Torah Ohr · Parshas Va’eira · Maamar 5
ביאור על הנ״ל
Explication de ce qui précède
L’idée centrale
La sortie d’Égypte et l’entrée en Terre sainte décrivent comment la compréhension devient émotion ressentie, et comment elle est ensuite dépassée. Les émotions sont « en Égypte », en gestation dans l’étroite gorge entre l’esprit et le cœur, jusqu’à ce que la voix de la Torah écrite les fasse naître et suscite la joie ; puis « la terre », la Torah orale, qui est Mal'hout, vaste et riche de compréhension, siège de la volonté de D.ieu dans la halakha, est élevée pour devenir la couronne, un bitoul supérieur même au plaisir ressenti.
Le maamar en bref
Ce biour expose les racines du maamar précédent en termes kabbalistiques : les unions d’Abba et Imma, et de Zeir Anpin et Noukva. Mitsrayim est meitzar Mi, l’étroite gorge par laquelle l’intellect passe pour devenir émotion ; là, les mo'hin ne sont ni intellect ni sentiment, mais se trouvent contractés dans un état immature que l’Ari zal appelle la gestation. Pharaon, l’arrière de la nuque, se tient sur le canal et retient la naissance. La sortie d’Égypte est la naissance : la voix qui vient de la gorge, lorsqu’on lit à haute voix la Torah écrite, fait naître les émotions sous forme de joie, « amour dans les délices ». La Torah écrite vient de 'Hokhma ; ses lettres fixes ne font donc qu’évoquer sa sagesse. La terre est la Torah orale, issue de Bina et de Mal'hout : comme la peau d’un cerf qui grandit avec sa chair, ses paroles se développent avec la compréhension, et ses décisions halakhiques révèlent la volonté suprême de D.ieu, au-dessus de 'Hokhma. Bien qu’elle traite de sujets matériels, D.ieu « leva la main » pour l’élever au rang de « couronne de son époux » ; son bitoul, qui n’est pas ressenti, dépasse même la joie ressentie. Puisque l’esprit se renouvelle chaque jour, la sortie d’Égypte doit avoir lieu chaque jour.
Plan
- Les racines en KabbaleLe maamar précédent traite des unions d’Abba et Imma, et de Zeir Anpin et Noukva. Mitsrayim est meitzar Mi, l’étroite gorge ; Pharaon, ha’oref, se tient sur le fleuve ; la sortie d’Égypte est la diffusion des mo'hin dans le corps jusqu’à Mal'hout, la vaste terre.¶1–3
- La gorge entre l’esprit et le cœurLa compréhension donne naissance à l’amour, et la gorge est l’intermédiaire où l’intellect se contracte pour devenir émotion : elle n’est ni l’un ni l’autre et est plus étroite que les deux. En haut, le Yessod d’Imma s’achève au niveau de la poitrine de Zeir Anpin ; dans la gorge, les cinquante portes de Bina se réduisent à l’état de katnout.¶4–11
- 'Haran, la gestation et PharaonL’étroite gorge immature est 'Haran, source de rigueur, car un enfant ne peut supporter ce qui va à l’encontre de sa volonté. C’est la gestation : l’amour et la crainte demeurent cachés dans la gorge, tandis que Pharaon, les désirs étrangers, piétine le canal et retient la naissance.¶12–14
- Naissance, voix et joieLa sortie d’Égypte est la naissance : la voix qui vient de la gorge fait naître les émotions, et leur naissance est la joie, Knesset Israël, « amour dans les délices » ; c’est la Mal'hout intérieure, édifiée à partir de la dimension intérieure de Zeir Anpin. La voix est la lecture de la Torah écrite, le Mikra.¶15–18
- La Torah écrite : la sagesse suggéréeLa Torah écrite vient d’Abba, 'Hokhma, qui ne peut être qu’évoquée. Même la forme des lettres (alef, beit, guimel) montre comment le flux descend, et ses récits ne sont que le vêtement de la Torah. Puisque sa sagesse n’est qu’évoquée, il n’est permis d’ajouter aucune lettre.¶19–25
- La Torah orale : une bonne et vaste terreLa Torah orale vient d’Imma et de Mal'hout : ses paroles se multiplient avec la compréhension, comme la peau d’un cerf avec sa chair, depuis un verset jusqu’à un traité entier. Mal'hout seule change de dimension avec la lumière, ses réceptacles étant totalement annulés ; la Torah orale dépasse donc même la joie ressentie, et « Je vous ferai entrer dans le pays » vient après « Je vous ferai sortir ».¶26–34
- La terre des vivants : la volonté révéléeTsvi signifie volonté : les décisions halakhiques de la Torah orale révèlent la volonté suprême, au-dessus de 'Hokhma ; ainsi, ce qui est le plus bas devient « la couronne de son époux ». La main levée de D.ieu, les bras d’Arikh Anpin, élève Mal'hout au-dessus de la tête ; la terre donnée aux Patriarches est un héritage de bitoul caché, qui n’est pas ressenti.¶35–41
- Chaque jourChaque jour, les émotions commencent en Égypte. La lecture de la Torah écrite, accompagnée des douleurs de l’enfantement que cause la douleur de voir la divinité cachée au cœur, les fait naître sous forme de joie, d’amour et de crainte, et soumet les forces extérieures ; la Torah orale conduit alors à la terre. Puisque l’esprit est nouveau chaque matin, la sortie d’Égypte l’est aussi.¶42–44
Notions clés
- Meitzar Mi (le détroit de Mi)מצר מ״י
- Mitsrayim se lit comme le rétrécissement de Mi, les cinquante portes de Bina : l’intellect se resserre dans la gorge en chemin pour devenir émotion.
- La gorge (garon)גרון
- L’intermédiaire qui transforme l’intellect en émotion : elle n’est ni l’esprit ni le cœur et est plus étroite que les deux ; elle est aussi la source de la voix qui fait naître les sentiments.
- Gestation et naissance (ibbour et leida)עיבור ולידה
- Les émotions qui demeurent cachées dans la gorge sont « en gestation » ; lorsqu’elles se manifestent ouvertement dans le cœur, elles « naissent », ce qui constitue la sortie d’Égypte et la joie.
- État immature et état mature de l’esprit (katnout et gadlout)קטנות וגדלות
- L’état étroit dont la rigueur et les forces extérieures tirent leur nourriture, et l’état posé et mature où elles n’ont aucune prise.
- La Torah écrite et la Torah oraleתורה שבכתב ותורה שבעל פה
- La Torah écrite est 'Hokhma (Abba) : ses lettres fixes ne font qu’évoquer. La Torah orale est Bina et Mal'hout : ses paroles se développent avec la compréhension et révèlent la volonté de D.ieu dans la halakha.
- La terre de tsviארץ צבי
- La Torah orale et Mal'hout : un « cerf » dont la peau grandit avec la chair, et une terre où se révèle tsvi, la volonté suprême.
- Une femme de valeur, couronne de son épouxאשת חיל עטרת בעלה
- Mal'hout, la plus basse des Séfirot, élevée par la « main levée » de D.ieu pour devenir une couronne au-dessus de Zeir Anpin, car la volonté suprême se révèle en elle.
- L’annulation de soi (bitoul)ביטול
- Les réceptacles de Mal'hout sont totalement annulés devant la lumière, et l’étude de la Torah orale est un bitoul si complet qu’il n’est même pas ressenti ; il est supérieur à la joie ressentie.
Les racines en Kabbale ¶1–3
Ce titre indique que ce qui suit est un biour, une explication du maamar qui le précède dans Torah Ohr, sur la paracha Vaéra. Il reprend les idées de ce maamar et en expose les racines dans le langage de la Kabbale et dans le service de D.ieu de l’homme.
Ce titre présente cette section comme une explication du maamar précédent.
Selon la note de Kehot, cette explication a été conservée dans l’écriture manuscrite du Tséma'h Tsédek (manuscrit 82), divisée en sections, et d’autres transcriptions en sont imprimées dans Torah ‘Haïm du Mitteler Rebbe et dans Sefer HaMaamarim 5563 (une transcription de Rabbi Moché, fils de l’Admour Hazaken).
Maré mekomot
- 1ביאור על הנ״ל · נמצא בבוך 82 גוכתי״ק הצ״צ ונחלק לסעי׳. הנחת כ״ק אדה״א בתו״ח וארא (אותיות מרובעות) עא. הנחת הר״מ בן אדה״ז בסה״מ תקס״ג ע׳ קיג. הגהות באוה״ת שמות ע׳ קעז. בד״ה קול דודי תרמ״ג ע׳ קיט נתבארו כמה ענינים מהמאמר.
2להבין שרשי הדברים הנ״ל. הנה כללות כל הדברים הנ״ל הוא ע״פ לשון הקבלה ענין יחוד וזיווג דאו״א וזו״נ. ולבאר הדברים בפרטות הוא שלמעלה בחי׳ מצרים הוא מצר מי.
Pour comprendre les racines des sujets évoqués précédemment. Dans son ensemble, tout ce qui précède correspond, dans le langage de la Kabbale, à l’union et à l’accouplement d’Abba et Imma ('Hokhma et Bina), ainsi que de Zeir Anpin (les attributs émotionnels) et de Noukva (le féminin / Mal'hout). Pour expliquer ces sujets en détail : en haut, le niveau de Mitsrayim (Égypte) est meitzar Mi, « l’étroitesse de Mi ».
Le texte indique que le maamar précédent, exprimé en termes kabbalistiques, traite de deux unions : celle d’Abba et Imma, les Séfirot intellectuelles 'Hokhma et Bina, et celle de Zeir Anpin et Noukva, les Séfirot émotionnelles et Mal'hout. Il commence ensuite par le nom Mitsrayim, qu’il lit comme meitzar Mi, « l’étroitesse de Mi » ; Mi (« Qui »), comme l’explique le paragraphe 10, désigne Bina et ses cinquante portes.
פי׳ כי מבואר בלק״ת פ׳ וישב (ד״ה ועתה נבאר סוד יוסף) כי הגרון נק׳ ארץ מצרים
C’est-à-dire qu’il est expliqué dans Likkutei Torah [de l’Ari Zal], sur la paracha Vayéchev (dans le passage qui commence par « Et maintenant, nous allons expliquer le mystère de Yossef »), que la gorge est appelée « le pays d’Égypte ».
La source est le Likkutei Torah de l’Ari Zal sur la paracha Vayéchev, où la gorge est appelée « le pays d’Égypte ». La gorge est le passage étroit entre la tête et le corps ; elle correspond donc à l’idée d’« étroitesse ».
כי הוא מקום יותר צר שבכל האדם כי הלא ג׳ מוחין ברדתן ובהתפשטותן למטה בגוף שם מתרחבים לכל רוחב הגוף בג׳ קוים.
Car c’est l’endroit le plus étroit de toute la personne. En effet, lorsque les trois mo'hin descendent et se déploient dans le corps, ils s’élargissent alors sur toute la largeur du corps, selon trois lignes.
Une fois descendues dans le corps, les trois facultés intellectuelles — 'Hokhma, Bina et Daat — s’étendent sur toute sa largeur. Elles se déploient selon trois lignes, les lignes droite, gauche et médiane de la Kabbale.
אמנם בהיותם בגרון דהיינו ברדתם מהראש להגרון קודם התפשטותם בגוף שם הם במקום צר עד קצה האחרון ושם הוא סוד מצרים ומהאחוריים היה יניקת מצרים.1
Mais lorsqu’ils se trouvent dans la gorge — c’est-à-dire lorsqu’ils descendent de la tête vers la gorge, avant de se déployer dans le corps —, ils sont alors en un lieu étroit à l’extrême. C’est là le mystère de Mitsrayim, et c’est par l’arrière que l’Égypte tirait sa nourriture.
En descendant de la tête, avant de se déployer dans le corps, les mo'hin doivent traverser la gorge, le passage le plus étroit qui soit ; tel est le sens intérieur de Mitsrayim. La kelipa d’Égypte, la force de dissimulation opposée à la sainteté, tirait sa nourriture de l’« arrière » (a'horayim) de ce passage étroit, c’est-à-dire de son côté extérieur.
Ce paragraphe formule l’ensemble du maamar en termes kabbalistiques et introduit son image centrale : Mitsrayim est la gorge étroite que traversent les mo'hin pour descendre de la tête au corps.
Lire Mitsrayim comme meitzar Mi relie l’Égypte à Bina, la Séfira désignée par Mi. Ce qui est « resserré », c’est l’intellect issu de Bina, comme le précisera le paragraphe 10 : Mi correspond aux cinquante portes de l’intelligence, attirées dans les attributs émotionnels.
Maré mekomot
- 1ביאור על הנ״ל · נמצא בבוך 82 גוכתי״ק הצ״צ ונחלק לסעי׳. הנחת כ״ק אדה״א בתו״ח וארא (אותיות מרובעות) עא. הנחת הר״מ בן אדה״ז בסה״מ תקס״ג ע׳ קיג. הגהות באוה״ת שמות ע׳ קעז. בד״ה קול דודי תרמ״ג ע׳ קיט נתבארו כמה ענינים מהמאמר.
3וזה ענין פרעה אותיות הערף.1 וזהו ופרעה עמד על היאור.2 כי היאור הוא יסוד דאימא הנמשך דרך הגרון עד חזה דז״א ובו מלובש מוח הדעת. ופרעה שהוא הערף בחי׳ גרון עומד על היאר ממש.
Et telle est la signification de Pharaon (פרעה), [dont le nom est formé par] les lettres de ha’oref (הערף), « la nuque ». Et c’est là le sens de « Pharaon se tenait au-dessus du Fleuve ». Car le Fleuve est le Yessod (fondement) d’Imma, qui s’étend par la gorge jusqu’à la poitrine du Zeir Anpin, et dans lequel est revêtu le cerveau de Daat (connaissance). Pharaon, qui est la nuque, le niveau de la gorge, se tient ממש au-dessus du Fleuve.
Pharaon (פרעה) est formé des mêmes lettres que ha’oref (הערף), la nuque ; Pharaon représente donc la gorge vue par derrière. Le « Fleuve » du verset est le Yessod d’Imma, le canal de Bina qui traverse la gorge jusqu’à la poitrine du Zeir Anpin et porte le cerveau de Daat. Le fait que Pharaon « se tienne au-dessus » signifie que la nuque repose directement sur ce canal.
וענין יצ״מ הוא יציאת המוחין ממצר הגרון בהתפשטות בגוף ומשם הם נמשכים בבחי׳ מל׳ שהיא ארץ טובה ורחבה3 מקום רחב. משא״כ הגרון הוא בחי׳ מצרים מקום צר כנ״ל:
Et l’Exode d’Égypte consiste en la sortie des mo'hin de l’étroitesse de la gorge, lorsqu’ils se déploient dans le corps ; de là, ils sont attirés vers le niveau de Mal'hout (souveraineté), qui est « une bonne et vaste terre », un lieu vaste. La gorge, en revanche, est le niveau de Mitsrayim, un lieu étroit, comme dit plus haut.
Intérieurement, l’Exode consiste en la sortie des mo'hin de l’étroite gorge et en leur déploiement dans le corps. De là, ils sont attirés vers Mal'hout, appelée « une bonne et vaste terre », d’après la promesse de D.ieu de faire sortir Israël d’Égypte pour le conduire vers une telle terre ; la gorge, elle, est le « lieu étroit », Mitsrayim.
Le paragraphe identifie Pharaon à la nuque, qui se tient au-dessus du « Fleuve », le canal de Bina traversant la gorge. Il définit l’Exode comme la sortie des mo'hin de la gorge, leur déploiement dans le corps et leur arrivée à Mal'hout, « une bonne et vaste terre ».
La note de Kehot rattache l’interprétation de Pharaon comme ha’oref au Likkutei Torah de l’Arizal sur Vayéchev et au début de Chémot, et indique qu’elle apparaît en de nombreux endroits ; elle cite à ce propos la note du Rabbi sur le maamar « Lo Yeitzei Ha’ish BaSayif » de 5632.
Maré mekomot
- 1פרעה אותיות הערף · לקו״ת להאריז״ל פ׳ וישב. שם ר״פ שמות. ובכ״מ — הערת כ״ק אדמו״ר זי״ע בד״ה לא יצא האיש בסייף תרל״ב.
- 2ופרעה עמד על היאור · Genesis 41:1
- 3
La gorge entre l’esprit et le cœur ¶4–11
4וביאור הדברים הנה תחלה צ״ל מהו ענין הגרון הנקרא ארץ מצרים דקדושה. וענינו הוא שהוא בחי׳ ממוצע שלהיות המשכת המוחין מן הראש ללב הוא ע״י אמצעות הגרון דוקא.
L’explication de ces propos est la suivante : il faut d’abord [comprendre] ce qu’est la gorge, appelée la « terre d’Égypte » de sainteté. Elle est un intermédiaire, car le passage des mo’hin de la tête au cœur s’effectue précisément par la médiation de la gorge.
Avant d’expliquer la Sortie d’Égypte, le texte précise ce qu’est la gorge du côté de la sainteté, la « terre d’Égypte » sainte. C’est un intermédiaire : tout ce que la tête transmet au cœur doit passer par elle.
פי׳ עד״מ באדם כשמתהפך מהשכל למדה. דהיינו שמהשכל שמבין איך שאותו דבר הוא טוב. נתהווה מזה אצלו אהבה ותשוקה לאותו הדבר.
Autrement dit, par analogie, chez l’être humain, lorsqu’il y a transformation de l’intellect en un attribut émotionnel : de l’intellect qui comprend qu’une certaine chose est bonne naissent en lui l’amour et le désir de cette chose.
Le modèle est l’expérience personnelle : lorsqu’un homme comprend qu’une chose est bonne, l’amour et le désir de cette chose naissent en lui. L’intellect s’est transformé en émotion, et l’on verra que la gorge est le lieu de cette transformation.
Le paragraphe commence l’explication détaillée en définissant la gorge, la « terre d’Égypte » sainte, comme l’intermédiaire par lequel l’intellect de la tête parvient au cœur. Il présente ensuite l’exemple humain d’une compréhension qui fait naître l’amour.
5והנה האהבה שנתהוה אצלו שיאהוב אותו דבר הוא מחמת הבנת שכלו שהשיג תחלה בשכלו איך שאותו דבר הוא טוב לפניו ועי״ז נולדה אצלו מדת האהבה לאהוב לאותו דבר.
Or, l’amour qui a pris naissance en lui, de sorte qu’il aime cette chose, provient de la compréhension de son intellect : celui-ci a d’abord saisi comment cette chose lui est bénéfique ; c’est ainsi que naquit en lui l’attribut d’amour, qui le porte à aimer cette chose.
L’amour décrit ici n’est pas arbitraire : il découle de la compréhension. L’intellect saisit d’abord que cette chose lui est bénéfique, et cette saisie donne naissance à l’attribut d’amour.
וזהו ענין התהפכות השכל למדה דהיינו שמבחי׳ השכל שהשיג תחלה בשכלו איך שאותו דבר טוב נמשך המשכה ללב ונתהפך לבחי׳ מדה היא מדת האהבה
Et tel est le sens de la transformation de l’intellect en attribut émotionnel : du niveau de l’intellect, dans lequel il a d’abord saisi comment cette chose est bénéfique, un influx est attiré vers le cœur et se transforme en un attribut émotionnel, à savoir l’attribut d’amour,
Voilà ce que signifie la « transformation de l’intellect en émotion ». La compréhension descend de l’intellect vers le cœur et devient quelque chose d’une autre nature : le sentiment d’amour.
שנולדה בלב מהשכל שבמוח שהולדה זו של המדה הוא מהשכל שנמשך ממוח ללב ונעשה מזה אהבה א״כ מתהפך השכל למדות.
qui naquit dans le cœur à partir de l’intellect situé dans le cerveau. Puisque cette naissance de l’attribut provient de l’intellect qui fut attiré du cerveau vers le cœur et devint amour, il s’ensuit que l’intellect se transforme en attributs émotionnels.
Puisque l’amour naît de l’intellect qui est descendu vers le cœur, le texte conclut que l’intellect lui-même se transforme en attributs émotionnels. L’image de la « naissance » prépare celles de la grossesse et de l’enfantement, employées plus loin dans le maamar.
Ce paragraphe développe l’exemple : l’amour naît de la compréhension ; l’intellect se transforme donc en émotion.
6והנה זהו בחי׳ צמצום לגבי השכל שיתהפך למהות אחר ממש שנעשה מדה וע״ז יש בחי׳ ממוצע המחבר המוח עם הלב והוא הגרון שהוא הממוצע הגורם שיהיה התהפכות השכל למדה ויתחברו המוח עם הלב.
Or, c’est là un tsimtsoum (contraction) par rapport à l’intellect : celui-ci se transforme en une nature tout autre, devenant un attribut émotionnel. À cette fin, il existe un intermédiaire qui relie le cerveau au cœur : la gorge. Cet intermédiaire provoque la transformation de l’intellect en un attribut émotionnel, de sorte que le cerveau et le cœur soient reliés.
Pour que l’intellect devienne émotion, il doit subir une forme de tsimtsoum : quitter sa propre nature et devenir autre chose. Un tel changement nécessite un intermédiaire reliant le cerveau au cœur : la gorge.
והיינו שבגרון יש בחי׳ הקנה שנק׳ שר המשקים (והוושט הוא שר האופים כמ״ש במ״א)1 שממשיך שפע יסוד המים ולחלוחית שבמוח אל הלב כי כל בחי׳ קנה הוא ענין המשכה מלמעלה למטה.
C’est-à-dire que dans la gorge se trouve la trachée (kaneh), appelée « le grand échanson » (et l’œsophage est « le grand panetier », comme cela est expliqué ailleurs), qui fait descendre vers le cœur le flux de l’élément de l’eau et l’humidité présentes dans le cerveau. Car toute kaneh relève d’un processus de descente d’en haut vers le bas.
La gorge contient deux conduits. La trachée (kaneh) est comparée au « grand échanson » de l’histoire de Yossef, car elle transporte vers le cœur l’humidité aqueuse du cerveau ; l’œsophage est comparé au « grand panetier ». Toute kaneh, c’est-à-dire tout « conduit », est un canal qui fait descendre d’en haut vers le bas.
כמו קנה חכמה קנה בינה2 והוא בחי׳ הממוצע לחבר שפע השכל שבמוח להתפשט בבחי׳ מדה בלב.
Comme dans les versets : « Acquiers (keneh) la sagesse, acquiers la compréhension. » Elle est l’intermédiaire qui relie le flux de l’intellect dans le cerveau, afin qu’il se déploie dans le cœur sous la forme d’un attribut émotionnel.
Le verset est cité à cause du mot keneh, « acquiers » : acquérir la sagesse, c’est la faire descendre en soi, et le même mot désigne le conduit. De même, la trachée relie le flux de l’intellect dans le cerveau au cœur, où celui-ci se déploie sous forme d’émotion.
והנה ענין בחי׳ ממוצע הזה בין השכל למדה הרי אינו לא מהות שכל ולא מהות מדה.
Or, cet intermédiaire entre l’intellect et l’attribut émotionnel n’est ni de la nature de l’intellect, ni de celle d’un attribut émotionnel.
Le texte définit précisément l’intermédiaire : il n’est ni intellect ni émotion. Les parties suivantes expliquent pourquoi, en le comparant aux états qui le précèdent et le suivent.
ר״ל דקודם שנמשך השכל בבחי׳ הגרון בהיותו עדיין במוח הוא בחי׳ מהות שכל בתכלית והוא רק היותו משיג איך שהדבר טוב.
C’est-à-dire qu’avant que l’intellect ne soit attiré dans le niveau de la gorge, alors qu’il se trouve encore dans le cerveau, il est entièrement de la nature de l’intellect ; il ne fait que saisir en quoi la chose est bonne.
Avant que l’idée ne pénètre dans la gorge, tant qu’elle se trouve encore dans le cerveau, elle est de l’intellect pur. Elle consiste uniquement à comprendre que la chose est bonne.
וכן לאחר שמתהפך השכל לגמרי למהות מדה (שהוא לאחר שמסתיים יסוד אימא בחזה כדלקמן) אז השכל נעשה מהות מדה3 לגמרי ומגדיל המדה וזהו בחי׳ התפשטות והרחבה.
De même, après que l’intellect s’est entièrement transformé en un attribut émotionnel — c’est-à-dire après que le Yessod d’Imma s’achève au niveau de la poitrine, comme cela sera expliqué plus loin —, il devient entièrement de la nature d’un attribut émotionnel et le développe. C’est là le niveau du déploiement et de l’expansion.
Une fois qu’il est pleinement devenu émotion — dans les termes de la Kabbale, lorsque le Yessod d’Imma s’achève au niveau de la poitrine, comme cela est expliqué au paragraphe 8 —, l’intellect est entièrement émotion et la fait croître ; c’est le « déploiement et l’expansion ». La note de Kehot ajoute, d’après Sefer HaMaamarim 5672, que le changement s’opère par l’intermédiaire d’une cloison (parsa) entre les mo'hin et les attributs émotionnels : la lumière des mo'hin parvient alors sous une autre forme, semblable à la nature de l’émotion.
אך בהיות השפע בחי׳ הממוצע שהוא הגרון דהיינו כשמתצמצם השכל להתהפך לבחי׳ מדה וקודם התהפכותו שעדיין לא נתהפך ממש כ״א הוא מתצמצם להתהפך אז הוא בחי׳ גרון. שהגרון אינו לא ממהות מוחין שבראש.
Mais lorsque le flux se trouve au niveau de l’intermédiaire, qui est la gorge — c’est-à-dire lorsque l’intellect se contracte afin de se transformer en un attribut émotionnel, avant sa transformation, alors qu’il ne s’est pas encore réellement transformé mais se contracte en vue de le faire —, il est alors au niveau de la gorge. Car la gorge n’est pas de la nature des mo'hin qui se trouvent dans la tête
Entre les deux se trouve la gorge : l’intellect se contracte afin de devenir émotion, mais ne l’est pas encore devenu. Cet état intermédiaire explique pourquoi la gorge n’est ni les mo'hin de la tête ni, comme la suite du paragraphe le précise, les émotions du cœur.
Le paragraphe présente la gorge comme l’intermédiaire qui transforme l’intellect en émotion, et la définit comme l’état dans lequel l’intellect s’est déjà contracté, sans être encore devenu émotion.
La note de Kehot sur « l’intellect devient de la nature d’un attribut émotionnel » cite Sefer HaMaamarim 5672, qui précise ce point : comprendre qu’une chose est bonne constitue une « émotion dans l’intellect » et demeure de l’intellect ; l’intellect lui-même ne devient pas émotion. Sa lumière passe plutôt par une cloison et prend la nature de l’émotion. Au sujet de la trachée et de l’œsophage, la note renvoie à Torah Ohr, Yisro (71d), où le passage du cerveau au cœur par l’étroite gorge est appelé Mitsrayim, meitzar Mi, et où le grand boucher est ajouté, dans les veines, comme canal de la descente de Daat.
Maré mekomot
- 1שבגרון יש . . כמ״ש במ״א · ראה בכ״ז לקו״ת להאריז״ל פ׳ וישב. לקמן עא, ד. קב, ג. ובאוה״ת פ׳ שמיני ע׳ לה.
- 2
- 3אז השכל נעשה מהות מדה · וזהו ע״י הפרסא שבין המוחין למדות שעי״ז בא אור המוחין באופן אחר מכמו שהן במוחין ולהיות כמהות המדות. — סה״מ תער״ב ח״ב ע׳ תתעח. וראה שם ע׳ תתנז (פרק תיד) היינו שהאהבה הוא הטעם וג״ז רק מהבנת טוב הדבר שזהו בחי׳ מדות שבשכל רק להיות שזהו הבנת טוב הדבר בעצמו ה״ז מהות מוחין עדיין אבל השכל עצמו אינו נעשה מהות מדה, ע״ש. בסה״מ תרמ״ד ע׳ רכז ובסה״מ תרמ״ז ע׳ קנב ובסה״מ תרנ״א ע׳ קנה, מצוין לכאן.
7ולא ממהות מדות שבלב שאינו מהות שכל שהרי בהיות השפע בגרון היינו שכבר ירד ממהות שכל שבמוח להיות יורד ונמשך להתהפך למהות מדה.
ni de la nature des attributs émotionnels du cœur. Car ce n’est pas de nature intellectuelle : lorsque le flux se trouve dans la gorge, il est déjà descendu de la nature de l’intellect dans le cerveau et poursuit sa descente et son prolongement [pour] se transformer en la nature d’un attribut émotionnel.
La gorge n’est pas l’intellect, car le flux a déjà quitté le cerveau et est en chemin pour devenir une émotion.
וגם אינו מהות מדה שלא בא עדיין לכלל מהות מדה. וזהו בחי׳ הפסק בין מהות שכל למהות מדה
Ce n’est pas non plus de la nature d’un attribut émotionnel, car il n’en a pas encore atteint la nature. Tel est le niveau d’une interruption entre la nature de l’intellect et celle d’un attribut émotionnel,
Ce n’est pas encore une émotion, car il n’a pas atteint cet état. La gorge est donc une interruption entre ces deux natures.
דהיינו ביני לביני ונק׳ מקום החתך כשירד ממהות הראשון שהיה מהות שכל ולמהותו השני שהיא מהות מדה עדיין לא הגיע
c’est-à-dire un état intermédiaire, et l’on appelle cela « le lieu de la coupure » : il est descendu de sa première nature, qui était celle de l’intellect, mais n’a pas encore atteint sa seconde nature, celle d’un attribut émotionnel.
L’expression araméenne « entre les deux » désigne un état qui n’appartient à aucun des deux côtés. Ce point intermédiaire est également appelé « le lieu de la coupure » : la première nature a été quittée, tandis que la seconde n’a pas encore été atteinte.
(ולכן זהו המקום היותר צר שבכל הגוף דהנה המדות הם בבחי׳ התפשטות. ויש יותר אפי׳ מן השכל המולידם וכמשל המעיין שביציאתו הוא דק
(C’est pourquoi c’est l’endroit le plus étroit de tout le corps. En effet, les attributs émotionnels sont dans un état d’expansion, et s’étendent même davantage que l’intellect qui leur donne naissance. C’est comme une source, dont le filet est mince à sa sortie,
La parenthèse explique pourquoi la gorge est l’endroit le plus étroit. Les émotions ont par nature tendance à s’étendre, même davantage que l’intellect qui les a produites, comme une source dont le filet est mince à son origine.
ואח״כ כשנמשך בהתפשטות נעשה ממנו נהר גדול כו׳ כך אנו רואים שהמדה מתרחבת מעצמה בבואה בלב יותר מן השכל המולידה כמשל הכועס על חבירו מאיזה טעם שכשמתפשט הכעס בלב מתגדל יותר מכח הטעם שהולידו וכן באהבה כו׳.
puis, à mesure qu’il se prolonge et se répand, il en devient un grand fleuve, etc. De même, nous voyons que l’attribut émotionnel s’élargit de lui-même lorsqu’il parvient au cœur, davantage que l’intellect qui lui a donné naissance. Prenons l’exemple de quelqu’un qui se met en colère contre son prochain pour une raison quelconque : lorsque la colère se répand dans le cœur, elle devient plus grande que la force de la raison qui l’a suscitée. Il en va de même pour l’amour, etc.
La source devient un grand fleuve ; de même, une émotion s’amplifie lorsqu’elle atteint le cœur. La colère contre quelqu’un, née d’une raison quelconque, devient bientôt bien plus forte que cette raison elle-même ; il en va de même pour l’amour.
וזש״ש בלק״ת שבהיות המוחין בגוף הם בהתפשטות ומרחב יותר מבהיותן בראש. ועמ״ש בד״ה ששים המה מלכות1 בענין נהרא מכפיה מיברך.2
C’est ce qui est écrit là, dans le Likkutei Torah [de l’Arizal] : lorsque les mo'hin se trouvent dans le corps, ils sont dans une plus grande expansion et une plus grande ampleur que lorsqu’ils se trouvent dans la tête. Voyez aussi ce qui est écrit dans le maamar qui commence par « Soixante reines », au sujet de « Un fleuve est béni par ses rives ».
Cela correspond à ce qui est écrit dans le Likkutei Torah de l’Arizal : les mo'hin disposent de plus d’espace dans le corps que dans la tête. Le texte renvoie également au maamar sur le verset « Soixante reines » et à son explication de l’expression « Un fleuve est béni par ses rives », qui s’accorde avec l’image de la source devenant un fleuve.
אמנם עכ״פ בעודן בראש הם ג״כ במרחב יותר מכשנמשכין בגרון שאז הן בתכלית הצרות להיות שירדו ממהות שכל ועדיין לא הגיעו למהות מדה רק עומדין להתהפך כו׳. ולפיכך הם בתכלית הצמצום שאינן לא מהות זה ולא מהות זה):
Toutefois, en tout état de cause, tant qu’ils sont dans la tête, ils disposent eux aussi d’une plus grande ampleur que lorsqu’ils sont prolongés dans la gorge. Là, en effet, ils sont dans l’extrême étroitesse : ils sont descendus de la nature de l’intellect sans avoir encore atteint celle d’un attribut émotionnel, et ne font que s’apprêter à se transformer, etc. C’est pourquoi ils sont dans l’extrême contraction, n’étant ni de cette nature ni de celle-là.)
Même dans la tête, les mo'hin disposent néanmoins de plus d’espace que dans la gorge. Dans la gorge, ils ont quitté l’intellect sans être encore devenus émotion : ils se trouvent donc dans leur état le plus étroit, « ni ceci ni cela ».
Ce paragraphe achève de définir la gorge comme une interruption entre l’intellect et l’émotion, et explique pourquoi elle est le point le plus étroit : en amont, les mo'hin sont amples dans la tête, et en aval, ils s’élargissent encore dans le cœur.
L’image de la source qui devient un fleuve montre que l’émotion, une fois née, s’amplifie d’elle-même au-delà de la raison qui l’a produite. C’est pourquoi le passage de l’esprit au cœur est une véritable transformation, et non une simple transmission, et pourquoi le point de passage est le plus étroit de tous. Le maamar mentionné ici se trouve dans le Likkutei Torah sur le Cantique des Cantiques, où l’expression « Un fleuve est béni par ses rives » est interprétée ainsi : une fois sorti de la source cachée, le fleuve s’accroît de lui-même à partir de sa source.
Maré mekomot
- 1
- 2נהרא מכפיה מיברך · Bekhorot 55b:5–6
8והנמשל מזה יובן למעלה. דהנה ענין יסוד אימא שמסתיים בחזה דז״א.12 פי׳ שאימא הוא בחי׳ בינה שהוא בחי׳ השגת השכל.
On peut comprendre à partir de cela l’analogie dans les mondes supérieurs. Considérons à présent le Yessod d’Imma, qui s’achève à la poitrine du Zeir Anpin. Autrement dit, Imma est le niveau de Bina (compréhension), qui est celui de la saisie intellectuelle.
Après avoir présenté le modèle humain, le texte l’applique aux mondes supérieurs, aux Séfirot. Imma est Bina, l’intellect qui saisit et développe une idée ; selon la Kabbale, son Yessod, le canal par lequel elle transmet, descend jusqu’à la poitrine du Zeir Anpin et s’y achève.
והז״א הוא בחי׳ המדות דאצי׳. והתהוות המדות הוא מהשכל כנ״ל במשל. וזהו שיסוד אימא מסתיים בחזה
Le Zeir Anpin est le niveau des attributs émotionnels (midot) d’Atsilout (Émanation). Les attributs émotionnels naissent de l’intellect, comme dans l’analogie expliquée plus haut. C’est là le sens du Yessod d’Imma qui s’achève à la poitrine,
Le Zeir Anpin est constitué des attributs émotionnels du Monde d’Atsilout et, comme dans le modèle humain, ceux-ci naissent de l’intellect. Ainsi, le Yessod d’Imma qui s’achève à la poitrine décrit le point où l’intellect cède la place à l’émotion.
דהיינו מה שנתהפך שפע השכל להיות בחי׳ מדה (ובמ״א נתבאר ענין עד החזה להיות כי גם המדות אע״פ שעיקרן הן בחי׳ מדות לבד מ״מ כלולים ג״כ מג׳ בחי׳ חב״ד חג״ת נה״י.
c’est-à-dire le flux de l’intellect qui se transforme pour devenir un attribut émotionnel. (Ailleurs, le sens de « jusqu’à la poitrine » est expliqué ainsi : même les attributs émotionnels, bien qu’ils soient essentiellement de simples attributs émotionnels, sont eux aussi composés de trois niveaux : 'Hokhma, Bina et Daat ; 'Hessed, Guevoura et Tiferet ; Netsa'h, Hod et Yessod.)
Cette partie précise le sens de l’achèvement du Yessod d’Imma à la poitrine : c’est là que le flux de l’intellect devient émotion. La longue parenthèse explique ensuite pourquoi le point se situe à la poitrine : chaque attribut émotionnel se compose lui-même de trois niveaux — un niveau intellectuel ('Hokhma, Bina et Daat), un niveau émotionnel ('Hessed, Guevoura et Tiferet) et un niveau d’action (Netsa'h, Hod et Yessod).
והוא בחי׳ הטעם והפנימי׳ של החסד ועצם החסד ובחי׳ ההשפעה שלו ונק׳ ג׳ בחי׳ אלו ג״כ ג׳ שלישים.3
Il s’agit du niveau de la raison et de la dimension intérieure du 'Hessed, du 'Hessed lui-même, et du niveau de son effusion. Ces trois niveaux sont également appelés « trois tiers ».
Prenons le 'Hessed (bonté) comme exemple : il comporte une raison intérieure qui le suscite, la bonté elle-même et l’acte de la prodiguer. Ces trois niveaux sont appelés les « trois tiers » de l’attribut.
והנה שליש העליון והוא בחי׳ חב״ד של עצם המדה ולא חב״ד ממש וזהו ענין עד החזה ובחי׳ עצם החסד זהו שליש האמצעי.
Le tiers supérieur est le niveau de 'Hokhma, Bina et Daat de l’attribut émotionnel lui-même, et non de véritables 'Hokhma, Bina et Daat ; c’est là le sens de « jusqu’à la poitrine ». Le niveau du 'Hessed lui-même constitue le tiers médian,
Le tiers supérieur est l’« intellect au sein de l’émotion », la raison interne à l’attribut, et non l’intellect véritable ; il s’étend « jusqu’à la poitrine ». La bonté elle-même constitue le tiers médian.
והוא מהחזה עד הטבור. ובחי׳ נה״י של עצם המדה זהו בחי׳ שליש התחתון מהטבור עד הירכים. והוא מקור לנה״י של כללות הפרצוף שהן הרגלים. והשליש העליון הוא הפונה למעלה לקבל מעילתו.
qui va de la poitrine au nombril. Le niveau de Netsa'h, Hod et Yessod de l’attribut émotionnel lui-même constitue le tiers inférieur, du nombril aux cuisses ; il est la source de Netsa'h, Hod et Yessod de l’ensemble du partsouf, qui sont les jambes. Le tiers supérieur est celui qui se tourne vers le haut pour recevoir de sa cause.
Sur la carte corporelle du partsouf, le tiers médian va de la poitrine au nombril, et le tiers inférieur du nombril aux cuisses ; ce dernier est la source des jambes, c’est-à-dire de Netsa'h, Hod et Yessod de l’ensemble du partsouf. Le tiers supérieur se tourne vers le haut pour recevoir de sa source supérieure.
וזהו שיסוד אימא מסתיים בחזה והיינו שמחב״ד האמתיים שהן המוחין שבראש נמשך להיות מוחין ובחי׳ חב״ד למדות שבלב שזהו ענין השליש העליון. ומ״מ אנו אומרים שהשכל מתהפך למדה ממש.
C’est là le sens du Yessod d’Imma qui s’achève à la poitrine : des véritables 'Hokhma, Bina et Daat — les mo'hin de la tête — découle un flux qui devient les mo'hin, le niveau de 'Hokhma, Bina et Daat des attributs émotionnels du cœur ; tel est le tiers supérieur. Pourtant, nous disons que l’intellect se transforme en un attribut émotionnel véritable.
Ainsi, le Yessod d’Imma qui s’achève à la poitrine signifie que l’intellect véritable de la tête transmet un flux qui devient l’« intellect » des émotions, leur tiers supérieur. Le texte affirme néanmoins que l’intellect se transforme réellement en émotion.
כי בחי׳ שליש העליון דהגוף הוא מהות מדה ממש רק שנק׳ מוחין בערך המדות. אבל לגבי עצם השכל נק׳ זה שמתהפך למהות מדה ממש):
Car le tiers supérieur du corps est, par sa nature même, un véritable attribut émotionnel ; il n’est appelé mo'hin que par rapport aux attributs émotionnels. Mais par rapport à l’intellect lui-même, cela s’appelle se transformer en la nature même d’un attribut émotionnel.)
La raison en est que le tiers supérieur du corps est réellement de l’ordre de l’émotion ; on l’appelle « mo'hin » uniquement en comparaison avec les émotions qui se trouvent au-dessous. Par rapport à l’intellect proprement dit, ce qui s’y produit est une véritable transformation en émotion.
Le paragraphe applique le modèle humain aux Séfirot : le Yessod d’Imma (Bina) qui s’achève à la poitrine du Zeir Anpin marque le point où l’intellect devient émotion. La parenthèse explique pourquoi ce point se situe à la poitrine : chaque attribut comporte trois tiers, et le tiers supérieur, au-dessus de la poitrine, constitue l’intellect propre à l’attribut.
La note de Kehot renvoie à Etz Chaim, porte 21, chapitre 3, pour le Yessod d’Imma qui s’achève à la poitrine du Zeir Anpin ; elle indique aussi que l’Or HaTorah renvoie à ce passage ainsi qu’à l’Or Torah du Maguid sur « la poitrine de la teroufa ». Pour les « trois tiers », elle renvoie au maamar « Kol HaNehneh » de 5652. Etz Chaim indique que la poitrine, qui marque la fin du tiers supérieur du Tiferet du Zeir Anpin, est généralement l’endroit où s’achève le Yessod d’Imma ; au-dessous, les 'Hassadim se révèlent et, à partir de cette lumière, la Noukva est construite derrière le Zeir Anpin — un point repris au paragraphe 17.
Maré mekomot
- 1יסוד אימא שמסתיים בחזה דז״א · ע״ח שכ״א פ״ג. באוה״ת מג״א ע׳ ערב מציין לכאן. ומציין לאו״ת מהמגיד בפי׳ חזה התנופה. ע״ש בפי׳ חזה.
- 2יסוד אימא שמסתיים בחזה דז״א · Sefer Etz Chaim 21:3
- 3ג׳ שלישים · ראה בד״ה כל הנהנה תרנ״ב.
9אמנם צ״ל בחי׳ ממוצע לחבר בחי׳ יסוד אימא עם המדות שהוא בחי׳ ז״א והוא בחי׳ הגרון ששם מתחילין המוחין להתהפך להיות חיות למדות וירדו ממהותן הראשון שהיו בחי׳ שכל בחי׳ גדלות המוחין.
Cependant, il faut un intermédiaire pour unir le Yessod d’Imma aux attributs émotionnels, qui sont le Zeir Anpin. Il s’agit du niveau de la gorge, où les mo’hin commencent à se transformer pour devenir la force vitale des attributs émotionnels ; ils sont descendus de leur nature première, où ils étaient intellect, c’est-à-dire l’état de maturité des mo’hin (gadlout).
Entre le Yessod d’Imma, qui relève de l’intellect, et le Zeir Anpin, qui relève des émotions, un intermédiaire est nécessaire : la gorge. C’est là que les mo’hin commencent à devenir la force vitale des émotions, après avoir quitté leur état premier d’intellect dans sa pleine maturité (gadlout).
Ce paragraphe situe la gorge dans la représentation kabbalistique : elle est l’intermédiaire où l’intellect mûr d’Imma commence à se transformer en vie pour les émotions du Zeir Anpin.
10ועתה בגרון נתצמצם בבחי׳ קטנות המוחין בכדי להתהפך למדה ולכך שם הוא בחי׳ מצרים מצר מ״י.
Et maintenant, dans la gorge, il se contracte au niveau des mo'hin à l’état immature (katnout), afin de se transformer en attribut émotionnel. C’est pourquoi s’y trouve le niveau de Mitsrayim, meitsar Mi.
Pour se transformer en émotion, l’intellect se contracte dans la gorge et passe à un état « petit » ou immature (katnout), à l’opposé de gadlout. C’est pourquoi la gorge est Mitsrayim, meitsar Mi, « l’étroitesse de Mi ».
בחי׳ מ״י הם נש״ב הנמשכים במדות כשהם בגרון הם בתכלית המצר והקטנות שהרי הוא בחי׳ מצר וקטנות לגבי המוחין כשהן בראש כנ״ל.
Le niveau de Mi correspond aux cinquante portes de Bina, qui se déploient dans les attributs émotionnels. Lorsqu’elles se trouvent dans la gorge, elles sont dans l’étroitesse et l’immaturité les plus extrêmes, car elles se situent dans un état d’étroitesse et d’immaturité par rapport aux mo'hin lorsqu’ils sont dans la tête, comme on l’a dit plus haut,
Mi (מ״י) a pour valeur numérique cinquante et désigne les cinquante portes de Bina, l’intellect qui se déverse dans les émotions. Dans la gorge, cet intellect est à son état le plus étroit et le plus réduit, comparé à son état dans la tête.
Ce paragraphe explique le nom meitsar Mi : dans la gorge, les cinquante portes de Bina, Mi, sont resserrées dans un état immature, avant de devenir émotion.
11וגם לגבי המדות שבלב שכשנעשה מהות מדה הנה אז השכל מגדיל המדה להיות בהתפשטות רב כנ״ל.
Et aussi en ce qui concerne les attributs émotionnels du cœur : lorsque l’attribut est devenu une nature émotionnelle, l’intellect l’amplifie alors, de sorte qu’il se déploie largement, comme dit plus haut.
La gorge est elle aussi étroite par rapport au cœur, où l’intellect, devenu émotion, fait que celle-ci se déploie largement.
משא״כ בגרון אינו עדיין מהות מדה בהתגלות וגם אינו בגדלות המוחין ע״כ זהו מצר יותר מבחי׳ השכל ומבחי׳ המדות.
Dans la gorge, en revanche, il n’est pas encore de nature émotionnelle sous une forme révélée, et il n’est pas non plus dans l’état de maturité des mo'hin. C’est pourquoi elle est plus étroite que le niveau de l’intellect et que celui des attributs émotionnels.
Dans la gorge, le flux n’est ni une émotion révélée ni un intellect parvenu à maturité ; elle est donc plus étroite que l’un comme que l’autre. Cela achève d’expliquer pourquoi la gorge est appelée « l’étroit ».
Ce paragraphe complète la comparaison : la gorge est plus étroite aussi bien que l’intellect dans la tête que les émotions dans le cœur.
'Haran, la gestation et Pharaon ¶12–14
C’est là ce que l’on trouve dans les écrits de l’Ari Zal : garon (la gorge) et Charan relèvent d’une seule et même notion, comme il est expliqué dans le Likkutei Torah [de l’Ari Zal], au début de la paracha Vayetsé : les deux ont la même valeur numérique.
Les écrits de l’Ari Zal établissent un lien entre la gorge (garon, גרון) et Charan (חרן), la ville vers laquelle Yaakov se mit en route au début de la paracha Vayetsé, car les deux mots ont la même valeur numérique. Le texte cite le Likkutei Torah sur cette paracha, parmi les écrits de l’Ari Zal.
להיות כי בחי׳ הגרון הוא מצר וקטנות ע״כ זהו ענין בחי׳ חרן כי הדינים והגבורות נמשכים מצד קטנות המוחין כנודע ממשל התנוק שאינו יכול כלל לסבול דבר שכנגד רצונו מחמת ששכלו קטן ביותר
Puisque le niveau de la gorge est celui de l’étroitesse et de l’immaturité, il correspond donc à celui de Charan. En effet, les jugements et les rigueurs (guevourot) procèdent de l’immaturité des mo’hin, comme on le sait d’après l’image du nourrisson, qui ne peut absolument pas supporter quoi que ce soit qui aille à l’encontre de sa volonté, car son intellect est extrêmement limité ;
La gorge, lieu d’étroitesse et d’immaturité, est à l’origine des jugements rigoureux (dinim et guevourot), et Charan, qui évoque charon, la « colère », les représente. Un jeune enfant l’illustre : son esprit étant limité, il ne peut supporter quoi que ce soit qui contrarie sa volonté.
אבל סבא דעתוהי סתים שיוכל לסבול מה שנגד רצונו מחמת שדעתו מתיישבת מבחי׳ מוחין דגדלות כמ״ש בישישים חכמה2 לכן מבחי׳ גרון נמשך בחי׳ חרן:
mais un ancien, dont l’esprit est recueilli, peut supporter ce qui va à l’encontre de sa volonté, car son esprit est posé, grâce au niveau des mo’hin de maturité, comme il est écrit : « La sagesse se trouve chez les anciens. » C’est pourquoi, du niveau de la gorge, émane le niveau de Charan.
Un ancien, dont l’intelligence est posée et mûre, peut supporter ce qui contrarie sa volonté, comme le dit le verset : « La sagesse se trouve chez les anciens. » Ainsi, la gorge étroite et immature est à l’origine de « Charan », la rigueur.
Le paragraphe relie la gorge à Charan par la guématria rapportée par l’Ari Zal, puis explique pourquoi l’étroitesse de l’esprit engendre la rigueur, à l’aide du contraste entre l’enfant et l’ancien.
Selon le calcul ordinaire, גרון vaut 259 et חרן 258 ; les deux sont égaux si l’on ajoute une unité pour le mot lui-même (im hakollel), selon une méthode de calcul courante chez les kabbalistes. La note de Kehot renvoie à Torah Ohr, Shemos (51a), où le départ de Yaakov de Be’er Sheva vers Charan est interprété de la même manière : la gorge et charon ne font qu’un, et les émotions qui descendirent dans la gorge étroite devinrent amères ; c’est cette amertume avec laquelle l’Égypte « rendit amère la vie » de nos ancêtres.
Maré mekomot
- 1דגרון וחרן הוא ענין אחד · ראה גם לעיל נא, א.
- 2בישישים חכמה · Job 12:12
13והנה בחי׳ זו שהוא בחי׳ היות המוחין בגרון הנ״ל הנק׳ מצרים הוא בחי׳ עבור כנזכר בפע״ח בשער הפסח שבחי׳ עבור הוא שז״א הוא כלול תלת גו תלת בבחי׳ עבור בבטן אימא.
Or, ce niveau où les mo'hin se trouvent dans la gorge, comme décrit plus haut, et qui est appelé Mitsrayim, est le niveau de l'ibbour (gestation), comme il est mentionné dans Pri Etz Chaim, dans la Porte de Pessa'h : le niveau de l'ibbour est celui où le Zeir Anpin est inclus « trois dans trois », en état de gestation dans le sein d'Imma.
Pri Etz Chaim, dans sa Porte de Pessa'h, décrit un état du Zeir Anpin appelé ibbour, gestation dans le sein d'Imma, où il est inclus « trois dans trois » : ses trois attributs inférieurs sont repliés à l'intérieur des trois qui les précèdent, comme un fœtus. Les mo'hin retenus dans la gorge, Mitsrayim, correspondent à cet état de gestation.
שזהו ענין העבור הוא שהגרון מפסיק בנתיים ואין המדות מתגלים בבחי׳ לידה וגילוי ממש בלב. והוא למטה ג״כ בעבודה ענין העבור ג״כ כנ״ל שהוא בבחי׳ מצר הגרון.
Car telle est la signification de la gestation : la gorge s'interpose et les attributs émotionnels ne se révèlent pas dans le cœur sous la forme d'une naissance et d'une révélation effective. Il existe également, en bas, dans le service [divin], cette même notion de gestation, comme dit plus haut : elle se trouve dans l'étroitesse de la gorge.
Dans la gestation, la gorge s'interpose entre l'intellect et le cœur ; les émotions ne sont donc pas encore « nées » et révélées dans le cœur. Le même état existe dans le service de D.ieu d'une personne.
שהוא כשמשיג היטב גדולתו ית׳ ויש לו אהוי״ר בהעלם ואינו מוציאן לידי גילוי שיהיו בהתגלות לבו.
C'est-à-dire lorsqu'on comprend bien Sa grandeur, béni soit-Il, et que l'on éprouve de l'amour et de la crainte à l'état latent, mais qu'on ne les fait pas surgir pour qu'ils se révèlent dans son cœur.
Une personne peut bien comprendre la grandeur de D.ieu et éprouver en elle de l'amour et de la crainte ; pourtant, ceux-ci restent cachés et ne deviennent jamais des sentiments manifestes dans son cœur.
והוא מחמת שהם בבחינת מעצור הגרון שנשארים שם בבחי׳ עבור והעלם ואינן באים לידי גילוי בלב כו׳:
Cela tient au fait qu'ils se trouvent dans l'obstruction de la gorge ; ils y demeurent en état de gestation et de dissimulation, sans parvenir à se révéler dans le cœur, etc.
La raison en est une obstruction dans la gorge : les sentiments y restent à l'état de gestation et de dissimulation, sans parvenir au cœur.
Ce paragraphe identifie Mitsrayim, les mo'hin retenus dans la gorge, à l'état de gestation kabbalistique, puis en montre l'équivalent chez une personne dont la compréhension de D.ieu ne se traduit pas encore par un amour et une crainte manifestes.
Dans le schéma de l'Ari Zal, le Zeir Anpin se développe à travers la gestation puis la naissance ; le maamar met l'exil d'Égypte en correspondance avec la gestation et, au paragraphe 15, l'Exode avec la naissance.
14וזהו ג״כ ענין הפסוק ופרעה עמד על היאור.1 דהיינו כשהז״א הוא בבחי׳ עבור שזהו סוד מצרים אז נאמר ופרעה עמד כו׳ כי היאור הוא יסוד דאימא שבו המוחין בבחי׳ עבור והעלם.
C’est aussi le sens du verset : « Pharaon se tenait au-dessus du Fleuve. » Autrement dit, lorsque Zeir Anpin se trouve dans l’état de gestation, qui est le mystère de Mitsrayim, il est alors dit : « Pharaon se tenait », etc. Car le Fleuve est le Yessod d’Imma, où les mo’hin sont dans un état de gestation et de dissimulation,
Le verset sur Pharaon se tenant au-dessus du Fleuve prend ainsi tout son sens : lorsque Zeir Anpin est en gestation, les mo’hin sont cachés dans le « Fleuve », le Yessod d’Imma qui traverse la gorge.
והיינו כשהם בבחי׳ מצר הגרון כנ״ל ולשם פרעה שהוא הערף עומד ודורך על היאור הנ״ל ומעכב שלא יהיה הלידה כו׳. ובעבודת ה׳ היינו בחינת רצונות הזרות המעכבים גילוי המדות כו׳:
c’est-à-dire lorsqu’ils se trouvent dans l’étroitesse de la gorge, comme dit plus haut. Là, Pharaon, qui est la nuque, se tient et foule le Fleuve mentionné plus haut, empêchant ainsi la naissance, etc. Dans le service de D.ieu, cela correspond au niveau des désirs étrangers qui empêchent le dévoilement des attributs émotionnels, etc.
Pharaon, l’arrière de la nuque, se tient sur ce canal et foule celui-ci, empêchant la naissance. Chez l’homme, cela désigne les désirs étrangers qui empêchent l’amour et la crainte de s’exprimer dans le cœur.
Ce paragraphe relit « Pharaon se tenait au-dessus du Fleuve » comme désignant la force située à l’arrière de la nuque, qui maintient les émotions en gestation et qui, chez l’homme, correspond aux désirs étrangers faisant obstacle au sentiment.
Maré mekomot
- 1ופרעה עמד על היאור · Genesis 41:1
Naissance, voix et joie ¶15–18
15והנה אחר שנתבאר ענין מצרים שהוא הגרון וגלות מצרים הוא בהיות הז״א בבחי׳ עבור שם.
Or, après avoir expliqué la notion de Mitsrayim, qui correspond à la gorge, et montré que l’exil d’Égypte a lieu lorsque Zeir Anpin s’y trouve au niveau de la gestation,
Cela résume ce qui a été établi : Mitsrayim correspond à la gorge, et l’exil d’Égypte est le temps où Zeir Anpin y est retenu dans un état de gestation.
מעתה יש לבאר ענין יצ״מ שהוא בחי׳ לידה דהיינו שהמדות יוצאים לידי גילוי מן ההתבוננות ואז הוא הגדלת המדות.
nous pouvons maintenant expliquer la sortie d’Égypte, qui correspond au niveau de la naissance : les attributs émotionnels sortent de la contemplation pour se révéler, et alors ils prennent de l’ampleur.
La sortie d’Égypte est donc une naissance : les émotions se manifestent à la suite de la contemplation, puis prennent de l’ampleur. Dans le service de D.ieu, cela correspond au moment où la méditation sur la grandeur de D.ieu fait enfin naître un amour et une crainte ressentis.
Le paragraphe résume l’exil comme une gestation dans la gorge et présente la sortie d’Égypte comme une naissance, c’est-à-dire la révélation et l’épanouissement des émotions.
16והנה המוציאן מבחי׳ ההעלם שהוא העבור לידי גילוי שהיא הלידה הוא ג״כ הגרון הנ״ל כי הגרון ממנו נמשך הקול. והקול הוא המוציא את המדות מההעלם הנ״ל לידי גילוי.
Or, ce qui les fait passer de l’état caché — qui est la gestation — à la révélation — qui est la naissance — est également la gorge mentionnée plus haut, car la voix émane de la gorge. Et c’est la voix qui fait passer les attributs émotionnels de l’état caché mentionné plus haut à la révélation.
La même gorge qui retient les émotions les libère aussi, car la voix en émane. La voix fait sortir les émotions cachées pour les révéler, comme le maamar va l’expliquer à propos de la voix de la lecture de la Torah.
והנה מבואר לעיל איך כי בחי׳ לידה זו וגילוי זה של המדות הוא ג״כ בחי׳ שמחה כי השמחה היא בחי׳ הגלוי כשהמלך בשמחה הוא מתגלה.
Or, il a été expliqué plus haut que cette naissance et cette révélation des attributs émotionnels relèvent également de la joie. Car la joie est un aspect de la révélation : lorsque le roi est joyeux, il se révèle.
Le maamar précédent a expliqué que cette naissance des émotions est également la joie, car la joie signifie la révélation. Lorsqu’un roi est joyeux, il se montre ouvertement.
Ce paragraphe désigne la voix qui émane de la gorge comme ce qui fait passer les émotions de la gestation à la naissance, et relie cette naissance à la joie, qui est révélation.
17וענין שמחה זו היא כמ״ש מה יפית ומה נעמת אהבה בתענוגים ומבואר שם שהיא בחי׳ כנס״י שנק׳ שמחה שהיא בחי׳ גילוי עלמא דאתגליא.
Et cette joie est celle dont il est écrit : « Que tu es belle et que tu es agréable, amour dans les délices. » Il est expliqué là qu’il s’agit du niveau de Knesset Israël (l’Assemblée d’Israël), qui est appelé « joie », car il est le niveau de la révélation du monde révélé (alma de’itgalya).
La joie qui naît avec les attributs émotionnels est liée au verset : « Que tu es belle et que tu es agréable, amour dans les délices. » Le texte rappelle l’explication selon laquelle il s’agit de Knesset Israël, l’Assemblée d’Israël, que la Kabbale identifie à Mal’hout. Elle est appelée « joie » parce qu’elle est le monde révélé, le niveau où la divinité se manifeste ouvertement.
והיא הנקראת ג״כ אהבה בתענוגים. וביאור שרש הענין הוא דמבואר למעלה שהלידה הוא כשיוצא ז״א מבטן אימא לידי גלוי.
C’est aussi ce qui est appelé « amour dans les délices ». Pour expliquer la racine de la question, il a été expliqué plus haut que la naissance a lieu lorsque Zeir Anpin sort du ventre d’Imma pour se révéler.
Knesset Israël est également appelée « amour dans les délices ». Pour en expliquer la racine, le texte revient à la notion de naissance : Zeir Anpin, c’est-à-dire les attributs émotionnels, sort du ventre d’Imma pour se manifester ouvertement.
והנה אז מתחיל בנין פרצוף המל׳ שהיא בחי׳ הנוקבא כי היא מתחלת מאחורי ז״א (כנזכר בע״ח שיש נקב כנגד החזה דז״א מאחוריו שדרך שם יוצאת המל׳.
Alors commence la construction de la configuration (partsouf) de Mal’hout, qui est le niveau de Noukva, car elle commence derrière Zeir Anpin. (Comme il est mentionné dans Etz Chaim : il y a une ouverture en face de la poitrine de Zeir Anpin, dans son dos, par laquelle Mal’hout sort.
Une fois Zeir Anpin né, commence la construction de la configuration de Mal’hout, la Noukva, ou contrepartie féminine. Selon Etz Chaim, elle commence derrière Zeir Anpin et sort par une ouverture dans son dos, en face de sa poitrine.
Tel est le sens de : « Mon bien-aimé a avancé la main par l’ouverture. ») C’est-à-dire que la construction de la configuration de la Noukva commence derrière Zeir Anpin, qui représente la dimension extérieure ('hitsoniyout).
Le verset « Mon bien-aimé a avancé la main par l’ouverture » est interprété comme une allusion à cette ouverture. Commencer « derrière » signifie que la Noukva est d’abord construite à partir de la dimension extérieure de Zeir Anpin.
וזהו דשמחה שהיא כנס״י עלמא דאתגלייא היא מתהווה לאחר לידת ז״א שאז אח״כ בהתגלות יסוד אימא בחזה דז״א שזהו לידת המדות הנק׳ ז״א אז מתחיל התהוות פרצוף הנוק׳.
C’est pourquoi la joie, qui est Knesset Israël, le monde révélé, advient après la naissance de Zeir Anpin : ensuite, lorsque le Yessod d’Imma se révèle au niveau de la poitrine de Zeir Anpin — ce qui correspond à la naissance des attributs émotionnels appelés Zeir Anpin —, la formation de la configuration de la Noukva commence.
Cela explique pourquoi la joie, Knesset Israël, le monde révélé, advient après la naissance de Zeir Anpin. C’est seulement lorsque le Yessod d’Imma se révèle au niveau de la poitrine, ce qui correspond à la naissance des attributs émotionnels, que la Noukva commence à se former.
אך תוכן הענין שיש ב׳ בחינות בהמל׳ בחי׳ חיצוניות ופנימיות כנז׳ (בזוהר הרקיע) ר״פ בראשית על מאמר כשושנה3 כו׳
Mais le fond de la question est que Mal’hout comporte deux niveaux : la dimension extérieure et la dimension intérieure, comme il est mentionné (dans Zohar HaRakia), au début de la paracha Bereishit, à propos de la phrase « Comme un lis », etc.,
Le point plus profond est que Mal’hout possède une dimension extérieure et une dimension intérieure. Le texte cite Zohar HaRakia, un commentaire kabbalistique sur le Zohar, au début de Bereishit, à propos des premiers mots du Zohar sur « un lis parmi les épines ».
כן רעיתי שבחי׳ חיצוניות המל׳ דהיינו מה שיורדת לבי״ע להחיותן זהו ענין שושנה בין החוחים.4 ובחי׳ פנימית המל׳ שאינה יורדת כלל הוא בחי׳ רעיתי.
« Ainsi est ma bien-aimée » : la dimension extérieure de Mal’hout, c’est-à-dire ce qui descend dans [les mondes de] Béria, Yetsira et Assiya pour leur donner vie, est le « lis parmi les épines » ; la dimension intérieure de Mal’hout, qui ne descend absolument pas, est le niveau de « ma bien-aimée ».
La dimension extérieure de Mal’hout descend dans les mondes de Béria, Yetsira et Assiya pour leur donner vie ; elle est donc le « lis parmi les épines », vivant au milieu des mondes inférieurs. Sa dimension intérieure, elle, ne descend absolument pas : c’est elle qui est désignée par « ma bien-aimée ».
והנה ענין הנז׳ בע״ח דהתהוות המל׳ הוא מהנקב באחורי ז״א זה קאי על חיצוניות המל׳ שהוא בחינת חיצוניות הדבור שהתהוות בחי׳ זו הוא מהנקב מאחוריו ששרש בנינה הוא מאחורי ז״א.
Or, ce qui est mentionné dans Etz Chaim — que Mal’hout advient à partir de l’ouverture située dans le dos de Zeir Anpin — concerne la dimension extérieure de Mal’hout, qui est le niveau de la dimension extérieure de la parole. Ce niveau advient par l’ouverture dans son dos, car la racine de sa construction se trouve derrière Zeir Anpin.
Ainsi, l’affirmation d’Etz Chaim selon laquelle Mal’hout provient de l’ouverture située dans le dos de Zeir Anpin ne concerne que sa dimension extérieure, le côté extérieur de la parole. Mal’hout est la Séfira de la parole, par laquelle la parole de D.ieu crée les mondes et les gouverne.
אבל הפנימית שלה שהוא פנימיות הדבור שרש בנינה הוא מפנימיות ז״א (ועמ״ש בזה ע״פ ששים המה מלכות5 כו׳ אחת היא יונתי6 כו׳). ובחי׳ זו ר״ל הפנימית שלה נק׳ כלת משה.
Mais sa dimension intérieure, qui est la dimension intérieure (pnimiyout) de la parole, a pour racine de construction la dimension intérieure du Zeir Anpin. (Voir aussi ce qui est écrit à ce sujet sur [le verset] « Il y a soixante reines », etc., « Ma colombe est unique », etc.) Et ce niveau, c’est-à-dire sa dimension intérieure, est appelé « l’épouse de Moché »,
Sa dimension intérieure, le côté intérieur de la parole, se construit à partir de la dimension intérieure du Zeir Anpin. Le texte renvoie à l’explication des versets « Il y a soixante reines » et « Ma colombe est unique », et appelle cette dimension intérieure « l’épouse de Moché ».
שמשה הוא בעלא דמטרוניתא והיא הנקראת ג״כ כנס״י שמפנימיות דז״א הוא מקור של כללות נשמות ישראל ועליו נאמר מה יפית ומה נעמת אהבה בתענוגים7 וזהו ג״כ ענין בחי׳ שמחה:
car Moché est « l’époux de la Reine (Matronita) », et elle est également appelée Knesset Israël, car la dimension intérieure du Zeir Anpin est la source de l’ensemble des âmes d’Israël ; et c’est à son sujet qu’il est dit : « Que tu es belle et que tu es agréable, amour dans les délices. » Et ceci est également le niveau de la joie.
Moché est appelé « l’époux de la Reine », celui qui est uni à la Mal'hout intérieure. Elle est Knesset Israël parce que la dimension intérieure du Zeir Anpin est la source de toutes les âmes juives prises ensemble ; elle est l’« amour dans les délices » du verset, qui correspond également au niveau de la joie.
Ce paragraphe explique la joie qui suit la « naissance » des attributs émotionnels : elle correspond à la construction de Mal’hout, Knesset Israël. La dimension extérieure de Mal’hout provient du dos de Zeir Anpin ; sa dimension intérieure, en revanche, « l’épouse de Moché » et la source des âmes d’Israël, provient de sa dimension intérieure et constitue l’« amour dans les délices ».
Deux affirmations kabbalistiques sont ici conciliées : le récit d’Etz Chaim, selon lequel Mal’hout émerge par une ouverture dans le dos de Zeir Anpin, et la distinction entre les deux dimensions de Mal’hout, tirée du « lis parmi les épines » du Zohar. La première affirmation décrit uniquement sa dimension extérieure, qui donne vie aux mondes inférieurs ; sa dimension intérieure est enracinée dans la dimension intérieure de Zeir Anpin.
Maré mekomot
- 1דודי שלח ידו מן החור · Song of Songs 8:4
- 2דודי שלח ידו מן החור · Song of Songs 5:4
- 3כשושנה · Zohar, Introduction 1:1–2:4
- 4שושנה בין החוחים · Song of Songs 2:2
- 5ששים המה מלכות · Song of Songs 6:8
- 6אחת היא יונתי · Song of Songs 6:9
- 7מה יפית . . אהבה בתענוגים · Song of Songs 7:7
18והנה נתבאר לעיל שהמוציאן מן ההעלם שהוא בחי׳ עבור לידי גילוי שהיא הלידה הוא ג״כ הגרון והיינו ע״י הקול שבו.
Or, il a été expliqué plus haut que ce qui les fait sortir de la dissimulation — qui est le niveau de gestation — pour les amener à la révélation, qui est la naissance, c’est également la gorge, c’est-à-dire par la voix qui s’y trouve.
Le texte revient au second rôle de la gorge : par la voix qui en émane, elle fait passer les émotions de la gestation à la naissance.
וזהו מה שנת״ל הקול קול יעקב1 דהיינו קורא בתורה שע״י הקריא׳ בתושב״כ שנק׳ מקרא מוציאן מן ההעלם לגילוי שיהיה בחינת לידה שלכך נק׳ מקרא
C’est là le sens de ce qui a été expliqué plus haut au sujet de « La voix est la voix de Yaakov » : il s’agit de celui qui lit dans la Torah. En effet, par la lecture de la Torah écrite, appelée Mikra, on les fait sortir de la dissimulation pour les amener à la révélation, de sorte qu’il y ait le niveau de la naissance. C’est pourquoi elle est appelée Mikra,
Le maamar précédent interprétait « La voix est la voix de Yaakov » comme désignant une personne qui lit dans la Torah. Lire à voix haute la Torah écrite, appelée Mikra, fait sortir les émotions de leur dissimulation et les amène à la révélation.
שהוא ע״ש הקריאה שקורא בקול להוציאן מן ההעלם שהוא בחי׳ עבור לידי גילוי שהיא הלידה כנ״ל.
car ce nom vient de la lecture (keria) : on lit à voix haute afin de les faire sortir de la dissimulation — qui est le niveau de gestation — pour les amener à la révélation, qui est la naissance, comme indiqué plus haut.
Le nom Mikra vient de keria, « lecture » ou « appel » : on lit à voix haute, et l’on « appelle » ainsi les émotions hors de leur dissimulation, les faisant passer de la gestation à la naissance.
Ce paragraphe identifie la voix qui fait naître les émotions à la lecture à voix haute de la Torah écrite, ce qui explique pourquoi celle-ci est appelée Mikra.
Maré mekomot
- 1הקול קול יעקב · Genesis 27:22
La Torah écrite : la sagesse suggérée ¶19–25
19ודוקא ע״י מקרא שהוא תושב״כ להיות כי ההפרש בין תושב״כ לתושבע״פ שתושב״כ הוא בחי׳ מוחין דאבא ותושבע״פ הוא בחינת מוחין דאימא ולכן בתושב״כ הקפידא על האותיות דוקא שהם מנויים וספורים ושיהיו עשויין כדינן.
Et c’est précisément par le Mikra, c’est-à-dire la Torah écrite, car la différence entre la Torah écrite et la Torah orale est que la Torah écrite relève des mo'hin d’Abba, tandis que la Torah orale relève des mo'hin d’Imma. C’est pourquoi, dans la Torah écrite, l’exigence porte précisément sur les lettres : elles sont dénombrées et comptées, et doivent être tracées conformément à la halakha.
Pourquoi la Torah écrite en particulier ? Parce qu’elle procède des mo'hin d’Abba, 'Hokhma, tandis que la Torah orale procède des mo'hin d’Imma, Bina. C’est pourquoi la Torah écrite est si exigeante quant à ses lettres : elles sont comptées, et un rouleau de Torah doit être écrit exactement selon la halakha.
Ce paragraphe introduit le contraste central de la section suivante : la Torah écrite relève de 'Hokhma (Abba) et la Torah orale de Bina (Imma), ce qui explique pourquoi les lettres de la Torah écrite sont fixées et rigoureusement précises.
20והיינו שהאותיות שבתושב״כ הם הם רק רמזים על החכ׳ שאע״פ שמבין ומשיג בה בתבונתו יותר ממה שכתוב להדיא אינו רשאי להוסיף אותיות לפי השגתו בה יותר.
Autrement dit, les lettres de la Torah écrite ne sont, en elles-mêmes, que des allusions à la sagesse. Ainsi, bien qu’on comprenne et saisisse par son intelligence davantage que ce qui est explicitement écrit, il n’est pas permis d’ajouter des lettres en fonction de cette compréhension plus profonde.
Les lettres de la Torah écrite ne sont que des allusions à une sagesse qui les dépasse. Ainsi, même celui qui comprend davantage que ce qui est écrit ne peut ajouter une seule lettre pour l’exprimer.
והטעם הוא מפני שתושב״כ הוא מבחי׳ מוחין דאבא שהוא בחי׳ חכמה ולחכימא ברמיזא1 שצירופי האותיות שלה הם רומזים על איכות המשכת החכמה כמו אל״ף הוא יו״ד בראשו ויו״ד בסופו וקו באמצעיתו.
La raison en est que la Torah écrite relève du niveau des mo'hin d’Abba, c’est-à-dire de 'Hokhma (sagesse), et que « pour le sage, une allusion suffit » : les combinaisons de ses lettres font allusion à la manière dont la 'Hokhma se déploie. Ainsi, la lettre alef est composée d’un youd à son sommet, d’un youd à sa base et d’un trait en son milieu.
La 'Hokhma est un éclair trop profond pour être exprimé par des mots ; elle ne peut donc être suggérée que par une allusion : « pour le sage, une allusion suffit ». Même la forme des lettres indique comment la 'Hokhma se déploie ; l’alef, par exemple, se compose d’un youd supérieur, d’un youd inférieur et d’un trait entre les deux.
Ce paragraphe explique pourquoi les lettres de la Torah écrite ne peuvent être modifiées : elles sont des allusions à la 'Hokhma, qui dépasse toute expression explicite, et même leur forme révèle la manière dont elle se déploie.
Maré mekomot
- 1ולחכימא ברמיזא · נסמן לעיל ט, ב.
21והיינו בחי׳ רמז על ח״ע וח״ת שהם יו״ד דהוי״ה ויו״ד דאדני. ולפעמי׳ היו״ד שלמטה עושים במקומה דלי״ת1 להיות
C’est une allusion à la 'Hokhma supérieure et à la 'Hokhma inférieure, qui sont le youd de Havaya et le youd d’Ado-nai. Parfois, à la place du youd inférieur, on trace un dalet, car
Les deux youd de l’alef représentent la 'Hokhma supérieure et la 'Hokhma inférieure : le youd du Nom Havaya et le youd du Nom Ado-nai. Parfois, le youd inférieur s’écrit sous la forme d’un dalet.
כי המל׳ שהיא ח״ת נק׳ דל. והקו ההולך באלכסון כדמות ו׳ הוא בחי׳ ת״ת המחבר חכמה ומלכות.
Mal'hout, qui est la 'Hokhma inférieure, est appelée dal, « pauvre ». La ligne qui va en diagonale, en forme de vav, est le niveau de Tiferet, qui unit 'Hokhma et Mal'hout.
Le dalet est employé parce que Mal'hout, la 'Hokhma inférieure, est appelée dal, « pauvre » : elle ne possède rien en propre et ne reçoit que ce qui lui est transmis. Le vav diagonal qui les relie est Tiferet, qui unit la 'Hokhma d’en haut à Mal'hout d’en bas.
Ce paragraphe déchiffre l’alef : son youd supérieur et son youd inférieur représentent la 'Hokhma supérieure et la 'Hokhma inférieure, et sa ligne diagonale est Tiferet, qui les unit.
Selon la note de Kehot, le Choul'han Arou'h de l’Admour Hazaken statue que la pointe inférieure de l’alef prend parfois la forme d’un petit dalet inversé, conformément à la tradition mystique, et qu’elle doit être tracée ainsi dans les téfilines selon la tradition de l’Ari Zal.
Maré mekomot
- 1ולפעמים היו״ד שלמטה עושים במקומה דלי״ת · ראה שו״ע אדה״ז סל״ו סעי׳ ב ”ונקודה התחתונה פעמים תמונתה כדלי״ת קטנה הפוכה ע״פ הסוד, וכן צ״ל בתפילין ע״פ קבלת האר״י ז״ל”. וראה לעיל נב, ג.
De même, le beit est formé de trois lignes : une en haut, une en bas et une à droite ; lui aussi évoque la manière dont le flux est amené.
Le beit est lui aussi formé de trois lignes, une en haut, une en bas et une à droite, et sa forme évoque la manière dont le flux est amené.
De même, le guimel est une seule ligne, un vav, avec un point — un youd — au-dessous. Cela indique le niveau de Yessod ; c’est pourquoi il est appelé guimel,
Le guimel est un vav, une ligne, avec un youd, un point, à son pied. Cette forme évoque Yessod, le canal qui transmet le flux, et c’est pourquoi cette lettre est appelée guimel.
car il est gomel dalim, « qui fait du bien aux pauvres ». C’est-à-dire qu’il dispense bonté et abondance à Mal'hout, appelée dal, « pauvre », comme il est écrit : « Heureux celui qui prête attention au pauvre », etc.
Le guimel évoque gomel dalim, « qui fait du bien aux pauvres » : Yessod dispense bonté et abondance à Mal'hout, appelée dal, « pauvre ». Le verset « Heureux celui qui prête attention au pauvre » est cité à l’appui de cette appellation de Mal'hout.
Le paragraphe poursuit l’interprétation de la forme des lettres : les trois lignes du beit, puis le guimel comme Yessod, qui « fait du bien au pauvre », c’est-à-dire à Mal'hout.
Les notes de Kehot renvoient au Sefer HaMaamarim 5672 et aux Biurei HaZohar du Rabbi Mitteler pour ces interprétations de la forme des lettres, ainsi qu’à l’Or HaTorah, où le passage est cité.
Maré mekomot
- 1וכן בי״ת . . רומז על איכות ההמשכה · נתבאר בהמשך תער״ב ח״ב פרק תיז (ע׳ תתסד).
- 2שו״ה איכות — וכן גימ״ל · ראה ביאוה״ז לאדה״א קו, ד. ראה בסה״מ תקס״ג ע׳ עג הנחת כ״ק אדה״א. ומובא באוה״ת בראשית כרך ו תתשמב, א. אוה״ת ענינים ע׳ כ.
- 3וזה מורה על בחי׳ היסוד · ראה ביאוה״ז בלק קז, ד ואילך. אוה״ת ויחי שפג, א. לקו״ש חי״ז ע׳ 202 הערה 63.
- 4שהוא גומל דלים · Shabbat 104a:4
- 5אשרי משכיל אל דל · Psalms 41:2
23וענין הוי״ו יו״ד הרי זה דוגמת אות וי״ו אלא שתמונ׳ אות וי״ו הוא יו״ד וי״ו להורות על פנימית הטפה דהיא יו״ד בראשית השפע כו׳ ונמשכה בשפע הוי״ו אח״כ כידוע.
À présent, le vav et le youd [du guimel] sont comme la lettre vav, sauf que la forme de la lettre vav est un youd [puis] un vav, afin d’indiquer le noyau intérieur de la goutte, qui est le youd au commencement du flux, etc. ; celui-ci se déploie ensuite dans le flux du vav, comme on le sait.
Le vav et le youd du guimel ressemblent à la lettre vav, mais dans l’ordre inverse. Le vav s’écrit avec un petit youd à son sommet et un trait en dessous ; cela montre que le flux commence par une « goutte » concentrée, le youd, puis s’étend vers le bas sous forme de trait.
משא״כ גימ״ל הוא בהפוך הוי״ו למעלה והיו״ד למטה להורות על סיום השפע במל׳ אחרי המשך האור והשפע מן המשפיע כו׳.1
Le guimel, en revanche, est inversé : le vav est en haut et le youd en bas, afin d’indiquer l’achèvement du flux dans Mal'hout, après que la lumière et le flux ont été attirés depuis celui qui donne, etc.
Dans le guimel, l’ordre est inversé : le trait est en haut et le point en bas, ce qui montre que le flux s’achève dans Mal'hout après avoir été attiré depuis celui qui donne. La note de Kehot ajoute une ligne tirée du manuscrit : le youd du vav est la lumière de la 'Hokhma supérieure qui brille dans les attributs émotionnels, tandis que le youd du guimel est Mal'hout, la 'Hokhma inférieure, qui reçoit d’eux.
וכן כל האותיות והתגין שעליהם הם הכל רמזים על איכות ההמשכה כו׳. והחכמה שבהמשכת אורות אלו זו היא חכמה שבתושב״כ ואין התגלותה בהתושב״כ רק ע״ד רמז ולא באה בגילוי ההשגה וההבנה ממש בהאותיות דתושב״כ
De même, toutes les lettres et les couronnes (tagin) qui les surmontent sont autant d’allusions à la qualité de l’attraction, etc. La sagesse qui réside dans l’attraction de ces lumières est la sagesse de la Torah écrite. Dans la Torah écrite, elle ne se révèle que sous forme d’allusion ; elle n’y apparaît pas comme une compréhension et une intelligence véritablement explicites dans les lettres de la Torah écrite.
Toutes les lettres, ainsi que les petites couronnes (tagin) qui surmontent certaines d’entre elles, sont des allusions de cette nature. La Torah écrite contient sa sagesse sous forme d’allusions seulement ; celle-ci n’est pas exposée dans ses lettres sous la forme d’une compréhension explicitée.
(כי הנה בספורי מעשיות שבתורה כמו מעשה דלבן ומעשה בלק הפשט הנגלה בהכתוב המובן בגלוי מתוך האותיות עם היותו תורה שלימה מ״מ נק׳ לבושא דאורייתא2 בזהר )(ח״ג דקנ״ב).
(En effet, dans les récits de la Torah, tels que l’histoire de Lavan et celle de Balak, le sens simple révélé dans le verset, que l’on comprend ouvertement à partir des lettres, bien qu’il constitue une Torah entière, est néanmoins appelé « le vêtement de la Torah » dans le Zohar) (Part III, folio 152).
Même les récits de la Torah, comme ceux de Lavan et de Balak, dont le sens simple ressort clairement des mots et qui constituent pleinement de la Torah, sont appelés par le Zohar « le vêtement de la Torah ».
אבל גופי תורה הם המתלבשים בהלבושים ואינן מתגלים בהאותיות להדיא אלא ע״ד לחכימא ברמיזא. ועל זה אמר דוד גל עיני ואביטה3 כו׳ שיבין מתוך הרמזים את החכמה. ויש בבחי׳ התורה ג״כ נשמתאלנשמתא.
Mais les corps de la Torah (gufei Torah) sont ce qui se revêt dans les vêtements ; ils ne se révèlent pas explicitement dans les lettres, mais seulement selon le principe : « pour le sage, une allusion ». C’est à ce sujet que David dit : « Ouvre mes yeux, et je contemplerai », etc., afin qu’il comprenne la sagesse à partir des allusions. Dans la Torah également, il existe le niveau de « l’âme de l’âme ».
Sous le vêtement se trouve le « corps » de la Torah ; plus profondément encore, il y a son âme et « l’âme de son âme ». Ces dimensions ne sont qu’évoquées dans les lettres. Par sa prière « Ouvre mes yeux, et je contemplerai », David demande à percevoir la sagesse cachée dans les allusions.
Ce paragraphe achève l’interprétation des lettres et énonce le principe suivant : la Torah écrite ne transmet sa sagesse que par allusions ; même ses récits au sens simple sont un « vêtement » qui recouvre le corps et l’âme de la Torah.
Le passage du Zohar cité par le texte (Part III, 152a) décrit le vêtement de la Torah (ses récits), son corps (les commandements, appelés gufei Torah), son âme et l’âme de son âme. Il cite aussi : « Ouvre mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah », pour évoquer la perception de ce qui se trouve sous le vêtement.
Maré mekomot
- 1והשפע מן המשפיע כו׳ · בגוכתי״ק הנ״ל נוסף: (כי היוד דויו היינו הארת ח״ע המאיר במדות הנק׳ וי״ו ויו״ד דגימל הוא מל׳ ח״ת המקבלת מהמדות הנק׳ וי״ו).
- 2לבושא דאורייתא · Zohar, Beha'alotcha 12:56–13:65
- 3גל עיני ואביטה · Psalms 119:18
24ועמ״ש הרמ״ז שם עד״מ פסוק ואלה המלכים1 ודאי מעשה שהיה כך היה אבל בה נגנזו סודות עולם התהו לכן בקצתן נאמר שם עירו וקצתם לא. ובאחרון נזכר שם אשתו.
Et voyez ce que le Ramaz (Rabbi Moché Zacuto) écrit à cet endroit, à titre d’exemple, au sujet du verset « Et voici les rois » : il s’agit certainement d’un événement qui s’est réellement produit, et les choses se sont passées ainsi ; mais les mystères du Monde de Tohou y sont cachés. C’est pourquoi le nom de la ville de certains d’entre eux est mentionné, et celui des autres ne l’est pas ; et, pour le dernier, le nom de son épouse est mentionné.
Rabbi Moché Zacuto (le Ramaz), commentateur du Zohar, donne un exemple : la liste des rois d’Édom qui commence par « Et voici les rois ». Les événements se sont réellement produits, mais le passage recèle aussi les mystères du Monde de Tohou (Chaos), le monde primordial dont les lumières étaient trop intenses pour leurs réceptacles. C’est pourquoi les détails varient d’un roi à l’autre : le nom de la ville de certains est indiqué, celui des autres ne l’est pas, et seul le dernier a son épouse nommée.
ועוד כמה שינויים שלענין הספור לא מעלים ולא מורידים וכפי הסוד רומזים ענינים נפלאים כמ״ש בכהאריז״ל בע״ח ואוצ״ח.
Il existe encore plusieurs autres différences qui, pour le récit, ne changent rien, mais qui, selon le sens mystique, font allusion à des choses merveilleuses, comme il est écrit dans les ouvrages de l’Arizal, dans Etz Chaim et Otzros Chaim.
Ces variantes ne changent rien au récit lui-même, mais, dans la lecture mystique, elles font allusion à des choses merveilleuses. Etz Chaim et Otzros Chaim de l’Arizal les expliquent comme relevant des mystères de Tohou.
נמצא האותיות והפסוקים דתושב״כ הם הכל בחי׳ רמיזות על החכמה ולא בחי׳ גילוי שכל באותיות ע״ד שהוא בתושבע״פ כדלקמן.
Il s’ensuit que les lettres et les versets de la Torah écrite sont tous des allusions à la sagesse, et non une révélation de l’intellect dans les lettres, comme c’est le cas dans la Torah orale, ainsi qu’il sera expliqué plus loin.
La conclusion est que tout ce qui se trouve dans la Torah écrite, lettres comme versets, constitue une allusion à la sagesse qui s’y trouve. Ce n’est pas, comme dans la Torah orale, un intellect exposé ouvertement dans les mots ; le maamar l’expliquera plus loin.
שהרי גילוי השכל שבתושב״כ זהו נק׳ לבושא דאורייתא כנ״ל והלבוש מתגלה אבל אפי׳ גופי תורה
Car la révélation de l’intellect dans la Torah écrite est ce qui est appelé le « vêtement de la Torah », comme dit plus haut, et le vêtement est dévoilé. Mais même les corps de la Torah,
Ce que la Torah écrite révèle ouvertement, son sens simple, n’est que le « vêtement de la Torah », comme l’appelle le Zohar. Le vêtement est ce qui apparaît.
שהם פרטי הדינים וכ״ש הסודות הנק׳ נשמתא דאורייתא ורזא דרזין שהם נשמה לנשמה אינן מתגלים כלל באותיות דתושב״כ רק ע״ד לחכימא ברמיזא.
qui sont les détails des lois, et à plus forte raison les mystères, appelés « l’âme de la Torah » et « le mystère des mystères », qui sont l’âme de l’âme, ne sont nullement dévoilés dans les lettres de la Torah écrite ; ils ne le sont que sous la forme d’une allusion adressée au sage.
Le « corps » de la Torah — les détails de ses lois — et, à plus forte raison, son « âme » et son « âme de l’âme », ses mystères, n’apparaissent pas du tout dans les lettres écrites ; ils ne s’y trouvent que sous forme d’allusions destinées au sage. Les détails des lois sont explicités seulement dans la Torah orale, comme le maamar poursuit en l’expliquant.
À partir de l’exemple du Ramaz concernant la liste des rois, ce paragraphe conclut que les lettres de la Torah écrite ne font qu’allusion à sa sagesse : le sens simple en est le vêtement, tandis que son corps, son âme et l’âme de son âme demeurent cachés dans des allusions.
L’image quadripartite du vêtement, du corps, de l’âme et de l’âme de l’âme suit le passage du Zohar cité dans le paragraphe précédent (Part III, 152a), où les récits de la Torah sont son vêtement et ses commandements son corps.
Maré mekomot
- 1ואלה המלכים · Genesis 36:31
25והיינו לפי שתושב״כ נמשכה מח״ע שהיא למעלה מבחי׳ גילוי בהאותיות ממש שגילוי השכל באותיות זהו מבחי׳ בינה כדלקמן.
C’est parce que la Torah écrite procède de la 'Hokhma supérieure, qui se situe au-delà du niveau où les lettres elles-mêmes révèlent effectivement quelque chose ; car la révélation de l’intellect dans les lettres relève du niveau de Bina, comme il sera expliqué plus loin.
La raison en est que la Torah écrite provient de la 'Hokhma supérieure, qui n’est pas révélée dans les lettres. Exprimer une idée en mots relève de Bina, comme le texte l’expliquera.
אבל מהחכמה א״א להיות הגילוי רק בבחינת רמיזא וזהו לחכימא ברמיזא. ולכן אין רשאי להוסיף אף אות א׳ לפי תבונתו והשגתו יותר כו׳
Mais, à partir de la 'Hokhma, la révélation ne peut se faire que par allusion ; c’est là le sens de « pour le sage, une allusion ». C’est pourquoi il n’est permis d’ajouter pas même une seule lettre selon l’étendue de sa compréhension et de son appréhension, etc.,
La 'Hokhma ne peut être transmise que par allusions : « pour le sage, une allusion ». Nul ne peut donc ajouter ne serait-ce qu’une lettre à la Torah écrite sous prétexte qu’il comprend davantage.
מאחר שאין החכמה באה לידי גילוי ממש בהאותיות א״כ אין שייך להוסיף אותיות מחמת רבוי ההשגה כו׳ ויפסול עי״ז את התורה. שהרמז צ״ל דוקא כמו שהוא בתושב״כ שקבל משה מפי הגבורה.1
puisque la sagesse ne se révèle pas effectivement dans les lettres ; il n’y a donc pas lieu d’ajouter des lettres en raison d’une compréhension plus étendue, etc., car on rendrait ainsi la Torah invalide. L’allusion doit être précisément telle qu’elle figure dans la Torah écrite que Moché reçut de la bouche du Tout-Puissant.
Puisque la sagesse ne s’exprime pas effectivement dans les lettres, une compréhension plus vaste ne saurait justifier l’ajout de lettres ; un tel ajout rendrait le rouleau de la Torah invalide. L’allusion doit demeurer exactement telle que Moché la reçut « de la bouche du Tout-Puissant », littéralement « de la bouche de Guevoura », la Puissance.
Le paragraphe fonde la forme immuable de la Torah écrite sur sa source dans la 'Hokhma, qui ne peut être évoquée que par allusion ; ses lettres doivent donc rester exactement telles qu’elles furent données à Moché.
La note de Kehot cite la question de l’Or HaTorah sur l’expression « de la bouche de Guevoura » : pourquoi rattacher le don de la Torah à la Puissance, alors que la Torah est appelée « un enseignement de bonté » ?
Maré mekomot
- 1שקיבל משה מפי הגבורה · צ״ל הלשון מפי הגבורה, שהרי נק׳ תורת חסד. — אוה״ת יתרו ע׳ תתקי.
La Torah orale : une bonne et vaste terre ¶26–34
26ויצא לנו מזה שתושב״כ נמשכה מבחי׳ ח״ע הוא בחי׳ מוחין דאבא ולכן נקראת מוסר אביך.12 ותושבע״פ נק׳ תורת אמך.
Il ressort de là que la Torah écrite émane du niveau de la 'Hokhma supérieure, qui est le niveau des mo'hin d’Abba ; c’est pourquoi elle est appelée « l’instruction de ton père ». Et la Torah orale est appelée « l’enseignement de ta mère ».
La Torah écrite, issue de la 'Hokhma supérieure, constitue les mo'hin d’Abba, le « père » ; elle est donc appelée « l’instruction de ton père » dans le verset des Proverbes. La Torah orale est « l’enseignement de ta mère », issue d’Imma.
ולכן דוקא ע״י מקרא שהוא תושב״כ בחי׳ מוחין דאבא מוציא מההעלם לגילוי שזהו ענין הקל קול יעקב3 שבגרון קול הקריאה דתושב״כ מוציא מן ההעלם לידי גילוי.
C’est donc précisément par le Mikra, c’est-à-dire la Torah écrite, qui est le niveau des mo'hin d’Abba, que [les attributs émotionnels] passent de la dissimulation à la révélation. C’est là le sens de « La voix est la voix de Yaakov » : dans la gorge, la voix de la lecture de la Torah écrite les fait passer de la dissimulation à la révélation.
Voilà pourquoi c’est en particulier la lecture à voix haute de la Torah écrite, les mo'hin d’Abba, qui fait sortir les émotions cachées pour les révéler. « La voix est la voix de Yaakov » désigne la voix de cette lecture, qui vient de la gorge.
אבל תושבע״פ הוא בחי׳ מוחין דאימא שהוא בינה (ע׳ ע״פ גן נעול45 ענין בינה יתירה ניתנה באשה)6 היא מקור לצירופי האותיות (שהם פתוחי חותם)
Mais la Torah orale est le niveau des mo'hin d’Imma, c’est-à-dire Bina (voir à propos [du verset] « Jardin clos », sur le thème de « une compréhension supplémentaire (bina yeteira) a été donnée à la femme ») ; elle est la source des combinaisons de lettres, qui sont les « gravures d’un sceau »,
La Torah orale relève des mo'hin d’Imma, Bina, et Bina est la source des combinaisons de lettres, c’est-à-dire des mots qui explicitent une idée. Le texte les appelle « gravures d’un sceau », expression de la Torah désignant les noms gravés sur les pierres du Grand Prêtre. La première parenthèse renvoie à la discussion sur « Jardin clos » et à l’enseignement des Sages selon lequel une compréhension supplémentaire a été donnée à la femme.
כמו למשל בנפש האדם שהתהוות צירופי האותיות הוא מן השגתו והבנתו שלפי ההבנה כמו״כ ממש מתרבים צירופי האותיות שכשהשגתו והבנתו היא רחבה אזי גם צירופי האותיות הן מרובים.
comme, par exemple, dans l’âme humaine : les combinaisons de lettres naissent de la compréhension et de la faculté de saisir ; elles se multiplient exactement en fonction de la compréhension. Lorsque sa compréhension et sa faculté de saisir sont vastes, les combinaisons de lettres sont elles aussi nombreuses,
Chez une personne, les mots procèdent de la compréhension : plus elle saisit une idée largement, plus elle dispose de mots pour l’exprimer.
ואם הבנתו קצרה אזי האותיות מועטים. שהאותיות הן כלים לאור ההשגה וההבנה. שההשגה וההבנה מתגלה בהאותיות לכך לפי ערך רבוי האור כך הוא רבוי הכלים.
et si sa compréhension est limitée, les lettres sont peu nombreuses. Car les lettres sont des réceptacles pour la lumière de la compréhension et de la faculté de saisir : la compréhension et la faculté de saisir se révèlent dans les lettres. Par conséquent, à mesure que la lumière abonde, les réceptacles abondent eux aussi.
Une compréhension étroite produit peu de mots. Les lettres sont des réceptacles pour la lumière de la compréhension ; plus cette lumière est grande, plus elle requiert de réceptacles.
(משא״כ בחי׳ חכמה שלמעלה מההשגה אינה מתגלית ממש תוך האותיות רק ע״ד לחכימא ברמיזא הילכך אין האותיות מתרבים כו׳ כנ״ל)
(Il n’en va pas de même du niveau de 'Hokhma, qui est au-dessus de la compréhension : elle ne se révèle pas véritablement dans les lettres, mais seulement sous la forme de « pour le sage, un signe suffit » ; c’est pourquoi les lettres ne se multiplient pas, etc., comme dit plus haut.)
La 'Hokhma est différente : elle est au-dessus de la compréhension et n’est pas véritablement contenue dans les lettres ; elle n’y est qu’indiquée. Ses lettres ne se multiplient donc pas.
וכמו״כ למעלה שתושבע״פ נק׳ מוסר אמך להיותה מבחי׳ מוחין דאימא דכמו שמטפת האב נעשה בבטן האם ולד ברמ״ח איברים כו׳.
Il en va de même en haut : la Torah orale est appelée « l’instruction de ta mère », puisqu’elle relève du niveau des mo'hin d’Imma. En effet, de même que la goutte du père forme, dans le ventre de la mère, un enfant doté de deux cent quarante-huit membres, etc.,
De même en haut, la Torah orale vient d’Imma. Tout comme une unique goutte du père se développe dans le ventre de la mère jusqu’à devenir un enfant doté de tous ses membres, une brève allusion dans la Torah écrite se déploie dans la Torah orale en un ensemble de détails complets.
כך מפסוק א׳ בסכת תשבו7 נעשה בתושבע״פ מסכת סוכה. ופירש״י ותוספות ופוסקים. והיינו להיותה בחי׳ אימא שהיא ההשגה. ולכן היא הנקראת ארץ טובה ורחבה:89
de même, à partir d’un seul verset, « Vous demeurerez dans des souccot », se forme, dans la Torah orale, le traité Soucca, ainsi que les commentaires de Rachi, de Tosafot et des décisionnaires. Cela tient au fait qu’elle est le niveau d’Imma, qui est la compréhension. C’est pourquoi elle est appelée « un bon et vaste pays ».
Un seul verset, « Vous demeurerez dans des souccot », devient tout un traité, Soucca, avec les commentaires de Rachi, de Tosafot et des décisionnaires. Cette ampleur d’Imma, la compréhension, explique pourquoi la Torah orale est appelée « un bon et vaste pays ».
Ce paragraphe oppose la Torah écrite, issue d’Abba ('Hokhma), à la Torah orale, issue d’Imma (Bina) : la première fait sortir les émotions par sa voix, tandis que la seconde, comme le ventre d’une mère, déploie un verset unique en une multitude de détails ; c’est pourquoi elle est le « vaste pays ».
La note de Kehot rattache l’association de la Torah écrite à « ton père » et de la Torah orale à « ta mère » au Tanya, Iggeres HaKodesh 29, qui reprend également l’image de la goutte du père que la mère fait venir à la révélation en la mettant au monde sous la forme d’un enfant doté de tous ses membres. Le manuscrit de la main du Tsema'h Tsédek ajoute que Bina est également appelée Re'hovot, « espaces vastes ».
Maré mekomot
- 1שתושב״כ . . נקראת מוסר אביך · Zohar II, 276b
- 2מוסר אביך · Proverbs 1:8
- 3הקל קול יעקב · Genesis 27:22
- 4ע״פ גן נעול · ראה אוה״ת שה״ש כרך ב ע׳ תלה ואילך.
- 5גן נעול · Song of Songs 4:12
- 6בינה יתירה ניתנה באשה · Niddah 45b:11–12
- 7בסכת תשבו · Leviticus 23:42
- 8ארץ טובה ורחבה · בגוכתי״ק הנ״ל נוסף: (וכנודע שבינה נק׳ ג״כ רחובות וכמ״ש כי הרחיב ה׳ לנו וכמ״ש במ״א ע״פ ולא אבה כו׳ בפ׳ תצא).
- 9ארץ טובה ורחבה · Exodus 3:8
27וזהו שנקראת ג״כ ארץ הצבי1 שדומה לצבי שאין עורו מחזיק את בשרו שכשנלקח הבשר ממנו מתכווץ העור. אבל כל זמן שהבשר בו אזי כל זמן שהבשר הולך וגדל כמו״כ מתגדל עורו.
Et c’est pourquoi elle est également appelée « la terre du cerf (tsvi) » : elle est semblable au cerf, dont la peau ne peut contenir la chair, car lorsque la chair lui est retirée, la peau se rétracte. Mais tant que la chair est en lui, à mesure que celle-ci grandit, sa peau grandit également.
La Terre d’Israël est également appelée « la terre du cerf (tsvi) », et les Sages disent que la peau du cerf ne peut contenir sa chair. Le texte explique que lorsque la chair lui est retirée, la peau se rétracte, tandis que tant que la chair est présente et grandit, la peau grandit avec elle.
והוא המשל לתורה שבעל פה שהיא מוחין דאימא בחי׳ מוח ההבנה המתלבש בהאותיות בבחי׳ אור וכלי בגילוי הילכך כל מה שמתרבה ההשגה ממילא מתרבים האותיות.
Telle est l’analogie avec la Torah orale, qui est constituée des mo’hin d’Imma, le niveau de la faculté de compréhension, laquelle se revêt dans les lettres comme la lumière dans un réceptacle, de façon révélée. C’est pourquoi, à mesure que la compréhension augmente, les lettres se multiplient d’elles-mêmes.
Il en va ainsi de la Torah orale : la compréhension se revêt dans ses mots comme la lumière dans un réceptacle. À mesure que la compréhension grandit, les mots grandissent avec elle, comme la peau du cerf grandit avec sa chair.
וכמו שאנו רואים שבמשנה האותיות מועטים לפי ששם עדיין ההבנה בקצרה. אבל בתלמוד שנתוסף ההבנה וההשגה בהרחבה גדולה
Ainsi voyons-nous que, dans la Michna, les lettres sont peu nombreuses, car la compréhension y est encore concise ; mais dans le Talmud, où la compréhension et la saisie se sont considérablement développées,
La Michna est concise, car la compréhension y demeure condensée, tandis que le Talmud, où la compréhension s’élargit considérablement, nécessite beaucoup plus de mots.
(כי תלמוד בבריאה2 ששם מתלבשים חב״ד דאצי׳ ומשנה ביצי׳ כו׳) לכך נתרבו שם צירופי האותיות מאד.
(car le Talmud relève de [Béria, le Monde de] Béria, où se revêtent les 'Hokhma, Bina et Daat d’Atsilout, tandis que la Michna relève de Yetsira, etc.), les combinaisons de lettres s’y sont donc considérablement multipliées.
La parenthèse ajoute une explication kabbalistique : le Talmud correspond au Monde de Béria, où se revêt l’intellect d’Atsilout, et la Michna au Monde inférieur de Yetsira. C’est pourquoi les mots du Talmud se sont tant multipliés.
וזהו שנק׳ ארץ טובה ורחבה3 שמתרחבת עד אין קץ שכל מה שתלמיד ותיק עתיד לחדש בכלל תושבע״פ יחשב ואזי מתרחבים האותיות כו׳.
Et c’est pourquoi elle est appelée « une bonne et vaste terre » : elle s’élargit sans fin, car tout ce qu’un élève éminent est destiné à innover à l’avenir est considéré comme faisant partie de la Torah orale ; alors, les lettres s’élargissent, etc.
La Torah orale s’élargit sans fin, car tout ce qu’un élève éminent découvrira à l’avenir est considéré comme en faisant partie, comme le disent les Sages : même cela fut déjà transmis à Moché au Sinaï. Chaque nouvel éclairage s’accompagne de mots supplémentaires. C’est pourquoi elle est « une bonne et vaste terre ».
ולכן אין בתושבע״פ הקפידא על האותיות כמו בתושב״כ. שהמשנה מדברת בלשון זה וברייתא בלשון אחר.
C’est pourquoi, dans la Torah orale, on n’est pas strict quant aux lettres comme dans la Torah écrite : la Michna formule les choses d’une certaine manière, et une Baraïta d’une autre manière,
La Torah orale n’exige donc pas une formulation exacte comme le fait la Torah écrite : la Michna enseigne une loi avec une formulation, et une Baraïta (un enseignement extérieur à la Michna) avec une autre.
וכן גמרא בלשון אחר והוא מטעם הנ״ל שעיקר התושבע״פ היא ההבנה וההשגה והאותיות הם מתרבים ומשתנים לפי ההשגה כו׳.
et la Guemara également avec une autre formulation. Cela s’explique par la raison indiquée plus haut : l’essence de la Torah orale est la compréhension et la saisie, et les lettres se multiplient et changent selon la compréhension, etc.
La Guemara emploie encore une autre formulation. L’essence de la Torah orale réside dans la compréhension, et ses mots se développent et changent pour l’exprimer.
(וכ״ז להיות בתושבע״פ ההשגה בגילוי באותיות והיינו מבחי׳ מוחין דאימא. משא״כ תושב״כ שהיא מבחי׳ מוחין דאבא שאין מתגלים בהאותיות רק שהאותיות הן רמיזות ע״כ הרמיזות הם דוקא כך וכך ולא ישתנו מחמת רבוי הבנתו וכנ״ל).
(Tout cela tient au fait que, dans la Torah orale, la compréhension est révélée dans les lettres, c’est-à-dire qu’elle relève du niveau des mo’hin d’Imma. Il n’en va pas ainsi de la Torah écrite, qui relève du niveau des mo’hin d’Abba, lesquels ne sont pas révélés dans les lettres ; celles-ci ne sont que des allusions. Les allusions doivent donc être précisément ainsi et ne changent pas sous l’effet d’une compréhension accrue, comme indiqué plus haut.)
La parenthèse reformule le contraste : dans la Torah orale, qui relève d’Imma, la compréhension s’exprime ouvertement dans les mots, si bien que ceux-ci peuvent varier. Dans la Torah écrite, qui relève d’Abba, les lettres sont des allusions, lesquelles doivent demeurer exactement telles qu’elles sont.
(וזהו שבינה נק׳ ג״כ רחובות הנהר ועמ״ש בפ׳ לך לך4 גבי ה׳ דאברהם שכדי להיות ההרחבה וההתפשטות שרשו ממקום עליון יותר מהחכמה דהיינו מבחי׳ קוצו של יו״ד שהוא בחי׳ כתר שלמעלה מהחכמה.
(Et c’est pourquoi Bina est également appelée « les larges espaces du fleuve ». Voir aussi ce qui est écrit dans la paracha Le’h Le’ha au sujet du hé d’Avraham : pour qu’il y ait élargissement et expansion, leur racine doit se trouver en un lieu plus élevé que 'Hokhma, c’est-à-dire au niveau de la pointe (kots) du youd, qui est le niveau de Kéter, au-dessus de 'Hokhma.
Bina est appelée « les larges espaces du fleuve » (Re’hovot HaNahar, un lieu mentionné dans la liste des rois d’Édom). Le texte renvoie à son explication, dans la paracha Le’h Le’ha, du hé ajouté au nom d’Avraham : l’ampleur et l’expansion ont leur racine plus haut que 'Hokhma, en Kéter, la « pointe » (kots) de la lettre youd.
ועד״ז יובן ג״כ בתושבע״פ שהוא בחי׳ הבינה להבין הענין בהרחבה שרשה גבוה מתושב״כ שהיא בחי׳ חכמה):
De même, on peut aussi comprendre que la Torah orale, qui est le niveau de Bina et permet de comprendre un sujet dans toute son ampleur, a sa racine plus haut que la Torah écrite, qui est le niveau de 'Hokhma.)
Selon la même logique, la Torah orale, qui relève de Bina et explique les sujets dans toute leur ampleur, a une racine plus élevée que la Torah écrite, qui relève de 'Hokhma. Cela annonce l’affirmation développée plus loin selon laquelle la Torah orale est, à certains égards, supérieure.
Ce paragraphe explique pourquoi la Torah orale est appelée « la terre du cerf » : ses mots grandissent avec la compréhension, comme la peau du cerf grandit avec sa chair. Elle s’étend ainsi sans fin et n’est pas liée à une formulation fixe. Son ampleur prend racine en Kéter, au-dessus de 'Hokhma, source de la Torah écrite.
À propos du Talmud en Béria et de la Michna en Yetsira, la note de Kehot renvoie à Torah Ohr, Chayei Sarah (17a), qui cite Pri Etz Chaim : toutes les parties de la Torah prennent racine en Atsilout, mais l’Écriture descend et se revêt en Assiya, la Michna en Yetsira, le Talmud en Béria, tandis que la Kabbala demeure en Atsilout, sans vêtement.
Maré mekomot
- 1שנקראת ג״כ ארץ הצבי · Ketubot 112a
- 2תלמוד בבריאה · נסמן לעיל יז, א.
- 3ארץ טובה ורחבה · Exodus 3:8
- 4ועמ״ש בפ׳ לך לך · לעיל יא, ב.
28והנה כמו שבבינה שהיא נק׳ תושבע״פ נק׳ ארץ טובה ורחבה1 מצד התרחבות צירופי האותיות. כמו״כ הוא ממש מבחי׳ מלכות נוק׳ דזעיר אנפין
Or, de même que Bina, appelée Torah orale, est appelée « une bonne et vaste terre » en raison de l’élargissement des combinaisons de lettres, il en va exactement ainsi du niveau de Mal'hout, la Noukva du Zeir Anpin,
Bina est appelée « une bonne et vaste terre » parce que ses combinaisons de lettres s’élargissent. Cette même appellation convient tout aussi véritablement à Mal'hout, la Noukva, le pendant féminin du Zeir Anpin.
שהיא נקראת גם כן ארץ טובה ורחבה שהיא היא עיקר בחי׳ תורה שבעל פה כמאמר התיקוני זהר2 הידוע מלכות פה3 תושבע״פ קרינן לה.
qui est elle aussi appelée « une bonne et vaste terre », car elle est précisément l’essence de la Torah orale, comme l’énonce le passage bien connu du Tikkunei Zohar : « Mal'hout est la bouche ; nous l’appelons la Torah orale. »
Mal'hout est précisément l’essence de la Torah orale, comme l’énonce le passage bien connu du Tikkunei Zohar (« Élie ouvrit ») : « Mal'hout est la bouche ; nous l’appelons la Torah orale. » La parole est Mal'hout, et la Torah orale est la Torah transmise de bouche à oreille.
כי תושב״כ ותושבע״פ ע״ז נאמר חכמות בחוץ תרונה ב׳ חכמות4 חכמה עילאה היא בחי׳ תושב״כ וח״ת היא בחי׳ תושבע״פ והיא הנק׳ ארץ טובה ורחבה.
Car c’est au sujet de la Torah écrite et de la Torah orale qu’il est dit : « Les sagesses chantent à haute voix dans la rue » : deux sagesses. La 'Hokhma supérieure est le niveau de la Torah écrite, et la 'Hokhma inférieure est le niveau de la Torah orale ; c’est elle qui est appelée « une bonne et vaste terre ».
Le verset « Les sagesses chantent à haute voix dans la rue » parle de deux sagesses : la 'Hokhma supérieure, qui est la Torah écrite, et la 'Hokhma inférieure, Mal'hout, qui est la Torah orale. Cette dernière est la « bonne et vaste terre ».
שהיא מתרחבת מאד לפי השראת האור א״ס ב״ה בתוכה. פי׳ כידוע בכהאריז״ל שבזאת משונה המל׳ מכל הספירות שיש בה שינויים רבים שפעם מתרחבת מאד ופעם מתקצרת ביותר.
Car elle s’élargit considérablement selon la mesure dans laquelle la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, réside en elle. C’est-à-dire, comme le rapportent les écrits de l’Arizal, que Mal'hout se distingue par là de toutes les Séfirot : elle connaît de nombreux changements, s’élargissant tantôt considérablement et se rétrécissant tantôt extrêmement.
Mal'hout s’élargit selon la mesure de la lumière infinie qui réside en elle. Les écrits de l’Arizal enseignent que cette particularité est propre à Mal'hout : ses dimensions changent, et elle s’agrandit tantôt considérablement, tantôt se réduit fortement.
Ce paragraphe passe de Bina à Mal'hout, la 'Hokhma inférieure et l’essence de la Torah orale, puis présente ce qui fait d’elle la « vaste terre » : contrairement à toute autre Séfira, elle se dilate et se contracte selon la lumière qui réside en elle.
La note de Kehot renvoie à Torah Ohr, Yisro (70a), où est expliqué le commentaire du Zohar selon lequel les « sagesses » sont au nombre de deux : la 'Hokhma supérieure, « sage, mais non d’une sagesse connaissable », et la 'Hokhma inférieure, la Torah comme « le fruit tombé de la sagesse supérieure », revêtue de choses physiques.
Maré mekomot
- 1ארץ טובה ורחבה · Exodus 3:8
- 2כמאמר התיקוני זהר · בהקדמה (בד״ה פתח אליהו).
- 3מלכות פה · Tikkunei Zohar 17a
- 4חכמות בחוץ תרונה ב׳ חכמות · Proverbs 1:20
29ויש רבוי בחינות בענין התרחבות זאת והשינויים האלו הן ממש בכלים דבחי׳ מל׳. דהיינו פעם היא רק נקודה תחת היסוד.
Et il existe de nombreux niveaux dans cet élargissement, et ces changements se produisent précisément dans les réceptacles du niveau de Mal'hout : tantôt, elle n'est qu'un point sous Yessod,
Mal'hout ne reçoit pas seulement plus ou moins de lumière : ses réceptacles eux-mêmes changent de dimension. À son degré le plus réduit, elle n'est qu'un point sous le Yessod de Zeir Anpin.
ופעם מתגדלת עד בחי׳ נה״י. ופעם עד חג״ת כו׳. ולפעמים מתרחבת עד שהן שוין בקומתן.
tantôt, elle grandit jusqu'au niveau de Netsa'h, Hod et Yessod, et tantôt jusqu'à celui de 'Hessed, Guevoura et Tiferet, etc. Parfois, elle s'élargit jusqu'à ce qu'ils soient égaux en stature.
En d'autres circonstances, elle grandit jusqu'au niveau de Netsa'h, Hod et Yessod de Zeir Anpin, ou jusqu'à celui de son 'Hessed, de sa Guevoura et de son Tiferet, et parfois jusqu'à ce qu'elle et Zeir Anpin soient égaux en stature. Dans l'enseignement du Ari, il s'agit des étapes de croissance de la configuration féminine à côté de la configuration masculine.
Ce paragraphe décrit les étapes de la croissance de Mal'hout, depuis un point unique sous Yessod jusqu'à sa pleine égalité avec Zeir Anpin.
30וכל סבת השינויים האלו בהכלים תלוי הכל מצד השפעת והמשכת האור מא״ס ב״ה בה. שבהתמעט גילוי האור אז גם הכלי מתמעט להיות רק נקודה חדא וע״ז נאמר שחורה אני1 כו׳ בבחי׳ נקודה חדא.
Toute la cause de ces changements dans les réceptacles dépend entièrement de l’influx et de la descente de la lumière de l’Infini (Ein Sof), béni soit-Il, en elle. Lorsque le dévoilement de la lumière diminue, le réceptacle diminue lui aussi, jusqu’à n’être qu’un seul point ; c’est à ce propos qu’il est dit : « Je suis noire », etc., au niveau d’un point unique.
Tous ces changements dépendent de la quantité de Lumière infinie qui est attirée en Mal’hout. Lorsque moins de lumière se dévoile, elle se réduit à un point unique ; c’est ainsi que le verset « Je suis noire » est interprété comme désignant un état sombre et diminué.
Ce paragraphe indique la cause des changements de Mal’hout : la quantité de Lumière infinie qui est attirée en elle. Lorsque la lumière est faible, elle se réduit à un point unique : « Je suis noire ».
Maré mekomot
- 1שחורה אני · Song of Songs 1:5
31וכשמתרבה גילוי האור אזי גם הכלי מתרבה ממש הכל לפ״ע גילוי האור. וזהו שנקראת ארץ צבי שגידול והתפשטות העור הוא תלוי לפי גידול הבשר שבהתמעטות והסתלקות הבשר נתכווץ העור.
Et lorsque la révélation de la lumière augmente, le réceptacle lui aussi augmente effectivement, le tout en proportion de la révélation de la lumière. C’est pourquoi elle est appelée « le pays du cerf » : la croissance et l’extension de la peau dépendent de la croissance de la chair, car lorsque la chair diminue et se retire, la peau se rétracte.
Lorsque davantage de lumière est révélée, son réceptacle grandit effectivement à sa mesure. C’est de nouveau le « pays du cerf » : la peau s’étire ou se rétracte selon la chair qu’elle recouvre.
וזה מורה על ענין הנ״ל שבמלכות שרבוי ומיעוט הכלים תלוי לפי רבוי ומיעוט האורות ע״כ יש שינוים רבים בגידולה ובקומתה עד״מ שהם הכלים משא״כ בשאר הפרצופים שאין שינויים כלל בענין הכלים שלהם.
Cela indique ce qui a été dit plus haut : en Mal'hout, l’augmentation et la diminution des réceptacles dépendent de l’augmentation et de la diminution des lumières. C’est pourquoi sa croissance et sa stature connaissent de nombreux changements, pour ainsi dire — lesquels correspondent aux réceptacles. Il n’en va pas ainsi des autres configurations (partsoufim), dont les réceptacles ne changent absolument pas.
Ainsi, en Mal'hout, les réceptacles — sa « stature » — croissent et diminuent avec les lumières. Aucune autre configuration (partsouf) ne se comporte ainsi ; leurs réceptacles ne changent jamais.
Le paragraphe relie les variations de dimension de Mal'hout au « pays du cerf » : ses réceptacles croissent et diminuent avec la lumière, comme la peau du cerf suit les variations de sa chair, contrairement à toutes les autres configurations.
32והשינויים בשבת ויו״ט הוא בענין הוספת האור כו׳. אבל הכלים אין בהם רבוי ומיעוט. כי או״א אינן מתרחבים ומתקצרי׳ לעולם כי אין בהם שינוי לעולם בהכלים.
Les changements du Chabbat et des jours de fête relèvent d’un ajout de lumière, etc., mais les réceptacles ne connaissent ni accroissement ni diminution. Car Abba et Imma ne s’élargissent ni ne se rétrécissent jamais, puisqu’il n’y a jamais de changement dans leurs réceptacles.
Même le Chabbat et les jours de fête, lorsque davantage de lumière est révélée en haut, le changement consiste uniquement en un ajout de lumière ; les réceptacles demeurent tels quels. Abba et Imma ne grandissent ni ne diminuent jamais.
וגם המדות הנק׳ ז״א ג״כ אינו מתרחב ומתקצר כ״א כשנשפע להם מוחין דיניקה מלמעלה מקבלים הם המוחין או לא נשפע להם המוחין
Et les attributs émotionnels appelés Zeir Anpin ne s’élargissent ni ne se rétrécissent non plus ; mais lorsque les mo'hin de l’allaitement (yenika) leur parviennent d’en haut, ils reçoivent les mo'hin, ou bien ceux-ci ne leur parviennent pas ;
Zeir Anpin, lui non plus, ne change pas de taille. Seule varie la présence ou l’absence des mo'hin qui lui parviennent d’en haut, tels les mo'hin de « l’allaitement » (yenika), étape qui suit la naissance dans le système de l’Arizal.
אבל הם המדות בעצמן אינן מתקצרים ומתרחבים כמו המל׳ שהיא בעצמה יש בהם שינויים. הרי הכלים דמל׳ תלוי התפשטותן בהתפשטות האורות.
mais les attributs émotionnels eux-mêmes ne se rétrécissent ni ne s’élargissent, contrairement à Mal'hout, qui connaît des changements en elle-même. Ainsi, l’expansion des réceptacles de Mal'hout dépend de l’expansion des lumières.
Seule Mal'hout change en elle-même. Ses réceptacles s’étendent exactement dans la mesure où les lumières se répandent en elle.
Ce paragraphe précise le contraste : le Chabbat et les jours de fête, les autres configurations reçoivent davantage de lumière, et Zeir Anpin reçoit les mo'hin ou en est privé ; seule Mal'hout change dans ses propres réceptacles.
33וזו מעלה יתירה בכלים דמל׳ שבטלים לגמרי לגבי האורות וזהו שנק׳ ארץ טובה ורחבה שמתרחבת לפ״ע רבוי האור כו׳.
Et telle est une excellence particulière des réceptacles de Mal'hout : ils sont entièrement annulés devant les lumières. C'est pourquoi elle est appelée « une terre bonne et vaste », car elle s'élargit à mesure que la lumière abonde, etc.
C'est une vertu particulière de Mal'hout : ses réceptacles sont entièrement annulés devant la lumière et n'ont pas de mesure fixe qui leur soit propre ; ils prennent donc toute la mesure que leur donne la lumière. C'est pourquoi elle est « une terre bonne et vaste ».
וזהו היתרון בעסק התושבע״פ אפילו על בחי׳ אהבה בתענוגים. ששמחה ואהבה בתענוגים היא בחי׳ יש ודבר. שהשמחה הוא בהתגלות הלב שמרגיש השמחה והתענוג בלבבו והיא בחי׳ יש ודבר.
Et tel est l'avantage de s'adonner à la Torah orale, même par rapport au niveau de « l'amour dans les délices ». Car la joie et « l'amour dans les délices » relèvent du yesh et du davar, d'une existence tangible : la joie se manifeste dans le cœur, où l'on ressent la joie et le plaisir en son cœur, et cela relève du yesh et du davar.
Voilà en quoi l'étude de la Torah orale l'emporte même sur « l'amour dans les délices », cet amour joyeux décrit plus haut. La joie et le plaisir sont ressentis dans le cœur ; ils laissent donc subsister un sentiment de soi, un « quelque chose » (yesh) qui éprouve ce sentiment.
אבל בתושבע״פ האור מוסתר ואין נרגש התענוג לכך היא נעלה שהיא בחי׳ מ״ה תכלית הבטול בלי הרגשה כלל.
Mais dans la Torah orale, la lumière est cachée et le plaisir n'est pas ressenti. Elle est donc plus élevée, car elle relève du mah (« quoi »), de l'annulation de soi (bitoul) dans sa forme ultime, sans aucun ressenti.
Dans la Torah orale, la lumière est cachée et aucun plaisir n'est ressenti ; elle est donc supérieure. Elle relève du mah, « quoi », qui, dans la 'Hassidout, désigne l'annulation de soi complète, sans aucun sentiment de soi.
Ce paragraphe tire la leçon suivante : les réceptacles de Mal'hout sont entièrement annulés devant la lumière ; ainsi, la Torah orale, qui est Mal'hout, dépasse même la joie ressentie et « l'amour dans les délices », car la lumière y est cachée et le soi entièrement mis de côté.
Cela va au-delà de l'éloge de la joie formulé précédemment : « l'amour dans les délices » était la dimension intérieure de Mal'hout révélée sous forme de joie ressentie, mais tout ressenti implique encore quelqu'un qui ressent. L'étude de la Torah orale, où le plaisir n'est pas ressenti, correspond au bitoul des réceptacles de Mal'hout.
Et c’est là ce qu’Il dit : « Je vous ferai sortir de dessous les fardeaux de l’Égypte » : c’est la sortie et la révélation des attributs émotionnels hors de la gorge, par la voix de la Torah écrite ;
Les versets du maamar précédent prennent maintenant tout leur sens. « Je vous ferai sortir de dessous les fardeaux de l’Égypte » désigne les émotions qui quittent l’étroite gorge par la voix de la Torah écrite.
אזי אח״כ והבאתי אתכם אל הארץ2 תושבע״פ שיש בה מעלה ומדרגה יתירה בהיות׳ ארץ צבי כו׳ טובה ורחבה כנ״ל:
alors, ensuite : « Et je vous ferai entrer dans le pays » — la Torah orale, qui possède une excellence et un degré particuliers en tant que « pays du cerf », etc., « bon et vaste », comme dit plus haut.
« Et je vous ferai entrer dans le pays » désigne la Torah orale, qui est encore plus élevée : « le pays du cerf », « bon et vaste ». L’ordre des versets correspond à celui du service divin : d’abord lire la Torah écrite, puis étudier la Torah orale.
Ce paragraphe applique l’analyse aux versets : l’Exode est la sortie des émotions par la voix de la Torah écrite, tandis que l’entrée dans le pays désigne la Torah orale.
Maré mekomot
- 1והוצאתי אתכם מתחת · Exodus 6:6
- 2והבאתי אתכם אל הארץ · Exodus 6:8
La terre des vivants : la volonté révélée ¶35–41
35ועתה יש לבאר ענין ונתתי צבי1 בארץ החיים. והוא עוד מעלה בענין תושבע״פ. והיינו עוד טעם שני למה שנקראת ארץ צבי.
À présent, nous devons expliquer : « Et Je placerai le tzvi dans la terre des vivants. » C’est là une qualité supplémentaire de la Torah orale, et une deuxième raison pour laquelle elle est appelée « la terre du tzvi ».
Le verset « Et Je placerai le tzvi dans la terre des vivants » indique un autre avantage de la Torah orale et un deuxième sens de l’expression « terre du tzvi ».
כי פי׳ צבי הוא הרצון (מלשון צביוני וכן לצביונן נבראו2 הקב״ה שאל להם רצונכם שאברא אתכם וכן ולא אביתם תרגום ולא צביתון כו׳. וכן בלה״ק ג״כ פירושו חפץ או הדר ופאר כמבואר בספרים)
Car tzvi signifie volonté — du mot tzivyoni, « ma volonté » ; de même, « ils furent créés selon leur consentement (letzivyonan) » : le Saint béni soit-Il leur demanda : « Est-ce votre volonté que Je vous crée ? » ; et de même, « mais vous n’avez pas voulu », que le Targoum traduit par vela tsevitoun, etc. Dans la langue sainte également, ce mot signifie désir, ou gloire et splendeur, comme l’expliquent les livres —
Ici, tzvi se comprend comme « volonté », comme l’araméen tzivyon, « désir ». Les Sages ont dit que toutes les créatures furent créées « selon leur consentement » (letzivyonan) ; le Targoum traduit « vous n’avez pas voulu » par un mot de la même racine, et, en hébreu, tzvi signifie également désir, gloire et splendeur.
והיינו שרצונו העליון ית׳ (וחפץ הוא פנימיות הרצון3 כנודע) הוא מלובש ומתגלה בארץ החיים דוקא שהיא התושבע״פ.
c’est-à-dire que Sa volonté suprême, béni soit-Il — et le désir est la dimension intérieure de la volonté, comme on le sait — est revêtue et se révèle précisément dans « la terre des vivants », qui est la Torah orale.
Le verset signifie donc que la volonté suprême de D.ieu se révèle dans « la terre des vivants », c’est-à-dire la Torah orale. Le désir (’héfets) est le noyau intérieur de la volonté.
וזאת עוד מעלת התושבע״פ על התושב״כ שתושב״כ מקרא הוא בחי׳ מוחין דאבא בלבד שהוא בחי׳ חכמה. אבל אין בה כ״כ גילוי רצון העליון ממש שלמעלה מהחכמה.
Et c’est là une qualité supplémentaire de la Torah orale par rapport à la Torah écrite. La Torah écrite, le Mikra, est le niveau des mo’hin d’Abba seulement, qui est le niveau de 'Hokhma ; mais la révélation de la volonté suprême elle-même, qui est au-dessus de 'Hokhma, y est relativement peu présente.
La Torah écrite relève des mo’hin d’Abba, c’est-à-dire de 'Hokhma. La volonté suprême, qui est au-dessus de 'Hokhma, n’y est pas révélée de manière aussi manifeste.
שהרי א״א להבין ולהורות איזה פסק דין שהוא רצון העליון לזכות או לחיוב אסור או מותר כו׳ מן התושב״כ שא״א להבין ממנה הפסק דין שהוא רק בחי׳ חכמתו ית׳ בלבד.
En effet, il est impossible de comprendre et de statuer sur une quelconque décision halakhique — qui exprime la volonté suprême —, qu’il s’agisse d’acquitter ou de déclarer coupable, d’interdire ou de permettre, etc., à partir de la Torah écrite ; on ne peut en comprendre la décision, puisqu’elle ne relève que de Sa sagesse, béni soit-Il.
Aucune décision pratique — déclarer coupable ou exempt, interdire ou permettre — ne peut être déduite de la seule Torah écrite. Une décision exprime la volonté de D.ieu, tandis que la Torah écrite, à elle seule, exprime seulement Sa sagesse.
אבל תושבע״פ בה מלובש ומתגלה רצון העליון ב״ה שהוא ענין פסקי הדינין שבתושבע״פ אסור מותר שזהו רצון העליון ב״ה.
Mais dans la Torah orale, la volonté suprême, béni soit-Il, est revêtue et se révèle : ce sont les décisions halakhiques de la Torah orale — ce qui est interdit et ce qui est permis —, qui constituent la volonté suprême, béni soit-Il.
La Torah orale contient les décisions halakhiques ; chacune d’elles, « interdit » ou « permis », est la volonté suprême de D.ieu révélée.
Ce paragraphe interprète tzvi au sens de « volonté » et montre que la Torah orale révèle, par ses décisions halakhiques, la volonté suprême, qui est au-dessus de 'Hokhma. La Torah écrite, à elle seule, ne peut accomplir cela.
La note de Kehot renvoie au Siddour avec ‘Hassidout, à Or HaTorah sur Chemini Atséret et au Hemshech 5666 pour la distinction entre volonté (ratzon) et désir (’héfets), dimension intérieure de la volonté.
Maré mekomot
- 1ונתתי צבי · Ezekiel 26:20
- 2לצביונן נבראו · Rosh Hashanah 11a:6
- 3וחפץ הוא פנימית הרצון · ראה סידור רצג, ג. נתבאר באריכות באוה״ת שמע״צ ע׳ א׳תשפד. המשך תרס״ו ע׳ סד. וע׳ תטז.
36וזהו ונתתי צבי בארץ החיי׳ דוקא שגילוי הרצון העליון הוא בתושבע״פ דוקא. והוא מפני שסוף מעשה הוא דוקא במחשבה תחלה ונעוץ תחלתן בסופן1
Et c’est là le sens de « Je placerai la splendeur dans la terre des vivants » : la révélation de la volonté suprême se trouve précisément dans la Torah orale. Car « la fin de l’action » est précisément « la première dans la pensée », et « leur commencement est enchâssé dans leur fin »,
La volonté se révèle précisément dans la Torah orale en vertu du principe « la fin de l’action est la première dans la pensée » : ce qui vient en dernier dans la pratique était présent dès l’intention initiale. Comme l’énonce le Sefer Yetsira, le commencement est enchâssé dans la fin.
et c’est pourquoi Mal'hout est appelée « une femme vaillante, couronne de son mari », et aussi « une terre de désir » (chefets), car la volonté s’y révèle précisément.
Mal'hout, la Séfira la plus basse, est donc appelée « une femme vaillante, couronne de son mari » : elle s’élève au-dessus de Zeir Anpin. Elle est également appelée « une terre de désir », car la volonté se révèle en elle.
(וכמו בארץ הגשמית גילוי כח הצומח שהוא בחי׳ א״ס לברוא מאין כו׳ כמ״ש באגה״ק איהו וחיוהי4 ובמאמ׳ א״ח עט״ב.
(Comme dans la terre physique : la révélation de la force de croissance, qui est le niveau de l’Infini, capable de créer à partir du néant, etc., ainsi qu’il est écrit dans Iggeres HaKodesh, au sujet de « Lui et Sa force vitale », et dans le maamar « Une femme vaillante, couronne de son mari ».
La terre physique en fournit un exemple : son pouvoir de faire pousser les plantes est une puissance de l’Infini, qui crée quelque chose à partir du néant, comme l’explique l’Iggeres HaKodesh du Tanya, dans la lettre qui commence par « Lui et Sa force vitale », ainsi que le maamar sur « Une femme vaillante ». Le niveau le plus bas porte la puissance la plus élevée.
והנה בתושבע״פ ג״כ יש אגדות ופסקי דינין ובאגדות ג״כ רק מלובש ח״ע. אבל בהלכות ופסקי דינין מלובש רצה״ע ולכן לימוד דהלכות נעלה יותר5 טובא מלימוד האגדות כדאיתא בגמ׳ דסוטה דף מ׳):6
Or, dans la Torah orale aussi, il y a des aggadot et des décisions halakhiques. Dans les aggadot également, seule la 'Hokhma supérieure est revêtue ; mais dans les lois et les décisions halakhiques est revêtue la volonté suprême. C’est pourquoi l’étude des lois est de beaucoup supérieure à celle des aggadot, comme il est dit dans la Guemara, Sotah, folio 40.)
Au sein même de la Torah orale, les aggadot — ses enseignements non juridiques — ne contiennent que la 'Hokhma supérieure, tandis que les lois contiennent la volonté suprême. C’est pourquoi le Talmud, dans le traité Sotah, place l’étude de la halakha bien au-dessus de celle de l’aggada.
Ce paragraphe explique pourquoi la volonté suprême se révèle dans le lieu le plus bas : la fin prend racine dans le commencement. Mal'hout, la Torah orale, est ainsi la couronne de son mari ; et, au sein de la Torah orale, la halakha se situe au-dessus de l’aggada.
Dans Sotah 40a, Rabbi Abbahou enseignait l’aggada et Rabbi ‘Hiyya bar Abba la halakha ; les foules quittèrent Rabbi ‘Hiyya pour Rabbi Abbahou, qui le consola par la parabole d’un vendeur de pierres précieuses et d’un marchand de petites marchandises. Le Tanya, dans Iggeres HaKodesh 20, rattache le pouvoir sans fin de la terre de faire pousser des plantes à partir du néant à la Lumière infinie, qui se révèle avec une force particulière au point le plus bas de l’enchaînement des mondes.
Maré mekomot
- 1תחלתן בסופן · Sefer Yetzirah 1:7
- 2עטרת בעלה · Proverbs 12:4
- 3ארץ חפץ · Malachi 3:12
- 4כח הצומח שהוא בחי׳ א״ס לברוא מאין כו׳ כמ״ש באגה״ק איהו וחיוהי · Tanya, Iggeres HaKodesh 20:18
- 5לימוד דהלכות נעלה יותר · ראה סה״מ תקס״ב ע׳ כט.
- 6
37אך עם היות שיש מעלו׳ ומדרגות יתירות בתושבע״פ על תושב״כ שנק׳ ארץ טובה ורחבה וגם בה גילוי רצה״ע עכ״ז מצד אחד היא למטה במדרגה יותר שנשפלה מאד למטה בגשמיות ומדברת רק בענינים גשמיים
Mais bien que la Torah orale possède des qualités et des degrés supérieurs à ceux de la Torah écrite, qu’elle est appelée « un bon et vaste pays » et que la révélation de la Volonté suprême s’y manifeste, elle est néanmoins, sous un certain rapport, d’un degré inférieur : elle est descendue très bas, dans la matérialité, et ne traite que de sujets matériels.
Malgré ces avantages, la Torah orale est, sous un certain rapport, inférieure : elle est descendue jusqu’aux réalités matérielles et ne traite que de celles-ci, des lois concernant les objets et les affaires quotidiennes.
(ועמ״ש בפרשת בראשית). אך על זה נאמר והבאתי אתכם אל הארץ אשר נשאתי את ידי1 כו׳.
(Voyez aussi ce qui est écrit dans la paracha Béréchit.) Mais c’est à ce propos qu’il est dit : « Je vous ferai entrer dans le pays au sujet duquel J’ai levé Ma main », etc.
Le texte renvoie à son développement dans la paracha Béréchit. La réponse à cet abaissement se trouve dans le verset : « Je vous ferai entrer dans le pays au sujet duquel J’ai levé Ma main. »
כמשל היד שמגביה בה החפץ המונח למטה ויכולה היא היד להגביה למעלה מן הראש ויכולה להניח על הראש כמו״כ המלכות הנק׳ תושבע״פ היא בחי׳ הארץ שעם היות שנתלבשה בגשמיות
C’est comme l’image d’une main qui soulève un objet posé en bas : la main peut l’élever plus haut que la tête, ou le poser sur la tête. De même, Mal'hout, appelée la Torah orale, est le niveau du pays : bien qu’elle soit revêtue de matérialité,
Une main peut ramasser un objet posé à terre et l’élever au-dessus de la tête, voire le poser sur la tête. De même, Mal'hout, la Torah orale, est « le pays », revêtue de réalités matérielles.
אבל נשאתי את ידי להגביה אותה למעלה ראש מבחי׳ ח״ע כי היא בחי׳ אשת חיל עטרת בעלה.2 שהיא בחי׳ עטרה וכתר לז״א.3
néanmoins, « J’ai levé Ma main » pour l’élever au-dessus de la tête, au-dessus du niveau de la 'Hokhma supérieure. Car elle est le niveau de « la femme vaillante, couronne de son époux » : elle est un diadème (atara) et Kéter (la Couronne) pour Zeir Anpin.
Pourtant, D.ieu « a levé Sa main » afin de l’élever au-dessus de la tête, au-dessus même de la 'Hokhma supérieure. Elle est « la couronne de son époux », une couronne (Kéter) pour Zeir Anpin, qui repose au-dessus de sa tête.
Le paragraphe reconnaît que la Torah orale est abaissée et traite de réalités matérielles, puis répond par les mots « J’ai levé Ma main » : comme une main soulève un objet posé à terre pour le placer sur la tête, D.ieu élève Mal'hout afin qu’elle devienne la couronne de Zeir Anpin.
C’est le paradoxe que développe le maamar : la plus basse des Séfirot, Mal'hout, s’élève jusqu’à Kéter, la plus élevée, conformément à l’expression : « leur commencement est enfoncé dans leur fin ».
Maré mekomot
- 1והבאתי אתכם אל הארץ אשר נשאתי את ידי · Exodus 6:8
- 2אשת חיל עטרת בעלה · Proverbs 12:4
- 3
38והיינו מטעם הנ״ל דונתתי צבי בארץ החיים1 שבה גילוי רצה״ע כו׳. והכתר הוא למעלה מן המוחין שבראש כנודע.
C’est pour la raison indiquée plus haut : « Et Je placerai la splendeur dans le pays des vivants », car c’est en elle que se révèle la Volonté suprême, etc. Or Kéter (la Couronne) est au-dessus des mo’hin de la tête, comme on le sait.
Mal’hout peut être une couronne parce que, comme il a été expliqué, la Volonté suprême se révèle en elle, et Kéter, la Couronne, est le niveau de la volonté, au-dessus des mo’hin de la tête.
וזהו אשר נשאתי את ידי. פי׳ ידי הם הזרועות דא״א שהם חג״ת דא״א שהם מכינים את המל׳. כמ״ש מקדש אדני כוננו ידיך:2
C’est là le sens de « au sujet de laquelle J’ai levé Ma main ». Autrement dit, « Ma main » désigne les bras d’Arikh Anpin, qui sont le 'Hessed, la Guevoura et le Tiferet d’Arikh Anpin et qui préparent Mal’hout, comme il est écrit : « Le Sanctuaire, ô D.ieu, que Tes mains ont établi. »
« Ma main » désigne les bras d’Arikh Anpin, la configuration de Kéter : son 'Hessed, sa Guevoura et son Tiferet préparent et édifient Mal’hout. Le verset « Le Sanctuaire, ô D.ieu, que Tes mains ont établi » dit la même chose : le Sanctuaire, Mal’hout, est établi par les mains de D.ieu.
Ce paragraphe explique comment Mal’hout est élevée : la volonté qui se révèle en elle la relie à Kéter, et la « main » qui l’élève est constituée des bras d’Arikh Anpin, qui édifient Mal’hout, tout comme les mains de D.ieu ont établi le Sanctuaire.
Maré mekomot
- 1ונתתי צבי בארץ החיים · Ezekiel 26:20
- 2מקדש אד׳ כוננו ידיך · Exodus 15:17
39וזהו והיית עטרת תפארת1 וגו׳ וצניף מלוכה בכף אלהיך. פי׳ הצניף מלוכה שהוא המל׳ היא עטרת תפארת כנ״ל פי׳ עטרת בעלה. בכף אלקיך שזהו ע״י אשר נשאתי את ידי זרועות דא״א.
Et voici [le sens de] « Tu seras une couronne de Tiferet (beauté) », etc., « et un diadème royal dans la paume de ton D.ieu. » C’est-à-dire que le diadème royal, qui est Mal'hout, est « une couronne de Tiferet », comme expliqué plus haut : « la couronne de son époux ». « Dans la paume de ton D.ieu » : cela s’accomplit par « au sujet duquel j’ai levé la main », les bras d’Arikh Anpin.
Le verset d’Isaïe — « Tu seras une couronne de Tiferet dans la main de D.ieu, et un diadème royal dans la paume de ton D.ieu » — exprime la même idée. Le « diadème royal » est Mal'hout, une couronne pour Tiferet, c’est-à-dire pour Zeir Anpin, son époux ; elle est tenue « dans la paume de ton D.ieu », la main d’Arikh Anpin (la configuration de Kéter), qui la soulève.
Le paragraphe retrouve la même idée dans Isaïe : Mal'hout, le « diadème royal », devient une couronne pour Tiferet, tenue dans la paume de D.ieu, les bras d’Arikh Anpin.
Tiferet est l’attribut central de Zeir Anpin ; c’est pourquoi « une couronne de Tiferet » se comprend comme « la couronne de son époux ».
Maré mekomot
- 1והיית עטרת תפארת · Isaiah 62:3
40וזהו לתת אותה לאברהם ליצחק וליעקב. שהאבות הן חג״ת דז״א ומעלה יתירה היא להם שניתנה להם הארץ משום דהיא א״ח עט״ב כתר לז״א כנ״ל.
Et c’est là le sens de « la donner à Avraham, à Yits’hak et à Yaakov ». Car les Patriarches sont le ’Hessed, la Guevoura et le Tiferet de Zeir Anpin, et le fait que la terre leur ait été donnée constitue pour eux une distinction particulière, puisqu’elle est « une femme vaillante, couronne de son mari », une couronne (Kéter) pour Zeir Anpin, comme dit plus haut.
Le verset poursuit : « la donner à Avraham, à Yits’hak et à Yaakov ». Les trois Patriarches incarnent le ’Hessed, la Guevoura et le Tiferet de Zeir Anpin ; recevoir la terre, Mal’hout, qui devient leur couronne, est donc pour eux une distinction particulière.
והיינו מעלת ומדרג׳ התושבע״פ. ונתתי אתה לכם מורשה1 שיהיה מוסתר בה האור שזהו תכלית הבטול שאין נרגש כלל הבטול ובזה גבוה הוא אפי׳ מבחי׳ אהבה בתענוגים שהוא בחי׳ יש ודבר שנרגש השמחה בלב.
Telle est la distinction et le niveau de la Torah orale. « Et Je vous la donnerai en héritage » : la lumière doit y être dissimulée. C’est là l’annulation de soi (bitoul) portée à son comble, où l’annulation de soi n’est pas ressentie du tout. En cela, elle est supérieure même au niveau de « l’amour dans les plaisirs », qui est celui du yesh et du davar, où la joie est ressentie dans le cœur.
Telle est la distinction de la Torah orale. « Je vous la donnerai en héritage » signifie que la lumière y est dissimulée : l’annulation de soi est si complète qu’elle n’est même pas ressentie. Elle est ainsi supérieure à « l’amour dans les plaisirs », où la joie est ressentie et où subsiste donc un sentiment de soi.
אבל הלימוד כשהוא בבחי׳ בטול ע״ד אני המשנה המדברת בפיך הוא בטול ממש בלי שום הרגשה כנ״ל.
Mais l’étude, lorsqu’elle est dans un état d’annulation de soi, à la manière de « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche », est une véritable annulation de soi, sans aucun ressenti, comme dit plus haut.
L’étude de la Torah dans un véritable bitoul, comme dans l’expression « Je suis la Michna qui parle dans ta bouche », est une réelle annulation de soi : celui qui étudie devient le porte-parole de la Torah et ne ressent rien de lui-même.
Ce paragraphe interprète la fin du verset : la terre donnée aux Patriarches est Mal’hout, leur couronne, et l’« héritage » désigne la lumière dissimulée de la Torah orale, un bitoul si complet qu’il n’est pas ressenti, supérieur à une joie ressentie.
Maré mekomot
- 1ונתתי אתה לכם מורשה · Exodus 6:8
41וזהו מתניתין מלכתא כנודע. וזהו לתת אותה לאברהם. כי אברהם בחי׳ אהבה והארץ שהיא תושבע״פ גבוה יותר אפי׳ מבחי׳ אהבה בתענוגים.
Et c’est là [le dicton] : « La Michna est la Reine », comme on le sait. Et c’est là « pour la donner à Avraham » : car Avraham représente le niveau de l’amour, tandis que le pays, qui est la Torah orale, est supérieur même au niveau de « l’amour dans les délices ».
D’où le dicton connu : « La Michna est la Reine » : la Torah orale est Mal'hout. Et « pour la donner à Avraham » montre que le pays est supérieur à Avraham, qui représente l’amour ; la Torah orale dépasse même « l’amour dans les délices ».
נמצא המתבאר בפסוק זה הוא למעל׳ כללו׳ ענין יחוד דאו״א וזו״נ וכן בחי׳ אלו הן הן ממש בעבודת ה׳ בכל יום שהאדם יש בו כל בחינות אלו.
Il ressort que ce qui est expliqué dans ce verset, dans les mondes supérieurs, est l’expression générale de l’union d’Abba et Imma, ainsi que de Zeir Anpin et Noukva ; et ces mêmes niveaux se retrouvent précisément dans le service de D.ieu chaque jour, car l’homme possède en lui tous ces niveaux.
Ainsi, le verset, interprété au niveau supérieur, décrit les unions d’Abba et Imma, ainsi que de Zeir Anpin et Noukva, par lesquelles cette explication a commencé. Les mêmes étapes se déroulent dans le service quotidien de D.ieu de chaque personne, car l’homme contient tous ces niveaux.
Ce paragraphe récapitule l’interprétation du verset en termes de Séfirot et annonce que les mêmes étapes se déroulent chaque jour dans le service de D.ieu de l’homme.
Chaque jour ¶42–44
42ולכן בכל יום בבקר ובערב מזכירין יצ״מ כי תחלה יש בחי׳ גלות מצרים שהוא עבור ז״א בבטן אימא והוא בחי׳ מצרים מצר הגרון
C’est pourquoi, chaque jour, matin et soir, nous mentionnons la sortie d’Égypte. Car il y a d’abord le niveau de l’exil d’Égypte, qui correspond à la gestation de Zeir Anpin (les attributs émotionnels) dans le ventre d’Imma ; c’est le niveau de Mitsrayim, l’étroitesse de la gorge.
C’est pourquoi la sortie d’Égypte est mentionnée chaque jour, matin et soir. Chaque jour commence dans « l’exil » : les émotions sont encore en gestation, retenues dans l’étroitesse de la gorge.
ואח״כ ע״י אמר לבני ישראל1 אני ה׳ שהוא עסק התורה שבכתב הנק׳ תורת הוי׳ הוא הלידה וזהו לשון מקרא שהוא קורא ומוציא אותן מההעל׳ אל הגילוי.
Puis, par « Dis aux enfants d’Israël : “Je suis Havaya” », qui désigne l’étude de la Torah écrite, appelée « la Torah de Havaya », vient la naissance. C’est là le sens du terme Mikra : on lit (koré) et on les fait sortir de la dissimulation pour les amener au dévoilement.
« Dis aux enfants d’Israël : Je suis Havaya » désigne l’étude de la Torah écrite, appelée « la Torah de Havaya », et celle-ci fait advenir la naissance. La lecture à voix haute, Mikra, fait sortir les sentiments de la dissimulation pour les rendre manifestes.
אך כמו הלידה הגשמית א״א בלא חבלי לידה ויסורין כמו״כ צריך להרגיש כאב וצער על מניעת גילוי שם הוי׳ בלבו.
Mais de même que la naissance physique est impossible sans les douleurs de l’enfantement et la souffrance, il faut également ressentir la douleur et l’affliction de ce que le dévoilement du Nom Havaya est empêché dans son cœur.
La naissance ne se produit pas sans douleurs de l’enfantement. De même, il faut ressentir la douleur que le Nom Havaya, la divinité, ne soit pas dévoilé dans son cœur.
Ce paragraphe transpose l’analyse dans la pratique quotidienne : chaque jour, les émotions commencent par se trouver « en Égypte », sont amenées à naître par la Torah écrite et ont besoin des « douleurs de l’enfantement » que suscite une véritable affliction de ce que la divinité ne soit pas dévoilée dans le cœur.
Maré mekomot
- 1אמר לבני ישראל · Exodus 6:6
43ועי״ז יהיה הלידה שהוא השמחה ותענוג כמ״ש אם הבנים שמחה.1 ולמעלה היינו לידת ז״א ולמטה בנפש גילוי המדות אהוי״ר. ויוצא דם נדה שנדחין כל המחשבות זרות ע״י הלידה כו׳.
Et par là aura lieu la naissance, qui est joie et plaisir, comme il est écrit : « La mère des enfants est joyeuse. » En haut, cela désigne la naissance de Zeir Anpin ; en bas, dans l’âme, la révélation des attributs émotionnels, l’amour et la crainte. Le sang de l’impureté (dam nida) est expulsé : toutes les pensées étrangères sont repoussées par la naissance, etc.
Cette douleur mène à la naissance, qui est joie, comme dans le verset « La mère des enfants est joyeuse. » En haut, il s’agit de la naissance de Zeir Anpin ; dans l’âme, c’est l’amour et la crainte qui se manifestent. Et, comme le sang qui s’évacue du corps lors de la naissance, toutes les pensées étrangères sont repoussées.
ואח״כ והבאתי אתכם אל הארץ2 ענין זה למעלה מה שמבחי׳ ז״א יורד ההשפעה למל׳ ונק׳ ארץ כנען שמכניע כל החיצונים ונמתקים כל הדינים מפני
Et ensuite : « Je vous amènerai dans le pays. » En haut, cela désigne le flux qui descend du niveau de Zeir Anpin vers Mal'hout ; ce niveau est appelé « le pays de Canaan », car il soumet toutes les forces extérieures et adoucit tous les jugements, parce que
Vient ensuite : « Je vous amènerai dans le pays. » En haut, le flux passe de Zeir Anpin à Mal'hout. Le pays est appelé Canaan, mot lu comme machnia, « soumettant », car il soumet les forces extérieures et adoucit tous les jugements.
שע״י הלידה שהוא בחי׳ גדלות אין יניקה לחיצונים. אבל מבחי׳ עבור וקטנות יש להם יניקה כמבואר במ״א.
par la naissance, qui est le niveau de maturité (gadlout), les forces extérieures n’ont aucune nourriture ; mais du niveau de la gestation et de l’immaturité (katnout), elles peuvent se nourrir, comme il est expliqué ailleurs.
Les forces extérieures ne peuvent puiser leur nourriture que dans la gestation et l’immaturité, cet état restreint. Une fois que la naissance et la maturité sont venues, elles n’ont plus rien dont se nourrir.
Ce paragraphe suit le cycle quotidien : la naissance apporte la joie, l’amour et la crainte, et repousse les pensées étrangères ; ensuite, le flux atteint Mal'hout, « Canaan », qui soumet les forces extérieures, car celles-ci ne se nourrissent que de l’état immature.
Cela referme le cercle avec le début du maamar, qui expliquait que l’Égypte tirait sa nourriture de l’« arrière » de la gorge étroite : le remède consiste à passer de katnout à gadlout, de la gestation à la naissance.
Maré mekomot
- 1אם הבנים שמחה · Psalms 113:9
- 2והבאתי אתכם אל הארץ · Exodus 6:8
44ולמטה הארץ היא בחי׳ תושבע״פ והיא אשר נשאתי את ידי כי אשת חיל עטרת בעלה1 והיית צניף מלוכה2 כו׳ וכנ״ל.
Et en bas, la terre est le niveau de la Torah orale, et c’est elle [la terre] « au sujet de laquelle J’ai levé la main », car « une femme vaillante est la couronne de son mari » et « tu seras un diadème royal », etc., comme dit plus haut.
En bas, dans le service de l’homme, la terre est la Torah orale, élevée comme « une femme vaillante, la couronne de son mari » et « un diadème royal ».
ולהיות נודע שבכל יום נמשכין מוחין חדשים למעלה וכן בנפש האדם כמ״ש חדשים לבקרים3 כו׳
Et puisqu’il est connu que chaque jour, de nouveaux mo'hin sont attirés d’en haut, et de même dans l’âme humaine, comme il est écrit : « Ils sont nouveaux chaque matin », etc.,
Chaque jour, de nouveaux mo'hin sont attirés d’en haut et dans l’âme, comme le dit le verset : « Ils sont nouveaux chaque matin ».
שנעשה בריה חדשה ע״כ צ״ל בכל יום יצ״מ שההמשכה ממוחין למדות הוא ע״י מצר הגרון והיינו ע״י תושב״כ ואח״כ והבאתי אתכם אל הארץ היא התושבע״פ הנק׳ ארץ חפץ כנ״ל:
de sorte que l’on devient une nouvelle créature, il faut donc vivre chaque jour l’Exode d’Égypte : l’écoulement des mo'hin vers les attributs émotionnels passe par l’étroit passage de la gorge, c’est-à-dire par la Torah écrite ; puis vient : « Et Je vous ferai entrer dans le pays », qui est la Torah orale, appelée « un pays de délices », comme dit plus haut.
Puisque l’homme est une nouvelle créature chaque jour, il lui faut vivre un nouvel Exode chaque jour : le flux de l’intellect vers les émotions passe par l’étroit passage de la gorge, grâce à l’étude de la Torah écrite ; puis vient « le pays », l’étude de la Torah orale, « un pays de délices ».
Le maamar conclut que, puisque les mo'hin se renouvellent chaque jour, l’homme doit vivre l’Exode chaque jour : la Torah écrite fait passer les émotions par l’étroit passage de la gorge, et la Torah orale le conduit au pays, où se révèle la volonté de D.ieu.
Maré mekomot
- 1אשת חיל עטרת בעלה · Proverbs 12:4
- 2צניף מלוכה · Isaiah 62:3
- 3חדשים לבקרים · Lamentations 3:23
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Chaque jour, l’homme doit sortir de nouveau d’Égypte. Comprendre la grandeur de D.ieu ne suffit pas si l’amour et la crainte restent enfermés dans la « gorge » et que des désirs étrangers les retiennent : il faut lire à haute voix la Torah écrite et ressentir une véritable douleur de ce que le Nom Havaya ne se révèle pas dans son cœur ; ce sont les douleurs de l’enfantement qui font naître la joie de l’amour et de la crainte. On parvient alors à la « terre », l’étude de la Torah orale, et surtout de sa halakha, où se révèle la volonté de D.ieu ; on l’étudie dans un bitoul si complet que le plaisir lui-même n’est pas ressenti.
Questions à discuter
- Pourquoi la gorge, qui n’est ni l’intellect ni l’émotion, est-elle plus étroite que la tête et le cœur ?
- Que signifie, dans l’expérience personnelle, que l’amour et la crainte soient « en gestation », et qu’est-ce qui les fait naître ?
- Pourquoi ne peut-on rien ajouter aux lettres de la Torah écrite, alors que la formulation de la Torah orale peut varier librement ?
- En quel sens l’étude de la Torah orale est-elle supérieure à la joie de « l’amour dans les délices », si le plaisir n’y est même pas ressenti ?
- Comment la Torah orale, qui traite de sujets matériels, peut-elle devenir « la couronne de son époux », au-dessus de la 'Hokhma supérieure ?