Torah Ohr · Parshas Shemos · Maamar 7
ביאור על הנ״ל
Explication de ce qui précède
L’idée centrale
Israël et la Torah sont chacun supérieurs à l’autre, selon des points de vue différents. Tels qu’ils sont En-Haut, la Torah et les mitsvot surpassent Israël ; mais ils sont descendus dans ce monde comme des graines sans goût, et seul Israël, la « terre » dont le bitoul est une force de croissance, peut faire germer et révéler le plaisir divin qui y est caché, pleinement au Temps à venir.
Le maamar en bref
Ce maamar explique la racine du précédent. Il s’ouvre sur une contradiction : le fait qu’Israël soit lié à la Torah place la Torah au-dessus d’Israël, tandis que la Torah considérée comme une fiancée et comme un produit, avec Israël « les prémices de Ses récoltes », place Israël au-dessus d’elle. La réponse part de l’affirmation du Talmud selon laquelle « le dernier miracle est plus grand » : la descente du néant à l’existence relève de l’ordre naturel, tandis que faire remonter l’existence au néant va à son encontre ; ce pouvoir appartient à Israël, « une terre de désir ». Les mitsvot sont descendues comme des graines sans goût qui renferment le plaisir suprême ; les âmes d’Israël, enracinées dans Mal'hout et caractérisées par le bitoul, sont la terre dont la force de croissance les fait germer, comme une mère fait apparaître ce que la goutte du père dissimule. Cela nécessite une lumière d’En-Haut. Le fruit complet viendra au Temps à venir, lorsque la lumière englobante actuelle sera attirée à l’intérieur et qu’une lumière plus grande fera revivre les morts. Ainsi, Israël est supérieur à la Torah en tant que graine ici-bas, tandis que la Torah est supérieure telle qu’elle est En-Haut. Le maamar s’achève sur Yaakov comme matière, Yisrael comme forme, et la crainte de la faute comme fondement d’une sagesse durable.
Plan
- La questionUne parole des Sages place la Torah au-dessus d’Israël ; la Torah considérée comme une fiancée, le sage comme son « maître », et Israël comme « les prémices de Ses récoltes » placent Israël au-dessus de la Torah.¶1–2
- De l’existence au néantLa descente du néant à l’existence relève de l’ordre naturel ; faire remonter l’existence au néant est le prodige le plus grand. Israël, « une terre de désir », enraciné dans Mal'hout et son bitoul, est la terre qui fait pousser la graine des mitsvot ; son iskafya consiste à se retenir même dans ce qui est permis.¶3–7
- La graine prend racineComme la goutte du père, mise en forme dans le sein de la mère, les mitsvot, enracinées dans la volonté suprême, se révèlent en étant assimilées par Israël. Cela nécessite une lumière d’En-Haut (« elle sera louée » au sens de « elle sera amenée à rayonner »), et la Torah doit être étudiée de telle sorte qu’elle soit véritablement « en main ».¶8–11
- Deux sortes de lumière englobanteLa résurrection viendra par la révélation du sovev kol almin. Le sovev actuel est un makif en rapport avec l’intériorité, comme un minyan qui éveille une personne et pas une autre ; dans le futur, les makifim actuels seront attirés à l’intérieur et de nouveaux cieux seront révélés : une lumière qui atteint même les morts et qui croît à partir des mitsvot.¶12–16
- Vêtements et fruits ; la réponseLes mitsvot sont à présent des vêtements qui dissimulent et des graines ; plus tard, elles seront des fruits dont le goût se révélera. Telles qu’elles sont En-Haut, elles constituent un réceptacle « large » pour l’Infini. Ainsi, Israël est supérieur à la Torah en tant que graine ici-bas, tandis que la Torah est supérieure à Israël telle qu’elle est En-Haut.¶17–19
- Yaakov et YisraelYaakov, le talon et la voix qui relie, est l’enracinement et la matière ; Yisrael, li roch, est l’épanouissement et la forme révélée. La crainte de la faute, le bitoul de la « terre de désir », permet à la sagesse de perdurer.¶20–22
Notions clés
- Force de croissanceכח הצומח
- Le pouvoir de la terre de faire germer une graine en un fruit semblable à elle-même. Dans le maamar, c’est le pouvoir des âmes d’Israël, enracinées dans la Mal'hout de l’Ein Sof, de faire passer à la révélation le plaisir caché des mitsvot.
- Graineגרעין
- Une chose qui renferme tout le fruit à l’état caché, mais qui n’a pas de goût propre : l’image des mitsvot et de la Torah telles qu’elles sont descendues dans ce monde, comme les tsitsit de laine ou les téfilines de parchemin.
- L’annulation de l’existence dans le néantביטול היש לאין
- L’élévation de l’existence créée vers la divinité, à l’inverse de la création de « quelque chose à partir de rien ». Elle va à l’encontre de l’ordre naturel, et c’est le « désir » de D.ieu qu’Israël accomplisse cela.
- Iskafyaאתכפיא
- Se maîtriser, ici dans ce qui est permis. C’est la forme pratique du bitoul de Mal'hout, la « terre de désir », et de la « crainte de la faute » qui permet à la sagesse de perdurer.
- Assimilation (kelita)קליטה
- La graine qui prend racine dans la terre ou dans le sein maternel. La Torah et les mitsvot doivent être assimilées par l’âme, et l’étude retenue « en main », pour pouvoir croître.
- Lumière englobante (makif)מקיף
- Une lumière qui demeure au-delà de ce qu’elle affecte. Une sorte est en rapport avec l’intériorité et y rayonne ; la sorte générale entoure tout également sans y pénétrer. Le sovev kol almin actuel est de la première sorte ; le Temps à venir en révélera une plus grande.
- Yaakov et Yisraelיעקב וישראל
- Yaakov (youde et akev, « talon ») est l’enracinement, le niveau intermédiaire qui relie et la matière des choses, la création de quelque chose à partir de rien ; Yisrael (li roch, « une tête pour Moi ») est l’épanouissement, la forme et la lumière révélée.
La question ¶1–2
1ביאור על הנ״ל
Une explication de ce qui précède.
Le titre indique que ce maamar est un biour, une « explication », du maamar qui le précède. Le Likkutei Torah, cité dans les notes du paragraphe 3, le désigne comme « l’explication sur [le verset] “Dans les jours à venir, Yaakov prendra racine” ».
Le titre indique au lecteur que ce qui suit explique et approfondit le maamar précédent.
2להבין שרש הדברים. הנה ג׳ קשרי׳1 מתקשרין2 ישראל באורייתא כו׳ שמדרגת התורה היא למעלה מישראל והרי התורה נקראת בשם בחי׳ כלה3
Pour comprendre la racine de ces idées : voici que « trois liens sont liés ensemble : Israël à la Torah », etc. Cela signifie que le rang de la Torah est supérieur à celui d’Israël. Pourtant, la Torah est appelée du nom de l’aspect d’une fiancée,
L’Alter Rebbe entreprend d’expliquer la racine des idées du maamar précédent en soulevant une contradiction entre des paroles de nos Sages. L’enseignement selon lequel Israël est lié à la Torah et, par son intermédiaire, à D.ieu, place la Torah au-dessus d’Israël ; pourtant, la Torah est également comparée à une fiancée, ce qui ferait d’Israël, le fiancé, le partenaire supérieur.
כמארז״ל אל תקרי מורשה4 אלא מאורשה5 כו׳ ונק׳ העוסק בתורה בעל תורה מארי דאורייתא6 כו׳ וכתיב קדש ישראל לה׳ ראשית תבואתה7 כו׳
comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Ne lis pas moracha (“héritage”), mais meorassa (“fiancée”) », etc. Et celui qui s’adonne à l’étude de la Torah est appelé baal Torah, « maître de la Torah » (maré deOraïta), etc. Et il est écrit : « Israël est saint pour D.ieu, les prémices de Son produit », etc.,
Nos Sages lisent le verset « La Torah que Moché nous a prescrite est un héritage (moracha) de la communauté de Yaakov » comme meorassa, « fiancée », faisant ainsi de la Torah la fiancée d’Israël. Un érudit en Torah est également appelé baal Torah ; or baal signifie aussi « époux », de sorte que celui qui étudie est le maître de la Torah. Une troisième preuve, le verset qui qualifie Israël de « prémices de Son produit », est expliquée dans la partie suivante.
כי התורה נק׳ בשם בחי׳ לחם כמ״ש לכו לחמו בלחמי8 וגם נקראת בשם יין תבואת הכרם9 ונק׳ שמן10 דזית נמי אקרי תבואה11 כו׳.
car la Torah est appelée du nom de l’aspect du pain, comme il est écrit : « Venez, mangez de mon pain » ; elle est également appelée du nom du vin, le produit de la vigne, et elle est appelée huile, car « l’olive aussi est appelée produit », etc.
La Torah est appelée par les noms de produits : pain (« Venez, mangez de mon pain »), vin, fruit de la vigne, et huile, puisque nos Sages comptent également l’olive parmi les « produits ». Si Israël est « le premier », la source, de ces produits dont la Torah porte les noms, alors Israël semblerait se tenir au-dessus de la Torah, contrairement à ce qu’affirme le premier enseignement.
Ce paragraphe pose la question du maamar : un enseignement place la Torah au-dessus d’Israël, tandis que d’autres — la Torah comme fiancée, l’érudit comme son « maître », et Israël comme « les prémices » des produits auxquels la Torah est comparée — placent Israël au-dessus de la Torah.
D’après les notes de Kehot, une autre transcription, plus longue, de ce maamar (Maamarei Admur HaZaken, Nevi’im) s’ouvre en présentant ces deux enseignements de nos Sages comme contradictoires et explique meorassa : « la Torah est appelée fiancée, fiancée promise, ce qui est l’inverse ». Dans cette transcription, les titres « maître de la Michna, maître de la Kabbala » sont présentés comme concordant avec le fait que la Torah est fiancée, tandis que « Israël est lié à la Torah » exprime l’inverse ; cette transcription commence ensuite à expliquer la chaîne de la lumière directe et de la lumière réfléchie.
Maré mekomot
- 1להבין . . הנה ג׳ קשרי׳ · הנחה אחרת באריכות במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ פט מתחיל: ”ולהבין שרשן של הדברים הנ״ל יובן בהקדים לבאר ב׳ מאמרים דחז״ל הסותרים זא״ז שלפעמים ארז״ל תלת קשרי׳ . . .”
- 2ג׳ קשרי׳ מתקשרין · Zohar III, 73a
- 3והרי התורה נקראת בשם בחי׳ כלה · Taanit 26b
- 4אל תקרי מורשה · Berakhot 57a:4
- 5אלא מאורשה · במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ פח: ”אלא מאורסה שהתורה נק׳ בחי׳ כלה כלה מאורס׳ שזהו בהיפוך הענין”.
- 6מארי דאורייתא · Zohar III, 216a
- 7קדש ישראל לה׳ ראשית תבואתה · Jeremiah 2:3
- 8לכו לחמו בלחמי · Proverbs 9:5
- 9תבואת הכרם · Deuteronomy 22:9
- 10בשם יין תבואת הכרם ונק׳ שמן · ראה במאמרי אדה״א שמות סע״א שמביא ראיה מפסוקים.
- 11דזית נמי אקרי תבואה · Berakhot 35b
De l’existence au néant ¶3–7
Et voici l’explication : nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Du Ciel, ils donnent, ils ne reprennent pas », et « le dernier miracle est plus grand », etc.
La réponse commence par un récit du Talmud : le foyer d’un sage, plongé dans une grande pauvreté, reçut du Ciel le pied d’une table en or ; plus tard, à sa prière, celui-ci fut repris. Les Sages firent remarquer que le second miracle était plus grand que le premier, car le Ciel donne, mais ne reprend pas.
כי הנס הראשון שנתנו לו זהב מן השמים אינו גדול כ״כ שכך הוא סדר ההשתלשלות להיות יורד למטה עד שיורד מרוחניות לגשמיות
Car le premier miracle, celui de recevoir de l’or du Ciel, n’est pas si grand, puisque tel est l’ordre de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) : parvenir en bas, jusqu’à descendre de la spiritualité à la matérialité,
La descente de l’or depuis le Ciel n’a rien de si étonnant, car le mouvement vers le bas est la direction naturelle de l’enchaînement descendant des mondes. Toute chose matérielle reçoit son existence d’une source spirituelle qui lui est supérieure.
כי אין לך עשב2 שאין לו מזל3 והמזל הוא רוחני ונמשך מאין ליש. משא״כ הנס האחרון להתעלות מיש לאין הוא נפלא ביותר4 נגד הדרגת ההשתלשלות.
car il n’est pas une herbe qui n’ait un mazal, et le mazal est spirituel ; il est attiré du néant vers l’existence. En revanche, le dernier miracle — être élevé de l’existence au néant — est tout à fait prodigieux, à l’encontre de la gradation de l’hichtalchelout.
Comme le disent les Sages, chaque brin d’herbe a un mazal, une force spirituelle supérieure qui lui transmet sa vitalité, « du néant vers l’existence ». Le second miracle, la remontée de l’or, va à l’encontre de tout cet ordre : c’est un mouvement de l’existence vers le néant, et c’est pourquoi il est bien plus prodigieux.
Ce paragraphe explique pourquoi « le dernier miracle est plus grand » : la descente du spirituel au matériel, « du néant vers l’existence », suit l’ordre naturel de la création, tandis que l’élévation du matériel vers le spirituel, « de l’existence au néant », va à son encontre et constitue le plus grand prodige.
Dans Torah Ohr (Toldos), cité dans la note de Kehot, la même parole est appliquée à Yitzchak : le don du Ciel est la descente du néant vers l’existence, tandis que le service de l’homme est le mouvement inverse, l’annulation de l’existence dans le néant, qui correspond à Yitzchak, « rire » et grand plaisir. Likkutei Torah (Pinchas) renvoie à ce passage et ajoute que la création du néant vers l’existence est l’ordre habituel, tandis que le devenir-néant de l’existence est une nouveauté, un changement de nature.
Maré mekomot
- 1מן שמיא מיהב יהבי · Taanit 25a:4
- 2אין לך עשב · נסמן לעיל ח, ד.
- 3אין לך עשב שאין לו מזל · Bereshit Rabbah 10:6
- 4להתעלות מיש לאין הוא נפלא ביותר · בלקו״ת פנחס עז, ג מציין לכאן.
4ובחי׳ זו אינה אלא בישראל דוקא וכמ״ש כי תהיו אתם לי ארץ חפץ.1 פי׳ חפץ ורצון שלמעלה שיהיה ביטול היש לאין וחפץ זה תהיו אתם לי כו׳.
Or, ce niveau n’existe qu’en Israël précisément, comme il est écrit : « Car vous serez pour Moi une terre de désir. » C’est-à-dire que le désir et la volonté d’En haut sont que le quelque chose soit annulé dans le néant, et c’est ce désir que « vous serez pour Moi », etc.
Ce pouvoir d’élever le quelque chose vers le néant appartient spécifiquement à Israël, que le prophète appelle « une terre de désir ». Le « désir » est la volonté propre de D.ieu que l’existence créée s’annule devant Lui, et Israël doit être ce désir.
דהנה כנס״י מקור נש״י נקרא׳ בשם ארץ שיש בה כח הצומח להצמיח כל פרי למינהו ע״י אשר זרעו בו על הארץ2
Car la Communauté d’Israël (Knesset Israël), source des âmes d’Israël, est appelée « terre » (erets), car elle possède la puissance de croissance, qui fait pousser chaque fruit selon son espèce, grâce à « ce qui porte sa semence en lui, sur la terre ».
Knesset Israël, la Communauté d’Israël, est la source collective de toutes les âmes juives. Elle est appelée « terre » (erets, qui signifie aussi « sol »), car, comme la terre, elle possède la puissance de croissance, faisant germer chaque semence en un fruit de son espèce.
והנה בהגרעין אין בו טעם ומתיקות אלא הוא כעץ בעלמא וגם בכח הצומח אין בו תמונת הפרי
Or, la graine n’a ni goût ni douceur ; elle est plutôt comme un simple morceau de bois. De même, la puissance de croissance ne renferme aucune image du fruit,
L’analogie est examinée de près. La graine n’a en elle-même ni goût ni douceur ; elle est comme un morceau de bois. La puissance de croissance de la terre ne contient pas davantage la forme d’un fruit particulier.
שהרי נצמח ממנו כל פרי לפי הגרעין הנזרע חטה ושעורה וגפן וא״כ מוכרח שאין בו בחי׳ חטה דא״כ לא היה נצרך להזריע
car chaque fruit pousse à partir d’elle selon la graine qui est semée : blé, orge ou vigne. Il faut donc nécessairement qu’il n’y ait en elle aucun aspect du blé, car, s’il y en avait, il ne serait pas nécessaire de semer.
La preuve que la terre elle-même ne possède aucune forme de fruit est que la même terre fait pousser du blé, de l’orge ou des raisins, selon ce qui y est semé. Si la terre contenait déjà du blé, nul besoin ne serait de semer du blé.
אלא שע״י התאחדות הגרעין שיש בו בהעלם תמונת הפרי3 עם הארץ עי״ז מתלבש בו כח הצומח להצמיח בדומה לגרעין.4
Mais, par l’union de la graine, qui contient à l’état latent l’image du fruit, avec la terre, la puissance de croissance s’y revêt afin de faire pousser [un fruit] semblable à la graine.
Le fruit requiert donc les deux éléments. La graine contient la forme du fruit, mais à l’état caché, tandis que la terre fournit la puissance de croissance ; lorsque la graine s’unit à la terre, cette puissance se revêt en elle et fait pousser un fruit semblable à la graine.
À travers le verset « une terre de désir » et l’analogie de la graine et de la terre, ce paragraphe présente les âmes d’Israël, enracinées dans Knesset Israël, comme la « terre » dont la puissance de croissance fait apparaître ce qui est caché dans une graine.
La note de Kehot indique que la forme cachée dans la graine est présentée comme un fait de science naturelle : le Siddour affirme que l’on peut voir toute la forme de la pomme dans sa graine semée, à l’aide d’un instrument d’observation, « comme cela est expliqué dans les ouvrages de science naturelle ».
Maré mekomot
- 1כי תהיו אתם לי ארץ חפץ · Malachi 3:12
- 2אשר זרעו בו על הארץ · Genesis 1:11
- 3שיש בו בהעלם תמונת הפרי · בסידור קצא, ב: ”כמו שרואים בגרעין התפוח הנזרע כל צורת התפוח ע״י כלי ההבטה כמבואר בספרי הטבע”. ובמאמרי אדה״ז פרשיות פ׳ שלח ע׳ תרלד: ”וכנאמר בספרי הפילוסופים”. וראה ביאוה״ז קג, ב ”בכלי האצטרלו״ב”, וכ״ה במאמרי אדה״א שמות ע׳ ט.
- 4עי״ז מתלבש בו כח הצומח להצמיח בדומה לגרעין · ראה במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ צא שמוסיף: ”(וזכר כלל זה שע״ז נשען כל הענין דהיינו המצות המה הזרעי׳ שנפלו בשבירה ליש ומבררי׳ במל׳ דאצי׳ עפר הארץ ע״י מציאות הביטול שבה ונעשה מהן בחי׳ העלאת מ״ן לשרשו מל׳ דא״ס להמשיך כח הצומח דא״ס דהיינו תוס׳ אור א״ס המתוסף בתו׳ מרובה על העיקר . . ועוד זאת בתוס׳ אור המשכ׳ השפע דמל׳ ד״ס במל׳ דאצי׳ להוסיף אור שזה המ״ד [בכת״י ב׳: המ״ד שזה התוס׳] בתוס׳ אור גורם סיבת הגילוי דהאורו׳ שהי׳ נעלמי׳ כמו הכח הצומח גורם סיבת הצמיחה וד״ל ודו״ק)”. ואולי תוספות ביאור לקמן נד, ד מיוסד על ביאור זה.
5וכך הוא הענין המצות שנשתלשלו וירדו למטה עד שנעשה כדמות הגרעין שאין בו טעם כמו ציצית מצמר ותפילין מקלף כו׳
Il en va de même des mitsvot, qui sont descendues par l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), jusqu’à parvenir ici-bas et à devenir semblables à une graine sans saveur, comme les tsitsit en laine et les téfilines en parchemin, etc.
Les mitsvot suivent le même modèle. En traversant tous les mondes, elles sont parvenues à ce monde sous une forme qui semble dépourvue de saveur, comme une graine : les tsitsit sont en simple laine et les téfilines en parchemin, et rien dans ces objets matériels ne révèle leur signification divine.
אך מ״מ יש בהם ענג העליון וע״י ישראל העושים ומקיימים המצות נצמח ונגדל ענג העליון להיות בגילוי.
Pourtant, le plaisir suprême réside en elles ; et, grâce à Israël, qui accomplit et observe les mitsvot, ce plaisir suprême germe et croît, jusqu’à se révéler.
Pourtant, le plaisir suprême est caché en elles : c’est le plaisir même que D.ieu éprouve dans la mitsva. Lorsque les Juifs accomplissent les mitsvot, ce plaisir « germe » et croît jusqu’à se révéler, comme la terre fait sortir le fruit d’une graine.
Le paragraphe applique l’analogie : les mitsvot sont les graines, dépourvues de saveur dans leur forme matérielle mais porteuses du plaisir suprême ; par leur accomplissement, Israël est comme la terre qui fait croître ce plaisir jusqu’à sa révélation.
6והיינו לפי שישראל הם בבחי׳ ארץ בחי׳ מלכות שכל הי״ס נמשכים בה שהוא בחי׳ בטול בחי׳ אתכפייא ואתהפכא כו׳.
C’est parce qu’Israël se situe au niveau de la terre (erets), au niveau de Mal’hout (souveraineté), vers laquelle sont attirées les dix Séfirot, et qui est le niveau de l’annulation de soi (bitoul), le niveau de l’iskafya et de l’it’hap’ha (soumettre et transformer), etc.
Israël peut accomplir cela parce qu’il se situe au niveau de la « terre », qui est Mal’hout, la dernière des Séfirot, vers laquelle toutes les dix convergent. La nature de Mal’hout est le bitoul ; dans le service de l’homme, celui-ci se manifeste par l’iskafya, qui consiste à soumettre ses penchants, et par l’it’hap’ha, qui consiste à les transformer.
ואין פי׳ אתכפייא על רע גמור כי האומר אחטא כו׳1 אין מספיקין בידו כו׳. אלא במותר לך2 כו׳ שהוא בחי׳ בטול היש לאין שהוא נעלה מבחי׳ יש מאין.
L’iskafya ne désigne pas le mal caractérisé, car « celui qui dit : “Je pécherai…” », etc., « on ne lui en donne pas la possibilité [de faire techouva] », etc. Elle désigne plutôt « ce qui vous est permis », etc. : le niveau où ce qui est quelque chose s’annule dans le néant, niveau supérieur à celui où quelque chose procède du néant.
Ici, l’iskafya ne concerne pas le mal caractérisé : face à une véritable faute, on ne peut compter sur la possibilité de la réparer ensuite, car les Sages enseignent que celui qui dit : « Je pécherai et je ferai techouva » ne se voit pas accorder la possibilité de faire techouva. L’iskafya consiste à se retenir même dans ce qui est permis, conformément à l’enseignement des Sages : « Sanctifie-toi dans ce qui t’est permis » ; c’est le bitoul de ce qui est quelque chose dans le néant, niveau supérieur à celui où quelque chose procède du néant.
Ce paragraphe fonde la capacité d’Israël à s’élever en Mal’hout, dont la nature est le bitoul, et définit sa manifestation, l’iskafya, comme une retenue même dans ce qui est permis : l’annulation de ce qui est quelque chose dans le néant.
Maré mekomot
- 1כי האומר אחטא כו׳ · Yoma 85b:7–8
- 2במותר לך · Yevamot 20a:15
7וזהו שרש ומקור נשמות ישראל. ולכן ע״י קליטת הגרעין דתורה ומצות בנשמות ישראל שיש בהם כח הצומח בחי׳ נעוץ סופן בתחלתן1 מלכות דא״ס נצמח ונגלה הענג העליון שבמצות להיות בגילוי.
Et telle est la racine et la source des âmes d’Israël. C’est pourquoi, grâce à l’absorption de la semence de la Torah et des mitsvot dans les âmes d’Israël, qui possèdent la force de croissance — le niveau où « leur fin est insérée dans leur commencement », Mal'hout de l’Infini (Ein Sof) —, le plaisir sublime contenu dans les mitsvot germe et se dévoile, de sorte qu’il devienne manifeste.
Le bitoul est donc la racine des âmes d’Israël. Lorsque la « semence » de la Torah et des mitsvot est absorbée dans les âmes, leur force de croissance — Mal'hout de l’Ein Sof — fait germer et apparaître le plaisir sublime caché dans les mitsvot. Cette Mal'hout est décrite comme « leur fin est insérée dans leur commencement » : le niveau ultime est enraciné dans le tout premier, ce qui explique pourquoi le plus bas peut révéler ce que le plus élevé renferme.
ולכן נקראת כנ״י בשם אשה יראת2 ה׳ כי בחי׳ הבטול הוא בחי׳ היראה ופחד ה׳ לנגד עיניו.
C’est pourquoi la Communauté d’Israël est appelée « une femme qui craint D.ieu », car le niveau de l’annulation de soi (bitoul) est celui de la crainte et de l’effroi de D.ieu devant ses yeux.
C’est également pourquoi la Communauté d’Israël est appelée « une femme qui craint D.ieu ». Le bitoul s’exprime par la crainte, par le fait de vivre avec « l’effroi de D.ieu devant ses yeux » ; c’est cette crainte que le verset loue.
Ce paragraphe identifie la force de croissance de l’âme à Mal'hout de l’Ein Sof et explique pourquoi la Communauté d’Israël, caractérisée par le bitoul, est appelée « une femme qui craint D.ieu ».
Maré mekomot
- 1נעוץ סופן בתחלתן · Sefer Yetzirah 1:7
- 2אשה יראת ה׳ · Proverbs 31:30
La graine prend racine ¶8–11
Or, la formation et la venue à l’existence de l’enfant proviennent principalement de la goutte du père, qui « sème le blanc, dont proviennent les os et les tendons », etc.
Une deuxième analogie, tirée de la formation d’un enfant. Le Talmud enseigne que le père « sème le blanc », d’où se forment les os et les tendons ; ainsi, l’essence de l’enfant provient du père.
אלא שע״י שהייה בבטן אמו אוכל ממה שאמו אוכלת3 כו׳ יוצא מההעלם אל הגילוי בכל אבריו מה שהי׳ בתחלה בהעלם בטפת האב.
Mais, durant son séjour dans le ventre de sa mère, où « il se nourrit de ce dont sa mère se nourrit », etc., il passe de l’état caché à l’état révélé dans tous ses membres : ce qui était d’abord caché dans la goutte du père.
Dans la goutte du père, tout cela n’existe qu’en puissance et demeure caché. Au cours des mois passés dans le ventre de sa mère, où, disent les Sages, l’enfant « se nourrit de ce dont sa mère se nourrit », il se développe membre après membre et vient à l’existence de façon révélée.
Le paragraphe ajoute l’analogie de la formation de l’enfant : la goutte du père renferme tout à l’état caché, et le ventre de la mère fait apparaître cette forme au grand jour.
Maré mekomot
- 1והתהוות הולד . . האב מזריע לובן · Niddah 31a:9
- 2לובן שממנו עצמות וגידין · Niddah 31a:9
- 3אוכל ממה שאמו אוכלת · Niddah 30b:18
9וכמו״כ הוא ענין המצות שרשם למעלה הוא רצון העליון וירדו למטה ברבוי ההשתלשלות להיות בבחי׳ גרעין תר״ך עמודי אור
De même, le sujet des mitsvot : leur racine en haut est la volonté suprême, et elles sont descendues ici-bas à travers les nombreuses [étapes de] l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), pour se trouver dans l’état d’une graine : les 620 piliers de lumière,
Les mitsvot sont comparables à la goutte du père : leur racine est la volonté suprême de D.ieu, et elles sont descendues à travers les nombreuses étapes des mondes jusqu’à prendre la forme d’une « graine ». Elles sont les 620 « piliers de lumière », c’est-à-dire les 613 commandements de la Torah et les sept des Sages ; 620 est aussi la valeur numérique de Kéter, « la Couronne », le niveau de la volonté divine.
כמו העמוד שמחבר מעלה ומטה וע״י הקליטה שנקלטו בישראל שיש בהם כח הצומח נצמח גילוי המצות כמו שהן למעלה.
comme le pilier qui relie le haut et le bas. Et, grâce à leur absorption en Israël, qui possède la force de croissance, la révélation des mitsvot telles qu’elles sont en haut germe.
Comme un pilier, chaque mitsva relie le haut et le bas. Lorsque les mitsvot sont absorbées en Israël, dont les âmes possèdent la force de croissance, elles se développent jusqu’à se révéler telles qu’elles sont véritablement en haut.
Ce paragraphe applique l’analogie : les mitsvot, enracinées dans la volonté suprême, descendent dans un état semblable à celui d’une graine, et la force de croissance d’Israël les fait éclore sous une forme révélée, comme la mère fait apparaître ce que contient la goutte du père.
Et voici [le sens de] « Une femme qui craint [D.ieu], elle sera louée » : le terme évoque « lorsque Sa lampe brillait », etc., [comme dans] « Louez Yah ». Quant à la raison pour laquelle on récite les Pessouké dézimra (les versets de chant) avant le Chema,
Le verset « Une femme qui craint D.ieu, elle sera louée » est ici lu d’une manière nouvelle : le mot hébreu traduit par « elle sera louée » partage sa racine avec behilo, « lorsque Sa lampe brillait » ; il signifie donc aussi « elle sera éclairée ». La même racine se trouve dans halelou Yah, « Louez Yah », qui se lit alors « faites briller Yah » ; cela explique l’ordre des prières du matin.
כי ק״ש ואהבת הוא מחמת התבוננות בפסוקי דזמרה שהוא ספור שבחיו של מקום יוצר משרתים ואשר משרתיו כו׳ וצריך להאיר ולהלל התבוננו׳ בחי׳ י״ה מלמעלה.
c’est que le Chema, avec « Tu aimeras », découle de la contemplation des Pessouké dézimra, qui relatent les louanges du Maître du monde : « Qui forme les serviteurs [angéliques], et ceux qui Le servent », etc. Et il faut éclairer et faire briller la contemplation, le niveau de Youd-Hé, depuis En Haut.
L’amour de D.ieu commandé dans le Chema (« Tu aimeras ») naît de la contemplation de la grandeur de D.ieu dans les Pessouké dézimra, les psaumes récités auparavant, qui relatent Ses louanges ; les mots « Qui forme les serviteurs [angéliques] » viennent de la bénédiction qui précède le Chema et Le loue de la même manière. Pourtant, cette contemplation, le niveau de Youd-Hé — les lettres qui représentent 'Hokhma et Bina, l’intellect — doit elle-même être éclairée d’En Haut.
En comprenant « elle sera louée » au sens de « elle sera éclairée », ce paragraphe explique que la contemplation des Pessouké dézimra, qui conduit à l’amour exprimé dans le Chema, relève du niveau de Youd-Hé et doit être éclairée d’En Haut pour porter ses fruits.
Maré mekomot
- 1אשה יראת היא תתהלל · Proverbs 31:30
- 2בהלו נרו · Job 29:3
11וזהו הללו יה ועשרה הללויה להלל מלמעלה מעלה עד רום המעלו׳ וכך הוא בענין ישראל שנק׳ אשה יראת ה׳ שצריכה להתהלל ולהאיר מלמעלה בכדי להיות בהן בחי׳ קליטה,
Et c’est là [le sens de] « Louez Yah » et des dix « Hallelouya » : faire briller depuis des hauteurs toujours plus élevées, jusqu’au sommet des sommets. Il en va de même pour Israël, qui est appelé « une femme qui craint D.ieu » : Israël doit être loué et illuminé d’En-Haut, afin qu’y soit présent le niveau de l’absorption.
Les nombreux « Hallelouya », au nombre de dix, expriment la même idée : une lumière attirée depuis les hauteurs les plus élevées. De même, Israël, la « femme qui craint D.ieu », doit être illuminé d’En-Haut ; alors seulement la semence de la Torah et des mitsvot peut y être reçue et croître.
וכן בענין התורה אשרי מי שבא לכאן1 ותלמודו בידו הוא ג״כ על דרך זה כי התורה ג״כ ירדה מלמעלה למטה להיות בחי׳ גרעין וכדי להיות בחי׳ קליטה צריך להיות תלמודו בידו דוקא כנ״ל:
Il en va de même pour la Torah : « Heureux celui qui vient ici avec son étude en main » relève également de cette idée, car la Torah, elle aussi, est descendue d’en haut vers le bas pour être dans l’état d’une semence ; et, pour qu’il y ait absorption, il faut précisément que son étude soit en sa main, comme expliqué plus haut.
Il en va de même pour la Torah, qui est elle aussi descendue à l’état de semence. Les Sages disent : « Heureux celui qui vient ici avec son étude en main » : seule une étude véritablement assimilée et tenue « en main » peut prendre racine et croître.
Ce paragraphe montre qu’Israël comme la Torah ont besoin d’être illuminés et de faire l’objet d’une véritable absorption : Israël doit être illuminé d’En-Haut, et l’étude de la Torah doit être tenue « en main » pour que la semence prenne racine.
Maré mekomot
- 1אשרי מי שבא לכאן · Pesachim 50a:7–8
Deux sortes de lumière englobante ¶12–16
12והנה כתיב אור זרוע לצדיק1 שאור תורה ומצות הוא כעת בבחי׳ זריעה ולעתיד יהי׳ בבחי׳ גילוי בבחי׳ פרי ומלאו פני תבל תנובה2 כו׳.
Or, il est écrit : « La lumière est semée pour le juste » : la lumière de la Torah et des mitsvot est à présent dans un état de semence ; dans le Temps à venir, elle sera dans un état de révélation, comme un fruit : « et ils rempliront la face du monde de produits », etc.
Le maamar se tourne à présent vers l’avenir. « La lumière est semée pour le juste » : aujourd’hui, la lumière de la Torah et des mitsvot est comme une semence, et dans le Temps à venir elle apparaîtra comme un fruit, ainsi que le dit le prophète : « ils rempliront la face du monde de produits ».
דהנה תחית המתים שיהיה לעתיד הוא ע״י גילוי בחי׳ סובב כל עלמין וקמי׳ כחשיכה כאורה3 כו׳.
En effet, la résurrection des morts qui aura lieu dans le Temps à venir se produira par la révélation du niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), et devant Lui, « l’obscurité est comme la lumière », etc.
La résurrection des morts se produira par la révélation du sovev kol almin, la lumière trop élevée pour pénétrer dans les mondes. Devant Lui, « l’obscurité est comme la lumière » ; cette lumière peut donc atteindre même ceux qui reposent dans les ténèbres de la mort.
אך הנה גם כעת הוא בחינת סוכ״ע. וא״כ מהו זה התוספת והעילוי שיהי׳ לעתיד. והענין כי ממלא כל עלמין וסוכ״ע הם בחי׳ מקיפים ובחי׳ פנימיי׳.4
Mais le niveau de sovev kol almin existe aussi à présent. Si tel est le cas, quel est donc cet ajout et cette élévation qui se produiront dans le Temps à venir ? L’explication est que la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin) et le sovev kol almin correspondent aux niveaux des makifim (lumières enveloppantes) et des pnimiyim (lumières intérieures).
Mais le sovev kol almin existe déjà à présent ; qu’y aura-t-il donc de nouveau ? La réponse commence par distinguer les makifim, lumières « enveloppantes » qui restent au-delà d’une chose, des pnimiyim, lumières « intérieures » qui pénètrent en elle ; le sovev kol almin est une lumière enveloppante, et le memalé kol almin une lumière intérieure.
Ce paragraphe ouvre la seconde partie du maamar : la révélation future du sovev kol almin entraînera la résurrection, et la question de ce qui s’ajoutera au sovev qui existe déjà reçoit une première réponse à travers la distinction entre lumières enveloppantes et intérieures.
Maré mekomot
- 1אור זרוע לצדיק · Psalms 97:11
- 2ומלאו פני תבל תנובה · Isaiah 27:6
- 3כחשיכה כאורה · Psalms 139:12
- 4כי — והנה יש ב׳ בחי׳ מקיפים · ראה אוה״ת ראה ע׳ תתט: ”וצ״ע בענין המקיף שאין הכלי מתפעל ממנו דמ״מ אפ״ל שקרוב יותר מבחי׳ מה שסוכ״ע מחי׳ גם את הרע והמ״י. וע׳ בהתוס׳ ביאור ע״פ יביאו לבוש מל׳, וצ״ע”. בענין ב׳ מקיפים — בלקו״ת בהר מד, ג. בלק עב, ד. מציין לכאן.
13והנה יש ב׳ בחי׳ מקיפים הא׳ הוא מה ששייך לפנימי ומאיר בו שהארה זו הוא מחי׳ אותו והב׳
Or, il existe deux niveaux de makifim (lumières enveloppantes). Le premier est celui qui se rapporte à l’intériorité et y rayonne, de sorte que ce rayonnement lui donne la vie. Et le second
Il existe deux sortes de lumière enveloppante. La première demeure à l’extérieur, tout en se rapportant à l’intériorité et en y rayonnant ; son rayonnement donne vie à celle-ci.
הוא מקיף הכללי שמקיף בהשוואה אחת ואינו מאיר בפנימי כלל.1 וכמארז״ל אכל בי עשרה שכינתא שריא2 בבחי׳ מקיף כו׳.
est le makif général, qui enveloppe tout de manière égale et ne rayonne nullement dans l’intériorité. Ainsi que l’ont enseigné nos Sages, de mémoire bénie : « Sur tout groupe de dix, la Chekhina repose », à la manière d’un makif, etc.
Le second est le makif général, qui enveloppe tout de manière égale et ne rayonne nullement dans l’intériorité. L’enseignement des Sages selon lequel la Chekhina repose sur tout groupe de dix illustre un makif : la Présence divine repose sur l’assemblée dans son ensemble et l’enveloppe.
Le paragraphe distingue deux sortes de lumière enveloppante : l’une se rapporte à l’intériorité et y rayonne, tandis que l’autre, générale, enveloppe tout de manière égale sans pénétrer à l’intérieur. Le fait que la Chekhina repose sur un groupe de dix en fournit un exemple.
Maré mekomot
- 1ואינו מאיר בפנימי כלל · בלקו״ת ר״ה נט, ג מציין לכאן.
- 2אכל בי עשרה שכינתא שריא · Sanhedrin 39a:11
14והנה יש מתפעל כשמתפלל בעשרה או כשרואה שחבירו מתפלל בכוונה מתפעל גם הוא להתפלל יותר מרגילותו שכוונת חבירו בתפלתו אצלו הוא בחי׳ מקיף ואינו נכנס בו בבחינת פנימית עכ״ז הוא מתפעל והוא בחי׳ מקיף המאיר בפנימי.
Or, il est des personnes qui sont émues lorsqu’elles prient avec un minyan, ou lorsqu’elles voient leur prochain prier avec ferveur ; elles aussi sont alors émues et prient avec plus d’intensité qu’à l’ordinaire. Car la ferveur de leur prochain dans sa prière est pour elles du niveau d’un makif (lumière enveloppante) et ne pénètre pas en elles de manière intérieure ; néanmoins, elles en sont émues. C’est là le niveau d’un makif qui éclaire l’intériorité.
Voici un exemple du premier type : une personne qui prie dans un minyan, ou qui voit quelqu’un d’autre prier avec ferveur, est portée à prier avec davantage de sentiment qu’à l’ordinaire. La ferveur de l’autre ne devient pas sa propre expérience intérieure, mais elle l’émeut ; c’est un makif qui éclaire l’intériorité.
Ce paragraphe illustre le premier type de makif dans la prière : la ferveur d’une autre personne reste extérieure à l’homme, mais l’émeut intérieurement.
15ויש שאינו מתפעל כלל והיינו שאין מאיר בו בפנימיות ונשאר בחי׳ מקיף הכללי שאינו מאיר כלל.
Et il en est un qui n’est pas du tout touché ; autrement dit, cela ne brille pas en lui intérieurement et demeure au niveau du makif général (lumière enveloppante), qui ne brille pas du tout [en lui].
Une autre personne présente au même office n’est pas du tout émue. Pour elle, la présence demeure un makif général, qui l’entoure sans briller en elle.
וכך יובן הדבר בבחי׳ סוכ״ע דעכשיו הוא בחי׳ מקיף וסובב השייך לפנימי סובב כל עלמין דייקא משא״כ לעתיד לבא1 כתיב ונגולו כספר השמים.2
On peut ainsi comprendre la question du niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) : à présent, c’est un makif, un sovev lié à l’intériorité, le sovev kol almin, « qui entoure tous les mondes », précisément. Mais, pour le Temps à venir, il est écrit : « Les cieux seront roulés comme un livre. »
Le sovev kol almin tel qu’il existe à présent relève du premier type : un makif lié à l’intériorité ; son nom même, « qui entoure tous les mondes », le définit par rapport aux mondes. Quant au Temps à venir, Isaïe annonce que « les cieux seront roulés comme un livre » ; le paragraphe suivant explique ce que cela signifie.
Le paragraphe achève l’exemple de la prière en évoquant la personne qui n’est pas émue, puis applique la distinction : aujourd’hui, le sovev kol almin est un makif lié aux mondes, tandis que le futur apportera quelque chose qui le dépasse, évoqué par « les cieux seront roulés comme un livre ».
Maré mekomot
- 1משא״כ לעתיד לבא · ראה לקו״ת ר״ה נט, ג.
- 2ונגולו כספר השמים · Isaiah 34:4
16וגם נאמר כאשר השמים החדשים1 והארץ החדשה וגו׳ ששמים בחינת מקיפים דכעת יגולו כספר להתלבש בבחי׳ פנימי ויתגלו מקיפי׳ ושמים חדשים ואז
Il est également dit : « Comme les nouveaux cieux et la nouvelle terre », etc. : les cieux, qui correspondent aux makifim (lumières englobantes) de l’époque actuelle, seront roulés comme un livre pour être revêtus de l’aspect intérieur ; des makifim et des cieux nouveaux seront alors révélés. Et alors,
Isaïe parle aussi des « nouveaux cieux et de la nouvelle terre ». Le maamar comprend les cieux actuels comme les makifim d’aujourd’hui : ils seront « roulés », attirés vers l’intérieur pour devenir lumière intérieure, et de nouveaux makifim, de nouveaux cieux, seront révélés.
ע״י אור הגדול ההוא גם המתים שוכני עפר יחיו2 לפי שלפניו כחשיכה כאורה3 וכמשל האור והשלהבת היותר גדולה מאירה למרחוק ביותר.
par cette grande lumière, même les morts, ceux qui reposent dans la poussière, vivront, car devant Lui, les ténèbres sont comme la lumière ; comme dans l’analogie de la lumière et de la flamme : plus celle-ci est grande, plus loin elle éclaire.
Grâce à cette grande lumière, les morts vivront, car devant Lui les ténèbres sont comme la lumière. L’analogie est celle d’une flamme : plus elle est grande, plus loin porte sa lumière ; ainsi, la lumière suprême atteint même ceux qui reposent dans la poussière.
וגילוי ההוא שלעתיד הוא ע״י המצות שיעשו פרי למעלה וכמשל הוולד הגם שגידולו מן האשה.
Et cette révélation des temps futurs viendra par les mitsvot, qui porteront leur fruit en Haut. C’est comparable à l’enfant : bien qu’il grandisse grâce à la femme,
Cette révélation future viendra des mitsvot, qui portent leur fruit en Haut. L’analogie de l’enfant qui grandit dans sa mère montre comment ce qui croît grâce à quelque chose peut le dépasser.
כמארז״ל אוכל ממה שאמו אוכלת4 כו׳ עכ״ז אפשר שהולד יהי׳ גדול במעלה מן האשה שהולד זכר הוא בחי׳ משפיע ואמו בחי׳ מקבל בחי׳ נוקבא כו׳:
comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Il se nourrit de ce que mange sa mère », etc. ; néanmoins, il est possible que l’enfant soit plus grand que la femme, car un enfant mâle est du niveau de celui qui donne (mashpia), tandis que sa mère est du niveau de celle qui reçoit (mekabel), le niveau de Noukva (le féminin / Mal'hout), etc.
Bien que l’enfant à naître soit nourri par sa mère, un enfant mâle peut être plus grand qu’elle. Dans les termes kabbalistiques employés par le maamar, le masculin et le féminin désignent les fonctions de celui qui donne (mashpia) et de celle qui reçoit (mekabel), celle qui reçoit étant appelée Noukva ; l’analogie montre que ce qui grandit par l’intermédiaire de celle qui reçoit peut être supérieur à elle.
Le paragraphe décrit l’avenir : les makifim actuels deviendront lumière intérieure et un makif nouveau, plus élevé, sera révélé, apportant la résurrection ; ce sont les mitsvot qui produisent cette révélation, laquelle peut dépasser ce par quoi elle a grandi.
Maré mekomot
- 1כאשר השמים החדשים · Isaiah 66:22
- 2שוכני עפר יחיו · Isaiah 26:19
- 3כחשיכה כאורה · Psalms 139:12
- 4אוכל ממה שאמו אוכלת · Niddah 30b:18
Vêtements et fruits ; la réponse ¶17–19
17וזהו שהמצות נקראים לבושים ובחי׳ פירות שהמצות כעת הם בבחינת גרעין והם בחינת לבושים המעלימים עד שנראה כאלו אין בהם טעם כלל ציצית מצמר כו׳.
Et c’est [pourquoi] les mitzvot sont appelées des vêtements et [aussi] le niveau des fruits : les mitzvot, à présent, sont dans l’état d’une graine, et elles sont au niveau de vêtements qui dissimulent, au point qu’il semble qu’elles n’aient absolument aucun goût : des tsitsit en laine, etc.
Cela explique pourquoi les mitzvot sont appelées à la fois « vêtements » et « fruits ». À présent, elles sont des graines et des vêtements qui dissimulent ce qu’elles renferment, si bien que des tsitsit en laine, par exemple, semblent n’avoir absolument aucun goût.
משא״כ גילוי המצות כמו שיהיו לעתיד יהיו בבחי׳ פרי גילוי טעם ותענוג וכדפי׳ רש״י על פסוק ישקני מנשיקות פיהו12 שלע״ל יתגלה לנו טעמי התורה.
Mais la révélation des mitzvot telles qu’elles seront à l’époque future sera au niveau du fruit : le goût et le plaisir seront révélés, comme Rachi l’explique au sujet du verset : « Qu’il me donne les baisers de sa bouche » : à l’époque future, les raisons (ta’amim) de la Torah nous seront révélées.
À l’époque future, elles seront des fruits dont le goût et le plaisir seront révélés. Rachi écrit, au sujet du verset « Qu’il me donne les baisers de sa bouche », que D.ieu a promis de se manifester de nouveau pour expliquer à Israël le secret des raisons de la Torah ; le mot hébreu ta’am signifie à la fois « raison » et « goût », si bien que les raisons révélées sont le goût dévoilé du fruit.
Ce paragraphe concilie deux appellations des mitzvot : à présent, elles sont des vêtements dissimulants, des graines sans goût apparent ; à l’avenir, elles seront des fruits dont le goût — les raisons de la Torah — sera révélé.
Maré mekomot
- 1וכדפי׳ רש״י על פסוק ישקני מנשיקות פיהו · Song of Songs 1:2
- 2ישקני מנשיקות פיהו · Rashi on Song of Songs 1:2–3
18וזהו לכל תכלה ראיתי קץ1 רחבה מצותך מאד פי׳ לכל תכלה2 הוא בחי׳ השגות נשמות ומלאכים דבריאה יצירה עשייה יש קץ וגבול להשגתם לפי שהן בחי׳ נבראים ובע״ג3
Et voici [le sens de] : « À toute fin, j’ai vu une limite ; Ton commandement est infiniment vaste. » « À toute fin » désigne le niveau de compréhension des âmes et des anges des mondes de Béria (Création), de Yetsira (Formation) et d’Assiya (Action) : leur compréhension a une fin et une limite, car ils appartiennent à la catégorie des êtres créés et finis.
Le verset « À toute fin, j’ai vu une limite ; Ton commandement est infiniment vaste » oppose deux choses. « Toute fin » désigne la compréhension des âmes et des anges dans les mondes de Béria, de Yetsira et d’Assiya : étant des êtres créés et finis, leur compréhension est limitée.
משא״כ מצותך כמו שהן למעלה היא רחבה מאד רחבה הוא בחי׳ כלי קבול רחב לקבל בתוכו אור א״ס בלי גבול
En revanche, « Ton commandement », tel qu’il est en haut, « est infiniment vaste » : « vaste » désigne le niveau d’un réceptacle large, capable de recevoir en lui la Lumière infinie (Or Ein Sof), sans limite.
« Ton commandement », c’est-à-dire les mitsvot telles qu’elles sont en haut, est « infiniment vaste ». « Vaste » décrit un réceptacle large, capable de recevoir la Lumière infinie sans limite.
ולכן נאמר רחבה ולא אמר ארוכה כמו שנאמר בהתורה ארוכה מארץ מדה4 והיינו לפי ששם מדבר בענין המשכות וירידות השתלשלות התורה למטה מטה
C’est pourquoi il est dit « vaste » et non « long », comme il est dit de la Torah : « Sa mesure dépasse celle de la terre en longueur. » Car, dans ce passage, il est question des prolongements et des descentes de la Torah à travers l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout), toujours plus bas,
Le verset dit « vaste » et non « long », bien que la Torah soit qualifiée de « plus longue que la terre ». « Long » décrit la descente de la Torah, prolongée étape après étape à travers l’enchaînement des mondes, toujours plus bas.
והוא בחי׳ אורך שמשתלשל ויורד מטה מטה באורך וכאן מדבר במצות כמו שהן למעלה ומצותך דייקא קאמר רחבה כו׳:
ce qui relève de la longueur, qui se déploie et descend toujours plus bas, dans le sens de la longueur. Ici, en revanche, il est question des mitsvot telles qu’elles sont en haut, et le verset dit précisément « Ton commandement » : « vaste », etc.
La longueur désigne le déploiement vers le bas. Ce verset parle des mitsvot telles qu’elles sont en haut ; c’est pourquoi il qualifie précisément « Ton commandement » de « vaste » : il s’agit d’une capacité à contenir l’Infini, et non d’une ligne de descente.
Ce paragraphe oppose la compréhension limitée de tous les êtres créés aux mitsvot telles qu’elles sont en haut, réceptacle « vaste » pour la Lumière infinie, et distingue cette ampleur de la « longueur » de la descente de la Torah.
Maré mekomot
- 1לכל תכלה ראיתי קץ · Psalms 119:96
- 2פי׳ לכל תכלה · ראה אוה״ת בראשית כרך ג תקה, ב. בלק ע׳ תתקנה.
- 3ומלאכים . . נבראים ובע״ג · ראה אגה״ק ססי׳ יז.
- 4ארוכה מארץ מדה · Job 11:9
19וזהו קדש ישראל לה׳ ראשית תבואתה1 היינו מצד התלבשות התורה למטה בבחי׳ גרעין הרי מעלת ישראל הוא למעלה מן התורה
Et telle est [la signification de] « Israël est saint pour D.ieu, prémices de Sa récolte » : cela signifie que, du point de vue de la Torah telle qu’elle s’enveloppe ici-bas sous la forme d’une graine, le rang d’Israël est supérieur à celui de la Torah,
La question initiale est maintenant résolue. « Israël est saint pour D.ieu, prémices de Sa récolte » parle de la Torah telle qu’elle s’enveloppe ici-bas sous la forme d’une graine ; de ce point de vue, Israël se tient plus haut que la Torah.
שהרי בישראל יש כח הצומח ונקראים ראשית תבואתה שהן הראשית שממנו נצמח ונגדל התבואה להיות בגילוי הטעם ותוספת ברבוי כו׳.
car il y a en Israël une force de croissance, et ils sont appelés « prémices de Sa récolte », car ils sont le commencement à partir duquel la récolte germe et croît, jusqu’à ce que son goût se révèle et qu’elle se multiplie abondamment, etc.
Israël possède la force de croissance ; c’est pourquoi ils sont appelés « les prémices », la source, « de Sa récolte » : par leur intermédiaire, la récolte germe et croît, son goût se révélant et se multipliant.
משא״כ מצד התורה ומצות כמו שהן למעלה התורה מאד נעלה ממדרגת ישראל שישראל מתקשראן באורייתא כו׳.
Mais du point de vue de la Torah et des mitsvot telles qu’elles sont en haut, la Torah est bien supérieure au rang d’Israël, car « Israël est lié à la Torah », etc.
Mais du point de vue de la Torah et des mitsvot telles qu’elles sont en haut, la Torah est bien supérieure à Israël ; ainsi, l’affirmation selon laquelle Israël est lié à la Torah est également vraie. Chacune de ces affirmations est juste, chacune de son propre point de vue.
Ce paragraphe répond à la question du maamar : en ce qui concerne la Torah sous forme de graine ici-bas, Israël, qui possède la force de croissance, est supérieur ; en ce qui concerne la Torah et les mitsvot telles qu’elles sont en haut, la Torah est bien supérieure à Israël.
Maré mekomot
- 1קדש ישראל לה׳ ראשית תבואתה · Jeremiah 2:3
Yaakov et Yisrael ¶20–22
Et c’est là le sens de : « [Dans les jours] à venir, Yaakov prendra racine ; Yisrael bourgeonnera et fleurira » : l’enracinement et la croissance relèvent du niveau de Yaakov, youd-akev (« youd » et « talon »), la barre centrale, etc.
Le verset sur lequel s’appuie cette explication — « Dans les jours à venir, Yaakov prendra racine ; Yisrael bourgeonnera et fleurira » — est maintenant interprété. L’enracinement et la croissance appartiennent à Yaakov, nom qui se lit youd et akev, « talon », la partie la plus basse du corps. Yaakov est aussi appelé « la barre centrale », celle qui traversait toutes les planches du Tabernacle d’un bout à l’autre, un niveau de liaison qui descend jusqu’en bas.
Et par là, « Yisrael bourgeonnera et fleurira » : Yisrael, li roch (« une tête pour Moi »), etc. Car il est écrit : « La voix est la voix de Yaakov » : la voix relie et amène le spirituel à devenir physique.
Grâce à l’enracinement de Yaakov, « Yisrael bourgeonnera et fleurira » : les lettres de Yisrael forment li roch, « une tête pour Moi », le niveau de la tête et de la lumière révélée. Le rôle de Yaakov comme lien apparaît dans « La voix est la voix de Yaakov », car c’est la voix qui fait passer le spirituel à une forme physique.
דהנה ארז״ל עינא ולבא תרין סרסורי דחטאה45 הן כי העין רואה והלב חומד6 כו׳ לפי שבעין יש גידין ועורקי המוח ועי״ז מתפעל במוחו7 ומשם יורד ג״כ ע״י גידים ועורקים ללב ועדיין הוא רוחני חמדת הלב
Car nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « L’œil et le cœur sont les deux agents du péché », car « l’œil voit et le cœur convoite », etc. En effet, l’œil comporte des tendons et des veines du cerveau ; par là, celui-ci est affecté, puis l’impression descend de là, également par des tendons et des veines, jusqu’au cœur ; mais le désir du cœur demeure encore spirituel.
Pour montrer comment la voix relie, le maamar retrace le cheminement d’un désir depuis son origine. Les Sages appellent l’œil et le cœur « les deux agents du péché », car l’œil voit et le cœur convoite : par les canaux de l’œil, le cerveau est affecté, puis l’impression passe de là au cœur, où le désir est encore spirituel.
ואח״כ מהבל הלב יורד ע״י קנה הלב לקנה הריאה ולריאה ומשם מתחלק ההבל ויוצא דרך ה׳ מוצאות הפה להיות בגילוי בדבור גשמי
Ensuite, à partir du souffle du cœur, il descend par le conduit du cœur vers la trachée des poumons et les poumons ; de là, le souffle se divise et sort par les cinq points d’articulation de la bouche, pour se manifester dans une parole physique.
Puis le souffle du cœur passe par la trachée et les poumons, et se divise entre les cinq points d’articulation de la bouche, devenant une parole physique. Le désir intérieur et spirituel est ainsi devenu une réalité physique et audible.
ונמצא שהקול הוא מחבר גשמית ברוחנית וגם הנה בקול עצמו יש ג׳ בחינות אש ומים שהם ב׳ הפכים ובחינת רוח הוא המחברם.
Il en ressort que la voix relie le physique au spirituel. De plus, la voix elle-même comporte trois aspects : le feu et l’eau, qui sont deux opposés, et l’aspect de l’air (roua'h), qui les unit.
La voix est donc le pont entre le physique et le spirituel. Elle comporte elle-même trois éléments : le feu et l’eau, qui sont opposés, et l’air (roua'h), qui les unit ; cet élément médian, qui relie les deux, est la qualité de Yaakov, comme le montre le paragraphe suivant.
Le paragraphe interprète le verset d’Isaïe comme l’enracinement de Yaakov conduisant à l’éclosion de Yisrael, et présente Yaakov comme le niveau de liaison à travers la voix, qui fait passer le spirituel dans le physique et unit elle-même des opposés.
La note de Kehot cite Or HaTorah, qui observe que la formulation du verset « après ton cœur et après tes yeux » laisse entendre que le processus commence dans le cœur, à l’inverse de l’ordre retracé ici, de l’œil au cerveau puis au cœur.
Maré mekomot
- 1הבאים ישרש יעקב יציץ ופרח ישראל · Isaiah 27:6
- 2ישראל לי ראש · נסמן לעיל נ, ד.
- 3הקל קול יעקב · Genesis 27:22
- 4עינא ולבא תרין סרסורי דחטאה · ירושלמי ברכות א, ה. מאמרי אדה״א שמות ח״א ע׳ כ.
- 5עינא ולבא תרין סרסורי דחטאה · Jerusalem Talmud Berakhot 1:5
- 6העין רואה והלב חומד · Rashi on Numbers 15:39
- 7ועי״ז מתפעל במוחו · ע׳ באוה״ת פ׳ עקב ע׳ תרכא ”ובאמת לשון הפסוק אחרי לבבכם ואחרי עיניכם משמע שההתחלה מן הלב”, ע״ש.
Et telle est [la signification de] « Les prières furent instituées par les Patriarches », etc., et Yaakov comprend les deux en lui, etc. C’est comme dans l’exemple d’un maître qui transmet à son élève : lorsqu’il lui transmet le concept
Le Talmud dit que les Patriarches instituèrent les prières et que Yaakov, le troisième, réunit les qualités d’Avraham et d’Yits’hak. L’exemple montre pourquoi un niveau médian, qui les réunit, est nécessaire : un maître transmet une idée à son élève.
כמו שהוא אצלו לא יבין התלמיד כלל. וכן אם ימנע מלהשפיע. ולכך מוכרח להיות בחי׳ ממוצע הכלול משניהם.
tel qu’il est dans son propre esprit, l’élève ne comprendra absolument rien ; de même, s’il s’abstient de transmettre. Il faut donc nécessairement un niveau intermédiaire qui comprenne les deux en lui.
Si le maître transmet l’idée telle qu’elle se présente dans son propre esprit, l’élève ne comprendra rien ; s’il la retient, l’élève ne reçoit rien non plus. Il faut un niveau intermédiaire qui réunisse le don et la retenue.
Et telle est [la signification de] « Tu donneras la vérité à Yaakov », et « il n’est de vérité que la Torah » : car la Torah aussi est ainsi ; elle comporte des mitsvot selon le mode des élévations et selon celui des prolongements vers le bas.
Il s’agit de « Tu donneras la vérité à Yaakov » : la vérité, c’est la Torah, et la Torah possède elle aussi la qualité de Yaakov. Elle réunit les deux directions : elle comporte des mitsvot selon le mode des « élévations », qui élèvent ce qui vient d’en bas, et selon celui des « prolongements vers le bas », qui font descendre la lumière d’En Haut.
Et telle est [la signification de] « Ainsi parle D.ieu, ton Créateur, Yaakov », etc. : Yaakov, « Il t’a créé » ; Israël, « Il t’a formé », etc. Car il est écrit : « Celui qui forme la lumière et crée les ténèbres », etc.
Le verset d’Isaïe, « Ainsi parle D.ieu, ton Créateur, Yaakov, et Celui qui t’a formé, Israël », associe Yaakov à la création et Israël à la formation. Un autre verset, « Celui qui forme la lumière et crée les ténèbres », relie la formation à la lumière et la création aux ténèbres, comme l’explique le paragraphe suivant.
Le paragraphe présente Yaakov comme le niveau médian qui réunit les opposés, à l’image de l’enseignement mesuré d’un maître et des mitsvot de la Torah qui élèvent et de celles qui font descendre. Il associe aussi Yaakov à la « création » et Israël à la « formation ».
Maré mekomot
- 1תפלות אבות תקנום · Berakhot 26b:4–5
- 2תתן אמת ליעקב · Micah 7:20
- 3ואין אמת אלא תורה · ראה ירושלמי ר״ה פ״ג ה״ח.
- 4ואין אמת אלא תורה · Jerusalem Talmud Rosh Hashanah 3:9
- 5כה אמר ה׳ בוראך יעקב · Isaiah 43:1
- 6יוצר אור ובורא חשך · Isaiah 45:7
22והנה ידוע שבכל דבר יש חומר וצורה1 שהחומר הוא עצם הדבר כמו שהוא הוא בחי׳ יעקב יו״ד עקב סדר השתלשלות הבריאה יש מאין.
Or, il est connu qu’en toute chose il y a matière et forme. La matière est l’essence de la chose telle qu’elle est ; elle est le niveau de Yaakov, youd-akev, l’ordre de l’enchaînement descendant des mondes (hichtalchelout) de la création ex nihilo.
Toute chose créée possède matière et forme. La matière, l’existence nue de la chose, correspond à Yaakov, youd-akev, qui descend jusqu’au talon : elle relève de l’œuvre de la création ex nihilo.
והצורה שהוא גילוי האור הוא בחינת ישראל ל״י רא״ש2 וכמשל האבוקה הגדולה שמאירה למרחוק ביותר.
La forme, qui est la révélation de la lumière, est le niveau de Yisrael, li roch (« une tête pour Moi »), comme dans l’image d’une grande torche qui éclaire très loin.
La forme, révélation de la lumière dans la chose, correspond à Yisrael, li roch, la tête. Elle est comme une grande torche dont la lumière porte loin.
וזהו מאמר רז״ל כל שיראת חטאו קודמת לחכמתו3 חכמתו מתקיימת4 שע״י יראת חטאו שהוא בחי׳ אתכפיא בחי׳ ארץ חפץ. הנה ע״י זה חכמתו מתקיימת שהוא בחי׳ גילוי כו׳ וד״ל:
C’est là le sens de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Quiconque fait précéder sa sagesse par la crainte de la faute, sa sagesse se maintient. » Par sa crainte de la faute, qui est le niveau de l’itkafia (soumission), le niveau de « terre de désir », sa sagesse se maintient : elle est le niveau de la révélation, etc. Cela suffit à qui comprend.
Cela explique la Michna : « Quiconque fait précéder sa sagesse par la crainte de la faute, sa sagesse se maintient. » La crainte de la faute est l’itkafia, l’annulation de soi (bitoul) de la « terre de désir », la terre où les graines poussent ; lorsqu’elle précède, la sagesse, lumière révélée, peut se maintenir.
Le paragraphe conclut en associant la matière et la forme à Yaakov et Yisrael, puis applique cette idée à la Michna : la crainte de la faute, l’annulation de soi de la « terre de désir », est le sol où la sagesse, lumière révélée, peut se maintenir.
Maré mekomot
- 1שבכל דבר יש חומר וצורה · ראה לעיל מא, ד.
- 2ישראל לי ראש · נסמן לעיל נ, ד.
- 3כל שיראת חטאו קודמת לחכמתו · אבות פ״ג מ״ט.
- 4כל שיראת חטאו קודמת לחכמתו חכמתו מתקיימת · Pirkei Avot 3:9
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Le maamar tire son enseignement de la Michna : « Quiconque fait précéder sa sagesse par la crainte de la faute, sa sagesse perdure. » L’homme se fait d’abord « une terre de désir » par l’iskafya, en se retenant même dans ce qui est permis ; alors les graines de la Torah et des mitsvot prennent racine en lui et leur plaisir caché se révèle. L’étude de la Torah doit être véritablement assimilée, « son étude dans sa main ». Et la prière a besoin d’une lumière d’En-Haut : l’amour exprimé dans le Chema croît à partir de la méditation sur les louanges de D.ieu dans les Pesoukei deZimra.
Questions à discuter
- Pourquoi l’élévation de « quelque chose » au « néant » est-elle un prodige plus grand que la descente du « néant » à « quelque chose » ?
- En quel sens les mitsvot ressemblent-elles à une graine sans goût, et qu’est-ce qui fait germer leur plaisir caché ?
- En quoi l’iskafya dans les domaines permis diffère-t-elle de l’évitement d’une faute manifeste, et pourquoi est-elle appelée l’annulation de l’existence dans le néant ?
- Quelle est la différence entre un makif qui rayonne dans l’intériorité et le makif général, et comment la prière en minyan l’illustre-t-elle ?
- Comment ces deux affirmations peuvent-elles être vraies : Israël est supérieur à la Torah, et la Torah est supérieure à Israël ?