Likkutei Torah · Parshas Va’eschanan · Maamar 10
שמע ישראל הוי׳ אלקינו הוי׳ אחד ואהבת כו׳
Écoute, Israël : Havaya est notre D.ieu, Havaya est Un
L’idée centrale
Le Chema nomme Havaya deux fois parce qu’il existe deux niveaux : « Havaya est Un », l’unité de D.ieu au sein de la création, et « Havaya est notre D.ieu », Sa singularité (Ya’hid), racine de la Yé’hida de l’âme. Jadis, méditer sur cela éveillait à elle seule l’amour ; depuis la destruction, l’amour ne vient que par l’acceptation du joug du Ciel et l’annulation de sa volonté, qui, comme une graine qui pourrit avant de pousser, ouvre la voie à un amour sans limites, « de toute ta force ».
Le maamar en bref
Le maamar demande pourquoi le Chema nomme Havaya deux fois, pourquoi « Béni soit le Nom de la gloire de Son royaume » a été placé avant « Tu aimeras », et pourquoi le Chema quotidien ne suscite pas l’amour, alors que « tu aimeras » est également une promesse. Il répond à travers l’injonction « choisissez la vie ». Dans le corps, le cœur diffuse la force vitale, la nourriture est triée entre ce qui est retenu et les déchets, et le diaphragme les sépare ; de même, le flux de D.ieu se divise en eaux supérieures — le plaisir sublime — et eaux inférieures — les plaisirs de ce monde —, séparées par le firmament. Chema signifie « nom », et il y a le ayin agrandi : les lettres des sept attributs qui créent le monde jour après jour. « Havaya est Un » désigne l’unité de D.ieu au sein de la création, enracinée dans la parole ; « Havaya est notre D.ieu » provient de Ya’hid, la Pensée suprême dans laquelle Israël a surgi, et sa méditation éveille la Yé’hida de l’âme et l’amour. « Nous avons habité dans la vallée, face à Beit Peor » exprime le bitoul du Chema. Avant la destruction, la méditation suffisait ; aujourd’hui, l’amour exige l’acceptation du joug du Ciel, l’annulation de la volonté. Comme une graine qui pourrit, cela fait naître l’amour « de toute ta force » et le « bien » qui est au-dessus de la « vie ».
Plan
- Les questionsPourquoi Havaya est-il dit deux fois, pourquoi « Béni soit le Nom… » s’interpose-t-il, et pourquoi le Chema quotidien ne suscite-t-il pas l’amour ? « Tu aimeras » est également une promesse, et « choisissez la vie » demande une explication, puisque chacun aime la vie.¶1–3
- Le cœur, le firmament et les lettresLa force vitale du cœur et le tri de la nourriture entre ce qui est retenu et les déchets illustrent le flux de D.ieu : les eaux supérieures du plaisir sublime et les eaux inférieures des plaisirs de ce monde, séparées par le firmament. Le Chema, « nom » et ayin agrandi, désigne les lettres des sept attributs qui créent chaque jour.¶4–7
- Deux Noms Havaya« Havaya est Un » désigne l’unité de D.ieu au sein de la création, enracinée dans la parole ; « Havaya est notre D.ieu » provient de Ya’hid, la Pensée suprême dans laquelle les âmes ont surgi. La méditation qui s’y attache atteint la Yé’hida de l’âme.¶8–10
- L’amour et la vallée face à PeorUne telle méditation suscite l’amour d’elle-même. « Nous avons habité dans la vallée, face à Beit Peor » décrit l’attitude d’humilité et de sacrifice de soi du Chema au moment de « Un », à l’opposé de Peor, qui attirait la force vitale vers les déchets.¶11
- Le joug du Ciel après la destructionDepuis la destruction, l’amour exige l’acceptation du joug du Ciel : annuler sa volonté, en s’abstenant de ce qui est permis et en dépassant ses habitudes pour faire le bien. Comme une graine qui pourrit puis germe, cela mène à l’amour « de toute ta force », dont le réceptacle est Mal'hout, la Torah orale.¶12–13
- La graine et le nom« Ainsi dureront ta descendance et ton nom » : la croissance vient par le bitoul ; dans le Monde futur, la révélation atteindra même les eaux inférieures. Suit une liste de midrachim sur « Écoute, Israël ».¶14
- La vie et le bien, la mort et le malLa vie se trouve au-dessus de la séparation ; la mort est le déchet au-dessous ; le mal consiste à faire du déchet une existence indépendante ; et le bien est au-dessus de la vie elle-même. C’est ce que signifie la séparation opérée par le firmament, énoncée deux fois ; le bien est attiré vers le bas par « de toute ta force ».¶15–16
Notions clés
- Eaux supérieures et eaux inférieuresמים עליונים ומים תחתונים
- Les deux sortes de flux divin : le plaisir sublime en D.ieu Lui-même, la véritable « vie », et les plaisirs de ce monde, comparés aux déchets de la digestion. Le firmament, comme le diaphragme du corps, les sépare.
- Chem et le ayin agrandiשם ע׳ רבתי
- Chema (שמע) se lit chem (שם, « nom ») et ayin agrandi (ע, soixante-dix), comme le relève le Zohar : les sept attributs émotionnels, chacun composé de dix, et les lettres qui en émanent pour créer le monde.
- Ya’hid et Yé’hidaיחיד / יחידה
- Ya’hid désigne D.ieu dans Sa singularité et Son unicité, au-dessus de toute vie créée ; « Havaya est notre D.ieu » en provient. Yé’hida, le niveau le plus intérieur de l’âme, porte ce nom parce qu’elle reçoit de Ya’hid.
- Pensée suprêmeמחשבה עילאה
- Le niveau où « Israël a surgi dans la pensée », source des âmes, supérieur à la parole divine, source des mondes et des anges.
- Acceptation du joug de la royauté du Cielקבלת עול מלכות שמים
- L’annulation de sa propre volonté devant D.ieu, exprimée par « Béni soit le Nom de la gloire de Son royaume ». Depuis la destruction du Temple, c’est la voie indispensable pour parvenir à l’amour.
- Annulation de la volontéביטול הרצון
- Faire le contraire de ce que désire le cœur : s’abstenir de ce qui est permis dans « détourne-toi du mal », et dépasser ses habitudes dans « fais le bien ». Seul ce qui est accompli de cette manière est véritablement appelé service.
- De toute ta forceבכל מאדך
- Un amour trop grand pour tout réceptacle, qui dépasse l’amour contenu dans l’intellect (« de toute ton âme »). Il vient par l’annulation de la volonté, de même qu’une graine ne germe qu’après avoir pourri, et son réceptacle est Mal'hout, la Torah orale.
Les questions ¶1–3
« Écoute, Israël : Havaya est notre D.ieu, Havaya est Un. Et tu aimeras », etc. Il faut comprendre pourquoi [le verset] mentionne [le Nom] Havaya deux fois.
Le maamar s’ouvre sur le premier verset du Chema (Deutéronome 6:4) et le début du verset suivant : « Et tu aimeras Havaya ton D.ieu. » Sa première question est la suivante : pourquoi le verset mentionne-t-il deux fois le Nom Havaya, une fois dans « Havaya est notre D.ieu » et une autre dans « Havaya est Un » ?
ועוד להמ הפסיקו אכנה״ג [אנשי כנסת הגדולה] בין אחד לואהבת4 בבשכמל״ו [בברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד]. וגם צריך להבין פי׳ שמע שהוא לשון אסיפה מלשון וישמע שאול את העם5 וגם לשון הבנה6
En outre, pourquoi les Hommes de la Grande Assemblée ont-ils intercalé, entre « Un » et « Et tu aimeras », « Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à tout jamais » ? Il faut aussi comprendre le sens de « Chema », qui signifie rassembler, comme dans « Chaoul rassembla (vayechama) le peuple », et qui signifie également comprendre.
Deux autres questions se posent. Dans la récitation quotidienne, « Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à tout jamais » est prononcé entre « Un » et « Et tu aimeras » : pourquoi cette interruption a-t-elle été instituée ? Le mot Chema a deux sens : « rassembler », comme lorsque Chaoul rassembla (vayechama) le peuple pour la guerre (I Samuel 15:4), et « comprendre ». Un maamar de 5640 cité dans la note de Kehot explique que ces deux sens n’en font qu’un : rassembler toutes ses facultés afin de méditer sur le fait que Havaya, notre D.ieu, est Un.
והנה ואהבת הוא לשון ציווי וגם לשון עתיד7 פי׳ שאומר הכתוב שכשיעמיק בדעתו ויבין שהוי׳ אחד יבוא לבחי׳ ואהבת לשון עתיד בכל לבבך בשני יצריך.89 שאפילו היצה״ר [היצר הרע] הוא נכנע ובטל לגבי אהבת ה׳.10
Or, « Et tu aimeras » est une expression qui indique à la fois un commandement et le futur. Le verset signifie donc que lorsqu’une personne approfondira sa réflexion et comprendra que Havaya est Un, elle parviendra au niveau de « Et tu aimeras » — expression indiquant le futur — « de tout ton cœur », avec tes deux penchants : même le mauvais penchant sera soumis et annulé devant l’amour de D.ieu.
Ve’ahavta peut se comprendre comme un commandement (« aime ! ») ou comme un futur (« tu aimeras »). L’Alter Rebbe le lit comme une promesse : celui qui médite profondément sur le fait que Havaya est Un en viendra à aimer D.ieu « de tout son cœur », ce que la Michna (Berachos 9:5) explique par « avec tes deux penchants », de sorte que même le mauvais penchant cède devant cet amour.
Ce paragraphe d’ouverture cite le Chema et pose les questions du maamar : pourquoi le Nom Havaya apparaît-il deux fois, pourquoi « Béni soit le Nom… » s’intercale-t-il entre « Un » et « Et tu aimeras », et que signifie « Chema » ? Il expose aussi l’idée centrale selon laquelle « Et tu aimeras » est une promesse qui découle d’une méditation approfondie sur l’unité de D.ieu.
La note de Kehot rapporte que le Maguid de Mézeritch demanda comment on peut commander l’amour, qui est une émotion du cœur, et répondit que ve’ahavta est une promesse : on en viendra à aimer grâce à la préparation que constitue « Écoute, Israël… Un ». Elle cite également une tradition reçue de l’Alter Rebbe, qui la tenait du Maguid et du Baal Chem Tov : la mitsva d’aimer consiste à fixer sa pensée sur les choses qui éveillent l’amour, tandis que ce qui en résulte ne constitue pas l’essence de la mitsva.
Maré mekomot
- 1שמע ישראל · הנחת כ״ק אדמו״ר האמצעי בסה״מ תקס״ב ח״א ע׳ רמד. הנחת הר״מ בן אדה״ז שם ח״ב ע׳ תקטו. מאמר זה בשינויים ובתוס׳ הגהות וביאורים נד׳ באוה״ת ואתחנן ע׳ רה ואילך. [מיוסד על הנחת כ״ק אדה״א הנדפס בסה״מ תקס״ב ח״א. וכן הביאור שם ע׳ ריד. ועוד קטע מהנחת אדה״א נעתק באוה״ת פ׳ שמיני ע׳ סד ואילך עם הגהות]. בהוספות לסה״מ תקס״ב ח״ב ע׳ תרי הגהות נוספות מכ״ק אדמו״ר הצ״צ (שם מיוסד על הנוסח דסה״מ תקס״ב ח״ב). לכללות המאמר ראה גם אמרי בינה שער הק״ש.
- 2שמע ישראל . ואהבת · Deuteronomy 6:4
- 3ואהבת כו׳ · Deuteronomy 6:5
- 4הפסיקו אכנה״ג בין אחד לואהבת · Pesachim 56a:7
- 5וישמע שאול את העם · I Samuel 15:4
- 6שמע שהוא לשון אסיפה . . וגם לשון הבנה · ושניהם ענינם א׳, והיינו להתבונן ולאסוף כל הכחות בהתבוננו׳ זו להשכיל ולהבין איך שהוי׳ אלקינו הוא ה׳ אחד — יונתי תר״מ סעי׳ ו.
- 7ואהבת הוא לשון ציווי וגם לשון עתיד · ראה ספר הערכים-חב״ד כרך א׳ ע׳ שטו ואילך. ומורינו המגיד ממעזריטש נ״ע הקשה דהלא אהבה היא מדה שבלב, ואיך שייך בזה ענין הציווי, אלא שפי׳ ואהבת שהוא מלשון הבטחה דסופך לבוא לידי אהבה, והוא ע״י הקדמת שמע ישראל כו׳ אחד (ספר המאמרים ה׳תש״ט ע׳ 40). ראה ג״כ מצות אהבה (נדפס בסו״ס המצות להצ״צ (קה״ת, תשט״ז). ”שמעתי פא״א מאדמו״ר [הזקן] נ״ע בזה״ל כך קבלתי מהה״מ דמעזריטש וכך קבל הוא ז״ל מהבעש״ט שמצות ואהבת היא לתקוע מחשבתו ודעתו (ובל״א אמר בזה״ל מע זאָל זיך אַריין טאָן) בדברים המעוררים את האהבה ומה שיבוא מזה אין זה מעיקר המצוה” (הרה״ג והרה״ח וכו׳ מהרי״א הלוי עפשטיין מהאמיל בספרו שני המאורות ח״ב ס״ב). (הערת כ״ק אדמו״ר למצות אהבה הנ״ל). והקשה רבינו נ״ע דהגם שבהתבוננות שייך ענין הציווי אבל אינו מוכרח עדיין, ורז״ל אמרו דלעולם ילמוד אדם במקום שלבו חפץ, והו״ע השימת לב שהיא המביאה את ההתבוננות בדבר בפועל לפי ענין ההשגה (ד״ה ואהבת, תש״א. נדפס בס׳ המאמרים ה׳תש״א ע׳ 116, עיי״ש בארוכה).
- 8בכל לבבך בשני יצריך · ברכות פ״ט, מ״ה.
- 9בכל לבבך בשני יצריך · Mishnah Berakhot 9:5
- 10וגם ל׳ הבנה · I Samuel 3:10
2והנה כל אחד ואחד אומר ב׳ פעמים בכל יום קריאת שמע שחרית וערבית ואעפ״כ [ואף על פי כן] אינם מגיעים לבחי׳ ואהבת.
Or, chacun récite le Chema deux fois chaque jour, matin et soir, et pourtant ils n’atteignent pas le niveau de « Et tu aimeras ».
La question se précise : chaque Juif récite le Chema matin et soir. Si « Et tu aimeras » est une promesse qui en découle, pourquoi les gens ne parviennent-ils pas réellement à cet amour ?
אך הענין הוא כי הנה כתיב ראה נתתי לפניך היום את החיים וכו׳ ובחרת בחיים1 לאהבה את23 הוי׳ אלקיך בכל לבבך
Mais voici l’explication. Il est écrit : « Vois, j’ai placé aujourd’hui devant toi la vie », etc., « et tu choisiras la vie, pour aimer le Nom Havaya, ton D.ieu, de tout ton cœur,
La réponse commence par les paroles de Moché vers la fin du Deutéronome (30:15–20) : D.ieu place la vie devant nous et nous dit de la choisir, « pour aimer Havaya, ton D.ieu ». Choisir la vie est lié à l’amour de D.ieu.
כי הוא חייך4 היינו כל אחד ואחד שרוצה לעבוד ה׳ צריך לידע בתחלה הבחירה שלו.
car Il est ta vie. » C’est-à-dire que chacun de ceux qui souhaitent servir D.ieu doit d’abord savoir [quel est] son choix.
« Car Il est ta vie » (Deutéronome 30:20) désigne D.ieu Lui-même comme la vie qu’il faut choisir. Avant de pouvoir servir D.ieu, une personne doit d’abord comprendre en quoi consiste véritablement son choix, comme l’expliquent les paragraphes suivants.
Le paragraphe demande pourquoi le Chema quotidien ne suscite pas l’amour, puis se tourne vers les versets du Deutéronome 30, qui lient le choix de la vie à l’amour de D.ieu.
Les mots « de tout ton cœur » ne figurent pas en Deutéronome 30:20 ; l’expression « pour aimer Havaya, ton D.ieu, de tout ton cœur » apparaît mot pour mot en 30:6 du même chapitre, qui se termine également par « afin que tu vives ».
Maré mekomot
- 1ובחרת בחיים · Deuteronomy 30:19
- 2ראה נתתי לפניך . . לאהבה את ה״א · Deuteronomy 30:15
- 3לאהבה את הוי׳ אלקיך בכל לבבך · Deuteronomy 30:6
- 4כי הוא חייך · Deuteronomy 30:20
3ולכן כתיב ובחרת בחיים.1 וצריך להבין מי הוא שאינו רוצה לבחור בחיים והלא כל או״א [אחד ואחד] אוהב חיים.
C’est pourquoi il est écrit : « Et tu choisiras la vie. » Or, il faut comprendre : qui donc ne veut pas choisir la vie ? Chacun, sans exception, aime assurément la vie !
Si « choisir la vie » signifiait simplement qu’il faut vouloir vivre, ce commandement semblerait superflu : chacun aime déjà la vie.
ואדרבה מי שאוהב חיים הוא אדרבה אוהב את ההיפוך דהיינו תענוגי עוה״ז. ואיך כתיב ובחרת בחיים לאהבה את הוי׳ אלקיך והלא היצה״ר [היצר הרע] אוהב את החיים.
Bien au contraire, celui qui aime la vie aime précisément l’opposé, à savoir les plaisirs de ce monde. Comment peut-il donc être écrit : « Et tu choisiras la vie, pour aimer Havaya, ton D.ieu » ? L’inclination au mal, assurément, aime la vie !
Plus encore : l’amour ordinaire de la vie est en réalité un amour des plaisirs de ce monde, à l’opposé de l’amour de D.ieu. L’inclination au mal elle-même « aime la vie » en ce sens. Comment choisir la vie peut-il donc équivaloir à aimer D.ieu ?
אך צריך לידע מה נק׳ חיים הנה כתיב ויאמר אלהים2 יהי רקיע וכו׳ ויהי מבדיל כו׳
Mais il faut savoir ce que l’on appelle « la vie ». Il est écrit : « Et D.ieu dit : “Qu’il y ait un firmament” », etc., « et qu’il sépare », etc.,
La réponse dépend de ce que signifie véritablement « la vie ». Pour l’expliquer, l’Admour Hazaken se tourne vers le deuxième jour de la Création (Genèse 1:6), où D.ieu ordonna qu’un firmament sépare les eaux.
ויעש אלקים את הרקיע ויבדל במין המים אשר מתחת לרקיע ובין המים אשר מעל לרקיע.3
« Et Elokim fit le firmament, et Il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament des eaux qui sont au-dessus du firmament. »
Le verset suivant (Genèse 1:7) relate que D.ieu fit le firmament et sépara les eaux qui étaient au-dessous de lui de celles qui étaient au-dessus. Ces eaux supérieures et inférieures seront la clé permettant de comprendre deux sortes de « vie ».
Le paragraphe met en relief la difficulté que soulève l’expression « et tu choisiras la vie » — qui donc n’aime pas la vie ? — puis prépare la réponse en évoquant le firmament qui sépare les eaux supérieures des eaux inférieures.
Maré mekomot
- 1ובחרת בחיים · Deuteronomy 30:19
- 2ויאמר אלהים יהי רקיע וכו׳ ויהי מבדיל · Genesis 1:6
- 3ויעש אלקים את הרקיע ויבדל במין המים אשר מתחת לרקיע ובין המים אשר מעל לרקיע · Genesis 1:7
Le cœur, le firmament et les lettres ¶4–7
4וצריך להבין למה שינה במאמר זה יותר מבשאר מאמרים שנאמר ענין הבדלת הרקיע שני פעמים1 ויהי מבדיל ויבדל.
Nous devons comprendre pourquoi [la Torah] a varié dans cette parole plus que dans les autres paroles, en ce que la division du firmament est énoncée deux fois : « Qu’il sépare » et « Il sépara ».
De tous les actes de la Création, seule la division du firmament est racontée deux fois : « Qu’il sépare » dans l’ordre de D.ieu (Genèse 1:6), puis « Il sépara » dans sa réalisation (1:7). Le maamar demande pourquoi cette parole se distingue.
אך הנה מבשרי אחזה2 אלוה למשל כל החיות שבאדם נמשך מהלב דהיינו עד״מ התהוות הקול והדבור הוא שנמשך מהלב להריאה ומהריאה לקנה
Mais « de ma chair, je contemple D.ieu ». À titre d’analogie : toute la force vitale d’une personne provient du cœur. Ainsi, par exemple, la voix et la parole prennent forme lorsque [la force vitale] est transmise du cœur aux poumons, puis des poumons à la trachée,
La réponse commence par les mots de Job : « de ma chair, je contemple D.ieu » (Job 19:26) : le fonctionnement du corps humain peut nous enseigner quelque chose sur la divinité. Dans le corps, toute vitalité vient du cœur ; la voix et la parole, par exemple, se forment lorsque cette vitalité passe du cœur aux poumons, puis des poumons à la trachée.
וזהו קול ודבור שיוצא מהם וגם אפילו המוח מקבל חיות מן הלב3 שעולה מן הלב למוח לחשוב ולהרהר
et c’est de là que proviennent la voix et la parole. Même le cerveau reçoit, lui aussi, sa force vitale du cœur, [force vitale] qui monte du cœur au cerveau pour penser et réfléchir.
Même le cerveau, qui pense et réfléchit, reçoit sa vitalité du cœur. La note de Kehot renvoie au Zohar (3:161b, 221b et ailleurs), selon lequel le cœur se distribue à tous les membres.
והנה זהו בחי׳ המשכת חיות רוחני מהלב שיומשך מזה הדבור והמחשבה וכן נמשך כ״כ [כל כך] מהלב חיות גשמי לכל האברים והוא דם הנמשך מהלב לכל האברים
Or, il s’agit là du niveau d’une force vitale spirituelle transmise par le cœur, de laquelle procèdent la parole et la pensée. De même, une force vitale physique est également transmise par le cœur à tous les membres : c’est le sang, qui est envoyé du cœur à tous les membres,
Le cœur transmet donc deux sortes de vie : une vitalité spirituelle qui devient pensée et parole, et une vitalité physique, le sang, qu’il envoie à tous les membres.
ומזה נעשה גידול הבשר ודם זה נעשה מהמאכל שמתברר בקיבה וכבד והמובחר עולה ללב והפסולת יוצא דרך בני מעיים לחוץ.
et c’est de là que vient la croissance de la chair. Ce sang est produit à partir des aliments, qui sont triés dans l’estomac et le foie : la partie la plus pure monte au cœur, tandis que les déchets sont évacués par les intestins.
Le sang qui constitue le corps provient des aliments, qui sont triés dans l’estomac et le foie : la meilleure partie monte au cœur, tandis que les déchets sont évacués par les intestins. Ce tri entre le meilleur et les déchets constitue le cœur de l’analogie.
Le paragraphe demande pourquoi la division du firmament est énoncée deux fois, puis commence la réponse par une analogie tirée du corps : le cœur transmet une vitalité spirituelle à la pensée et à la parole, ainsi qu’une vitalité physique à tous les membres par le sang, lequel provient des aliments triés entre ce qui est le meilleur et ce qui est rejeté.
Maré mekomot
- 1שנאמר ענין הבדלת הרקיע שני פעמים · מובא בהמשך תער״ב כרך ב ע׳ א׳רב. ושם יש גם ביאור.
- 2מבשרי אחזה אלו-ה · Job 19:26
- 3וגם אפילו המוח מקבל חיות מן הלב · Zohar III, 161b
5וכל זה הוא מתחלק על ידי הפרסא שמפסקת דהיינו חצר הכבד שהוא המבדיל בין אברי הנשימה לאברי המזון.
Tout cela est divisé par la cloison (parsa), qui sépare, à savoir le diaphragme, lequel sépare les organes de la respiration des organes de la digestion.
Dans le corps, une cloison, le diaphragme, sépare les organes de la respiration (le cœur et les poumons) des organes de la digestion. L’Admour Hazaken le désigne par le terme kabbalistique parsa, « cloison », préparant ainsi la comparaison avec le firmament entre les eaux.
כך ממש בנמשל כביכול הנה כתיב צור לבבי1 שכללות החיות נמשך ממנו ית׳ כדכתיב ואתה מחיה את כולם2 והנה יש גם כן ב׳ בחי׳ השפעות.
Il en va exactement de même dans l’analogue, pour ainsi dire. Il est écrit : « Le Rocher de mon cœur », car la force vitale dans son expression générale et collective émane de Lui, béni soit-Il, comme il est écrit : « Et Tu donnes la vie à tous. » Ici aussi, il y a deux niveaux d’influx.
À présent, l’analogue : D.ieu est appelé « le Rocher de mon cœur » (Psaumes 73:26), le « cœur » d’où émane toute vie, comme il est dit : « Et Tu donnes la vie à tous » (Néhémie 9:6). Et, comme dans le corps, Son influx se présente sous deux formes.
הא׳ הוא הנקרא בחי׳ מים עליונים הוא תענוג עליון אז תתענג על3 ה׳.
Le premier est le niveau appelé « eaux supérieures » : il s’agit du plaisir suprême, selon le verset : « Alors tu te délecteras en Havaya. »
Le premier influx est celui des « eaux supérieures », le plaisir suprême : le plaisir en D.ieu Lui-même dont Isaïe dit : « Alors tu te délecteras en Havaya » (Isaïe 58:14).
L’analogie s’élève : D.ieu est le « cœur » de toute vie, et Son influx se divise, comme celui du corps, en une forme supérieure et une forme inférieure. La forme supérieure est le plaisir suprême, les « eaux supérieures ».
Maré mekomot
- 1צור לבבי · Psalms 73:26
- 2ואתה מחי׳ את כולם · Nehemiah 9:6
- 3אז תתענג על ה׳ · Isaiah 58:14
6והב׳ הוא מים תחתונים הם הפסולת תענוגי עוה״ז שנמשכים ע״י הפרסא ורקיע1 המבדיל בין מים עליונים למים תחתונים
Le second est celui des « eaux inférieures », qui sont les déchets — les plaisirs de ce monde — attirés à travers la cloison et le firmament qui sépare les eaux supérieures des eaux inférieures.
Le second flux est celui des « eaux inférieures » : les plaisirs de ce monde, qui correspondent aux déchets de la digestion. Ils sont attirés vers le bas en passant par la cloison, le « firmament » qui sépare les eaux supérieures des eaux inférieures.
וזהו ובחרת בחיים העליונים שהוא בחי׳ עץ החיים ותענוג עליון ולמאוס בתענוגים גשמיים שמבחי׳ מים תחתונים עה״ד [עץ הדעת] טו״ר [טוב ורע].
C’est là le sens de « et tu choisiras la vie » : la vie supérieure, qui est le niveau de l’Arbre de Vie et du plaisir supérieur, et le fait de mépriser les plaisirs physiques, issus du niveau des eaux inférieures, l’Arbre de la connaissance du bien et du mal.
On comprend à présent ce que signifie « choisir la vie » : choisir la vie supérieure, le plaisir supérieur qu’est l’Arbre de Vie, et mépriser les plaisirs physiques qui proviennent des eaux inférieures, l’Arbre de la connaissance, où le bien et le mal sont mêlés.
אך איך יוכל להגיע לבחי׳ זו הוא ע״י ק״ש [קריאת שמע] שחרית וערבית שמע הוא שם ע׳ רבתי.2
Mais comment peut-on parvenir à ce niveau ? Par la récitation du Chema, le matin et le soir. « Chema » se lit chem [« nom »] [et] le ayin, écrit en grand.
Pour faire ce choix, il faut réciter le Chema, le matin et le soir. Le maamar lit le mot Chema (שמע) comme chem, « nom » (שם), et le ayin (ע), qui est écrit en grand dans le rouleau de la Torah, comme le relève le Zohar (3:236b).
ע׳ [עיין] הוא ז׳ מדות לך הוי׳ הגדולה והגבורה3 כו׳ ז׳ מדות כל אחד כלול מעשר ושם הוא אותיות מהמדות [כמ״ש בד״ה השמים כסאי] שהוא הארה4 הנמשך ומתפשט להוות יש מאין
Le ayin [dont la valeur numérique est soixante-dix] représente les sept attributs émotionnels (midot) : « À Toi, Havaya, sont la grandeur et la puissance », etc. — sept attributs, chacun comprenant dix éléments. Et chem, « nom », désigne les lettres [issues] des attributs (comme l’explique le discours commençant par « Les cieux sont Mon trône ») : un rayonnement qui en émane et se répand pour faire exister quelque chose à partir du néant,
Le ayin a pour valeur numérique soixante-dix : il représente les sept attributs émotionnels énumérés dans « À Toi, Havaya, sont la grandeur et la puissance… » (I Chronicles 29:11), chacun étant composé de dix éléments. Chem, « nom », désigne les lettres qui expriment ces attributs, un rayonnement qui en émane pour créer quelque chose à partir du néant.
דהיינו ששמו ית׳ מחיה בעצמו דהא כי נשגב שמו לבדו5 כתיב ששמו הוא נשגב הודו על ארץ ושמים שאפי׳ [שאפילו] על ארץ ושמים אינו
c’est-à-dire que Son Nom, béni soit-Il, donne lui-même la vie. Car il est écrit : « car Son Nom seul est exalté » ; Son Nom est exalté, et « Sa splendeur est au-dessus de la terre et des cieux » : même au-dessus de la terre et des cieux, ce n’est rien
Dire que le Nom de D.ieu donne la vie ne signifie pas que la création touche au Nom lui-même. Le verset dit que « Son Nom seul est exalté », au-delà du monde, tandis que ce qui se trouve au-dessus de la terre et des cieux n’est que « Sa splendeur » (hodo) (Psalms 148:13).
d’autre que « Sa splendeur », un éclat de rayonnement provenant des lettres. C’est le niveau de « Par la parole de Havaya les cieux furent faits », où le temps est divisé.
« Sa splendeur » n’est qu’un éclat du rayonnement des lettres. Cette parole créatrice, « Par la parole de Havaya les cieux furent faits » (Psalms 33:6), se déploie dans le temps, jour après jour.
דהיינו ביום א׳ יהי אור. ביום ב׳ יהי רקיע ובטובו מחדש8 בכל יום תמיד מעשה בראשית.
C’est-à-dire : le premier jour, « Que la lumière soit » ; le deuxième jour, « Qu’il y ait un firmament ». Et « dans Sa bonté, Il renouvelle chaque jour, continuellement, l’œuvre de la création ».
Chacun des jours de la création eut sa propre parole : le premier jour, « Que la lumière soit » ; le deuxième, « Qu’il y ait un firmament ». Et, comme le dit la bénédiction qui précède le Chema du matin, D.ieu « dans Sa bonté renouvelle chaque jour, continuellement, l’œuvre de la création ».
Le paragraphe identifie les eaux inférieures aux plaisirs de ce monde et explique que « choisir la vie », c’est choisir le plaisir supérieur. Il présente ensuite le Chema comme le moyen d’y parvenir : Chema se décompose en « nom » et en ayin écrit en grand, les lettres et les sept attributs par lesquels D.ieu crée le monde et le renouvelle jour après jour.
Le passage du Zohar cité à propos du ayin écrit en grand (3:236b) relève également que le dalet de echad est écrit en grand ; le maamar aborde les lettres de echad au paragraphe 8.
Maré mekomot
- 1יהי רקיע · Genesis 1:6
- 2שמע . . ע׳ רבתי · Zohar III, 236b
- 3לך ה׳ הגדולה והגבורה · I Chronicles 29:11
- 4יהי אור · Genesis 1:3
- 5כי נשגב שמו לבדו · Psalms 148:13
- 6בדבר ה׳ שמים נעשו · שם לג, ו.
- 7בדבר ה׳ שמים נעשו · Psalms 33:6
- 8ובטובו מחדש בכי״ת · ברכת יוצר.
7והענין הוא כך שבכל יום ויום מתגלה דבר יום ביומו היינו בחי׳ האותיות והדבור הנמשך מבחי׳ המדה שביום ההוא
La question est la suivante : chaque jour se révèle « la parole (davar) propre à chaque jour, en son jour », c’est-à-dire le niveau des lettres et de la parole qui procèdent du niveau de l’attribut de ce jour.
L’expression « la parole (davar) propre à chaque jour, en son jour » se lit littéralement : chaque jour de la Création a sa propre « parole », les lettres et la parole qui émanent de l’attribut correspondant à ce jour.
Ainsi, le premier jour, les lettres de « Que la lumière soit » procèdent du niveau de l’attribut de 'Hessed (bonté) ; le deuxième jour, « Qu’il y ait un firmament », etc.
La parole du premier jour, « Que la lumière soit », vient donc de 'Hessed, la bonté, le premier des sept attributs ; celle du deuxième jour, « Qu’il y ait un firmament », vient de l’attribut de ce jour, et ainsi de suite.
Chaque jour de la Création tire sa parole de l’attribut qui lui est propre : « Que la lumière soit », le premier jour, procède de 'Hessed, et ainsi de suite pour les autres jours.
Maré mekomot
- 1יהי אור · Genesis 1:3
- 2יהי רקיע · Genesis 1:6
Deux Noms Havaya ¶8–10
8ויום שבת הוא חוזר למקורר כמו שהיה כמשל אדם שהוא מחשב או מדבר וכשיכיל מדבורו או ממחשבתו חוזר למקורו הראשון. כך כביכול אצלו יתברך נק׳ שבת להוי׳ אלקיך.
Le jour de Chabbat, il retourne à sa source, tel qu’il était, comme une personne qui pense ou qui parle : lorsqu’elle achève de parler ou de penser, elle revient à sa source première. De même, pour ainsi dire, auprès de Lui, béni soit-Il, cela est appelé « un Chabbat pour Havaya, ton D.ieu ».
Le Chabbat, la parole créatrice retourne à sa source, comme une personne qui, après avoir fini de parler ou de penser, revient à la source d’où ses paroles sont issues. C’est pourquoi le septième jour est appelé « un Chabbat pour Havaya, ton D.ieu » : il marque un retour à D.ieu.
ופי׳ ישראל הוא ישראל עלה במחשבה1 וכשמתבונן שהוי׳ אלקינו שם הוי׳ הוא בחי׳ צמצום והתפשטות והמשכה והוא להיות אלקינו בחי׳ מחשבה עילאה להיות התהוות נש״י [נשמות ישראל] שנתהוו מבחי׳ מחשבה עילאה
Le sens de « Israël » est : « Israël s’éleva dans la pensée ». Et lorsque l’on médite sur « Havaya est notre D.ieu » : le Nom Havaya correspond au niveau du tsimtsoum (contraction), de l’expansion et de la transmission, et cela afin qu’Il soit « notre D.ieu », au niveau de la Pensée suprême, pour que les âmes d’Israël viennent à l’existence, puisqu’elles sont issues du niveau de la Pensée suprême,
La première question trouve maintenant sa réponse. « Israël » rappelle le Midrach selon lequel « Israël s’éleva dans la pensée [de D.ieu] » avant la création. Le Nom Havaya exprime la contraction, l’expansion et la transmission ; dans « Havaya est notre D.ieu », cette lumière est transmise afin qu’Il soit « notre D.ieu », la Pensée suprême dont les âmes d’Israël sont issues.
שהוא גבוה יותר מבחי׳ הוי׳ אחד שהוא צמצום והתפשטות והמשכה להיות בחי׳ דבור שמזה שרש התהוות ז׳ רקיעים והארץ וד׳ רוחות העולם הנרמזים בחי״ת ד׳2 דאחד.
qui est supérieur au niveau de « Havaya est Un », lequel correspond à la contraction, à l’expansion et à la transmission, afin de devenir le niveau de la parole, dont procède la création des sept cieux, de la terre et des quatre directions du monde, évoqués par le het [= huit] et le dalet [= quatre] de echad (« Un »).
Cela est supérieur à « Havaya est Un », où le même processus descend jusqu’à la parole divine, racine du monde créé. Le het (huit) de echad évoque les sept cieux et la terre, et son dalet (quatre), les quatre directions ; la note de Kehot rattache cette idée au Smak (siman 104), cité dans le Beis Yosef (début de Orach Chaim 61), et voir Berachos 13b.
Ce paragraphe explique pourquoi le Nom Havaya est mentionné deux fois : « Havaya est notre D.ieu » désigne la transmission dans la Pensée suprême, source des âmes d’Israël, tandis que « Havaya est Un » désigne la transmission inférieure dans la parole, source du monde.
Le Talmud (Berachos 13b) enseigne qu’il faut prolonger le mot echad et qu’une fois que l’on a proclamé D.ieu Roi « en haut, en bas et dans les quatre directions des cieux », il n’est pas nécessaire d’en dire davantage. Le maamar lit ces mêmes lettres comme évoquant la racine des cieux, de la terre et des quatre directions, le domaine de la parole.
Maré mekomot
- 1ישראל עלה במחשבה · Bereshit Rabbah 1:4
- 2ז׳ רקיעים . . הנרמזים בחי״ת ד׳ · Berakhot 13b
9וכנ״ל במשל מהלב נמשך חיות לדבור וגם למוח לחשוב ולהרהר והרי המשכה לבחי׳ מחשבה הוא גבוה יותר כו׳
Comme cela a été dit plus haut dans l’analogie : du cœur, la force vitale se prolonge vers la parole, mais aussi vers le cerveau, pour penser et réfléchir ; or, la prolongation vers le niveau de la pensée est certainement plus élevée, etc.
L’analogie est rappelée : la vitalité du cœur va à la fois vers la parole et vers la pensée du cerveau ; celle qui atteint la pensée est la plus élevée des deux.
וזהו שנאמר ב׳ שמות1 הוי׳ וכך יובן ג״כ למעלה שפי׳ הויה אלקינו היינו נש״י [נשמות ישראל] עלו במחשבה האו גבוה יותר מבחי׳ ההמשכה דבחי׳ דבור ואפילו מבחי׳ מלאכים וברוח פיו כל צבאם2 כו׳
C’est pourquoi le Nom Havaya est prononcé deux fois. On peut ainsi comprendre également ce qu’il en est en haut : le sens de « Havaya est notre D.ieu » est que les âmes d’Israël se sont élevées dans la pensée, ce qui est supérieur au niveau de la prolongation du niveau de la parole, et même au niveau des anges, « et par le souffle de Sa bouche toute leur armée », etc.
Cela répond à la question de savoir pourquoi le Nom Havaya est prononcé deux fois. « Havaya est notre D.ieu » désigne la prolongation supérieure, vers la pensée, où les âmes d’Israël « se sont élevées dans la pensée » ; elle est supérieure à la prolongation vers la parole, et même aux anges, qui furent créés « par le souffle de Sa bouche » (Psalms 33:6).
והענין שבחי׳ הוי׳ אחד אין נופן לשון אחד כ״א בהשתלשלות בחי׳ שמים וארץ כו׳ שהם בחי׳ ששה קצוות רוחניים וגשמיים כו׳ והוא ית׳ אחד בהם לפי שהם בטלים אליו ית׳ [וכמ״ש בפרשה בהעלותך3 וע״פ וארא]49
Voici l’explication : [à propos du] niveau de « Havaya est Un », le terme « un » ne s’applique que dans le cadre de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), au niveau du ciel et de la terre, etc., qui correspondent aux six directions, spirituelles et physiques, etc. Lui, béni soit-Il, est Un en eux, car ils sont annulés devant Lui, béni soit-Il [comme cela est expliqué dans la paracha Beha’aloscha et à propos du verset « Et Je suis apparu »].
« Havaya est Un » se rapporte à l’ordre de la création : on ne peut parler d’« un » que là où il y a une multiplicité, le ciel et la terre ainsi que les six directions ; D.ieu est Un en eux parce qu’ils sont tous annulés devant Lui. La note de Kehot ajoute qu’une autre transcription de ce maamar appelle cela, au nom de Chovos HaLevavos (Sha’ar HaYichud, ch. 9), « celui qui est dénombré ».
אבל בחי׳ הויה אלקינו הוא המשכה מבחי׳ יחיד שהוא ית׳ יחיד ומיוחד והוא לבדו הוא
Mais le niveau de « Havaya est notre D.ieu » est une prolongation du niveau de Yachid, l’Unique : Lui, béni soit-Il, est singulier et unique, et Lui seul est.
En revanche, « Havaya est notre D.ieu » est issu de D.ieu en tant que Yachid, l’Unique : Il n’est pas un parmi plusieurs, mais singulier et unique, la seule existence. C’est la source des âmes.
וכמאמר זרע יצחק יחידו5 שהוא בחי׳ חיי החיים שלמעלה אפילו מבחי׳ חיים הרוחניים שהוא בחי׳ ואתה מחיה את כולם6 בחי׳ ואתה אותיות הדבור מא׳ עד ת׳ וה׳ מוצאות הפה.7810
Comme le dit la formule : « la descendance d’Yits’hak, son unique (ye’hido) » ; cela correspond au niveau de la Vie des vies, supérieur même au niveau de la vie spirituelle, celui de « et Toi (ve’ata) Tu fais vivre tous les êtres ». Le niveau de ve’ata correspond aux lettres de la parole, de alef à tav, et au hé [= cinq] points d’articulation de la bouche.
La prière appelle Yits’hak le yachid d’Avraham, son « unique » — le même mot. Ce niveau est la « Vie des vies », supérieure même à la vie spirituelle qui soutient les mondes, à laquelle se rapporte le verset « et Toi (ve’ata) Tu fais vivre tous les êtres » (Nehemiah 9:6). Ve’ata se lit comme les lettres allant de alef à tav (את), auxquelles s’ajoute le hé (ה, cinq) : les cinq points de la bouche où s’articule la parole.
Ce paragraphe répond à la question de savoir pourquoi Havaya est prononcé deux fois : « Havaya est Un » désigne l’unité de D.ieu au sein de l’ordre créé, le domaine de la parole, tandis que « Havaya est notre D.ieu » provient de Yachid, l’Unique, un niveau au-dessus de toute vie créée et la racine des âmes.
Maré mekomot
- 1וזהו שנאמר ב׳ שמות הוי׳ · ראה המשך בששה״ק תער״ב ח״א ע׳ תצז.
- 2וברוח פיו כל צבאם · Psalms 33:6
- 3וכמ״ש בפרשה בהעלותך · לעיל פ׳ בהעלותך כט, ד.
- 4וע״פ וארא · תו״א נה, ב. אוה״ת שמות כרך ח׳ ד״ה וארא הא׳ סעי׳ ה.
- 5זרע יצחק יחידו · נוסח התפלה.
- 6ואתה מחיה את כולם · Nehemiah 9:6
- 7מכלכל חיים · נוסח תפלת שמו״ע.
- 8יחיד חי העולמים · ברכת ברוך שאמר.
- 9אין נופל לשון אחד כ״א בהשתלשלות . . והוא ית׳ אחד בהם · בסה״מ תקס״ב ח״א ע׳ רמט מביא בשם חובת הלבבות שער היחוד פ״ט שהוא אחד המנוי ע״ש. וראה שרש מצות התפלה פרק יח.
- 10
10וזהו מכלכל חיים. וכמאמר יחיד חי העולמים מלך שהוא ית׳ יחיד ומיוחד וחי העולמים אינו אלא מבחי׳ מלך כו׳ וזהו כי עמך מקור חיים.1
C’est là [le sens de] « Il soutient la vie ». Et comme le dit la formule : « Unique, Vie des mondes, Roi » : Lui, béni soit-Il, est singulier et unique, et « Vie des mondes » ne relève que du niveau de « Roi », etc. C’est là le sens de « Car auprès de Toi est la source de la vie ».
« Il soutient la vie », dans la Amida, et « Unique, Vie des mondes, Roi », dans la bénédiction Baroukh Chéamar, enseignent tous deux que D.ieu, en tant qu’Unique, est au-dessus de la vie qu’Il donne : Il n’est « Vie des mondes » que par le niveau de « Roi », Mal'hout. « Car auprès de Toi est la source de la vie » (Psaumes 36:10) exprime la même idée : la source de la vie est auprès de Lui, tandis que Lui-même est au-dessus d’elle.
וכשמתבונן בזה שהוי׳ אלקינו בחי׳ יחיד ממש וכמ״ש אחת היא יונתי2 אחת היא היינו מה שהנשמה נק׳ יחידה ע״ש [על שם] שמקבלת מבחי׳ יחיד.3
Et lorsqu’on médite sur le fait que « Havaya est notre D.ieu » désigne le niveau même de Yachid, comme il est écrit : « Une est-elle, ma colombe… une est-elle » : autrement dit, l’âme est appelée Yechidah parce qu’elle reçoit du niveau de Yachid.
Lorsqu’une personne médite sur le fait que « Havaya est notre D.ieu » désigne le niveau même de Yachid, elle atteint le niveau le plus élevé de sa propre âme, Yechidah, « l’unique », ainsi appelée parce qu’elle reçoit de D.ieu en tant que Yachid. Le verset « Une est-elle, ma colombe » (Cantique des Cantiques 6:9) évoque cette unité. La note de Kehot renvoie à Etz Chaim (Sha’ar Drushei ABYA, ch. 1) pour le nom Yechidah.
Ce paragraphe relie le niveau supérieur du Nom, Yachid, au niveau le plus élevé de l’âme, Yechidah, préparant la conclusion selon laquelle méditer sur cette réalité suscite l’amour.
Maré mekomot
- 1כי עמך מקור חיים · Psalms 36:10
- 2אחת היא יונתי · Song of Songs 6:9
- 3נק׳ יחידה . . יחיד · ראה ע״ח ש׳ דרושי אבי״ע פ״א.
L’amour et la vallée face à Peor ¶11
11וע״י התבוננות זו ממילא יבא לבחי׳ ואהבת את הויה אלקיך1 ממש בכל לבבך בבחי׳ יחידה שבנפש שבכל ניצוץ האדם כביכול ישראל עלה במחשבה.
Par cette contemplation, il parviendra naturellement au niveau de « Tu aimeras Havaya, ton D.ieu », véritablement, « de tout ton cœur », au niveau de la Yé'hida de l’âme, qui se trouve dans chaque étincelle de l’homme, pour ainsi dire : « Israël s’éleva en pensée ».
Une telle contemplation suscite d’elle-même l’amour exprimé par « Tu aimeras Havaya, ton D.ieu, de tout ton cœur » ; cet amour provient de la Yé'hida, le point le plus intérieur de l’âme, présent dans chaque étincelle d’une personne : l’étincelle qui « s’éleva en pensée ».
וע״ז אמר משה רבינו עליו השלום ונשב בגיא מול בית פעור2 כשהזהיר על משנה תורה אמר שיהיה
À ce sujet, Moché Rabbénou, que la paix soit sur lui, dit : « Et nous demeurâmes dans la vallée, en face de Beit Peor. » Lorsqu’il donna son avertissement concernant la Michné Torah [la répétition de la Torah], il dit qu’il fallait se tenir
Les paroles de Moché, « Et nous demeurâmes dans la vallée, en face de Beit Peor » (Deutéronome 3:29), prononcées lors de son rappel de la Torah dans le Devarim (Michné Torah), sont interprétées comme une leçon : il faut se tenir « en face » de Peor, dans une attitude qui lui soit opposée.
מול בית פעור ופעור הוא שם ע״ז שרצו להמשיך החיות מלמעלה למים התחתונים שהוא תענוגי עוה״ז וכענין בן סורר זולל וסובא34 שבתורה פ׳ כי תצא
en face de Beit Peor. Peor est le nom d’une idolâtrie dont [les adorateurs] voulaient attirer la force vitale d’en haut vers les eaux inférieures, qui sont les plaisirs de ce monde, comme dans le cas du fils rebelle, « glouton et ivrogne », dans la Torah, dans la paracha Ki Tétsé ;
Peor était une idolâtrie dont le culte cherchait à faire descendre la vitalité divine vers les eaux inférieures, c’est-à-dire les plaisirs de ce monde. L’Admour Hazaken la compare au fils rebelle de Deutéronome 21, « glouton et ivrogne », livré aux excès.
לכן היו מתריזין עצמן להמשיך הפסולת כו׳ וכמ״ש בע״ח [בעץ חיים] של״א פ״ה5 ולכן הזהיר ונשב בגיא מול בית פעור
c’est pourquoi ils se soulageaient afin d’attirer vers le bas les déchets, etc., comme il est écrit dans Etz Chaim, Sha’ar 31, chapitre 5. C’est pourquoi il avertit : « Et nous demeurâmes dans la vallée, en face de Beit Peor. »
Les adorateurs de Peor se soulageaient dans le cadre de leur culte ; le maamar interprète cela comme le fait d’attirer vers le bas les déchets, au niveau le plus inférieur des eaux inférieures. L’Admour Hazaken cite Etz Chaim (Sha’ar 31, ch. 5) ; la note de Kehot le rapporte par l’intermédiaire d’Or HaTorah : le culte de Peor consistait à lui expulser les immondices, car telle était sa nourriture même.
כי גיא היינו בחי׳ שפלות והכנעה וביטול אליו ית׳ שהוא מול והיפך בית פעור כיכ כל איש אשר הלך אחרי בעל פעור השמידו הוי׳ אלקיך שנעשה מהם כלא היו
Car la « vallée » désigne le niveau d’humilité, de soumission et d’annulation de soi (bitoul) devant Lui, béni soit-Il ; elle est « en face », à l’opposé de Beit Peor. Car « tout homme qui suivit Baal Peor, Havaya, ton D.ieu, le détruisit », si bien qu’ils devinrent comme s’ils n’avaient jamais existé ;
La « vallée » (gaï), un lieu bas, représente l’humilité, la soumission et le bitoul devant D.ieu ; elle est exactement l’opposé de Peor. Les versets (Deutéronome 4:3–4) opposent les adeptes de Peor, qui furent détruits et réduits à néant, à ceux qui s’attachent à D.ieu.
אבל ואתם הדבקים6 בה׳ אלקיכם חיים7 כו׳ ופי׳ ונשב בגיא י״ל [יש לומר] שזהו ענין ק״ש [קריאת שמע] שהיא מיושב וק,ש הוא להיות בחי׳ ביטול למס״נ [למסירות נפש] באחד.8
mais « vous qui vous attachez à Havaya, votre D.ieu, êtes vivants », etc. Et le sens de « Et nous demeurâmes (vanéchev) dans la vallée » peut s’expliquer ainsi : cela renvoie à la récitation du Chéma, qui se fait assis ; la récitation du Chéma vise à atteindre le niveau du bitoul, jusqu’au sacrifice de soi (messirout néfech) pour l’unité exprimée par « Un ».
« Vous qui vous attachez à Havaya, votre D.ieu, êtes vivants » : l’attachement à D.ieu est la véritable vie. Et vanéchev, « nous demeurâmes », signifie littéralement « nous nous assîmes » ; cela fait allusion au Chéma, récité assis. Son objectif est le bitoul, jusqu’à être prêt à donner sa vie au moment du mot « Un ».
Ce paragraphe conclut que l’amour naît de la contemplation de Yachid, puis interprète les paroles de Moché, « nous demeurâmes dans la vallée, en face de Beit Peor », comme une allusion à l’attitude du Chéma : humilité, bitoul et sacrifice de soi, à l’opposé de Peor, qui attirait la vitalité vers les plaisirs matériels.
Pour l’intention de donner sa vie au moment du mot « Un », la note de Kehot renvoie au Ba’h (Ora’h ‘Haïm, début du chapitre 61), aux responsa du Rachba (vol. 5, 55) et à Pri Etz Chaim (Sha’ar Kriat Chéma, ch. 12).
Maré mekomot
- 1ואהבת את הויה אלקיך · Deuteronomy 6:5
- 2ונשב בגיא מול בית פעור · Deuteronomy 3:29
- 3בן סורר זולל וסובא שבתו׳ · Deuteronomy 21:18
- 4זולל וסובא · Deuteronomy 21:20
- 5בע״ח של״א פ״ה · ”בענין פעור אשר עבודתה לפעור עצמם ולהוציא הזוהמא אליה, כי זהו מזונה ממש ואין שפע נמשך עליה כ״א עד״ז עכ״ל” — אוה״ת ואתחנן ע׳ רז עיין שם בארוכה.
- 6כי כל איש אשר הלך . . ואתם הדבקים · Deuteronomy 4:3
- 7ואתם הדבקים בה׳ אלקיכם חיים · Deuteronomy 4:4
- 8למסור נפשו באחד · ראה ב״ח או״ח ר״ס סא. שו״ת הרשב״א ח״ה סנ״ה. פע״ח שער הק״ש פי״ב.
Le joug du Ciel après la destruction ¶12–13
12והנה קודם החורבן בית ראשון שהיו נשמות גבוהות היו יכולים להגיע לואהבת ע״י התבוננות לבד שמע ישראל כו׳ ואהבת.
Or, avant la destruction du Premier Temple, lorsque les âmes étaient élevées, elles pouvaient parvenir à « Et tu aimeras » par la seule contemplation : « Écoute, Israël… », etc., « Et tu aimeras ».
À l’époque du Premier Temple, les âmes étaient plus élevées et la seule contemplation — « Écoute, Israël… D.ieu est Un » — suffisait à les conduire à « Et tu aimeras ».
אבל אחר החורבן אינו יכול להגיע לואהבת אלא על ידי בשכמל״ו [ברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד] שהוא קבלת עול מ״ש.
Mais après la destruction, on ne peut parvenir à « Et tu aimeras » qu’au moyen de « Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à jamais », qui correspond à l’acceptation du joug de la royauté du Ciel (kabbalat ol malchout chamaïm).
Après la destruction, l’amour ne peut naître que par « Béni soit le Nom de la gloire de Son règne », qui exprime l’acceptation du joug de la royauté du Ciel. Le paragraphe suivant en tire la conséquence quant à l’ordre du Chéma.
Ce paragraphe distingue les époques : avant la destruction, la contemplation seule conduisait à l’amour ; après, l’amour requiert l’acceptation du joug de la royauté du Ciel, exprimée par « Béni soit le Nom… ».
13ובזה מתורץ הקושיא דלעיל להמ אין כל אחד מגיע לבחי׳ ואהבת כי כדי להגיע עכשיו לבחי׳ ואהבת צ״ל ע״י קבלת עול מלכות שמים שזהו ענין בשכמל״ו [ברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד] שהצריכו לומר קודם ואהבת
Ainsi se résout la question posée plus haut : pourquoi chacun n’atteint-il pas le niveau de « Et tu aimeras » ? Car, pour atteindre maintenant le niveau de « Et tu aimeras », il faut passer par l’acceptation du joug de la royauté des Cieux, qui correspond à « Béni soit le Nom de la gloire de Son royaume à jamais », parole qu’ils ont prescrit de dire avant « Et tu aimeras ».
Cela répond ensemble aux questions introductives. Aujourd’hui, on n’atteint pas l’amour par le seul Chema, car l’amour exige désormais d’abord l’acceptation du joug des Cieux. C’est pourquoi « Béni soit le Nom de la gloire de Son royaume » a été placé avant « Et tu aimeras ».
והיינו ענין לאכפיא ס״א [סטרא אחרא] דהיינו בטל רצונך12 ביטול הרצון גשמי הוא בחי׳ עבודה וקבלת עו״מ [עול מלכות] ית׳ דאין מלך בלא עם345 לשון עוממות67
C’est là le fait de soumettre la sitra a’hra (l’autre côté), c’est-à-dire : « Annule ta volonté. » L’annulation de la volonté matérielle est le niveau du service et de l’acceptation du joug de Sa royauté, béni soit-Il. Car « il n’est pas de roi sans peuple » — le mot am étant apparenté à omemot [« affaiblis »],
Accepter le joug signifie soumettre la sitra a’hra, comme le dit la Michna : « Annule ta volonté devant Sa volonté » (Avos 2:4). La royauté de D.ieu requiert un peuple (am), mot apparenté à omemot, les braises « affaiblies » (Pesachim 75b) : un peuple est une existence distincte, « affaiblie », éloignée du Roi.
שהוא יש ודבר ואעפ״כ [ואף על פי כן] מבטל רצונו מכל וכל וכל דבר שאינו בביטול הרצון אינו נק׳ עבודה כלל (ועמ״ש בפ׳ שלח ע״פ ועתה יגדל. וע״פ כי עמך מקור חיים)
car il est un être et une chose, et pourtant il annule complètement sa volonté. Tout ce qui ne relève pas de l’annulation de la volonté n’est pas du tout appelé service. (Voir aussi ce qui est écrit dans la paracha de Chela’h, sur le verset « Et maintenant, que [la puissance] grandisse », ainsi que sur le verset « Car auprès de Toi est la source de la vie. »)
La valeur de la soumission d’un sujet tient à ceci : il est un être distinct, doté de sa propre volonté, et pourtant il la met entièrement de côté. Seul ce qui est accompli avec une telle annulation de la volonté est véritablement appelé « service » (avoda).
וביטול רצון היינו כפשוטו לעשות הפך מה שהלב חומד הן בבחי׳ סור מרע הן בבחי׳ ועשה טוב בסור מרע הוא קדש א״ע [את עצמו] במותר לך8 והוא בחי׳ נדר ואיש
L’annulation de la volonté signifie, au sens littéral, faire le contraire de ce que désire le cœur, tant sous l’aspect de « s’écarter du mal » que sous celui de « faire le bien ». Pour « s’écarter du mal », il s’agit de « vous sanctifier dans ce qui vous est permis » ; c’est le niveau du vœu : « Un homme,
Annuler sa volonté signifie littéralement faire le contraire de ce que désire le cœur. Pour « s’écarter du mal », cela signifie « vous sanctifier dans ce qui vous est permis » (Yevamos 20a) : s’abstenir même de choses permises, ce qui relève de l’idée du vœu (Nombres 30:3).
כי ידור נדר לה׳9 נדרים סייג לפרישות1011 מביא לידי קדושה1213 הוא בחי׳ אה״ר [אהבה רבה] בכל לבבך (ועמ״ש ע״פ ראשי המטות14 כו׳)
lorsqu’il fait un vœu pour Havaya. » « Les vœux sont une clôture pour l’abstinence » ; [l’abstinence] « conduit à la sainteté ». C’est le niveau du grand amour (ahava rabba), « de tout ton cœur ». (Voir aussi ce qui est écrit sur le verset « Les chefs des tribus », etc.)
Selon la Michna, un vœu est « une clôture pour l’abstinence » (Avos 3:13), et l’abstinence « conduit à la sainteté » (Sotah 9:15). L’Alter Rebbe appelle cela le niveau de l’ahava rabba, le « grand amour », « de tout ton cœur ».
ופעמים נאמר נקיות מביא לידי פרישות15 והיינו שקודם החורבן השיגו בחי׳ נדר (עיין ברע״מ [ברעיא מהימנא] ס״פ יתרו)16
Parfois, il est dit : « La pureté conduit à l’abstinence. » Cela signifie qu’avant la destruction, ils atteignaient le niveau du vœu (voir le Raaya Mehemna, à la fin de la paracha de Yitro).
Ailleurs, les Sages enseignent que la pureté conduit à l’abstinence (Avodah Zarah 20b), sans mentionner les vœux. L’Alter Rebbe explique qu’avant la destruction, les gens atteignaient le niveau du vœu lui-même, que le Raaya Mehemna décrit comme très élevé.
(דצ״א ע״ב) נדר איהו לעילא ואינון חיי17 כו׳ וע׳ מש״ל [מה שכתוב לעיל] בפי׳ חיים אבל כהיום אנו אומרים בלא נדר.1819
(p. 91b) : « Le vœu est en haut, et ils sont la vie de… », etc. Voir aussi ce qui a été écrit plus haut sur le sens de « vie ». Mais, de nos jours, nous disons : « sans vœu ».
Le Raaya Mehemna (Zohar 2:91b) dit que le vœu est « en haut », lié à « la vie du Roi », ce qui rappelle la discussion du maamar sur la « vie ». De nos jours, cependant, nous disons « sans vœu » (bli neder), comme le prescrit le Choul’han Aroukh (Yoreh De’ah 203:4) ; les deux énoncés correspondent donc à deux époques.
ובבחי׳ ועשה טוב ההיפוך הוא היינו אינו דומה שונה פרקו מאה פעמים20 לשונה פרקו מאה פעמים ואחד שהפעם האחד שהוא יותר מרגילותו חשוב ממאה אשר הוא רגילותו
Et, sous l’aspect de « faire le bien », le contraire consiste en ceci : « Celui qui révise son chapitre cent fois n’est pas comparable à celui qui le révise cent une fois », car cette fois supplémentaire, au-delà de son habitude, vaut davantage que les cent fois qui constituent son habitude.
Pour « faire le bien », agir à l’inverse de sa nature signifie dépasser son habitude. Le Talmud (Chagigah 9b) dit que celui qui révise son étude cent fois n’est pas comparable à celui qui la révise cent une fois, et précise que seul ce dernier est appelé « celui qui sert D.ieu ».
וכן בצדקה שהפרוטה שהוא נותן יותר מרגילותו חשוב ביותר מן הרגילות וזהו קבלת עומ״ש [עול מלכות שמים] ועי״ז יכול לבוא לבחי׳ ואהבת ובכל מאדך21 כי
De même pour la charité : la pièce que l’on donne au-delà de son habitude a plus de valeur que ce qui est habituel. C’est l’acceptation du joug du Royaume des Cieux, et c’est ainsi que l’on peut atteindre le niveau de « Tu aimeras… de toute ta force ». Car
Il en va de même pour la charité : la pièce donnée au-delà de son habitude a plus de valeur. Se dépasser ainsi, c’est accepter le joug du Ciel, et cela mène à l’amour supérieur, « de toute ta force » (be’hol me’odé’ha), un amour sans limite.
הנה כתיב אור זרוע לצדיק22 וזרעתיה לי בארץ23 (ועמ״ש ע״פ בשלח פרעה)24 וזהו כלל שלא יוכל להש תנות מיש ליש אחר
il est écrit : « La lumière est semée pour le juste » et « Je la sèmerai pour Moi dans le pays ». (Voyez aussi ce qui est écrit sur le verset « Lorsque Pharaon renvoya le peuple ».) Et voici une règle générale : rien ne peut passer d’une existence (yech) à une autre existence
Deux versets sur les semailles l’expliquent : « La lumière est semée pour le juste » (Psaumes 97:11) et « Je la sèmerai pour Moi dans le pays » (Osée 2:25). C’est une règle : rien ne devient une chose nouvelle sans avoir d’abord perdu son ancienne existence.
אלא בביטול מהותו כמשל הזריעה שזורעין גרעין אחד אינו צומח עד שנרקב וכשנרקב צומחים ממנו כמה שבלים.
que par l’annulation de son essence, comme dans l’image des semailles : lorsqu’on sème un seul grain, il ne germe pas avant d’avoir pourri ; et, lorsqu’il a pourri, de nombreux épis en poussent.
Une graine ne germe qu’après avoir pourri dans la terre, puis elle produit de nombreux épis. L’annulation de sa forme ancienne rend possibles la croissance et la multiplication.
כך הוא ממש בנמשל כשמבטל רצונו ואתכפיא סט״א [סטרא אחרא] אזי יוכל לבוא לבחי׳ ואהבת בכל מאדך בחי׳ אהבה גדולה שאינה יכולה להתקבל בכלי שבחי׳ בכל נפשך הוא בחי׳ אהבה שנתקבל במוח שהוא בחי׳ כלי
Il en va exactement ainsi dans l’analogie : lorsque l’on annule sa volonté et que la sitra a’hra est soumise, on peut alors atteindre le niveau de « Tu aimeras… de toute ta force », celui d’un grand amour qui ne peut être reçu dans un réceptacle. Car le niveau de « de toute ton âme » est celui d’un amour reçu dans l’intellect, qui est un réceptacle ;
Il en va de même dans l’âme : lorsqu’une personne annule sa volonté et soumet la sitra a’hra, elle atteint « de toute ta force », un amour trop grand pour être contenu dans un réceptacle. En revanche, « de toute ton âme » est un amour contenu dans l’intellect, un réceptacle aux limites définies.
אבל בחי׳ ובכל מאדך לא היה בשום כלי אלא הכלי שלה הוא מל׳ פה ותושבע״פ [ותורה שבעל פה] קרינן לה2526 ונקרא מצות המלך27 אסור ומותר טמא וטהור כשר ופסול ומתניתא וכו׳.28
mais le niveau de « et de toute ta force » n’est contenu dans aucun réceptacle. Son réceptacle est plutôt Mal’hout (souveraineté), « Mal’hout est la bouche, et nous l’appelons la Torah orale » ; elle est appelée « le commandement du Roi » : interdit et permis, impur et pur, apte et inapte, et la Michna (matnisa), etc.
« De toute ta force » n’a pas de réceptacle propre ; son réceptacle est Mal’hout, que le Tikkouné Zohar appelle « la bouche » et la Torah orale. La Torah orale est appelée « le commandement du Roi » : les décisions relatives à l’interdit et au permis, à l’impur et au pur, à l’apte et à l’inapte. La note du Kehot renvoie à Beitsa 28b, où le moyen mnémotechnique du Talmud dit : « La Michna est la reine. »
Ce paragraphe répond aux questions introductives : aujourd’hui, l’amour ne s’atteint que par l’acceptation du joug des Cieux, c’est-à-dire par l’annulation de sa volonté, aussi bien en s’abstenant de ce qui est permis qu’en dépassant son habitude dans l’accomplissement du bien. Comme une graine qui doit se décomposer pour pousser, une telle annulation conduit à l’amour sans limites de « de toute ta force », dont le réceptacle est Mal'hout, la Torah orale.
Dans Pirkei DeRabbi Eliezer (ch. 3), l’une des sources que la note donne pour l’énoncé « il n’est pas de roi sans peuple », la Torah dit à D.ieu, avant la création, qu’un roi sans armée et sans peuple pour le louer n’a pas de gloire ; ces paroles Lui plaisent.
Maré mekomot
- 1בטל רצונך · אבות ב, ד.
- 2בטל רצונך · Pirkei Avot 2:4
- 3דאין מלך בלא עם · עמה״מ ש׳ שעשועי המלך, רפ״א. ס׳ החיים פ׳ גאולה, פ״ב. בחיי וישב לח, ל. פדר״א (פ״ג). [כ]. ראה גם לעיל ה, ג. ט, ב. לקמן פ׳ נצבים נה, ב.
- 4אין מלך בלא עם · Rabbeinu Bahya, Bereshit 38:30
- 5דאין מלך בלא עם · Pirkei DeRabbi Eliezer 3
- 6לשון עוממות · פסחים (עה, ב) [כ] [שם כז, א].
- 7לשון עוממות · Pesachim 75b
- 8קדש א״ע במותר לך · Yevamot 20a:15
- 9ואיש כי ידור נדר לה׳ · Numbers 30:3
- 10נדרים סיג לפרישות · אבות ג, יג.
- 11נדרים סייג לפרישות · Pirkei Avot 3:13
- 12ופרישות מביא לידי קדושה · סוף סוטה. [כ].
- 13לפרישות מביא לידי קדושה · Mishnah Sotah 9:15
- 14ועמ״ש ע״פ ראשי המטות · לעיל פ׳ מטות פא, א.
- 15נקיות מביא לידי פרישות · Avodah Zarah 20b:10
- 16עיין ברע״מ ס״פ יתרו · מובא גם ביהל אור ע׳ תקסה. וראה לעיל פ׳ מטות פג, ג שמזכיר זהר זה לענין אחר.
- 17נדר איהו לעילא ואינון חיי · Zohar, Yitro 31:523–526
- 18כהיום אנו אומרים בלא נדר · ראה שו״ע יו״ד סר״ג סעיף ד.
- 19אנו אומרים בלא נדר · Shulchan Arukh, Yoreh De'ah 203:4
- 20אינו דומה שונה פרקו מאה פעמים · Chagigah 9b:10
- 21ואהבת ובכל מאדך · Deuteronomy 6:5
- 22אור זרוע לצדיק · Psalms 97:11
- 23וזרעתי׳ לי בארץ · Hosea 2:25
- 24ועמ״ש ע״פ בשלח פרעה · תו״א סא, א.
- 25מלכות פה תושבע״פ קרינן לה · ת״ז בהקדמה (פתח אלי׳).
- 26מל׳ פה ותושבע״פ קרינן לה · Tikkunei Zohar 17a:16–17
- 27מצות המלך · להעיר מב״ב קנט, א. תוספתא נגעים פ״ג.
- 28ומתניתא וכו׳ · Beitzah 28b
La graine et le nom ¶14
14וזהו כן יעמוד זרעכם ושמכם1 זרעכם הוא בחי׳ אור זרוע2 אשריכם זורעי3 כו׳ ושמכם בחי׳ ויעש דוד שם4 קבלת עול מלכות שמים שהוא בחי׳ הביטול רקיבת הגרעין שעי״ז יוכל להיות הצמיחה
C’est [le sens de] « Ainsi subsisteront votre descendance et votre nom ». « Votre descendance » désigne le niveau de « La lumière est semée », « Heureux ceux qui sèment », etc. Et « votre nom » désigne le niveau de « David se fit un nom » : l’acceptation du joug du Royaume des Cieux, qui est le niveau de l’annulation de soi, le pourrissement du noyau, grâce auquel la croissance peut se produire.
La promesse d’Isaïe, « Ainsi subsisteront votre descendance et votre nom » (66:22), est interprétée à travers l’image des semailles. « Votre descendance » est la lumière qui est semée et qui croît (Psaumes 97:11 ; Isaïe 32:20). « Votre nom » est lié à « David se fit un nom » (II Samuel 8:13) et à l’acceptation du joug du Royaume des Cieux : le bitoul, comparable au pourrissement de la graine, qui rend possible la croissance.
(והנה עי״ז נקרא כנס״י [כנסת ישראל] בחי׳ תמתי שממשיכים שגם למטה יהיה הגילוי כמו למעלה. וזהו שכתוב לע״ל [לעתיד לבוא] ומעין מבית5 ה׳ יצא והשקה את נחל השטים שהוא בחי׳ מים תחתונים שלא יהיו עוד בבחי׳ ומשם יפרד6 כו׳
(Or, par cela, la Communauté d’Israël est appelée « ma parfaite » (tamati), car elle fait descendre la révélation, de sorte qu’en bas aussi elle soit comme en haut. C’est là le sens de ce qui est écrit au sujet du Temps à venir : « Une source sortira de la Maison de Havaya et arrosera la vallée de Chittim », qui désigne le niveau des eaux inférieures : elles ne seront plus dans l’état de « et de là il se divisait », etc.,
Dans cette parenthèse, l’Admour Hazaken ajoute que, par ce bitoul, la Communauté d’Israël est appelée tamati, « ma parfaite », expression que les Sages, comme le cite ailleurs le Likkutei Torah, interprètent comme te’oumati, « ma jumelle » : Israël fait descendre la révélation, de sorte qu’en bas soit comme en haut. La prophétie de Joël concernant une source qui sort de la Maison de D.ieu et arrose la vallée de Chittim (Joël 4:18) signifie que les eaux inférieures ne seront plus dans l’état de « de là il se divisait » (Genèse 2:10), séparées de leur source.
וכמ״ש במ״א ע״פ ששים המה מלכות78 כו׳ והיינו ע״י בחי׳ עומ״ש [עול מלכות שמים] ובכל מאדך שהוא בחי׳ באר מים חיים שנעשים המים בחי׳ מים חיים ע״י עברם דרך הארץ כו׳
comme il est expliqué ailleurs au sujet du verset « Il y a soixante reines », etc. Cela se produit par le niveau du joug du Royaume des Cieux et de « de toute ta force », qui est le niveau d’un « puits d’eaux vives » : les eaux deviennent des eaux vives en traversant la terre, etc.,
L’Admour Hazaken renvoie à son développement sur « Il y a soixante reines » (Cantique des Cantiques 6:8). Ce changement s’opère par le joug du Ciel et par « de toute ta force », comparés à un « puits d’eaux vives » : les eaux deviennent « vives » en traversant la terre.
וכמ״ש פ׳ חקת ע״פ עלי באר9 כו׳ ועי״ז נמשך בחי׳ ומעין יצא כו׳ והשקה כו׳) ועיין מענין פסוק שמע ישראל101112 ברבות ס״פ ואתחנן13 ויחי פצ״ח14 ויקרא ס״פ ד׳.15
comme il est expliqué dans la paracha de ‘Houkat au sujet du verset « Jaillis, ô puits », etc. Par cela est attiré le niveau de « une source sortira », etc., « et arrosera », etc.) Voir aussi, sur le sujet du verset « Écoute, Israël », dans [Midrach] Rabba : à la fin de la paracha de Vaèt’hanan ; Vayé’hi, chapitre 98 ; Vayikra, à la fin du chapitre 4.
On trouvera un développement complémentaire dans la paracha de ‘Houkat, au sujet du chant du puits : « Jaillis, ô puits » (Nombres 21:17) ; par cela, la source du Temps à venir jaillit et arrose même les eaux inférieures. La parenthèse se ferme, et l’Admour Hazaken énumère des Midrachim sur le verset « Écoute, Israël » : Devarim Rabba, à la fin de Vaèt’hanan ; Beréchit Rabba 98 ; et Vayikra Rabba, à la fin du chapitre 4.
בשה״ש [בשיר השירים] פסוק ועלי תשוקתו16 באיכה ס״פ נשקד עול.17 ושם גבי מעשה במרים בפסוק על כן אוחיל לו.18
Dans le Cantique des Cantiques, le verset « et son désir se porte vers moi » ; dans Eikha, à la fin de [la section sur] « Le joug… est lié ». Et là, au sujet de l’histoire de Myriam, sur le verset « c’est pourquoi j’espérerai en Lui ».
La liste se poursuit avec le Midrach Rabba sur le Cantique des Cantiques, au sujet de « et son désir se porte vers moi » (Cantique des Cantiques 7:11), puis avec Eikha, à la fin de son commentaire sur « Le joug… est lié » (Lamentations 1:14), et là, l’histoire de Myriam, au sujet de « c’est pourquoi j’espérerai en Lui » (Lamentations 3:24).
Ce paragraphe applique l’image des semailles à « Ainsi subsisteront votre descendance et votre nom » : la croissance vient du bitoul lié à l’acceptation du joug du Ciel. Une parenthèse décrit comment cela fera advenir, au Temps à venir, la révélation jusque dans les eaux inférieures ; le paragraphe se termine par une liste de Midrachim sur le verset « Écoute, Israël ».
Comme le montrent les notes de Kehot et le Midrach lui-même : Devarim Rabba rapporte qu’Israël mérita le Chema au Sinaï, lorsque D.ieu commença par « Écoute, Israël, Je suis Havaya, ton D.ieu » ; tous répondirent : « Havaya est notre D.ieu, Havaya est Un », et Moché dit : « Béni soit le Nom… ». Beréchit Rabba raconte que les fils de Yaakov rassurèrent leur père en lui disant : « Écoute, Israël, notre père. » Et Vayikra Rabba dit que l’âme, unique dans le corps, doit louer D.ieu, qui est unique dans Son monde, par « Écoute, Israël ».
Maré mekomot
- 1כן יעמוד זרעכם ושמכם · Isaiah 66:22
- 2אור זרוע · Psalms 97:11
- 3אשריכם זורעי · Isaiah 32:20
- 4ויעש דוד שם · II Samuel 8:13
- 5ומעין מבית ה׳ יצא · Joel 4:18
- 6ומשם יפרד · Genesis 2:10
- 7ע״פ ששים המה מלכות · לקמן שה״ש לח, ג.
- 8ששים המה מלכות · Song of Songs 6:8
- 9עלי באר · Numbers 21:17
- 10שמע ישראל · Devarim Rabbah 2:31
- 11שמע ישראל · Bereshit Rabbah 98:3
- 12שמע ישראל · Vayikra Rabbah 4:8
- 13ברבות ס״פ ואתחנן · ”ומהיכן זכו ישראל לק״ש כו׳ ממתן תורה כו׳ א״ל שמע ישראל אנכי ה׳ כו׳ נענו כולם ואמרו ה׳ אלקינו ה׳ אחד ומשה אמר בשכמל״ו — אוה״ת ואתחנן ע׳ רב. וראה שם ע׳ שנה וע׳ שסו בארוכה.
- 14ויחי פצ״ח · ”ע״פ ושמעו אל ישראל (שבשמים) אביכם, אמרו לו שמע ישראל אבינו כו׳ כשם שאין בלבך אלא אחד כו׳ ה׳ אלקינו ה׳ אחד” — אוה״ת ואתחנן ע׳ רה.
- 15ויקרא ס״פ ד׳ · ”תבא הנפש שהיא יחידה בגוף ותקלס להקב״ה שהוא יחיד בעולמו שנאמר שמע ישראל כו׳ ה׳ אחד” — אוה״ת ואתחנן ע׳ רב.
- 16ועלי תשוקתו · Song of Songs 7:11
- 17נשקד עול · Lamentations 1:14
- 18על כן אוחיל לו · Lamentations 3:24
La vie et le bien, la mort et le mal ¶15–16
Et au sujet du verset : « Ma part est Havaya. » Dans Kohélet, au sujet du verset : « Il y en a un », et du verset : « d’un seul berger ». Dans Esther, au sujet du verset : « Il y a un seul peuple. »
La liste des Midrachim sur le Chéma se poursuit : au sujet de « Ma part est Havaya » (Lamentations 3:24), de « Il y en a un » (Ecclésiaste 4:8) et de « d’un seul berger » (Ecclésiaste 12:11), ainsi que de « Il y a un seul peuple » (Esther 3:8). Trois de ces versets contiennent le mot « é’had », « un ».
וזהו ראה נתתי לפניך היום את החיים ואת הטוב ואת המות ואת הרע5 ומבואר לעיל דבחי׳ חיים זהו מה שלמעלה מהפרסא ומות נקרא הפסולת שנתברר מתחת הפרסא.
Et c’est là le sens de : « Vois, j’ai placé devant toi aujourd’hui la vie et le bien, la mort et le mal. » Il a été expliqué plus haut que le niveau de la « vie » est ce qui se trouve au-dessus de la cloison, et que la « mort » désigne le déchet qui est trié au-dessous de la cloison.
Le verset cité au début (Deutéronome 30:15) est maintenant expliqué dans son intégralité. La « vie » est le flux au-dessus de la cloison, les eaux supérieures ; la « mort » est le déchet trié au-dessous, les eaux inférieures.
אך הנה הרע הוא מר ממות דהיינו ענין פעור שהיו עושין מהפסולת יש גמור ה״ז [הרי זה] רע יותר מעצם הפסולת מצד עצמו.6
Mais le mal est plus amer que la mort : il s’agit de l’affaire de Peor, où l’on a fait du déchet une existence pleinement constituée (yech). Cela est plus mauvais que le déchet lui-même, considéré en lui-même.
Le « mal » est pire que la mort : c’est ce qu’a fait Peor, en transformant le déchet en une existence pleinement constituée, ayant sa propre réalité. Le déchet n’est en soi qu’un rebut ; en faire une chose ayant une réalité propre est pire que le déchet lui-même.
Après avoir achevé la liste des Midrachim, le paragraphe revient au verset : « Vois, j’ai placé devant toi la vie et le bien, la mort et le mal » : la vie se trouve au-dessus de la cloison, la mort est le déchet au-dessous, et le mal, pire que la mort, consiste à transformer ce déchet en une existence ayant sa propre réalité, comme l’a fait Peor.
Maré mekomot
- 1ובפסוק חלקי ה׳ · ”כי יעקב בחר כו׳ דודי לי הוא לי לאלקים כו׳ וגם מה שאומרים הוי׳ אחד וכתיב לע״ל ביום ההוא יהי׳ הוי׳ אחד” — אוה״ת ואתחנן ע׳ שנה.
- 2חלקי ה׳ · Lamentations 3:24
- 3
- 4מרוע אחד · Ecclesiastes 12:11
- 5ראה נתתי לפניך היום את החיים ואת הטוב ואת המות ואת הרע · Deuteronomy 30:15
- 6
16והנה עד״ז בחי׳ הטוב הוא למעלה מבחי׳ החיים וכמארז״ל [וכמאמר רבותינו זכרונם לברכה] יפה שעה אחת בתשובה1 ומעשים טובים בעוה״ז מכל חיי2
Or, de même, le niveau du « bien » est supérieur au niveau de la « vie », comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Une heure de techouva et de bonnes actions en ce monde est meilleure que toute la vie du
De même que le « mal » est inférieur à la « mort », le « bien » est supérieur à la « vie ». La Michna (Avos 4:17) dit qu’une heure de techouva et de bonnes actions en ce monde vaut mieux que toute la vie du Monde futur.
העוה״ב [העולם הבא] וכתיב כי טוב חסדך מחיים3 כי חיות כל העולמות הוא רק מב׳ אותיות בי״ה ה׳ צור עולמים4 ביו״ד נברא העוה״ב [העולם הבא]5 כו׳
Monde futur. » Et il est écrit : « Car Ta bonté est meilleure (tov) que la vie. » Car la force vitale de tous les mondes ne provient que de deux lettres : « Par Yah, Havaya est le Rocher des mondes » ; « le Monde futur fut créé avec la lettre youd », etc. ;
Ainsi, « Ta bonté est meilleure (tov, “bien”) que la vie » (Psaumes 63:4). Tous les mondes tirent leur force vitale de seulement deux lettres, youd et hé : le Talmud (Menachos 29b) interprète « Par Yah, Havaya est le Rocher des mondes » (Isaïe 26:4) en disant que ce monde fut créé avec la lettre hé et le Monde futur avec la lettre youd.
והם כלא חשובים לגבי מהותו ועצמותו יטת׳ [יתברך] וגם כמ״ש והחכמה תחיה והוא ית׳ למעלה מעלה מחכמה חי ואל בחיים6 כו׳
et ils sont comme rien en comparaison de Son être et de Son essence, qu’Il soit béni. De même, comme il est écrit : « Et la sagesse donne la vie » ; or Lui, qu’Il soit béni, est infiniment au-dessus de la sagesse : vivant, mais non par la vie, etc.
Ces lettres, source de toute vie, sont comme rien devant l’essence de D.ieu. Et bien qu’il soit écrit « Et la sagesse donne la vie » (Ecclésiaste 7:12), D.ieu est infiniment au-dessus de la sagesse : Il est « vivant, mais non par la vie », formule que la note de Kehot rattache au Rambam.
וכתיב כי עמך מקור חיים7 שאפילו בחי׳ מקור החיים הוא רק עמך טפל ובטל לך כו׳.
Et il est écrit : « Car auprès de Toi est la source de la vie » : même le niveau de la source de la vie n’est qu’« auprès de Toi », secondaire et annulé devant Toi, etc.
« Car auprès de Toi est la source de la vie » (Psaumes 36:10) signifie que même la source de la vie n’est qu’« auprès » de D.ieu, secondaire et annulée devant Lui. Le « bien » se situe donc à un niveau supérieur même à celui de la source de la vie.
ועמ״ש בפי׳ ובטובו מחדש בד״ה שחורה אני. וזהו ענין הבדלת הרקיע שנאמר שני פעמים והמשכה זו הוא ע״י בכל מאדך כו׳:89
Et voyez ce qui est écrit au sujet du sens de « Et par Sa bonté Il renouvelle », dans le discours qui commence par « Je suis noire ». C’est là le sens de la séparation du firmament, mentionnée deux fois. Et cet influx est attiré par « de toute ta force », etc.
Le texte renvoie à l’explication de « par Sa bonté Il renouvelle » dans le discours « Je suis noire ». Il revient ensuite à la question du paragraphe 4 : tel est le sens de la séparation du firmament, mentionnée deux fois. Dans ce contexte, à côté de la distinction entre la « vie » et la « mort », il existe une distinction supplémentaire : le « bien », qui est supérieur à la « vie » ; et son influx est attiré par « de toute ta force ».
Ce paragraphe montre que le « bien » est supérieur à la « vie » : la vie de tous les mondes provient de deux lettres, lesquelles sont comme rien devant l’essence de D.ieu. Il rattache cela à la séparation du firmament mentionnée deux fois et conclut que l’influx de ce « bien » est attiré par l’amour sans limite exprimé par « de toute ta force ».
Dans Hilchos Yesodei HaTorah (2:10), l’une des références indiquées dans la note, le Rambam écrit que D.ieu, Sa connaissance et Sa vie ne font qu’un à tous égards ; s’Il vivait au moyen d’une vie extérieure à Lui et connaissait par une connaissance extérieure à Lui, il y aurait plusieurs dieux.
Maré mekomot
- 1יפה שעה אחת בתשובה · אבות ד, יז.
- 2יפה שעה אחת בתשובה ומעשים טובים בעוה״ז מכל חיי · Pirkei Avot 4:17
- 3כי טוב חסדך מחיים · Psalms 63:4
- 4בי-ה הוי׳ צור עולמים · Isaiah 26:4
- 5ביו״ד נברא העוה״ב · Menachot 29b:13–14
- 6חי ואל בחיים · Mishneh Torah, Foundations of the Torah 2:10
- 7כי עמך מקור חיים · Psalms 36:10
- 8והחכ׳ תחי׳ · Ecclesiastes 7:12
- 9חי ולא בחיים · ל׳ הרמב״ם ז״ל במו״נ ח״א פנ״ז ובסוף ח׳ פרקים שלו. וכן בספר היד שלו ה׳ יסוה״ת פ״ב [ה״י]. וע׳ עקרים מאמר ב׳ פ״ל. ובכוזרי מאמר ב סי׳ ב [כ].
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Aujourd’hui, dit le maamar, la méditation seule ne suscite pas l’amour de D.ieu : il faut d’abord accepter le joug du Ciel en annulant sa volonté. Dans « détourne-toi du mal », cela signifie se sanctifier même dans ce qui est permis ; dans « fais le bien », cela signifie dépasser ses habitudes, revoir son étude une fois de plus que d’ordinaire et donner un peu plus de tsédaka qu’on n’en a l’habitude. Ainsi, le Chema, récité dans le bitoul et avec la disposition au sacrifice de soi au moment de « Un », suscite l’amour « de tout ton cœur » et même « de toute ta force ».
Questions à discuter
- Pourquoi le maamar dit-il que l’amour ordinaire de la vie est en réalité un amour de son contraire ? Quelle est la « vie » qu’il nous est demandé de choisir ?
- Comment la différence entre « Havaya est Un » et « Havaya est notre D.ieu » explique-t-elle pourquoi le Nom est prononcé deux fois dans le Chema ?
- Pourquoi la méditation seule ne suffit-elle plus depuis la destruction du Temple, et comment « Béni soit le Nom de la gloire de Son royaume » apporte-t-il ce qui manque ?
- Pourquoi revoir un chapitre pour la cent unième fois, ou donner une pièce au-delà de ses habitudes, constitue-t-il une annulation de la volonté ?
- Comment l’image d’une graine qui doit pourrir avant de pousser explique-t-elle l’amour « de toute ta force » ?