20:15
- 2
La paix pour celui qui est loin et celui qui est proche ¶4–5
2. Mais quant à l’inclusion mutuelle — que l’amour soit inclus dans la crainte et la crainte dans l’amour, et que deux opposés ne fassent qu’un —
Cette deuxième section reprend la question soulevée plus haut : comment l’amour et la crainte, qui sont opposés, peuvent-ils être inclus l’un dans l’autre et ne faire qu’un ?
ע״ז נאמר שלום שלום לרחוק ולקרוב2 (בישעיה סי׳ נ״ז י״ט) לרחוק שנעשה קרוב3 רחוק הוא בחי׳ האהבה קרוב הוא בחי׳ היראה
il est dit à ce sujet : « Paix, paix, à celui qui est loin et à celui qui est proche » (Isaïe, chapitre 57, [verset] 19) : « à celui qui est loin » et qui est devenu proche. « Loin » désigne l’aspect de l’amour ; « proche », celui de la crainte
La réponse commence par la bénédiction d’Isaïe : « Paix, paix, à celui qui est loin et à celui qui est proche. » Le Talmud (Berakhot 34b) interprète « celui qui est loin » comme le pénitent, celui qui était loin et s’est rapproché ; ici, « loin » désigne l’amour, qui naît de l’éloignement, et « proche » la crainte, qui naît de la proximité.
(כי יראה היא מבחינת חכמה עילאה כמ״ש ראשית חכמה יראת4 ה׳ והחכמה היא בחי׳5 אצילות בכלל ופי׳ אצילות היינו ג״כ מלשון אצל וסמוך6 כמו ואהיה אצלו אמון7 כי בחכמה הוא גילוי אור א״ס ב״ה.
(car la crainte provient du niveau de la 'Hokhma supérieure (sagesse), ainsi qu’il est écrit : « Le commencement de la sagesse est la crainte de Havaya » ; et la 'Hokhma est, de manière générale, le niveau du Monde d’Atsilout (Émanation). Le terme Atsilout vient également du mot etsel, « auprès » et « proche », comme dans : « J’étais auprès de Lui (etslo), comme un nourrisson » ; car dans la 'Hokhma se révèle la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il.
La parenthèse explique pourquoi la crainte est « proche ». La crainte procède de la 'Hokhma, comme le verset associe sagesse et crainte (Psaumes 111:10), et la 'Hokhma correspond au Monde d’Atsilout, dont l’Admour Hazaken fait dériver le nom du mot etsel, « auprès », comme dans Proverbes 8:30. La Lumière infinie se révèle dans la 'Hokhma ; la crainte qui en procède se tient donc « auprès » de la révélation de D.ieu.
ולכן מזה נמשך היראה שהיא מקרוב דוקא בחי׳ אצל וסמוך לגילוי אור א״ס ב״ה משא״כ האהבה אפי׳ [אפילו] בחי׳ אהבה רבה היא הנמשך מבחי׳ הבינה אשר בינה מקננא בבריאה89 בחי׳ ומשם יפרד10 ולא אצל וסמוך כו׳ ועמ״ש מזה סד״ה ששים המה מלכות11 וזהו שאהבה היא מרחוק)
C’est pourquoi la crainte en procède : elle vient précisément de la proximité, de l’aspect d’être auprès de la révélation de la Lumière infinie, béni soit-Il. En revanche, l’amour, même le niveau du grand amour (ahava rabba), provient du niveau de Bina (compréhension), car « Bina niche dans Béria » (le Monde de la Création), le niveau de « et de là il se divisa », et non celui de la proximité, etc. Voyez ce qui est écrit à ce sujet à la fin du discours commençant par « Il y a soixante reines ». Voilà pourquoi l’amour vient de loin.)
L’amour, même le grand amour (ahava rabba), vient de Bina qui, selon les Tikounei Zohar, « niche » dans Béria, le premier monde de l’existence séparée. Béria est le niveau de « de là il se divisa » (Genèse 2:10), où le fleuve qui sort d’Éden se sépare en cours distincts ; l’amour procède de ce lieu de séparation, et c’est pourquoi il vient « de loin ».
שנעשה ביניהם שלום והתכללות כי שלום הוא המחבר שני הפכיים כמ״ש עושה שלום במרומיו12 במלאכים שמיכאל שר של מים13 וגבריאל שר של אש
de sorte que la paix et l’inclusion mutuelle s’établissent entre eux ; car la paix est ce qui unit deux opposés, ainsi qu’il est écrit : « Il fait la paix dans Ses hauteurs », parmi les anges, car Mikhaël est le prince de l’eau et Gavriel le prince du feu ;
La paix unit deux opposés. Les Sages expliquent « Il fait la paix dans Ses hauteurs » (Job 25:2) comme désignant la paix entre Mikhaël, l’ange de l’eau, et Gavriel, l’ange du feu, qui se tiennent côte à côte sans se nuire.
והיינו לפי שנמשכה הארה יותר עליונה הכוללת ומחברת שני הפכים ע״י שבטלים אל הארה ההוא עד שאינו מורגש שם כלל דבר והיפוכו
et cela parce qu’une illumination supérieure est attirée, laquelle englobe et unit deux opposés, du fait qu’ils s’annulent devant cette illumination, jusqu’à ce qu’on n’y perçoive plus du tout une chose et son contraire,
Les opposés s’unissent lorsqu’une lumière supérieure est attirée et qu’ils s’annulent tous deux devant elle. Face à cette lumière, la différence entre une chose et son contraire n’est plus du tout perçue.
רק הכל שוה שם כרחוק כקרוב והמשכה זו היא מ״ש בתפלה והנורא אל עליון בתוספת וי״ו (משא״כ14 הגדול הגבור בלא וי״ו)
mais que tout y est égal, le lointain comme le proche. Cette attraction est ce qu’exprime la prière par les mots : « et le redoutable, D.ieu suprême (Kel Elyon) », avec un vav ajouté (tandis que « le grand, le puissant » n’ont pas de vav) :
Face à cette lumière supérieure, « loin » et « proche » sont égaux. Elle est attirée par les mots de la Amida : « et le redoutable, D.ieu suprême ». Le mot « redoutable » est précédé d’un vav de liaison (« et »), contrairement à « le grand » et « le puissant », qui le précèdent.
המשכה להיות גילוי בחי׳ נורא15 הוא גילוי ביטול זה שעל ידו יוכללו הב׳ הפכים שנמשך מבחי׳ אל עליון כי הנה אל עליון היינו עליון למעלה מן ההשתלשלות שהם בחי׳ זיו וגילוי אור.
une attraction qui fait se révéler le niveau de « redoutable » : la révélation de ce bitoul (annulation de soi), grâce auquel les deux opposés peuvent être inclus [l’un dans l’autre], et qui provient du niveau de D.ieu suprême. Car « D.ieu suprême » signifie : le Très-Haut, au-dessus de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), dont les niveaux ne sont que rayonnement et révélation de lumière.
Le vav supplémentaire signifie une attraction : par lui se révèle la qualité de « redoutable », un bitoul dans lequel les deux opposés sont inclus l’un dans l’autre. Cette qualité procède du niveau de « D.ieu suprême ». « Très-Haut » désigne ce qui se trouve au-dessus de tout l’enchaînement des mondes, dont les niveaux ne sont qu’un rayonnement de la lumière de D.ieu.
אבל אל עליון נאמר ישת חשך סתרו16 שהוא ענין ההעלם והעדר ההשגה דלית מחשבה תפיסא ביה כלל סתימא דכל סתימין17 כו׳.59
Mais au sujet du D.ieu suprême, il est dit : « Il a fait des ténèbres Sa cachette », ce qui relève de la dissimulation et de l’absence de compréhension, car « aucune pensée ne peut Le saisir en aucune façon », « le plus caché de tous les cachés », etc.
Le D.ieu suprême est décrit par le verset « Il a fait des ténèbres Sa cachette » (Psalms 18:12) : les « ténèbres » désignent ici une dissimulation absolue, un niveau qui échappe à toute compréhension. Les expressions du Tikkunei Zohar « aucune pensée ne peut Le saisir en aucune façon » et « le plus caché de tous les cachés » le décrivent.
וע״ז נאמר ברוך אברם18 לאל עליון קונה שמים וארץ ששמים וארץ רוחניות וגשמיות בטלין לפניו בשוה
À ce sujet, il est dit : « Béni soit Avram par le D.ieu suprême, Maître du ciel et de la terre » : car le ciel et la terre, le spirituel et le matériel, sont annulés devant Lui de façon égale.
Malki-Tsedek bénit Avram « par le D.ieu suprême, Maître du ciel et de la terre » (Genesis 14:19). L’Alter Rebbe comprend ces paroles comme signifiant que, devant le D.ieu suprême, le ciel et la terre, le spirituel et le matériel, sont également annulés.
(ובפע״ח [ובפרי עץ חיים] גבי19 אל עליון גומל חסדים טובים פי׳ אל עליון הוא בבחינת כתר והוא למעלה מעלה גם מבחי׳ חכמה עילאה ועמ״ש מזה בד״ה אתם נצבים20 ועיין בזח״א [בזהר חלק א] פרשה לך לך)
(Et dans Pri Etz Chaim, au sujet de « D.ieu suprême, qui prodigue de bonnes bontés », il est expliqué que le D.ieu suprême relève du niveau de Kéter (la Couronne) et se situe très au-dessus même du niveau de la 'Hokhma supérieure ; voir ce qui est écrit à ce sujet dans le discours commençant par « Vous êtes debout » ; voir aussi le Zohar, partie I, Parachat Lekh Lekha.)
Cette parenthèse présente des interprétations de ce que désigne le « D.ieu suprême ». Pri Etz Chaim, à propos des paroles de la Amida « D.ieu suprême, qui prodigue de bonnes bontés », l’identifie à Kéter, très au-dessus même de la 'Hokhma supérieure ; le discours « Vous êtes debout » dans Likkutei Torah approfondit cette question.
(p. 87a), à propos de « Et il était prêtre » : « cela désigne le côté droit » ; « du D.ieu suprême » : « le monde supérieur » ; c’est-à-dire qu’ici, le D.ieu suprême désigne Bina.
Le Zohar (I, 87a), à propos de « Et il était prêtre du D.ieu suprême » (Genesis 14:18), interprète « prêtre » comme le côté droit et « D.ieu suprême » comme « le monde supérieur », c’est-à-dire Bina. Cela semble situer le D.ieu suprême à un niveau inférieur, celui de Bina plutôt que de Kéter.
אך כי התגלות עתיק הוא בבינה23 ולכן נקרא בינה ג״כ שמו הגדול וכמ״ש מזה בביאור ענין מזוזה מימין24 ונ״ח משמאל.
Mais [cela s’explique] parce que la révélation d’Atik se trouve dans Bina ; c’est pourquoi Bina aussi est appelée « Son grand Nom », comme il est écrit à ce sujet dans l’explication de « la mezouza à droite et la lampe de 'Hanouka à gauche ».
L’Alter Rebbe concilie les deux interprétations : Atik, le niveau le plus intérieur de Kéter, se révèle dans Bina, et c’est pourquoi Bina aussi est appelée « Son grand Nom ». Il renvoie à l’explication de Torah Ohr sur la raison pour laquelle la mezouza est placée à droite de l’embrasure et la lampe de 'Hanouka à gauche.
(ועיין בזח״ב [בזהר חלק ב׳] ר״פ יתרו דס״ז ע״ב רזא דקדש הקדשים25 כו׳ ותחותיה אית כהן כו׳ ובפי׳ הרמ״ז [הרב משה זכות] שם)
(Voir aussi le Zohar, partie II, au début de la Parachat Yitro, p. 67b : « le mystère du Saint des Saints », etc., « et au-dessous se trouve un prêtre », etc. ; ainsi que le commentaire du Ramaz à cet endroit.)
Cette parenthèse ajoute un autre passage du Zohar (II, 67b), sur « le mystère du Saint des Saints », au-dessous duquel « se trouve un prêtre », ainsi que le commentaire du Ramaz à cet endroit, comme éléments supplémentaires concernant ces niveaux.
Car Il « est égal et rend égaux le petit et le grand », et là-bas, « les ténèbres sont comme la lumière » : les deux sont égaux devant Lui, béni soit-Il ; la révélation, qui est la lumière, et la dissimulation,
Le texte explique maintenant pourquoi tout est égal devant le D.ieu suprême. Il « est égal et rend égaux le petit et le grand », selon le poème liturgique, et devant Lui « les ténèbres sont comme la lumière » (Psalms 139:12) : la révélation et la dissimulation sont identiques pour Lui.
שהוא החשך דכולא קמיה כלא חשיב ממש28 ולא שייך ענין גילוי והעלם אלא לגבי העולמות הנבראים כו׳.
qui est la ténèbre ; car « tout devant Lui est considéré comme n’étant réellement rien », et la notion de révélation et de dissimulation ne s’applique qu’en rapport avec les mondes créés, etc.
Cela tient au fait que « tout devant Lui est considéré comme rien » (Zohar I, 11b). La différence entre révélation et dissimulation n’existe que du point de vue des mondes créés, qui perçoivent ou non la lumière de D.ieu.
אבל לפניו ית׳ גם חשך לא יחשיך ממך29 כו׳ ומשם באה ההארה והמשכה בתוספת וי״ו והנורא
Mais devant Lui, béni soit-Il, « même les ténèbres ne sont pas obscures pour Toi », etc. Et c’est de là que vient l’illumination et l’effusion, avec le vav ajouté : « et redoutable »,
Du point de vue propre de D.ieu, « même les ténèbres ne sont pas obscures pour Toi » (Psaumes 139:12). De ce niveau, qui dépasse la distinction entre lumière et ténèbres, vient l’illumination signifiée par le vav ajouté de « et redoutable ».
דהיינו להיות גילוי נורא הוא גילוי הביטול שעי״ז נכללות המדות האהבה ויראה30 (ו צ״ל כי ההמשכה מבחינת והנורא הוא למעלה מבחינת יראה עילאה מצד עצמה אף שהיא ג״כ בחינת קרוב דוגמת מ״ש בהערה לתיקון חצות31
c’est-à-dire afin qu’il y ait une révélation de « redoutable », qui est la révélation du bitoul, par laquelle les attributs émotionnels d’amour et de crainte sont inclus [l’un dans l’autre]. (Et il faut dire que l’effusion provenant du niveau de « et redoutable » est au-dessus du niveau de la crainte supérieure en elle-même, bien que [la crainte supérieure] soit également l’aspect de la proximité, comme ce qui est écrit dans la note sur Tikoun ‘Hatsot
La révélation de « redoutable » est une révélation du bitoul, et dans ce bitoul, l’amour et la crainte sont inclus l’un dans l’autre. Une parenthèse ajoute que cette crainte, effusée d’en haut, est supérieure à la crainte supérieure qu’une personne atteint par elle-même, bien que cette crainte aussi découle de la proximité. Le texte renvoie à la note du Siddour sur Tikoun ‘Hatsot, la lamentation de minuit.
הנה מעלת יראה זו הבאה מלמעלה כו׳ על בחינת היראה עילאה יראה בושת שבנפש היא כמעלת ויתרון האור על החשך ממש ע״ש הטעם ועד״ז יובן גם כאן)
que la supériorité de cette crainte qui vient d’en haut, etc., sur le niveau de la crainte supérieure, la crainte de la honte qui se trouve dans l’âme, est comparable à la supériorité et à l’avantage de la lumière sur les ténèbres mêmes ; voyez là-bas l’explication. Et c’est de la même manière que l’on comprendra également ce qui est dit ici.)
Cette note indique que la crainte qui vient d’en haut dépasse la crainte supérieure, la crainte de la honte au sein de l’âme, comme la lumière dépasse les ténèbres. La même distinction s’applique ici : la crainte révélée par « et redoutable » dépasse ce que peut atteindre la crainte propre de l’âme.
(ועמ״ש בד״ה החלצו32 מאתכם וסד״ה וכל העם רואים וסד״ה וישלח יעקב33 מענין רע״ק [רבי עקיבא] שנכנס בשלום ויצא בשלום)60
(Et voyez ce qui est écrit dans le discours commençant par « Armez-vous parmi vous-mêmes », à la fin du discours commençant par « Et tout le peuple vit », et à la fin du discours commençant par « Et Yaakov envoya », au sujet de Rabbi Akiva, qui entra en paix et sortit en paix.)
Cette parenthèse renvoie à trois discours apparentés. Le dernier concerne Rabbi Akiva, qui « entra en paix et sortit en paix », selon les Sages, à propos de son ascension dans les mondes mystiques ; d’après la note de Kehot, il relevait du niveau de Tikoun, la ligne médiane qui unit les deux lignes opposées.
וזהו ענין עקידת יצחק התכללות מדת יצחק במדת אברהם ויעקוד את יצחק בנו34 וגו׳ ממעל לעצים עצים הם ב׳ עצים עץ החיים ועץ הדעת35 וממעל לב׳ בחי׳ עצים
Et tel est le sens de la ligature de Yits’hak : l’inclusion de l’attribut de Yits’hak dans l’attribut d’Avraham : « Et il ligatura son fils Yits’hak », etc., « au-dessus du bois (etsim) » : etsim désigne deux arbres, l’Arbre de Vie et l’Arbre de la Connaissance ; et « au-dessus » des deux niveaux d’arbres
La ligature de Yits’hak (Genèse 22:9) manifeste cette inclusion réciproque : l’attribut de Yits’hak, la crainte et la retenue, fut inclus dans l’attribut d’Avraham, l’amour et la bonté. Yits’hak fut placé « au-dessus du bois (etsim) », et etsim signifie aussi « arbres » : l’Arbre de Vie et l’Arbre de la Connaissance.
(ועמ״ש ע״פ מקושש עצים בפ׳ שלח36 מענין והיה כעץ כו׳ ועל יובל ישלח שרשיו.37 ועיין בזח״ג [בזהר חלק ג] פ׳ שלח דקנ״ח ע״ב38 ע״פ היש בה עץ אם אין)39
(et voyez ce qui est écrit sur le verset « ramassant du bois (etsim) » dans Parachat Chelah, au sujet de « Il sera comme un arbre », etc., « et près du ruisseau il étendra ses racines » ; et voyez le Zohar, partie III, Parachat Chelah, page 158b, sur le verset « Y a-t-il un arbre en elle, ou non ? »),
Cette parenthèse donne d’autres références sur les « arbres » : le discours de Likkutei Torah sur « ramassant du bois » dans Parachat Chelah, qui traite de « il sera comme un arbre… étendant ses racines près du ruisseau » (Jérémie 17:8), ainsi que le Zohar (III, 158b), sur la question des explorateurs : « Y a-t-il un arbre en elle, ou non ? » (Nombres 13:20).
דהיינו ישת חשך סתרו נמשך גילוי והנורא להיות התכללות היראה מדתו של יצחק במדתו של אברהם.
c’est-à-dire que de « Il fit des ténèbres Sa retraite » est effusée la révélation de « et redoutable », afin que la crainte, l’attribut de Yits’hak, soit incluse dans l’attribut d’Avraham.
Être « au-dessus des deux arbres », c’est atteindre le niveau de « Il fit des ténèbres Sa retraite », au-delà des niveaux des mondes. De là est effusée la révélation de « et redoutable » ; par elle, la crainte de Yits’hak est incluse dans l’amour d’Avraham.
וגם התכללות האהבה ביראה. וענין התכללות זו הוא כמ״ש וכל הלבבות ייראוך וכל קרב וכליות יזמרו לשמך.
Et également l’inclusion de l’amour dans la crainte. Cette inclusion réciproque est conforme à ce qui est écrit : « Tous les cœurs Te craindront, et toutes les entrailles et les reins chanteront Ton Nom. »
L’inclusion inverse, celle de l’amour dans la crainte, a également lieu. Les paroles de la prière de Nishmat l’expriment : « Tous les cœurs Te craindront, et toutes les entrailles et les reins chanteront Ton Nom. »
הלבבות ייראוך במדת היראה וקרב וכליות יזמרו במדת האהבה ולכן קרב וכליות דוקא יזמרו כי הרינה והזמרה הבא מחמת התגלות האהבה והתשוקה הנה רינה הוא בפה40 כנודע.
« Les cœurs Te craindront » par l’attribut de crainte, et « les entrailles et les reins chanteront » par l’attribut d’amour. C’est pourquoi ce sont précisément « les entrailles et les reins » qui « chanteront » : car le chant (rinah) et le chant qui proviennent de la révélation de l’amour et du désir ardent — le chant se fait dans la bouche, comme on le sait.
Les « cœurs » représentent la crainte, et les « entrailles et les reins », l’amour. Le texte explique pourquoi le chant de l’amour est situé dans les entrailles : le chant (rinah) qui provient d’un amour et d’un désir ardent éprouvés ouvertement s’exprime normalement à voix haute, par la bouche.
אבל כשהלבבות יייראוך במדת היראה והביטול אין הרינה מתגלית בגלוי בפה מבחי׳ התגלות האהבה שהם ב׳ הפכים כנ״ל מ״מ בקרב וכליות בבחי׳ פנימית תהיה הזמרה והשמחה מחמת האהבה
Mais lorsque « les cœurs Te craindront » par l’attribut de crainte et de bitoul, le chant ne se révèle pas ouvertement dans la bouche, à partir de la révélation de l’amour, car ce sont deux contraires, comme indiqué plus haut. Néanmoins, dans les entrailles et les reins, de manière intérieure, il y aura le chant et la joie qui proviennent de l’amour.
Lorsque le cœur est rempli de crainte et de bitoul, ce chant ne peut éclater ouvertement, car l’amour révélé et la crainte sont contraires. L’amour chante plutôt intérieurement, dans les « entrailles et les reins » : à l’extérieur règne la crainte, tandis qu’au-dedans se trouvent le chant et la joie de l’amour.
(ועמ״ש בד״ה רני ושמחי4142 בענין רננא ברמשא וצדקתך ירננו43 וזהו ענין רנה בפה והיא נמשכת ממדת לילה בחי׳ חשך והעלם אור א״ס ב״ה כנ״ל בענין נפשי אויתך בלילה
(Voir aussi ce qui est écrit dans le maamar commençant par « Chante et réjouis-toi », au sujet du « chant du soir » et de « ils chanteront Ta justice » ; c’est là le chant dans la bouche, qui se déploie à partir de l’attribut de la nuit, l’aspect des ténèbres et de la dissimulation de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, comme indiqué plus haut à propos de « Mon âme Te désire dans la nuit ».
Cette parenthèse renvoie au maamar de Torah Ohr « Chante et réjouis-toi », qui parle du « chant du soir » et de « ils chanteront Ta justice » (Psalms 145:7). Ce chant extérieur provient de la « nuit », la dissimulation de la lumière de D.ieu, comme le désir ardent exprimé par « Mon âme Te désire dans la nuit », décrit plus haut.
אך ע״י גילוי מבחי׳ והנורא אל עליון אזי נמשך וכל הלבבות ייראוך44 וכל קרב וכליות יזמרו שהיא הרינה והזמרה שבפנימית הלב. וזהו כענין המבואר בזח״א [בזהר חלק א] ר״פ ויצא)
Mais, par une révélation provenant du niveau de « et le redoutable, D.ieu Très-Haut », se déploie alors : « Et tous les cœurs Te craindront, et toutes les entrailles et tous les reins chanteront » ; c’est le chant dans la dimension intérieure du cœur. Cela ressemble à ce qui est expliqué dans le Zohar, partie I, au début de la paracha Vayetzei.
Mais lorsque « et le redoutable, D.ieu Très-Haut » est révélé, le chant intérieur de « toutes les entrailles et tous les reins chanteront » se déploie : c’est un chant dans la dimension intérieure du cœur. Le Zohar, au début de la paracha Vayetzei, est cité à titre de parallèle.
(דקמ״ח ע״ב)45 ע״פ וחסידיך ירננו46 ולוייך ירננו מיבעי ליה47 כו׳ עד דאינון חשיבי יתיר והיינו כענין ההפרש שבין בחי׳ רינה הנ״ל דהשיר של הלוים הוא רינה בפה. לארמא קלא.
(page 148b), à propos du verset « Et Tes pieux chanteront » : « Il aurait dû dire : “Tes Lévites chanteront” », etc., jusqu’à « car ils sont plus estimés ». Cela ressemble à la distinction entre les niveaux de chant mentionnés plus haut : le chant des Lévites est un chant dans la bouche, « pour élever la voix ».
Le Zohar (I, 148b) demande pourquoi le verset dit « Tes pieux chanteront » plutôt que « Tes Lévites », puisque le chant était la tâche des Lévites, et répond que les pieux sont plus estimés. Le chant des Lévites était extérieur : un chant de la bouche qui élevait la voix.
אבל מה שחסידיך ירננו שהם הכהנים היינו ברעותא דלבא וכמ״ש בזח״ג [בזהר חלק ג] פרשה שמיני (דל״ט ע״א)
Mais pour ce qui est de « Tes pieux chanteront », ceux-ci sont les Kohanim (prêtres) ; il s’agit du désir du cœur, comme il est écrit dans le Zohar, partie III, paracha Chemini (page 39a) :
Les « pieux » sont les Kohanim, et leur chant relève du « désir du cœur ». Le Zohar (III, 39a) décrit le service du Kohen comme étant accompli en silence.
דכהנא עובדוי בחשאי אינון48 כו׳ ע״ש וא״כ הרנה שלהם זהו כענין וכל קרב וכליות יזמרו כו׳
« car les actes du Kohen se font en silence », etc. ; voir là-bas. Si tel est le cas, leur chant est semblable à « et toutes les entrailles et tous les reins chanteront », etc.
Le chant des Kohanim est donc intérieur et silencieux, comme « toutes les entrailles et tous les reins chanteront ». C’est le chant de l’amour retenu au sein de la crainte.
Voir aussi ce qui est écrit dans le maamar commençant par « Un psaume, un chant pour l’inauguration de la Maison », au sujet de la distinction entre mizmor et shir, qui va également dans ce sens. Et cela s’explique ainsi :
Le maamar de Likkutei Torah sur « Un psaume, un chant pour l’inauguration de la Maison » établit une distinction similaire entre mizmor, une mélodie jouée sur un instrument, et shir, un chant exprimé par la bouche. Le texte expose maintenant pourquoi le cœur intérieur peut contenir ces deux attributs.
כי בחי׳ פנימית הלב יש בו כח להיות כלי ומכון להכיל אהוי״ר [אהבה ויראה] גם שתיהן יחד ע״י גילוי מבחי׳ והנורא שנמשך ומתגלה בפנימית הלב וגם כמ״ש במ״א שפנימית הלב מתאחדת עם המוח בבחי׳ תרין ריעין דלא מתפרשין.
car la dimension intérieure (pnimiyout) du cœur possède la capacité d’être un réceptacle et une demeure pour contenir l’amour et la crainte, même tous deux ensemble, grâce à la révélation du niveau de « et redoutable », qui est attirée et se révèle dans la dimension intérieure du cœur ; et aussi, comme il est écrit ailleurs, la dimension intérieure du cœur s’unit à l’intellect à la manière de « deux compagnons qui ne se séparent jamais ».
La dimension intérieure du cœur peut être un réceptacle pour l’amour et la crainte ensemble, lorsque la révélation de « et redoutable » y resplendit. Elle est également unie à l’intellect à la manière de « deux compagnons qui ne se séparent jamais », expression employée pour 'Hokhma et Bina.
אבל בחיצנויות הלב אין כל להכיל שתיהן יחד וזהו וכל הלבבות ייראוך וכל קרב וכליות יזמרו שהיא בחי׳ פנימית הלב כו׳ ועמ״ש ע״פ שוש אשיש5152 כו׳
Mais la dimension extérieure ('hitsoniyout) du cœur ne peut contenir ces deux qualités ensemble. C’est là le sens de : « Et tous les cœurs Te craindront, et toutes les entrailles et les reins chanteront » : cela désigne le niveau de la dimension intérieure du cœur, etc. Voir aussi ce qui est écrit sur le verset « Je me réjouirai grandement », etc.,
La dimension extérieure du cœur ne peut contenir les deux à la fois ; l’amour et la crainte y demeurent opposés. C’est pourquoi la prière situe la crainte dans les « cœurs » et le chant dans les « entrailles et les reins », qui désignent le cœur intérieur. Le texte renvoie ensuite au discours sur « Je me réjouirai grandement » (Isaïe 61:10).
תגל נפשי גילה ברעדה שהיראה תכסה מבחוץ ותוכו רצוף אהבה53 ונתבאר ג״כ מזה ע״פ ביום השמע״צ [השמיני עצרת]54 כו׳ בני ציון יגילו במלכם55 כו׳
« Mon âme exultera » (tagel) : exultation (gila) dans le tremblement ; la crainte couvre l’extérieur, tandis que l’intérieur est incrusté d’amour. Cela a également été expliqué à propos du verset « Au huitième jour, une assemblée » (Chemini Atséret), etc. : « Que les enfants de Sion exultent en leur Roi », etc.
Ce discours distingue la sim'ha, joie qui se manifeste à l’extérieur, de la gila, exultation qui demeure intérieure : « exulter dans le tremblement » signifie que le tremblement recouvre extérieurement la joie, tandis que « son intérieur est incrusté d’amour » (Cantique des Cantiques 3:10). La même idée est expliquée dans le discours pour Chemini Atséret à propos de « Que les enfants de Sion exultent en leur Roi » (Psaumes 149:2).
ועמ״ש ע״פ בשלח פרעה בפי׳ ולא נחם אלקים דרך ארץ פלשתים56 וזו היא השמחה בה׳ אור א״ס ב״ה הסובב כל עלמין השוכן אתו ממש שהוא למטה
Voir aussi ce qui est écrit à propos du verset « Lorsque Pharaon renvoya », dans l’explication de : « D.ieu ne les conduisit pas par le chemin du pays des Philistins. » Telle est la joie en D.ieu, la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) et réside effectivement auprès de lui, ici-bas,
Une autre référence renvoie au discours sur « Lorsque Pharaon renvoya le peuple ». La joie décrite ici est la joie en D.ieu, en tant que Lumière infinie qui entoure tous les mondes et réside véritablement auprès de l’homme, présente ici-bas comme en haut.
comme en haut, bien qu’il n’y ait pas de compréhension révélée. Or, à ce sujet, il est dit : « Et le juste vivra par sa foi » : grâce à la foi, qui dépasse la compréhension.
Cette joie ne repose pas sur la compréhension, car la lumière qui entoure les mondes ne peut être saisie. Elle repose sur la foi, qui dépasse la compréhension : « le juste vivra par sa foi » (Habacuc 2:4).
Ce paragraphe montre comment l’amour et la crainte s’incluent mutuellement : une lumière provenant de « D.ieu suprême », au-dessus de tous les mondes et devant laquelle les opposés sont égaux, est attirée par le vav de « et le redoutable ». La ligature d’Its’hak et la prière « Que tous les cœurs te craignent… que toutes les entrailles et les reins chantent » illustrent le résultat : la crainte à l’extérieur et, à l’intérieur, l’amour qui chante, enraciné dans la foi au-dessus de l’entendement.
Or HaTorah, cité dans la note de Kehot, explique « au-dessus du bois » comme étant au-dessus de l’Arbre de Vie et de l’Arbre de la Connaissance, Zeir Anpin et Noukva : le sacrifice de soi de la Akéda s’élève au-dessus d’eux et attire l’union de 'Hokhma et Bina ainsi que la lumière de Kéter. Igueret HaKodech 12 explique de la même manière « Il fait la paix dans Ses hauteurs » : Mikhaël (bonté, eau) et Gavriel (retenue, feu) sont opposés, et D.ieu fait la paix entre eux en y révélant une grande illumination de la Lumière infinie.
Maré mekomot
- 1אך ההתכללות · מובא באוה״ת יתרו ע׳ תתקסד.
- 2
- 3לרחוק שנעשה קרוב · Berakhot 34b:17–18
- 4ראשית חכמה יראת ה׳ · Psalms 111:10
- 5והחכמה היא בחי׳ אצי׳ · ראה ת״ז ת״ו.
- 6ופי׳ אצילות היינו ג״כ מלשון אצל וסמוך · ראה תו״א יד, א.
- 7ואהי׳ אצלו אמון · Proverbs 8:30
- 8בינה מקננא בבריאה · ראה ת״ז ת״ו.
- 9בינה מקננא בבריאה · Tikkunei Zohar 21a:5–7
- 10ומשם יפרד · Genesis 2:10
- 11סד״ה ששים המה מלכות · לקמן שה״ש לט, ג ”פי׳ אצילות מלשון אצלו אצל המאציל ב״ה”.
- 12עושה שלום במרומיו · Job 25:2
- 13שמיכאל שר של מים · Bamidbar Rabbah 12:8
- 14(משא״כ . .) · מוסגר זה נמצא גם בכת״י מאמרי אדה״ז.
- 15בחי׳ נורא · ראה יהל אור ע׳ קכ.
- 16ישת חושך סתרו · Psalms 18:12
- 17דלית מחשבה תפיסא ביה כלל סתימא דכל סתימין · Tikkunei Zohar 17a:10–12
- 18ברוך אברם לא-ל עליון · Genesis 14:19
- 19ובפע״ח גבי א-ל עליון · ש״ט, פ״ד. ראה לעיל פ׳ מסעי צ, ג. לקמן שה״ש כז, ד ובמ״מ לשם.
- 20בד״ה אתם נצבים · לקמן נצבים מד, ג ”ולכן נקרא אל עליון כלומר שהוא רם ונשא וגבוה מאד (וע׳ בפרדס בעה״כ בפי׳ אל עליון דפי׳ שהוא בבחי׳ כתר שהוא עליון על כל האצילות . .” וראה הביאור באוה״ת סידור ע׳ קפח ”שכדי להיות השפעה ממדות דאצילות לבי״ע בעלי גבול ותכלית א״א כ״א ע״י המשכת מוחין יותר עליונים בז״א, והיינו שע״י גילוי בחי׳ כתר שהוא בחי׳ אל עליון למעלה מהשתלשלות” ע״ש.
- 21והוא כהן · Genesis 14:18
- 22והוא כהן דא ימינא לאל עליון עלמא עילאה · Zohar, Lech Lecha 24:237–248
- 23התגלות עתיק הוא בבינה · Zohar III, 178b
- 24בביאור ענין מזוזה מימין · תו״א מב, ב.
- 25רזא דקדש הקדשים ותחותיה אית כהן · Zohar, Yitro 1:8–18
- 26
- 27כחשיכה כאורה · Psalms 139:12
- 28דכולא קמי׳ כלא חשיב ממש · Zohar I, 11b
- 29גם חושך לא יחשיך ממך · Psalms 139:12
- 30שעי״ז נכללות המדות האהבה ויראה · מובא באוה״ת ויקרא כרך ב ע׳ תקמז.
- 31בהערה לתיקון חצות · בסידור עם דא״ח. בענין מעלת יתרון יראה הבאה מלמעלה על בחי׳ היראה שהאדם ממשיך ע״ע ע״ש.
- 32(ועמ״ש בד״ה החלצו · לעיל מטות פה, ד. שני הבחי׳ דמוח ולב ומעלת האש, וע״י האש נתהפך למהות אחר.
- 33וסד״ה וישלח יעקב · תו״א כה, ב. ר״ע שהי׳ מבחי׳ תיקון נכנס בשלום קו האמצעי המייחד ומחבר את הב׳ קוין.
- 34ויעקד את יצחק בנו · Genesis 22:9
- 35עצים הם ב׳ עצים עץ החיים ועץ הדעת · ”פי׳ בלק״ת פ׳ ואתחנן . . דר״ל ממעל לבחי׳ עה״ח ועה״ד. כי עה״ח הוא ז״א ועה״ד הוא נוק׳ שנק׳ כן ע״ש שמתלבשת בק״נ לברר כו׳ כמ״ש באגה״ק סי׳ כ״ח . . והעקידה והמס״נ עולה למעלה מזו״נ כי ע״י מסירת נפש נמשך יחוד חו״ב וממשיך אור הכתר ע״ש ולכן הוא ממעל לעצים” — אוה״ת נ״ך כרך א ע׳ קסא.
- 36ע״פ מקושש עצים בפ׳ שלח · לקו״ת שם מב, ד.
- 37והיה כעץ כו׳ ועל יובל ישלח שרשיו · Jeremiah 17:8
- 38ועיין בזח״ג פ׳ שלח דקנ״ח ע״ב · מובא גם לעיל פ׳ שלח מב, ד. וראה באוה״ת נ״ך כרך א ע׳ קסא. שמה.
- 39היש בה עץ אם אין · Zohar, Sh'lach 6:31–39
- 40רינה הוא בפה · ראה סוכה נא,
- 41בד״ה רני ושמחי · תו״א לז, א.
- 42
- 43וצדקתך ירננו · Psalms 145:7
- 44וכל הלבבות ייראוך · תפלת נשמת כל חי.
- 45בזח״א ר״פ ויצא (דקמ״ח ע״ב) · מובא גם לקמן פ׳ ברכה צח, ג.
- 46וחסידיך ירננו · Psalms 132:9
- 47וחסידיך ירננו ולוייך ירננו מיבעי ליה · Zohar, Vayetzei 6:36–7:43
- 48דכהנא עובדוי בחשאי אינון · Zohar, Shmini 5:59–6:70
- 49בד״ה מזמור שיר חנוכת הבית · לקמן פ׳ ברכה צח, ג.
- 50מזמור שיר חנוכת הבית · Psalms 30:1
- 51ע״פ שוש אשיש · לקמן פ׳ נצבים מז, א.
- 52
- 53ותוכו רצוף אהבה · Song of Songs 3:10
- 54ע״פ ביום השמע״צ · לקמן פב, ג שמחה מל׳ התגלות החדוה וגילה הו״ע שמחה אשר בקרבו.
- 55בני ציון יגילו במלכם · Psalms 149:2
- 56ולא נחם אלקים דרך ארץ פלשתים · Exodus 13:17
- 57וצדיק באמונתו יחי׳ · Habakkuk 2:4
- 58והנורא א-ל עליון · נוסח התפלה. מאמרי אדה״ז — ענינים ע׳ נח ובמ״מ לשם. ראה אוה״ת — ענינים ע׳ קעא. יהל אור ע׳ תקנב.
- 59דלית מח׳ תפיסא בי׳ כלל סתימא דכל סתימין · ת״ז בהקדמה (פתח אלי׳).
- 60וסד״ה ועל העם רואים · תו״א עד, ב. נתינת התורה בבחי׳ אש ומים למטה.
- 61
- 62
5קיצור. אך ההתכללות שתהא האהבה כלולה עם היראה ע״ז נאמר שלום שלום לרחוק ולקרוב1. והיינו ע״י המשכה מבחי׳ והנורא
Résumé. Mais [quant à] l’inclusion réciproque, par laquelle l’amour est inclus dans la crainte, c’est à cela que se rapporte le verset : « Paix, paix, pour celui qui est loin et pour celui qui est proche. » Et cela se réalise par un influx provenant du niveau de « et l’auguste »,
Le résumé reprend la deuxième partie : l’amour et la crainte sont unis par la paix évoquée dans « Paix, paix, pour celui qui est loin et pour celui qui est proche. » Cette paix vient d’un influx provenant du niveau de « et l’auguste », le bitoul dans lequel les opposés ne font plus qu’un.
וזהו ענין העקדה ממעל לעצים2 וענין התכללות זו היינו כמ״ש וכל הלבבות ייראוך וכל קרב וכליות יזמרו לשמך:
et c’est là le sens de la Akéda (ligature), « au-dessus du bois ». Cette inclusion réciproque est aussi celle dont il est dit : « Tous les cœurs Te craindront, et toutes les profondeurs et les reins chanteront Ton Nom. »
La ligature d’Its’hak « au-dessus du bois » exprime cette même inclusion, tout comme les paroles de la prière : « Tous les cœurs Te craindront, et toutes les profondeurs et les reins chanteront Ton Nom » : la crainte dans le cœur, et l’amour qui chante au plus profond de l’être.
Résumé de la deuxième partie : l’amour et la crainte s’incluent l’un dans l’autre par un influx provenant de « et l’auguste », comme l’illustrent la ligature d’Its’hak et la prière où la crainte s’unit au chant intérieur.
Maré mekomot
- 1
- 2העקדה ממעל לעצים · Genesis 22:9
La joie d’une mitsva ¶6–10
6ג והנה גילוי שמחה זו בפועל ממש היא שמחה של מצוה כמ״ש תחת אשר לא עבדת את1 הוי׳ אלקיך בשמחה ובטוב לבב מרוב כל יותר מרוב כל כי השמחה היא מחמת אשר קדשנו במצותיו בקדש העליון.
3. Or, la révélation concrète de cette joie est la joie d’une mitsva, comme il est écrit : « Parce que tu n’as pas servi Havayah, ton D.ieu, dans la joie et la satisfaction du cœur, grâce à une abondance de tout » — plus grande qu’une abondance de tout. Car cette joie vient de ce qu’« Il nous a sanctifiés par Ses commandements », dans la sainteté suprême.
La troisième section montre où cette joie se révèle dans la pratique : dans la joie d’une mitsva. La Torah reproche à ceux qui n’ont pas servi D.ieu « dans la joie […] grâce à une abondance de tout » (Deutéronome 28:47), et l’Admour Hazaken comprend « grâce à » au sens de « plus grande que » : la joie d’une mitsva doit dépasser toute autre joie, car les mitsvot nous sanctifient d’une sainteté d’en haut.
והו ענין ברכת המצות ברוך אתה הוי׳ פי׳ שמבקשים להיות ברוך ונמשך מלמעלה מעלה מהשתלשלות
Et telle est la signification de la bénédiction sur les mitsvot : « Béni sois-Tu, Havaya » ; cela signifie que nous demandons qu’Il soit « béni » et qu’Il soit attiré vers le bas depuis bien au-dessus de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout).
Chaque bénédiction sur une mitsva commence par « Béni sois-Tu, Havaya ». L’Admour Hazaken comprend baroukh, « béni », comme une demande que la lumière de D.ieu soit attirée vers le bas depuis bien au-dessus de l’enchaînement des mondes.
(ועיין זח״א [זהר חלק א] פ׳ לך לך2 שם ברוך אברם3 כמה דאמרינן ברוך אתה. לאל עליון4 הוי׳ אלקינו ע״ש ודלא כפי׳ המק״מ [המקדש מלך] שם)5
(Voyez aussi le Zohar, partie I, parachat Lekh Lekha : là, « Béni soit Avram », comme nous disons « Béni sois-Tu » ; « du D.ieu Très-Haut », « Havayah notre D.ieu » ; voyez là-bas, et non selon l’explication du commentaire Mikdash Melekh à cet endroit.)
Le Zohar (I, 87a) lit la bénédiction de Malki-Tsedek comme le modèle de nos bénédictions : « Béni soit Avram » correspond à « Béni sois-Tu », et « du D.ieu Très-Haut » à « Havayah notre D.ieu ». L’Admour Hazaken précise qu’il ne suit pas la lecture du Mikdash Melekh, un commentaire sur le Zohar, qui, selon la note de Kehot, attribue ces mots à des Séfirot particulières.
כי להיות המשכת ודרך סדר ההשתלשלות מעילה לעילה עד שנעשה מלך העולם ומלכותך מלכות כל6 עולמים להוות ולהחיות עולמות מבחי׳ מלכותו ית׳
Car, pour que l’influx soit attiré vers le bas selon l’ordre de l’enchaînement descendant des mondes, de cause en cause, jusqu’à ce qu’Il devienne « Roi du monde » et que « Ta royauté est une royauté sur tous les mondes », afin de faire exister les mondes et de leur donner vie depuis le niveau de Sa Mal’hout (souveraineté), qu’Il soit béni,
Ordinairement, la lumière de D.ieu descend à travers l’enchaînement des mondes, de cause à effet, jusqu’à ce qu’Il soit « Roi du monde » et que Sa royauté s’étende sur tous les mondes (Psaumes 145:13). C’est ainsi que les mondes sont créés et maintenus en vie : par Sa Mal’hout, Sa souveraineté.
שהוא בחי׳ שם בלבד שלפי שנק׳ שמו ומלכותו עליהם הם חיים וקיימים והוא בחינת זיו והארה כו׳.
qui n’est que le niveau d’un nom : puisque Son Nom et Sa royauté sont invoqués sur eux, ils vivent et subsistent ; et cela correspond au rayonnement et à l’illumination, etc.
La Mal’hout est comme un nom : ce n’est pas le Roi Lui-même, mais Son nom et Son règne, invoqués sur les mondes et qui les maintiennent en existence. Ce n’est qu’un rayonnement et une illumination de D.ieu.
אבל במצות קדשנו בקדש העליון שלמעלה מן ההשתלשלות בחי׳ סובב כל עלמין והמלאכים שואלים איה מקום כבודו כו׳
Mais, par les mitsvot, « Il nous a sanctifiés » de la sainteté suprême, qui est au-dessus de l’enchaînement descendant des mondes, au niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) ; et les anges demandent : « Où est le lieu de Sa gloire ? », etc.
Les mitsvot, en revanche, nous sanctifient d’une sainteté qui se situe au-dessus de l’enchaînement des mondes, au niveau de la lumière qui entoure tous les mondes. Même les anges ne peuvent la saisir ; selon les mots de la prière de la Kedoucha, ils demandent : « Où est le lieu de Sa gloire ? »
אומרים מלא כל הארץ כבודו בארץ הלזו התחתונה שהתורה והמצות שבעוה״ז שנתלבשו בגשמיות יסודתן בהררי קדש7 עליון למעלה מעלה
[et] ils disent : « Toute la terre est remplie de Sa gloire » — dans cette terre inférieure. Car la Torah et les mitsvot de ce monde, revêtues de matérialité, ont leur fondement « dans les montagnes saintes », tout en haut,
Leur réponse est : « Toute la terre est remplie de Sa gloire » (Isaïe 6:3), c’est-à-dire cette terre inférieure et matérielle. La Torah et les mitsvot, bien que revêtues d’éléments physiques, prennent racine « dans les montagnes saintes », en haut (Psaumes 87:1), bien au-dessus de l’enchaînement des mondes.
מן ההשתלשלות והן נעשין בחי׳ כסא ומכון ממש לשבתו ית׳ הסובב כל עלמין דלית מחשבה תפיסא ביה8 כ״א כאשר תפיסא בתורה ומצות כו׳.9
au-dessus de l’enchaînement descendant des mondes ; et elles deviennent véritablement un trône et une demeure où réside Celui qui entoure tous les mondes, qu’Il soit béni, Lui que « nulle pensée ne peut saisir », sauf lorsqu’elle Le saisit à travers la Torah et les mitsvot, etc.
Ainsi, les mitsvot deviennent véritablement un trône et une demeure pour D.ieu, en tant qu’Il entoure tous les mondes. Nulle pensée ne peut Le saisir, sauf lorsqu’Il est saisi à travers la Torah et les mitsvot.
Ce paragraphe identifie la joie intérieure décrite précédemment à la joie d’une mitsva. Les mondes ne reçoivent que le « nom » de D.ieu, un rayonnement de Sa royauté, tandis que les mitsvot attirent la sainteté de la lumière qui entoure tous les mondes ; les actes matériels deviennent ainsi une demeure pour D.ieu Lui-même. Tel est le sens de la bénédiction « Béni sois-Tu ».
Selon la note de Kehot, le Mikdash Melekh explique les mots du Zohar comme désignant des Séfirot : « Béni » comme le Yessod d’Abba et Imma, « Tu » comme le ‘Hessed, « Havayah notre D.ieu » comme Tiferet et Guevoura, et « D.ieu Très-Haut » comme Guevoura. L’Admour Hazaken comprend au contraire « D.ieu Très-Haut » comme un niveau au-dessus de l’enchaînement des mondes, d’où la bénédiction attire l’influx vers le bas.
Maré mekomot
- 1תחת אשר לא עבדת את ה״א · Deuteronomy 28:47
- 2ועי׳ זח״א פ׳ לך לך · פז, א.
- 3ברוך אברם · Genesis 14:19
- 4ברוך אברם כמה דאמרינן ברוך אתה. לאל עליון הוי׳ אלקינו · Zohar, Lech Lecha 24:237–248
- 5כפי׳ המק״מ שם · שמפרש ברוך יסוד או״א אתה חסד ה׳ אלקינו ת״ת וגבורה וכן אל עליון גבורה ע״ש.
- 6ומלכותך מלכות כל העולמים · Psalms 145:13
- 7יסודתן בהררי קדש · Psalms 87:1
- 8דלית מחשבה תפיסא ביה · Tikkunei Zohar 17a:10–12
- 9
7וע״ז נצטוינו ואהבת את כלומר שתמשיך מדת האהבה והשמחה בבחינת את הטפל הוא מדת היראה והביטול.
Et c’est à ce sujet qu’il nous a été ordonné : « Et tu aimeras et » ; c’est-à-dire que vous fassiez pénétrer l’attribut d’amour et de joie dans le niveau de « et, ce qui est subordonné », à savoir l’attribut de crainte et d’annulation de soi (bitoul).
Le commandement « Et tu aimeras et » est maintenant interprété à la lumière de la première section. Puisque « et » désigne l’élément subordonné, la crainte et l’annulation de soi, le verset ordonne à l’homme de faire pénétrer son amour et sa joie dans la crainte et l’annulation de soi, afin que la joie soit contenue dans la crainte.
וזהו את הוי׳ אלהיך כלומר לפי שהוא אלהיך לנכח למטה כמו למעלה ושיהיה גילוי האהבה ושמחה זו בפועל ממש בקיום והיו הדברים האלה אשר אנכי מצוך1 היום שמחבי׳ היום לעשותם2 נמשך גילוי אנכי
Et c’est là le sens de « et Havaya, ton D.ieu » : puisqu’Il est ton D.ieu, tourné vers toi, en bas comme en haut. [Cela signifie aussi] que la révélation de cet amour et de cette joie se manifeste concrètement, dans l’accomplissement de « Et ces paroles que Moi (Anochi) te prescris aujourd’hui » ; car de la dimension de « aujourd’hui, pour les accomplir » se déploie la révélation de « Moi (Anochi) »,
« Havaya, ton D.ieu » signifie que D.ieu est « à toi », tourné vers toi, présent en bas comme en haut. Cet amour et cette joie doivent se traduire par des actes concrets, par l’accomplissement de « ces paroles que Moi (Anochi) te prescris aujourd’hui » (Deutéronome 6:6) ; et puisque « aujourd’hui » est le moment « pour les accomplir » (Deutéronome 7:11), l’action dans ce monde fait descendre la révélation d’Anochi, le « Moi » propre de D.ieu.
ולא זיו והארה בבחי׳ שם בלבד רק אנכי בעצמי כביכול מצוך לשון צוותא וחיבור במצות ה׳ שהם גילוי עצמותו ומהותו כביכול בתר״ך עמודי אור34 הנמשכים בתרי״ג מצות דאורייתא וז׳ מצות דרבנן.
et non pas un rayonnement ni une illumination relevant du seul Nom ; mais « Moi (Anochi) » en personne, pour ainsi dire, « te prescris » (metsavékha) — terme qui évoque la compagnie (tsavta) et l’union — dans les mitsvos de D.ieu, qui révèlent Son essence et Son être, pour ainsi dire, par les 620 piliers de lumière qui se déploient dans les 613 commandements de la Torah et les 7 commandements des Rabbins.
Les mitsvos transmettent non pas un rayonnement ou un simple « Nom », mais « Moi-même » qui te prescris. Le mot metsavékha, « te prescris », est rapproché de tsavta, « compagnie » : les mitsvos unissent l’homme à l’essence de D.ieu, laquelle, selon la Kabbale (Pardes Rimonim 8:3), s’exprime par 620 piliers de lumière, correspondant aux 613 commandements de la Torah et aux 7 commandements des Rabbins.
Ce paragraphe applique l’analyse de « et » au commandement d’aimer : l’amour et la joie doivent être introduits dans la crainte et l’annulation de soi, puis s’exprimer dans l’accomplissement concret des mitsvos, où le « Moi » propre de D.ieu se révèle et s’unit à l’homme.
Le Pardes (Sha'ar 8, chapter 3), cité dans la note de Kehot, indique que Kéter contient 620 « piliers de lumière », valeur numérique de Kéter (כתר). Les 613 commandements de la Torah et les 7 des Rabbins totalisent ce même nombre ; c’est pourquoi les mitsvos sont dites faire descendre ce qui provient de Kéter, au-dessus de l’enchaînement des mondes.
Maré mekomot
- 1
- 2היום לעשותם · Deuteronomy 7:11
- 3בתר״ך עמודי אור · פרדס ש״ח, פ״ג. ע״ל בחקותי (מז, ב). וש״נ. [כ].
- 4בתר״ך עמודי אור · Pardes Rimmonim 8:5–6
8ודברת בם בשבתך בביתך1 כי הנה כתיב קול קורא במדבר2 קול התורה הקול קול יעקב3 קורא ונמשך בבחי׳ מדבר ושממה הוא העוה״ז פנו דרך ה׳ להיות בו המשכה ודרך הוי׳.
« Et tu en parleras lorsque tu seras assis dans ta maison. » Car il est écrit : « Une voix appelle dans le désert » : la voix de la Torah, « la voix est la voix de Yaakov », appelle et est attirée vers le niveau du désert et de la désolation, qui est ce monde ; « dégagez la voie de Havaya » : afin qu’il y ait en lui un dévoilement et une voie de Havaya.
Les mots suivants du Chéma, « Et tu en parleras lorsque tu seras assis dans ta maison » (Deutéronome 6:7), conduisent au pouvoir de la Torah de transformer ce monde. Les mots d’Isaïe, « Une voix appelle dans le désert : dégagez la voie de Havaya », sont interprétés comme désignant la voix de la Torah, « la voix de Yaakov », qui appelle dans le désert spirituel de ce monde et y ouvre une voie à la lumière de D.ieu.
וזהו ענין המשכת וי״ו והנורא מבחי׳ אל עליון שלמעלה מבחי׳ השתלשלות וכו׳ ולכן אמרו יפה שעה אחת בתשובה45 ומע״ט [ומעשים טובים] בעוה,ז מכל חיי העוה״ב [העולם הבא]
Et c’est là le dévoilement du vav de « et l’Admirable », qui provient du niveau de D.ieu Très-Haut, au-dessus du niveau de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), etc. C’est pourquoi ils ont dit : « Une heure de techouva (retour) et de bonnes actions dans ce monde vaut mieux que toute la vie du Monde futur » ;
Ce dévoilement est le vav de « et l’Admirable », qui provient de D.ieu Très-Haut, au-dessus de l’enchaînement des mondes. C’est pourquoi la Michna (Avot 4:17) enseigne qu’une heure de techouva et de bonnes actions dans ce monde vaut mieux que toute la vie du Monde futur.
כי עוה״ב [עולם הבא] לפי שהוא בבחי׳ השגה ושכל נברא להיות מתענג ונהנה אינו אלא זיו כו׳ והוא זיו תורתם ועבודתם.
car le Monde futur, puisqu’il relève de la compréhension et de l’intellect créé, et qu’il est destiné à procurer délice et plaisir, n’est que rayonnement, etc. ; et c’est le rayonnement de leur Torah et de leur service.
Le Monde futur est une récompense de compréhension et de délice pour les intelligences créées, et une telle compréhension ne peut saisir qu’un rayonnement de D.ieu. Ce rayonnement est celui de l’étude de la Torah et du service des âmes elles-mêmes.
משא״כ בעסק התורה והמצות עצמן שבקיום המעשה בעולם הזה בפועל ממש הנה בהם נמשך גילוי בחי׳ אנכי בעצמו ובכבודו שלא ניתן להנות בהשגת הנבראים כו׳.
Tandis que, dans l’étude de la Torah et la pratique des mitsvot elles-mêmes, lorsque l’acte est accompli concrètement dans ce monde, se dévoile le niveau de « Moi » (Ano’hi), Lui-même et dans Sa propre Gloire, qui n’a pas été donné à la jouissance par la compréhension des êtres créés, etc.
En revanche, dans l’accomplissement concret de la Torah et des mitsvot dans ce monde, le « Moi » même de D.ieu (Ano’hi), Son essence même, est attiré ici-bas. C’est un niveau dont aucun être créé ne peut jouir par la compréhension.
Ce paragraphe explique pourquoi l’accomplissement effectif de la Torah et des mitsvot dans ce monde dépasse le Monde futur : il permet d’attirer dans le désert de ce monde le « Moi » même de D.ieu, qui se situe au-dessus de l’enchaînement des mondes, tandis que le Monde futur n’offre qu’un rayonnement saisissable par les intelligences créées.
Maré mekomot
- 1
- 2קול קורא במדבר · Isaiah 40:3
- 3הקול קול יעקב · Genesis 27:22
- 4יפה שעה אחת בתשובה · אבות ד, יז.
- 5יפה שעה אחת בתשובה · Pirkei Avot 4:17
9וע״ז אמרו אנכי ולא1 יהיה לך מפי הגבורה שמענו שכמה בחי׳ גבורות וצמצומים הן להיות גילוי זה של בחינת אנכיכ בתורה ומצות שהוא למעלה מן ההשתלשלות בחינת ישת חשך סתרו2 חשך והעלם ולא אור וגילוי
À ce sujet, ils ont dit : « “Je suis” (Anochi) et “Tu n’auras pas [d’autres dieux]”, nous les avons entendus de la bouche de la Puissance (HaGuevoura) » : car de nombreux niveaux de Guevoura (retenue) et de contractions (tsimtsoumim) sont nécessaires pour que se révèle ce niveau de « Je » (Anochi) dans la Torah et les mitsvot, lequel est au-dessus de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), le niveau de « Il fit des ténèbres Sa cachette » : ténèbres et dissimulation, et non lumière et révélation.
Le Talmud (Makkos 24a) rapporte que « Je suis » et « Tu n’auras pas d’autres dieux », les deux premiers des Dix Commandements, ont été entendus « de la bouche de la Guevoura », une épithète désignant le Tout-Puissant et qui signifie aussi « retenue ». L’Alter Rebbe y voit une allusion : de nombreuses retenues et contractions sont nécessaires pour que le « Je » (Anochi), qui se situe au-dessus de l’enchaînement des mondes et est « ténèbres », c’est-à-dire dissimulation absolue, puisse se révéler dans la Torah et les mitsvot.
(ועמ״ש כה״ג [כהאי גוונא] בד״ה ושאבתם3 מים בששון4 שניסוך המים בחג הוא המשכת חכמה עילאה בחי׳ ביטול ומה שאעפ״כ [שאף על פי כן] יהיה בששון דוקא זהו משום דחו״ב [דחכמה ובינה] הם תרין ריעין5 כו׳ והיינו ג״כ ענין התכללות הביטול ויראה עם השמחה
(Voyez aussi ce qui est écrit dans le même esprit dans le discours commençant par « Vous puiserez de l’eau avec joie » : la libation d’eau de la fête consiste à faire descendre la 'Hokhma supérieure (sagesse), le niveau de bitoul (annulation de soi) ; et si elle doit néanmoins se faire précisément « avec joie », c’est parce que la 'Hokhma et la Bina (compréhension) sont « deux compagnons », etc. ; c’est également là le fait que le bitoul et la crainte soient inclus dans la joie.
La parenthèse renvoie au discours « Vous puiserez de l’eau avec joie », consacré à la libation d’eau de Soukkot. L’eau représente la 'Hokhma supérieure et le bitoul, tandis que la « joie » représente la Bina ; puisque la 'Hokhma et la Bina sont « deux compagnons » qui ne se séparent jamais, le bitoul et la crainte peuvent être associés à la joie.
והוא אחר עשי״ת [עשרת ימי תשובה] ויוהכ״פ [ויום הכפורים] שממשיכים מבחי׳ לפני הוי׳ תטהרו. שלום שלום לרחוק ולקרוב6 כו׳. עי״ז נעשה אח״כ התכללות זו. אך כאן הגילוי הוא השמחה והששון רק תוכו רצוף הביטול והיראה):7
Et cela vient après les Dix Jours de Techouva et Yom Kippour, où l’on fait descendre le niveau de « devant Havaya, vous serez purifiés ». « Paix, paix, pour celui qui est loin et pour celui qui est proche », etc. C’est par cela que cette inclusion se réalise ensuite. Mais ici, ce qui se révèle, c’est la joie et l’allégresse ; seul son intérieur est incrusté de bitoul et de crainte.)
Cette union intervient après les Dix Jours de Techouva et Yom Kippour, lorsque l’homme est purifié « devant Havaya » et que la paix de « pour celui qui est loin et pour celui qui est proche » est attirée. À Soukkot, en revanche, c’est la joie qui apparaît au-dehors, tandis que son intérieur est « incrusté » de bitoul et de crainte.
Le paragraphe explique que la révélation du « Je » de D.ieu dans les mitsvot exige de nombreuses contractions et, dans une parenthèse, compare cette inclusion à la joie de Soukkot : une allégresse révélée, avec le bitoul et la crainte à l’intérieur.
Le discours de Likkutei Torah sur « Vous puiserez de l’eau avec joie », cité dans la note de Kehot, renvoie lui-même à la discussion de ce maamar sur « Paix, paix, pour celui qui est loin et pour celui qui est proche » et ajoute que c’est pourquoi les hommes d’action chantaient et dansaient lors de la libation d’eau.
Maré mekomot
- 1אנכי ולא יהי׳ לך מפי הגבורה שמענו · Makkot 24a:1–3
- 2ישת חשך סתרו · Psalms 18:12
- 3בד״ה ושאבתם · לקמן פ, א.
- 4ושאבתם מים בששון · Isaiah 12:3
- 5דחו״ב הם תרין רעין · Zohar III, 4a
- 6שלום שלום לרחוק ולקרוב · Isaiah 57:19
- 7לפני הוי׳ תטהרו · Leviticus 16:30
10קיצור. ושמחה זו דבחי׳ וכל קרב וכליות יזמרו הוא שמחה של מצוה. וזהו ענין ברכת המצות. ואהבת את ודברת בם:1
Résumé. Cette joie du niveau de « et toutes les parties intérieures et les reins chanteront » est la joie d’une mitsva. Tel est le sens de la bénédiction sur les mitsvot, [et de] « Et tu aimeras es » et « Et tu en parleras ».
Résumé de la troisième section : la joie intérieure de « toutes les parties intérieures et les reins chanteront » est la joie d’une mitsva. C’est ce qu’exprime la bénédiction sur les mitsvot, et ce que décrivent les versets « Et tu aimeras es » et « Et tu en parleras ».
Résumé de la troisième section : la joie d’une mitsva, qui contient l’amour dans la crainte, est le thème de la bénédiction sur les mitsvot et de ces versets du Chema.
Maré mekomot
- 1ודברת בם · Deuteronomy 6:7
L’éveil d’en bas ¶11–12
11ד אך הנה גילוי זה שמן החשך בריבוי הצמצוצים באתערותא דלתתא תליא מילתא1 להיות ואהבת בכל לבבך בשני יצריך2 שגם היצה״ר [היצר הרע] ישוב לעבודת ה׳ בבחי׳
4. Mais voici que cette révélation [qui vient] des ténèbres à travers la multitude des contractions (tsimtsoumim) dépend d’un éveil d’en bas : il faut que se réalise « Tu aimeras de tout ton cœur », avec tes deux inclinations, afin que l’inclination au mal, elle aussi, revienne au service de D.ieu, selon le mode de
La quatrième section demande ce qui fait surgir cette révélation des ténèbres cachées et la fait passer à travers toutes les contractions. La réponse est le principe du Zohar selon lequel cela « dépend d’un éveil d’en bas » : l’homme doit aimer D.ieu « de tout son cœur », avec ses deux inclinations (Berakhot 54a), afin que l’inclination au mal, elle aussi, Le serve.
אתכפיא ואתהפכא חשוכא לנהורא שכמו שהאדם מתגבר למטה נגד טבעו הן בסור מרע הן בועשה טוב3 בבחינת בטל רצונך45 שמבטל רצונו ומסלק את עצמו ומשליך נפשו ורצונו מנגד כו׳.
soumission (iskafya) et transformation (is’hapcha) des ténèbres en lumière. Car, de même que l’homme, ici-bas, surmonte sa nature, aussi bien en « s’écartant du mal » qu’en « faisant le bien », selon le principe « Annule ta volonté », en ce qu’il annule sa volonté, s’efface et rejette son âme et sa volonté, etc.,
L’inclination au mal est amenée à servir D.ieu par la soumission (iskafya), qui consiste à la maîtriser, et par la transformation (is’hapcha), qui change ses ténèbres en lumière. L’homme surmonte sa nature aussi bien en « s’écartant du mal » qu’en « faisant le bien » (Psaumes 34:15), conformément à l’enseignement de la Michna : « Annule ta volonté » (Avos 2:4), en mettant de côté sa volonté propre et son moi.
כך נמשך מלמעלה בחי׳ ביטול וסילוק עצמיות אור א״ס ב״ה שלא יאיר ויתגלה כמו שהוא שאין לו סוף כו׳ שאין העולמות יכולים לסבול את האור הזה כמו שהוא.
de même est attiré d’En Haut le niveau d’annulation de soi (bitoul) et de retrait de l’essence même de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, afin qu’elle ne brille pas et ne se révèle pas telle qu’elle est, sans limite, etc., car les mondes ne peuvent supporter cette lumière telle qu’elle est.
Mesure pour mesure, D.ieu met alors de côté Son essence propre : la Lumière infinie essentielle se retire, afin qu’elle ne brille pas dans son infinité. Cela est nécessaire, car les mondes ne pourraient supporter cette lumière telle qu’elle est.
La quatrième section relie la révélation à l’effort humain : lorsqu’un homme met de côté sa nature et sa volonté propres, D.ieu retire et contracte en retour Sa Lumière infinie afin qu’elle puisse se révéler aux mondes.
Maré mekomot
- 1באתערותא דלתתא תליא מילתא · Zohar II, 135b
- 2בכל לבבך בשני יצריך · Berakhot 54a:6
- 3בסור מרע . . בועשה טוב · Psalms 34:15
- 4בטל רצונך · אבות ב, ד.
- 5בטל רצונך · Pirkei Avot 2:4
12ולכן נק׳ חושך ולא אור וגילוי אלא שיתצמצם בכמה מיני צמצוצים וירידות המדרגות להיות גילוי האור מתוך החושך שהיא בחי׳ ירידה אצלו ית׳.
C’est pourquoi on l’appelle ténèbres, et non lumière ni révélation. Au contraire, elle se contracte par de nombreuses sortes de contractions (tsimtsoumim) et de descentes de niveaux, afin que la lumière se révèle à partir des ténèbres — ce qui constitue pour Lui, béni soit-Il, un aspect de descente.
Puisque la lumière essentielle se retire, la source de la révélation est appelée « ténèbres », et non lumière. La révélation ne vient que lorsque cette lumière se contracte au moyen de nombreuses contractions et de niveaux descendants, afin que la lumière surgisse des ténèbres ; pour D.ieu, cela constitue une descente.
כמארז״ל [כמאמר רבותינו זכרונם לברכה] במקום שאתה מוצא גדולתו1 של הקב״ה כו׳ שהניח את עצמיות אור א״ס ב״ה ומשרה שכינתו בבחינת צמצום כדי להיות גילוי ואור מתוך החושך העליון
Comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Partout où vous trouvez la grandeur du Saint béni soit-Il », etc. : Il a mis de côté l’essence de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, et fait résider Sa Chekhina (Présence divine) sous une forme contractée, afin que la révélation et la lumière puissent surgir des ténèbres supérieures.
Nos Sages enseignent (Megillah 31a) que partout où l’on trouve la grandeur de D.ieu, on trouve également Son humilité. Cela signifie ici que D.ieu a mis de côté l’essence de Sa Lumière infinie et fait résider Sa Chekhina sous une forme contractée, afin que la révélation et la lumière puissent surgir des ténèbres supérieures.
(וגם כי ע״י אתהפכא חשוכא שלמטה לנהורא מעוררים למעלה הגילוי מבחינת ישתש חשך סתרו שלמעלה מבחינת אור. וזהו ענין יתרון האור מן החשך23 דייקא)
(De plus, lorsque les ténèbres d’en bas sont transformées en lumière, cela suscite en haut une révélation issue du niveau de « Il fit des ténèbres Sa cachette », qui est au-dessus du niveau de la lumière. C’est là le sens de « l’avantage de la lumière qui vient des ténèbres », précisément.)
La parenthèse ajoute une seconde raison : lorsqu’une personne transforme ici-bas les ténèbres en lumière, elle suscite en haut une révélation issue du niveau de « Il fit des ténèbres Sa cachette », qui est supérieur à la lumière elle-même. C’est le sens de « l’avantage de la lumière qui vient des ténèbres » (Ecclésiaste 2:13).
(עיין בזהר פ׳ תזריע4 דמ״ז ע״ב. ובפ׳ בשלח דנ״ז ע״א.5 ועמ״ש בביאור ע״פ שחורה אני6 ונאוה7 בענין מצות ל״ת [לא תעשה] כו׳)
(Voir le Zohar, Parachat Tazria, page 47b, et Parachat Beshalach, page 57a. Voir aussi ce qui est écrit dans l’explication du verset « Je suis noire, mais belle », au sujet des mitsvot prohibitives, etc.)
À l’appui de ce thème, le texte renvoie au Zohar sur Tazria et sur Beshalach, ainsi qu’à l’explication de Likkutei Torah sur « Je suis noire, mais belle » (Cantique des Cantiques 1:5), qui montre comment l’observance des mitsvot prohibitives révèle une lumière d’un niveau très élevé.
ועי״ז נמשך גילוי זה גם בלב האדם למטה להיות בחי׳ כלי ומשכן שתהיינה כלולות בו ב׳ המדות אהבה ויראה גם יחד ע״י המשכת בחי׳ שלום הכולל ומחבר כו׳.
Par cela, cette révélation est également attirée dans le cœur de l’homme ici-bas, afin qu’il devienne un réceptacle et une demeure où les deux attributs, amour et crainte, soient inclus ensemble, grâce à l’attraction du niveau de paix, qui englobe et unit, etc.
Grâce à cet éveil d’en bas, la révélation atteint aussi le cœur humain et en fait un réceptacle et une demeure où l’amour et la crainte sont réunis. Cela se produit par l’attraction de la paix, qualité qui englobe et unit les opposés.
וע״ז נאמר שומר פיו ולשונו8 שומר מצרות נפשו (משלי כ״א) פי׳ שלא תהא נפשו צרה וקצרה מהכיל ב׳ הפכים כאחד שהן אהוי״ר [אהבה ויראה]
À ce sujet, il est dit : « Celui qui garde sa bouche et sa langue préserve son âme des troubles (tsaros) » (Proverbes 21) ; c’est-à-dire que son âme ne soit pas étroite (tsarah) et trop limitée pour contenir ensemble deux opposés, à savoir l’amour et la crainte,
L’Admour Hazaken interprète Proverbes 21:23, « Celui qui garde sa bouche et sa langue préserve son âme des troubles (tsaros) », comme un jeu de mots sur tsar, « étroit » : garder sa bouche empêche l’âme d’être trop étroite pour contenir à la fois l’amour et la crainte.
אלא כמ״ש הרחיבי מקום אהלך9 וגו׳ והיינו ע״י שמירת פיו ולשונו בבחי׳ אתכפיא סט״א [סטרא אחרא] הן בבחי׳ סור מרע כו׳
mais plutôt, comme il est écrit : « Élargis l’espace de ta tente », etc. Cela se réalise en gardant sa bouche et sa langue, par la soumission de la sitra a'hra (l’autre côté), notamment sous la forme de « s’éloigner du mal », etc.
Au contraire, l’âme devient spacieuse, comme dans « Élargis l’espace de ta tente » (Isaïe 54:2). Cela vient du fait de garder sa bouche et sa langue, ce qui constitue une manière de soumettre la sitra a'hra en « s’éloignant du mal ».
(ועיין מענין שומר פיו ולשונו בשל״ה [בשני לוחות הברית] בתשב״כ [בתורה שבכתב] בס״פ תו״א [תורה אור] השייך לפ׳ בהר שם פי׳ שזהו מענין מ״ם סתומה של למרבה המשרה10 ושם נאמר ולשלום אין קץ כו׳ וכנ״ל)
(Voir également, au sujet de « Celui qui garde sa bouche et sa langue », le Chela, dans la partie consacrée à la Torah écrite, à la fin de Torah Ohr correspondant à la Parachat Behar ; il explique là que cela se rapporte au mem fermé du mot « lemarbeh » dans « À l’accroissement de la domination », où il est dit : « et à la paix, il n’y aura pas de fin », etc., comme indiqué plus haut.)
La parenthèse cite le Chela, qui relie « Celui qui garde sa bouche et sa langue » au mem fermé du mot lemarbeh en Isaïe 9:6, un mem final écrit au milieu du mot. Le même verset parle d’une « paix sans fin », ce qui relie la garde de la bouche au thème de la paix évoqué plus haut.
שעי״ז נמשכה אהבה זו הכלול׳ [הכלולה] ביראה בפנימיות ותוכיות הלב להיות הלב בחי׳ כלי ומשכן לאהבה זו
Car c’est par cela que cet amour, inclus dans la crainte, est attiré dans la dimension intérieure (pnimiyout) et au plus profond du cœur, de sorte que le cœur devienne un réceptacle et une demeure pour cet amour,
En gardant la bouche, cet amour, inclus dans la crainte, est attiré au plus profond du cœur, de sorte que le cœur devienne son réceptacle et sa demeure.
והיא תקועה ושמורה לנצח בל תמוט ממנו כל הימים בין במחשבה בין בדבור ומעשה וכמ״ש ודברת בם בשבתך בביתך ובלכתך11 וגו׳
et il y est fixé et gardé pour toujours, sans jamais s’en détacher, tous les jours, que ce soit dans la pensée, dans la parole ou dans l’action ; comme il est écrit : « Et tu en parleras lorsque tu seras assis dans ta maison et lorsque tu marcheras », etc.,
Un tel amour est fixé et durable ; il ne s’éloigne jamais et façonne tout autant la pensée, la parole et l’action. C’est ce que décrit le Chéma : « Et tu en parleras lorsque tu seras assis dans ta maison et lorsque tu marcheras sur le chemin » (Deuteronomy 6:7).
וקשרתם לאות12 וגו׳ והוקשה כל התורה לתפילין13 שכמו שתפילין שהם על הקלף גשמי ושורה בהם קדושה עליונה מאור א״ס ב״ה הסוכ״ע בפרשיות הכתובין בהם.
« Et tu les attacheras comme un signe », etc. Toute la Torah a été assimilée aux téfilines : de même que les téfilines, qui reposent sur un parchemin matériel, sont empreintes d’une sainteté supérieure provenant de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), par l’intermédiaire des passages qui y sont inscrits,
Le Chéma poursuit : « Et tu les attacheras comme un signe » (Deuteronomy 6:8), ce qui désigne la mitsva des téfilines ; et le Talmud (Kiddushin 35a) dit que toute la Torah est assimilée aux téfilines. Les téfilines sont faites de parchemin matériel, et pourtant la lumière qui entoure tous les mondes repose sur elles par l’intermédiaire des passages qui y sont inscrits.
כך הוא ענין כל המצות שהם בעשיה גשמיות ואעפ״כ [ואף על פי כן] שורה ומלובש בהם אור א״ס ב״ה ולזאת יהיה כל מעשיו ודבוריו ומחשבותיו בעסק התורה והמצות בבחי׳ אהבה זו וביטול זה.
il en va ainsi de toutes les mitsvot : elles consistent en des actes matériels, et pourtant la Lumière infinie, béni soit-Il, repose en elles et s’y trouve revêtue. C’est pourquoi tous ses actes, ses paroles et ses pensées dans son étude de la Torah et sa pratique des mitsvot seront empreints de cet amour et de cette annulation de soi (bitoul).
Il en va ainsi de chaque mitsva : bien qu’elle soit un acte matériel, la Lumière infinie repose en elle et s’y trouve revêtue. C’est pourquoi tous les actes, paroles et pensées d’une personne dans la Torah et les mitsvot sont imprégnés de cet amour et de ce bitoul.
משא״כ ע״י אהבה שמבחי׳ הצמאון אף שנמשך עליו בחינת וימינו תחבקני14 היא בחינת חיבוק מבחוץ ולכן היא חולפת ועוברת אחר התפלה כו׳.
En revanche, l’amour qui provient de l’aspect de la soif, même si le niveau de « sa droite m’étreint » est attiré sur lui, est une étreinte extérieure ; c’est pourquoi il passe et s’évanouit après la prière, etc.
L’amour qui provient de la soif est différent. Même s’il suscite le sentiment que « sa droite m’étreint » (Song of Songs 2:6), il s’agit d’une étreinte extérieure, qui s’estompe donc lorsque la prière est achevée.
והמשככת גילוי זה בלב שיהא הלב משכן וכלי לאהבה זו שתהיה בפנימיותו ותוכיותו שתהיה תקועה ושמורה לנצח נעשה ע״י בחי׳ מחוקק שעושה חקיקה לכלי לקבל
L’attirance de cette révélation dans le cœur, afin que celui-ci soit une demeure et un réceptacle pour cet amour, qu’il l’abrite dans sa dimension intérieure et au plus profond de lui-même, et qu’il le garde fixé pour toujours, s’accomplit par le niveau du législateur (me’hokek), qui grave le réceptacle afin qu’il puisse recevoir.
Pour faire du cœur un réceptacle durable de cet amour, il faut la qualité du me’hokek, le « législateur », un terme dont la racine signifie aussi « graver ». À la manière d’un artisan qui creuse un réceptacle pour qu’il puisse contenir quelque chose, cette qualité creuse dans le cœur un espace destiné à recevoir.
(ועמ״ש ע״פ במחוקק במשענותם1516 וע״פ החלצו מאתכם) ומחוקק זה משה כמ״ש כי שם חלקת מחוקק17 ספון הוא הדעת שהוא מקור התורה.
(Voyez ce qui est écrit au sujet du verset « avec le législateur, avec leurs bâtons » et du verset « Armez parmi vous-mêmes ».) Ce législateur est Moché, comme il est écrit : « Car là est cachée la part du législateur » ; il s’agit de Daat (connaissance), qui est la source de la Torah.
Le texte renvoie aux discours sur « avec le législateur, avec leurs bâtons » (Numbers 21:18) et sur « Armez parmi vous-mêmes ». Le législateur est Moché, dont il est dit : « car là est cachée la part du législateur » (Deuteronomy 33:21) ; sa qualité est Daat, la source de la Torah.
C’est à ce sujet qu’il est dit : « Et voici la Torah que Moché a placée devant les enfants d’Israël. » (Voyez aussi ce qui est écrit ailleurs au sujet du verset : « Et voici les lois que tu placeras devant eux. »)
Telle est la signification de « Et voici la Torah que Moché a placée devant (lifnei) les enfants d’Israël » (Deuteronomy 4:44). Une explication parallèle est donnée ailleurs au sujet de « Et voici les lois que tu placeras devant eux » (Exodus 21:1).
פי׳ לפני בבחינת פנמיות בני ישראל להיות המשכת והנורא מבחינת אל עליון ומבחי׳ ישת חשך סתרו יהיה גילוי אור עד שמאיר אור האהבה הכלולה ביראה בתוך פנימיות שבו
Le sens de « devant » (lifnei) est : dans la dimension intérieure des enfants d’Israël, afin que « et le redoutable » y soit attiré depuis le niveau de « D.ieu Très-Haut » et que, depuis le niveau de « Il fit des ténèbres Sa retraite », une lumière se révèle, jusqu’à ce que la lumière de l’amour inclus dans la crainte brille dans la dimension intérieure qui est en lui,
Lifnei, « devant », est compris comme apparenté à penim, « à l’intérieur » : Moché a inscrit la Torah dans la dimension intérieure du peuple juif. Par son intermédiaire, la lumière de « Il fit des ténèbres Sa retraite » se révèle, jusqu’à ce que l’amour inclus dans la crainte brille dans le for intérieur d’une personne.
ועל ידו נעשה הלב כלי קיבול להיות תוכיות הלב ופנימיותו רצוף אהבה זו בל תמוט לעולם ועד.
et, par son intermédiaire, le cœur devient un réceptacle, de sorte que le cœur profond et sa dimension intérieure soient incrustés de cet amour, sans jamais vaciller, à jamais.
Ainsi, le cœur devient un véritable réceptacle, dont le noyau le plus intime est « incrusté » de cet amour, qui dès lors ne vacille jamais.
Ce paragraphe explique comment la lumière cachée se révèle et pénètre le cœur : D.ieu contracte Sa lumière en réponse à la transformation, par l’homme, des ténèbres en lumière ; et, grâce à la garde de la parole ainsi qu’à la qualité de Moché, qui « grave » le cœur pour en faire un réceptacle, l’amour inclus dans la crainte s’établit durablement au plus profond du cœur, contrairement à un amour passager né de la soif.
Selon le discours de Likkutei Torah sur « avec le législateur, avec leurs bâtons » (cité dans la note de Kehot), un réceptacle doit être gravé de deux façons : à l’extérieur, pour enlever la rouille, et à l’intérieur, pour creuser un contenant. Dans l’âme, la première enlève ce qui dissimule et fait obstacle, et la seconde la façonne en réceptacle pour la Lumière infinie, qui ne réside que dans 'Hokhma, le niveau du bitoul ; le « législateur » qui façonne ce réceptacle est celui qui attire la Torah d’une manière de bitoul.
Maré mekomot
- 1במקום שאתה מוצא גדולתו · Megillah 31a:12–13
- 2יתרון האור מן החושך · Ecclesiastes 2:13
- 3יתרון האור מן החשך · Zohar, Tazria 22:96–105
- 4בזהר פ׳ תזריע · ראה ביאוה״ז לכ״ק אדמו״ר הצ״צ כרך ב ע׳ תתנט. ובאוה״ת ויקרא כרך א ע׳ רנח ואילך.
- 5ובפ׳ בשלח דנ״ז ע״א · אולי הכוונה למ״ש שם מאי לראות פני, אלא כל אינון אנפין דמלכא טמירין — ביאור מחסיד בכת״י.
- 6בביאור ע״פ שחורה אני · לקמן שה״ש י, א. דבבחי׳ סוכ״ע יש ג״כ ב׳ מדרי׳ הא׳ מה שנק׳ סוכ״ע אף שהוא סובב ואינו מתגלה מ״מ שייך לקרותו בשם סובב כל עלמין . . אבל עצמותו ומהותו לא שייך לקרותו באמת בשם סוכ״ע כו׳ והוא מתגלה ע״י קיום מל״ת כו׳ בבחי׳ שלילה אשר הם בדברים האסורים כו׳ ששרשן גבוה ביותר, ובדף י, ג כ׳ שע״י הל״ת נמשך גילוי עמוקות שאינו מתגלה עמוקות כאלו ע״י נהורא חיורא — ביאור מחסיד בכת״י.
- 7שחורה אני ונאוה · Song of Songs 1:5
- 8
- 9הרחיבי מקום אהלך · Isaiah 54:2
- 10למרבה המשרה ולשלום אין קץ · Isaiah 9:6
- 11ודברת בם בשבתך בביתך ובלכתך · Deuteronomy 6:7
- 12וקשרתם לאות · Deuteronomy 6:8
- 13והוקשה כל התורה לתפילין · Kiddushin 35a:5
- 14וימינו תחבקני · Song of Songs 2:6
- 15ע״פ במחוקק במשענותם · לקמן חקת סג, ב בענין שני חקיקות לכלי מבית ומחוץ להעביר החלודה ובפנים לחקוק בית קיבול. [וזהו פי׳ מחוקק שהוא חקיקת ותיקון הכלים להיות ריבוי הכלים ועי״ז יהי׳ ריבוי האור] — ביאור מחסיד בכת״י.
- 16במחוקק במשענותם · Numbers 21:18
- 17כי שם חלקת מחוקק · Deuteronomy 33:21
- 18וזאת התורה אשר שם משה · Deuteronomy 4:44
- 19ע״פ ואלה המשפטים · תו״א פ׳ משפטים משה ישפיע בחי׳ הדעת לפנימיותם כי הדעת הוא המשכת הפנימיות דוקא.
- 20ואלה המשפטים אשר תשישם לפניהם · Exodus 21:1
Havaya est Elokim ¶13–15
Et, à la lumière de tout ce qui précède, on comprendra le sens de « Sache aujourd’hui » : le jour va avec la nuit, comme il est dit : « Il y eut un soir, il y eut un matin : un jour. »
Après avoir exposé tout cela, l’Admour Hazaken revient au verset d’ouverture : « Sache aujourd’hui. » Comme on l’a montré au début, un jour comprend la nuit : « Il y eut un soir, il y eut un matin : un jour. »
היינו כברייתו של עולם ברישא חשוכא2 והדר נהורא שמן החושך נעשה אור כך הוא גילוי אור א״ס ב״ה מחשך עליון ברישא חשוכא בחינת ישת חשך סתרו3 ואל עליון והדר נהורא4 להיות בחי׳ אור וגילוי
C’est-à-dire, comme lors de la création du monde, « d’abord l’obscurité, puis la lumière » : de l’obscurité advint la lumière. Il en va de même pour la révélation de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il : elle procède d’une obscurité supérieure. « D’abord l’obscurité » — le niveau de « Il fit des ténèbres Sa retraite » et du D.ieu Très-Haut —, puis « la lumière », afin qu’il y ait le niveau de la lumière et de la révélation.
Le monde fut créé selon cet ordre, « d’abord l’obscurité, puis la lumière » (Chabbat 77b), de sorte que la lumière advint de l’obscurité. Il en va de même pour la révélation de D.ieu : d’abord vient l’obscurité supérieure évoquée par « Il fit des ténèbres Sa retraite » et par le D.ieu Très-Haut, puis la lumière et la révélation qui en procèdent.
והיינו ע״י הדעת וזהו וידעת היום ומזה וידעת כי5 הוי׳ הוא אלהים שנמשך להיות חיבור ויחוד שם הוי׳ עם שם אלהים ע״י המשכות וי״ו והנורא מאל עליון הכולל ומחבר השני הפכים.
Cela se fait par le Daat (connaissance), et c’est là le sens de « Sache aujourd’hui » (veyadata). De là vient aussi : « Tu sauras que Havaya est Elokim » — c’est-à-dire qu’un lien et une union entre le Nom Havaya et le Nom Elokim se réalisent par les influx de la lettre vav de « et redoutable », provenant du D.ieu Très-Haut, qui englobe les deux opposés et les unit.
Cette émergence de la lumière à partir de l’obscurité se produit par le Daat, auquel fait allusion « Sache aujourd’hui » (veyadata). Par son intermédiaire, on parvient à savoir que « Havaya est Elokim » : le Nom Havaya, qui désigne D.ieu transcendant le monde, est uni au Nom Elokim, qui désigne D.ieu caché en lui. Cette union s’opère par la lettre vav de « et redoutable », provenant du D.ieu Très-Haut, qui unit les opposés.
Le paragraphe revient au verset d’ouverture : de même que le jour émerge de la nuit, la révélation émerge, par le Daat, de l’obscurité supérieure du D.ieu Très-Haut. Il en résulte l’union des Noms Havaya et Elokim.
Selon la note du Kehot, l’Or HaTorah du Tséma’h Tsédek sur Ki Sisa renvoie à ce passage et explique longuement que le « Très-Haut » dont il est question ici est Kéter.
Maré mekomot
- 1ויהי ערב ויהי בקר יום אחד · Genesis 1:5
- 2כברייתו של עולם ברישא חשוכא · Shabbat 77b:8
- 3ישת חשך סתרו · Psalms 18:12
- 4בחינת ישת חשך סתרו ואל עליון והדר נהורא · באוה״ת פ׳ כי תשא כרך ח ע׳ ג׳קד מציין לכאן: ”מפרש על עליון הוא כתר” ע״ש בארוכה.
- 5וידעת כי הוי׳ הוא אלהים · Deuteronomy 4:39
14והמשכה זו שהוא מלמעלה מעלה מן ההשתלשלות מבחינת ישך חשך סתרו להיות גילוי אור שהוא ע״י בחי׳ גבורות וצמצוצים באתעדל״ת [באתערותא דלתתא] תליא מילתא ע״י
Et cet influx, qui provient de bien au-dessus de l'enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), du niveau de « Il fit des ténèbres Sa retraite », afin qu'une révélation de lumière ait lieu, ce qui se fait par le niveau des Guevourot (retenues) et des contractions (tsimtsoumim), « la chose dépend d'un éveil d'en bas » : par
Cet influx, qui provient de bien au-dessus de l'enchaînement des mondes, du niveau de « Il fit des ténèbres Sa retraite », se produit par des retenues et des contractions et, comme toute révélation de cette nature, « dépend d'un éveil d'en bas ». Le texte nomme maintenant cet éveil.
כי והשבות אל לבבך1 שיהיו ב׳ הלבבות כאחד שגם היצר הרע ישוב לעבודת ה׳ בבחינת אתכפיא ובטל רצונך2 כו׳ שבאתערותא דלתתא אתערותא דלעילא במקום שאתה מוצא גדולתו3 וכו׳:
[à savoir,] « tu le ramèneras à ton cœur », afin que les deux cœurs soient comme un seul, de sorte que le mauvais penchant, lui aussi, revienne au service de D.ieu, dans l'esprit de la soumission (itkafia) et de « Annule ta volonté », etc. ; car par un éveil d'en bas vient un éveil d'en haut, « partout où tu trouves Sa grandeur », etc.
L'éveil consiste à « le ramener à ton cœur » : unir les deux cœurs, afin que le mauvais penchant, lui aussi, serve D.ieu par la soumission et par « Annule ta volonté ». Un éveil d'en bas suscite un éveil d'en haut, et la grandeur de D.ieu apparaît alors avec Son humilité, lorsqu'Il se contracte afin de se révéler.
Ce paragraphe achève l'interprétation du verset introductif : « tu le ramèneras à ton cœur », c'est-à-dire l'union des deux penchants, constitue l'éveil d'en bas qui suscite la révélation de « Sache […] que Havaya est Elokim ».
Maré mekomot
- 1והשבות אל לבבך · Deuteronomy 4:39
- 2ובטל רצונך · Pirkei Avot 2:4
- 3במקום שאתה מוצא גדולתו · Megillah 31a:12–13
15קיצור. אך גילוי זה באתעדל״ת [באתערותא דלתתא] תליא באתכפיא ואתהפכא חשוכא לנהורא שעי״ז נמשך מלמעלה גילוי ואור מתוך החושך העליון. שומר פיו ולשונו1 כו׳.
Résumé. Mais cette révélation dépend d’un éveil d’en bas, de la soumission (iskafya) et de la transformation de l’obscurité en lumière, par lesquelles révélation et lumière sont attirées d’en haut, depuis l’obscurité supérieure. « Celui qui garde sa bouche et sa langue », etc.
Résumé de la quatrième section : la révélation dépend d’un éveil d’en bas, de la soumission de l’obscurité et de sa transformation en lumière, qui attirent révélation et lumière depuis l’obscurité supérieure. Garder sa bouche et sa langue (Proverbes 21:23) en fait partie.
והיינו ע״י במחוקק בחינת דעת וזהו וידעת היום. ומזה וידעת היום כי2 הוי׳ הוא האלקים.34567 והיינו ע״י והשבות אל לבבך כו׳.
Et cela se fait par « avec le législateur », le niveau de Daat (connaissance) ; c’est là « Connais ce jour ». De là vient : « Connais ce jour, que Havaya est Elokim. » Et cela se fait par « et tu le ramèneras à ton cœur », etc.
Cela se fait par la qualité du « législateur », qui est Daat, et c’est là « Connais ce jour » ; de là vient la connaissance que « Havaya est Elokim ». Tout cela se fait par « ramène-le à ton cœur », en unifiant les deux penchants.
ועד״ז י״ל [יש לומר] משארז״ל [מה שאמרו רבותינו זכרונם לברכה] (בברכות דנ״ה ע״ב) גבי בצלאל. בצל אל היית וידעת.8 פי׳ בצל אל היינו בחי׳ אל עליון9 כמ״ש בזח״ב [בזהר חלק ב׳] תרומה (קנ״ב סע״א [סוף עמוד א]).
Dans cette même perspective, on peut expliquer ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit (dans Berachos, page 55b) au sujet de Betsalel : « Tu étais dans l’ombre de D.ieu (betzel Kel), et tu savais. » Cela signifie que « dans l’ombre de D.ieu » désigne le niveau de D.ieu Très-Haut (Kel Elyon), comme il est écrit dans le Zohar, partie II, Terumah (fin de la page 152a).
La même idée permet d’expliquer le récit du Talmud au sujet de Betsalel (dans nos éditions, Berakhot 55a) : lorsqu’il comprit comment D.ieu voulait que le Michkan soit construit, Moché lui dit : « Tu as dû être dans l’ombre de D.ieu (betzel Kel), et tu savais », en jouant sur son nom. Le Zohar (II, 152a) identifie ce « Kel » à D.ieu Très-Haut.
ומזה נמשך בחי׳ וידעת היינו וידעת היום בחינת ברישא חשוכא והדר נהורא וכנ״ל ואח״כ והשבות אל לבבך כו׳
De cela découle le niveau de « et tu savais », c’est-à-dire « Connais ce jour », le niveau de « d’abord l’obscurité, puis la lumière », comme mentionné plus haut ; ensuite vient « et tu le ramèneras à ton cœur », etc.
Du niveau de D.ieu Très-Haut, « dans l’ombre de D.ieu », vient « et tu savais », c’est-à-dire « Connais ce jour » : d’abord l’obscurité, puis la lumière. Ce n’est qu’ensuite que vient « ramène-le à ton cœur », le travail intérieur.
וזהו שאמר לעשות משכן תחלה להמשיך המקיף העליון מבחינת ישת חשך סתרו ואח״כ ארון וכלים שיהיה ההתכללות בפנימית.
C’est pourquoi il dit de faire d’abord le Michkan (Tabernacle) : afin d’attirer la lumière englobante supérieure (makif) du niveau de « Il a fait de l’obscurité Sa retraite » ; et ensuite l’Arche et les réceptacles, afin que l’inclusion mutuelle se fasse dans la dimension intérieure.
C’est pourquoi Betsalel dit de faire d’abord le Michkan : afin d’attirer la lumière englobante supérieure (makif) du niveau de « Il a fait de l’obscurité Sa retraite ». L’Arche et les réceptacles ne viennent qu’ensuite, afin que l’inclusion mutuelle ait également lieu dans la dimension intérieure.
ועיין מענין כי הוי׳ הוא האלקים בזח״ג [בזהר חלק ג] נשא (קמ״ג א׳). קרח (קע״ח ב׳) פ׳ אחרי (דס״ה א׳) בראשית (די״ב10 סע״א [סוף עמוד א]). וארא (דכ״ה11 א׳) ועמ״ש מזה בד״ה שובה ישראל:1213
Voir, au sujet de « que Havaya est Elokim », le Zohar, partie III, Naso (143a) ; Korach (178b) ; Parshas Acharei (page 65a) ; Bereishis (fin de la page 12a) ; Va’eira (page 25a). Voir également ce qui est écrit à ce sujet dans le discours qui commence par « Reviens, Israël ».
Le maamar s’achève par des références à des passages du Zohar sur « que Havaya est Elokim » et par un renvoi au discours de Likkutei Torah intitulé « Reviens, Israël ». Selon les notes de Kehot, le Zohar y traite de l’inclusion du Nom Elokim dans le Nom Havaya, ainsi que de « Connais ce jour » comme connaissance détaillée de D.ieu.
Le résumé rattache l’ensemble du maamar à Betsalel : « dans l’ombre de D.ieu » désigne D.ieu Très-Haut, d’où vient la connaissance exprimée par « Connais ce jour », puis le travail intérieur de « ramène-le à ton cœur » ; de même, le Michkan, structure englobante, précède son Arche et ses réceptacles.
Le Zohar sur Terumah (II, 152a), cité dans le texte, explique le nom de Betsalel par « dans l’ombre de D.ieu », le D.ieu appelé « Très-Haut », et dit que celui qui réside dans cette ombre est le Tsadik. Le quatrième commandement du Zohar (I, 12a) consiste à savoir que Havaya est Elokim : inclure le Nom Elokim dans le Nom Havaya et savoir qu’ils sont un, sans séparation.
Maré mekomot
- 1שומר פיו ולשונו · Proverbs 21:23
- 2וידעת היום כי הוי׳ הוא האלקים · Deuteronomy 4:39
- 3כי הוי׳ הוא האלקים · Zohar, Idra Rabba 46:325–50:335
- 4כי הוי׳ הוא האלקים · Zohar, Korach 8:37–41
- 5כי הוי׳ הוא האלקים · Zohar, Achrei Mot 24:153–26:164
- 6כי הוי׳ הוא האלקים · Zohar, Introduction 22:199–24:209
- 7כי הוי׳ הוא האלקים · Zohar, Vaera 5:55–62
- 8בצל אל היית וידעת · Berakhot 55a:12
- 9בצל אל היינו בחי׳ אל עליון · Zohar, Terumah 42:470–44:481
- 10בראשית (די״ב ע״א) · לאכללא שמא דאלקים בשמא דה׳.
- 11וארא (דכ״ה א׳) · וידעת היום דוקא . . כי הוי׳ הוא האלקים דא באורח פרט.
- 12בד״ה שובה ישראל · לקמן סד, ג. ושם מציין לכאן.
- 13
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Le maamar invite l’homme à servir D.ieu avec joie dans les mitsvot, mais avec une joie contenue dans la crainte et le bitoul : à l’extérieur, la crainte ; à l’intérieur, l’amour chantant. Pour que cet amour dure au lieu de n’être qu’un sentiment passager durant la prière, il doit amener même son mauvais penchant au service de D.ieu, surmonter sa nature aussi bien en s’écartant du mal qu’en faisant le bien et en mettant de côté sa propre volonté, et veiller à sa bouche et à sa langue, afin que son cœur soit assez large pour contenir ensemble l’amour et la crainte.
Questions à discuter
- Pourquoi l’amour vient-il de l’éloignement et la crainte de la proximité, et en quoi comprendre que la lumière qui entoure les mondes est présente « en bas exactement comme en haut » vient-il étayer cela ?
- Comment la difficulté de Chimon HaAmsoni devant le es conduit-elle à conclure que l’amour doit inclure la crainte, mais non l’inverse ?
- Que représente le vav ajouté dans « et le redoutable », et pourquoi seule une lumière située au-dessus de tous les mondes peut-elle unir deux opposés ?
- Pourquoi l’accomplissement concret d’une mitsva dans ce monde est-il supérieur à tout le plaisir du Monde futur ?
- Comment veiller à sa parole rend-il l’âme assez « large » pour contenir deux opposés, et qu’est-ce qui fait durer l’amour qui en résulte après la prière ?