Torah Ohr · Parshas Shemos · Maamar 6
הבאים ישרש יעקב יציץ ופרח ישראל
Ceux qui vinrent, Yaakov prendra racine
L’idée centrale
Les mitsvot sont des semences : la volonté de D.ieu, enfouie dans des actes matériels et dans le sol d’Israël, grandit jusqu’à devenir une révélation de Sa lumière cachée et infinie, que nulle compréhension, même au Gan Eden, ne pourrait atteindre. L’Égypte et chaque exil sont la semaille qui précède l’éclosion.
Le maamar en bref
Le maamar demande pourquoi Isaïe qualifie la descente en Égypte de « prise de racine », et pourquoi un Midrach attribue la « création » à Yaakov et la « formation », moindre, au nom supérieur de Yisrael. La réponse commence par les mitsvot, que le Zohar appelle des vêtements, la Guemara des fruits et l’Écriture des semailles. Le désir de D.ieu d’avoir une demeure dans les mondes inférieurs s’explique par Sa lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), présente en toute chose mais cachée : les bénédictions, et surtout les mitsvot matérielles, la font apparaître au grand jour. Comme une semence sans goût qui ne donne des fruits que dans un sol fertile, les tefillin posés sur du parchemin ne révèlent la divinité que lorsqu’un Juif les met, car Israël, le plus « séparé » des êtres, dont le bitoul révèle la royauté de D.ieu, est la « terre de désir ». Yaakov (youd-akev, le youd dans le talon) désigne la Torah et les mitsvot qui prennent racine ici-bas ; Yisrael est l’éclosion. La prière, qui commence dans l’amertume et s’unit à la joie par la compassion de Yaakov, fait descendre cette révélation. L’amertume de l’Égypte prépara Israël au Sinaï, et l’exil actuel prépare à la Torah intérieure des temps à venir. La « création » est la matière plantée ici-bas ; la « formation », la forme qui en croît.
Plan
- Les questionsPourquoi l’entrée en Égypte est-elle une « prise de racine », et pourquoi la « création » est-elle attribuée à Yaakov et la « formation » au Yisrael supérieur ? Les âmes descendent pour accomplir les mitsvot, et le monde fut créé pour Israël, « les prémices de Sa récolte ».¶1–2
- Les mitsvot comme vêtements, fruits et semaillesLe Zohar appelle les mitsvot des vêtements pour l’âme, la Guemara les appelle des fruits, et les versets parlent de semailles ; le désir de D.ieu d’avoir une demeure ici-bas est la clé.¶3–5
- Deux lumières et les cent bénédictionsMemalé kol almin donne la vie de manière manifeste ; sovev kol almin est présent mais caché. Les bénédictions (baroukh, de breikha, un bassin) font apparaître cette lumière, et seul Israël peut accomplir cela.¶6–8
- L’analogie des semaillesLes mitsvot matérielles sont comme une semence sans goût qui devient un fruit ; les tefillin ne révèlent la divinité que lorsqu’un Juif les porte, car Israël est la « terre de désir ».¶9–11
- La royauté et la crainte de la fiancéeL’Ein Sof n’est pas modifié par la création ; les mondes existent par la royauté, qui se révèle surtout lorsque des êtres distincts s’annulent. La crainte d’Israël, semblable à celle d’une fiancée, devient lumière.¶12–13
- Yaakov prend racine, Yisrael s’épanouitYaakov (youd-akev) est la volonté de D.ieu plantée ici-bas dans les mitsvot, la tsedaka et la Torah assimilée ; Yisrael est la révélation sans limites qui en croît, au-dessus même des « eaux » du Gan Eden.¶14–19
- La prière : amertume, joie et compassionLa prière fait descendre cette révélation ; elle commence par l’amertume face à son éloignement et par la joie du lien de l’âme avec D.ieu, unies par la compassion de Yaakov, la barre médiane.¶20–23
- L’Égypte, l’exil et la réponseL’Égypte prépara au Sinaï et l’exil prépare à la Torah intérieure à venir ; la « création » est la matière plantée ici-bas (Yaakov), la « formation » est la forme qui en croît (Yisrael), et la crainte doit venir en premier.¶24–25
Notions clés
- Les semailles (zeria)זריעה
- L’image centrale du maamar pour les mitsvot : la volonté de D.ieu, plantée dans des actes matériels, donne naissance à une révélation bien supérieure à l’acte lui-même, comme une semence sans goût donne des fruits.
- Memalé kol almin et sovev kol alminממלא כל עלמין וסובב כל עלמין
- La lumière qui donne ouvertement la vie à chaque créature, et la lumière infinie présente en toute chose mais cachée ; les mitsvot font apparaître la lumière cachée.
- Baroukh comme breikhaברוך — בריכה
- Une bénédiction est comme un bassin dont les eaux cachées s’écoulent vers l’extérieur : elle fait passer la lumière de D.ieu de la dissimulation à la révélation.
- Une terre de désirארץ חפץ
- Israël comme le sol où les mitsvot poussent ; le même acte ne produit aucune révélation sans lui.
- Pas de roi sans peupleאין מלך בלא עם
- La royauté de D.ieu requiert des êtres qui se sentent distincts (am, de omemot) ; elle se révèle surtout lorsque ces êtres s’annulent devant Lui.
- Yaakov : youd-akevיעקב — יו״ד עקב
- Le youd, la volonté céleste de D.ieu, qui descend dans le « talon », le monde matériel, par la Torah et les mitsvot.
- Yisrael : li rochישראל — לי ראש
- L’éclosion révélée, « une tête pour Moi », qui croît à partir de ce que Yaakov a planté.
- Matière et formeחומר וצורה
- La « création » désigne ici l’apparition de la matière ici-bas (Yaakov) ; la « formation » désigne la forme et la révélation qui en croissent (Yisrael).
Les questions ¶1–2
1הבאים ישרש1 יעקב234 יציץ ופרח ישראל. הנה צ״ל השייכות5 בחי׳ השרשה לביאת מצרים. הנה כתיב כה אמר6 ה׳ בוראך יעקב ויוצרך ישראל כו׳.
« Ceux qui sont venus, Yaakov prendra racine ; Yisrael bourgeonnera et fleurira. » Il faut maintenant comprendre en quoi l’aspect de la prise de racine est lié à la venue en Égypte. Il est écrit : « Ainsi parle D.ieu, qui t’a créé, Yaakov, et qui t’a formé, Yisrael », etc.
Le maamar s’ouvre sur un verset d’Isaïe qui, selon l’interprétation de Rachi, parle de ceux qui sont descendus en Égypte : là, Yaakov a pris racine, et Yisrael a bourgeonné et fleuri pour devenir un peuple. L’Alter Rebbe demande pourquoi la venue en Égypte est qualifiée de « prise de racine », puis cite un second verset qui associe les noms Yaakov et Yisrael à la création et à la formation.
Le Saint béni soit-Il dit au monde : « Qui t’a créé ? Yaakov t’a créé, et Yisrael t’a formé », comme il est dit : « Ton Créateur, c’est Yaakov, et ton Formateur, c’est Yisrael. »
Un Midrach interprète les paroles d’Isaïe non pas comme signifiant que D.ieu a créé Yaakov, mais que Yaakov a créé le monde : D.ieu dit au monde qu’il a été créé par Yaakov et formé par Yisrael. Selon cette lecture, Yaakov est le « Créateur » du monde et Yisrael son « Formateur ».
Ce paragraphe pose les deux questions du maamar : en quoi la descente en Égypte constitue-t-elle une « prise de racine », et que signifie le Midrach lorsqu’il appelle Yaakov le créateur du monde et Yisrael son formateur ?
Le verset d’ouverture inaugure la haftara de la paracha de Chemot selon les usages ashkénaze et ‘Habad ; un maamar de 5739 cité dans la note de Kehot explique que la paracha relate la descente effective en Égypte, tandis que la haftara révèle que c’est précisément par elle que « Yisrael bourgeonnera et fleurira ». Les notes mentionnent également deux autres transcriptions de ce maamar, ainsi que des maamarim ultérieurs qui s’appuient sur lui, du Mitteler Rebbe et du Tsemach Tsedek.
Maré mekomot
- 1הבאים ישרש · הפטרת פ׳ שמות ע״פ מנהג אשכנז, וכ״ה מנהג חב״ד. ”מה שפסוק זה הוא בההפטרה דפ׳ שמות, דכללות ענין פרשה זו הוא ענין הבאים מצרימה כפשוטו גלות מצרים וע״ז מגלה ההפטרה שעי״ז דוקא יהי׳ יציץ ופרח ישראל” — ד״ה הבאים תשל״ט. ד״ה זה נזכר בלקו״ת אחרי כו, ב.
- 2הבאים ישרש יעקב · ב׳ הנחות אחרות במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ פג. וע׳ צד. ובתוס׳ הגהות וביאורים באוה״ת שמות כרך א ע׳ עז. כרך ז ע׳ ב׳תקלב. ב׳תקלט. הנחה אחרת מהמאמר ובהגהות אחרות בכרך ח ע׳ ב׳תתנד. קיצורים נדפסו שם ע׳ ב׳תתסב. וראה גם ד״ה זה בסה״מ הנחות תרט״ו מהצ״צ ע׳ נד. ובמ״מ לשם. וע׳ קפז. נזכר בלקו״ת אחרי כו, ב. ראה לעיל בציונים לכ״ק אדמו״ר זי״ע. ראה ד״ה זה במאמרי אדה״א שמות כרך א ע׳ א שמיוסד על מאמר זה. במאמרי אדמו״ר הצ״צ הנחות תרי״ד-תרט״ו ע׳ נד מיוסד על מאמר זה. חלק מהמאמר בד״ה קדש ישראל תרמ״א ע׳ יח. לד״ה זה ראה הבאים ישרש תשל״ח. תשל״ט. תשמ״ג. תשמ״ח (נדפס בסה״מ מלוקט ח״ד ע׳ קכה ואילך). פלח הרמון שמות ע׳ כא.
- 3הבאים ישרש יעקב · Isaiah 27:6
- 4הבאים ישרש יעקב · Rashi on Isaiah 27:6
- 5צ״ל השייכות · ראה ד״ה הבאים תש״ל, תשל״ט ותשמ״ז.
- 6כה אמר ה׳ בוראך יעקב · Isaiah 43:1
- 7אמר הקב״ה לעולם מי בראך יעקב בראך · במ״ר פ׳ בחוקותי פט״ו גבי ד״א וזכרתי את בריתי יעקב. — אוה״ת שמות ע׳ עח. וראה ילקוט שמעוני לנ״ך רמז תנב.
- 8מי בראך יעקב בראך וישראל יצרך · Vayikra Rabbah 36:4
Et il faut comprendre pourquoi le terme « création » est employé à propos de Yaakov, tandis que le terme « formation » est employé à propos de Yisrael. Le niveau de Yisrael n’est-il pas supérieur à celui de Yaakov, etc. ?
Béria, la « création », est un niveau supérieur à Yetsira, la « formation », et Yisrael est le nom plus élevé, donné à Yaakov après sa victoire. On s’attendrait donc à ce que le terme supérieur soit associé à Yisrael ; pourtant, le verset attribue la « création » à Yaakov.
הנה ידוע שיריד׳ הנשמה לעוה״ז הוא בשביל היום לעשותם.2 ותכלית בריאת העולמות נאמר בראשית בשביל ישראל3 שנקראו ראשי׳ כמ״ש קדש ישראל לה׳4 ראשית תבואתה.5
Or, on sait que la descente de l’âme dans ce monde-ci a pour but de « les accomplir aujourd’hui ». Quant au dessein de la création des mondes, il est exprimé par le mot « Beréchit » (« au commencement ») : c’est pour Israël, qui est appelé « réchit » (« le premier »), comme il est écrit : « Israël est consacré à D.ieu, le premier de Ses produits. »
La réponse commence par un principe connu : l’âme descend dans ce monde afin d’accomplir les mitsvot, « aujourd’hui, de les accomplir ». Le Midrach interprète le premier mot de la Torah, Beréchit, comme signifiant « pour réchit », c’est-à-dire pour Israël, que Jérémie appelle « le premier (réchit) de Ses produits ».
Le paragraphe précise la question : pourquoi le terme inférieur est-il attribué au nom supérieur ? Il pose ensuite les bases de la réponse : les âmes descendent dans le monde pour accomplir les mitsvot, et le monde a été créé pour Israël, « le premier de Ses produits ».
Une transcription parallèle citée dans la note de Kehot formule la question en termes kabbalistiques : Béria correspond à 'Hokhma, Bina et Daat, le niveau de Yisrael (dont les lettres forment li roch, « une tête pour Moi »), tandis que Yetsira correspond aux attributs émotionnels et à Tiferet, le niveau de Yaakov.
Maré mekomot
- 1והלא בחי׳ ישראל הוא גדול מבחי׳ יעקב כו׳ · ”וכמובן גם מפשטות הענינים דהשם יעקב הוא ע״ש וידו אוחזת בעקב עשו [תולדות כה, כו] משא״כ ישראל הוא ע״ש כי שרית עם אלקים ועם אנשים ותוכל [וישלח לב, כט] ובפרט ע״פ הרמזים שבשמות אלו דיעקב הוא אותיות יו״ד עקב וישראל אותיות לי ראש” — ד״ה הבאים תשל״ט (מהנחה בלתי מוגה).
- 2היום לעשותם · Deuteronomy 7:11
- 3בראשית בשביל ישראל · Bereshit Rabbah 1:4
- 4קדש ישראל לה׳ · Jeremiah 2:3
- 5במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ צד · ”הלא מדריגות ישראל גבוה ממדריגות יעקב וכמ״ש לא יעקב יקרא עוד שמך כ״א ישראל והל״ל בחי׳ בריאה לישראל ויצירה ליעקב (כידוע דהבריאה בבחי׳ חב״ד והוא בחי׳ ישראל לי ראש והיצירה בבחי׳ חג״ת שהוא בבחי׳ יעקב בחי׳ הת״ת)”. ראה בספר הליקוטים ממאמרי הצ״צ ערך יעקב ע׳ א׳ק.
Les mitsvot comme vêtements, fruits et semailles ¶3–5
3ולהבין מהו השייכות לישראל1 להיו׳ ראשית תבואת׳ וגם מה הוא ענין התבואה למעלה כו׳. הנה על המצות נאמר בזהר
Pour comprendre quel lien Israël entretient avec le fait d’être « le premier de Sa récolte », et aussi ce qu’est la « récolte » dans les mondes supérieurs, etc. : voici ce qui est dit dans le Zohar au sujet des mitsvot…
Si Israël est le « premier » de la récolte de D.ieu, quelque chose doit pousser ; l’Admour Hazaken demande donc quelle est cette « récolte » spirituelle. Il commence par un enseignement du Zohar concernant les mitsvot.
שהם בחי׳ לבושין2 שכ״א3 מישראל צריך לקיים כל התרי״ג מצות לבד מצות המלך4 שהמלך הוא מוציא כל ישראל וכל המצות מחוייב5 כ״א לקיים
elles sont l’aspect de vêtements (levouchim), [et] chaque Juif doit accomplir les 613 mitsvot, à l’exception des mitsvot du roi, car le roi acquitte [de leur obligation] tout Israël ; mais chacun est tenu d’accomplir toutes [les autres] mitsvot.
Le Zohar appelle les mitsvot des vêtements pour l’âme. Puisque chaque mitsva forme un vêtement, chaque Juif est tenu d’accomplir les 613 mitsvot, à l’exception de celles qui ne s’appliquent qu’au roi, dont l’accomplissement vaut pour tout le peuple.
וצריך להיות בגלגול6 או בבחי׳ עיבור בכדי שיהיה לבוש מן כל התרי״ג מצות7 וכשחיסר8 מצוה אחת חיסר לבוש כו׳.
Il doit revenir par une réincarnation (gilgoul) ou sous la forme d’un ibbour (« imprégnation »), afin d’avoir un vêtement provenant de chacune des 613 mitsvot ; et lorsqu’il lui manque une mitsva, il lui manque un vêtement, etc.
Une âme qui ne les a pas toutes accomplies doit revenir, soit dans une nouvelle vie (gilgoul), soit en se joignant pour un temps à l’âme d’une autre personne (ibbour), afin que son vêtement soit complet. Une mitsva manquante signifie un vêtement manquant.
Les mitsvot sont présentées comme des vêtements pour l’âme, d’une importance telle que celle-ci doit revenir dans ce monde jusqu’à disposer d’un vêtement correspondant à chacune des 613 mitsvot.
La note de Kehot renvoie à Iggeres HaKodesh, épître 19, qui rapporte cet enseignement au nom de l’Ari Zal, ainsi qu’à Sefer HaGilgulim, ch. 4. Dans le manuscrit du Tséma’h Tsédek, la raison est précisée : une âme revient par gilgoul ou ibbour pour accomplir les mitsvot qui relèvent de la prêtrise, des Lévites, etc., afin que ses vêtements au Gan Eden soient complets.
Maré mekomot
- 1ולהבין מהו השייכות לישראל · ראה גם בלקו״ת פ׳ פנחס עט, ב.
- 2על המצות נאמר בזהר שהם בחי׳ לבושין · Zohar II, 211b
- 3לבושין שכ״א · בבוך 1113 גוכתי״ק הצ״צ: לבושים לנפש ולכן כל א׳ מישראל.
- 4לבד מצות המלך · ראה לקו״ש חי״ח ע׳ 192 הערה 52 בשולי העמוד.
- 5וכל המצות מחוייב · בגוכתי״ק הצ״צ: וכל התרי״ג מצות מחוייב.
- 6וצריך להיות בגלגול · ראה אגה״ק סי׳ יט (דף קכח, ב) בשם האריז״ל. ספר הגלגולים פ״ד. לקו״ת בהר מב, ב. בארוכה בלקו״ש חי״ח ע׳ 192 הערה 55. וראה בליקוט פי׳ לאגה״ק — חיטריק שם.
- 7שיהיה לבוש מן כל התרי״ג מצות · במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ צה: ”וגם שיש הרבה מצות שא״א שיקיים אדם כמו מצות כהונה בישראל או מצות רבים וכה״ג הנה הוא בא בכמה גלגולים. ויש להעיר שבגוכתי״ק הצ״צ אחר תי׳ ”התרי״ג מצות” נוסף: ואפילו להיות כהן או לוי ע״י גלגול”: לבד — ואח״כ העביר ע״ז קולמוס.
- 8בגלגול או בבחי׳ עיבור . . וכשחיסר · בגוכתי״ק הצ״צ: בבחינת גלגול או עיבור לקיים מצות התלויות בכהונה ולויה וכיוצא. וכ״ז הוא כדי להיות שלימות הלבושים לנפש בג״ע שיהי׳ לבוש מן כל התרי״ג מצות: וכשחיסר.
4וע״י מעשה המצות נעשה לבוש בג״ע התחתון וע״י כוונת המצות נעשה לבוש בגן עדן העליון
Par l’accomplissement des mitsvot se forme un vêtement dans le Gan Eden inférieur, et par l’intention (kavana) des mitsvot se forme un vêtement dans le Gan Eden supérieur.
Les vêtements proviennent des deux aspects d’une mitsva. L’acte matériel forme un vêtement dans le Gan Eden inférieur, et l’intention (kavana) qui l’anime forme un vêtement dans le Gan Eden supérieur.
ולכן בקש משה ליכנס לארץ1 לקיים המצות התלויין בה2 כו׳. ובגמ׳ המשילו מעשה המצות לפירות גבי עגלה ערופה כו׳ שלא הניחוהו לעשות פירות.3
C’est pourquoi Moché demanda à entrer dans le Pays, afin d’accomplir les mitsvot qui en dépendent, etc. Dans la Guemara, on a comparé l’accomplissement des mitsvot à des fruits, à propos de l’egla aroufa (la génisse dont on brise la nuque), etc. : [la victime,] à qui l’on n’a pas permis de produire des fruits.
Puisque chaque mitsva ajoute un vêtement, Moché supplia d’entrer dans le Pays d’Israël, où il pourrait accomplir les mitsvot qui ne s’appliquent que là-bas. La Guemara appelle aussi les mitsvot des « fruits » : la génisse amenée pour expier un meurtre non élucidé expie pour une victime à qui l’on n’a pas permis de « produire des fruits ».
Les mitsvot sont des vêtements pour l’âme dans les deux Gan Eden, et les Sages les appellent également des « fruits », ce qui conduit à la question de savoir en quoi consiste cette production.
La note de Kehot cite une transcription parallèle qui développe longuement l’analogie des semailles, ainsi que le Likkutei Torah sur Shir HaShirim, qui explique pourquoi les mitsvot sont comparées à des fruits poussant à partir d’une graine.
Maré mekomot
- 1ולכן ביקש משה ליכנס לארץ · באוה״ת פ׳ שמות ע׳ פ מציין ללקו״ת פ׳ שלח לו, ג.
- 2בקש משה ליכנס לארץ לקיים המצות התלויין בה · Sotah 14a:7–8
- 3ובגמרא המשילו · Sotah 46a:22
5ופריך בגמ׳ מאי פירות אילימא בנים א״ה זקן וסריס לא לבעי עגלה ערופה והתורה לא חילקה.
Et la Guemara demande : « Que sont les “fruits” ? Si vous dites qu’il s’agit des enfants, alors un vieillard ou un eunuque ne devrait pas avoir besoin d’une eglah aroufah » ; pourtant, la Torah n’a établi aucune distinction.
La Guemara examine le sens du terme « fruits » : s’il désignait les enfants, un vieillard ou un eunuque, qui ne pourrait plus avoir d’enfants, n’aurait pas besoin d’une telle expiation. Pourtant, la Torah ne fait aucune distinction entre les victimes.
אלא מאי פירות מצות1 כו׳. וכן בלשון הפסוק נאמר זרעו לכם לצדקה2 כו׳ אשריכם זורעי על כל מים3 כו׳ זורע צדקות45 כו׳
« Mais alors, que sont les “fruits” ? Les mitsvot », etc. De même, les Écritures emploient l’expression : « Semez pour vous-mêmes en vue de la justice (tsedaka) », etc. ; « Heureux ceux qui sèment près de toutes les eaux », etc. ; « Il sème des actes de justice (tsedakot) », etc.
La Guemara conclut que les « fruits » sont les mitsvot. Les Écritures et la liturgie emploient elles aussi l’image des semailles pour les bonnes actions : « Semez pour vous-mêmes en vue de la justice », « Heureux ceux qui sèment près de toutes les eaux » et, dans la bénédiction du matin, « Il sème des actes de justice ».
Ainsi, l’accomplissement des mitsvot est appelé « semailles ». Pour comprendre cela, nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné que le Saint béni soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs.
Les mitsvot sont donc désignées à la fois comme des fruits et comme des semailles. Pour expliquer pourquoi, l’Alter Rebbe se tourne vers le Midrach selon lequel D.ieu a désiré une demeure dans les mondes inférieurs, c’est-à-dire dans ce monde matériel.
À partir de la Guemara et de versets, l’Alter Rebbe montre que les mitsvot sont appelées à la fois fruits et semailles, puis introduit le désir de D.ieu d’avoir une demeure ici-bas comme clé pour l’expliquer.
La note du Kehot cite un manuscrit du Tséma’h Tsédek qui énumère trois appellations des mitsvot : vêtements, fruits et semailles des fruits. Likkutei Torah sur Haazinou ajoute que ces semailles ont lieu précisément lorsque l’âme divine est revêtue dans l’âme animale.
Maré mekomot
- 1אלא מאי פירות מצות · Sotah 46a:22
- 2זרעו לכם לצדקה · Hosea 10:12
- 3אשריכם זורעי על כל מים · Isaiah 32:20
- 4זורע צדקות · בברכת ק״ש.
- 5
- 6נק׳ מעשה מצות בשם זריעה · בלקו״ת האזינו עד, ג נתבאר שענין הזריעה הוא ע״י נפש הבהמית, ואין זה סותר למש״כ שכנס״י נק׳ ארץ חפץ דמ״מ זריעה זו היא דוקא בהיות הנפש האלקית מלובשת בנפש הבהמית ע״ש. וראה אוה״ת שמות כרך ח ע׳ ב׳תתנה ובהנסמן שם.
- 7שו״ה זריעה — ולהבין זאת · ”ענין ג׳ שמות של המצות היינו בחי׳ לבושים ובחי׳ פירי ובחי׳ זריעה של הפרי” — (מגוכתי״ק הצ״צ) אוה״ת כרך ח ע׳ ב׳תתנה.
- 8נתאוה הקב״ה להיות לו דירה בתחתונים · תנחומא נשא טז. ועייג״כ במדבר רבה יג, ו. — הערת כ״ק אדמו״ר זי״ע באוה״ת פ׳ שמות ע׳ פא. וראה תניא פרק לו ובליקוט פי׳ שם.
- 9נתאוה הקב״ה להיות לו דירה בתחתונים · Midrash Tanchuma, Nasso 16:1
- 10נתאוה הקב״ה להיות לו דירה בתחתונים · Bamidbar Rabbah 13:6
Deux lumières et les cent bénédictions ¶6–8
6והנה לכאורה אינו מובן ענין דירה זו דהלא לית אתר פנוי מיניה.12 וכתיב הלא את השמים3 ואת הארץ אני מלא כו׳.
Or, à première vue, cette notion de demeure n’est pas comprise, car « il n’est aucun lieu qui soit vide de Lui », et il est écrit : « Est-ce que Je ne remplis pas les cieux et la terre ? », etc.
S’il n’est aucun lieu qui soit vide de D.ieu et qu’Il remplit les cieux et la terre, il est difficile de comprendre ce que signifie pour Lui le fait d’acquérir une « demeure » ici-bas. Il est déjà partout.
אך הנה יש שני בחי׳ בחי׳ ממכ״ע ובחי׳ סוכ״ע. בחי׳ ממכ״ע נק׳ הבחי׳ המתלבש׳ בנבראים בגילוי להחיותם ואתה מחיה את כולם4 ע״י בחי׳ אתה אותיות כו׳.5
Mais il existe deux niveaux : celui de la lumière qui remplit tous les mondes (memalé kol almin) et celui de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin). Le niveau de memalé kol almin désigne l’aspect qui s’investit dans les êtres créés de façon révélée, pour leur donner la vie : « Et Toi (Atah), Tu leur donnes à tous la vie », par l’aspect de Atah, les lettres, etc.
La réponse distingue deux sortes de lumière divine. Memalé kol almin est la lumière qui pénètre manifestement chaque créature et lui donne la vie ; le verset « Toi (Atah), Tu leur donnes à tous la vie » est interprété à partir du mot Atah, les lettres de la parole par lesquelles D.ieu crée.
Pour répondre à la question de savoir comment D.ieu, qui remplit tout, peut « demeurer » ici-bas, le paragraphe introduit deux niveaux de lumière divine, en commençant par memalé kol almin, la lumière qui donne ouvertement la vie à chaque créature.
Une transcription parallèle citée dans la note de Kehot explique Atah comme alef à tav, les vingt-deux lettres, auxquelles s’ajoute le hé, les cinq points de la bouche où elles sont formées ; le vav de ve’Atah représente le déploiement de sovev vers memalé.
Maré mekomot
- 1לית אתר פנוי מיני׳ · Tikkunei Zohar, Tikkun 57 · 91b:6–92a:1
- 2לית אתר פנוי מיניה · Shemot Rabbah 2:5
- 3הלא את השמים · Jeremiah 23:24
- 4ואתה מחי׳ את כולם · Nehemiah 9:6
- 5ע״י בחי׳ אתה אותיות כו׳ · במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ צו: ”א״ת וה׳ מוצאות הפה והוי״ו דואת״ה הוא בחי׳ המשכות מן בחי׳ סובב לממלא כמ״ש כי ה׳ הוא אלקים כו׳, ובחי׳ סובב שהוא בחי׳ עצמות אוא״ס שלפני התפשטות אורו באבי״ע בבחי׳ קו כו׳” ע״ש.
7ובחי׳ סוכ״ע הוא ג״כ בכל הנבראים אך הוא בבחי׳ העלם שאינו מתלבש בבחי׳ גילוי כו׳. ולכן ארז״ל שחייב אדם לברך מאה ברכות בכל יום.1 להמשיך מההעלם אל הגילוי.
Le niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin) se trouve également dans tous les êtres créés, mais à l’état caché, sans s’y revêtir de manière révélée, etc. C’est pourquoi nos Sages, de mémoire bénie, ont dit qu’une personne est tenue de réciter chaque jour cent bénédictions : afin de faire descendre du caché vers le révélé.
Le sovev kol almin est également présent dans chaque créature, mais il demeure caché et ne s’y revêt pas ouvertement. L’obligation imposée par les Sages de réciter cent bénédictions par jour sert à faire passer cette lumière cachée à l’état révélé.
Le second niveau, le sovev kol almin, est présent mais caché, et les cent bénédictions quotidiennes visent à le faire apparaître.
Un maamar antérieur de Torah Ohr, cité dans la note de Kehot, explique pourquoi le nombre est précisément cent : les bénédictions font descendre le sovev vers le memalé par l’intermédiaire de Kéter, l’intermédiaire, depuis les dix Séfirot d’Arikh Anpin, chacune composée de dix.
Maré mekomot
- 1שחייב אדם לברך מאה ברכות בכל יום · Menachot 43b:15–17
8וזהו בחי׳ ברוך בחי׳ בריכה123 שהיא מההעלם אל הגילוי ולהיות הבריכה מבחי׳ העלם להיות הוי׳ בבחי׳ גלוי שהוא אותיות הוי״ה יו״ד צמצום4 ה׳ התפשטות כו׳.
Et telle est la qualité de baroukh (« béni »), la qualité de breikha (un bassin), qui fait passer de la dissimulation à la révélation. Le bassin procède du niveau de dissimulation, afin que Havaya soit révélé ; ce sont les lettres de Havaya : le youd représente le tsimtsoum (contraction), et le hé, l’expansion, etc.
Baroukh, « béni », se lit comme breikha, un bassin où l’eau est rassemblée et amenée au-dehors. De même, une bénédiction fait passer ce qui est caché à l’état révélé, afin que le Nom Havaya soit révélé : son youd représente la contraction, et son hé, l’expansion.
Mais le passage de la dissimulation à la révélation s’opère précisément par Israël, comme il est écrit : « Maison d’Israël, bénissez D.ieu. »
Israël seul peut faire passer cette lumière cachée à l’état révélé. C’est pourquoi le verset appelle précisément la « Maison d’Israël » à bénir D.ieu.
והיינו לפי שיש בכאו״א מישראל בכח למסור נפשו7 כו׳ ולכן נאמר דוקא בית ישראל ברכו כו׳
C’est parce qu’en chaque Juif réside le potentiel de donner son âme, etc. C’est pourquoi il est dit précisément : « Maison d’Israël, bénissez », etc.
Leur force vient du potentiel présent en chaque Juif de donner sa vie même pour D.ieu. En raison de cette capacité cachée, c’est la Maison d’Israël qui est appelée à « bénir ».
וזהו אלקינו דוקא וימי שנותינו שבעים שנה8 כל שנה שס״ה ימים הכל הוא בכדי להמשיך ע״י מאה ברכות הנ״ל מההעלם אל הגלוי ולעתיד יהיה תכלית הגלוי כי עין בעין יראו9 כו׳:
Et c’est précisément cela, « notre D.ieu » (Elokeinou). « Les jours de nos années sont de soixante-dix ans » et chaque année compte 365 jours : tout cela a pour but de faire passer, par les cent bénédictions mentionnées plus haut, de la dissimulation à la révélation. Dans les temps à venir, la révélation sera complète, car « œil à œil, ils verront », etc.
De même, la bénédiction dit précisément « notre D.ieu » (Elokeinou) : ce passage à l’état révélé s’opère par Israël. Une vie de soixante-dix ans, dont chaque année compte 365 jours, a pour but de faire passer de la dissimulation à la révélation au moyen des cent bénédictions quotidiennes, jusqu’à la révélation complète des temps à venir, lorsque « œil à œil, ils verront ».
Une bénédiction — baroukh, rapproché de breikha, un bassin — fait passer la lumière cachée à l’état révélé. Cette tâche revient à Israël seul ; elle prend sa source dans le potentiel de chaque Juif de se sacrifier et donne son sens à chaque jour d’une vie, jusqu’à la révélation complète des temps à venir.
Likkutei Torah (Eikev) cite ce maamar à propos de l’interprétation de baroukh comme breikha, et ajoute que Rabbenou Ba’hya dit la même chose ; il conclut que « béni » peut alors même s’appliquer à sovev kol almin, lorsqu’il passe de la dissimulation à la révélation. Or HaTorah rattache le potentiel de sacrifice de soi à la racine de l’âme, son « mazal » d’en haut, car Israël « s’éleva dans la pensée ».
Maré mekomot
- 1ברוך בחי׳ בריכה · ”מקום ריכוז של מים” — ע״פ ישעי׳ כב פסוק ט. יא. וראה גם בלקו״ת עקב טז, ב. מציין לכאן ומוסיף ”וכ״כ הבחיי פ׳ עקב”.
- 2בחי׳ בריכה · Isaiah 22:9
- 3בחי׳ בריכה · Isaiah 22:11
- 4יו״ד צמצום ה׳ התפשטות · ראה אגה״ת פ״ד.
- 5ע״י ישראל · באוה״ת שמות ע׳ פג: ע״י הנשמות.
- 6בית ישראל ברכו את ה׳ · Psalms 135:19
- 7שיש בכאו״א מישראל בכח למסור נפשו · ”שזהו מצד שרש נשמתו בחי׳ מזלי׳ חזי שישראל עלו במחשבה” — אוה״ת כרך ח ע׳ ב׳תתנו.
- 8וימי שנותינו שבעים שנה · Psalms 90:10
- 9כי עין בעין יראו · Isaiah 52:8
L’analogie des semailles ¶9–11
9והנה המאה ברכות הנ״ל הוא בדבור אך ע״י מה יהיה ההמשכה מההעלם אל הגלוי הנה הוא ע״י מעשה המצות1 וכמשל הזריעה שרוב מיני זריעה הוא זרעוני גינה שאינן נאכלין
Or, les cent bénédictions mentionnées plus haut relèvent de la parole. Mais par quoi la descente du caché vers le révélé s’opérera-t-elle ? Par l’accomplissement des mitsvot, comme dans l’analogie de l’ensemencement. En effet, la plupart des semences sont des graines de jardin, qui ne se mangent pas :
Les cent bénédictions sont des paroles. La descente plus complète du caché vers le révélé s’opère par l’accomplissement concret des mitsvot, que l’Alter Rebbe explique à l’aide de l’analogie de l’ensemencement : la plupart des graines semées sont des graines de jardin que personne ne mange.
שהוא רק גרעין שאין בו שום טעם מאכל וכשנזרע הגרעין בארץ ומתלבש בו כח הצומח שבארץ נצמח מזה פרי מאכל הגם שלא היה עצם הגרעין בחי׳ מאכל כלל.
il ne s’agit que d’un noyau, qui n’a absolument aucun goût d’aliment. Pourtant, lorsque le noyau est semé dans la terre et que la force de croissance de la terre s’habille en lui, il en pousse un fruit comestible, bien que le noyau lui-même n’ait aucunement été de la nature d’un aliment.
Une telle semence est un noyau sans goût ; pourtant, une fois enfouie dans la terre, la force de croissance de la terre pénètre en elle et il en pousse un fruit comestible. Ce qui apparaît est d’une nature différente de celle de la semence elle-même.
La parole ne fait descendre la lumière que jusqu’à un certain point ; l’acte concret d’une mitsva est comme une graine sans goût qui, enfouie dans la terre, fait pousser un fruit comestible qu’elle n’a jamais contenu.
Maré mekomot
- 1והנה המאה ברכות . . ע״י מעשה המצות · ראה באוה״ת כרך ח ע׳ ב׳תתנו שיש הפרש בין ברכו לקדושה ובע׳ ב׳תתסג. ובאוה״ת בראשית פ׳ ויחי תתשכה, א.
10וגם זרעוני תבואה הנאכלין אעפ״כ ע״י הזריעה נתוסף התבואה כהנה וכהנה וכו׳. וכמו״כ הוא מעשה המצות שירדו ונתלבשו בדברים גשמיים
Et même les graines de céréales, qui sont consommées, voient néanmoins leur récolte se multiplier de nombreuses fois grâce aux semailles, etc. Il en va de même de l’accomplissement des mitsvot, qui sont descendues et se sont revêtues de choses matérielles,
Même les graines qui sont elles-mêmes des aliments, comme les céréales, se multiplient de nombreuses fois lorsqu’on les sème. De même, les mitsvot sont descendues et se sont revêtues de choses matérielles.
כמו תפלין על קלף גשמי וציצית מצמר גשמי וכדומה בשאר המצות וכשאיש ישראל מניח אותם1 על ראשו נתהוה בחי׳ גלוי אלקותו קדש בחכמה והיה כי יביאך בבינה כו׳ וכמאמר הזוהר2 טלית3 פריסו דמלכא כו׳.
comme les téfilines, écrites sur un parchemin matériel, et les tsitsit, faits de laine matérielle, et ainsi de suite pour les autres mitsvot. Lorsqu’un Juif les pose sur sa tête, il advient une révélation de la divinité de D.ieu : « Sanctifie » (Kadech), en 'Hokhma, et « Et lorsque [D.ieu] te fera entrer » (Vehaya ki yevia’ha), en Bina, etc. Comme le dit le Zohar : « Le talit est le déploiement du Roi », etc.
Les téfilines sont écrites sur du parchemin et les tsitsit sont faits de laine, des matières physiques ordinaires. Pourtant, lorsqu’un Juif met les téfilines, la divinité se révèle : les deux premiers passages qu’elles contiennent, « Sanctifie » et « Et lorsque [D.ieu] te fera entrer », correspondent à 'Hokhma et à Bina, et le Zohar appelle le talit le déploiement du Roi.
Comme la graine dans la terre, les mitsvot sont revêtues d’objets physiques, tels que le parchemin et la laine ; par leur intermédiaire, se développe une révélation de la divinité de D.ieu qui dépasse de beaucoup les matériaux eux-mêmes.
Or HaTorah, cité dans la note de Kehot, souligne davantage ce point : comment des téfilines faites de parchemin et d’encre matériels peuvent-elles attirer la Lumière infinie dans 'Hokhma et Bina supérieures, qui dépassent toute sagesse connue ? La réponse tient à la graine, qui n’a pas de goût et qui pourtant donne de beaux fruits ; c’est là le sens de : « Semez pour vous-mêmes selon la justice. »
Maré mekomot
- 1וכשאיש ישראל מניח אותם · ראה דרך מצותיך קסח, א. אוה״ת ויקרא כרך ג ע׳ תתפא. וראה הערת כ״ק אדמו״ר זי״ע באוה״ת פ׳ שמות ע׳ פו. ויש להוסיף שבאוה״ת שמות כרך ח ע׳ ב׳תתנז הגי׳: שאדם מישראל. בלקו״ת בהעלותך לד, ב מציין לכאן.
- 2וכמאמר הזהר · Tikkunei Zohar, Tikkun 6
- 3טלית · Tikkunei Zohar 55b
11וזהו דוקא כשאיש ישראל מניח אותם על ראשו משא״כ כשמונחים על השולחן לא נתהווה מזה שום גלוי כלל הגם שמצח האדם הוא ג״כ דבר גשם1 כמו השולחן
Et cela ne se produit précisément que lorsqu’un Juif les pose sur sa tête. En revanche, lorsqu’elles sont posées sur la table, il n’en résulte aucune révélation, bien que le front d’une personne soit lui aussi une réalité matérielle, tout comme la table.
La croissance ne se produit que lorsqu’un Juif met les tefillin. Posées sur une table, elles ne révèlent rien, bien qu’un front ne soit pas moins matériel qu’une table.
וגם כשעכו״ם מניח אותם2 לא יצמח מזה ג״כ שום גלוי כלל והיינו כמשל כח הצומח שבארץ שלא בכל מקום נצמח הפרי ובמדבר אינו נגדל צמחים כלל כמו״כ דוקא לישראל נאמר כי תהיו אתם לי ארץ חפץ.34
De même, lorsqu’un idolâtre les met, aucune révélation n’en croît. Cela s’explique par l’analogie de la force de croissance de la terre : les fruits ne poussent pas partout et, dans le désert, aucune plante ne pousse. De même, c’est précisément à Israël qu’il est dit : « Car vous serez pour Moi une terre de délices. »
Rien ne croît non plus lorsque les tefillin sont mises par quelqu’un qui n’est pas d’Israël, à qui ces mitsvot n’ont pas été données. La force de croissance de la terre n’agit que dans un sol fertile, et non dans un désert ; de même, les mitsvot ne croissent qu’en Israël, que le prophète appelle « une terre de délices. »
La révélation ne dépend pas du seul objet matériel, mais du sol où il est planté : c’est uniquement par Israël, « une terre de délices », que les mitsvot portent leurs fruits.
Un maamar de 5743 sur ce verset relève que ces deux exemples semblent inhabituels, mais qu’ils sont tout à fait exacts, puisque le Tséma’h Tsédek relisait les maamarim avant leur impression : les mitsvot doivent précisément se trouver en Israël. Des maamarim de 5738 et 5739 relient cela à l’enseignement du Baal Chem Tov selon lequel, de même que la terre recèle tous les trésors précieux, Israël recèle tous les trésors.
Maré mekomot
- 1הגם שמצח האדם הוא ג״כ דבר גשם · בגוכתי״ק ובאוה״ת כרך ח שם: הגם שראש האדם וידו שמניח בהם התפילין הוא ג״כ: דבר גשמי.
- 2משא״כ כשמונחים על השולחן . . וגם כשעכו״ם מניח אותם · בד״ה הבאים ישרש תשמ״ג מעיר ע״ז שב׳ דוגמאות אלו בלתי רגילות לכאורה, אף שהספר תו״א נדפס מרשימת השומעים שרשמו את לשון אדמו״ר הזקן, מ״מ הרי כ״ק אדמו״ר הצ״צ הגי׳ את המאמרים טרם שנמסרו לדפוס, הרי מובן שדוגמאות אלה הם בדיוק, דכאשר התפילין מונחים על השולחן או שעכו״ם מניח אותם אין בזה שום ענין כלל, כי המצות צריכים להיות בישראל דוקא שנקראו ארץ חפץ. במאמרי אדה״ז נביאים ע׳ צז מביא ב׳ הדוגמאות הנ״ל, אבל שם ע׳ פו (הנחה אחרת). בלקו״ת שמע״צ פג, ב מביא רק הדוגמא מעו״ג, ושם ציין לכאן.
- 3כי תהיו אתם לי ארץ חפץ · Malachi 3:12
- 4כי תהיו אתם לי ארץ חפץ · מובא בלקו״ת האזינו עד, ג: ”ועמ״ש בד״ה הבאים ישרש יעקב דלשם נתבאר שכנס״י נק׳ ארץ חפץ והמצות נזרעו בארץ זו דייקא ע״ש באריכות ואין זה סותר למש״כ דמ״מ זריעה זו היא דוקא בהיות הנפש אלקית מלובשת בנפש הבהמית”.
La royauté et la crainte de la fiancée ¶12–13
12והיינו כידוע שבחי׳ א״ס נק׳ קדוש ומובדל אני הוי׳ לא שניתי.1 ואתה הוא קודם שנברא העולם ואתה הוא לאחר שנברא העולם כו׳.
C’est-à-dire que, comme on le sait, le niveau de l’Infini (Ein Sof) est appelé saint et séparé : « Moi, Havaya, Je n’ai pas changé » ; et « Tu es le même avant que le monde ait été créé, et Tu es le même après que le monde a été créé », etc.
Pourquoi faut-il que ce soit Israël ? Parce que l’Ein Sof en Lui-même est saint et absolument séparé : « Moi, Havaya, Je n’ai pas changé », et D.ieu est le même avant la création et après elle ; la création ne change donc rien pour Lui.
והכל ירוממוך סלה. ושיוכל להתהוות עולמות הוא רק ע״י מלכותך מכ״ע2 אין מלך בלא עם345 כו׳. ישתבח שמך לעד6 כו׳.
« Et tous Te glorifieront à jamais. » Si des mondes peuvent venir à l’existence, c’est uniquement par « Ta royauté, qui s’étend sur tous les mondes » : « il n’y a pas de roi sans peuple », etc. « Que Ton Nom soit loué à jamais », etc.
Les mondes ne peuvent venir à l’existence que par la royauté de D.ieu, et « il n’y a pas de roi sans peuple ». Les passages de la prière cités ici présentent D.ieu comme élevé au-dessus de tout et loué par Ses créatures.
L’Ein Sof Lui-même ne change pas avec la création ; les mondes n’existent que par la royauté de D.ieu, et la royauté requiert un « peuple » sur lequel régner.
La note du Kehot donne les sources de l’expression « il n’y a pas de roi sans peuple », parmi lesquelles Emek HaMelech, Sefer HaChaim, Rabbeinu Bachya et Tanya, Shaar HaYichud VehaEmunah 7, qui explique le mot am (« peuple ») à partir de omemos : des êtres séparés, étrangers et éloignés du roi, car il n’y a pas de royauté sur les seuls fils ou ministres.
Maré mekomot
- 1אני הוי׳ לא שניתי · Malachi 3:6
- 2מלכותך מכ״ע · Psalms 145:13
- 3אין מלך בלא עם · Tanya, Sha’ar HaYichud 7:2
- 4אין מלך בלא עם · Rabbeinu Bahya, Bereshit 38:30
- 5אין מלך בלא עם · Pirkei DeRabbi Eliezer 3:5
- 6ישתבח שמך לעד · Siddur Ashkenaz, Weekday, Shacharit, Pesukei Dezimra, Yishtabach
13וכמשל ענין המלך שמהפך מיש לאין להיות הכל בטלים נגדו. וכמו״כ למעלה אין מלך בלא עם מלשון עוממות שהוא בחי׳ יש ונפרד להתהוות בבחי׳ בטול ואין וכמו במלאכים כתיב וצבא השמים לך משתחוים.1
Comme dans l’image d’un roi, qui transforme [ses sujets] de quelque chose en rien, de sorte que tous s’annulent devant lui. De même, en haut, « il n’y a pas de roi sans peuple (am) », mot apparenté à omemos (« obscurcis »), qui désigne le niveau de l’existence (yesh) et de la séparation, afin que les êtres puissent parvenir à l’état d’annulation de soi (bitoul) et de néant. Ainsi des anges, au sujet desquels il est écrit : « Et les armées des cieux se prosternent devant Toi. »
La royauté d’un roi amène ses sujets à mettre de côté leur propre importance devant lui. De même, en haut, am, « peuple », est rapproché de omemos, « obscurcis » : il s’agit d’êtres qui se sentent séparés de D.ieu. Sa royauté se révèle lorsque ces êtres s’annulent devant Lui, comme les anges qui se prosternent devant Lui.
אך מלאכים הם אינם בבחי׳ נפרד כ״כ ודוקא ישראל למטה שהם בתכלית בחי׳ עוממות ונפרד ושם הוא עיקר בחי׳ גלוי המלוכה ע״י בחי׳ הביטול מיש לאין2 כו׳.
Mais les anges ne sont pas à ce point séparés. C’est précisément Israël ici-bas qui se trouve au degré extrême d’omemos et de séparation ; c’est là que se produit principalement la révélation de la royauté, par l’annulation de soi, de quelque chose en rien, etc.
Les anges ne sont pas véritablement séparés ; leur prosternation révèle donc relativement peu. Israël ici-bas, qui se sent plus séparé que tout autre, révèle au plus haut point la royauté de D.ieu lorsqu’il s’annule devant Lui.
(Il n’en va pas de même de « le fils est la jambe de son père » : ce n’est pas selon le mode de la royauté.) C’est pourquoi, précisément, « vous serez une terre de désir » : c’est là que se révèle principalement la volonté et le désir, etc.
Un fils est comme le prolongement de son père (« la jambe de son père ») ; la relation d’un père à son fils n’est donc pas une relation de royauté. Israël est appelé « une terre de désir », car c’est principalement en lui que se révèlent la volonté et le désir de D.ieu.
וע״י ישראל דוקא במעשה המצות הגשמיים יוכל להתהוות בחי׳ צמיחה הנ״ל. וזהו אשה יראת7 ה׳ היא תתהלל שהקב״ה נק׳ חתן.
Et c’est précisément par Israël, dans l’accomplissement des mitsvot matérielles, que peut advenir la croissance mentionnée plus haut. Tel est le sens de : « La femme qui craint D.ieu sera louée (tis’halal) » ; car le Saint béni soit-Il est appelé le fiancé,
Seuls Israël et l’accomplissement des mitsvot matérielles peuvent permettre à la croissance décrite plus haut de se produire. Le verset « La femme qui craint D.ieu sera louée » est interprété comme parlant de D.ieu, le fiancé, et de Son épouse.
וכנס״י נק׳ בשם בחי׳ כלה בחי׳ אשה יראת ה׳ שהוא בחי׳ יראה ובטול. ועי״ז היא תתהלל שנעשה בחי׳ הארה וגלוי מלשון בהלו נרו8 כו׳:
et l’Assemblée d’Israël (Knesset Israël) est appelée « la fiancée », l’aspect de « la femme qui craint D.ieu », qui est celui de la crainte et de l’annulation de soi. Par là, « elle sera louée (tis’halal) » : il se produit une illumination et une révélation, selon l’expression « lorsque Sa lampe brillait (behilo) », etc.
L’Assemblée d’Israël est la fiancée, la « femme qui craint D.ieu », caractérisée par la crainte et l’annulation de soi. Par cela, « elle sera louée » (tis’halal), mot rapproché de behilo, « lorsque Sa lampe brillait » : son bitoul devient une source de lumière et de révélation.
La royauté de D.ieu se révèle le plus là où la séparation est la plus grande, en Israël ici-bas. L’annulation de soi d’Israël, semblable à la crainte de la fiancée, en fait la « terre de désir » où les mitsvot se développent jusqu’à la révélation.
Le Tséma’h Tsédek note dans Or HaTorah que la remarque entre parenthèses est de Maharil, le frère de l’Admour Hazaken. Likkutei Torah sur Shir HaShirim renvoie à l’interprétation donnée dans ce maamar de « La femme qui craint D.ieu sera louée » ; ailleurs, il explique également le nom Hillel à partir de behilo nero, « lorsque Sa lampe brillait ».
Maré mekomot
- 1וצבא השמים לך משתחוים · Nehemiah 9:6
- 2ע״י בחי׳ הביטול מיש לאין · ראה לקו״ת אחרי כו, ב.
- 3ברא כרעא דאבוה · Yevamot 3a:2–4
- 4ברא כרעא דאבוה · Tosafot on Yevamot 3a
- 5(משא״כ . . בבחי׳ מלך) · באוה״ת פ׳ שמות ע׳ צא מציין הצ״צ שהגה זו היא ל”מהרי״ל” — אחי כ״ק אדה״ז.
- 6תהיו אתם ארץ חפץ · Malachi 3:12
- 7אשה יראת ה׳ · Proverbs 31:30
- 8מלשון בהלו נרו · Job 29:3
Yaakov prend racine, Yisrael s’épanouit ¶14–19
14וזהו הבאים ישרש יעקב1 היינו השרשה למטה הוא בחי׳ המצות2 שירדו מבחי׳ רצה״ע להתלבש בדברים גשמיים הוא בחי׳ יעקב יו״ד עקב.345
Et voici [le sens de] « Ceux qui viennent, Yaakov s’enracinera » : l’enracinement ici-bas, ce sont les mitsvot, qui sont descendues du niveau de la volonté suprême pour s’envelopper dans des choses matérielles. C’est le niveau de Yaakov : youd, akev (« talon »).
Le verset d’ouverture est maintenant expliqué. « S’enraciner » ici-bas désigne les mitsvot, qui sont descendues de la volonté suprême de D.ieu et se sont enveloppées dans des choses matérielles ; c’est Yaakov, dont le nom se décompose en youd et akev, « talon ».
בחי׳ יו״ד שירדה בבחי׳ עקב למטה.6 ועי״ז יציץ ופרח ישראל להיות בחי׳ צמיחה מההעלם אל הגילוי כו׳.
Le niveau du youd, descendu au niveau du talon, ici-bas. Par cela, « Israël bourgeonnera et fleurira » : une croissance se produit, de ce qui est caché vers ce qui est révélé, etc.
Le youd, qui représente le niveau le plus élevé, descend dans le « talon », le niveau le plus bas, ici-bas. Par cela, « Israël bourgeonnera et fleurira » : ce qui était caché croît jusqu’à se révéler.
« Yaakov s’enracinera » désigne les mitsvot plantées dans le monde matériel : le youd dans le talon. « Israël bourgeonnera et fleurira » désigne la révélation qui en croît.
L’interprétation de Yaakov comme youd-akev est donnée dans Etz Chaim et dans le Pardes. Likkutei Torah (Balak) fait ici référence à ceci : la Lumière infinie repose dans les mitsvot accomplies avec des choses matérielles, le youd enveloppé dans les talons ; mais, pour l’attirer par les mitsvot, la prière doit d’abord précéder.
Maré mekomot
- 1הבאים ישרש יעקב · Isaiah 27:6
- 2היינו השרשה למטה הוא בחי׳ המצות · באוה״ת כרך ז ע׳ ב׳תקלו מציין שכאן נתבאר בפי׳ ישרש יעקב שהמצות הם אור זרוע לצדיק ונקלטים ונשרשים בבחי׳ יעקב שהוא בחי׳ ארץ חפץ כו׳ הצומח להצמיח האור זרוע כו׳ שלכאורה זה ההיפך ממארז״ל כל מי שמעשיו מרובין מחכמתו דומה לאילן שענפיו מועטין ושרשיו מרובין הרי האדם נשרש ע״י מעשה המצות, ומבאר דשניהם אמת ע״ש.
- 3יעקב יו״ד עקב · ע״ח ש״ג ספ״ב. פרדס שעה״כ בערכו. קהלת יעקב בערכו.
- 4יעקב יו״ד עקב · Sefer Etz Chaim 3:2
- 5יעקב יו״ד עקב · Pardes Rimmonim 23:10:31
- 6בחי׳ יו״ד שירדה בבחי׳ עקב למטה · בלקו״ת בלק עא, ד מציין לכאן.
Et tel est le sens de « Il sème des actes de justice, fait croître les délivrances » : le semis, ce sont les mitsvot. Quant à la tsedaka que chacun donne, elle ne sert qu’à nous donner du mérite,
La bénédiction du matin décrit D.ieu comme Celui qui « sème des actes de justice » et « fait croître les délivrances ». Le semis désigne les mitsvot, et la tsedaka que chacun donne n’a d’autre but que de permettre à D.ieu de nous accorder du mérite.
כי בודאי הקב״ה בעצמו היה יכול לפרנסם ואינו אלא רק לזכותנו להיות מצמיח ישועות בחי׳ צמיחה מההעלם אל הגלוי ע״י מעשה המצות כנ״ל.
car le Saint béni soit-Il pourrait certainement subvenir Lui-même à leurs besoins ; c’est uniquement pour nous donner du mérite, afin qu’Il « fasse croître les délivrances » : une croissance qui fait passer de l’état caché à la révélation, par l’accomplissement des mitsvot, comme expliqué plus haut.
D.ieu pourrait certainement subvenir Lui-même aux besoins des pauvres ; Il nous permet de donner afin que le mérite nous revienne. Notre don est le semis d’où « croissent les délivrances » : la révélation émerge de l’état caché.
La bénédiction « Il sème des actes de justice, fait croître les délivrances » décrit le même processus : D.ieu nous permet de semer des mitsvot et de donner la tsedaka, dont Il n’a pas besoin, afin qu’une révélation puisse croître à partir de ces actes.
Maré mekomot
- 1זורע צדקות מצמיח ישועות · בברכת יוצר אור.
- 2זורע צדקות מצמיח ישועות · Siddur Ashkenaz, Weekday, Shacharit, Blessings of the Shema, First Blessing before Shema 8
Et tel est le sens de la parole du roi David, que la paix soit sur lui : « À tout désir (tichla) j’ai vu une limite ; Ton commandement est immensément (meod) vaste. » Il ne parle pas de désirs matériels,
Le roi David dit avoir vu une limite à tout tichla, tandis que le commandement de D.ieu est « immensément vaste ». L’Alter Rebbe écarte d’abord l’interprétation de tichla comme désignant un désir matériel.
mais du niveau de la compréhension et de l’aspiration de l’âme jusqu’à l’épuisement (kelot hanéfech), selon l’expression « mon âme aspire jusqu’à l’épuisement (kalta nafchi) », etc. Cela relève de la limite, car chaque âme a une limite dans sa compréhension ;
Tichla désigne la compréhension spirituelle de l’âme et son aspiration jusqu’à l’épuisement (kelot hanéfech), comme dans l’expression « mon âme aspire jusqu’à l’épuisement ». Si élevées soient-elles, ces facultés ont une limite, car la saisie de chaque âme est limitée.
משא״כ מצותך היא רחבה מאד היינו שבחי׳ מצותך היא רחבה בבחי׳ כלי קבול לקבל בחי׳ מאד בלי גבול שע״י מעשה המצו׳ יוכל לצמוח בבחי׳ גלוי בלי גבול.
tandis que « Ton commandement est immensément vaste » signifie que Ton commandement est assez vaste pour être un réceptacle qui reçoit le niveau de meod (« immensément »), sans limite ; car, par l’accomplissement des mitsvot, il peut croître et se révéler sans limite.
À l’inverse, la mitsva est assez « vaste » pour recevoir meod, le niveau sans limite. Par des actes concrets, une révélation sans limite peut croître.
La compréhension et l’aspiration spirituelle sont limitées par la capacité de l’âme, tandis que la mitsva est un réceptacle pour l’illimité ; par elle croît une révélation sans limite.
La note de Kehot indique que l’épître 17 d’Iggeret HaKodesh explique le verset de la même manière et renvoie à Or HaTorah ainsi qu’à des volumes ultérieurs de Sefer HaMaamarim qui le commentent.
Maré mekomot
- 1לכל תכלה ראיתי קץ · Psalms 119:96
- 2על בחי׳ השגות וכלות הנפש · וכן פי׳ באגה״ק סי׳ יז. וראה באוה״ת בראשית כרך ג תקה, ב בפי׳ הפסוק לכל תכלה. אוה״ת פ׳ תרומה ע׳ א׳שעז. ראה סה״מ תר״מ כרך ב ע׳ תשכט. סה״מ תרכ״ט (הוצאה חדשה) ע׳ רט.
- 3לשון כלתה נפשי · Psalms 84:3
17וזהו רחבה מצותך מאד. וזהו אשריכם זורעי על כל מים12 שכל בחי׳ השגות שבג״ע העליון וג״ע התחתון נק׳ בשם מים
C’est là le sens de « Ton commandement est extrêmement vaste ». Et c’est là [le sens de] « Heureux êtes-vous, vous qui semez près de toutes les eaux » : tous les niveaux de compréhension du Gan Eden supérieur et du Gan Eden inférieur sont appelés « eaux »,
Cela explique également « Heureux êtes-vous, vous qui semez près de toutes les eaux ». Toute la compréhension dont jouissent les âmes dans le Gan Eden supérieur et inférieur est appelée « eaux ».
כמ״ש ונהר יצא מעדן3 כו׳ משא״כ מעשה המצות נעשה זריעה על כל מים למעלה מעלה מבחי׳ מים כנ״ל.
comme il est écrit : « Et un fleuve sortait d’Éden », etc. En revanche, l’accomplissement des mitsvot devient un semis « près de toutes les eaux », bien, bien au-dessus du niveau des eaux, comme expliqué plus haut.
L’image vient du fleuve qui sort d’Éden pour irriguer le jardin. Le semis des mitsvot se fait « près de toutes les eaux », bien au-dessus de tous les niveaux de compréhension du Gan Eden.
La compréhension dont on jouit dans le Gan Eden est « eaux », tandis que les mitsvot constituent un semis qui atteint un niveau bien supérieur.
Maré mekomot
- 1אשריכם זורעי על כל מים · Isaiah 33:20
- 2אשריכם זורעי על כל מים · Isaiah 32:20
- 3ונהר יוצא מעדן · Genesis 2:10
18וכמו״כ ע״י לימוד התורה שירדה ג״כ להתלבש בענינים גשמיים נעשה ג״כ מזה בחי׳ צמיחה ולכן ארז״ל אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו.1
De même, par l’étude de la Torah, qui est elle aussi descendue pour se revêtir de sujets matériels, il se produit également une croissance. C’est pourquoi nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Heureux celui qui vient ici avec son étude à la main. »
L’étude de la Torah aussi est descendue dans des sujets matériels ; elle aussi produit donc une croissance. D’où ces paroles entendues dans le monde supérieur : « Heureux celui qui vient ici avec son étude à la main. »
ולכאורה הוא תמוה והלא למעלה אין נצרך שם כלל הדבור גשמי אלו מציאות2 וכדומה. רק שלהיות בחי׳ צמיחה הנ״ל צריך להיות דוקא נשרש ונקלט בארץ ואז יוכל לצמוח.
À première vue, cela est étonnant : là-haut, on n’a nul besoin de discours matériels, tels que « Eilu Metsiot » (« Ces objets trouvés »), et autres sujets semblables. Mais pour que se produise la croissance mentionnée plus haut, [la semence] doit précisément prendre racine et être absorbée dans la terre ; alors elle pourra pousser.
Cela semble étrange, puisque dans le monde supérieur nul n’a besoin de discussions matérielles, telles que les lois des objets trouvés. La réponse reprend la comparaison : une semence ne pousse que si elle prend racine et est absorbée dans la terre.
כמו״כ כשנקלט אצלו בחי׳ התורה בבחי׳ קליטה ממש להיות תלמודו בידו דוקא אזי נעשה מזה בחי׳ צמיחה גלוי רב למעלה הרבה מבחי׳ ההשגות שבג״ע ששם הוא רק נהנין מזיו השכינה3 כו׳.
De même, lorsque la Torah est véritablement absorbée en lui, de sorte que « son étude soit à la main » précisément, il en résulte une croissance : une grande révélation, très supérieure au niveau de la compréhension au Gan Eden, où l’on ne fait que « jouir du rayonnement de la Chekhina », etc.
Lorsque la Torah est véritablement absorbée en une personne — « son étude à la main » —, elle produit une croissance, une révélation très supérieure à la compréhension au Gan Eden, où les âmes ne font que « jouir du rayonnement de la Chekhina ».
L’étude de la Torah, revêtue de sujets matériels, agit comme une semence : lorsqu’elle est véritablement absorbée par celui qui l’étudie, elle suscite une révélation supérieure à la compréhension du Gan Eden.
Maré mekomot
- 1אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו · Pesachim 50a:7–8
- 2אלו מציאות · Mishnah Bava Metzia 2:1
- 3נהנין מזיו השכינה · Berakhot 17a:12
19וזהו ישרש יעקב שהיא ע״י בחינת שרישה וקליטה בחי׳ יעקב שהוא בחי׳ תורה ויקם עדות ביעקב1 כו׳ תתן אמת ליעקב2 כו׳ ואין אמת אלא תורה34 כו׳.
Et telle est la signification de « Yaakov prendra racine » : cela se fait par l’aspect de l’enracinement et de l’absorption, le niveau de Yaakov, qui est le niveau de la Torah : « Il a établi un témoignage en Yaakov », etc. ; « Accorde la vérité à Yaakov », etc. ; et « il n’est de vérité que la Torah », etc.
Yaakov représente la Torah : D.ieu « a établi un témoignage en Yaakov » et a accordé « la vérité à Yaakov » ; « il n’est de vérité que la Torah ». Ainsi, « Yaakov prendra racine » signifie que la Torah et les mitsvot prennent racine et sont absorbées en bas.
הנה עי״ז יציץ ופרח ישראל בבחי׳ גלוי בחי׳ לי ראש כו׳ כנודע. וזהו ומלאו פני תבל5 תנובה.
Par cela, « Israël bourgeonnera et fleurira » de manière révélée : le niveau de « li roch » (« une tête pour Moi »), etc., comme on le sait. Et telle est la signification de « ils rempliront la face du monde (tevel) de produits (tenouva) ».
À partir de cet enracinement, « Israël bourgeonnera et fleurira », révélant le niveau d’Israël, dont les lettres forment li roch, « une tête pour Moi ». Le verset poursuit : ils « rempliront la face du monde de produits ».
תנובה הוא ענין הפרי גם תנ״ו ב״ה (להיות נקלט) בבחי׳ תבל שהוא בחי׳ כנ״י הנק׳ ארץ חפץ להיות נקלט ונשרש בה בבחי׳ גלוי הוא ע״י בחי׳ יעקב וישראל הנ״ל:
Tenouva désigne le fruit ; on peut aussi lire tenu bah, « place en elle » (pour y être absorbé), dans le niveau de tevel, qui est le niveau de la Communauté d’Israël, appelée « terre de désir » : afin d’y être absorbé et d’y prendre racine de manière révélée. Cela se fait par les niveaux de Yaakov et d’Israël mentionnés ci-dessus.
Tenouva, « produits », peut aussi se lire tenu bah, « place en elle » : les mitsvot sont placées dans tevel, le monde, c’est-à-dire la Communauté d’Israël, la « terre de désir », afin d’y être absorbées, d’y prendre racine, puis d’être révélées. Cela se réalise par Yaakov et Israël.
Yaakov est la Torah qui prend racine en bas ; Israël est la révélation qui en fleurit ; et la Communauté d’Israël est le sol où elle est plantée.
Maré mekomot
- 1ויקם עדות ביעקב · Psalms 78:5
- 2תתן אמת ליעקב · Micah 7:20
- 3ואין אמת אלא תורה · ירושלמי ר״ה ג, ח.
- 4ואין אמת אלא תורה · Jerusalem Talmud Rosh Hashanah 3:9
- 5ומלאו פני תבל · Isaiah 27:6
La prière : amertume, joie et compassion ¶20–23
Mais, pour que les niveaux de Yaakov et Yisrael mentionnés plus haut soient attirés, trois niveaux sont nécessaires, à savoir ceux d’Avraham, de Yitzchak et de Yaakov, car « les Patriarches ont institué les prières ».
Pour attirer les niveaux de Yaakov et Yisrael, les trois Patriarches — Avraham, Yitzchak et Yaakov — sont nécessaires, car ils sont liés à la prière, les Sages enseignant que les Patriarches ont institué les prières.
וזהו ענין התפלה שמבקשים ברוך אתה הוי׳ מההעלם אל הגילוי כו׳ כנודע. אך צריך להיות מקודם בחי׳ מרירות על הריחוק מאלקות בתכלית.
Tel est le sens de la prière, dans laquelle nous demandons : « Béni sois-Tu, Havaya » : [attirer] de la dissimulation à la révélation, etc., comme on le sait. Mais il faut d’abord éprouver de l’amertume face à l’éloignement absolu de la divinité.
La formule de la prière, « Béni sois-Tu, Havaya », demande que ce qui est caché soit attiré dans la révélation. Pourtant, la prière doit commencer par l’amertume devant l’éloignement absolu de D.ieu.
La révélation de Yaakov et de Yisrael est attirée par la prière, instituée par les Patriarches, et la prière doit commencer par l’amertume devant son éloignement de D.ieu.
Maré mekomot
- 1תפלות אבות תקנום · Berakhot 26b:4–5
21וכמאמר מים תחתונים בוכין1 כו׳. להתבונן בגדולת ה׳ ברוך שאמר23 כו׳ שבאמירה אחת נתהוו כל העולמות וכו׳
Comme il est dit : « Les eaux inférieures pleurent », etc. [Il convient de] méditer sur la grandeur de D.ieu : « Béni soit Celui qui a parlé », etc., car par une seule parole, tous les mondes sont venus à l’existence, etc.,
Les eaux inférieures « pleurent » d’être éloignées de D.ieu, et l’homme doit éprouver la même chose. Il médite sur la grandeur de D.ieu : comme le dit la bénédiction « Béni soit Celui qui a parlé », tous les mondes sont venus à l’existence par une seule parole.
et qu’il vaut la peine d’endurer toutes les souffrances du Guéhinom, etc., comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Mieux vaut qu’il soit jugé et qu’il parvienne au Monde futur », pour jouir du rayonnement de la Chekhina.
Il considère également que jouir de la présence de D.ieu vaut toutes les souffrances du Guéhinom, comme le disent les Sages : « Mieux vaut qu’il soit jugé et qu’il parvienne au Monde futur. » De telles pensées lui rendent amère la distance qui le sépare actuellement de D.ieu.
Cette amertume naît de la méditation sur la grandeur de D.ieu et sur la valeur de la proximité avec Lui, qui vaut même les souffrances du Guéhinom.
Maré mekomot
- 1מים תחתונים בוכין · Tikkunei Zohar, Tikkun 5 · 19a:15–16
- 2ברוך שאמר · ראה גם לקמן סז, א.
- 3
- 4מוטב דלידייני׳ · Chagigah 15b:3
- 5נהנין מזיו השכינה · Berakhot 17a:12
22ועי״ז יתמרמר נפשו מאד על ריחוקו בתכלית. אך בכי׳ תקיעא בלבאי מסטרא דא וחדוה מסטרא דא. היינו שבאמת מצד הגוף הוא רחוק בתכלית.
Par cela, son âme deviendra très amère au sujet de son éloignement absolu. Mais « les pleurs sont logés dans mon cœur d’un côté, et la joie de l’autre ». C’est-à-dire qu’en vérité, du côté du corps, il est absolument éloigné ;
Cette méditation rend une personne amère au sujet de son éloignement. Pourtant, cette parole araméenne décrit des pleurs logés d’un côté du cœur et de la joie de l’autre : en tant que corps, une personne est effectivement absolument éloignée de D.ieu.
אך מצד נש״י יש בחי׳ שמחה רבה לשמוח בה׳ בשמחה של מצוה שהוא מבחי׳ מהותו ועצמותו כביכול למעלה מבחי׳ סוכ״ע כו׳.
mais du côté des âmes d’Israël, il y a une grande joie : se réjouir en D.ieu de la joie d’une mitsva, qui provient du niveau de Son être et de Son essence mêmes, pour ainsi dire, au-dessus du niveau de la lumière qui entoure tous les mondes (sovev kol almin), etc.
En tant qu’âme, en revanche, il peut se réjouir en D.ieu de la joie d’une mitsva. Cette joie provient de l’essence même de D.ieu, plus élevée encore que sovev kol almin.
אך ע״י מה נתחברו בחי׳ שני הפכים האלו בתכלית בכיה וחדוה כו׳. הנה הוא ע״י בחי׳ יעקב שהוא בחי׳ רחמנות1
Mais par quoi ces deux opposés absolus, les pleurs et la joie, etc., sont-ils unis ? C’est par le niveau de Yaakov, qui est le niveau de la compassion,
Les pleurs et la joie sont des opposés absolus. Ce qui les unit, c’est Yaakov, dont l’attribut est la compassion.
וכמאמר ברחמיך הרבים רחם עלינו וע״י בחי׳ רחמנות כנ״ל יוכל להיות בחי׳ שמחה של מצוה שהוא בחי׳ גילוי כו׳ כנ״ל.
comme il est dit : « Dans Ta grande compassion, prends-nous en compassion. » Et par la compassion, comme mentionné, la joie d’une mitsva peut exister, laquelle est une révélation, etc., comme mentionné plus haut.
La compassion, comme dans la prière « Dans Ta grande compassion, prends-nous en compassion », fait le lien entre l’amertume et la joie. Grâce à elle, la joie de la mitsva, qui est une révélation, peut se manifester.
L’amertume liée à l’éloignement du corps et la joie du lien de l’âme avec l’essence de D.ieu coexistent, unies par l’attribut de compassion de Yaakov.
La note de Kehot indique le Zohar comme source de l’association de Yaakov avec l’attribut de compassion.
Maré mekomot
- 1יעקב שהוא בחי׳ רחמנות · Zohar I, 87b
Et c’est là [le sens de] « La voix est la voix de Yaakov ». Comme dans l’analogie de la voix, qui est elle aussi une révélation de ce qui est caché ; la voix est produite par trois éléments : le feu et l’eau,
« La voix est la voix de Yaakov » : la voix fait ressortir ce qui est caché en une personne. Elle est formée de trois éléments, dont les deux premiers sont le feu et l’eau.
שהם דברים הפכיים ובחי׳ הרוח הוא הממוצע ומחברו כמו״כ להיות בחי׳ גילוי מעשה המצות למטה הוא ג״כ ע״י בחי׳ יעקב בחי׳ רחמנות כנ״ל
qui sont des éléments opposés, et l’air (roua’h), qui est l’intermédiaire les reliant. De même, pour que la révélation de l’accomplissement des mitsvot ici-bas puisse avoir lieu, cela passe également par le niveau de Yaakov, le niveau de la compassion, comme mentionné plus haut.
Le feu et l’eau sont opposés, et l’air (roua’h), le troisième élément, se tient entre eux et les relie. De même, la révélation apportée par les mitsvot ici-bas passe par Yaakov, la compassion, qui relie les opposés.
ולכן נק׳ יעקב בריח התיכון3 שמבריח מן הקצה4 העליון אל הקצה התחתון כו׳ לחבר הקרשים שלא יתפרדו והיו לאחדים5 כו׳:
C’est pourquoi Yaakov est appelé la barre médiane, qui traverse d’une extrémité à l’autre, de l’extrémité supérieure jusqu’à l’extrémité inférieure, etc., pour relier les planches afin qu’elles ne se séparent pas, « et elles ne feront qu’un », etc.
Yaakov est appelé la « barre médiane » du Michkan, qui traversait toutes les planches d’un bout à l’autre et les maintenait ensemble, afin qu’elles ne se séparent pas. Comme cette barre, Yaakov relie le niveau le plus élevé au niveau le plus bas.
De même qu’une voix formée de feu, d’eau et de l’air qui se trouve entre eux, la révélation par les mitsvot dépend de Yaakov, la compassion, qui relie les opposés, comme la barre médiane reliait les planches du Michkan.
Le Zohar appelle Yaakov la barre médiane. La note de Kehot renvoie également au Siddour avec des discours ‘hassidiques, à Biurei HaZohar et à Or HaTorah, à propos du thème de la voix.
Maré mekomot
- 1הקל קול יעקב · מענין קול עיין בסידור בד״ה הקל קול יעקב. ובבה״ז פ׳ פנחס למאמר לדף רנד. אוה״ת בראשית כרך ד פ׳ תולדות ד״ה זה.
- 2הקל קול יעקב · Genesis 27:22
- 3יעקב בריח התיכון · Zohar III, 186a
- 4בריח התיכון שמבריח מן הקצה · Exodus 26:28
- 5והיו לאחדים · Ezekiel 37:17
L’Égypte, l’exil et la réponse ¶24–25
24וזהו הבאים ישרש יעקב. היינו שבכדי שיקבלו ישראל התומ״צ1 שהוא בחי׳ יעקב וישראל כו׳ ולהיות פב״פ דבר2 ה׳ כו׳ באו מקודם למצרים שהוא בחי׳ המרירות כו׳ בחומר ובלבנים3 כו׳.
Et c’est là le sens de « Ceux qui sont venus : Yaakov prendra racine ». C’est-à-dire que, pour qu’Israël reçoive la Torah et les mitsvot, qui correspondent aux niveaux de Yaakov et de Yisrael, etc., et qu’il y ait « D.ieu parla face à face », etc., ils vinrent d’abord en Égypte, qui représente l’amertume, etc., « avec du mortier et des briques », etc.
Le verset d’ouverture est maintenant appliqué à l’Égypte elle-même. Pour qu’Israël reçoive la Torah et les mitsvot, correspondant aux niveaux de Yaakov et de Yisrael, et entende D.ieu lui parler « face à face » au Sinaï, il lui fallut d’abord venir en Égypte et connaître l’amertume du « mortier et des briques ».
ואח״כ קבלו התורה להיות ישרש יעקב יציץ ופרח4 כו׳ וזה היה במצרים בכדי לקבל את התורה בגשמיות בבחי׳ חיצוניות.
Ensuite, ils reçurent la Torah, afin que « Yaakov prenne racine ; [Yisrael] bourgeonne et fleurisse », etc. Et cela eut lieu en Égypte, afin qu’ils reçoivent la Torah dans la matérialité, dans l’aspect de la dimension extérieure ('hitsoniyout).
Ce n’est qu’ensuite qu’ils reçurent la Torah, afin que Yaakov prenne racine et que Yisrael bourgeonne et fleurisse. La descente en Égypte les prépara à recevoir la Torah sous une forme matérielle, dans sa dimension extérieure.
La question initiale du maamar trouve ainsi sa réponse : l’amertume de l’Égypte, à l’image d’une graine enfouie dans la terre, fut la préparation à la réception de la Torah au Sinaï.
La note de Kehot renvoie à l’explication que le Rabbi donne de ce passage dans le maamar Habaim Yashresh de 5748.
Maré mekomot
- 1וזהו הבאים ישרש . . שיקבלו ישראל התומ״צ · ראה ביאור כ״ק אדמו״ר זי״ע בד״ה הבאים ישרש תשמ״ח הנ״ל ע׳ קכו.
- 2פב״פ דבר ה׳ · Deuteronomy 5:4
- 3בחומר ובלבנים · Exodus 1:14
- 4ישרש יעקב יציץ ופרח · Isaiah 27:6
25וגם עתה בגלות ושעבוד פרנסה הוא ג״כ בכדי שלעתיד יוכלו לקבל בחי׳ פנימיות התורה להיות עין בעין יראו1 כו׳.8
Et maintenant encore, [le fait d’être] en exil et soumis au labeur [nécessaire pour gagner sa vie] a également pour but qu’à l’avenir, ils puissent recevoir la dimension intérieure de la Torah (pnimiyout), afin que « œil à œil ils voient », etc.
L’exil actuel et le poids de la subsistance remplissent le même rôle que l’Égypte. Ils préparent Israël à recevoir la dimension intérieure de la Torah à l’avenir, lorsque « œil à œil ils verront ».
Et c’est là le sens de : « Ton Créateur est Yaakov, et Celui qui t’a formé est Israël », comme il est écrit : « Il forme la lumière et crée les ténèbres. » Cela signifie qu’en toute chose, il y a matière et forme.
La question initiale — pourquoi Yaakov est-il qualifié de « Créateur » et Israël de « Celui qui forme » ? — trouve maintenant sa réponse dans le verset « Il forme la lumière et crée les ténèbres », où « créer » est associé aux ténèbres et « former » à la lumière. Toute chose est composée de matière et de forme.
ובחי׳ בריאת החומר שירדה למטה הוא בחי׳ יעקב ויוצרך הוא בחי׳ הצורה וגילוי הוא בחי׳ ישראל כנ״ל.
La création de la matière, qui est descendue en bas, est le niveau de Yaakov ; et « Celui qui t’a formé » désigne la forme et le dévoilement, qui sont le niveau d’Israël, comme mentionné plus haut.
Ici, « création » signifie faire exister la matière, la substance obscure qui est descendue en bas : c’est Yaakov. « Former » donne forme et dévoilement, la lumière : c’est Israël. La question initiale se trouve ainsi résolue.
וזהו ענין מארז״ל כל שיראת חטאו קודמת5 לחכמתו חכמתו מתקיימת6 היינו להיות חכמתו מתקיימת בבחי׳ צמיחה כנ״ל צ״ל מקודם בחי׳ יראת חטאו כו׳ וכמבואר למעלה אשה יראת7 ה׳ דוקא היא תתהלל כו׳:
Et c’est là le sens de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Quiconque fait précéder sa sagesse de la crainte de la faute, sa sagesse se maintient. » Cela signifie que, pour que sa sagesse se maintienne selon le mode de croissance mentionné plus haut, il faut d’abord la crainte de la faute, etc., comme expliqué précédemment : « Une femme qui craint D.ieu, c’est elle qui sera louée », etc.
La Michna enseigne que la sagesse ne se maintient que si la crainte de la faute la précède. Dans les termes du maamar, la sagesse « se maintient » et croît comme une graine plantée, mais seulement après la préparation que constitue la crainte, comme dans le verset : « Une femme qui craint D.ieu, c’est elle qui sera louée. »
L’exil prépare au dévoilement de la dimension intérieure de la Torah. Le verset concernant Yaakov et Israël trouve également sa résolution : Yaakov est la matière créée en bas, Israël la forme et le dévoilement qui en croissent ; cette croissance requiert d’abord la crainte.
Le Likkutei Torah (Balak) cite ce maamar : la croissance à l’avenir est le niveau d’Israël, et il en va de même du dévoilement de la dimension intérieure de la Torah — le noyau intérieur et l’essence de la 'Hokhma supérieure — qui se produira à l’avenir.
Maré mekomot
- 1עין בעין יראו · Isaiah 52:8
- 2וזהו בוראך יעקב · באוה״ת פ׳ שמות ע׳ ק מציין כ״ק אדמו״ר זי״ע ”ראה בכ״ז לעיל [באוה״ת שם] ע׳ מה ואילך”.
- 3בוראך יעקב ויוצרך ישראל · Isaiah 43:1
- 4יוצר אור ובורא חושך · Isaiah 45:7
- 5כל שיראת חטאו קודמת · אבות ג, ט. זח״ג ערה, ב.
- 6כל שיראת חטאו קודמת לחכמתו חכמתו מתקיימת · Pirkei Avot 3:9
- 7אשה יראת ה׳ · Proverbs 31:30
- 8בכדי לשעתיד יוכלו לקבל בחי׳ פנימיות התורה · בלקו״ת בלק עה, א מציין לכאן. ”שבחי׳ הצמיחה שלעתיד זהו בחי׳ ישראל וכך התגלות פנימיות התורה שהיא פנימית ועצמות ח״ע יהי׳ לעתיד”.
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Le maamar enseigne qu’avant la prière, une personne doit ressentir de l’amertume face à son éloignement de D.ieu, en méditant sur la grandeur de D.ieu, tout en se réjouissant du lien de l’âme avec Lui ; la compassion de Yaakov unit les deux. Les mitsvot matérielles, la tsedaka et la Torah véritablement assimilée sont des semences de révélation, et la crainte de la faute doit précéder la sagesse pour que celle-ci perdure. L’exil et le souci de gagner sa vie constituent eux-mêmes une préparation à la révélation de la dimension intérieure de la Torah.
Questions à discuter
- Pourquoi une semence sans goût serait-elle une meilleure image des mitsvot qu’un grain déjà comestible ?
- Le maamar dit que des tefillin posés sur une table ne révèlent rien, alors qu’un front est tout aussi matériel. Qu’est-ce donc qui rend l’acte fécond ?
- Pourquoi la royauté de D.ieu se révèle-t-elle davantage par Israël, qui se sent distinct, que par les anges ?
- Comment les pleurs et la joie peuvent-ils cohabiter dans le cœur, et comment la compassion les unit-elle ?
- Comment comprendre la « création » comme la production de la matière répond-il à la question de savoir pourquoi Yaakov est appelé le Créateur et Yisrael le Formateur ?