Torah Ohr · Parshas Vayigash · Maamar 2
וילקט יוסף את כל הכסף הנמצא בארץ מצרים…
« Et Yosef rassembla tout l’argent »
L’idée centrale
L’amour de D.ieu caché dans chaque âme juive est la lumière primordiale mise en réserve pour les justes. Semée depuis longtemps par Yosef, le « jardinier » de Mal'hout, elle n’a pas besoin d’être créée par la méditation, mais seulement dévoilée, et sa racine est plus élevée que celle de tout amour produit par l’intellect.
Le maamar en bref
Le maamar rapproche le verset où Yosef rassemble l’argent de l’Égypte et le fait entrer dans la maison de Pharaon de l’enseignement des Sages selon lequel Yosef dissimula trois trésors, dont l’un est encore mis en réserve pour les justes. Ce trésor est la lumière primordiale, « semée pour les justes ». Pour l’expliquer, l’Alter Rebbe distingue deux amours de D.ieu. Le premier naît de la méditation sur la grandeur de D.ieu et constitue une création nouvelle de l’intellect : l’ahavat olam. L’autre, l’amour caché inné dans l’âme divine, est seulement dévoilé par la méditation, selon l’expression : « Le vin entre, le secret sort. » Une fois révélé, il est l’ahavah rabbah, dont la racine est bien plus élevée. L’image du Zohar, où la lumière est semée dans un jardin par le tsadik qui en prend soin, fournit l’analogie : des récoltes semées de nouveau, et des repousses qui surgissent sans semis à partir de graines antérieures. Le jardin est Mal'hout, la source des âmes d’Israël, et son jardinier est Yosef, qui est Yessod. Enfin, l’argent représente les chassadim : les trois tiers de 'Hessed sont les trois trésors, dont deux sont dévoilés et le tiers supérieur demeure couvert jusqu’aux Temps futurs ; tous sont amenés dans Mal'hout, la « maison de Pharaon ».
Plan
- Les trésors cachés de YosefLe verset de l’argent rassemblé, les trois trésors que Yosef dissimula et la lumière primordiale mise en réserve pour les justes.¶1
- Deux amoursL’amour qui naît de la méditation est une création nouvelle de l’intellect ; l’amour caché, inné dans l’âme divine, est seulement tiré de sa dissimulation par la méditation.¶2–3
- L’amour caché est la lumière primordiale« Le vin entre, le secret sort » : l’amour caché, révélé sous la forme de l’ahavah rabbah, dépasse l’ahavat olam ; c’est la lumière mise en réserve dans Yosef, Yessod, et semée par lui en chaque Juif.¶4
- La lumière semée dans le jardinLa lumière semée par le tsadik-jardinier dans le Zohar ; le jardin est Mal'hout, et son entretien est un travail d’affinement ; sur terre, il y a les nouveaux semis et les repousses qui nourrissent le sol.¶5–6
- Semis et repousses dans les mondes supérieursDans le jardin céleste, l’amour né de la méditation est un nouveau semis et l’amour caché est une repousse dont la racine est plus élevée ; tous deux proviennent de Yosef, le jardinier.¶7
- L’argent et les trois trésorsL’argent représente les chassadim : les trois tiers de 'Hessed sont les trois trésors, dont deux sont dévoilés et le tiers supérieur est couvert jusqu’aux Temps futurs ; tous sont amenés dans Mal'hout, la « maison de Pharaon ».¶8
Notions clés
- L’amour caché (ahavah mesuteres)אהבה מסותרת
- L’amour de D.ieu inné dans l’âme divine, qui désire par nature se fondre dans sa source. La méditation ne le crée pas, mais le fait sortir de sa dissimulation ; une fois révélé, il est l’ahavah rabbah.
- L’amour né de la méditation (ahavat olam)אהבת עולם
- L’amour éveillé par la méditation sur la grandeur de D.ieu : une « création nouvelle » de l’intellect, de rang inférieur à l’amour caché, et comparé à une graine semée de nouveau.
- Ahavah rabbah (« grand amour »)אהבה רבה
- L’amour qui dépasse l’intellect, attiré par la « bonté abondante » ; c’est l’amour caché lorsqu’il est révélé, identifié ici à la lumière primordiale.
- La lumière primordiale (or kadma’ah)אור קדמאה
- La première lumière, qui brilla d’un bout à l’autre du monde et fut mise en réserve pour les justes : « La lumière est semée pour les justes. »
- Les repousses (sefichin)ספיחין
- Des plantes qui poussent sans avoir été semées, à partir de graines antérieures, et qui « nourrissent le sol » ; elles illustrent l’amour caché, qui n’est pas nouveau mais possède une racine plus élevée.
- Les chassadim couverts et dévoilésחסדים מכוסים ומגולים
- 'Hessed est divisé en trois tiers : le tiers supérieur demeure couvert et les deux tiers inférieurs sont dévoilés. Le maamar les interprète comme les trois trésors de Yosef, ainsi que comme l’ahavah rabbah et l’ahavat olam.
- Yosef, le jardinier du jardinיוסף הצדיק, גננא דגנתא
- Yosef le tsadik est Yessod, interprété comme yod et sod, « secret ». Par son intermédiaire, la lumière est semée dans Mal'hout, le jardin et la source des âmes d’Israël, et l’amour caché atteint chaque Juif.
Les trésors cachés de Yosef ¶1
1וילקט יוסף1 את כל הכסף2 הנמצא בארץ מצרים ויבא יוסף את הכסף ביתה פרעה. הנה ארז״ל שלש מטמוניות הטמין יוסף.3 אחת נתגלה לקרח ואחת נגלה לאנטונינוס. ואחת גנוזה לצדיקים לע״ל.
« Et Yossef rassembla tout l’argent qui se trouvait dans le pays d’Égypte, et Yossef apporta l’argent dans la maison de Pharaon. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Yossef mit en réserve trois trésors. L’un fut révélé à Kora’h, l’un à Antoninus, et l’un est gardé en réserve pour les justes dans le Monde futur. »
Le maamar s’ouvre sur un verset relatif aux années de famine en Égypte : Yossef rassembla tout l’argent versé pour le blé et l’apporta dans le trésor de Pharaon. Le maamar lui associe l’enseignement du Talmud selon lequel Yossef mit en réserve trois trésors ; deux furent découverts, l’un par Kora’h et l’autre par Antoninus, tandis que le troisième attend les justes dans le Monde futur.
ולהבין זה הנה כתיב אור זרוע לצדיק4 וידוע דהיינו בחי׳ אור קדמאה דהוה נהיר5 מסייפי עלמא6 עד סייפי עלמא7 דגניז קוב״ה לצדיקייא.
Pour comprendre cela : il est écrit : « La lumière est semée pour le juste », et l’on sait qu’il s’agit du niveau de la lumière primordiale (or kadma’ah), qui brillait d’une extrémité du monde à l’autre et que le Saint béni soit-Il mit en réserve pour les justes.
Pour expliquer le trésor caché, le maamar se tourne vers le verset « La lumière est semée pour le juste ». Cette lumière est identifiée à la lumière primordiale, la première lumière, qui brillait d’une extrémité du monde à l’autre, jusqu’à ce que D.ieu la mette en réserve pour les justes.
Le paragraphe rapproche le verset sur Yossef qui rassemble l’argent de l’enseignement selon lequel il mit trois trésors en réserve, puis relie le trésor gardé pour les justes à la lumière primordiale mise en réserve pour eux.
Les notes de Kehot renvoient au Zohar pour la lumière primordiale (Zohar 2:166b, dans le développement sur Terumah cité par le maamar au paragraphe 5) et pour son éclat « d’une extrémité du monde à l’autre » (Zohar 1:45b). Elles signalent également une autre transcription de ce maamar dans Sefer HaMaamarim 5565 et un bref résumé dans Or HaTorah.
Maré mekomot
- 1וילקט יוסף · הנחה אחרת בסה״מ תקס״ה ע׳ קצז. בתוך ד״ה להבין מ״ש באחיו של יוסף קטע המתחיל ”ולתוספות ביאור”. ראה לעיל בציונים לכ״ק אדמו״ר זי״ע. קיצור באוה״ת כרך ו תתשיג, ב.
- 2וילקט יוסף את כל הכסף · Genesis 47:14
- 3שלש מטמוניות הטמין יוסף · Pesachim 119a:11–12
- 4אור זרוע לצדיק · Psalms 97:11
- 5אור קדמאה דהוה נהיר · Zohar II, 166b
- 6דהוה נהיר מסייפי עלמא · ראה זח״א מה, סע״ב.
- 7מסייפי עלמא עד סייפי עלמא · Zohar, Bereshit 70:139–148
Deux amours ¶2–3
2וענין הגניזה הזאת יובן דהנה בעבודת ה׳ ימצא ב׳ בחי׳ ומדרגות באהבת1 ה׳. הא׳ הוא בחי׳ האהבה הנולדת ונמשכת מן ההתבוננות בגדולת אוא״ס ב״ה כשיעמיק בשכלו ברוממות גדולתו ית׳ יולד מזה התפעלות בתשוקה והתלהבות אליו ית׳
Le sens de cette mise en réserve s’éclairera [comme suit]. Dans le service de D.ieu, on trouve deux aspects et deux niveaux dans l’amour de D.ieu. Le premier est le niveau de l’amour qui naît de la contemplation de la grandeur de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, et qui en découle : lorsqu’une personne approfondit par son intellect la sublimité de Sa grandeur, qu’Il soit béni, il en naît un éveil de désir ardent et de ferveur envers Lui, qu’Il soit béni,
Pour expliquer ce que signifie le fait que la lumière ait été « mise en réserve », le maamar distingue deux sortes d’amour pour D.ieu. Le premier naît de la contemplation : lorsqu’une personne médite profondément sur la grandeur de la Lumière infinie, le désir ardent et la ferveur envers D.ieu s’éveillent en elle.
כי לפי שכלו יהולל איש2 שהמדות נמשכים אחר השכל וההתבוננות. אהבה זו היא בחי׳ הולדה חדשה שנמצאת מחדש ע״י השכל וההתבוננות.
car « selon son intelligence, l’homme est loué », puisque les attributs émotionnels (midot) suivent l’intellect et la contemplation. Cet amour relève d’une naissance nouvelle, qui se produit à nouveau par l’intellect et la contemplation.
Le verset « Selon son intelligence, l’homme est loué » étaye le principe selon lequel les émotions suivent l’intellect. Puisque cet amour est suscité par la contemplation, il constitue une « naissance nouvelle » : quelque chose qui n’existait pas auparavant chez la personne.
Le paragraphe présente le premier de deux types d’amour pour D.ieu : celui qui naît de la contemplation de la grandeur de D.ieu et que l’intellect fait naître à nouveau.
Plus loin dans le maamar (paragraphes 4 et 7), cet amour contemplatif est appelé ahavat olam et comparé à une semence nouvellement plantée.
Maré mekomot
- 1בעבודת — ב׳ בחי׳ ומדרגות באהבת ה׳ · נתבאר בלקו״ש חט״ו ע׳ 403.
- 2לפי שכלו יהולל איש · Proverbs 12:8
3ויש בחי׳ ב׳ באהבה והוא הנק׳ אהבה מסותרת שהיא האהבה שיש בטבע תולדת הנפש האלקית שהיא חפצה בטבעה להתכלל בא״ס ב״ה שהוא מקורה ושרשה
Il existe un deuxième niveau d’amour, appelé l’amour caché (ahava messoutéret) : l’amour qui est inscrit dans la nature innée de l’âme divine, laquelle désire par nature s’unir à l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, qui est sa source et sa racine.
Le deuxième amour est l’« amour caché », qui fait partie de la nature innée de l’âme divine. Puisque l’Infini est la source et la racine de l’âme, celle-ci désire par nature s’unir à Lui.
אלא שהיא אצלו בחי׳ העלם והסתר גדול ויציאתה אל הגלוי הוא ע״י התבוננות כמ״ש בתניא1 ונמצא כשיוצאת אל הגלוי ע״י ההתבוננות אין זו הולדה חדשה מן השכל ממש שממנו נולדה האהבה
Cependant, chez l’homme, cet amour se trouve dans un état de profond voilement et de grande dissimulation ; il ne se révèle que par la contemplation, comme il est écrit dans le Tanya. Il s’ensuit que, lorsqu’il se révèle par la contemplation, il ne s’agit pas véritablement d’une nouvelle naissance issue de l’intellect, comme si l’amour était né de celui-ci,
Chez l’homme, cet amour demeure profondément caché ; c’est la contemplation qui le fait apparaître, comme l’explique le Tanya. Ainsi, lorsqu’il se manifeste grâce à la contemplation, l’intellect ne lui a pas donné naissance.
שהרי אהבה זו כבר היתה מתחלה בנפש׳2 רק שהיתה בהעלם וע״י ההתבוננות יצתה מן ההעלם אל הגילוי.
car cet amour était déjà présent dans son âme dès le commencement ; il était seulement caché, et la contemplation l’a fait passer de la dissimulation à la révélation.
La preuve en est que l’amour était présent dans l’âme dès le commencement, mais qu’il était caché. La contemplation ne le crée pas : elle le fait seulement passer de la dissimulation à la révélation.
Ce paragraphe décrit le deuxième amour, l’« amour caché », inné dans l’âme divine, que la contemplation ne crée pas, mais ne fait que dévoiler.
Le maamar cite le chapitre 44 du Tanya au sujet de cet amour caché et de sa révélation par la contemplation. Une note de Kehot rapporte que, dans le manuscrit autographe du Tséma’h Tsédek, on lit בנפשו, « dans son âme », alors que l’imprimé porte l’abréviation בנפש׳.
Maré mekomot
- 1כמ״ש בתניא · פרק מד.
- 2בנפש׳ · בגוכתי״ק מהצ״צ: בנפשו.
L’amour caché est la lumière primordiale ¶4
4וזהו ענין מארז״ל נכנס יין יצא סוד.1 פי׳ סוד הוא בחי׳ אהבה מוסתרת הנ״ל ויציאת׳ אל הגלוי הוא ע״י ההתבוננות הנק׳ בשם יין יינה של תורה כו׳.
Et tel est le sens de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Le vin entre, le secret sort. » L’explication : le « secret » (sod) désigne le niveau de l’amour caché mentionné plus haut, et sa sortie au grand jour s’accomplit par la contemplation, appelée « vin », le vin de la Torah, etc.
L’enseignement de nos Sages, « Le vin entre, le secret sort », est lu comme une image de l’amour caché. Le « secret » (sod) est l’amour caché, et le « vin » qui le fait sortir est la contemplation, appelée « vin de la Torah ».
ובאמת מעלת ומדרגת אהבה זו המסותרת2 היא גדולה ורבה מבחי׳ האהבה הנולד׳ מהתבוננות הנ״ל. אף שזו היא הולדה חדשה וזו אינה התחדשות גמורה אעפ״כ שרשה נעלה יותר כו׳
En vérité, la valeur et le rang de cet amour caché sont bien supérieurs au niveau de l’amour suscité par la contemplation mentionnée plus haut. Bien que celui-ci soit une naissance nouvelle, tandis que celui-là ne soit pas une nouveauté complète, sa racine est néanmoins plus élevée, etc.
Les deux amours sont ici comparés. L’amour suscité par la contemplation est véritablement nouveau, tandis que l’amour caché ne fait que sortir de sa dissimulation ; pourtant, ce dernier est supérieur, car sa racine est plus élevée.
ואהבה הנולדה מהתבוננות היא למטה ממנה במדרגה רק שלא נשפלה כ״כ כמו אהבה הנ״ל המסותרת כו׳
L’amour suscité par la contemplation est inférieur à lui en rang ; toutefois, il n’est pas descendu aussi bas que l’amour caché mentionné plus haut, etc.
L’amour contemplatif occupe un rang inférieur. Son seul avantage est qu’il n’est pas descendu aussi bas que l’amour caché, qui, malgré sa racine élevée, est tombé dans une profonde dissimulation.
(וכמ״ש בתניא3 שבחי׳ אהבה מסותרת כשיוצאה אל הגלוי נק׳ אה״ר שלמעלה מאהבת עולם שמבחי׳ ההתבוננות כו׳ וע׳ מ״ש לקמן ע״פ חכלילי מענין אה״ר ואה״ע).
(Comme il est écrit dans le Tanya : lorsque l’amour caché sort au grand jour, il est appelé ahava rabba (« grand amour »), qui est supérieur à ahavat olam (« amour éternel »), issu du niveau de la contemplation, etc. Voyez aussi ce qui est écrit plus loin, à propos du verset « ’Hakhlili », au sujet de ahava rabba et de ahavat olam.)
Cette parenthèse cite le Tanya : lorsqu’il est révélé, l’amour caché est appelé ahava rabba, « grand amour », supérieur à ahavat olam, l’amour qui naît de la contemplation. Elle renvoie également au maamar de Torah Ohr consacré à la bénédiction de Yaakov à Yehouda, « ’Hakhlili einayim miyayin » (Genèse 49:12), verset qui évoque lui aussi le vin et où ces deux amours sont examinés.
והנה בחי׳ ומדרגת יוסף הצדיק עליון הוא בחי׳ אה״ר המסותרת שיש בכל נפש מישראל ששרשה גבוה מאד נעלה שזהו בחי׳ יוסף שהוא בחי׳ יסוד דהיינו בחי׳ י׳ סוד כו׳.
Or, le niveau et le rang de Yossef le tsaddik suprême correspondent à l’amour caché ahava rabba, présent dans chaque âme d’Israël et dont la racine est extrêmement élevée. C’est là le niveau de Yossef, qui correspond à Yessod (fondement), c’est-à-dire au niveau de youd et de sod (secret), etc.
L’amour caché est maintenant associé à Yossef, le « tsaddik suprême ». Yossef correspond à Yessod (fondement), la Séfira que la Kabbale appelle « tsaddik », et son niveau est celui de ahava rabba caché, présent dans chaque âme juive. Le mot Yessod se lit comme youd et sod, « secret », le même « secret » que celui de l’amour caché.
וזהו פי׳ אור זרוע לצדיק4 שהוא בחי׳ אור קדמאה שגנזו לצדיקים.5 ואור קדמאה הוא בחי׳ אה״ר הנ״ל שהיא למעלה מעלה מבחי׳ אה״ע הנק׳ ג״כ אור
Et tel est le sens de « La lumière est semée pour le juste » : il s’agit du niveau de la lumière primordiale qu’Il a mise en réserve pour les justes. Cette lumière primordiale correspond au niveau de ahava rabba mentionné plus haut, qui est infiniment supérieur à celui de ahavat olam, également appelée « lumière ».
Cela explique le verset « La lumière est semée pour le juste » : la lumière semée est la lumière primordiale mise en réserve pour les justes, et cette lumière est ahava rabba, l’amour caché. Ahavat olam est elle aussi appelée « lumière », mais elle est très inférieure à la lumière primordiale.
(כי אור הוא בחי׳ חסד ויש חסד עולם והוא בחי׳ האהבה הנמשכת מן השכל אבל אור קדמאה הוא בחי׳ אה״ר שלמעלה מהשכל ונלקחה מבחי׳ ורב חסד וחסדי מאתך לא ימוש6 כו׳)
(Car la lumière correspond au niveau de 'Hessed (bonté), et il existe 'Hessed olam (« bonté éternelle »), qui correspond à l’amour provenant de l’intellect ; mais la lumière primordiale correspond à ahava rabba, qui est au-dessus de l’intellect et provient du niveau de « grande abondance de bonté » et de « Ma bonté ne s’éloignera pas de toi », etc.)
Cette remarque explique pourquoi l’amour est appelé lumière : la lumière correspond à 'Hessed, la bonté. À chaque amour correspond une bonté de même nom : ahavat olam, l’amour provenant de l’intellect, est 'Hessed olam, « bonté éternelle », tandis que ahava rabba, la lumière primordiale au-dessus de l’intellect, provient de rav 'Hessed, « grande abondance de bonté », et de la bonté qui, selon les paroles d’Isaïe, « ne s’éloignera pas ».
אלא שגנזו לצדיקים בבחי׳ יוסף צ״ע וממנו נזרע בכל א׳ מישראל בחי׳ אהבה הנ״ל אלא שהיא מסותרת בבחי׳ גניזה וסוד והעלם ונכנס יין יצא סוד כנ״ל:
Mais Il l’a mise en réserve pour les justes, au niveau de Yossef le tsaddik suprême ; de lui est semé en chacun d’Israël le niveau de l’amour mentionné plus haut. Celui-ci demeure toutefois caché, dans un état de mise en réserve, de secret et de dissimulation ; « le vin entre, le secret sort », comme indiqué plus haut.
D.ieu a mis cette lumière en réserve pour les justes, au niveau de Yossef le tsaddik suprême, et c’est de Yossef qu’elle est semée en chaque Juif sous la forme de l’amour caché. Parce qu’il est semé et mis en réserve, cet amour demeure un « secret », qui ne sort que lorsque le « vin » de la contemplation entre.
Ce paragraphe situe l’amour caché au-dessus de l’amour suscité par la contemplation, l’identifie à ahava rabba et à la lumière primordiale, et le rattache au niveau de Yossef, de qui il est semé dans chaque âme juive.
Les notes de Kehot renvoient au Tanya, chapitre 43, qui distingue deux amours comme le fait ce maamar : ahava rabba, un amour de plaisir qui vient d’en haut comme un don, et ahavat olam, qui naît de la contemplation de la grandeur de D.ieu. Elles renvoient aussi à Or HaTorah sur Devarim pour ce passage concernant Yossef et la lumière mise en réserve pour les justes. Le Talmud fonde l’enseignement sur le vin et les secrets sur leur même valeur numérique : yayin (vin) et sod (secret) valent chacun soixante-dix.
Maré mekomot
- 1נכנס יין יצא סוד · Eruvin 65a:19–20
- 2מעלת ומדרגת אהבה זו המסותרת · Tanya, Likkutei Amarim 43:6
- 3וכמ״ש בתניא · פמ״ד.
- 4אור זרוע לצדיק · Psalms 97:11
- 5והנה בחי׳ . . שגנזו לצדיקים · ראה אוה״ת פ׳ דברים ע׳ לב.
- 6וחסדי מאתך לא ימוש · Isaiah 54:10
La lumière semée dans le jardin ¶5–6
5ועפי״ז יובן ג״כ מ״ש בזהר תרומה (דקס״ו ע״ב ודקס״ז ע״א) האי אור זרע לי׳ קוב״ה בגינתא דעדנוי ע״י דהאי צדיק דאיהו גננא דגינתא ונטל להאי אור וזרע ליה זריעה דקשוט כו׳
Et selon cela, on comprendra également ce qui est écrit dans le Zohar, section Terouma (folio 166b et folio 167a) : « Cette lumière, le Saint béni soit-Il l’a semée dans Son Jardin d’Éden, par l’intermédiaire de ce tsadik, qui est le jardinier du jardin ; il prit cette lumière et la sema, d’un semis de vérité », etc.
Le passage du Zohar cité ici décrit la même lumière : D.ieu l’a semée dans Son Jardin d’Éden par l’intermédiaire de « ce tsadik », le jardinier, qui prit la lumière et la sema comme un « semis de vérité ». Comme le maamar l’expliquera, le jardinier est Yossef le tsadik.
ובגלותא גנתא לא עאל ביה גננא.1 וההוא אור דאיהו זרוע תדיר עביד איבין ומינין ומגרמיה אזדרע כקדמיתא.
« Et, en exil, le jardinier n’entre pas dans le jardin. Cette lumière, qui est semée, produit constamment des fruits et des espèces, et se sème d’elle-même comme au commencement. »
En exil, le jardinier n’entre pas dans le jardin ; pourtant, la lumière semée continue de porter des fruits et de se ressemer « comme au commencement ». Le maamar fera de cette lumière qui se sème elle-même une image de l’amour caché.
ופי׳ גנתא הוא בחי׳ המשכת הקו״ח ממל׳ דא״ס שהוא ראשית הקו עד סיומו נק׳ הכל בחי׳ גנתא שהוא בחי׳ מל׳.2
La signification de « jardin » est la suivante : c’est le niveau de l’extension du kav (ligne de lumière) et du fil depuis la Mal'hout de l’Infini (Ein Sof), qui est le commencement du kav, jusqu’à son terme ; tout cela est appelé « jardin », qui est le niveau de Mal'hout.
Le « jardin » est Mal'hout. Le kav, cette fine ligne de lumière divine, ainsi que le « fil » qui s’étend avec lui, commencent dans la Mal'hout de l’Infini, l’attribut de royauté au sein de la Lumière infinie elle-même ; toute la ligne, de son commencement à son terme, est appelée « jardin ».
(Voir Mikdash Melekh sur le Zohar, parachat Bo, folio 35a, au nom de Rabbi ‘Haïm Vital, à propos de l’explication de « avec un tsadik », etc., « qui sema dans le jardin », etc. Voir là-bas.)
Cette parenthèse renvoie à Mikdash Melekh, un commentaire sur le Zohar, à propos d’un passage de la parachat Bo concernant « un tsadik qui sema dans le jardin ». Comme le rapporte le Tséma’h Tsédek dans un passage cité par une note de Kehot, Mikdash Melekh explique au nom de Rabbi ‘Haïm Vital que ce tsadik est le Yessod d’Adam Kadmon (« l’Homme primordial », le niveau le plus élevé de l’ordre divin), qui sème dans la Mal'hout cachée en lui.
וכמארז״ל מה הגן5 צריך לעדור ולהשקות ולזמור שהוא בחי׳ עבודת הבירורים שזה נעשה ע״י יוסף הצדיק.
Et comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « De même que le jardin doit être bêché, arrosé et taillé » ; cela correspond au service du raffinement (birourim), qui s’accomplit par l’intermédiaire de Yossef le tsadik.
Les Sages comparent la Communauté d’Israël (Knesset Israël) à un jardin qu’il faut bêcher, arroser et tailler. Cet entretien correspond au travail de raffinement (birourim) : discerner le bien et l’élever. Il s’accomplit par l’intermédiaire de Yossef le tsadik.
והנה כמו בארץ הגשמית יש ב׳ מיני צמיחה הא׳ התבואות הנזרעים מדי שנה ועולים וצומחים.6
Or, de même que, dans la terre matérielle, il existe deux sortes de croissance, la première étant celle des récoltes semées chaque année, qui lèvent et poussent ;
Pour illustrer les deux amours, le maamar se tourne vers l’agriculture. La terre matérielle connaît deux sortes de croissance ; la première est celle des récoltes que l’on sème chaque année et qui germent et poussent.
Ce paragraphe interprète l’image du Zohar : la lumière est semée dans un jardin par le tsadik qui en prend soin. Il identifie le jardin à Mal'hout et son entretien au travail du raffinement, puis commence une analogie fondée sur deux sortes de croissance dans la terre.
Une note de Kehot cite les Biouré HaZohar du Tséma’h Tsédek : puisque le kav s’étend depuis la Mal'hout de l’Infini, le service divin consiste à attirer une lumière supplémentaire depuis un niveau supérieur au kav, par l’itkafya — la soumission de la sitra a'hra (l’autre côté) — et par « écarte-toi du mal et fais le bien ».
Maré mekomot
- 1גנתא לא עאל בי׳ גננא · Zohar II, 4a
- 2ופי׳ גנתא . . שהוא ראשית הקו . . בחי׳ מל׳ · ”ור״ל דלפי שהקו הוא נמשך מבחי׳ מל׳ דא״ס ע״כ העבודה היא להמשיך תוספת אור מאור א״ס מבחי׳ עליונה שלמעלה מהקו, והיינו ע״י אתכפיא וסומע״ט כו׳” — ביאוה״ז להצ״צ כרך ב׳ ע׳ תתריז.
- 3ע׳ במק״מ . . בשם הרח״ו · ”ועיין בזהר פ׳ בא דל״ה ע״א בחד צדיק כו׳ דזרע בגנתא בטמירו, ואיתא במק״מ שם בשם הרח״ו חד צדיק היינו יסוד דא״ק דזרע בגנתא במל׳ הנעלמת בו כו׳” — ביאוה״ז להצ״צ כרך ב ע׳ תתריט.
- 4בחד צדיק כו׳. דזרע בגנתא · Zohar, Bo 3:55–70
- 5וכמארז״ל מה הגן · Zohar II, 4a
- 6
6והב׳ הם הנק׳ ספיחין1 דהיינו מה שצומח מאיליה שלא נזרע עכשיו כלל אלא מן הזריעה שנפל בה מכבר כו׳. והם הנק׳ ספיחא דארעא דמקיימי ארעא שעיקר קיום הארץ הוא ע״י הספיחין.
Et le second type est ce qu’on appelle les sefi’hin (les pousses spontanées), c’est-à-dire ce qui pousse de soi-même, sans avoir été semé cette fois, mais [provient] des semences qui y sont tombées auparavant, etc. C’est ce qu’on appelle « les pousses spontanées de la terre, qui assurent la subsistance de la terre », car la subsistance essentielle de la terre repose sur ces pousses.
Le second type de croissance est celui des sefi’hin, les pousses spontanées : des plantes qui poussent d’elles-mêmes, sans nouvelle semence, à partir de graines tombées dans le sol auparavant. L’expression araméenne « les pousses spontanées de la terre assurent la subsistance de la terre » présente cette croissance non semée comme la principale source de subsistance de la terre.
Ce paragraphe achève l’analogie agricole en présentant le second type de croissance : les pousses spontanées, qui apparaissent sans semis et sont dites assurer la subsistance de la terre.
Une note de Kehot indique que le sujet des pousses spontanées est expliqué à la fin de la Porte 8 du Pardes Rimonim, et que le Likkutei Torah sur Soukkot y renvoie, en comparant ces pousses à « l’esprit qu’il laisse en elle ».
Maré mekomot
- 1הנק׳ ספיחין · נתבאר בפרדס סוף ש״ח. בלקו״ת סוכות עח, ד מציין לכאן ”בענין הספיחים שזהו כענין רוחא דשביק בה כו׳”.
Semis et repousses dans les mondes supérieurs ¶7
7וכך נמצא למעלה בארץ העליונה הנקרא גנתא ב׳ בחי׳ ומדרגות אלו דהיינו בחי׳ המשכות הנמשכות בה בבחי׳ זריעה
Ainsi, en haut également, dans la terre supérieure appelée « le jardin », on trouve ces deux aspects et ces deux niveaux, à savoir les niveaux des flux qui y sont attirés par le mode de l’ensemencement,
Les deux sortes de croissance existent également en haut, dans la « terre supérieure », le « jardin » qu’est Mal'hout. La première est le flux divin attiré en elle par le mode de l’ensemencement.
כמ״ש אור זרוע1 כו׳ ויש בחי׳ שגדילים בה מבחי׳ ספיחין דהיינו ממה שנזרע כבר כו׳ והספיחים אף שאין זה ענין התהוות והמשכה חדשה ממש רק
comme il est écrit : « La lumière est semée », etc. ; et il existe un niveau de ce qui y pousse comme des repousses, c’est-à-dire à partir de ce qui avait déjà été semé, etc. Quant aux repousses, bien qu’il ne s’agisse pas véritablement d’une nouvelle création ni d’un nouveau flux, mais seulement
L’ensemencement correspond au verset : « La lumière est semée. » La seconde sorte est comparable aux repousses, qui surgissent de ce qui a été semé depuis longtemps. Le maamar reconnaît qu’il ne s’agit pas véritablement d’une nouvelle création ni d’un nouveau flux.
שהוא בחי׳ גידול ממה שהיה בהעלם בהארץ עכ״ז יש בו מעלה יתירה ששרשו גבוה ביותר והוא כנ״ל בענין האהבה המסותרת2 כשיוצאת אל הגלוי הגם שאינו התהוות חדשה
d’une croissance à partir de ce qui était caché dans la terre, elle possède néanmoins une qualité supérieure : sa racine est extrêmement élevée. C’est ce qui a été expliqué plus haut au sujet de l’amour caché lorsqu’il se révèle : bien qu’il ne s’agisse pas d’une nouvelle création
Pourtant, les repousses ont un avantage particulier : leur racine est extrêmement élevée. Il en a été dit de même de l’amour caché, qui lui non plus n’est pas nouvellement créé lorsqu’il se révèle.
כמו האהבה הנולדה מההתבוננות עכ״ז שרשה גבוה יותר כו׳ ובחי׳ גלוי אהבה המסותרת זהו ענין הספיחים שהארץ מוציאה צמחה מעצמה.
comme l’amour engendré par la contemplation, sa racine est néanmoins plus élevée, etc. La révélation de l’amour caché est l’aspect des repousses que la terre fait pousser d’elle-même.
Bien qu’il ne soit pas une nouvelle création, comme l’amour engendré par la contemplation, l’amour caché a une racine plus élevée. Sa révélation est la repousse que la terre fait pousser d’elle-même.
ומגרמיה אזדרע דהיינו מאותה האהבה שנזרע בה כבר שהיתה מסותרת כו׳ וזהו בחי׳ אור זרוע כו׳
Et « il est semé de lui-même », c’est-à-dire à partir de cet amour même qui y avait déjà été semé et qui était caché, etc. C’est là le niveau de « La lumière est semée », etc.
L’expression du Zohar « il est semé de lui-même » désigne l’amour semé depuis longtemps dans l’âme, où il demeurait caché. C’est la « lumière semée » pour les justes.
(שנזרע כבר בנפש האלקית אבל האהבה הנולדת ונמשכת מההתבוננות הנק׳ אהבת עולם הוא כמשל הזריעה שזורעים עכשיו מחדש)
(Il avait déjà été semé dans l’âme divine ; mais l’amour engendré par la contemplation et qui en découle, appelé ahavat olam, est, dans l’analogie, comme l’ensemencement effectué à présent, de nouveau.)
Cette parenthèse complète l’analogie : l’amour caché a été semé depuis longtemps dans l’âme divine, tandis que l’ahavat olam, l’amour engendré par la contemplation, est comparable à une semence nouvellement semée.
וכל זריעות אהבות אלו הכל הוא מבחי׳ יוסף הצדיק שנק׳ גננא דגנתא שממנו נמשך האור בבחי׳ מל׳ הנק׳ גנתא (שהוא מקור נש״י):
Et tous les ensemencements de ces amours proviennent du niveau de Yossef le tsadik, appelé « le jardinier du jardin », par qui la lumière est attirée dans le niveau de Mal'hout (souveraineté), appelé « le jardin » (qui est la source des âmes d’Israël).
Tous ces ensemencements proviennent de Yossef le tsadik, le « jardinier du jardin », par qui la lumière est attirée dans Mal'hout, le « jardin ». Mal'hout est la source des âmes d’Israël ; ce qui y est semé atteint donc chaque âme juive.
Ce paragraphe applique l’analogie exposée plus haut : l’amour engendré par la contemplation est un nouvel ensemencement, tandis que l’amour caché est une repousse dont la racine est plus élevée ; Yossef, le jardinier, sème les deux dans Mal'hout.
Le paragraphe interprète les deux parties du passage du Zohar : la lumière que le jardinier sème correspond aux flux attirés de nouveau, tandis que la lumière qui « est semée d’elle-même » correspond à l’amour caché, qui surgit comme une repousse d’une semence antérieure. Une note de Kehot indique que ce passage sur l’amour caché est cité dans Or HaTorah sur Vayikra.
Maré mekomot
- 1אור זרוע · Psalms 97:11
- 2בענין האהבה המסותרת · מובא באוה״ת ויקרא כרך ב ע׳ תרג.
L’argent et les trois trésors ¶8
8וזהו ענין וילקט יוסף את כל הכסף כו׳ שהוא בחי׳ חסדים שכולם נמשכים1 בבחינת יוסף הצדיק וכנ״ל בענין אור קדמאה דגנזי׳ לצדיקים
Et tel est le sens de « Yossef rassembla tout l’argent », etc. : il s’agit du niveau des bontés (’Hassadim), qui sont toutes attirées au niveau de Yossef le juste, comme [nous l’avons expliqué] plus haut à propos de la lumière primordiale qu’Il réserva aux justes,
Le maamar revient au verset qui l’ouvre. « L’argent » rassemblé par Yossef désigne les ’Hassadim, les bontés divines — en Kabbale, l’argent correspond au ’Hessed —, qui sont toutes attirées par l’intermédiaire de Yossef le juste, tout comme la lumière primordiale fut réservée aux justes à son niveau.
שהוא נמשך בבחי׳ יוסף הנק׳ צ״ע והוא גננא דגנתא שממנו נמשך בחי׳ אהבה מסותרת הנ״ל בכ״א מישראל.
qui est attirée au niveau de Yossef, appelé le juste suprême ; il est le « jardinier du jardin », de qui est attiré le niveau de l’amour caché mentionné plus haut, en chaque membre d’Israël.
Yossef est appelé le « juste suprême » : comme l’explique le Likkutei Torah sur Re’eh, il relie celui qui donne en haut à celui qui reçoit en bas et attire le flux vers le bas. Il est le « jardinier du jardin » et, par son intermédiaire, l’amour caché est attiré dans chaque âme juive.
וזהו ויבא ביתה פרעה הוא בחי׳ המלכות הנק׳ גנתא ועלמא דאתגליא שהוא מקור נש״י. וזהו ענין שלש מטמוניות הטמין יוסף2 כו׳.
Et tel est le sens de « il l’amena dans la maison de Pharaon » : il s’agit du niveau de Mal'hout (souveraineté), appelé « le jardin » et « le monde révélé » (alma d’isgalya), qui est la source des âmes d’Israël. Tel est le sens des « trois trésors que Yossef cacha », etc.
La « maison de Pharaon », où Yossef apporta l’argent, désigne Mal'hout, appelée « le jardin » et « le monde révélé » — par opposition à Bina, le « monde caché » —, source des âmes d’Israël. Le maamar se tourne ainsi vers l’explication des trois trésors que Yossef cacha.
דהנה ידוע בכתבי האר״י ז״ל שהחסד (מה״ח הנמשכים בז״א והחסד שבת״ת) מתחלק לג׳ פרקין היינו השליש העליון הוא בבחי׳ העלם והסתר ונק׳ חסדים מכוסים וב׳ שלישי׳ מתגלין.
Car il est connu, d’après les écrits de l’Arizal, que le ’Hessed — celui des cinq ’Hassadim attirés dans le Zeir Anpin et le ’Hessed qui se trouve dans Tiferet — se divise en trois articulations (perakin) : le tiers supérieur est dans un état de dissimulation et de retrait, et est appelé « ’Hassadim couverts » (’Hassadim me’houssim), tandis que les deux tiers sont révélés.
Selon l’Arizal, le ’Hessed — ici, les cinq ’Hassadim attirés dans le Zeir Anpin, la configuration des six Séfirot émotionnelles, ainsi que le ’Hessed qui se trouve en Tiferet — comporte trois « articulations », ou tiers. Le tiers supérieur demeure caché et est appelé « ’Hassadim couverts », tandis que les deux tiers inférieurs sont révélés.
והיינו ענין ג׳ מטמוניות הנ״ל ששנים נתגלו שהם ב׳ שלישים המתגלים. והשליש עליון שהוא בחינת חב״ד שבו הוא מכוסה ונעלם ויתגלה לצדיקים לע״ל
Tel est le sens des trois trésors mentionnés plus haut, dont deux furent révélés : ils correspondent aux deux tiers qui sont révélés. Quant au tiers supérieur, qui est le niveau de la 'Hokhma, de la Bina et de la Daat qui s’y trouvent, il est couvert et caché, et sera révélé aux justes dans le Monde futur,
Les trois trésors correspondent à ces trois tiers. Les deux tiers révélés sont les deux trésors qui furent dévoilés, tandis que le tiers supérieur — l’« intellect » du ’Hessed, c’est-à-dire sa 'Hokhma, sa Bina et sa Daat — demeure couvert jusqu’à ce qu’il soit révélé aux justes dans le Monde futur.
וכמ״ש אור זרוע לצדיק3 והיינו ענין בחי׳ אור קדמאה שגנזו לצדיקים כו׳ וכל זה הטמין יוסף שהוא בחינת יסוד שבו נמשכים החסדים הנ״ל.
comme il est écrit : « La lumière est semée pour le juste. » Tel est le sujet du niveau de la lumière primordiale qu’Il réserva aux justes, etc. Et Yossef cacha tout cela, car il est le niveau de Yessod (fondement), dans lequel sont attirés les ’Hassadim mentionnés plus haut.
Ce tiers supérieur caché est la « lumière semée pour le juste », la lumière primordiale. Yossef « cacha » tout cela, car il est Yessod, le canal par lequel les ’Hassadim sont attirés.
וכנודע לי״ח (אפ״ל ג״כ דחסדים מכוסים ומגולים הם בחי׳ אה״ר ואה״ע הנ״ל. וזהו וילקט יוסף את כל הכסף הן חסדים המכוסים הן המגולים.
Comme le savent ceux qui connaissent la sagesse cachée (yod’ei ’hen). (On peut aussi dire que les ’Hassadim couverts et révélés correspondent aux niveaux de l’amour sublime (ahava rabba) et de l’amour éternel (ahavat olam) mentionnés plus haut. Tel est le sens de « Yossef rassembla tout l’argent » : aussi bien les ’Hassadim couverts que les révélés.
L’expression « comme le savent ceux qui connaissent la sagesse cachée » indique qu’il s’agit d’un enseignement kabbalistique. Une seconde interprétation est proposée entre parenthèses : les ’Hassadim couverts correspondent à l’amour sublime, l’amour caché, et les ’Hassadim révélés à l’amour éternel ; Yossef rassembla donc « tout l’argent », les deux sortes de ’Hassadim.
והכל הביא ביתה פרעה שמתגלים ביחוד זו״נ. עוד י״ל פרעה ל׳ פריעה שע״י פריעה מתגלים ג׳ פרקי החסד כנז׳ בע״ח והכל א׳. ועמ״ש בזהר בלק )(ד׳ ר״ד)
Et il apporta le tout dans la maison de Pharaon, car ils sont révélés par l’union du Zeir Anpin et de la Noukva (le féminin / Mal'hout). On peut aussi dire que « Pharaon » (Paroh) vient du terme peria (dévoilement), car c’est par le peria que les trois articulations du ’Hessed sont révélées, comme il est mentionné dans Etz Chaim ; tout cela ne fait qu’un.) Et voyez ce qui est écrit dans le Zohar sur Balak (folio 204),
Tous les ’Hassadim sont apportés dans la « maison de Pharaon », Mal'hout, où ils sont révélés par l’union du Zeir Anpin et de la Noukva, les attributs émotionnels et Mal'hout. Une seconde interprétation rapproche « Pharaon » (Paroh) de peria, « dévoilement » : selon Etz Chaim, c’est par ce dévoilement que les trois articulations du ’Hessed sont révélées. Les deux interprétations reviennent au même. Le texte renvoie ensuite au Zohar sur Balak à propos du « matin de Yossef ».
Au sujet du « matin de Yossef », il est également expliqué là que la lumière primordiale mentionnée plus haut se déploie au niveau de Yossef, et que David lui prépara un dais nuptial.
Le Zohar y parle de deux « matins », celui d’Avraham et celui de Yossef. Le rayonnement du matin de Yossef s’étendit « d’une extrémité du monde à l’autre », les mots employés plus haut pour la lumière primordiale, au point que les mondes inférieurs ne pouvaient le supporter. David, qui représente Mal'hout, construisit donc un dais nuptial (houppa) pour le couvrir et permettre aux mondes inférieurs de le supporter. Une note de Kehot suggère que le texte fait peut-être référence à un passage imprimé dans les Biurei HaZohar du Rabbi Dovber, le Rabbi intermédiaire.
comme il est écrit : « Au matin, je disposerai [cela] pour Toi et je guetterai. » Tel est le sens de : « Yossef rassembla l’argent et l’apporta dans la maison de Pharaon. » Et celui qui comprend comprendra.
Le Zohar interprète ainsi le verset de David : « le matin » est celui de Yossef, « je disposerai » signifie qu’il arrange sa lumière, et va’atsapeh, habituellement traduit par « je guetterai », se lit « je recouvrirai », comme l’Arche fut recouverte d’or. Et c’est là, dit le texte, que « Yossef rassembla l’argent et l’apporta dans la maison de Pharaon » : la lumière rassemblée en Yossef est amenée dans Mal'hout, point que le texte laisse à « celui qui comprend ».
ועמ״ש במ״א ע״פ וימינך מקרב חיקך כלה8 דהענין שיתגלו החסדים מכיסויים יסוד דאימא כו׳. ואפ״ל ג״כ דפי׳ כסף הנמצא באמ״צ הם חסדים מכוסים ובארץ כנען הם חסדים מגולים:
Et voyez ce qui est écrit ailleurs au sujet [du verset] : « Et que Ta droite, du dedans de Ton sein, les consume » : il s’agit de la révélation des 'Hassadim, qui sortent de leur enveloppe, le Yessod d’Imma, etc. On peut également dire que « l’argent trouvé dans le pays d’Égypte » désigne les 'Hassadim couverts, et que « dans le pays de Canaan » désigne les 'Hassadim dévoilés.
Le verset « Ta droite, du dedans de Ton sein » est expliqué ailleurs comme la révélation des 'Hassadim, la « droite » de D.ieu, hors de leur enveloppe, le Yessod d’Imma, c’est-à-dire de Bina, qui les renferme. Selon une dernière interprétation, l’argent « dans le pays d’Égypte » désigne les 'Hassadim couverts, tandis que l’argent « dans le pays de Canaan », dans les mots qui suivent du verset, désigne les 'Hassadim dévoilés.
Ce paragraphe revient au verset qui ouvre le maamar et aux trois trésors : l’argent désigne les ’Hassadim attirés par Yossef, dont deux tiers sont révélés tandis que le tiers supérieur demeure couvert et réservé aux justes ; le tout est apporté dans Mal'hout, la « maison de Pharaon ».
Une note de Kehot cite le Likkutei Torah sur Re’eh : toute l’attraction vers le bas et la révélation de la divinité dans les êtres créés s’opèrent par l’intermédiaire de l’âme de Yossef. Une autre note donne le bref résumé de ce maamar dans Or HaTorah, qui reprend l’ensemble de son argumentation : les deux amours, l’ensemencement et la repousse dans le jardin supérieur, Yossef le jardinier, et les trois trésors comme les trois parts du ’Hessed, dont la supérieure sera révélée dans le Monde futur. Dans le texte hébreu imprimé, la parenthèse ouverte à « On peut aussi dire » se ferme après les mots « le Zohar sur Balak », juste avant le numéro du folio ; la traduction la ferme à « tout cela ne fait qu’un », où s’achèvent les interprétations alternatives, afin que la référence au Zohar reste entière.
Maré mekomot
- 1וזהו ענין וילקט יוסף . . שכולם נמשכים בבחי׳ יוסף · בלקו״ת ראה כה, ד: והיינו שכל ההמשכות וגילוי אלקות בנבראים הוא ע״י נשמת יוסף.
- 2שלש מטמוניות הטמין יוסף · Pesachim 119a:11–12
- 3אור זרוע לצדיק · Psalms 97:11
- 4ועמ״ש בזהר בלק (ד׳ ר״ד) בענין בקר דיוסף · אולי הכוונה להנדפס בביאוה״ז לאדה״א קט, ב. וראה באוה״ת פ׳ בהעלותך ע׳ שמג ואילך.
- 5ודוד אתקין לי׳ חופאה · Zohar, Balak 33:354–34:363
- 6בקר אערך לך ואצפה · Psalms 5:4
- 7וילקט יוסף את הכסף ויבא ביתה פרעה · Genesis 47:14
- 8ע״פ וימינך מקרב חיקך כלה · Psalms 74:11
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Une personne n’a pas besoin de créer de toutes pièces son amour pour D.ieu. L’amour caché est déjà semé dans son âme divine, et la méditation, le « vin » de la Torah, fait sortir ce « secret » au grand jour ; l’amour qui apparaît ainsi atteint un niveau supérieur à celui auquel l’intellect seul donne naissance.
Questions à discuter
- Pourquoi l’amour caché, que la méditation ne fait que dévoiler, est-il considéré comme supérieur à l’amour que la méditation fait effectivement naître ?
- En quel sens l’amour caché, malgré sa racine plus élevée, est-il « descendu » plus bas que l’amour né de la méditation ?
- Qu’ajoute l’analogie des repousses à l’expression « Le vin entre, le secret sort » ?
- Pourquoi Yosef, qui est Yessod, est-il le « jardinier » par l’intermédiaire duquel l’amour caché est semé en chaque Juif ?
- Comment l’interprétation de l’argent comme les chassadim couverts et dévoilés relie-t-elle le verset d’ouverture aux trois trésors cachés ?