Likkutei Torah · Parshas Ki Seitzei · Maamar 4
כי תהיין לאיש שתי נשים האחת אהובה והאחת…
« Si un homme a deux femmes, l’une aimée et l’autre haïe »
L’idée centrale
L’âme divine descend pour mener chaque jour, dans la prière, une guerre contre l’âme animale, la femme « haïe » du verset. Comme la racine de l’âme animale est très élevée, puisqu’elle provient de « l’époque où aucun roi ne régnait encore », son raffinement fait naître l’amour sans limites de « de toute ta force », supérieur à l’amour que l’âme éprouvait avant sa descente : le « premier-né » vient de celle qui est haïe.
Le maamar en bref
Le cas présenté par la Torah d’un homme qui a deux femmes, l’une aimée et l’autre haïe, et dont le premier-né est le fils de la femme haïe, devient un enseignement sur les deux âmes de chaque Juif. L’âme animale descend en passant par de nombreux intermédiaires et constitue un mélange de bien et de mal ; l’âme divine, « une part de D.ieu d’en haut », vient directement de D.ieu et est constamment unie à Lui. L’âme divine descend pour combattre l’âme animale et la transformer, d’où son nom de Yisrael, et cette guerre se livre dans la prière. Dans les Pesouké deZimra, la contemplation de la grandeur de D.ieu sépare le mal du bien ; le Chema, la « lance » formée par ses 248 mots et les six mots de l’unité, le détruit, car « Havaya notre D.ieu » atteint l’Essence de D.ieu, d’où les âmes d’Israël sont tirées. Dans les générations ultérieures, lorsque le mal est plus puissant, les bénédictions de la Amida font descendre la volonté révélée de D.ieu par l’intermédiaire des Treize Attributs de Miséricorde. L’amour qui en résulte dépasse celui que l’âme éprouvait avant sa descente, car la racine de l’âme animale se trouve dans les « rois » qui régnèrent avant le brisement des réceptacles.
Plan
- Deux âmes et leur guerreChaque Juif possède deux âmes : l’âme vitale, l’âme animale, qui descend en passant par de nombreux intermédiaires et constitue un mélange de bien et de mal, et l’âme divine, qui vient directement de D.ieu et est constamment unie à Lui. L’âme divine descend pour combattre l’âme animale et la transformer ; c’est pourquoi elle est appelée Yisrael. La guerre se livre chaque jour, au moment de la prière.¶1
- Séparer le mal, puis le détruireDans les Pesouké deZimra, la contemplation de la façon dont toute la création, et même les attributs célestes, sont annulés devant D.ieu sépare le mal du bien, car le mal n’a aucune vie propre. Mais le mal doit être entièrement détruit, et c’est ce qu’accomplit le Chema, la « lance » (romach) formée par ses 248 mots et les six mots de l’unité.¶2–3
- « Havaya notre D.ieu » et l’amour qu’Il embrase« Un » s’applique à l’unité de D.ieu au sein des mondes et des attributs célestes, mais « Havaya notre D.ieu » désigne Son Essence, au-delà même de l’unité et cachée aux anges : c’est le niveau d’où les âmes d’Israël sont tirées. La contempler embrase l’amour, jusqu’à « de toute ta force », un amour sans limites qui révèle « les profondeurs hors des ténèbres » et transforme le mal de l’âme animale en bien.¶4–5
- La Amida dans les générations ultérieuresDans les « pas du Machia’h », le mal est plus puissant et le Chema ne suffit plus à lui seul ; les Sages ont donc institué les Dix-Huit Bénédictions. « Béni sois-Tu » fait descendre dans le cœur la présence révélée de D.ieu, et, par « Pardonne-nous », on demande que Sa volonté se révèle par l’intermédiaire des Treize Attributs de Miséricorde.¶6
- Le but de la descente : le premier-né vient de celle qui est haïeÉloul éveille les Treize Attributs, et Yom Kippour révèle la Volonté. Le grand amour qui naît du raffinement de l’âme animale est supérieur à l’amour que l’âme éprouvait avant sa descente, car la racine de l’âme animale se trouve dans les rois qui régnèrent avant le brisement des réceptacles. Ainsi, le « premier-né » vient de celle qui est « haïe », et lasniah, écrit avec un youd, rappelle le Sinaï, où le mal en vint à être absolument méprisé.¶7–8
Notions clés
- l’âme vitale, l’âme animaleנפש החיונית הבהמית
- L’âme qui anime le corps et est revêtue dans le sang ; elle descend en passant par de nombreux intermédiaires et constitue un mélange de bien et de mal, mais sa racine est très élevée.
- l’âme divineנפש אלהית
- « Une part de D.ieu d’en haut », qui vient à une personne sans intermédiaire et demeure constamment unie à sa source ; elle descend pour raffiner l’âme animale.
- Yisraelישראל
- Le nom de l’âme à l’époque actuelle, tiré de « tu as lutté avec Elokim et avec des hommes », interprété comme yashar El : la force de dominer l’âme animale et de la transformer. Dans les Temps futurs, lorsqu’il n’y aura plus de mal, elle ne portera plus ce nom.
- la lance (romach)רומח
- Le Chema : ses 248 mots, auxquels s’ajoutent les six mots de l’unité, forment romach, l’arme qui détruit complètement le mal.
- Havaya notre D.ieuהוי׳ אלקינו
- Le premier Havaya du Chema : l’Essence même de D.ieu, au-delà même du terme « Un » et cachée aux anges, d’où les âmes d’Israël sont tirées.
- de toute ta forceבכל מאדך
- Le grand amour sans limites, au-delà de la raison, qui naît du raffinement de l’âme animale et est supérieur à l’amour de l’âme avant sa descente.
- les Treize Attributs de Miséricordeי״ג מדות הרחמים
- Par leur intermédiaire, la volonté de D.ieu se révèle et les fautes sont purifiées, de sorte que rien ne nous sépare de Lui. Ils sont éveillés en Éloul, et la Volonté se révèle à Yom Kippour.
- le brisement des réceptaclesשבירת הכלים
- La chute des « rois qui régnèrent avant qu’aucun roi ne règne sur les enfants d’Israël », par laquelle la racine élevée de l’âme animale tomba dans la dissimulation.
Deux âmes et leur guerre ¶1
« Si un homme a deux femmes, l’une aimée et l’autre haïe, et que le fils premier-né soit celui de la femme haïe. » Pour comprendre la déclaration : « Et [le fils premier-né] est », etc. :
Le maamar s’ouvre sur le cas de la Torah où un homme a deux femmes, l’une aimée et l’autre haïe, et où son fils premier-né est le fils de la femme haïe. Le Rabbi Chnéour Zalman entreprend d’expliquer pourquoi le premier-né, le premier et le plus important des fils, devrait précisément naître de la femme « haïe » ; à la fin du maamar, on verra que les deux femmes correspondent aux deux âmes présentes en chaque Juif.
הוא ע״פ מ״ש הרח״ו [הרבי חיים ויטאל] בשער הקדושה3 שיש לכל אחד ואחד מישראל שתי נפשות4 וכמ״ש ונשמות אני עשיתי5 לשון רבים נפש אחת נקרא נפש החיונית והבהמית ומלובשת בדם האדם להחיות הגוף כמ״ש במ״א
Cela correspond à ce que Rabbi ‘Haïm Vital écrit dans Shaar HaKedushah : chacun des enfants d’Israël possède deux âmes, comme il est écrit : « Et les âmes que J’ai faites », au pluriel. L’une est appelée l’âme vitale et animale ; elle est revêtue dans le sang d’une personne afin de donner vie au corps, comme cela est expliqué ailleurs.
Il commence par un enseignement de Rabbi ‘Haïm Vital, le principal disciple du Ari Zal, dans son ouvrage sur la sainteté (Shaarei Kedushah) : chaque Juif possède deux âmes, comme le suggère le pluriel « âmes » dans un verset d’Isaïe. La première est l’âme vitale et animale, qui réside dans le sang et donne vie au corps.
והיא נשתלשלה ממקום גבוה על ידי אמצעים רבים ודרך שרים ומזלות כמאמרם ז״ל [זכרונו לברכה / זכרונם לברכה] אין לך עשב מלמטה6 שאין לו מזל מלמעלה שמכה בו ואומר לו גדל7
Elle descendit en une chaîne d’étapes depuis un lieu élevé, par de nombreux intermédiaires et par l’intermédiaire de [princes célestes] et des mazalot (constellations), comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Il n’est pas une seule pousse d’herbe ici-bas qui n’ait au-dessus d’elle un mazal qui la frappe et lui dise : “Pousse !” »
Cette âme ne vient pas directement de D.ieu à l’homme : elle descend à travers de nombreuses étapes intermédiaires, notamment les « princes » angéliques et les mazalot, les constellations célestes par lesquelles D.ieu dirige la nature. La parole des Sages au sujet de la pousse d’herbe montre que même la plus petite chose ici-bas reçoit sa vie par l’intermédiaire d’un élément situé en haut.
כי גבוה מעל גבוה8 וגו׳ וגבוהים עליהם ועל ידי ריחוקה מאור ה׳ בהשתלשלות ממדרגה למדרגה ומעילה לעלול בהסתרים וצמצוצים רבים עד שנתלבשה בגוף האדם בשר ודם
« Car il est un plus haut que le haut », etc., « et des êtres plus élevés sont au-dessus d’eux. » Et, en raison de son éloignement de la lumière de D.ieu, elle descend dans l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), de niveau en niveau et de cause en effet, à travers de nombreuses dissimulations et contractions (tsimtsoumim), jusqu’à être revêtue dans un corps humain de chair et de sang,
Le verset de l’Ecclésiaste décrit une hiérarchie où chaque puissance se trouve sous une puissance supérieure ; il évoque ainsi les nombreux maillons qui séparent la source de l’âme de ce monde. À chaque étape de la descente, la lumière de D.ieu est davantage dissimulée et contractée, jusqu’à ce que l’âme soit finalement revêtue dans un corps physique de chair et de sang.
לכן היא כלולה מטוב ורע וממנה באות לאדם מדות רעות מיסודות הרעים שבה וגם שכל אנושי
c’est pourquoi elle est composée de bien et de mal. C’est d’elle que proviennent chez une personne les mauvais traits de caractère (midot), issus des éléments mauvais qui sont en elle, ainsi que l’intellect humain.
Parce qu’elle s’est tant éloignée de sa source, l’âme animale est un mélange de bien et de mal. Les mauvais traits de caractère proviennent des « éléments mauvais » qui sont en elle, c’est-à-dire des aspects négatifs des éléments dont est constituée toute chose physique ; il en va de même de l’intellect humain ordinaire.
כי כל נפש כלולה מחב״ד [מחכמה בינה ודעת] ומדות ומצדה יכול האדם להיות מעוברי רצונו ח״ו [חס ושלום] כמ״ש ונפש
Car chaque âme se compose de 'Hokhma (sagesse), Bina (compréhension) et Daat (connaissance), ainsi que des attributs émotionnels (midot). À cause d’elle, une personne peut faire partie de ceux qui transgressent Sa volonté, à D.ieu ne plaise, comme il est écrit : « Et une âme,
Comme toute âme, l’âme animale possède un intellect — 'Hokhma, Bina et Daat — et des émotions (midot). C’est cette âme qui rend possible qu’une personne aille à l’encontre de la volonté de D.ieu ; le verset « Et une âme, si elle faute » est cité pour montrer que la capacité de pécher appartient à une âme.
כי תחטא9 כי מחמת ריבוי ההסתרים וצמצומים המכסים ומעלימים אור א״ס ב״ה נראה לאדם שהוא יש ודבר בפני עצמו.
si elle faute. » Car, du fait des nombreuses dissimulations et contractions qui recouvrent et cachent la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, une personne a l’impression d’être quelque chose (yech), une entité en soi.
La racine du péché est le sentiment d’exister indépendamment. Parce que la lumière de D.ieu est si profondément dissimulée à ce niveau, une personne se ressent comme un yech, un « quelque chose » qui se tient par soi-même, au lieu de se savoir comme rien devant D.ieu ; de ce sentiment découle la possibilité de transgresser.
ונפש השנית בישראל נקרא נפש אלהית חלק אלוה ממעל והיא הבאה לאדם בלי אמצעים כלל כמ״ש והאלהים עשה את האדם ישר1011
La seconde âme présente en Israël est appelée l’âme divine, « une part de D.ieu d’en haut ». C’est elle qui vient à l’homme sans le moindre intermédiaire, comme il est écrit : « Et D.ieu fit l’homme droit (yachar) »
La seconde âme, présente en chaque Juif, est l’âme divine, appelée, selon les mots du livre de Job, « une part de D.ieu d’en haut ». Contrairement à l’âme animale, elle vient directement de D.ieu, sans aucun intermédiaire ; le Rabbi Chnéour Zalman comprend le verset « D.ieu fit l’homme yachar » en ce sens : yachar signifie « droit », mais aussi « direct ».
(בקהלת סס״י [סוף סימן] ז׳)12 וכמ״ש ואתה נפחתה בי1314 ואתה ממש בלי ממוצעים ויפח באפיו נשמת חיים15 וגו׳
(dans Kohelet, à la fin du chapitre 7), et comme il est écrit : « Et Toi, Tu l’as insufflé en moi » : Toi-même, sans intermédiaire ; et « Il insuffla dans ses narines un souffle de vie », etc.,
La parenthèse indique où se trouve le verset : à la fin du chapitre 7 de l’Ecclésiaste. Deux autres textes montrent que l’âme provient directement de D.ieu : la bénédiction du matin « Tu l’as insufflé en moi », où « Toi » désigne D.ieu Lui-même, et le verset de la Genèse où D.ieu « insuffla dans ses narines un souffle de vie ».
כמשל הבל האדם שיוצא ממנו ואעפ״כ [ואף על פי כן] היא מיוחדת עמו בלי הפסק כי אין לך דבור שחוץ ממנו16 כמ״ש בסש״ב [בספר של בינונים]1718
comme dans l’analogie du souffle d’une personne, qui sort d’elle et qui, néanmoins, reste unie à elle sans interruption ; car aucune parole n’est extérieure à Lui, comme cela est expliqué dans Sefer Shel Beinonim [le Tanya].
Le souffle sert d’analogie : celui d’une personne vient du plus profond d’elle-même et, pourtant, lorsqu’il en sort, il demeure lié à elle. De même, bien qu’elle soit sortie de D.ieu, l’âme divine reste unie à Lui sans aucune interruption, car, comme l’explique le Tanya (chapitre 21), la parole de D.ieu ne se sépare jamais de Lui : rien n’existe en dehors de Lui.
לכן תמיד היא מיוחדת במאצילה בתכלית היחוד ומצדה לא היה באפשריות האדם לחטוא כלל ולהיות מעוברי רצונו אחרי
C’est pourquoi elle est toujours unie à son Émanateur dans l’unité la plus absolue, et, de son point de vue, il serait tout à fait impossible à l’homme de pécher et de transgresser Sa volonté, puisque
Puisque l’âme divine est toujours unie à D.ieu, sa source (son « Émanateur »), le péché n’a pas de place en elle. Si l’homme ne possédait que cette âme, il lui serait tout simplement impossible de pécher et d’agir à l’encontre de la volonté de D.ieu.
שהיא מיוחדת תמיד במאצילה זולת שהנפש הבהמית מלביש אותה ומכסה ומעלים מהביט באור א״ס ב״ה כמבואר בלקוטי אמרים
elle est toujours unie à son Émanateur ; seulement, l’âme animale la revêt, la recouvre et lui dissimule la contemplation de la Lumière infinie, béni soit-Il, comme cela est expliqué dans Likkutei Amarim.
Le péché ne devient possible que parce que l’âme animale « revêt » l’âme divine et lui cache la Lumière infinie, comme un vêtement dissimule ce qu’il recouvre. L’Alter Rebbe renvoie à Likkutei Amarim, la première partie du Tanya, où cela est expliqué en détail.
(ושתי נפשות אלו נקרא בכתוב בצלמנו כדמותנו19 שהנפש האלהית היא בחי׳ צלם והחיונית היא בחי׳ דמות)
(Et ces deux âmes sont désignées dans l’Écriture par les termes « à Notre image, selon Notre ressemblance » : l’âme divine est le niveau du tzelem (image), et l’âme vitale, celui du demous (ressemblance).)
Les deux âmes sont également évoquées dans le verset : « Faisons l’homme à Notre image (tzelem), selon Notre ressemblance (demous). » L’âme divine correspond à l’« image », et l’âme vitale à la « ressemblance ».
והנה ירידת נפש אלהית בעולם היתה בכדי להתלבש בנפש החיונית הבהמית ולהלחם אתה ולבררה להפריד הטוב מן הרע ולהעלותה לה׳ להפכא חשוכא לנהורא וכו׳ לכן נקרא בשם ישראל כמ״ש
Or, la descente de l’âme divine dans le monde avait pour but qu’elle se revête de l’âme vitale animale, qu’elle lui fasse la guerre et l’affine, qu’elle en sépare le bien du mal et l’élève vers D.ieu, « pour transformer l’obscurité en lumière », etc. C’est pourquoi elle est appelée du nom d’Israël, comme il est écrit :
Voici le but de tout cela : l’âme divine est descendue dans le monde pour pénétrer dans l’âme animale, la combattre et l’affiner, en séparer le bien du mal et l’élever vers D.ieu. Le but, selon l’expression du Zohar, est de « transformer l’obscurité en lumière » : il ne s’agit pas seulement de vaincre l’obscurité, mais de la transformer. C’est pourquoi l’âme porte le nom d’Israël.
כי שרית עם20 אלהים ועם אנשים ותוכל פי׳ שהנפש אלהית תשתרר על החיונית הבהמית להפוך כל מחשבותיה ומדותיה אשר לא לה׳ המה מרע לטוב והמדות נקראו אלהים כמ״ש ויראו ויראו בני האלהים21 וגו׳
« Car tu as lutté avec Elokim et avec des hommes, et tu as prévalu. » C’est-à-dire que l’âme divine doit régner sur l’âme vitale animale, afin de transformer toutes ses pensées et ses midot qui ne sont pas dirigées vers D.ieu, du mal en bien. Et les midot sont appelées Elokim, comme il est écrit : « Et les fils d’Elokim virent », etc.,
Lorsque le nom de Yaakov fut changé en Israël, il lui fut dit : « Tu as lutté (sarita) avec Elokim et avec des hommes, et tu as prévalu. » L’Alter Rebbe comprend sarita au sens de « régner sur » : l’âme divine doit régner sur l’âme animale et transformer ses pensées et ses émotions, qui ne sont pas dirigées vers D.ieu, du mal en bien. « Elokim » désigne ici les émotions, comme le montre le verset concernant les « fils d’Elokim ». Dans le texte imprimé ici, le mot ויראו (« virent ») apparaît deux fois, manifestement par duplication ; l’édition Kehot donne ויבאו (« vinrent ») à la première occurrence, expression qu’elle rapporte à Job 1:6 : « et les fils d’Elokim vinrent ».
ותרגומו22 בני רברביא23 ועם אנשים בחינת מעשה אנוש אנוש הוא ולהפוך אותם מרע לטוב ע״י נפש אלהית המיוחדת במאצילה בלי הסתר פנים
et son Targoum traduit par « les fils des grands (bnei ravrevaya) ». « Et avec des hommes » désigne le niveau de l’action : l’action de l’enosh, car il est enosh (un homme mortel). Et les transformer du mal en bien par l’intermédiaire de l’âme divine, qui est unie à son Émanateur sans occultation de la Face
Onkelos, la traduction araméenne classique de la Torah, traduit « fils d’Elokim » par « fils des grands », montrant ainsi qu’Elokim peut désigner des puissances ; les « Elokim » avec lesquels Israël lutte sont donc les puissantes émotions de l’âme. Les « hommes » désignent la faculté d’agir, le niveau de l’enosh, l’homme mortel ordinaire. Tous ces aspects doivent être orientés vers le bien par l’âme divine, qui n’est jamais séparée de sa source.
כלל המבררה ומעלה את נפש החיונית להבטל ולהכלל באור ה׳ וזו בחי׳ ישראל ישר אל ואל הוא לשון חוזק וממשלה לנצח מלחמתה עם נפש החיונית
qui, dans son ensemble, raffine et élève l’âme vitale afin qu’elle soit annulée et incluse dans la lumière de D.ieu. Tel est le niveau de Yisrael : yashar El ; et El exprime la force et la domination, permettant de remporter la lutte contre l’âme vitale.
L’âme divine raffine l’âme vitale et l’élève jusqu’à ce qu’elle aussi soit annulée et absorbée dans la lumière de D.ieu. Le nom Yisrael se lit comme deux mots, yashar El : yashar signifie « droit », et El est un Nom qui exprime la force et la domination — la force dont l’âme divine a besoin pour remporter sa lutte contre l’âme vitale.
וזהו שכתוב ימי שנותינו בהם24 שבעים שנה בהם דייקא בשתי הנפשות שבכל יום הוא מלחמה חדשה ולפיכך א ין חיותם שוה שזה חי יותר
Et c’est là le sens de ce qui est écrit : « Les jours de nos années, en eux, sont de soixante-dix ans » : « en eux », précisément, dans les deux âmes, car chaque jour est une nouvelle lutte. C’est pourquoi leur durée de vie n’est pas égale : l’un vit plus longtemps,
La lutte se déroule chaque jour. Les Psaumes disent : « Les jours de nos années, en eux, sont de soixante-dix ans », et l’Admour Hazaken souligne le mot supplémentaire « en eux » : nos jours se vivent dans les deux âmes, et chaque jour apporte une nouvelle bataille entre elles. Cela explique pourquoi la durée de vie des personnes diffère.
וזה חי פחות והכל תלוי לפי ערך המלחמה שצריך ללחום עם נפשו הבהמית לפי חלק הרע שבה כמה שנים שצריך ללחום עמה עד שתתהפך לטוב
et l’autre vit moins longtemps. Tout dépend de l’ampleur de la lutte qu’il doit mener contre son âme animale, selon la part de mal qui est en elle : combien d’années il doit la combattre, jusqu’à ce qu’elle soit transformée en bien.
La durée de vie d’une personne dépend de la lutte qu’elle doit mener : plus son âme animale contient de mal, plus il lui faut d’années pour la combattre, jusqu’à ce qu’elle soit transformée en bien.
וזהו פי׳ הכתוב ועתה ישראל25 שעתה דוקא בזמן הזה שהרע מעורב בטוב נקרא׳ [נקראת] הנשמה בשם ישראל שצריכה להשתרר ולנצח את נפש הבהמית ולאהפכא מרע לטוב
Et c’est là le sens du verset : « Et maintenant, Yisrael » : maintenant précisément, en cette époque où le mal est mêlé au bien, l’âme est appelée du nom de Yisrael, car elle doit dominer l’âme animale, la vaincre et la transformer du mal en bien.
Le verset « Et maintenant, Yisrael » se comprend en mettant l’accent sur « maintenant ». C’est à l’époque présente, où le bien et le mal sont mêlés, que l’âme est appelée Yisrael — le nom de celui qui domine et l’emporte —, car elle doit vaincre l’âme animale et la transformer.
אבל לעתיד נאמר ואת רוח הטומאה אעביר26 מן הארץ ולא יהיה הרע כלל ולא תצטרך ללחום עוד
Mais, au Temps futur, il est dit : « Je ferai disparaître de la terre l’esprit d’impureté » ; il n’y aura alors plus aucun mal et elle n’aura plus à lutter,
Au Temps futur, comme le promet Zacharie, D.ieu fera disparaître du monde l’esprit d’impureté. Lorsqu’il n’y aura plus de mal, il n’y aura plus de bataille à mener.
ולא יקרא בשם ישראל (ואפשר הענין כדאיתא בגמ׳ [בגמרא] פ״ה דב״ב [דבבא בתרא]) (דע״ה ב׳) ע״פ כל הנקרא בשמי2728 ע״ש בפרשב״ם [בפירוש רשב״ם].29
et elle ne sera plus appelée du nom de Yisrael. (Peut-être faut-il comprendre cette idée selon ce qui est rapporté dans la Guemara, chapitre 5 de Bava Basra) (folio 75b), à propos [du verset] : « Tous ceux qui sont appelés de Mon Nom » ; voir le commentaire de Rashbam à cet endroit.
Alors l’âme ne sera plus appelée Yisrael, un nom qui évoque la lutte. L’Admour Hazaken suggère, avec une réserve — « peut-être » —, un lien avec l’enseignement du Talmud (Bava Basra 75b) selon lequel, dans le futur, les justes seront appelés du nom du Saint béni soit-Il ; Rashbam explique là que leur nom sera le Nom de D.ieu.
ולהבין תכלית ירידת שתי הנפשות למלחמתם בעוה״ז אחרי שגם נפש החיונית טרם שירדה בהסתר וצמצומים רבים היתה במקורה בטלה באור ה׳ ולמה ירדה כ״כ [כל כך] שעל
À présent, pour comprendre le but de la descente des deux âmes, qui viennent lutter dans ce monde : puisque l’âme vitale aussi, avant de descendre dans la dissimulation et de subir de nombreux tsimtsoum, était, à sa source, annulée dans la lumière de D.ieu, pourquoi est-elle descendue si bas que,
Une question se pose à présent. Avant sa descente, l’âme vitale aussi était, à sa source, annulée dans la lumière de D.ieu ; pourquoi a-t-elle dû tomber si bas, au point que l’âme divine ait dû descendre à sa suite pour la raffiner ?
ידה הוצרך לרדת גם הנפש האלהית לבררה ולהעלותה צריך להקדים תחלה ענין המלחמה וזמנה המבואר בזהר שעתא דקרבא30 היא שעתא דצלותא כו׳ מאן דקטיל לחויא יהבין לי׳ ברתא דמלכא דא צלותא.31323334
à cause d’elle, l’âme divine a elle aussi dû descendre afin de la raffiner et de l’élever ? Il faut d’abord introduire la notion de la lutte et le moment où elle a lieu, comme l’explique le Zohar : « Le moment de la bataille est le moment de la prière », etc. ; « Celui qui tue le serpent reçoit la fille du roi » — il s’agit de la prière.
Avant de répondre, l’Admour Hazaken explique la lutte elle-même et le moment où elle se déroule. Le Zohar enseigne que le moment de la bataille est le moment de la prière ; les Tikouné Zohar disent que celui qui tue le serpent — le mal intérieur — reçoit « la fille du roi », qui désigne la prière.
Ce paragraphe pose les fondements : chaque Juif possède deux âmes, une âme vitale et animale qui descend à travers de nombreux intermédiaires et mêle le bien et le mal, et une âme divine qui vient directement de D.ieu et lui est toujours unie. L’âme divine descend pour mener chaque jour le combat contre l’âme animale et la transformer ; c’est pourquoi elle est appelée Israël. Le paragraphe s’achève en demandant pourquoi une telle descente était nécessaire, puis se tourne vers le combat de la prière pour répondre.
La présentation des deux âmes fait écho au début du Tanya (chapitre 1), qui cite les mêmes paroles de Rabbi ‘Haïm Vital et le même verset, « Et les âmes que J’ai faites », et décrit l’âme animale comme revêtue dans le sang afin de donner vie au corps. L’enseignement du chapitre 21 du Tanya, selon lequel la parole de D.ieu ne se sépare jamais de Lui puisqu’il n’existe rien en dehors de Lui, sous-tend l’analogie du souffle qui sort d’une personne tout en demeurant uni à elle.
Maré mekomot
- 1כי תהיין לאיש · הנחת כ״ק אדה״א בסה״מ תקס״ג ח״ב ע׳ תשיט. ושם בע׳ תשכה ביאור. סיום המאמר ותוס׳ הגהות באוה״ת תצא ע׳ תתקז ואילך. תתקי. וע״ש ע׳ תתצד ואילך. קיצורים באוה״ת כרך ז ע׳ ב׳שנז. המאמר נתבאר באריכות במאמרי אדה״א פ׳ תצא ע׳ תקנ.
- 2כי תהיין לאיש שתי נשים · Deuteronomy 21:15
- 3בשער הקדושה · ראה בהערות ותיקונים לתניא פרק א העיר כ״ק אדמו״ר שצ״ל: ”שערי”.
- 4שתי נפשות · כ״ה גם בתניא פרק א. ובמאמרי אדה״א. אבל בתקס״ג: ב׳ נשמות. וראה בליקוט פי׳ לתניא ומ״מ וכו׳ — חיטריק.
- 5ונשמות אני עשיתי · Isaiah 57:16
- 6אין לך עשב מלמטה · Bereshit Rabbah 10:7
- 7אין לך עשב מלמטה שאין לו מזל מלמעלה שמכה בו ואומר לו גדל · Bereshit Rabbah 10:6
- 8כי גבוה מעל גבוה · Ecclesiastes 5:7
- 9ונפש כי תחטא · Leviticus 5:1
- 10והאלקים עשה את האדם ישר · ”פי׳ האלקים עשה לנשמת אדם בבחי׳ שהיא בלתי ממוצעים בהשתל׳ רבות מעל״ע, אלא ישר עשהו ממהו״ע ית׳ ממש דאדם אדמה לעליון” — ס׳ מאמרי אדה״א פ׳ תצא ע׳ תקנא.
- 11והאלהים עשה את האדם ישר · Ecclesiastes 7:29
- 12בקהלת סס״י ז׳ · שם בשינוי לשון עשה האלקים. [כ].
- 13ואתה נפחתה בי · ברכת אלקי נשמה.
- 14ואתה נפחתה בי · Berakhot 60b
- 15ויפח באפיו נשמת חיים · Genesis 2:7
- 16כי אין לך דבר שחוץ ממנו · Tanya, Likkutei Amarim 21:2–3
- 17כמ״ש בסש״ב · פכ״א.
- 18כמ״ש בסש״ב · ראה במפתח המקומות שנזכר והובא בהם ס׳ התניא (נד׳ בספר המפתחות לספרי דא״ח אדה״ז — בע׳ 327 טור השני).
- 19בצלמנו כדמותנו · Genesis 1:26
- 20כי שרית עם אלקים · Genesis 32:29
- 21ויראו בני האלהים · Genesis 6:2
- 22ויראו בני האלהים . . ותרגומו · Genesis 6:4
- 23בני רברביא · Onkelos Genesis 6:2
- 24ימי שנותינו בהם · Psalms 90:10
- 25ועתה ישראל · Deuteronomy 10:12
- 26ואת רוח הטומאה אעביר · Zechariah 13:2
- 27כל הנקרא בשמי · Bava Batra 75b:3
- 28כל הנקרא בשמי · Isaiah 43:7
- 29ע״פ כל הנקרא בשמי ע״ש בפרשב״ם · ד״ה ”נקראו על שמו, שיהא שמם ה׳”. ורבינו גרשום שם ”שיתקראו על שמו, ה׳ ממש יקראו להם”. ראה אוה״ת פ׳ שמות כרך ז ע׳ ב׳תקלו.
- 30המבואר בזהר שעתא דקרבא · ראה לעיל לה, ג.
- 31מאן . . דא צלותא · ת״ז (סוף תי״ג). [כ]. ראה לעיל לה, ג.
- 32מאן דקטיל לחויא יהבין לי׳ ברתא דמלכא דא צלותא · Tikkunei Zohar 29b:10–11
- 33חלק אלו-ה ממעל · Job 31:2
- 34ויבאו בני האלקים · Job 1:6
Séparer le mal, puis le détruire ¶2–3
2וביאור הענין שבפסוקי דזמרה האדם מפריד הרע מהטוב שבנפשו הבהמית כמ״ש רוממות אל בגרונם וחרב פיפיות בידם כו׳
L’explication de la chose : dans les Pessouké déZimra, l’homme sépare le mal du bien dans son âme animale, comme il est écrit : « Les louanges élevées de D.ieu sont dans leur gorge, et une épée à deux tranchants (cherev pifiyot) dans leur main », etc. ;
La guerre commence dans les prières du matin. Dans les Pessouké déZimra, les psaumes et les versets de louange qui ouvrent le service, l’homme sépare le mal de son âme animale de ce qui y est bon. Les Psaumes représentent les fidèles avec « les louanges élevées de D.ieu dans leur gorge et une épée à deux tranchants dans leur main » : la louange elle-même est l’épée.
שתי פיות להעלות הטוב למעלה ולהפריד הרע למטה ועיין ברע״מ [ברעיא מהימנא] ר״פ שופטים והוא כשמתבונן האדם בגדולת ה׳ איך
deux tranchants (piyot), pour élever le bien vers le haut et séparer le mal vers le bas ; voyez également le Raaya Mehemna, au début de la paracha Choftim. Cela se produit lorsque l’homme médite sur la grandeur de D.ieu : comment
Les « deux tranchants » (piyot, littéralement « bouches ») de l’épée correspondent à deux actions : élever le bien vers le haut et trancher le mal pour l’écarter vers le bas. L’Admour Hazaken renvoie le lecteur au Raaya Mehemna, une partie du Zohar, au début de la paracha Choftim, puis explique comment la louange accomplit cela : par la méditation sur la grandeur de D.ieu.
שהוא מחיה את כולם1 ומהווה את כולם וכולם בטלים אצלו ית׳ וכולא קמי׳ [קמיה] כלא חשיב2 כמ״ש לך ה׳ הגדולה וכו׳ שכל המדות העליונות בטלים אצלו ית׳ כמי״ש [כמו שכתוב] בתיקונים3 ולאו מכל4 מדות אלין כלל.56
Il leur donne à tous la vie et les fait tous exister ; ils sont tous annulés devant Lui, béni soit-Il, et « tout est considéré comme rien devant Lui ». Comme il est écrit : « À Toi, Havaya, la grandeur », etc. : tous les attributs supérieurs (midot) sont annulés devant Lui, béni soit-Il, ainsi qu’il est écrit dans les Tikkounim : « et Il n’est aucun de ces attributs. »
On médite sur la manière dont D.ieu donne la vie à toutes les créatures et les fait constamment exister ; devant Lui, elles sont annulées et, selon les termes du Zohar, « tout est considéré comme rien devant Lui ». Même les attributs supérieurs énumérés dans « À Toi, Havaya, la grandeur… » sont annulés devant Lui, comme le dit la prière d’Éliahou dans les Tikkouné Zohar : D.ieu n’est aucun de ces attributs.
Le paragraphe commence la réponse en décrivant la première étape de la guerre quotidienne : dans les Pessouké déZimra, la méditation sur le fait que toute la création, et même les attributs supérieurs, ne sont rien devant D.ieu sépare le mal de l’âme animale de ce qui y est bon.
Les Tikkouné Zohar (11a), cités dans une note de Kehot sur le paragraphe suivant, interprètent « les louanges élevées de D.ieu sont dans leur gorge » comme une épée formée des lettres du Nom : le youd en est la pointe, le vav le corps, et les deux lettres hé les deux tranchants. Dans l’introduction des Tikkouné Zohar, la prière d’Éliahou (« Pata’h Eliyahou »), qui s’achève par « et Il n’est aucun de ces attributs », est immédiatement suivie des premiers mots de Rabbi Chimon : « À Toi, Havaya, la grandeur », le verset cité ici.
Maré mekomot
- 1מחי׳ את כולם · Nehemiah 9:6
- 2וכולא קמי׳ כלא חשיב · Zohar I, 11b
- 3כמ״ש בתיקונים · בהקדמה (פתח אלי׳).
- 4
- 5רוממות א-ל בגרונם · Psalms 149:6
- 6לך ה׳ הגדולה · I Chronicles 29:11
3והוא נעלה מעלה מהם רבבות מדרגות אין מספר והמלאכים אומרים קדוש1 כו׳ קדוש פי׳ מופרש ומובדל למעלה מעלה מגדר ממלא וסובב כל עלמין כמארז״ל [כמאמר רבותינו זכרונם לברכה] במקום שאתה מוצא גדולתו2 שם אתה מוצא ענותנותו שאע״פ [שאף על פי] שלגדולתו
Et Il est exalté bien au-dessus d’eux, par des myriades de niveaux innombrables. Les anges disent : « Saint », etc. « Saint » signifie séparé et distinct, très au-dessus des limites de la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin) et de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Là où vous trouvez Sa grandeur, vous trouvez aussi Son humilité. » Car bien que « Sa grandeur… »
D.ieu Lui-même est infiniment au-dessus même des attributs supérieurs. Lorsque les anges, dans la vision d’Isaïe, Le proclament « Saint », ce mot signifie séparé : au-dessus même des deux modes selon lesquels Sa lumière se rapporte à la création, memalé kol almin, la lumière qui remplit chaque monde de l’intérieur, et sovev kol almin, la lumière qui entoure tous les mondes de l’extérieur. L’affirmation des Sages selon laquelle Son humilité se trouve partout où se trouve Sa grandeur indique la même idée.
אין חקר3 על כל זה הוא רם ומתנשא מבחי׳ גדולתו עד שמדת גדולה נחשב ענוה ושפלות לפניו ית׳ וכאשר יעמיק האדם מחשבתו בהתבוננות זו וכיוצא בה ממילא יתפרדו כל פועלי און4 בחי׳ הרע שבנפשו בהיות
« est insondable », malgré tout cela, Il est élevé et exalté au-dessus du niveau de Sa grandeur, au point que l’attribut de grandeur est considéré comme humilité et bassesse devant Lui, qu’Il soit béni. Et lorsqu’une personne approfondit sa pensée dans cette contemplation et dans d’autres semblables, alors, de lui-même, « tous ceux qui commettent l’iniquité seront dispersés » : l’aspect du mal en son âme, étant donné que…
Bien que la grandeur de D.ieu soit sans limites, Il est si loin au-dessus d’elle que la grandeur elle-même compte comme humilité et bassesse auprès de Lui. Lorsqu’une personne médite profondément à ce sujet, le mal en son âme est « dispersé » de lui-même, selon les mots des Psaumes, sans qu’elle ait à l’affronter directement.
כי הרע וסט״א [וסטרא אחרא] אין להם חיות כלל מצד עצמם זולת שמקבלים חיותם מאחוריים דקדושה ע״י שס״ה ל״ת [לא תעשה]
le mal et la sitra a'hra (l’autre côté) n’ont aucune force vitale (force vitale) qui leur soit propre ; ils ne reçoivent leur force vitale que du « dos » (a’horayim) de la sainteté, par l’intermédiaire des 365 interdictions.
Cela est possible parce que le mal ne possède aucune vie propre. Le mal et la sitra a'hra, « l’autre côté » opposé à la sainteté, tirent leur vitalité uniquement du « dos » de la sainteté, son aspect le plus extérieur plutôt que sa « face » ; cette vitalité leur parvient par l’intermédiaire des 365 interdictions de la Torah.
ולכן הם בטלים אל הקדושה כביטול החושך מפני אור אך לא די להפריד הרע לבד אלא שצריך לבטלה מכל וכל.
Ils sont donc annulés devant la sainteté, comme les ténèbres sont annulées devant la lumière. Mais il ne suffit pas de séparer le mal ; il faut plutôt l’annuler complètement,
Puisque le mal dépend de la sainteté, il disparaît devant elle comme les ténèbres disparaissent devant la lumière. Mais séparer le mal n’est que la première étape ; il faut aussi l’anéantir entièrement.
כמ״ש החרם תחרימם5 ולהפכא חשוכא לנהורא וזהו ע״י ק״ש [קריאת שמע]6 כמ״ש ויקח רמח בידו7 שית תיבין דיחודא שבפסוק שמע ישראל8 עם כללות רמ״ח תיבין דק״ש [דקריאת שמע] הם נקראים רומח9101112 וע׳ בספר מאורי אור אות ריש סט״ו.
comme il est écrit : « Tu les voueras entièrement à la destruction », et « transformer les ténèbres en lumière ». Cela se réalise par le Chema, comme il est écrit : « Il prit une lance (romach) dans sa main » : les six mots de l’unité dans le verset « Chema Israël », avec les 248 mots du Chema dans son ensemble, sont appelés romach. Voir le livre Me'orei Or, lettre reish, section 15.
Le commandement de la Torah « Tu les voueras entièrement à la destruction » et l’expression du Zohar « transformer les ténèbres en lumière » décrivent cette seconde étape, que le Chema accomplit. Le Chema est appelé une « lance » (romach), semblable à celle que Pin’has prit en main : ses 248 mots — le nombre écrit רמ״ח, formé par les lettres de romach sans le vav — auxquels s’ajoutent les six mots de « Chema Israël » — dont la valeur correspond au vav — forment romach. L’Admour Hazaken renvoie le lecteur à Me'orei Or, un lexique des termes kabbalistiques.
Ce paragraphe distingue deux étapes pour surmonter le mal : contempler que D.ieu est au-delà même de Sa propre grandeur disperse le mal, puisqu’il n’a pas de vie propre ; mais pour le détruire complètement, il faut le Chema, la « lance » formée des 248 mots et des six mots.
Pri Etz Chaim, dans le portail du Chema récité au coucher, qualifie le Chema d’épée qui tue les forces destructrices et cite « une épée à deux tranchants dans leur main », le verset du paragraphe précédent ; il compte les six mots de « Chema Israël » avec les 248 pour former romach. Le Tikkunei Zohar (49a) dit qu’avec cette lance, le Saint béni soit-Il transpercera les forces du mal, masculine et féminine, comme Pin’has transperça les deux.
Maré mekomot
- 1והמלאכים אומרים קדוש · Isaiah 6:3
- 2במקום שאתה מוצא גדולתו · Megillah 31a:12–13
- 3שלגדולתו אין חקר · Psalms 145:3
- 4יתפרדו כל פועלי און · Psalms 92:10
- 5החרם תחרימם · Deuteronomy 20:17
- 6וזהו ע״י ק״ש · ע׳ פע״ח שער קשעמה״ט רפי״א. ובזח״א (יב, א). אך יותר מפורש בת״ז (תכ״א — מט, א). ושם (יא, א). ובזח״ג (ערב, א) [כ].
- 7ויקח רומח בידו · Numbers 25:7
- 8שית תיבין דיחודא שבפסוק שמע ישראל · Zohar, Introduction 22:199–24:209
- 9שית תיבין דיחודא שבפסוק שמע ישראל עם כללות רמ״ח תיבין דק״ש הם נקראים רומח · Pri Etz Chaim, Gate of the Recitation of the Shema Before Retiring 11:19
- 10שית תיבין דיחודא שבפסוק שמע ישראל עם כללות רמ״ח תיבין דק״ש הם נקראים רומח · Tikkunei Zohar 49a:6–7
- 11שית תיבין דיחודא שבפסוק שמע ישראל עם כללות רמ״ח תיבין דק״ש הם נקראים רומח · Tikkunei Zohar 11a
- 12שית תיבין דיחודא שבפסוק שמע ישראל עם כללות רמ״ח תיבין דק״ש הם נקראים רומח · Zohar, Eikev 2:20–3:30
« Havaya notre D.ieu » et l’amour qu’Il embrase ¶4–5
4והיינו כמו שע״י הרומח הוא נטילת חיות האדם לגמרי כך ע״י ק״ש [קריאת שמע] מבטלים ומחרימים הרע מכל וכל.
Cela signifie que, de même qu’une lance ôte entièrement la vie à une personne, de même, par le Chema, nous annulons et détruisons complètement le mal.
Une lance ôte entièrement la vie à une personne ; ainsi, le Chema ne se contente pas d’écarter le mal : il le détruit complètement.
וביאור הדבר צ״ל ענין שמע ישראל1 ה׳ אלקינו ה׳ אחד. פי׳ אחר שנבראו עולמים שייך לומר לשון אחד שפירושו א״ח ד׳ שהוא אחד בח׳ בז׳ רקיעים וארץ2 וד׳ ד׳ רוחות העולם3
Pour expliquer cela, il faut comprendre le sens des mots : « Écoute, Israël : Havaya est notre D.ieu, Havaya est Un. » C’est-à-dire qu’après la création des mondes, le terme « Un » (e’had) s’applique : il se décompose en alef-’het, dalet, ce qui signifie qu’Il est Un dans le ’het — les sept cieux et la terre — et dans le dalet — les quatre directions du monde.
Pour montrer comment il en est ainsi, l’Alter Rebbe explique les mots : « Écoute, Israël : Havaya est notre D.ieu, Havaya est Un. » Le mot e’had, « Un », se lit à partir de ses lettres : l’alef représente le D.ieu unique ; le ’het, dont la valeur numérique est huit, les sept cieux et la terre ; et le dalet, dont la valeur est quatre, les quatre directions. En ce sens, « Un » signifie que D.ieu est l’unique réalité dans tout le monde créé ; le terme ne s’applique donc qu’une fois les mondes créés.
וכן למעלה לאחר שנאצלו מדות עליונות שייך לומר לשון אחד בח׳ ז׳ מדות הגדולה והגבורה וכו׳ וד׳ חיות פני אריה וכו׳ ודמות פניהם4 וכו׳ ואיהו מייחד להון שכולם בטלים אליו ית׳
De même, dans les mondes supérieurs, après l’émanation des attributs supérieurs (midot), le terme « Un » s’applique : le ’het désigne les sept midot — « la grandeur et la puissance », etc. — et le dalet, les quatre créatures vivantes (’hayot) — « la face d’un lion », etc., « et l’aspect de leurs visages », etc. — ; et Lui les unit, car toutes sont annulées devant Lui, béni soit-Il.
Il en va de même dans les mondes spirituels supérieurs : une fois les attributs supérieurs émanés, eux aussi sont unis dans l’unité de D.ieu. Le ’het correspond aux sept attributs énumérés dans « À Toi la grandeur et la puissance… », et le dalet aux quatre ’hayot, les créatures saintes de la vision du char d’Ézéchiel, dont les visages sont ceux d’un homme, d’un lion, d’un bœuf et d’un aigle. Il les unit toutes, car elles sont toutes annulées devant Lui.
אבל לגבי מהותו ועצמותו קודם שנבראו לא שייך לשון אחד כלל שאינו בגדר עלמין כלל וכמבואר בספר יצירה לפני אחד5 מה אתה סופר6 שמהותו ועצמותו נעלה מעלה רבבות עד אין קץ מבחי׳ סיפור
Mais en ce qui concerne Son Être et Son Essence, avant leur création, le terme « Un » ne s’applique absolument pas, car Il n’entre aucunement dans la catégorie des mondes. Comme l’explique Sefer Yetzirah : « Avant un, que peux-tu compter ? » Son Être et Son Essence est infiniment élevé, au-delà de myriades sans nombre, au-dessus même du niveau du dénombrement.
L’Être et l’Essence mêmes de D.ieu, tel qu’Il est avant toute création, sont au-delà même de la catégorie de l’« Un », qui décrit l’unité entre plusieurs éléments ; Il n’entre absolument pas dans la catégorie des mondes. Sefer Yetzirah demande : « Avant un, que peux-tu compter ? » Son Essence est infiniment au-delà de tout dénombrement.
וזה הוא בחי׳ הוי׳ ראשונה ה׳ אלקינו דייקא שאפילו המלאכים אינם משיגים ואומרים קדוש ושואלים איה מקום כבודו זולת נשמות ישראל שנמשכו משם
Et cela correspond au niveau du premier Havaya, dans les mots « Havaya notre D.ieu » précisément : même les anges ne le saisissent pas ; ils disent « Saint » et demandent : « Où se trouve le lieu de Sa gloire ? » — à l’exception des âmes d’Israël, qui en sont issues,
C’est cette Essence que désigne le premier « Havaya » du Chema : « Havaya notre D.ieu », avec l’accent mis sur « notre ». Même les anges ne peuvent la saisir ; ils peuvent seulement proclamer qu’Il est « Saint », c’est-à-dire absolument transcendant, et demander : « Où se trouve le lieu de Sa gloire ? » Seules les âmes d’Israël, qui sont issues de ce niveau même, lui sont liées.
כמו שמבואר לעיל בלי הסתר והלעם כלל חלק7 הוי׳ כמארז״ל [כמאמר רבותינו זכרונם לברכה] מי גילה רז זה לבני8 שהוא בחינת סוד העליון ישת חושך סתרו9 שנעלם אפילו מעיני המלאכים.
comme cela a été expliqué plus haut : sans aucune dissimulation ni aucun voile, « une part de Havaya ». Comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Qui a révélé ce secret à Mes enfants ? » Il s’agit du niveau du secret suprême : « Il a fait des ténèbres Sa cachette », qui demeure caché même aux yeux des anges.
Comme l’expliquait le premier paragraphe, les âmes d’Israël proviennent de D.ieu sans aucune dissimulation et sont donc appelées « une part de Havaya ». L’Alter Rebbe relie cela au récit talmudique du Sinaï, où une voix céleste demanda : « Qui a révélé ce secret à Mes enfants ? » Il identifie ce secret au secret suprême : « Il a fait des ténèbres Sa cachette », caché même aux anges.
Ce paragraphe explique pourquoi le Chema peut détruire le mal : « Havaya est Un » exprime l’unité de D.ieu au sein des mondes et des attributs supérieurs, tandis que « Havaya notre D.ieu » renvoie à Son Essence même, au-delà de l’unité et cachée aux anges, le niveau dont sont issues les âmes d’Israël.
La question de Sefer Yetzirah, « Avant un, que peux-tu compter ? », conclut sa description des dix Séfirot « sans substance », dont la fin est liée au commencement, sous l’autorité d’un Maître qui est Un et n’a pas de second. Le Beis Yosef, auquel la note de Kehot rattache la lecture des lettres de e’had, rapporte également l’avis selon lequel il faut prolonger le ’het assez longtemps pour proclamer D.ieu Roi au ciel et sur la terre, et le dalet assez longtemps pour proclamer qu’Il est Roi dans les quatre directions.
Maré mekomot
- 1שמע ישראל ה׳ אלקינו ה׳ אחד · Deuteronomy 6:4
- 2אחד . . בז׳ רקיעים וארץ · Berakhot 13b:13–14
- 3שהוא אחד בח׳ בז׳ רקיעים וארץ וד׳ ד׳ רוחות העולם · Beit Yosef, Orach Chayim 65:1
- 4פני׳ ארי׳ . . ודמות פניהם · Ezekiel 1:10
- 5בס״י לפני אחד · פ״א, מ״ז. ראה לעיל פ׳ בלק ע, א.
- 6
- 7חלק ה׳ · Deuteronomy 32:9
- 8מי גילה רז זה לבני · Shabbat 88a:8
- 9ישת חושך סתרו · Psalms 18:12
5והנה שמע פי׳ לשון הבנה כשיתבונן המשכיל ויתקע מחשבתו בחוזק איך שהניח עליונים ותחתונים להיות הוי׳ אלקינו ממש.
Or, Shema (« écoute ») désigne aussi la compréhension : lorsque l’homme réfléchi médite et fixe fermement sa pensée sur le fait qu’Il a laissé de côté les êtres supérieurs et inférieurs afin d’être véritablement « Havaya notre D.ieu ».
Shema signifie « écoute », mais aussi « comprends ». L’homme réfléchi doit méditer profondément et fixer fermement son esprit sur la manière dont D.ieu, pour ainsi dire, a laissé de côté tous les êtres supérieurs et inférieurs afin d’être, en vérité, « Havaya notre D.ieu ».
והנשמה ירדה ממקום גבוה כ״כ [כל כך] חלק אלוה למקום נמוך מאד להתלבש תוך נפש החיונית אשר לזה יאות שתכלה אליו נפשו ורוחו
Et l’âme, « une part de D.ieu », est descendue d’un lieu si élevé en un lieu très bas, pour être revêtue dans l’âme vitale ; dès lors, il convient que son âme et son esprit languissent après Lui.
Il doit également considérer comment l’âme, « une part de D.ieu », est descendue d’un lieu si élevé en un lieu si bas, revêtue dans l’âme vitale. De telles pensées devraient faire languir son âme et son esprit après D.ieu, dans le désir de retourner à Lui.
אזי יגיע לבחינת ואהבת את1 ה׳ אלקיך שהוא פועל עומד שתרצה שיהיה הויה אלהיך וגם פועל יוצא שתעשה האהבה למעלה כמ״ש אהבתי אתכם אמר2 ה׳
Alors il atteindra le niveau de « Tu aimeras Havaya ton D.ieu », expression qui peut être intransitive (po’el omed) : vous voudrez que Havaya soit votre D.ieu ; et qui peut aussi être transitive (po’el yotze) : vous ferez naître l’amour là-haut, comme il est écrit : « Je vous ai aimés », dit Havaya.
Il parvient ainsi à « Tu aimeras Havaya ton D.ieu », que l’Admour Hazaken interprète de deux façons. Comme verbe intransitif, l’expression décrit l’état propre de la personne : vouloir que Havaya soit son D.ieu. Comme verbe transitif, elle signifie « faire » l’amour, éveiller l’amour de D.ieu là-haut, comme le dit Malachie : « Je vous ai aimés, dit Havaya. »
והיינו שתתלהב נפ שו באהבה עזה כרשפי אש שלהבת3 להבטל וליכלל באורו ע״י האהבה הבאה מלמעלה כמ״ש הגידה לי שאהבה נפשי4 ומזה יעלה ויגיע לבחי׳ בכל מאדך מאד בלי גבול ותכלית אהבה שלמעלה מהדעת
C’est-à-dire que son âme s’embrasera d’un amour intense, comme « des éclairs de feu, une flamme », pour être annulée et incluse dans Sa lumière, grâce à l’amour qui vient d’en haut, comme il est écrit : « Dis-moi, toi que mon âme aime. » De là, il s’élèvera et atteindra le niveau de « de toute ta force » (me’odekha) : me’od, « extrêmement », sans limite ni fin, un amour qui dépasse Daat (la connaissance).
Cet amour s’embrase comme les « éclairs de feu » du Cantique des Cantiques, jusqu’à ce que l’âme aspire à être annulée et absorbée dans la lumière de D.ieu, aidée par l’amour qui vient d’en haut (« Dis-moi, toi que mon âme aime »). De là, elle s’élève jusqu’à « de toute ta force » (me’odekha), dérivé de me’od, « extrêmement » : un amour sans limite, au-delà de la portée de la raison.
וזהו שאמר מגלה עמוקות מני חושך5 ויוציא לאור צלמות פי׳ שע״י שמגלה בלבו עמוקות מני חושך בחינת הוי׳ אלקינו מבחי׳ ישת חשך סתרו6 ממילא נתהפך חשוכא לנהורא ויוציא לאור צלמות בחינת הרע שבנפשו שנהפך לטוב.
C’est là le sens de ce qui est dit : « Il révèle les profondeurs hors des ténèbres et fait sortir à la lumière l’ombre de la mort. » C’est-à-dire qu’en révélant dans son cœur les « profondeurs hors des ténèbres », le niveau de « Havaya notre D.ieu », issu du niveau de « Il a fait des ténèbres Sa cachette », l’obscurité se transforme d’elle-même en lumière ; « et Il fait sortir à la lumière l’ombre de la mort » : l’aspect du mal dans son âme, qui se transforme en bien.
Le verset de Job décrit cela : « Il révèle les profondeurs hors des ténèbres. » Lorsqu’une personne révèle dans son cœur le niveau le plus profond, « Havaya notre D.ieu », caché dans les ténèbres de « Il a fait des ténèbres Sa cachette », l’obscurité de l’âme animale se change en lumière, et son mal, l’« ombre de la mort », se transforme en bien.
Ce paragraphe explique comment le Chema agit en la personne : méditer sur le fait que D.ieu a choisi d’être « notre D.ieu », et sur la profondeur de la descente de l’âme, allume l’amour, d’abord par la compréhension puis, avec l’aide d’en haut, par l’amour sans limites de « de toute ta force », qui transforme en bien le mal de l’âme animale.
Le Kountrès A’haron du Tanya (essai 4), auquel renvoie une note du Kehot sur le paragraphe 7, décrit l’éveil dans l’esprit et le cœur d’une personne comme des « éclairs de feu » sans limites ; cet éveil est appelé me’odekha et suscite le niveau de l’Infini.
Maré mekomot
- 1ואהבת את ה׳ אלקיך · Deuteronomy 6:5
- 2אהבתי אתכם אמר ה׳ · Malachi 1:2
- 3כרשפי אש שלהבת · Song of Songs 8:6
- 4הגידה לי שאהבה נפשי · Song of Songs 1:7
- 5מגלה עמוקות מני חושך · Job 12:22
- 6ישת חשך סתרו · Psalms 18:12
La Amida dans les générations ultérieures ¶6
6והנה בדורות הראשונים שלא היה הרע גובר בהם כ״כ [כל כך]1 היה די להם לבטל הרע שלהם מכל וכל בק״ש [בקריאת שמע] לבדו2 לא כן עתה בעקבות משיחא שהרע מתגבר מאד ובלתי אפשר לבטלו
Or, dans les premières générations, où le mal ne prévalait pas autant, le Chema à lui seul suffisait à annuler complètement leur mal. Il n’en va pas ainsi aujourd’hui, à l’approche des pas du Machia’h (ikveta diMechi’ha), lorsque le mal devient très puissant et qu’il est impossible de l’annuler
Dans les générations précédentes, le mal était plus faible, et le Chema à lui seul suffisait à l’annuler complètement. Aujourd’hui, dans les « pas du Machia’h », c’est-à-dire à l’époque qui précède la Délivrance, le mal est devenu beaucoup plus puissant, et le Chema à lui seul ne peut plus en venir entièrement à bout.
מכל וכל בק״ש [בקריאת שמע] לבדה לזאת תקנו שמונה עשרה ברכות וברוך הוא לשון השפעה והמשכה3 שאנו מבקשים שיומשך ויושפע בחי׳ אתה לנוכח הויה אלהינו שיהיה בנו בהתגלות לבנו וממילא יבוטל הרע מכל וכל כביטול החושך כו׳
complètement par le seul Chema. C’est pourquoi [les Sages] instituèrent les dix-huit bénédictions. Et baroukh (« béni ») exprime l’idée d’un flux et d’une effusion : nous demandons que le niveau de « Toi » (Ata), en nous adressant directement à Lui, Havaya notre D.ieu, soit attiré et répandu, afin qu’Il soit en nous et se révèle dans notre cœur ; alors, de lui-même, le mal sera complètement annulé, comme les ténèbres sont annulées, etc.,
C’est pourquoi les Sages instituèrent les dix-huit bénédictions, la Amida. Dans ses bénédictions, on dit : « Béni sois-Tu », et baroukh s’entend comme une « attraction vers le bas » : nous demandons que D.ieu, auquel nous nous adressons directement en disant « Toi », Havaya notre D.ieu, soit attiré en nous et se révèle dans notre cœur, de sorte que le mal disparaisse de lui-même, comme les ténèbres devant la lumière.
כנ״ל ובברכת סלח לנו אין פירושו מפני יראת העונש4 שיסלח לנו בשביל שלא יענוש אותנו ח״ו [חס ושלום] אך פירושו כמשל אדם המבקש מחבירו מחילה וסליחה שיתגלה רצונו אליו ע״י התעוררות רחמנותו.
comme il a été dit précédemment. Dans la bénédiction « Pardonne-nous », il ne s’agit pas de demander pardon par crainte du châtiment, afin qu’Il ne nous punisse pas, à D.ieu ne plaise. Il faut plutôt comprendre cette demande à la lumière de l’exemple d’une personne qui demande à son prochain pardon et indulgence : elle souhaite que sa bienveillance à son égard se révèle, en éveillant sa compassion.
La bénédiction « Pardonne-nous » n’est pas une demande d’échapper au châtiment. Elle ressemble à une personne qui demande pardon à un ami : ce qu’elle souhaite avant tout, c’est que la bienveillance de son ami à son égard soit rétablie, et elle le lui demande en éveillant sa compassion.
כן אנחנו מבקשים התגלות רצונו ע״י י״ג מדה״ר [מדות הרחמים] ונקרא בלשון י״ג נהרא אפרסמונא דכיא המבררים ומלבנים עונותיהם של ישראל ולא יהיו מסכים מבדילין בהתגלות רצונו ית׳.
De même, nous demandons la révélation de Sa volonté par les Treize Attributs de miséricorde, que l’on appelle « treize fleuves de baume pur » ; ceux-ci purifient et blanchissent les fautes d’Israël, afin qu’aucun écran de séparation ne fasse obstacle à la révélation de Sa volonté, qu’Il soit béni.
De même, nous demandons que la volonté de D.ieu, Sa faveur, se révèle par les Treize Attributs de miséricorde, appelés dans le langage de la Kabbala « treize fleuves de baume pur ». Ils purifient les fautes d’Israël, afin qu’aucun « écran » ne subsiste pour nous séparer de la révélation de Sa volonté.
Ce paragraphe présente la deuxième étape de la prière : puisque le mal est plus puissant dans les générations tardives, le Chema ne suffit plus à le détruire. Les bénédictions de la Amida attirent la présence et la volonté de D.ieu dans le cœur, par l’intermédiaire des Treize Attributs de miséricorde, qui effacent les fautes nous séparant de Lui.
Les notes de Kehot renvoient à la version de 5563 de ce maamar, qui précise que les premières générations avaient des âmes élevées et des corps moins matériels, ainsi qu’à l’explication du Rabbi du milieu selon laquelle la Chemoné Esré est comme une interprétation et une explication de « Tu aimeras » dans le Chema.
Maré mekomot
- 1בדורות הראשונים שלא היה הרע גובר בהם כ״כ · ”בדורות הראשונים שהי׳ להם נשמות גבוהות וגופם לא הי׳ חומרי כ״כ” — סה״מ תקס״ג ח״ב ע׳ תשכב.
- 2מכל וכל בק״ש לבדו · ראה שרש מצות התפלה בתחלתו בשם הרמב״ן והחינוך.
- 3לכן תקנו שמונה עשרה . . לשון השפעה והמשכה · ראה בסה״מ תקס״ג ע׳ תשכב שמבאר שענין שמונה עשרה הוא ביאור הדברים שנאמרו בק״ש ע״ש. ובמאמרי אדה״א כאן ע׳ תקסד: והוא כמו פי׳ וביאור על ואהבת שבק״ש.
- 4אין פירושו מפני יראת העונש · ראה הביאור במאמרי אדה״א כאן ע׳ תקסה.
Le but de la descente : le premier-né vient de celle qui est haïe ¶7–8
7והנה ימי אלול מיוחדים להתעוררות י״ג מדות הרחמים וביום הכפורים הוא התגלות הרצון כמו בעת שחטאו ישראל בעגל נתבשר להם סליחה ביום הכפורים כי אז הוא התגלות הרצון
Or, les jours d’Eloul sont consacrés à l’éveil des Treize Attributs de miséricorde, et à Yom Kippour a lieu la révélation de la Volonté. Ainsi, lorsque le peuple d’Israël pécha avec le Veau, le pardon lui fut annoncé à Yom Kippour, car c’est alors que la Volonté se révèle.
Les jours d’Eloul sont consacrés à l’éveil des Treize Attributs de miséricorde, et Yom Kippour apporte la pleine révélation de la volonté de D.ieu. Il en fut ainsi après le péché du Veau d’or : le pardon de D.ieu fut annoncé au peuple d’Israël à Yom Kippour, car c’est alors que la Volonté se révèle.
Or, le niveau du grand amour (ahava rabba) mentionné précédemment, celui de « de toute ta force », se distingue par une intensité et une puissance supérieures ; il est bien plus élevé que l’amour de l’âme avant qu’elle ne vienne en ce monde.
L’Admour Hazaken revient au grand amour de « de toute ta force » décrit précédemment. Il est plus intense et plus puissant, et bien plus élevé que l’amour que l’âme éprouvait avant de descendre en ce monde.
והיא באה דוקא על ידי התבררות נפש החיונית וביטול הרע שבה כמ״ש מגלה עמוקות מני חושך3 וכיתרון האור מן החושך4 דוקא
Cet amour vient précisément par le raffinement de l’âme vitale et l’annulation du mal qui est en elle, comme il est écrit : « Il révèle les profondeurs hors des ténèbres », et comme dans « l’avantage de la lumière sur les ténèbres » — précisément.
Cet amour vient précisément du raffinement de l’âme vitale et de l’annulation du mal qui est en elle : les profondeurs sont révélées « hors des ténèbres ». Le livre de Kohelet parle de « l’avantage de la lumière sur les ténèbres » : la lumière qui surgit des ténèbres brille d’un avantage que la lumière seule ne possède pas.
וכמו שכתוב במ״א וזהו תכלית ירידת הנשמה בעולם הזה לברר וללבן הרע שבנפש הבהמית בכדי שתגיע לאהבה רבה זו.5
comme cela est expliqué ailleurs. Tel est le but de la descente de l’âme en ce monde : raffiner et épurer le mal qui est dans l’âme animale, afin qu’elle parvienne à ce grand amour.
Tel est le but de la descente de l’âme : raffiner et purifier le mal de l’âme animale, afin d’atteindre ce grand amour, supérieur à tout ce qu’elle avait à sa source. Cela répond à la question posée à la fin du premier paragraphe.
Le paragraphe rattache le thème à Eloul et à Yom Kippour, et répond à la question initiale : l’âme descend pour raffiner l’âme animale, car l’amour sans limites qu’elle acquiert en transformant les ténèbres dépasse l’amour qu’elle éprouvait avant sa descente.
La note de Kehot renvoie au Kountrès A’haron du Tanya (essai 4), qui explique pourquoi, à notre époque, le principal travail de raffinement s’accomplit par la prière, et décrit l’éveil de l’intellect et du cœur comme des « éclairs de feu » sans limites, appelés me’odekha.
Maré mekomot
- 1בחי׳ אהבה רבה הנ״ל בחי׳ בכל מאדך · ראה קו״א לתניא ד״ה להבין מ״ש בפע״ח דף קנה, ב ובליקוט פי׳ שם.
- 2בכל מאדך · Deuteronomy 6:5
- 3מגלה עמוקות מני חושך · Job 12:22
- 4וכיתרון האור מן החושך · Ecclesiastes 2:13
- 5וכמ״ש במ״א · ראה סידור עם דא״ח יט, א.
8וביאור הדבר בהיות ששרש נפש החיונית היא מדרגה גבוה מאד כמ״ש ואלה המלכים כו׳ בארץ אדום1 לפני מלך מלך לבנ״י [לבני ישראל] רק שנפלה בשבירת הכלים בהסתרים וצמצוצים רבים שמכסה ומסתיר יחוד אור א״ס ב״ה
L’explication est la suivante : puisque la racine de l’âme vitale est d’un niveau très élevé, comme il est écrit : « Et voici les rois », etc., « dans le pays d’Édom, avant qu’un roi ne règne sur les enfants d’Israël » ; seulement, lors du brisement des réceptacles, elle est tombée dans de nombreux voiles et contractions (tsimtsoumim), qui recouvrent et dissimulent l’unité de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il,
Pourquoi l’âme animale raffinée atteint-elle un niveau si élevé ? Parce que sa racine est très élevée : elle provient des « rois qui régnèrent dans le pays d’Édom avant qu’un roi ne règne sur les enfants d’Israël » — qui, selon la Kabbala, sont les lumières qui se brisèrent lors du brisement des réceptacles. En tombant à travers ce brisement, au sein de nombreux voiles et contractions, elle recouvre et dissimule désormais l’unité de D.ieu.
ולכן כאשר נתברר ונפרד בחינת הרע שבה ע״י נפש האלהית ממילא תגיע לאהבה רבה הנ״ל ביתר שאת
c’est pourquoi, lorsque l’aspect du mal qui est en elle est raffiné et séparé par l’âme divine, elle parvient d’elle-même à l’amour intense mentionné plus haut, avec une grandeur accrue,
Ainsi, une fois que l’âme divine a raffiné l’âme vitale et en a séparé le mal, l’âme vitale parvient d’elle-même au grand amour décrit plus haut.
כמו קודם ירידתה וזהו והיה הבן הבכור לשניאה2 שדוקא מנפש הבהמית שהיא שנואה והיה הבן הבכור לפני מלך מלך.
comme avant sa descente. C’est là [le sens de] « le fils premier-né sera à celle qui est haïe » : c’est précisément de l’âme animale, qui est « haïe », que vient « le fils premier-né », « avant qu’un roi ne règne ».
Cet amour possède la grandeur accrue de la racine de l’âme, telle qu’elle était avant sa descente. C’est le sens du verset : le « fils premier-né », le premier et le plus élevé, vient précisément de l’âme animale, l’épouse « haïe », car sa racine se trouve au niveau d’« avant qu’un roi ne règne ».
והנה לשניאה כתיב ביו״ד לשון דבר אחר3 והיינו הר סיני4 שירדה שנאה לעכומ״ז [לעבודת כוכבים ומזלות] למאוס הרע בתכלית על ידי התגלות הרצון ואהבה שלמעלה מהדעת:
Or, le mot lasniah (« celle qui est haïe ») est écrit avec un youd, ce qui indique une autre expression. Il s’agit du mont Sinaï, d’où la haine descendit sur les adorateurs des étoiles et des constellations : afin de détester le mal absolument, grâce à la révélation de la volonté et de l’amour qui sont au-dessus de Daat (connaissance).
Dans le verset, le mot « haïe » s’écrit d’abord snouah, avec un vav, mais ici lasniah, avec un youd, ce que l’Alter Rebbe interprète comme un autre mot. Cela évoque l’interprétation talmudique du nom Sinaï : la montagne d’où descendit la haine envers les idolâtres. L’Alter Rebbe en tire l’idée que l’âme éprouve une répulsion absolue pour le mal, suscitée par la révélation de la volonté de D.ieu et de l’amour qui se situe au-dessus de la raison.
Ce paragraphe achève la réponse : la racine de l’âme vitale est très élevée, parmi les « rois » qui tombèrent lors du brisement des réceptacles ; une fois raffinée, elle atteint donc le grand amour, le « fils premier-né ». L’orthographe lasniah renvoie au Sinaï, où la volonté révélée et l’amour au-dessus de la raison suscitèrent une répulsion absolue pour le mal.
La note de Kehot cite la version de 5563 concernant l’orthographe : avec un youd, le mot est une forme active, « celui qui suscite la haine », et non le passif « haïe », qui s’écrirait avec un vav, comme snouah.
Maré mekomot
- 1ואלה המלכים . . בארץ אדום · Genesis 36:31
- 2והיה הבן הבכור לשניאה · Deuteronomy 21:15
- 3לשניאה כתיב ביו״ד לשון דבר אחר · ”לשון מפעיל ולא נפעל שאם הי׳ נפעל הי׳ נכתב שנואה בוי״ו כמו שנוא אבל שניאי היא כמו משניאי” — סה״מ תקס״ג ע׳ תשכד.
- 4הר סיני הר שירדה שנאה · Shabbat 89b:1
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Chaque jour apporte une nouvelle guerre contre l’âme animale, qui se mène au moment de la prière. Dans les Pesouké deZimra, on contemple comment toute la création n’est rien devant D.ieu, ce qui sépare le mal du bien ; dans le Chema, on fixe son esprit sur « Havaya notre D.ieu » et sur la profondeur de la descente de l’âme, jusqu’à ce que l’amour s’embrase et s’élève jusqu’à « de toute ta force » ; dans la Amida, on demande que la présence et la volonté de D.ieu se révèlent dans son cœur. On demande « Pardonne-nous » non par crainte du châtiment, mais afin que la volonté de D.ieu se révèle.
Questions à discuter
- Pourquoi le maamar dit-il qu’une personne ne peut pécher qu’en raison de l’âme animale, et qu’est-ce qui, dans l’âme divine, rend le péché impossible ?
- Quelle est la différence entre séparer le mal dans les Pesouké deZimra et le détruire complètement par le Chema ?
- Pourquoi le terme « Un » ne s’applique-t-il qu’à partir du moment où il existe des mondes, et que désigne « Havaya notre D.ieu » au-delà de cela ?
- Pourquoi le Chema ne suffit-il plus à lui seul dans les « pas du Machia’h », et qu’ajoutent les bénédictions de la Amida ?
- Comment l’âme animale « haïe » peut-elle être la source du « premier-né », d’un amour supérieur à celui que l’âme éprouvait avant sa descente ?